SCÉNE III
Madame De La CHÉNAIE. — LOUISE
LOUISE (Toute tremblante, sur le seuil) Vous me demandez, Madame ?...
Madame De LA CHÉNAIE
Oui, mon enfant, quelques minutes. Asseyez-vous là, près de moi | LOUISE (A part, prenant un siège) Je tremble !... Je tremble !...
Madame pe La CHÉNAIE
Voilà plusieurs jours que je désirais vous parler, ma toute belle, mais, par une fatalité étrange, je n’ai pas eu un seul moment de libre. Votre cher oncle Rousselet, sans être malade à garder la chambre, réclame de plus en plus tous nos soins. (Bas) Il baisse... il baisse... visiblement.
LOUISE (Effrayée)
Lui, Madame!... vous pensez ?... Mais il me paraît toujours le
même, et je ne vois pas du tout sur quels signes... , Madame DE La CHÉNAIE
Plus nous touchons de près à une personne, et moins nous apercevons, en elle, ces altérations progressives, dont les effets se perdent dans l’habitude qu’on a de les voir, mais qui font dire, au bout de quelques mois, à l’homme qui passe, à l’étranger qu’on rencontre : « Mon Dieu, comme cette personne est changée !... »
LOUISE Mais vous tous qui ne le quittez pas plus que moi... Madame De La CHÉNAIE
D'abord, nous ne tenons pas à votre cher oncle par les liens de la parenté, puis, nous sommes quatre, voyez-vous, avec nos observations combinées et une expérience des maladies, que vous ne pouvez pas avoir comme nous...
LOUISE (A part)
Serait-ce donc vrai?... Cette joie d’hier, ces rires violents, ce
changement brusque, dont je ne savais pas la cause!... (Haut.)