REINES D’AVENTURE
CLOTILDE
Au cinquième siècle, les débris épars de l’empire romain étaient livrés à l’idolâtrie et les peuplades barbares subjuguées par l’arianisme. 11 n’existait pas encore dans le monde de royaume chrétien. Alors la France catholique naquit d’uu acte de foi catholique sur le champ de bataille de Tolbiac et sur les fonts du baptême de Reims. Le jour donc où la France exista comme nation, elle exista comme nation catholique; et si jamais elle pouvait abjurer sa croyance, elle cesserait d’être nation et s’en irait mêler sa noble poussière à la poussière des peuples qui ne possèdent plus de nom que dans l’histoire.
Clovis fut le premier roi chrétien du pays des Francs, et Clotilde peut être appelée la marraine de la France.
Clotilde était fille de Chilpéric, roi des Bourguignons, assassiné par son frère Gondebaud, qui avait fait périr également les trois fils de Chilpéric et n’avait épargné que Clotilde.
Elle était belle, grande, bien faite, douée d’un air noble et modeste, d’un cœur charitable et sensible pour les malheureux. Elle avait su, par un rare bonheur, se préserver des erreurs de l’arianisme, dont la cour de son oncle était infestée.
Clovis la choisit pour épouse et députa vers elle son confident Aurélien. Aurélien entreprenait là une mission difficile. Gondebaud, redoutant d’unir sa nièce à un guerrier fameux, qui tôt ou tard pourrait faire valoir les droits de sa femme sur la Bourgogne, avait donné l’ordre d’épier les moindres démarches de Clotilde et empêchait tout étranger de pénétrer auprès d’elle. Arrivé à la porte de la ville de Genève , Aurélien se déguisa eu mendiant, plaça sur son dos une besace au bout d’un bâton, laissa sa suite dans le bois voisin et se dirigea vers l’église où chaque matin Clotilde avait l’habitude de faire l’aumône au sortir de la messe. « 11 se mêla adroitement parmi les pauvres, et lorsque la princesse s’approcha de lui , il lui dit : « Maîtresse , j’ai une « grande nouvelle à t’annoncer, si tu veux me conduire » dans un lieu où je puisse te parler en secret. r> Et quand ils furent seuls, Aurélien ajouta : « Clovis, roi
CL0T1LDE.
n des Francs, m’envoie vers loi; il dcsire t’épouser, « et, pour que tu me croies, voilà son anneau. — C’est « un grand honneur que je reçois ainsi , répondit Clo- » tilde, mais ton roi est païen et je suis chrétienne, n — Et si Dieu a résolu de le rendre chrétien par toi? i> — Eh bien, je me donnerai à Clovis, pourvu que » Clovis se donne à Jésus-Christ. » Aurélien porta celte nouvelle à son maître et revint vers Gondchaud, qui n’osa pas refuser sa nièce au roi des Francs. Clotilde, selon l’usage, accepta le sou et le denier en signe de fiançailles, partit dans une basteme, et le mariage fut célébré en 493.
Clovis, que les historiens représentent comme le vrai type du héros barbare, était un guerrier dans la fleur de l’âge, ardent, brave, actif, cruel, possédant cet esprit de ruse et de perfidie sauvage considéré alors comme une marque de haute capacité. 11 aima Clotilde d’une vive et persévérante affection. Mais vainement elle le conjurait d’abandonner le culte des idoles pour embrasser la religion du Christ; Clovis laissait à la Reine une entière liberté de croyance, néanmoins il refusait de céder à sa prière. Clotilde eut un fils et demanda au Roi de permettre qu’il fût baptisé. « Les dieux que vous adorez, lui dit-elle, ne sont rien, puisqu’ils ne peuvent se secourir eux-mêmes , ni secourir les autres; car ils sont de pierre, de bois ou de métal. Les noms que vous leur avez donnés sont des noms d’hommes et non de dieux, comme Saturne, qui, dit-on, pour ne pas être chassé du trône par son fils,
s’échappa par la fuite; comme Jupiter lui-même, souillé honteusement de tous les vices, quia déshonoré tant de maris, outragé les femmes de sa propre famille, et qui n’a pu s’abstenir de concubinage avec sa propre sœur, puisqu’elle disait : Je suis la sœur et la femme de Jupiter. Qu’ont jamais pu Mars et Mercure? Ils possèdent plutôt la science de la magie qu’une puissance divine. Le Dieu qu’on doit adorer est celui qui , par sa parole , a tiré du néant le ciel et la terre , la 111er et toutes les choses qui y sont contenues; qui a fait briller le soleil et a orné le ciel d’étoiles; qui a rempli les eaux de poissons, la terre d’ animaux et les airs d’oiseaux; à l’ordre duquel la terre se couvre de plantes, les arbres de fruits et les vignes de raisins; dont la main a produit le genre humain ; qui a donné enfin à l’homme son ouvrage avec toutes les créatures pour lui obéir et le servir. »
Clovis consentit au baptême de son fils; peu de jours après, ce fils mourut, et le Roi, irrité, accusa de sa mort le Dieu qu’adorait Clotilde. « Je rends grâces au puissant Créateur de toutes choses, répondit-elle, puisqu’il ne m’a pas jugée indigne de voir associé à son royaume l’enfant né de mon sein. Cette perte n’a pas affecté mon âme de douleur, parce que je sais que les enfants que Dieu retire du monde quand ils sont encore dans les aubes , sont nourris de sa vue. »
Le second fils de Clotilde, appelé Clodomir, ayant également été baptisé, tomba malade, et Clovis s’écria u qu’il ne pouvait lui arriver autre chose que ce qui