ON) LE
: M. R. DE La CHÉNAIE Comment cela ?
De grâce, Monsieur Chapuy, pas un mot de plus, je vous en
conjure !
(Il va pour sortir)
Me CHAPUY Ne sortez pas, Monsieur Rousselet ! Quelle que soit votre modestie, j’ai résolu d'apprendre à tous votre belle conduite. Qu'on le sache donc : il a mieux aimé rester pauvre que d’être soupçonné de convoitise. C’est devant moi qu’il a refusé cette fortune, devant moi qu’il a exigé de Monsieur Maillard la promesse solennelle de n’être point couché sur son testament ! PAUL (Avec enthousiasme) Quelle probité ! Quelle vertu !
Madame R. DE La CHÉNAIE C'est grand !
C’est noble!
M. R: ve ra CHÉNAIE :
Madame BUDOIS (Avec explosion) C’est admirable!
M. BUDOIS (Appuyant) Ad-mi-rable!
Madame BUDOIS (Allant à Rousselet)
Je vous donne mon amitié, père Rousselet, je vous la donne |!
(M. Budois offre une prise de tabac à Rousselet). Me CHAPUY
Et je vous en félicite, Madame, car vous entrez d'avance dans les désirs du testateur... (Aux autres). Il me reste quelques lignes à vous lire, une simple prière de Monsieur Maillard. (Lisant) : « Je recommande aux bons soins de mes héritiers, à l’amour attentif de mes parents, le seul compagnon de ma longue carrière, Monsieur Olivier Rousselet. Qu'il soit pour eux comme un second moi-même, qu’il termine doucement sa vie, qu’il puisse mourir où nous nous Sommes aimés, et qu’il repose un jour près de moil »
O0. ROUSSELET (Sanglotant)
Cher maître ! Cher maitre!
(11 reste absorbé dans ses souvenirs).
PAUL (Courant à lui)
Quel grand bonheur ce sera de vous témoigner toute notre reconnaissance |
RES Madame BUDOIS (Bas à son mari) Hein ! Comment trouves-tu cela, Monsieur Budois ? (A Madame de la Chénaïe), Qu'en dites-vous, ma cousine ? Madame De LA CHÉNAIE (Bas et d’un ton sec) Je dis... Je dis que c’est une clause passablement originale | Madame BUDOIS (Bas, vivement) Une clause + Ne vous y trompez pas! Il n’y a point clause, mais prière... (Haut, à Me Chapuy). C’est un simple désir, Monsieur le
notaire | M? CHAPUY (S'inclinant)
Un simple désir, Madame.
Madame BUDOIS (A demi-voix, à Madame de la Chénaie)
Vous voyez!
Madame DE La CHÉNAIE (Un peu plus haut)
«Qu'il soit pour eux, comme un second moi-même! » Ni plus, ni moins! (Avec ironie). Je m'explique beaucoup mieux le désintéressement de ce subalterne !
Madame BUDOIS (Haut)
Parbleu ! Il reprend d’une main ce qu’il donne de l’autre !
S'imposer à nous de vive force !
M. R. DE za CHÉNAIE
Le fait est que le commencement était sublime ! Je n'ai pas craint de le déclarer! Maïs, j'avoue que le bonhomme me gâte un peu son
« qu'il mourut»!
PAUL
Quoi, mon père! Est-il possible! Vous oubliez si promptement que lui seul, peut-être, a fait venir jusqu’à nous cette fortune imprévue, et que Monsieur Maillard...
M. pg La CHÉNAIE (Avec dignité)
Dans nos maisons, mon fils, dans notre monde, on oblige de bonne heure les enfants à un respect, à une réserve dont vous paraissez, aujourd’hui, vous départir complètement !
M: CHAPUY
Pourtant, Monsieur de la Chénaie...
mas E Madame ne La CHÉNAIE (Intervenant)
Oh! Je ne m’oppose pas, avec l’assentiment de lout le monde, à ce qu’on lui constitue, s’il le faut, une rente viagère.
M. R. px a CHÉNAIE Sans doute, sans doute ! Une petite rente...
Madame BUDOIS
Comment, une rente? Mais c’est un homme à vivre autant que Mathusalem! D’abord, Monsieur Budois ne veut pas ! (Geste d'étonnement de M. Buiois. Elle le regarde en face). Il ne veut pas... (M. Budois
reste immobile).
PAUL
Cette fois, du moins, je ne heurte en rien les intentions de mon père, et, comme membre de la famille...
Madame BUDOIS (A Madame de la Chénaïie) Quel âge a-t-il donc, Monsieur votre fils ?
Madame pe La CHÉNAIE Vingt ans, moins quelque chose, Madame ?
Madame BUDOIS Bon ! Bon ! c’est une opinion de mineur !
O0. ROUSSELET (Il écoute depuis quelques instants)
Ne vous mettez pas en peine, Madame. Je ne demande de rente à personne, et, Dieu merci, ines économies d’autrefois m'ont assuré du pain, pour le reste de mes jours.
Madame BUDOIS (Aux autres)
Je m'en doutais bien ! Il a eu le temps de faire sa pelote !... Le sentiment, voyez-vous ! On s’y laisse aller, rien n’est dangereux comme cela ! Vous vous trouvez exposés, dans toutes les rues, à faire l’aumône à des gaillards plus riches que vous. Et moi qui vous parle, j’ai connu un mendiant qui jouait de la flûte et qui passait pour millionnaire!
Madame R. px La CHÉNAIE (Avec componction)
Monsieur Chapuy voit toujours bien que nous y mettons du nôtre.
M. R. px La CHÉNAIE
Nous consentions à la rente, mais la cohabitation...
Ho Te C'est réellement impossible !
Madame BUDOIS (Aux Ribeaux) Cela vous regarde, vous, le château !
Monsieur R. px La CHÉNAIE (A M. Chapuy)
Voyons, Monsieur le notaire, vous êtes un homme sérieux, un homme grave. Or, je vous le demande, la main sur la conscience, ce désir-là vous semble-t-il raisonnable ? Et pensez-vous que notre cher défunt avait toute sa tête à lui, tandis qu’il formulait celte prière ?
Madame CHAPUY
Je m'étonne fort, Monsieur, que les doutes sur la raison de Monsieur Maillard ne vous viennent qu’au Post scriptum, quand tout le reste du testament vous a paru si lucide !
M. R. DE ra CHÉNAIE
Permettez, s’il vous plaît. Les médecins vous diront que des personnes, parfaitement sages d'habitude, ont sur tel point déterminé, des idées bizarres, des vues fausses.
Madame BUDOIS Les maniaques !
M..ne LA CHÉNAIE
C'est cela même. Eh bien! La manie du bon cousin, c'était le père Rousselet. Voilà tout!
Madame BUDOIS
Parbleu ! Depuis vingt ans - calculez un peu — garder chez soi une bouche inutile, et quand on a de la famille, encore ! J’en ai vu surveiller de moins prodigues !
Me CHAPUY (Avec émotion)
Ainsi donc, vous laissez partir ce vieillard, sans songer à ce que peut avoir de périlleux à son âge, un changement si radical dans sa manière de vivre, dans ses coutumes de chaque jour!
M. R. DE La CHÉNAIE
Je vous arrête là, Monsieur Chapuy, je vous arrête — car la considération que vous faites valoir tombe d’elle-même devant la nécessité où je me trouve de changer presque totalement le chàteau ! Je ne puis pourtant pas, par respect pour les émotions de