‹ Reine de Mort: Comédie inéditeChapitre 1 sur 53 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La comédie en prose de Louis BOUILHET, intitulée « Sous Peine de Mort » et dont le texte suit, est jusqu'alors restée inédite. Le seul manuscrit autographe, qui existe, m’a été légué par PHILIPPE LEPARFAIT, le fils adoptif du poète. C'est un cahier d’écolier solidement cartonné, contenant 204 pages de texte. La première page porte cette dédicace : À EUGÈNE DELATTRE (1).

Analyser cette œuvre, révéler par suite de quelles circonstances elle fut condamnée au silence, en noter brièvement la valeur littéraire : tel est l’objet de la présente introduction.

La scène se déroule vers 1860, dans un château, aux environs de Lyon.

Monsieur Maillard, le propriétaire, un ancien banquier, vient d'y mourir. Il laisse une centaine de mille francs de rente en héritage à ses cousins : les Budois, hier marchands de fer à Lyon et enrichis, et les Ribeaux de la Chénaie, nobles de date récente stupidement fiers du blason acheté à prix d’or. Il recommande seulement à leurs « bons soins » un vieillard, Olivier Rousselet, le seul « compagnon » de sa longue carrière. « Qu'il soit pour eux comme un second moi-même, demande le testateur, qu'il termine doucement sa vie, qu’il puisse mourir où nous nous sommes aimés, et qu’il repose un jour près de moi ! » (2).

Devant l'attitude de Madame Budois et de Monsieur de la Chénaie,

(1) Eugène Delattre, d'abord avocat près la Cour Impériale de Paris, devint Préfet de la Mayenne le 4 Septembre 1870. Conseiller Municipal de la Seine, en 1871, Député de Saint-Denis, en 1881, il mourut en 1889. Son ouvrage intitulée : « Tribulations des Voyageurs et Expéditions en chemins de fer », obtint quelque succès. Je n'ai trouvé aucun renseignement sur l’origine de ses relations avec Bouilhet. (Sur Eugène Delattre, voir René Descharmes et René Dumesnil, « Autour de Flaubert », t. II, p. 28. — Henry Céard « Fin de vie », dans « l'Evénement » du 14 Mai 1898.)

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essayant de se soustraire à cette clause, et devant la résolution d'Olivier Rousselet prêt à quitter la maison, où maintenant il se sent importun, le notaire, Maître Chapuy, donne lecture d’une lettre qu'il a jusqu'alors gardée par devers lui : au cas où les héritiers, y déclare M. Maillard, repousseraient sa prière concernant le vieux serviteur, Maitre Chapuy deviendrait l’exécuteur d’un second testament, qui détruit le premier. Les héritiers auraient seulement « l’usufruit » des biens jusqu’à la mort d'Olivier Rousselet ; « la nue propriété des dits biens » passerait à l’administration centrale des Hospices.

L'amour de l’argent opère le revirement attendu. Les Budois et les Ribeaux de la Chénaie retiennent maintenant le vieillard au château : ils garderont même, près de lui, pour lui plaire, Louise, sa nièce, sa seule parente. On multiplie les soins pour prolonger sa vie : élixirs et médecines,séances de gymnastique et parties de boules, remplissent ses journées ; on lui met devant les yeux une peinture représentant Hebé, déesse de la jeunesse ; Madame Budois fait abattre, dans le parc, un if, « l'arbre des tombeaux », dont la vue quotidienne pourrait lui « fourrer un tas d'idées dans la tête. »

Mais voici que Paul Ribeaux de la Chénaie, jeune homme sentimental, qui vit toujours le front dans les étoiles, indifférent aux prétentions aristocratiques des siens, dédaigneux de leurs préjugés de nouveaux nobles, s’éprend de Louise, la jeune fille idéale ! Monsieur et Madame de la Chénaïie veulent chasser ce sot, qui s’obstine à vouloir épouser une institutrice. Louise elle-même lui demande de renoncer à ce « rêve impossible ».

Peine perdue! Il faut que Madame Ribeaux de la Chénaie, femme énergique, se charge d’éloigner du château la jeune fille dangereuse ! Elle lui affirme que son « avenir » inquiète le vieux Rousselet, et elle lui propose de l'aider pour trouver à Paris une situation honorable : quand il la saura à l’abri de tout souci matériel, Olivier Rousselet sera moins préoccupé. Au vieillard elle annonce que Louise est menacée d'une « maladie de poitrine », et que la maison étant malsaine à cause de la rivière, elle serait mieux à Paris, près des médecins célèbres.

Loin de tomber dans le piège, l’oncle Rousselet, qui commence à s'amuser sous cape, trouve ce mariage la chose la plus simple du monde. Madame Budois elle-même voit là le seul moyen d'éviter au vieillard de nouvelles crises de toux, qui pourraient compromettre l'héritage...

Ne sachant plus quel parti prendre, les Ribeaux de la Chénaie décident de consulter Me Chapuy, le notaire. Celui-ci conseille d’éloigner Paul. Devant cette résolution, Louise déclare que c’est à elle de partir.

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