Relation abrégée de quelques missions des pères de la Compagnie de Jésus dans la Nouvelle-France
Les tscènes de Papostolat sont toujours dêlicîeusea aux yeux de tout lecteur chrélien, et il n'est pas même un homme réfléchi ou ami des salutaiies ensejgnemens de riiistoire^ qui ne trouve, surtout dans la vie du Missionnaire du Nouveau-Monde^ des souvenirs du plue haut intérêt, et le spectacle des plus héioïques vertus-
Ses immenses travaux commandent le respect et l'admiration^ et les écrits qu^il a tracés d'une main tremblante, dans son canot d'écorce ou sons les frimats glacés, revendiquent à bon droit, malgré la négligence et souvent même Pincorrection du style, malgré la longueur des détails, un rang distingué dans les archives historiques de PAmérique*
Des esprits superficiels et aveugles ont pu pendant longtems nourrir des préjugés ou des haînes héréditaires contre les enfans de Loyola- Mais les hommes sincères et consciencieux qui les ont jugés à l'œuvre, ont mieux apprécié l'héroïsme de leurs entreprises, et les prodigieux résultats de leur zèle. Ils n'ont pas hésité à les compter parmi les bienfaiteurs de l'humanité et les apôtres de la religion,
Kous ne sommes plus à l'époque, " où on ne rougissait pas, " comme dit Chateaubriant, de préférer ou de feindre de
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AYANT-PBOPOS DU TRADUCTEUB.
" préférer aux voyages des Dutertre et des Charlevoix*, ceux " du baron de Lahontan, ignorant et menteur. On rend " aujourd'hui une tardive justice aux Jésuites. Mais '^ aussi quels homme&{ que les Brebeuf, les Lalemant, les " Jogues qui réchauffèrent de leur sang les sillons glacés de la " Nouvelle-France V\ (Génie du Christ. L. IV.)
Tout était à faire sur ce sol sauvage quand ils y mirent 1^ pied — ^le pays à connaître, — ^les hommes à civiliser, — la foi à établir. Ils ne faillirent pas à leur noble mission. Conquérans pacifiques de ces régions nouvelles, ils ne portaient pour arme que la croix, et n'avaient pour soutien que leur zèle avec la grâce de leur Dieu. Le plus souvent ils sillonnaient seuls, et dans tous les sens, des pays immenses, au milieu des privations, des dangers et des difficultés de toute nature. On peut presque partout les suivre à la trace de leur sang. Pour marquer les différentes étapes de cette marche toujours progressive de PEvangile, ils plantaient Pétendard du salut ; c'était le signe de leur conquête religieuse, et le premier jalon de la civilisation qui devait la suivre.
Les missions françaises s'étendirent depuis le golfe St. Laurent et les côtes de l'Acadie, jusqu'à l'embouchure même du Mississipi. Quelques années avant, des Jésuites Espagnols, partis de la Californie, s'étaient avancés sur les côtes du Pacifique, ( ^ ) et avaient pénétré, comme éclaireurs, sur le territoire de l'Orégon.
Les soldats de l'Evangile prenaient pour ainsi dire entre deux feux ce vaste continent ; mais l'Orégon après cette pre- , mière tentative avortée sur son sol, encore inconnu au reste du
(1) Cette course ayentureuse de deux Miesionnidres Jéânites, condaito par un nommé Pormentier» leur guide et leur interprète, dura deux ans, et précéda de quelques années, le grarjd voyage d*exploration que TAmiral Espagnol, de Fonte, fit en 1640, sur cette côte. (Mémoire de Buache à T Académie des Sciences en 1758.)
AYAITT-PROPOS BCT TBA0trCTliUB.
monde, devait attendre prèa de deux 3iècle8,(*) avant de voir reparaître le divin étendard, et de devenir une de ses conquêtes.
Les Missionnaires du Canada voyant toujours devant eux des régions immenses, ne mettaient aucune borne à leur œuvre, et, gagnant sans cesse du terrain, ils ambitionnaient d'arriver jusqu'à cette mer de l'ouest, dont l'existence d'aptes les renseignemens qu'ils avaient recueillis de la bouche des Sauvages, n'était plus pour eux un problême: mais le tems trahissait leur courage, et la mort venait souvent les surprendre au milieu de leurs plus brîUanta projets. On voit rUlustre Marquette succomber, jeune encore, aous le poids de ses tra* vaux, mais après avoir exploré le premier, une partie de la vallée du Mississipi, après avoir évangélisé des peuples jusque là inconnus*
Bien des années plus tard, le P. Bineteau venait recueillir cet héritage de dangers et de sacrifices. 11 poussait plus avant vers l'ouest, à la suite des chasseurs du bujffalo^ sa course aventureuscj quand la mort l'arrêta au milieu de son œuvre laissée incomplète. Ses yeux en mourant se tournèrent, avec un sentiment de regret, vers ce qui loi restait encore à parcourir de ces vastes prairies, au-delà desquelles il apercevait de nouvelles régions à découvrir, de nouvelles nations à évaiigélisen Plus de 100 ans après, en 1840 le P. de Sraet reprenait les mêmes traces avec une infatigable persévérance^ mais plus heureux que ses devanciers, il franchit les montagnes Rocheuses, et arrive enfin sur les bords du Pacifique, dernière limite de ce nouveau monde.
Ces Missionnaires, distingués par leur science autant que par leur zèle, ont laissé de nombreux écrits- Pour le Canada
(>) Cette portion de la chrë denté c:offlpte At^ourdlmi un ArchcTêque, deuï Evéquea et plua de 27 Misaioniuiîtea.
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