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était arrivé à son frère , c’est-à-dire qu’il mourrait bientôt, puisqu’il avait été baptisé au nom du Christ de Clotilde. » La Reine avait fait construire une chapelle dans son palais , et chaque matin elle y assistait à plusieurs messes offertes à Dieu pour la conversion du roi.
C’est là qu’elle courut s’agenouiller, et, du plus profond de son cceur : a Seigneur, dit-elle, je vous demande la vie de mon fils, et vous savez que c’est pour votre gloire que je vous la demande. » — Elle était encore en prières qu’on venait lui annoncer la guérison miraculeuse de son enfant.
Au moment de s’en aller combattre les Allemands, Clovis prit congé de la Reine, qu’il ne quittait jamais sans regrets, u Vous allez combattre, seigneur, lui dit Clotilde d’une voix douce, songez à vaincre; et pour cela, invoquez le Dieu des chrétiens. C’est le seul maitre de l’univers. Il s’appelle le Dieu des armées. Souvenez-vous de la parole que je vous donne en son nom : si vous vous adressez à lui, rien ne pourra vous résister, et, les ennemis fussent-ils cent contre un, vous remporterez la victoire. »
Clovis attaqua les Allemands, qui venaient de franchir le Rhin malgré l’opposition des Francs chargés de la garde du fleuve, et qui, pour cette raison, étaient nommés Itipuaires. La bataille eut lieu à Tolbiac, aujourd’hui Zulpich, près de Cologne, le 25 décembre 49(>. Clovis voyant les siens prendre la fuite et sur le point d’être vaincus, « éleva les mains vers le ciel, et le cœur touché et fondant en larmes, il dit :
«Jésus-Christ, que Clotilde affirme être fils du Dieu » vivant, qui, dit-on, donnes des secours à ceux qui » sont en danger, et accordes la victoire à ceux qui n espèrent en toi, j’invoque avec dévotion la gloire de » ton secours. Si tu m’accordes la victoire sur mes « ennemis, et que je fasse l’épreuve de cette puissance » dont le peuple consacré à ton nom dit avoir reçu » tant de preuves , je croirai en toi et me ferai baptiser » en ton nom; car j’ai invoqué mes dieux, et, comme » je l’éprouve, ils se sont éloignés de mon secours, ce r qui me fait croire qu’ils ne possèdent aucun pouvoir, » puisqu’ils ne secourent pas ceux qui les servent. Je » t’invoque donc; je désire croire en toi; seulement » que j’échappe à mes ennemis! »
Tel fut le discours de Clovis, selon Grégoire de Tours. D’après Olivier de la Marche, il parla ainsi : « Toy, en quoi ma femme croit, donne inoy victoire, et me sois en aide; et je le promets de prendre le baptême et devenir chrétien et moi et ceux de mon royaume qui obéir me voudront, n
Aussitôt la déroute commence dans l’armée ennemie ; les Allemands laissent leur roi mort sur le champ de bataille et se soumettent à Clovis en lui disant : u Nous te supplions de ne pas faire périr notre peuple, car nous sommes à toi, » et ils s’enrôlent en masse dans les troupes du roi franc , pour avoir leur part du butin des Gaules.
Lajoie de Clotilde en apprenant la résolution de son mari fut immense. Elle fit mander en secret Remi,
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évoque de Reims, et le supplia d’instruire le Roi et de le préparer à recevoir le baptême. « Clovis voulut d’abord consulter ses guerriers. Il les rassembla, et avant qu’il eût parlé : a Pieux Roi, s’écrièrent-ils, nous n rejetons les dieux mortels, et nous sommes prêts à » obéir au Dieu immortel que prêche saint Remi. »
La veille du jour de la Passion, fixé pour le baptême, Remi, après avoir chanté nocturne, se rend de grand matin dans la chambre du roi, « afin que, le trouvant frais et avant le commencement de toute affaire , il put achever de le préparer à la cérémonie du lendemain. Clovis accourt au-devant du saint évêque. Le Roi, la Reine et le prélat passent dans la chapelle, avec quelques clercs, quelques domestiques et quelques amis. La chapelle tout à coup se remplit d’une lumière si brillante qu’elle effaçait l’éclat du soleil, et du milieu de cette lumière sortit une voix qui disait : — La paix soit avec vous! c’est moi, ne craignez rien et demeurez en mon amour. — La lumière disparut, mais il resta dans la chapelle une odeur d’une suavité ineffable. Le Roi, la Reine et les assistants se tenaient prosternés aux pieds du saint, resplendissant lui-même à l’extérieur, comme l’ancien législateur Moïse, par l’éclat de son visage, mais plus encore à l’intérieur par l’éclat de la lumière divine. Le prélat leur prédit ce qui doit arriver à eux et à leur postérité ; il annonce que leurs descendants reculeront les limites du royaume, élèveront l’Église de Jésus-Christ et triompheront des nations étrangères, pourvu que, ne dégé-
nérant pas de la vertu, ils ne s’écartent jamais des voies du salut, ne s’engagent pas dans la route du péché et ne se laissent pas tomber dans les pièges deces vices mortels qui renversent les empires et transportent la domination d’une nation à l’autre. » ( Krodoard.)
Tout est prêt. Les portiques intérieurs de l’église de Reims, où le baptême doit avoir lieu, sont couverts de tapisseries peintes et de voiles blancs; le baptistère est rempli de baume et de parfums. Le cortège sort du palais; le clergé ouvre la marche portant les saints Evangiles, les croix et les bannières, et en chantant des hymnes et des cantiques. L’évêque vient ensuite conduisant le Roi par la main, puis la Reine avec une foule immense. Clovis, surpris à la vue de tant de solennité, demande à Rend si c’est là le royaume de Dieu qu’il lui a promis. « Non, répond l’évêque, mais c’est l’entrée de la route qui y conduit. » Dans la cathédrale les cierges sont allumés, « tout le temple est embaumé d’une odeur divine, et Dieu fait descendre sur les assistants une si grande grâce qu’ils se croient transportés au milieu des parfums du paradis. Le roi s’avance vers Je baptistère pour se faire guérir de la vieille lèpre qui le souillait et laver dans une eau nouvelle les taches hideuses de sa vie passée. Mais la foule est si grande, que le prêtre qui porte le saint chrême est arrêté par la foule et ne peut arriver jusqu’aux saints fonts, en sorte que , par la permission du Seigneur, le chrême manquait. Alors Remi, les yeux au ciel, pria en silence
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avec beaucoup de larmes; et une colombe, blanche comme la neige, descendit portant dans son bec une ampoule pleine de chrême envoyé du ciel. Une odeur délicieuse s’en exhala, enivrant les assistants d’un plaisir bien au-dessus de tout ce qu’ils avaient senti jusque-là. Le saint évêque prit l’ampoule, aspergea de chrême l’eau baptismale, et incontinent la colombe disparut. — Le Roi ayant reconnu la toute-puissance de Dieu dans la Trinité, fut plongé trois fois dans les eaux du baptême et fait chrétien au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et oint du saint chrême avec le signe de la croix. — Sicambre, baisse docilement la tête, lui dit le pontife, brûle ce que tu as adoré, et adore ce que tu as brûlé. — Trois mille guerriers, un grand nombre de femmes, parmi lesquelles Aboflède et Landechilde, sœurs du Roi, suivirent son exemple. Aussi pouvons-nous croire que cette journée fut un jour de réjouissance dans les deux pour les saints anges, comme les hommes dévots et fidèles en reçurent une grande joie sur la terre. »
Depuis lors la protection du ciel s’étendit d’une façon manifeste sur le nouveau roi chrétien. Une biche lui indiqua un gué dans la Vienne ; une colonne de feu s’éleva sur la cathédrale de Poitiers pour le guider pendant la nuit. Il envoya consulter les sorts à Saint-Martin de Tours, et les sorts lui furent favorables; et saint Avitus, évêque de Vienne et sujet des Rourguignons ariens , n’hésitait pas à lui écrire : « Quand tu combats, c’est à nous qu’est la victoire. »
De son côlé Clovis ne méconnut pas d’où lui venait le secours. 11 défendit de piller les environs de Poitiers; près de Tours , il frappa de son épée un soldat qui enlevait du foin sur le territoire de cette ville consacrée par le tombeau de saint Martin. « Où est l’espoir de la » victoire, dit-il, si nous offensons saint Martin?” Il accorda à l’ Église le droit le plus illimité d’asile et de protection; et, à une époque où la loi ne protégeait plus, c’était beaucoup de reconnaître le pouvoir d’un ordre qui prenait en main la tutelle et la défense des vaincus. Il fit également construire u sur une montagne de Paris, au milieu des arbres et des vignes, » l’église de Saint-Pierre et Saint-Paul , appelée plus tard Sainte- Geneviève.
Devenu chrétien, Clovis n’en conserva pas moins dans son gouvernement et dans ses mœurs des habitudes de perfidie et de cruauté inhérentes à sa nature. Vers la fin de son règne surtout, il fit périr par la ruse, et sans en excepter un seul, les divers petits rois des Francs , et assura ainsi l’unité de l’armée barbare. 11 tua même ses plus proches parents , et il étendit son royaume sur toutes les Gaules. Knfin, ayant un jour assemblé les siens, il parla ainsi : — a Malheureux que je suis, resté comme un voyageur parmi des étrangers, et qui n’ai plus de parents pour me secourir si l’adversité venait 1 — Mais ce n’était pas qu’il s'affligeât de leur mort, dit Grégoire de Tours, il ne parlait de la sorte que par hypocrisie , et pour découvrir s’il avait encore quelques parents , afin de les tuer. »
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u Et toutes ces choses s’étant ainsi passées, Clovis mourut. » Il était âgé de quarante-cinq ans ; il en avait régné trente. — 511.
Clotilde éprouva une vive douleur à la mort du roi. « Clotilde, la très-vertueuse reine de France, aima moult Clovis son seigneur ; et bien y avoit raison , car tous les historiens qui de lui font mention témoignent moult de bien avoir été en sa personne. » A la prière de la reine , Clovis diminua plus d’une fois les impôts ; il accorda des grâces et soulagea les malheureux.
Les dernières années de Clotilde furent remplies de cruels chagrins. Clovis avait laissé quatre fils : Thierry, Clodomir, Clotaire et Childebert, qui s’étaient partagé l’empire de leur père. Childebert résidait à Paris, Clotaire à Soissons , Thierry à Reims et à Metz , et Clodomir à Orléans. Ce dernier ayant été tué dans un combat contre les Bourguignons, Clotilde recueillit les trois fils qu’il laissait orphelins. « Mais tandis que la reine Clotilde habitait Paris, Childebert, voyant que sa mère avait porté toute son affection sur les fils de Clodomir, conçut de l’envie,, et craignant que, par la faveur de la Reine, ils n’eussent part au royaume, il envoya secrètement vers son frère le roi Clotaire, et lui fit dire : — Notre mère garde avec elle les fils de noire frère et veut leur donner le royaume; il faut que tu viennes promptement à Paris, et que, réunis tous deux en conseil, nous déterminions ce que nous devons faire d’eux, savoir, si on leur coupera les cheveux, comme au reste du peuple, ou si, les ayant tués, nous partagerons éga-
lemcnt enlre nous le royaume rie noire frère. — Fort réjoui de ces paroles , Clolaire vint à Paris. Childchert avait déjà répandu dans le peuple que les deux rois étaient d’accord pour élever ces enfants au trône. Ils envoyèrent donc, au nom de lous deux, à la Reine qui demeurait dans la même ville, cl lui dirent : — Envoyeznous les enfants, que nous les élevions au trône. — Elle, remplie de joie, et lie sachant pas leur artifice, après avoir fait boire et manger les enfants, les envoya en disant : — Je croirai n’avoir pas perdu mon fils, si je vous vois succéder à son royaume. — Les enfants allèrent, mais ils furent pris aussitôt et séparés de leurs serviteurs et de leurs nourriciers ; et on les enferma à part, d’un côté les serviteurs, et de l’autre les enfants. Alors Childebert et Clotaire envoyèrent à la Reine Arcadius, dont nous avons déjà parlé, portant des ciseaux et une épée nue. Quand il fut arrivé près de la Reine, il les lui montra, disant: — Tes fils, nos seigneurs, ô très-glorieuse Reine! attendent que tu leur fasses savoir ta volonté sur la manière dont il faut traiter ces enfants : ordonne qu’ils vivent les cheveux coupés, ou qu’ils soient égorgés. — Consternée à ce message , et en même temps émue d’une grande colère en voyant cette épée nue et ces ciseaux , elle se laissa transporter par son indignation , et ne sachant , dans sa douleur, ce qu’elle disait, elle répondit imprudemment: — Si on ne les élève pas sur le trône, j’aime mieux les voir morts que tondus. — Mais Arcadius, s’inquiétant peu de sa douleur et ne cherchant pas à pénétrer ce qu’elje
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penserait ensuite plus réellement, revint en diligence près de ceux qui l’avaient envoyé, et leur dit : — Vous pouvez continuer avec l’approbation de la Reine ce que vous avez commencé, car elle veut que vous accomplissiez votre projet. — Aussitôt Clotaire, prenant par le bras l’aîné des enfants, le jeta à terre, et, lui enfonçant son couteau dans l’aisselle, le tua cruellement. A ses cris, son frère se prosterne aux pieds de Childebert, et lui saisissant les genoux, lui disait avec larmes : — Secours-moi, mon très-bon père, afin que je ne meure pas comme mon frère. — Alors Childebert, le visage couvert de larmes, dit à Clotaire : — Je tç prie, mon cher frère, aie la générosité de m’accorder sa vie; et si tu veux ne pas le tuer, je te donnerai pour le racheter ce que tu voudras. — Mais Clotaire, après l’avoir accablé d’injures, lui dit : — Repousse-le loin de loi , ou tu mourras certainement à sa place; c’est toi qui m’as excité à cette chose, et tu es si prompt à reprendre ta foi! — Childebert, à ces paroles, repoussa l’enfant et le jeta à Clotaire , qui , le recevant , lui enfonça son couteau dans le côté, et le tua comme il avait fait de son frère. Ils tuèrent ensuite les serviteurs et les nourriciers; et après qu’ils furent morts, Clotaire, montant à cheval, s’en alla sans se troubler aucunement du meurtre de ses neveux, et se rendit, avec Childebert, dans les faubourgs. La Reine, ayant fait poser ces petits corps sur un brancard, les conduisit, avec beaucoup de chants pieux et un deuil immense, à l’église de Saint-Pierre, où on les enterra tous deux de la même
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manière. L’un des deux avait dix ans et l’autre sept. » (Grégoire de Tours.) — lin troisième fils de Clodomir échappa à la fureur de ses oncles et se réfugia dans un couvent. C’est saint Clodoald ou saint Cloud.
Clotilde se retira dans la ville de Tours, près du tombeau de saint Martin. Elle y vécut dans la solitude, résignée à la volonté de Dieu, dotant les monastères et les églises, généreuse envers les pauvres, veillant souvent des nuits entières au pied des autels et toujours humble et mortifiée. Elle ne revint dans le monde qu’à de rares intervalles, et seulement pour tenter de rétablir la paix entre ses fils.
Déjà, pendant sa vie, on la considérait et on la vénérait comme une sainte.
Vers l’an 5-45, après avoir béni Cbildebert et Clotaire, par lesquels son cœur avait été abreuvé d’amertume, elle mourut le 3 juin , a pleine de jours et de bonnes œuvres. » Son corps fut solennellement exposé à Tours, puis transporté à Paris et placé en grande pompe par ses enfants dans l’église de Sainte-Geneviève, près de celui de Clovis.
Le 3 juin, l’Eglise célèbre la fête de sainte Clotilde, la mère chrétienne de la France.