MEI.LE DE NAP0I.É0N A CES ENTREVUES
— Retour de Tali^ien a Paris, sa misère, I.ES SECOURS qu'il reçoit, sa résidence en l'Allée DES Veuves 381-385. — I^e premier enfant de M"^6 DE Cabarrus-Garaman-Chimay; I^e divorce DE l'impératrice Joséphine ; Thérésia chez Cambacérès ; Naissance du second enfant Cabarrus-Caraman ; L'aventure nE l'exposition du Louvre. 3S6-393.
Bonaparte a pardonné et son pardon, nous dî-j; F. Masson (i), ne comporte pas de réticences. C'est une absolution complète; il lie fera jamais allusion à un passé çofl:;u}^ aboli. Mais l'indulgence du mar} généreux ne saurait pourtant permettre le retour des fautes commises par d'imprudentes faiblesses.
Bonaparte attribue, avec raison, une grande partie des mauvaises actjons de Joséphine à l'influence de son pernicieux entourage. Le Pirectoire, Barras et sa cour, Tallien, la belle Thérésia, ont en effet ime grande part de responsabilité dans les infidélités, les dépenses
(1) Napoléon et Ua femmes*
folles, les actes et les propos compromettants de Técervelée créole.
lyC mépris du premier Consul pour Tallien s'aggrave d'une animosité voisine de la haine, ; arce qu'il a bien vu dans ce féroce faquin la lâcheté mère de la traîtrise et de la cruauté.
Dès l'an II, il a parfaitement compris qu'au 9 thermidor Tallien n'a pas été un instigateur mais un instrument, hardi en apparence, par excès d'épouvante, et qu'il n'avait point le souci d'abattre un tyran sauvage mais seulement d'échapper à sa guillotine en la* retournant contre lui.
En contribuant à renverser Robespierre, Tallien a retardé la chute du régime républicain pour le faire durer à son profit; Bonaparte le sait et tient cet acte pour un crime plus grand que ceux du dictateur abattu.
Il sait, surtout depuis ses conquêtes en Italie, que le Septembriseur a fait des efforts soutenus pour favoriser une restauration monarchique dont le succès aurait été la ruine irrémédiable de ses visées ambitieuses, depuis que le 13 vendémiaire il a entrevu très nettement la possibilité de remplacer la République des bandits révolutionnaires par xme dictature répubHcaine miUtaire... et césarienne.
Son inimitié à l'égard de Tallien a donc des motifs puissants, irréductibles; aussi, malgré son immense indulgence pour les voleurs et les assassins politiques, ne le favorisera- t-il jamais. Talleyrand et Fouché,
I,A Bnu.n TAI.LIEN
qu'il méprise mais dont il reconnaît les mérites, seront comblés de titres et de biens, tandis qu'il n'accordera plus tard qu'à regret, sur leurs sollicitations pressantes, le médiocre consulat d'Alicante qu'ils réclameront pour l'ancien régicide.
Quant à M"^^ Tallien, il ne la hait point, quoiqu'elle ait entraîné Joséphine à le déshonorer de la façon la plus indigne et la plus stupide, parce qu'il l'a jugée avec une exactitude et une impartialité remarquable : elle est trop nulle pour valoir une vindicte quelconque
Plus tard, se rappelant sans doute qu'elle lui prêta son beau corps et qu'elle eut pour lui de banales obligeances, il la reverra et lui parlera sans colère, sans ressentiment. Mais il ne commettra pas la maladresse de l'admettre dans son entourage, ou de lui permettre d'exploiter son indulgence en la lui manifestant publiquement.
Pour Joséphine : rémission totale, absolue, de toutes fautes; mais rupture non moins totale, non moins absolue avec tout le passé. Interdiction formelle de revoir ses déplorables et compromettantes amies.
Quant aux dettes de l'imprudente?... misères! il rapporte assez de butin pour n'y attacher aucune importance. La vieille terre d'Egypte lui a fourni des ressources inimaginables, puisqu'il paye sans sourciller les biens nationaux achetés 1. 195.000 francs, les 272.000 du domaine de la Malmaison, les douze cent mille francs de créances de Joséphine..» sans compter
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ce que l'on ignore et qu'il n'a pas fait connaître parce que le début du Consulat l'obligeait encore à garder des dehors sans éclat.
C'est alors que l'apothéose de la belle Tallien se transforme soudain en un écroulement piteux.
Son roi de truandaille a disparu, trop heureux d*emporter dans sa fuite nauséabonde quelques dépouilles assurant tinè riche existence.
Joséphine l'abandonne avec épouvante. Bonaparte la repousse poliment mais inflexiblement... KUe retombe lourdement sur Ouvrard, le fournisseur, qui n'est pas iin protecteur de nature à la faire rentrer en grâce auprès de l'ennemi des fournisseurs.
Plus de triomphes de beauté, de luxe, d'élégance... et d'impudeur. Comme elle, toutes les licencieuses dû Directoire, sont mises à l'index.
Turquan suppose que M^^ Bonaparte la revit en cachette, soit à la Maimaisoh soit dans l'appartement qu'elle avait loué au coin de la rue I^affitte et des boulevards en 1800 (i).
Mais il s'inspire en cela des racontars de Soj^hie Gay (2) et d'une lettre que Napoléon envoyait à Joséphine de Berlin en 1806 :
a Mon amie, j'ai reçu ta lettre... Je te défends de
(1) La citoyenne Tallien p. 285. Il s'agit du logis mentionné précédemment par Ch. Nauroy, d'après Frédéric Lock {Guide alphabétique des rues et monuments de Paris (1855).
(2j SoPHiK Gav : Salons célèbres.
tA BEI.I.E TAI.I.IEN 335
« voir M°^® Tallien, sous quelque prétexte que ce soit. « Je n'admettrai aucune excuse. Si tu tiens à mon « estime et si tu veux me plaire, ne transgresse jamais « le présent ordre. Elle doit venir dans tes apparte- « ments, y venir de nuit, défends à tes portiers de la « laisser entrer. Un misérable l'a épousée avec huit « bâtards, je la méprise elle-même plus qu'avant. « Elle était une fille aimable, elle est devenue une « femme d'horreur et infâme. . Je serai à Malmaison « bientôt, je t'en préviens pour qu'il n'y ait pas d'amou- « reux la nuit. Je serais fâché de les déranger (i)... »
Au moment où l'Empereur renouvelait ainsi à Joséphine sa défense formelle de frayer avec Thérésia, elle était très explicable. Six années se sont écoulées et tant d'événements considérables se sont produits qtte la légère impératrice peut croiire les défiances et les répulsions de Napoléon très atténuées, si non effacées.
A la Malmâison elle se tisque alors à recevoir son ancienne amie Thérésia mais il faut bien noter que celleci n'est plus la belle Tallien puisqu'elle a divorcé en 1802, qu'elle n'est même plus M°^® Ouvrard en second. Depuis le 15 thermidor de l'an XIII (3 août 1805) elle est mariée légalement au comte de Caraman et cette situation sociale régulière, l'honorabilité de son maii, là sagesse de sa vie intime complètement transformée, expliquent en même temps qu'elles excusent la déso-
(1) La citoyenne Tallien, pp. 285-286.
béissance de l'impératrice aux anciennes interdictions de Bonaparte.
Mais il serait peu sensé d'admettre qu'au lendemain du jour où ses compromissions avec la cour de Barras ont failli la faire balayer de l'Hôtel Chantereine avec une sévérité si justifiée, Joséphine aurait eu la folie de revoir en cachette la concubine d'Ouvrard.
Sophie Gay rapporte que M.^^ Bonaparte, par l'entremise d'une de ses amies aurait incité M.^^ Tallien à rompre avec Ouvrard, parce qu'elle pensait que la haine de son mari pour les fournisseurs mettait seule obstacle à ses relations avec Thérésia.
Rien n'est moins sérieux qu'un tel propos. Il ne repose sur aucun document. Il est en opposition avec la vraisemblance.
Joséphine ne savait que trop combien la liaison de M.^^ Tallien (non encore divorcée puisqu'on la nomme M.^^ Tallien) avec Ouvrard était peu de chose auprès des autres griefs de son mari, pour donner ce prétexte comme seule cause du veto de Bonaparte.
Quelle amie aurait-elle osé charger d'une teUe commission avant 1802 (année du divorce Tallien) lorsque la défense du premier Consul était encore si récente?
Comment aurait-elle eu l'idée de conseiller à Thérésia une rupture avec Ouvrard, qui subvenait alots princièrement à toutes ses prodigaHtés et qui passait pour père des enfants qu'elle mettait au monde presque chaque année? I