‹ Reine du directoire: la belle TallienChapitre 28 sur 48 · LA BBIXE TAI,I,IEN · texte numérisé non relu

LA BBIXE TAI,I,IEN

« pourquoi? d'autres dans la Morée; d'autres en Sicile; « d'autres encore en Portugal, quoique nous eussions « dépassé la route. Enfin la route est signalée : plus « de doute alors, et on se regarde... vous le saviez donc... t et vous, etc.. »

1/6 2 juillet 1798 (14 messidor de l'an VI) l'armée d'Egypte arrive à destination, débarque, livre le combat d'Aboukir et c'est seulement le 7 thermidor suivant (25 juillet), soit 23 jours plus tard que Tallien arrive de France sur la terre des Pharaons. Mais ne s'étant pas arrêté à Malte comme l'escadre, n'ayant pas fait de détours pour éviter la flotte anglaise de l'amiral Nelson, il faut compter qu'il a plus d'un mois de retard sur l'expédition ; ce qui revient à dire qu'il dut quitter la France vers la fin de juin.

Ainsi, c'est dans l'intervalle de 30 à 35 jours qui sépare son départ de celui de Bonaparte que son voyage se décide.

Si Barras a gardé avec un soin extrême le silence sur l'expédition d'Egypte tant qu'elle n'a pas été mise en marche vers son but, il est fort admissible en revanche qu'il en ait parlé dès le commencement ou le milieu de juin à Thérésia et à Joséphine. — Certainement Bonaparte connaissait trop déjà les incontinences de langue de sa femme pour lui confier un secret d'Etat comme celui de son expédition. Il jouait sa vie et sa fortune politique et militaire dans cette entreprise — il ne faut pas l'oublier.

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Il n'est donc pas douteux que Josépliitië igUôraît lé vrai but de son départ et qu'elle ctoyait comme tout le monde à une expédition dirigée sur le Portugal ott rirlande lorsqu'elle accompagna Son ttiari jtisqti'à Toulon (I).

(1) « Bonaparte était à cette époque (quelques semaines avant « son départ pour l'Ëgy pté),dit Mhie d'Abraritès en scsMémoires, « pp. 425-427^ aussi amdureuî de sa feriimfe que sa propre nâ- « ture lui permit de l'être, aussitôt que son intelligence fut tout « entière consacrés à l'œuvre immense de la nouvelle vie qu'il « s'était Créée. Sans doùtë il à airrié Joséphitièj niais ceiit qui « ont dit qu'elle était la femme qu'il avait le plus aimée he « l'ont pas suivi dans toutes les années et n'ont pas surtout ( renioiité dans le passé polir l'y Voir aimant violemment et « malgré cela, d'une manière romanesque. Ils nfe l'ont pas vu « rougir, pâlir, trembler, pleurer même. Il existait à l'ancien « théâtre Fèydeàù, une logé, atik premières grillées, n* 11, « bien plus savante qu'eux à cet égard,

c Son amour pour sa femme n'était pas de la même nature. « Il l'airiiaii saris doiite, niais saris eh faire une de ces « divinités qui s'feitipàreiit de l'inteliigence la plus déliée et fa l'empêchent d'apercevoir une imperfection morale ou exté- «c rieure dans l'objet aimé. Il entrait d'ailleurs dans la <c comjsùsitidii dé son philtre àmdiirëuX Une siibstancc qui en « tempérait l'effet, je veux parler de la prétendue reconnais- « sance que, à l'époque surtout de son retour d'Italie, chacun « disait que Bonaparte devait à sa fbmnie.

« Mme Bonaparte a compléteiiietit nianqué d'adreàse noh a seulement en n'imposant pas silence à ceux qui répan- <i daient ce bruit, mais encore en lui ddriharit de la corisis- « tance par ses éternelles confidences à tout un inonde de « flatteurs et surtout d'intrigants, qui ne portaient jamais le (i poids du secret pliis d'une heure. Je sais que Bonaparte a « été iiiformé de l'autorisatibri, si je fîuis me servir dé cb a mot, que Mme Bonaparte donnait au bruit ridicule que les « ennemi» de Napoléon, et il y en avait déjà beaucoup, « faisaient courir sur son compte. On peut donc juger combien

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Thérésià, qiii est alors au mieux avec elle, qui la Voit presque chaque jour au Luxembourg et qui tolère f)etlt-être inêmè de bonne grâce qu'elle la remplace dahs le lit du Directeur quand celui-ci manifesté là pervferse fantaisie de trompei: le petit général corsfe et de recomparer les transports de M*"* Botiaparte àvet ceux de M'"^ Tallien ou d'autres favorites de i^assage, Thérésià, au retour de son amie à Paris^ l'a certainement interrogée;

« sori âmè dut être blessée; ijuartd il se vit l'objet d'un regard « dédaigneux, quand il entendit dire : « C'est le crédit de sa « feriiiiiè qui le soutient ! » Cela était faiix, absurde, rhàis oh « le disait, et qui a bien connu Bonaparte doit savoir qu'il « n'en fallait pas plus pour produire en lui un étrange etîet. « br, ce que je dis ici, je né l'avance pàS Sàiis râisori et, a qiiahd nous serons parvenus a l'époque du Coiisulat; j'eii « donnerai des preuves plus que suffisantes.

« Bonaparte connaissait l'inconséquence de sa Femme. Aussi « liii recdititnândàit-il pâr-dessùs tout, dé tié jamais parler dfe « politique, sujet auquel elle n'entendait rien et qui ne pou- (( vait manquer d'amener des conversations capables de le « compromettre. »

— <t Ce qite vous dites est censé venir de moi, lui disait-il « souvent, garde\ le silence. De cette manière, mes ennemis, et « vous en êtes entourée^ ne pôurroni tirer de soltei inductions « de Vos paroles. t>

Et plus loin la duchesse d'Abrantès ajoute;

« Mme Bonaparte était par-dessus toat, futile et légère « avec l'apparence db la bonhomie. M; de Caulair eôurt « déplut même bientôt, sans que l'excellent homme -'en « doutât, et plus tard lorsque par suite de son mariage, je fis i pài-tië de l'ihtéHeur intime des Tuilerieà, je ne lui ai pas k blessé l'âmfe éh lui disant qu'on l'appelait radoteur. *

M'àti Mrtiè d^Àbramêà àifôUé ellé-ftiéthè iqUe sa famille détestait Joséphine.

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L'entreprise de Bonaparte pique la curiosité de tout le monde parce que l'on pressent un mystère dans ce départ singulier d'une flotte dont la destination exacte n'est pas annoncée. Bientôt, l'absence de nouvelles excite les imaginations car on s'étonne de n'avoir pas appris le passage de l'expédition au détroit de Gibraltar.

Lorsque arrive la no ^vellede la prise de Malte, qui ne peut-être longtemps dissimulée, il devient presque évident que Bonaparte va en Orient. On prévoit même ses desseins sur l'Egypte, puisque Nelson, arrivé devant l'île conquise peu après le départ de l'escadre française (i) lance directement les quatorze vaisseaux de ligne de sa flotte sur Alexandrie.

A ce moment, rien n'empêche Barras d'avouer à Joséphine ou à Thérésia que l'expédition de Bonaparte est dirigée vers l'Orient parce que cette indiscrétion ne peut plus nuire à la marche des événements.

L'Orient? N'était-ce pas f extrémité du monde pour les deux amies?

On devine que Joséphine ne se plaignait pas d'ime entreprise qui lui promettait de si longues «vacances »»

Thérésia dut la féHciter de sa chance, en exprimer l'envie... Mais pourquoi l'envier? N'était-elle pas absolument libre en dépit de TaUien?

(1) Kléber donne le 18 juin comme date du départ de Malte. Le duc de Raguse (Marmont) dit qu'on partit le 12... En tout cas, dès le 10, Malte était conquise, et la nouvelle pouvait en parvenir par la Sicile ou par toute autre voie.

Libre ? certes oui ! mais avec une charge bien inutile et discréditante, car le terroriste, impudemment trompé, supportait avec un cynisme par trop écœurant sa situation de mari au rancart. Ah ! que ne voguait-il lui aussi, à destination d'un autre monde ?

Ainsi put surgir de la façon la plus normale, entre les deux amies, l'idée de faire adjoindre Tallien à l'expédition de Bonaparte.

Le terroriste pressenti regimba-t-il tout d'abord ?... Il est permis de supposer qu'il fit quelques objections, attendu que s'il n'avait rien à faire en France il connaissait du moins les ressources de son pays, de Paris, la politique républicaine ; il pouvait presque se croire journaliste tandis qu'il ignorait tout de l'Orient et se savait bien, en matière de sciences, d'une incapacité absolue.

Thérésia devait-elle s'arrêter à de telles considérations? Pourtant sa bonne amie Joséphine — et c'est ici que son séjour en Italie auprès de Bonaparte nous éclaire — fut en mesure de fournir des argurnents très décisifs.

Elle avait bien constaté avec quelle maestria le général rançonnait les pays conquis, avec quelle générosité il distribuait à ses auxiliaires une forte portion des dépouilles des vaincus, avant de faire la part du Gouvernement de la République. Ne dutelle pas dire à Tallien que sa fortune était faite d'avance s'il allait rejoindre Bonaparte.

302 RHINI^ DU DIRECTQIRit

Bon ^ré ou mal gré, l'ancien Septembriseur adopte Texpatriement temporaire proposé. Sa femmp et Joséphine agisser^t sur Barras à l'effet de rpbtei^ir, pt ce qui marque bien que la faveur vient du Directeur, au lieu de venir de Bonaparte, c'est que la veille de son départ, Tallien, qui n'osait plus paraître 4ppuis longtemps au Luxembourg, pii sa présence ptait intolérable, se montre publiquement chez l'aipant de sa femme afin de le remercier de la mission quj lui est donnée.

Pour en finir avec l'aventure de ce départ de Tallien, suivons-le jusqu'à son arrivée en Egypte.

Le fait de son embarquement, avec cette des{;ination, implique qu'à ce moment, au plus tard, i} sut exactement on il aîlajt.

Vers l'île de fantelleria, entre la Tunisie et la Sir cile, Arnault, revenant de M^ît^ en France, signale dans ses Souvenirs d'tin sexagénaire, qu'il rencontra le petit bâtiment qui portait Tallien et yenait de Toi;lon. Les deux navires passent assez près J'un de l'autfe po^r s'adresser des demandes et des réponses. Arnault (:}it q'^e l'ancien terroriste allait « chercher fortune » en Egypte. Ces mpt^ dépeignent bien les espérances de Tallien excitées par Joséphiuje jef Thérésia...

yers le 7 thefmidor an VI,(25 juillet 1798), le voya-

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geur est arrivé à destination, car, à cette date nous trouvons dans le journal des opérations du général Kléber la note suivante :

« Dans la soirée, le général Lannes, plusieurs offi- « ciers et ^allien avec eux, arrivèrent de France. Ils « vinrent saluer le général. On fut surpris et presqup « mécontent du voyage du dernier. On se disait que ({ n'ayant aucune mission publique, au moites du Gqur « vernement, il n'avait pu avoir, en se rendant en « Egypte, que des vues d'intérêt, ce que justifiait assez (c son emploi de fournisseur général de Tannée d'An- « gleterre et le même qu'il venait remplir également à « l'armée d'Orient. Quelques Français témoignèrent « hautement leurs craintes que l'Egypte, regardée « comme un second lieu de déportation, ne devint « l'asile de tous ceux dont le Gouvernement aurait « ombrage, et le réceptacle de tous ceux aui ont besoi» «I de faire oublier leur conduite passée 9

Cette note, rédigée par un officier attaché à Tétatmajor du général Kléber (i) n'est pas tendre pour l'ancien Septembriseur. Elle nous apprend, en outre, que Tallien avait participé à l'organisation des fournitures de l'armée d'Angleterre (expédition di; généraj Hqche en Irlande) et à celle de l'armée d'Orient ifiais sans connaître la destination de cette dernière guis? qu'elle était secrète.

(1) Peut-être par le chef d'escadron Auguste Damasouparun

de ses camarades.

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Peut-être ces fournitures faisaient-elles parties des opérations de la Compagine Ouen?... En tout cas on voit qu'elles ne prévenaient point en faveur du fournisseur, et si elles étaient défectueuses comme toutes les autres, Tallien se trouvait dans une bien fausse position dès son arrivée, en ayant à subir directement les plaintes que sa négligence ou sa mauvaise foî devaient provoquer.

I^e rédacteur du journal des opérations de Kléber ne parle pas du titre de « savant » qui a servi de prétexte à l'envoi de Tallien mais qui ne saurait être maintenu en Egypte auprès d'hommes de science véritables comme Berthollet, Monge et Dolomieux.

Bonaparte, un peu plus tard, lui donna un poste dans Tadministration des domaines égyptiens.

I^a fin de la note du 7 thermidor est particulièrement dure pour l'ancien terroriste. Elle n'exagère pourtant pas le mépris qu'on a de Tallien autour de Klébér car, dès le lendemain, 8 thermidor, il est Tobjet indirect d'une diatribe très sévère que le rédacteur du journal précité résume dans les termes suivants ;

« TalHen dîna ce jour, chez le général Kléber. A la « fin du repas, la conversation était tombée sur les « armées et le Gouvernement, le général se plaignit (( vivement de l'abandon où elles avaient été laissées, <i des promesses exagérées et impossibles à remplir (( qu'on ne cessait de leur faire, de l'indifférence avec <f laqueUe ils étaient reçus des hommes eu place, des

Musée Carnavalet

Madame TALLlExN, par Bailly

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