‹ Reisebilder. Tableaux de voyageChapitre 1 sur 16 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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HENRI HEINE

La dernière fois que je vis Henri Heine c'était quelques semaines avant sa mort;. je devais écrire une courte notice pour la réimpression de ses œuvres : il gisait sur le lit où le retenait cette indisposition légère au dire des médecins^ mais qui ne lui avait pas permis de se lever depuis huit ans; on était toujours sûr de le trouver comme il le faisait remarquer lui même, et cependant, peu a peu, la solitude s'agrandissait autour de lui; aussi disait-il à Berlioz qui était allé lui rendre visite: « Vous venez me voir, vous! toujours original ! » Ce n'était pas qu'on l'aimât et qu'on l'admirât moins, mais la vie emporte malgré eux les cœurs les plus fidèles; il n'y a que la mère où l'épouse qui puissent ne pas abandonner une si persistante agonie. Les yeux humains ne sauraient, sans se détourner, contempler trop longtemps le spectacle de la douleur. Let déesses même s'en lassent, et les trois mille Océanides qui vinrent consoler Prométhée sur sa croix du Caucaso s'en retournèrent le soir.

Lorsque ma vue se fut accoutumée à la pénombre qui

HENRI HEINE

l'entourait, car un jour très-vif eût blessé son regard presque éteint, je distinguai un fauteuil près de sa couche de grabataire et j'y pris place. Le poète me tendit avec effort une petite main douce, fluette, mate et blanche comme une hostie, une main de malade soustraite a l'influence du grand air, et qui n'a rien touché, pas même la plume depuis des années; jamais les plus durs osselets de la mort ne furent gantés d'une peau plus suave, plus onctueuse, plus satinée, plus polie. La fièvre a défaut, de la vie y mettait quelque chaleur, et cependant a son contact j'éprouvai un léger frisson comme si j'avais touché la main d'un être n'appartenant plus à la terre.

De l'autre main, pour me voir, il avait soulevé la paupière paralysée de l'œil qui, chez lui, conservait une perception confuse des objets et lui laissait encore deviner un rayon de soleil comme à travers une gaze noire. Après quelques phrases échangées, quant il sut le motif de ma venue, il me dit : « Ne vous apitoyez pas trop sur moi ; la la vignette de la Revue des Deux Mondes, où l'on me représente émacié et penchant la tête comme un Christ de Morales, a déjà trop ému en ma faveur la sensibilité des bonnes gens; je n'aime pas les portraits qui ressemblent, je veux être peint en beau comme les jolies femmes. Vous m'avez connu lorsque j'étais jeune et florissant; substituez mon ancienne image à cette piteuse effigie. *

En effet le Henri Heine à qui j'avais été présenté en -183..., peu de temps après son arrivée à Paris , ne ressemblait guère à celui qui, alors, était Hendu sous mes yeux, immobile comme un corps qui ttend qu'on le couche au cercueil.

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