‹ Reims: ses rues et ses monumentsChapitre 9 sur 34 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

iîoartier de la Couture. — Rue Saint-Jacques. — Impasse da Renard. — Place de la Couture. — Rue de Thillois« — Rue Large. — Promenades. — Clairmarais.

A.<^i^ A troisième rue qu'on trouve à sa gauche en continuant à descendre la rue de Yesle , est celle de Saint -Jacques; elle mène au grand terrain connu sous le nom de la Couture , et s'appelait naguère rue des Tranchées.

PoTillon-Piérard prétend qu'elle se nommait jadis me du Tranchet ; il aurait yu ce nom dans de vieux titres. Je préfère celui que la tradition populaire adoptait. Les bras de la Yesle , nous Favons déjà dit, après avoir traversé la mairie de Venise et le

Jard, arrivaient à peu près devant Saint-Jacques. Pour les refouler au-delà des remparts , on a dû faire des travaux de terrassement, afin de dessécher le sol, par exemple des rigoles ; de plus, le lit de la rivière dut laisser long-temps après lui des traces profondes. On nommait à Reims tranchées les petits ravins creusés dans les rues et servant à l'écoulement des eaux pluviales et autres que rejetait la cité. Le quartier où se trouve la rue Saint-Jacques dut être long-temps sillonné par des fossés dus à ces différentes causes : indè nomen. Au surplus, et ceci n'est pas sans importance pour l'opinion que nous soutenons, la rue dont nous parlons était en 1328 celle de la Lormerie ou de Ijormerie. A cette époque, on n'avait pas encore fait reculer la Vesle. Il est vrai qu'on retrouve ce nom dans le xv* èiècle ; sous Louis XV, on ne l'avait pas encore oublié.

Dans une maison connue par l'enseigne des Quatre-Vents, portant le n® 4, et sise du côté de la rue de Vesle, naquit le chanoine Lacourt, cet infatigable érudit dont les travaux mériteraient à tant d'égards les honneurs de l'impression. Les biographes ignorent son nom. tel est le sort des hommes laborieux et modestes : ils labourent et sèment, d'autres récoltent. Lacourt tint la charrue : la moisson fut pour Anquetil.

La rue de la Lormerie ou des Tranchées emprunte son nouveau nom à l'élise Saint-Jacques dont elle renferme la façade. Sur le terrain où s'élève cette

antique paroisse, jadis verdoyait la fraîche prairie. A Taarore du printemps , la marguerite y semait ses perles blanches; à l'automne, cette fleur, que la poésie populaire appelle la Belle toute nue, y étalait son calice gracieux et ses pétales lilas. Lorsqu'à la fin du xii^ siècle, Guillaume de Champagne eut abandonné ce terrain à la viUe [1185] , déjà des maisons étaient bâties en dehors du rempart. Elles étaient loin de Notre-Dame et de Saint-Pierre-le- Vieil; il fallut une église aux habitants de la nouvelle commune. Us en bâtirent une à leurs frais. Saint-Jacques fut son nom. On disait parfois à Reims Saint-Jacques-le- Joutier, parla même raison qui fit plus tard appeler Royale-Carotte la compagnie de milice bourgeoise fournie par ce quartier : il était peuplé de jardiniers. On nommait autrefois joute une plante potagère qui n'est plus appréciée de nos jours.

L'église, élevée dans le style gothique , a été réparée à différentes reprises ; les traces de grandesarcades à plein-cintre qui se voient en dehors de la façade donnant sur l'impasse du Renard, au premier étage du clocher, et peut-être les verrières de la chapeUe des fonts sont des vestiges de l'architecture romane. L'ensemble du monument porte le cachet des xui<! etxnr^ siècles (1 ) ; les chapelles placées à droite et à gauche du chœur datent de la renaissance , le

. (1) L^^isc, oommenoëe au xil^tiMe, ne iat achevée qaa plas tard.

millésirae de 1548, gravé dans une des colonnes du chœnr, fait connaître Tépoque de leur érection.

L'extérieur de Tédifice a toujours été des plus modestes , et le marteau révolutionnaire n'a pas|eu la peine de mutiler sa façade plate , nue et sans ornements.

Elle se compose de trois portes basses et peu larges ; celle du milieu est plus grande que les deux autres; au-dessus s'élèvent trois verrières étroites et longues, surmontées d'une rosace; dlesont, ainsi que les portes, la forme ogivale.

Au-dessous du cintre était un groupe de figures sculptées en pierre, -représentant Jésus-Christ sur un banc entre Saint Jacques et Saint Jean. 11 fîit détruit en 1793. En 1804, on cherchait aie réUblir. En 18S7 , on se contenta de décorer la façade des statues de Saint Pierre, Saint Paul et Saint Jacques.

Le clocher est placé à cheval sur la croisée de l'église ; aujourd'hui il est élevé de deux étages , couvert d'ardoises et de plomb, et percé de jours ayant la forme d'une rose à quatre feuilles ; il ne manque pas d'originalité. En le voyant on pense involontairement aux œuvres pittoresques et capricieuses de l'architecture chinoise. Il fut élevé en 4712, aux frais des paroissiens et à ceux du Chapitre de Notre-Dame. Celui-ci, qui percevait la dlme et présentait à la cure, était tenu, comme décimateur, des grosses réparations. L'ancien clocher, qu'un ouragan avait renversé, était surmonté de la flèche

la plus légère, la plus hardie qu'on pût alors voir en Champagne. Elle s'élançait entre quatre aiguilles dé pierres fines et déliées. Déjà en 1594 elle menaçait ruine , et Pussot, Thistorien-charpentier , avait été obligé de la réparer.

Cette église compte environ cinquante mètres de long sur vingt de large. On trouve au rond-point neuf verrières , les collatérales en ont chacune sept. Il y en a vingt-deux dans le haut de Té^ise. Aux croisées on en remarque deux surmontées d'une rose de petite dimension.

La nef est supportée par douze piliers ; les uns sont à doubles colonnes; les autres, plus massifs, sont décorés de trois colonnettes qui leur sont appliquées. Au-dessus des arcades formées par ces piliers , règne une galerie à jour assez étroite , mais formée d'une longue suite de colonnettes soutenant de petites arcades. L'eflfet en est bon. Tous ces détails sont du style ogival , mais de diverses époques.

Contre le portail, à l'intérieur, s'applique un jeu d'orgues dont les lignes modernes se marient mal avec celles du monument ; l'église en possédait jadis un très-ancien, qui fut remis à neuf en 1615.

Avant d'arriver au chœur, on voit deux petits autels placés à droite et à gauche. A l'entrée du chœur se dessine une arcade composée de bois et de fer, sur laquelle est placé le crucifix que l'illustre sculpteur Jacques avait fait pour l'église Saint-Pierrele-Vieil : on ne saurait trop recommander à l'examen

des artistes et à tous les Rémois jaloux de la gloire de leur pays, ce précieux monument de Tart au xvi« siècle.

Le chœur est entouré par treize piliers soutenant des arcades ogivales. Au-dessus nous retrouvons la galerie à jour qui orne la nef.

Le maitre-autel était autrefois un échafaudage de pièces de bois sculptées et dorées ; il montait jusqu'à la voûte. 11 suffit en 1795 d'en détacher un seul fragment pour le ruiner de fond en comble. Derrière le maltre-autel actuel est un passage de moins de deux mètres qui le sépare d'un autre autel appliqué contre la muraille ; au-dessus est un magnifique tableau attribué au Guide : il représente la Sainte Trinité, et décorait jadis la chapelle de Tarchevéché. La révolution en fit le dépôt à Thôtel-de-ville ; depuis , on gratifia de cette précieuse relique Féglise qui nous occupe.

De chaque côté du maitre-autel sont des chapelles construites vers 1548. Au-dessus de Tautel de chacune s'élève un portail prné de sculptures et divisé par trois niches.

L'un de ces autels est dédié à Saint Jacques ; c'est là qu'on transporta la statue du patron de l'église, qui décorait la petite porte donnant sur la rue de Vesle ; elle fut remplacée par une statue d'ange tenant cette légende : Gloria in eœceisis Deo. L'au*tre chapelle est placée sous l'invocation de la Vierge. La mère du Christ fut de tout temps en grande vé-

nération dans cette paroisse ; son autel fut incendié en 1615; sa statue brûla ; elle était de bois sculpté, peint et doré. Suivant T usage du temps, elle portait trois robes d'étoffes précieuses les unes sur les autres. Elle fîit remplacée par une ligure du même genre.

Dans cette église, on remarque encore deux tableaux d'Hélard, peifitre rémois, représentant la pèche miraculeuse, et Thistoire d'Ananie et Saphire. On a disposé dans la nef et les croisées dix tableaux faits pour Téglise Saint-Pierre-le-Vieil. Les ornements qui décorent les cadres rappellent leur destination. Ces peintures représentent divers actes du Nouveau Testament. La vie de Saint Pierre j obtient plusieurs pages.

Dans la chapelle située au midi du chœur sont deux verrières représentant. Tune Ezéchiel, Ezéchias, Isaîe et Daniel avec le millésime de 1542 ; Tantre les quatre évangélistes. Au milieu, on voit la Visitation ; de tous côtés on rencontre des débris de verrières peintes qu^on doit conserver jusqu^à ce qu*on puisse les recompléter.

En 1840, les verrières du chœur furent détruites et remplacées par des verres bleus, jaunes et rouges dont reffet est dur. On eût mieux fait de tenter la restauration que les arts ont rendue possible.

Une singulière cérémonie avait lieu le jour de la fète patronale. Des habitants du quartier endossaient le costume des pélerins]|qui vont à Saint-4acques de

Compostelle ; ilspreD«ient le bourdon, le grand chapeau, la cape ornée de coquilles et se rendaient à la cathédrale , précédés d'individus figurant les douze apôtres , et Saint Christophe portant Fenfant Jésus. Le pèlerinage n'était rien moins qu'édifiant : il devait se terminer par une grimace faite ou une plaisanterie débitée par chacun de ceux qui j jouaient un rôle.

A côté de Saint-Jacques, et parallèlement à la nef de l'église , se trouve une impasse qui porte indistinctement les noms d'impasse Saint -Jacques, d'impasse ou cour du Renard-Blanc. Elle devait ce dernier nom à l'enseigne d'une auberge qu'elle contenait ; une des maisons qui s'y trouvent est ornée d'une statue de Saint Jacques placée dans une niche.

De ce côté, la paroisse a une entrée plus moderne encore que le chœur : un porche, dont les arcades sont à plein-cintre, abrite ceux qui entrent à l'église ; une petite cour le précède. Au-dessus de la porte est une niche renfermant la statue de la Vierge ; elle est décorée de cette légende : Jntroïbo damum tuam; adaraho ad templum sanctum tuum, La date de 1614 , apposée à cette partie de l'édifice , est celle de sa construction.

La rue SaintnJacques conduit de la rue de Vesle à la place delà Couture. Ce vaste emplacement, qui a la forme d'un carré long, sert depuis le xip siècle de champ pour les grandes foires de Reims.

n fut cédé ea 1185 à la ville, moyennant une légère redevance, parrarchevèqueGuillaume de Champagne ; il le destinait à rétablissement des charrons, tonneliers, chapentiers et autres gens de métiers bruyants, dont il débarrassait ainsi la ville. Pour donner de l'importance à ce nouveau quartier, et y amener des habitants , il leur concéda le privilège d'avoir une mairie spéciale et une paroisse.

Pour le même motif joint à des raisons que nous avons indiquées plus haut, il transporta sur cet emplacement la foire qui se tenait à Pâques près de rhôpital des lépreux ; il fixa son ouverture au samedi veille du dimanche des Rameaux , et son expiration au samedi saint. Depuis, elle commença le jeudi d'après Pâques et dura huit jours; de notre temps, on fix^ son début au lundi de Pâques; elle se prolonge plus long-temps qu'autrefois, quoiqu'on y fasse beaucoup moins d'opérations commerciales que par le passé ; mais comme jadis on ne payait aucun droit sur les choses vendues et achetées en temps de foire, les seigneurs limitaient la durée de manière à concilier leurs propres intérêts avec ceux de la commune. Aujourd'hui que les foires n'ont plus de privilèges, elles sont sans importance, et l'époque ou elles ouvrent et celle où elles finissent ne sont plus que des points d'administration et de police.

Le ^ juillet avait lieu sur le même terrain le marché qui paraît s'être tenu dans l'origine près de la Madeleine, et qui en avait gardé le nom : il durait trois jours.

Deux autres foires se tenaient aus» au même endroit, Tune le lendemain des Rois, et Tautre le 30 septembre. Celle-ci prenait le nom de foire Sain^Re* mi. Elles étaient toutes exempte» de certains droits : celle des Rois avait quinze jours de franchise ; celle de Pâques n'en avait que buit ; on n'en allouait que trois à cbacune des autres.

Ce cbamp où parfois la foule se presse , où retentissent, hurlent et crient à la fois les trompettes, les bètes féroces et les marchands aux poumons infatigables, fut jadis couverte de jardins et de marais ; c'était une terre cultivée, une coulture : de là vient son nom. Des jardiniers y plantèrent les premiers leurs tentes. On trouve encore aujourd'hui des potagers dans les terrains compris entre les remparts et la place. Des allées d'arbres la décorèrent depuis la promenade jusqu'au carrefour formé par les rues Large et de l'Etape. Détruites en i793, elles furent rétablies et de nouveau renversées il y a peu d'années : comme si sur cette terre aride un peu de verdure n'était pas un bienfait du ciel.

Jadis l'enceinte de la place était fermée de maisons de tous les côtés. Des maisons au toit pointu et des murs formaient la perspective qu'on découvrait au loin en entrant dans la Couture par la rue Saint- Jacques. Cette partie de la place constituait, en 1328, le quarrel de la porte Régnier-Buiron. Nous dirons plus loin pourquoi.

Cette galerie, qui forme le tour de la place, fut

faite pour les foires. Les loges existenl depuis la fin du ui* siècle ; elles sont indiquées sous ce nom dans la Charte de 1183 ; on les désignait aussi sous le nom de Toiles, parce qu'elles donnaient asile aux marchands toiliers. Une de ces loges appartenait à Farchevèque ; là s'établissait le bailliage tiucal , et la justice s'y rendait aux quatre époques indiquées ci-dessus.

Du côté des promenades on trouvait, à droite en venant de SaintnJacques, le cimetière de cette église ; il se divisait jadis en deux parties : dans la plu» grande était une croix que les calvinistes renversèrent. Le n^ 54 de la place de la Couture s'applique à une porte qui lui servait d'entrée ; elle peut re* monter au %\^ siècle; les sculptures qui la décoraient furent brisées par les protestants.

Notre place était coupée en deux par les rues Large et de l'Etape. Le point d'intersection placé au centre de ce vaste carrefour se nomme la croisée de la Couture. Là s'élevait une croix antique qui remontait^ dit-on , au xii'^ ou au xiii*' siècle ; réparée, relevée à plusieurs reprises, elle avait été vers 154St posée au centre m^ane du champ de foire. Les idées pieuses dominaient alors en tout ; le signe religieux devait surgir au milieu de tous les grands centres où s'agitait l'espèce humaine : il était là pour rappeler aux hommes que le ciel qui punit la fraude et le vol ne donne sa bénédiction qu'aux entreprises franches et loyales.

Cette croix fut déplacée vers 173s4, et relevée sons une allée d'arbres qui gagnait la porte Regnier- Buiron; elle ne devait pas y rester long-temps. Quand on fit les travaux néces^ires aux fontaines créées par Tabbé Godinot, on la transporta sur Tangle formé par la rue Large et la place de la Couture , à droite en entrant de la Couture dans la rue Large ; un monument assez semblable à une borne , qu'on décora du nom de fontaine Pouilly , en Thonneur de ce savant et digne magistrat, reçut la croix détrônée. Le signe de la rédemption fiit renversé en 1793.

Le Vaste espace que renferme là place de la Couture en a fait à toutes les époques un lieu de revue. C'est là que sous tous les régimes sont venues défiler les compagnies (toujours admirables) de la garde nationale rémoise. C'est là que le 7 mai 4790 elle prêtait à Louis XVI et à la Constitution le premier serment politique que l'on crut devoir demander à la France , le premier qu'elle crut à son tour avoir le droit de violer.

La croisée de la Couture était aussi un lieu d'exécution publique. C'est là que du temps de nos pères s'infligeait le barbare châtiment de la flagellation.

Sortons enfin de la place de la Couture, où nous avons déjà long-temps arrêté les regards du lecteur.

A l'entrée de la place de la Couture on trouve, à gauche en arrivant par la rue Saint-Jacques, la rue de Thillois. On donne à son nom deux étymologies.

Suivant les uns, elle remprunte simplement à uiie commune dans la direction de laquelle elle nurrcbe. Suivant d'autres, le nom de ThiUois viendrait d^un vieux mot français, thil ou til. Nous trouvons dtfns le testament de Richard Pique : « Pour une corde de tu pour le puits, â sols 8 deniers.» On nomme encore aujourd'hui tille ou teille la petite pellicule qui se trouve entre Técorce et le bois du tilleul : elle sert à faire notamment les cordes à puits. On nomme de la même manière Técorce du chanvre.

Tiller ou teiUer, c'est détacher les filaments qui la composent de la chenevotte que Ton brise. On n'a pas oublié que la foire de la Madeleine était destinée à la vente du fil, du chanvre et des toiles de toute nature. L'entrée de la rue de Thillois, du côté. de la Couture, est garnie de loges à droite et à gauche. La foire s'y installait. Aussi, peut-^tre étaîtH» là qu'étaient placés les^marchands de chanvre. Fe«l** être , d'ailleurs , la commune de Thillois doil^Ale son nom au ooihmerce qu'elle faisait, et à l'industrie qu'exerçaient ses habitants (i).

Revenons sur nos pas, et rentrons sur le champ de foire. La seconde rue que nous trouvons à gauche

(1) Ghap. S, page 15 , on lit que le mot ruê nVntrait pas dans la langue rémoise ayant le xiv* siècle ; il faut lire XIII® siècle. Noos troavons, en effet, en 1294 , la nie de Thillois désignée comme me. Son nom s'écrivait alors sans K ce q^ui confirme notre étymologie. Tillois vient probaMcm^nt dt til, tille, filUr.

est la rue Large ; dès Tannée i501, elle avait reçu ce nom , dont elle est digne à tous égards. Il ne lui manque que des palais et des hôtels pour rivaliser avec les plus grandes voies de communication citées dans les villes de France. Elle fut taillée sur un vaste plan dans Tintérèt de la foire ; il fallait un emplacement pour les équipages, voitures , chevaux des forains. La rue Large leur fut destinée.

A Fextrémité de la rue Large, du côté où elle fait angle avec la me Caqué, était la première salle de spectacle qu'il y eut à Reims ; eUe régna seule ju^ qu'en 1777 ; à cette époque , on éleva celle qu'on voit rue de Talleyrand. Elle avait pris le nom de son propriétaire, Draveny , et s'ouvrait aussi pour les hais publics : cette destination survécut k l'autre.

A côté était un terrain où les bourgeois de Reims venaient exercer leur vigueur et leur adresse en jouant à la paume. On j vit, dit-on, le fameux Pitt essayer ses forces. Cet établissement était connu sous le nom du Tripot de la Fleur-de-Lys.

A côté de cette joyeuse maison était le jardin des arbalétriers de Reims ; leur terrain long et étroit se prolongeait en ligne droite vers la me de Chàtivesle. Leur antique institution remontait au xnr* si'cle : divisée d'abord en deux compagnies qui avaient leurs jardins, l'une dans le ban Saint-Remi, l'autre à la porte Cérès, elles se réunirent dans ce dernier, soas le règne de Louis XI. Dans le xvi* siècle, les arbalétriers se fixèrent rue Large, et s'y maintinrent

jusqu'en i702. A cette époque, réduits à un trèspetit nombre, ils cédèrent leur terrain à la vilk de Reims, à condition qu'elle paierait quelques rentes à des individus qu'ils désignèrent, et que siir leur jardin on élèverait des casernes pour le soulagement des troupes.

Les arbalétriers eurent leurs jours de glmre militaire, et rendirent de notables services dansles guerres des xiv^ et xv^ siècles. L'usage des armes à feu finit par les rendre inutiles. Nous avons publié les pieux et patriotiques règlements de cette noble confrérie, qui compta parmi ses membres Juvénal des Ursins, Tarchevèque de Reims. Il nous suffira, pour mettre sa mémoire sous la sauve-garde publique, de rappeler la formule du serment demandé aux récipiendaires :

« Viens, jure io^fallemeat

» Que la couronne de France

u Serviras entiëremeot,

» De ta force et ta puissance.

» Ton corps mettras en déf«>nce

» A Reims, contre ses ennemis

» Desquels tn aorascoimdMSânce. »

Près de là s'élève un humble bâtiment que surmonte une modeste croix blanche : là se trouve aujourd'hui un des établissements des Frères des écoles chrétiennes.. Nous dirons plus loin leur histoire quand nous toucherons à leur berceau. Saluons en

loi passant ces hommes qui ne demandent ni croix, ni plaees, ni pensions; qui, pauvres et dévoués aux paur yffts^ leur donnent tout ce qu'ils peuvent donner, leur vie, leur science et leur foi.

A côté de ces pieux instituteurs^ nous voyons les casernes que la ville offre aux troupes qui passent dans ses murs ; elles rappellent le testament des arimlètriers.

En remontant la rue Large, nous rencontrons , toujours du même côté, un édifice blanc donlFaspect a quelque chose de mystérieux : ce qui s'y passe, nous n'en savons rien. C'est la loge de très-hauts et très-puissants seigneurs, nosseigneurs les francs-maçons de Reims.

Au bout de la Couture, on trouve la porte Neuve, qui donne accès aux promenades et conduit à Clairmarais.

Elle est élevée sur l'emplacement d'une vaste plate-forme qui portait le nom de Saint-Jacques , construite en 1651 par Jean Audry, lieutenant dès habitants ; elle était fermée de murs crénelés et percés de meurtrières. Au pied de ses murs était un bastion défendu par un fossé et un mur angulaire jeté en avant.

: En 1740, la ville arrêta qu'une porte serait ouverte à cet endroit, et les travaux) commencèrent. Louis XV fit son entrée à cheval par la brèche d^à ouverte quand il revint de Flandres. Elle dut à cette circonstance le nom de porte Royale ; on l'éleva

avec les matériaux des fortifications démolies* et ceux d^iine ancienne porte nommée Ragenaire oo Regnîer-Buiron, sise près de là, et marée en 1358.

£Ue coûta 30»000 livres et fat construite par Nicolas Bonhomme. Ce monument portait à son sommet une arcade terminée à ses deux extrémités inférieures par des vases de pierre représentant des pots de feu. Dessous Tarcade et au-dessus de Tentrée, était sculpté Fastre du jour aux rayons flamboyants. Au nom de porte Royale, ce monument jmgnait ceux de porte de la Couture, porte Neuve, porte des Promenades. Elle fut détruite il y a peu de temps et remplacée par une griUe.de fer coupée par deux pavillons carrés, couronnés par des terrasses.

La porte Neuve nous ouvre l'entrée des promenades : elles comptent à peine plus d'un siècle. Des champs, des prés, des marais, un bois, au milieu duquel s'élevaient quelques maisons , une commu* nauté de béguines, leur cimetière, formèrent longtemps de ce côté les environs de la vâle.

Sous la première race, au milieu de ces bosquets, sous la Yoùte mystérieuse des forêts séculaires de la vieille Gaule, la corruption romaine avait enseveli des lieux dedébauche : une sombre caverne creusée sous le sol abritait les vices que Faigle impériale traînait sous les drapeaux. Saint Rémi fenna le temple paien , et dans le riant asile qu'avait choisi l'amour sans pudeur, il bAtit un couvent où se renfermèrent quarante filles ou femmes veuves , et les charges

et entretenir avec grand soin ; elles furent achevées en 1749 , sous le gouvernement de Lëveâque de Pouilly ; il les prolongea jusqu'à la porte Mars.

En allant vers la Vesle par Tallée basse, on trouve à gauche les neuf arcades dessinées par les pierres des remparts dont nous avons parlé plus haut. Si au contraire le promeneur appuie sur la droite , il arrive dans le petit bois de la Ville : c'est ûnsi que Tappdle le plan de 1765 ; mais pour la foule, c'est le Bois-d' Amour. Là s'ouvre l'allée des Soupirs , là commence c^k du riant espmr. Cher lecteur, nous ne voyagerons pas sur la carte du doux pays de Tendre ; nous autres biMîophiles poudreux et parcheminiers , nous y serions mauvais guides. Ne vous fiâtes pas trop d'ilhnîons sur ce que peut avoir de délicat et de séduisant le doux nom de Boisd'Amour, mais interrogez la pudeur des sergents de ville : elle vous racontera «omment ces mystérieuses allées ne sont parfois que les basses mes de Paphoa.

Les promenades, comme tous les quartiers de Reims , ont leur histoire et leurs souvenirs.

L'obélisque des fossés fîit détruit en 1790. Trois mois plus tard, il fut question d'arracher tous les arbres et de cultiver le sol défriché, en poBunes de terre. En 1814! , les Russes voulurent aussi sacrifier les vieux ormes aux exigences de la guerre : la viUe les sauva en fournissi^t le bois dont l'impérieux vainqueur avait besoin.

i> fui sur les promenades de Reims, à midi, le

44 juillet 1790 , qu'on célébra Tanniversaire de la prise de la Bastille , en prêtant le serment de la fédération.

A la même époque , à la place où nous voyons aujourd'hui un bassin et sa brillante gerbe d'eau , s'élevait l'autel de la Patrie. Sur une base à huit faces décorées de guirlandes de fleurs, était un socle carré ; il portait une colonne cannelée , couronnée d'un chapiteau corinthien ; au-dessus se dressait le génie de la Renommée ; il portait des ailes au dos et une trompette à la bouche ; de l'autre main il tenait une seconde trompette. Ce monument eut un grand rôle à jouer dans les fêtes et cérémonies républicaines.

Le âO prairial an II notamment, on célébrait à ses pieds la fête de l'Etre-Suprême.

Au sacre de Charles X, on bâtit à la hâte un bazar sous les ombrages du boulingrin. Là brillèrent tous les produits de l'industrie rémoise; là brillèrent aussi la galanterie et l'amabilité du nouveau roi, de ce prince affable et bon, mais arrivé trop tard aux affaires pour apprendre à les diriger, trop tard sur le trône pour apprendre à connaître les conseillers de cour.

On cite encore les fêtes qui ^eurent lieu dans les promenades lors de l'inauguration de la statue de Louis XV, en 1765. Le graveur Varin les a reproduites.

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