LA BEI.I.E TAI^WEN
a mauvais procédés même de ceux-ci lorsque les .: officiers généraux qui se présentaient à eux avaient « de grands talents et une supériorité reconnue sur « eux, du peu de cas que l'on faisait des généraux « morts pour la défense de la Patrie. Tallien prit de là « occasion de dire que la Convention avait infiniment « mieux traité les généraux. I^e général alors attaqua « la mauvaise administration de cette assemblée. Il « la représenta avilie et méprisée, il montra la nation « grande et considérée au dehors par la Terreur de ses « armes, il mit en opposition le mépris inspiré par le « plus grand nombre de ces législateurs et le respect « et l'admiration qu'excitaient dans les pays étrangers « surtout le nom et la présence d'un officier français.
« Rien de tout ce discours n'était adressé au citoyen « Tallien, cependant, il avait pris une si grande part « aux affaires, qu'il dut s'approprier la plus grande « partie des choses dures et énergiques exprimées que (( le général avait dites sur la Convention en général. <( D'ailleurs, tous les officiers là présents, lui en fai- (c saient l'application avec im plaisir secret et témoi- « gnèrent ensuite partager en tous points l'opinion « du général sur les abus de l'ancien gouvernement.
« I^e général ne manqua pas une occasion de traiter tt avec estime et considération, le général I^annes, « qui avait accompagné Tallien. »
C'est assez nettement dire qu'on traitait le terroriste gans considération et sans estime; cet accueil explique
306 HEINE DU DIRECTOnUl
la lettre plus que mélancolique expédiée à Thérésîa par le débarqué, de Rosette, le vj thermidor aa VI (4 août 1798).
d Rosette, le 17 thermidor, an VT.
« Je ne sais, ma chère bonne, si tu as reçu toutes « mes lettres. Depuis mon départ de France, je t'ai « écrit une fois de Bastia, deux fois de Malte et une « d'Alexandrie. Depuis cinq jours nous sommes ici, « attendant une occasion pour aller au Caire, car il « n'est pas sûr de remonter le Nil sans escorte. Dans « notre traversée d'Alexandrie, nous avons eu le bon- « heur d'échapper aux Anglais qui étaient dans ces « parages.
« Au moment où tu recevras cette lettre, Ton saura « déjà sans doute en France la défaite de notre escadre « par les Anglais. Nous sommes tous ici dans la plus « grande consternation. Je ne puis te donner aucun « détail, parce que nous ne les connaissons pas en- « core d'une manière positive : ce qu'il y a malheu- « reusement de trop certain, c'est que le superbe vais- (c seau V Orient est sauté dans le combat. Placés sur une « éminence qui dominait la mer, nous avons été té- « moins de cet affreux spectacle. Le combat a duré « plus de vingt- quatre heures, les Anglais ont dû « beaucoup souiïrir. Nous ignorons encore combien « nous avons perdu de vaisseaux. J'ose espérer que € les bruits sinistres qui se répandent ne seront pas
tA BUl^n TAI^LIEN 307
M confirmes. I/'amiral Brueys a été tué, ainsi que Du- « cheyla, et une foule d'autres braves.
Ce n'est pas dans un premier moment que l'on, peut « porter tm jugement sur les causes de ce désastre {< affligeant pour tout bon Français, il faut au contraire « s'empresser de repousser la calomnie, qui ne resoecte « ni le malheur ni la cendre des morts.
« Quant à moi, j'ajoute, j'observe, et ne croîs pas « qu'il soit sage dç prononcer au milieu des passions. « Nous partons demain pour le Caire; nous serons les « premiers qui annoncerons cette affligeante nouvelle « à Bonaparte, qui, je l'espère saura juger sa position « et supporter avec courage ce premier revers de la « fortune. J'avoue que je ne suis pas aussi tranquille « sur l'effet que produira cette nouvelle en France. « Déjà je vois les ennemis de Bonaparte, de celui des tt Directeurs qui est son ami sortir de leurs retraites a et agiter contre eux l'opinion publique.
« Les services passés seront oubliés, chacun voudra ff se donner le mérite d'avoir prévu ce qui est arrivé. « Les partis, les factions mal éteintes se ranimeront « et produiront encore dans notre malheureuse patrie a de nouveaux déchirements.
« Quant à moi, ma chère amie, je suis ici, comme f tu le sais, bien contre mon gré, ma position devient • chaque jour plus désagréable, puisque séparé de c mon pays, de tout ce qui m'est cher, je ne prévois pas « le moment où je pourrai m'en rapprocher, cependant.
« rien ne me fera trahir et l'amitié et mes devoirs. « Bonaparte éprouve une chance malheureuse, c'est « pour moi une raison de plus de m'attacher fortement « à lui et d'unir mon sort au sien.
a Ne crois pas cependant que je devienne jamais « le partisan d'aucune faction, le passé m'a assez éclairé « poiu: me rendre sage, et s'il pouvait, ce que je suis « bien loin de penser, se présenter un ambitieux qui <c voulût ou doimer des fers à sa patrie ©u faire tourner c les armes de ses défenseurs contre la liberté, alors « on me verrait dans les rangs de ceux qui se présen- « teraient pour le combattre.
« Tu vois, ma chère bonne, que je sais prendre mon a parti, mais je te l'avoue bien franchement, je préfé- « rerais mille fois être avec toi et ta fille, retiré dans a im coin de terre, loin de toutes les passions, de toutes a les intrigues, et je t'assure que si j'ai le bonheur de « retoucher le sol de mon pays, ce sera pour ne le quit- « ter jamais. Parmi les quarante mille Français qui « sont ici, il n'y en a pas quatre qui pensent autrea ment.
a Rien de plus triste que la vie que nous menons ici. « Nous manquons de tout. Depuis cinq jours, je n'ai K pas fermé l'œil, je suis couché sur le carreau : les « mouches, les punaises, les fourmis, les cousins, tous a les insectes nous dévorent, et vingt fois chaque jour « je regrette notre charmante chaumière. Je t'en prie, « ma chère amie, ne t'en défais pas.
I,A BEIXB TAIXIEN 309
« Adieu, ma bonne Thérésia, les larmes Inondent « mon papier. lyes souvenirs les plus doux de ta bonté, « de notre amour, l'espoir de te retrouver toujours « aimable, toujours fidèle, d'embrasser ma chère fille, « soutiennent seuls l'infortuné
« Tai,i.ien.
<c Fais donner à ma mère de mes nouvelles.
« Dans mon voyage j'ai fait une perte : M. Bella- « voine, le jour de notre départ de Malte, s'est endormi « dans quelque cabaret et nous ne l'avons plus vu. « J'ai prié Regnault de me le renvoj^er s'il le retrouvait.
a Minerve est toujours avec moi, il se forte très a bien (i). »
Au premier abord les termes de cette lettre sont de nature à faire illusion sur les sentiments du terroriste et il faut disséquer l'épître pour en apprécier le vrai sens.
Tallien tient du félin. Il n'a pas une apparence cruelle et violente. I^a première fois qu'elle le voit à la Chaumière, après lui avoir écrit quelque temps auparavant des lettres de louanges à propos du renversement de Robespierre, M"^^ de Chastenay trouve en lui, un personnage doux et qui paraît bon. Tallien s'excuse de ne pouvoir lui rendre le service qu'elle demande, et qui ne dépend pas de lui; il se met à sa disposition pour la
(1) René Pincbbouiidb : Correspondance intime d0 ^ armée d'Egypte.
310 ÎUÎINB DU DIRKCTOIR]^
conseiller à roccasion... c'est bien l'attitude et le langage d'un fourbe en présence d'une jeune fille attrayante qui s'est enthousiasmée pour les qualités qu'elle lui prête.
Quand on connaît le rôle joué par l'organisateur des massacres de septembre, par le terroriste de Tours, de Bordeaux, et l'assassin des fusillés de Vannes, des décapités d'Auray, quand on l'a entendu à la Convention hurler en demandant des têtes, ces doucereuses façons « au repos » n'illusionnent plus sur sa réelle nature.
Pour comprendre et pour bien apprécier la lettre datée de Rosette il ne faut donc pas se laisser impressionner par les patelinages du début et de la fin de l'épître.
Les « ma chère bonne » les « ma bonne Thérésia » sont pure comédie à laquelle M"^e Tallien ne se trompait certainement pas. Ces formules n'étaient sans doute employées qu'en vue d'une communication de la lettre a d'autres personnes.
Tout marque, en effet, que cette lettre est écrite pouf être montrée. Mais à qui? Une seule phrase sufiit pour le révéler : celle où Tallien dit à propos de l'anéantisseuiciit de la fiotte française par Nelson ;
K f'avopte que je ne suis pas aussilra?iquille sut l'effet i que produira cette nouvelle en France. Déjà je vois les i e.i,ii,t>mis de Lou.ipari.e, de celui des Dircclears qui est jt >v«> ^l'û^ (BaiiôsJ so/lir ie iew^ rei^ïi^iU^ fil (i^ilpy
XA BEIXE TAIXlKîî 3 II
« contre eux (Bonaparte et Barras) Vopînion publique. »
Quelle révélation que cette phrase I
Pourquoi Tallien feint-il cette inquiétude? Parce qu'il sait que l'expédition d'Egypte a été préparée et engagée par Bonaparte et Barras en dehors des deux: Conseils (Conseil des anciens et Conseil des Cinq-Cents).
A la faveur de sa prétendue mission de savant, le terroriste a-t-il donc été envoyé en Egypte comme espion secret de Barras?... ou prend-il ce rôle pour déployer un zèle dont il espère qu'on lui tiendra compte?
Dans l'un ou l'autre cas, la lettre étant écrite pour être montrée à Barras, ce but donne l'explication des aménités affectueuses du mari trompé. Il fait l'ignorant, îl feint d'aimer sa femme, de croire en sa fidélité, en son amour, de souhaiter vivre avec elle et sa fille en une modeste retraite, loin deâ intrigues, parce que c'est la seule attitude qui lui est permise dans une telle épître. S'il ne simulait pas l'aveuglement, il serait trop abject.
Il se plaint, il dit que parmi les 40.000 Français jetés en Egypte il n'y en a pas 4 qui ne voudraient comme lui n'y avoir jamais été. N'est-ce pas faire au profit de Barras la plus violente critique de l'entreprise de Bonaparte? N'est-ce pas démentir avec une fourberie de Tartufe ce qu'il a écrit précédemment ♦ < Bonaparte « éprouve une chance malheitreiiscy c*est pour moi une K raison de plus de m'attacher plus fortement à lui ei K d'tmir mon sort au sien »?
312 REINE DU DIRECTOIIlE
Cette protestatiou est là pour le cas où la lettre saisie, serait communiquée à Bonaparte, mais, dès le paragraphe suivant, le fourbe dit entre les lignes à Barras : « je viens de protester de mon attachement à Bonaparte mais sachez que je surveille ce factieux, comptez sur mes rapports ».
Cette phrase qui jaillit » entre les lignes » enlève toute son allure purement philosophique au « quant à moi, j'ajoute (lapsus calaini ce mot est évidemment là pour j'écoute) j'observe et ne crois fas qu'il soit sage de prononcer au milieu des passions », elle précise son vrai sens qui est « j'ai commencé mon espionnage mais je n'ai pas encore de communication importante à faire ».
Mais tout cela s'enveloppe sous ime apparence de sentimentalité destinée à tromper les lecteurs bénévoles capables de croire à la persistance de l'amour du Septembriseur pour la merveilleuse courtisane reine du Directoire. « Adieu, ma bonne Thérésia, les larmes K inondent mon papier. » Ne voit-on pas le terroriste aspergeant sa feuille de gouttes d'eau de mer?
Et en post-scriptum : « Fais donner à ma mère de mes nouvelles, » Excellent fils l pourquoi n'écrit-il pas à cette chère mère?
Si TalUen se rendit en Egypte pour espionner Bonaparte il fut déçu dans son espoir, car le mauvais accueil qu'il avait reçu de Kléber et de son entourage dès son arrivée ^f ut encore accentué par le général en chef. Q
lA •Bm.liË TAI,I,IEN 313
était trop italien d'origine pour ne pas flairer dans cette hyène révolutionnaire un traître et s'aviser de lui livrer la moindre chose.
Cantonné dans un poste sans importance, surveillé de très près, mené rondement, le terroriste trembla et se tint coi. Il ne surprit rien, il ne fit aucun rapport utile et le futur empereur n'eut pas à souffrir de sa présence... mais il Itii voua une mésestime qui ne tarda pas à se « corser » des griefs qu'il imputa, non sans raison, à la belle Tallien au sujet de la conduite de Joséphine à Paris pendant son absence.
Tallien expédié en Eg5npte, auprès de Bonaparte, Joséphine et Thérésia, libres de toutes entraves, vont s'amuser follement.
I^a lettre datée de Rosette, dans laquelle l'ex-terroriste prie sa femme de ne pas se défaire de la Chaumière, suggère que déjà la favorite de Barras n'habite plus cette « petite maison » trop éloignée du I^uxembourg où ses « fonctions » l'appellent tous les jours et où l'on réunit difficilement des amis pendant l'hiver.
Sa nouvelle résidence est rue de la Victoire — à deux pas de celle de Joséphine.
Nous savons d'autre part, que l'ancien nom de cette rue, Chantereine, n'a été changé qu'après le retour de Bonaparte à Paris, à la fin de 1797. I^'abandon de la
Chaumière pour la rue de la Victoire n'aurait donc pu s'effectuer, au plus tôt, qu'au début de l'hiver de 1797- 1798, c'est-à-dire au commencement de l'an VI.
Mais alors (octobre-novembre 1797) Bonaparte n'est pas revenu à Paris. Il est encore le 17 novembre à Milan, qu'il va quitter pour se rendre à Radstadt avec Marmont (i), et Thérésia, mère pour la troisième fois, approche du terme de sa grossesse. C'est un mauvais moment pour déménager et s'installer. Nous savons aussi qu'elle n'aime pas à « tambouriner » ses accouchements. Ces diverses considérations portent à penser qu'elle dut attendre sa délivrance dans la maison de l'allée des Veuves.
Suivant les documents officiels, reproduits par Ch. Nauroy, la naissance de ce troisième enfant de Thérésia eut lieu le 30 frimaire de l'an VI (20 décembre 1797) (2).
Tallien fut obligé d'accepter la paternité légale de ce deuxième enfant (le troisième de Thérésia), mais on pense qu'il était plutôt de Barras — - ou de tout autre que du terroriste.
(^ Mémoires du due de Raguse, livre II, p. 307.
(2) La publication de Nauroy traduit la date républicaine par : 18 juin 1798 (1) et Turquan, dans La citoyenne Tallien^ corrige en disant: 20 décembre 1798(11). Dans les deux ouvrages Terreur d'une année paraît évidente car la naissance dont il s'agit n'est pas en désaccord avec les événements en 1797, taudis qu'elle s'encadrerait mal dam ceux dt 1798.
tA BMLtt tAtLlKN 315
Ce témoignage de l'incoaduite de la belle Tallien meurt du reste en naissant.
Peu de semaines après cet « accident » presque négligeable, Thérésia reprend son existence brillante^ recommence la fête perpétuelle, élément de son bonheur, et transporte, en janvier ou février 1798, son domicile rue de la Victoire, près de celui de Joséphine J telle est du moins l'hypothèse la plus vraisemblable à faire, faute de dates précises à l'égard du déplacement dont il s'agit.
Dans ce nouveau séjour, la favorite de Barras reçoit beaucoup : Ouvrard dit qu'elle rassemble dans ses salons « les hommes influents » dans le Gouvernement, les généraux, les artistes, les hommes de finance... Ces derniers ne lui sont-ils pas indispensables pour le trafic d'opérations véreuses qui aUmente son luxe (l) ?
(1) c M™* Tallien réunit chez elle des hommes influents « dans le Gouvernement : les généraux, les artistes, les « hommes de finance. Les discussions de la tribune se repro- « duisaient souvent dans des conversations animées. Le parti « thermidorien luttait contre les derniers etrorts du parti a montagnard, toutes ses combinaisons tendaient à conserver <i un pouvoir qu'il avait acquis au prix de tant dô dangers : « les passions, les caractères, les ambitions, les intérêts se « montraient à découvert dans ces entretiens, où l'on ne se « croyait point obligé à la réserve qu'exigeait l'assemblée publi* « que. Tallien régnait sans s'apercevoir que le général Barras « dominait cette société, placé très haut dans l'opinion paf « la part qu'il avait prise au 9 thermidor, sa modération le 4 rendait suspect aux partisans fougueux du régime révolu- « tionnaire, tandis que les amis de la Liberté croyaient devoir f se mettre eu garde contre son ambition. Là se trouvaient
3l6 REINE DU DIRECTOIRE
Fouille-t-on les ouvrages des mémorialistes et les correspondances du temps, les uns disent que le « Directeur-Roy » subvient aux dépenses de la reine en détournant les fonds de l'Etat; d'autres, peut-être mieux informés, rapportent que Barras intéresse sa maîtresse dans les marchés de toutes sortes qu'il favorise. Ceux-ci montrent la belle Tallien attirant chez elle une foule d'invités où elle pêche les personnages industrieux, comme Ouvrard, qu'elle introduit ensuite, soit au lyuxembourg, soit à Gros-Bois, où Barras les « utilise », en réservant à la séduisante amorce de ces huîtres
« le général Hoche, dont l'âme ardente, dont l'indomptable « courage se peignait sur une physionomie expressive. « M°i« de Beauharnais faisait Vornement de ce» cercles par « la douceur de son caractère et les grâces de son esprit. « C'est là que la fortune qui lui réservait de si hautes desti- « née» lui fit connaître Bonaparte, alors simple chef de « brigade d'artillerie, qui déjà, dans le moment où sa froide « réserve l'abandonnait, laissait percer la profondeur de ses « desseins et l'ardente ambition qui remplissait son âme. Ce 4 fut quelque temps avant le 13 vendémiaire que Bonaparte < fut présenté chez M"" Tallien. Il était peut-être de tous € ceux qu'elle recevait, le moins en évidence et le moins « favorisé de la fortune. J'étais loin alors de prévoir qu'il « tiendrait un jour dans ses mains la destinée du monde. Les « affaires politiques étaient l'élément habituel des conversa- « tions, mais elles ne les remplissaient pas exclusivement. Sou- « vent, au milieu des discussions les plus animées, il se formait « dans le salon de petits comités, où l'on oubliait dans des « entretiens frivoles les graves intérêts dont on était trop « souvent occupé. Bonaparte s'y mêlait rarement, mais lorsqu'il « y prenait part c'était avec une sorte d'abandon, il montrait « alors une gaîté pleine de vivacité et de saillies. » (Ouvrard, Mémoires.)
perlières ou de ces requins la commission proportionnelle méritée. Du Luxembourg, n' amène- 1- elle pas aussi rue de la Victoire les « caprices » qu'elle s'offre et surtout les enivrés de ses charmes, qui tiennent à vider leur bourse entre ses belles mains pour la convaincre de leur admiration?
Pour toutes ces opérations agréables — et nécessaires — la résidence de la rue de la Victoire est un complément indispensable du Palais des Directeurs, jusqu'au moment où le vicomte provençal, roi des truands révolutionnaires, empereur des coups d'Etat de la canaille, étant inquiet des inextinguibles censures provoquées par les tripotages compromettants de sa belle, imagine de la mettre à la charge d'Ouvrard.
I/a date exacte de ce honteux marché, que nous avons expliqué précédemment n'est pas déterminée. Larévellière-I/épeaux, qui dit comment son effronté collègue le racontait en s'approuvant par ime hilarité cynique, fait de Gros-Bois le théâtre de cette transaction marécageuse (i).
Une grande partie de chasse, à laquelle est invitée Ouvrard, donne au a transfert » de la belle Tallien la publicité qu'il faut pour dégager Barras en liant le le millionnaire-fournisseur et le soir, pour qu'à Paris même nul n'en ignore, l'ex-favorite directoriale est tenue de s'afficher à l'Opéra dans la loge du financier,
'1) Lauevellière-Lépeaux : Mémoire»*
3l8 RKINE DU DIR]eCTOIiyi
d'y arriver avec lui, dans sa voiture, et d'y montrer sans doute ime familiarité significative dans sa tenue auprès de ce nouveau protecteur atitré.
Or, Gros-Bois — cet admirable domaine d'une valeur de trois millions soumissionné par le Directeur pour la somme infime de 300.000 livres (était-ce en assignats ? ! ), l'Opéra, la chasse, sont un trio de facteurs qui placent en septembre ou octobre le marché dans lequel Barras est « fournisseur », Ouvrard « tenancier » et Thérésia la « blanche » marchandise négociée.
D'autre part, une déclaration autographe de cotes d'impositions signée Thérésia Cabarrus-TalHen (qui figurait dans le catalogue de Charavay avant 1867), atteste qu'elle habitait, le 21 fructidor de l'an VII (8 août 1799), rue de Babylone.
Mais cette date implique une possession assez antérieure, attendu qu'il fallut un certain temps pour établir légalement la propriété de la maison dont il s'agit et la cote des impositions que cette propriété entraînait. La belle Tallien possédait donc l'Hôtel de la rue de Babylone depuis quelques mois déjà lorsqu'elle fît la déclaration autographe précitée, et cela reporte forcément la cession de la favorite du Directeur au financier à l'automne de 1798.
Ainsi, la femme du terroriste exilé en Egypte ne fit qu'un très court séjour rue de la Victoire et l'on s'explique, par la brièveté de cette résidence, qu'elle soit peu connue.
En disant qvi*après son second divorce elle quitta la Chaumière pour aller habiter sa maison de la rue de Babyîone, n^ 685, qu'elle tenait de la libéralité de Barras^ on a fait une grosse erreur.
Le second divorce de Thérésia eut Heu, en effet, eti
1802 (avril). Or, à cette date Thérésia, dans l'Hôtel de la rue de Babyîone, avait eu déjà deux enfants : une fille le i^^ février 1800, un garçon le ig avril 1801, et elle était enceinte d'une troisième fille (6® enfant, en comptant la mort-née) dont elle accoucha le 25 mai
En ce qui concerne k possession de l'immeuble de la rue de Babyîone, la déclaration de la cote d'imposi» tion est un document indiscutable ; Cet hôtel appartenait à la fin de 1798, ou au plus tard dès le commencement de I799i à la belle Tallien.
Mais voici bien autre chose : Dans son étude sur Le$ modes et le$ usages du temps c^ Marie- Antoinette (t. II p. 210), le comte de Reiset nous dit que souf le Directoire M°^^ TalUen habitait 21 rue de la Chausséed'Antin. en face de la maison qù mourut Mirabeau,
Frederick Lock, dans son Guide alphabétique des rues et monuments de Paris (1855), à la page aji de ce guide, écrit que Thérésia, en 1800, logeait rue Lafiitte no I, dans la maison qu'habitait Cérutti, et qui, démolie
(1) O. Lbnôtre i Vieilles M aisont, vieux PnpÎ0r$,'t, I, pp. 834- 235, et Ch. Nauroy : Le Curieux^ ont publié ces dîites prççjiep,
320 REINB DU CIRECTOIR»
plus tard, fut remplacée par la « Maison Dorée » (i).
Dans Le Curieux Ch. Nauroy signale qu'elle habita un instant, vers la même époque, rue de Varennes, dans une maison détruite lors du percement de la rue Mademoiselle, aujourd'hui rue de Vanneau. Et, chose plus curieuse, il ajoute :
« Barras lui donna un grand terrain qui comprenait « un quadrilatère formé par la rue de Babylone, la € rue Vanneau, la rue de Varennes et la rue Barbet-dea Jouy, que coupe aujourd'hui la rue de Chanalailles. >
Enfin, G. Lenôtre, qui s'est renseigné lui-même auprès de M. le marquis de Chanalailles et qui a visité rimmeuble, encore debout, confirme l'exactitude de cette « situation » sans préciser si la « petite maison », — bâtie au xviii® siècle pour un marquis de Barbançon, vendue comme bien national, puis mise en loterie, gagnée par une vieille fille et revendue par elle peu après — fut donnée à M"^^ Tallien par Barras ou par Ouvrard.
Si le témoignage de la pnncesse de Chimay doit être mis en doute chaque fois qu'elle raconte à son avantage, il faut admettre, en revanche, qu'elle ne men1 peut-être point quand elle rapporte des faits dont ellv eut connaissance mieux que personne et qui ne sont pas de nature à la discréditer ou à la faire valoir.
(1) La Maison Dorée était à l'angle du boulevard des Italiens tt de la rue Laffitte.
tA B^UM TAI.I.IÊIÎ 321
Tel est le cas de la donation de l'Hôtel. Que Thérésîa l'ait tenu de la libéralité de Barras ou de celle d'Ouvrard, c'est un cadeau d'amant à maîtresse, c'est une sorte de paiement de ses faveurs galantes accordées. On peut donc la croire lorsqu'elle dit qu'elle tient ce cadeau princier d'Ouvrard. Or, c'est elle-même qui dicte la gracieuse anecdote de ce don. Mais il va sans dire qu'elle décore l'olïrande de motifs « décents ».
Elle pose en principe qu'Ouvrard lui devait sa fortune, par ses amis et ses conseils, pour réduire le cadeau à la proportion d'un très petit témoignage de reconnaissance (i).
Rue de la Victoire, elle n*a plus l'agrément des ombrages de la Chaumière et s'en plaint. I^ors, Ouvrard, souriant galamment i la vue des fenêtres garnies de fleurs qu'elle lui montre comme un insuffisant rappel des beaux jardins de l'allée des Veuves, l'invite à le suivre pour visiter un jardin qui n'est pas babylonien par son élévation au-dessus du sol, mais qui se trouve rue de Babylone.
Il lui fait parcourir la « petite maison » du ci-devant
(1) Ouvrard possédait force millions avant de connaître Mme Tallien. Ses affaires étaient considérables, Thérésia fait donc un mensonge grotesque en disant qu'il lui doit sa fortune. Les fournitures qu'il obtint avec l'appui et la compli-^ cité de Barras, ajoutèrent quelques millions de plus à ceux qu'il possédait déjà, mais Bonaparte peu après, se chargea de vider sa caisse par des découverts obligatoires de plus de soixante millions, qui ne lui furent pas remboursés.
323 RÊÎNE DU DIRËCTOÎRB
marquis de Barbançon, admirer son « parc », et lorsqu'elle s'est extasiée sur cette merveille, il lui présente une « -petite clef à! or, un bijou » le Sésame de cet Eden en lui disant qu'il est à elle.
« Adieu, madame ! Vous êtes cbez vous. Vos gens « vous ont suivie, vous n'avez qu'à parler pour être « obéie. Voilà comment je m'acquitte de mes dettes. »
« M"^e Tallien se demanda si elle lisait un conte de « fées (i). »
Il est inutile de notis demander si nous lisons là un roman-feuilleton de 1830; c'est évident.
I^enôtre décrit d'une façon charmante ia belle résidence offerte par Ouvrard à W^^ Tallien :
« Le domaine où s'installa W^^ Tallien avait sa porte « charretière presque en face de la caserne de Babylohe; « quand cette porte s'ouvrait, le regard plongeait dans « les profondeurs ombreuses d'un admiirable parc : « vastes prairies semées de bouquets d'arbres, enca- (( drées de futaies solennelles, derrière lesquelles on (( devinait la façade blanche, les dômes d'ardoise et (( les frontons triangulaires d'un petit palais, élevé « d'un rez-de-chaussée, sans étage, isolé au milieu des ^ pelouses. Le doniaine semblait sans limites, d'autres « parcs, — • ceux des hôtels de Biron, de Rohan, de Ma- « tignon — l'encadrant de leurs ombrages et de longues K prairies le prolongeaient jusqu'à la rue de Varenne.
(1) Notre-Dame de Thermidor,
« Cette belle demeure avait son histoire, bâtie au « xvin® siècle par un marquis de Barbançon qui en « avait fait sa « petite maison », elle avait été vendue « lors de la Révolution, comme bien national, puis « passée en loterie et gagnée par une vieille fille qui « n'avait jamais eu la curiosité de la venir visiter et « qui la mit en vente : c'est ainsi que l'hôtel devint la « propriété de Thérésia Cabarrus. (i)
« Il n'a pas, d'ailleurs, été démoli, comme le suppose (( im historien de M"^® Tallién : l'ancienne « petite « maison » du marquis de Barbançon existe encore, « son grand parc, il est vrai, a disparu; sanglée entré « des rues modernes, entourée d'immeubles de rap- « port dont les cetit yeux plongent indiscrètement dans « le bout de jardin qui seul subsiste des futaies d'au- « trefois, elle est toujours là, cachée sous un bouquet (( de marronniers, dont l'ombre verte caresse ses « façades blanches, ses piliers cannelés, ses frontons « encadrant des Minerves étdnnéès, t'est uhe sorte de « Trianon aimable, un peu triste, tin peti boudeur, « comme s'il gardait rancune au qtiartier d'avoir usurpé « les vastes pelouses parmi lesquelles il a trôné. Sur « l'im des portiques on lit : Hôtel de Chanaleilles : « c'est le nom des propriétaires qui l'occupent depuis « 1840 et la rue voisine en à tiré son ndm. Cette jolie
(1) Archives de l'administration des Domaines et renseignements fournis par M. le marquis de Chanaleilles, propriétaire actuel de l'hôtel.
« retraite est demeurée ce qu'elle était au commence- « ment du siècle, les parquets même en sont si beaux « que Viscouti rêvait d'en doter le nouveau lyouvre (i) ».
A la fin de 1798, et pendant la majeure partie de 1799, Thérésia, sirène provocante, nage dans un océan de joies. Elle est royalement pourvue : Hôtel à la ville, maison champêtre au bout du Cours-la- Reine... si les autres domiciles qu'on lui prête ne sont pas chimériques, on peut supposer qu'elle ajoute à ces deux résidences officielles un pied-à-terre moins connu sur la rive droite : dans la maison de la rue I^affitte ou dans celle de la rue ie la Chaussée-d'Antin, et une retraite absolument privée rue de Varennes (mais ces trois derniers logements sont fort incertains). Chevaux, voitures, nombreux personnel domestique, table exquise, toilettes et bijoux à profusion, rien ne lui manque.
Une ombre voile ce tableau pourtant : on sait qu'elle appartient à Ouvrard. Bah ! n'appartenait-elle point à Barras auparavant? Ouvrard n'est pas « vicomte provençal », mais il est infiniment plus fin, plus délicat, plus gentilhomme que le « Directeur à l'ail ». S'il est moins bel homme, sa discrétion et sa fortune énorme, dont il use largement, sont des compensations...
(1) Paris révolutionnaire^ t. I, pp. 231-233.
I,A BELLE Tx\LLlEN 325
Non ! Ouvrard n'est qu'un homme d'affaires, un manieur d'argent, tandis que Barras est quasi-roi. Voilà ce que pense MJ^^ Tallien.
KUe ne pressent pas plus la chute imminente de ce drôle que son excellente amie Joséphine ne pressent le Consulat et l'Empire.
I/'ime et l'autre paraissent aveugles à l'égard de la lassitude et du dégoût du régime républicain, de l'unanimité des réprobations françaises, qui vont mettre en quelque sorte, le pays dans la main de Bonaparte.
Tous les événements politiques français et étrangers leur sont restés comme inconnus. I^e Gouvernement s'est balancé de la monarchie au terrorisme et du terrorisme à la monarchie à leur insu.
Elle savent évidemment que Sieyès — l'ex-abbé — Roger Ducos, Gohier et le général Moulins ont remplacé au Directoire Treilhard, Rewbell, I^arevellière- Lépeaux et Merlin deDouai, le 30 prairial an VI (18 juin 1798). Qu'importe ! puisque Barras reste. N'a-t-il pas dit que s'il avait été à la place de Louis XVI il régnerait encore? « Dites-leur de venir », à ses compétiteurs, il ne les craint pas, il tient la place et n'en sortira point.
Connaissent-elles la loi de Conscription du 5 sep« tembre 1798 ? Certes oui ! puisqu'elle a vidé les salons en expédiant tous les hommes jeunes aux armées. Il n'y a plus de danseurs légers,... il n'y a plus de peaux douces et de mentons imberbes,... l'égoïsmeetlaperver-
site des hommes mûrs est monotone — c'est ennuyeux ! Ne les interrogez pas sur autre chose.
Ne font-elles donc rien? Quelle erreur! Elles sont extrêmement occupées, au contraire ! ;B^es §ont surmenées!... Elles s'amusent : c'est exténuant.
En outre, elles ont eu à travailler. — Pas possible !
— Si fait : la belle Tallien a organisé son nouveau train de maison rue de Babylone. — Bien, mais Joséphine?
— La générale Bonaparte?... elle a fait des dettes, c'est très absorbant ! — Des dettes?... — Oui : un million deux cent mille francs de dettes environ : c'est un chiffre pesant ! — Certes ! — elle doit les deux tiers des biens nationaux dont elle a fait l'acquisition pour un million cent quatre-vingt-quinze mille francs dans le département de la Dyle, elle a fait l'açquisitipn du domaine de la Malmaison — une merveille ! pour rien : 225.000 francs et 37.516 francs de meubles et garnitures diverses, sans compter les 9.111 francs d'enregistrement, soit, au total environ 272. OOQ francs. Pourtant, le frère de son mari, Joseph, lui sert une pension de 40.PPQ livres; l'argent ^e avec tme rapidité vraiment désolante l
ur
Pendant ce temps-là, Nelson brûle la flotte française jusqu'au dernier vaisseau. Bonaparte est devant Rosette environné de généraux et d'officiers qui grognent
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parce qu'ils manquent de pain. I^e Gouvernement de la Porte soulève les Musulmans contre les conquérants de l'Egypte et force le général en chef à jeter une partie de son armée en Syrie (février 1799) où elle se décime à Saint- Jean-d' Acre et se pestiféré à Jafïa.
Mais ces maux ne suffisent point : des indiscrétions intéressées apprennent à Bonaparte que Joséphine, à Paris, lui donne des intermédiaires matrimoniaux !
Il faut tout subir, contenir, cacher, dominer... jusqu'au jour où les informations qu'il reçoit de Joseph et de Lucien, s^s frères, ou par la voie anglaise, le décident à quitter brusquement et presque clandestinement la terre pharaonique pour aller remplacer le Gouvernement républicain, totalement pourri (i), par sa dictature Consulaire depuis longtemps prête.
(1) Le chancelier Pasquier donne à entendre qu'à cette époque Barras était plus qu'usé politiquement et dut vendre son abdication à Bonaparte qui revenait assez enrichi pour le payer au besoin :
« L'indécision de Barras ou plutôt l'adresse de Bonaparte à « faire naître et entretenir cette indécision le débarrassèrent « d'un homme qui aurait prétendu au premier rang, et qui « était tellement avili que toute association avec lui devenait « compromettante. Barras put garder l'argent qu'il avait pris « et, peut-être, lui en fut-il encore donné. Il eut la rare « chance de mener une vie paisible et obscure, succédant à a la plus haute situation, et il a trouvé apparemment dans « ces jouissances un dédommagement au pouvoir qu'il a « perdu. C'est ainsi que cet homme a traversé le gouverne- « ment consulaire et le gouvernement impérial qui l'a rendu « au gouvernement royal tel qu'il l'avait reçu. » (Mémoires du chancelier Pasquier, p. I42.)
Il revient donc en hâte et débarque le 9 octobre 1799 à Fréjus où, presque immédiatement, tandis qu'il traverse la France, acclamé tout haut comme un libérateur des armées étrangères et tout bas comme le remplaçant désigné des bandits du Gouvernement Directorial — on lui conte, sans lui faire grâce d'un détail, les scandales de la conduite de sa femme pendant son absence.
Tous les membres de sa famille, hostiles à Joséphine, sont néanmoins d'avis qu'un éclat à ce moment, si critique pour sa fortune, serait désastreux et le supplient d'ajourner sa juste vengeance. Tardives et vaines prières. Bonaparte a été trop excité par les rapports, les preuves qui lui ont été données : la cause de sa femme est jugée. Rien ne l'empêchera de divorcer.
Tandis qu'avertie, l'infidèle court, affolée, à sa rencontre'pour se disculper ou le fléchir... et, suivant une mauvaise direction ne le rejoint pas, il prend à Paris toutes les mesures pour l'écarter à son retour, réaliser de fait, en attendant la forme légale, la séparation irrévocablement résolue.
lyorsque Joséphine, épuisée de sa course anxieuse, plus éperdue que jamais, revient à l'Hôtel Chantereine, c'est devant une porte obstinément close qu'elle prie, se lamente et pleure, qu'elle fait supplier par ses enfants jour et nuit, sans quitter ce seuil inflexible pour prendre la moindre nourriture.
F. Masson a dépeint avec un rare bonheur cette
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lutte passionnée (i) dans laquelle les désespoirs sincères de la folle épouse triomphèrent enfin des ressentiments si légitimes du conquérant sottement trahi.
Il ne décrit pas les douleurs, les révoltes, les souffrances, puis les indignations, les calculs succédant aux colères et les rages dominant les calculs, les regrets, les justes alarmes et les pitiés qui bouleversèrent Bonaparte pendant cette interminable bataille, où les combattants se mettaient en lambeaux sans se voir et se toucher, mais on les conçoit plus nettement que s'il les exposait lorsqu'il montre Bonaparte ouvrant brusquement sa porte et paraissant enfin le visage ravagé, les yeux pleins de larmes, mais les bras tendus dans le geste d'appel du pardon.
C'est une des plus belles pages du barde-historien de Bonaparte, sa véracité s'impose parce qu'elle est profondément humaine, elle montre chez l'ambitieux conquérant, condamnable à tant d'autres points de vue, tme âme dans laquelle un égotisme outré n'a pas enfanté régoïsme immonde. Cela excuse bien des choses.
(1) Napoléon et les femmes»
tA CHUTE DE LA BEI.I.E TaLI^IEN J SES JlEI^ATlOITS
AVEC Joséphine sont rompues. 330-340. — Les
TROIS ENFANTS d'OuVRARD ; lyE RETOUR DE TaL-
UEN A Londres puis a Paris. 341-346. — Le