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Bien loin de songer à favoriser, ne fut-ce que par ses conseils, un rapprochement entre M"^^ Tallien et Bonaparte, elle devait craindre au contraire une telle rentrée en grâce, car eUe savait que son mari s'était consolé de ses infidélités à plusieurs reprises, depuis son expédition d'Egypte où il avait eu avec une jeune et charmante femme, M"^^ Forest, une intrigue fort vive.
Il ne s'agissait donc pas de fournir au Premier Consul des occasions de comparer sa beauté, déjà plus que fanée, avec des attraits encore frais comme ceux de la belle Tallien. Bonaparte n'avait, hélas ! que trop de facilités de la tromper avec des femmes mieux qu'elle. Introduire dans son intimité une séductrice aussi « facile » que Thérésia eût été le comble de la sottise.
Au contraire, en 1806, quand la comtesse de Caraman, devenue sérieuse, chaperonnée par un mari légal et de bonne famiUe, qui vient d'hériter en outre d'une principauté, commence à son tour à se faner très visiblement, Joséphine peut fort bien, non pas tentei* de la réconcilier avee Napoléon, mais la recevoir en cachette à la Malmaison, parce qu'elle suppose que l'Empereur ne lui en fera pas un crime.
Mais celui-ci, qui connaît trop ses faiblesses, ses inconséquences, la légèreté de sa cervelle, pour ne pas l'envelopper d'une étroite et constante surveillance, apprend vite à Berlin qu'elle a reçu Thérésia, et l'on a vu par les termes violents de sa lettre, avec quelle sévérité il lui enioint de ne pas renouveler pareille désobéissance.
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Si la belle Tallien occupe en 1800 un appartement au coin de la rue Laffitte et du boulevard, en supplément de son domicile of^iGiel, toujours rue de Babylope, ce n'est doQC pas ppur Y recevoir la future impératrice, inais d'autres visites sur lesquelles on manque absolument d'indications.
Ch. Nauroy, dans son recueij Le CtfrieuXt a publié Vine lettre qtii çonfiîifte précisénient }ôs déductions logiques exposées ci-dessus ;
t A 1^°^® Bonaparte, au çjiât,eau des Tuileries, 25 vendémiaire ^n IX (17 octobre 1800).
« I^e citoyen Brononville, mon ancienne amie, désire « pénétrer jusqu'à vous, il croit qu'une lettre de moi « pourra lui être utile et suffira pour vous intéresser « en sa faveur. Désabusée par le temps, les circons- « tances et votre cœur, je ne me livre pas à cette douce « erreur, mais je n'ai pu refuser à un homme qui a servi « pendant vingt-deux ans le Gouvernement, un homme « qui a tout perdu dans les crises de la Révolution, une <t preuve de ma bonne volonté. Cest une espérance de « bonheur pour lui, et pour moi une occasion de vous a rappeler que mon amitié sait résister à toutes les « épreuves et qu'elle ne finira qu'avec mes jours.
« Thérésia Cabarrus-Tai.i,ien. »
Ainsi, au î4oment où Turquan, d'après Sophie Gay, suppose que Joséphine voit en secret Thérésia, rue
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I^affite, et lui fait conseiller par une amie de rompre avec Ouvrard, M"^© Tallien écrit à la femme du Premier Consul : Mon ancienne amie, en soulignant ces mots, humble façon de dire : (c Vous qui n'êtes plus mon mon amie ». C'est tm reproche respectueux et craintif, mais fort net.
Un peu plt:is Jpin, elle revient amèrement sur cette amitié reniée par Joséphine : Désabusée far le temps, les circonstances et votre cœur, je ne me livre -pas à cette douce erreur.
Enfin, quel dernier reproche, quelle perche tendije désespérément^ dans ces mots : « Cest une espérance de « bonheur pour lui et pour moi une occasion d^ vous K rappeler que mon amitié sait résister à touies les épreu- « ves et qu'elle ne finira qu'avec mes jours. »
N'est-il pas» éyident que l'amie qui i^'ose plus tutoyé^, qui s'excuse si tristement d'écrire, n'a pas revu M"^^ Bonaparte une seule fois depuis le retour d'Egypte de son mari.
Point n'est besoin de déployer une subtilité de déduction épuisante pour se représenter Je petit complot domestique qu'une telle épître suggère par cela seul qu'elle est rédigée dans im style qui ne fut jamais celui de Thérésia.
Puisqu'elle n'^ pq.s rédigé <2ette lettrp où l'on n? retrouve qu'une élégante et très habile expression de ses sentiments, quel e§t donc le secrétaire lettré, de bonne compagnie, fin diplomate, qui s'est donné la
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peine de traduire sa recommandation en sî bonne forme?
Ce pourrait être le citoyen Brononville, bénéficiaire éventuel de la supplique. Mais pourquoi ne serait-ce pas plutôt Ouvrard?
Qui sait mieux que lui les regrets, les dépits, les vains espoirs qui rongent la belle Tallien? Qui sait mieux que lui jusqu'aux détails les plus intimes de la liaison rompue de Joséphine et Thérésia? Que ne lui a-t-elle pas confié de ces intimités défuntes dans l'amertume du désenchantement de sa mise à l'index ?... Et, qui, mieux que lui, profiterait d'une nouvelle intimité des deux anciennes amies?
Il n'y a pas lieu de s'étonner de la persistance mise par Thérésia dans ses efforts pour se rapprocher de l'Empereur et de Joséphine, puisqu'elle a jusqu'en 1805, en Ouvrard, un soutien très intéressé à ce rapprochement.
Trompe-t-elle le fournisseur avec les adorateurs de ses charmes qui se trouvent encore dans le nombre assez grand des invités qu'elle reçoit? C'est possible, mais 6s n'est pas certain, (i)
(1) Petrus Durel, dans Madame Tallien raconte une incartade bien vulgaire qui aurait été commise par Thérésia lorsqu'elle appartenait à Ouvrard. A Saint-Germain, pendant la fête foraine des loges, dînant en plein vent au milieu de cette fête, elle aurait eu envie d'un chanteur ambulant qui déclamait des vers orduriers de Saint-Just, et elle se serait écartée un moment d'Ouvrard pour se donner à ce troubadour-mendiant.
Nous laissons à l'auteur de Madame Tallien tout<t la respon.