‹ Reine de Mort: Comédie inéditeChapitre 6 sur 53 · SCÈNE I LOUISE · texte numérisé non relu

SCÈNE I LOUISE

(Seule. Elle est assise devant le guéridon. Regardant autour d'elle.)

Comme tout est triste ici! Comme tout paraît vide ! Il m'a fallu rester seule à la maison, tandis qu’on porte en terre ce pauvre Monsieur Maillard ! (Essuyant ses yeux avec son mouchoir) Pourtant, Dieu m'est témoin que je le pleure dans mon âme |! C’est lui qui m'a protégée, orpheline et sans ressources, lui qui m’a fait donner l’éducation que j'ai reçue... Et il me semble, aujourd’hui, perdre mon père pour la seconde fois... Je serais seule au monde, sans mon vieil onéle Rousselet que la mort de son maître a tout ébranlé lui-même! Cinquante ans de vie en commun ! Cinquante ans d’une amitié fraternelle ! (Se levant) Mais ces parents lointains, qu’on ne connaissait pas l’an passé, ces hériliers avides, qui n’attendent que le retour du cimetière pour se précipiter sur leur proie, que vont-ils faire de ce vieillard ? Lui permettront-ils de mourir en paix, dans cette maison qu’il ne croyait quitter que pour la tombe? Je le suivrai, quoi qu'il arrive; je ne l’abandonnerai pas ; nous partirons ensemble. (Avec désespoir) Partir ! (D'une voix saccadée) oui... dès demain... il le faut... Monsieur Paul Ribeaux de la Chénaie épouser une pauvre institutrice ! Donner son nom à la nièce d’un ancien caissier ! Quel rêve d’enfant ! Ce jeune homme ne pense plus à moi... Ce soir, il sera riche... et ses parents sont déjà si fiers !

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