‹ Reine de Mort: Comédie inéditeChapitre 13 sur 53 · DAME · texte numérisé non relu

DAME

M. R. pe La CHÉNAIE (A voix basse. Tandis que le notaire déploie ses papiers, il entraîne vivement à droite Madame KR. de la Chénaie)

Il ne tombe pas sous le bon sens que Monsieur Maillard, un homme comme il faut, un homme du monde, ne nous ait pas distingués tout d’abord de ces anciens porte-balle, en nous octroyant le château, avec un surcroît d'argent pour en soutenir les dépenses !

Madame BUDCIS (A voix basse. Elle court vers son mari, à gauche)

Je ne vis plus, Monsieur Budois, je ne vis plus ! Pourtant, il ne me paraît pas possible que Monsieur Maillard qui connaissait à fond les affaires, n’ait point préféré à ces nobles de contrebande de bons et braves commerçants comme nous, qui pourrons faire honneur à sa fortune, en l’exploitant convenablement !...

Me CHAPUY (Lisant)

« Par devant Maître Chapuy, notaire, et en présence de quatre témoins ci-après nommés, est comparu Monsieur Eustache-Désiré Maillard, propriétaire, lequel étant malade de corps, mais parfaitement sain d’esprit, mémoire, jugement et entendement, ainsi qu’il est apparu aux dits notaire et témoins soussignés... »

Madame BUDOIS Arrêtez, Monsieur le notaire, arrêtez !...

(Tout le monde regarde).

Me CHAPUY Quoi donc, Madame ? Qu'’arrive-t-il ?

Madame BUDOIS

Il arrive tout simplement une chose impossible... une chose monstrueuse : la présence d’un intrus dans une affaire intime, au milieu d’une réunion de famille |

Me CHAPUY

Pardon, je ne vois pas...

Madame BUDOIS (Montrant Rousselet)

Vous ne le voyez pas là, tranquille, tout à son aise et qui se carre dans son fauteuil, comme un président de cour d'assises !

PAUL C'est moi, Madame, qui l’ai prié de s’y mettre...

QE

Je le veux bien, mon brave jeune homme, mais vous ne l'y avez pas cloué, je présume... et il me paraît de la dernière

inconvenance... à Madame R. DE La CHENAIE

Il y a du vrai, dans ce que dit Madame Budois! M. De La CHÉNAIE Sans doute, je ne l'avais pas remarqué !

M. BUDOIS (Ouvrant de grands yeux) Ni moi, c’est drôle !...

O. ROUSSELET (Se levant, et avec émotion)

Qu'on veuille bien excuser mon ignorance, j'étais loin de me supposer coupable, pour avoir voulu entendre encore une fois, et comme à travers sa tombe, les paroles suprêmes de mon ami, et

ses volontés dernières!

Me CHAPUY

Mon Dieul... Je ne vois pas grand mal à cela. D'autant plus que Monsieur Rousselet, comme ami intime du défunt, et commensal de la maison, peut avoir des raisons sérieuses.

Madame BUDOIS

Ah! Des raisons!... Il a des raisons!... Je m’en étais toujours doutée!... (A Rousselet, avec amertume), Donnez-vous donc la peine de vous asseoir, Monsieur Rousselet, ne vous gênez pas, je vous prie, du moment que Monsieur le tabellion autorise votre présence!l... (Bas, à M. R. de la Chénaie). Voilà qui va simplifier l’affaire du château, mon cousin !

M. R. pe La CHÉNAIE (inquiet) Vous croyez, vraiment?,...

Madame BUDOIS (Haussant les épaules) Depuis trois mois qu’on vous le chante !

M. R. pe za CHÈNAIE

Mais non ! Monsieur Maillard ne nous aurait pas fait venir de si loin pour nous exposer à une pareille avanie !

Madame BUDOIS (Le poussant vers la table) Vous allez voir ! Vous allez voir !

No M CHAPUY (Lisant) « Lequel Eustache-Désiré Maillard a, par ces présentes, requis ledit Maître Chapuy de recevoir ses testament et acte de dernière volonté, qu’il lui a dictés de la manière suivante : »

. Madame BUDOIS coutez !

; Me CHAPUY (Après une pause)

«J’institue pour mes légataires universels, Messieurs Arthur Ribeaux et Sénateur Budois, mes cousins, auxquels je donne et lègue la totalité de mes biens, meubles et immeubles, sans aucune

exception »

Madame BUDOIS Aucune exception !

M: CHAPUY (Lisant) « Ni réserve ! »

Madame BUDOIS Ni réserve !... Ah!

M. R. pe La CHÉNAIE (Haletant) Est-ce tout?

Me CHAPUY (Souriant)

C’est tout, sauf les formules d'usage...

Passez les formules, mon bon Monsieur Chapuy !... Cinquante mille francs de rente !... Cinquante mille francs ! Embrasse-moi, Monsieur Budois ! (Elle lui saute au cou) Encore !... (Elle recommence) Oh ! Monsieur Maillard !... Le digne homme! Le brave homme!

M. BUDOIS (Enthousiasmé) Oui ! Oui ! Chaque année, nous lui ferons célébrer, à nos frais. Madame BUDOIS (Avec un geste rapide)

Chut !... (A M. R. de l4 Chénaie) Vous le voyez, maintenant, les parts ne sont pas faites, et si vous tenez toujours au château, c’est une affaire que nous débattrons ensemble.

O0. ROUSSELET (A Madame Budois. Se levant, avec dignité)

Convernez, Madame, que j'avais le droit d'assister, la tête haute, à la lecture du testament !

Madame BU DOIS (Embarrassée)

On ne pouvait pas savoir...

Me CHAPUY (Montrant Rousselet)

I] le savait bien, lui!

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