AYANT-PROPOS DU TRAPUGTSUR
seul, il existe près de 40 volumes de Rdotiona ( ^ ) annuelles, sans parler des autres ouvrages sur le même sujet, et des nombreux manuscrits qui sont heureusementitrrivés jusqu'à nous. Dans ces mines fécondes, se trouvent réunies des richesses qui intéressent à un haut degré l'histoire, les sciences et la religion. C'est ce qui explique l'empressement qu'on met aujourd'hui à se les procurer à tout prix. On ne peut ni raconter avec fidélité les évènemens de cette époque reculée, ni se former une idée juste de l'état où étaient alors réduites ces contrées, sans recourir à ces monumens précieux. Tous les historiens ont puisé à cette source.
Entre toutes les missions de cette époque, qui méritent de fixer l'attention de l'observateur curieux et du lecteur chrétien, nous devons mettre au premier rang, sans aucun doute, celle des Hurons, tribu puissante, le plus fidèle et le plus constant allié des Français. Ses nombreux villages étaient situés sur cette gracieuse presqu'île de la côte orientale du lac Huron, baignée d'un côté par la baie George, et de l'autre par celle de Nottawasaga. D'après la curieuse narration du P. Sagard, (*) le premier historien de ce peuple, les Huions occupaient un rang distingué parmi les autres Sauvages. " Ils sont, dit-il, eux et
(1) La collection de ces RelatioM forme indabitaUeineQt le monoment le plus {Nrécieuz, et souyent Tunique source, de l*histoire du Canada, pendant une longue pé* riode. CTest le bel hommage, que lui a rendu dernièrement (1847) le Pr. 0*Callaghan, dans une savante dissertation, lue devant la société historique de New- York et publiée à ses frais. Ohaqne année TOTait paraître un Tolume, qui mettait sous les yeux des contemporains, les faits de Tannée précédente, dont ils avaient été eux-mêmes les témoins et souvent les acteurs. On compte 89 volumes, depuis 1682 jusqu'à 16'72 inclusivement, moms les années 1654-65 et 1658-59, dont on n'a pu encore trouver les BelatUms, Il reste quelques lettres manuscrites pour les années qui suivirent 1672, mais leur série est incomplète.
Cette mine féconde a été exploitée de nos jours avec succès, et avec une loyale franchise par deux écrivains protestans distingués, Bancroft (Hiitary of U, 8.) et Jared Sparks {American Biography,)
(«) Histoire du Canada par le F. Gabriel Sagard, récoUet^ 1686.
ATAlfT-FSOPOS 0U TMJJÏCCTEUB.
^^ les autres peuples fiêdentaires^ comme la noblesse du pays. ^- Les nations Algonquines composent la bourgeoisie ; les villa- ^* geois et les pauvres sont représentés par les Montagnaus*"
Les guenee sanglantes et désastreuses que cette nation eut à soutenir contre le cruel Iroqaois, Les malheurs qui i^accablèrent et qui finirent par Panéantir, les laborieux travaux que sa conversion a contés à la foi^ et le sang que lépandiient dans ses intéléts plasieuis de ses apôtres, ont rendu à bon droit ce nom ce* lèbiç dans nos annales. On trouve là, développé sous toutes ses fonoes, le caractèie le plus complet du Misôionnaiie catholique, **etcette abnégation raie et sublime, devant laquelle, dit Macau- ^ lay, on peut se prosterner, sans craindre par là de leur susciter ^dee imitateurs nombreux/* — {Edtmbttrg Review^ 1842,)
Dans les mystérieux desseins de la Providence, cette nation, nprès avoir eu ses jours de gloire, était condamnée à dispamitPe presqu'entièiement sous les coups de l'Iroquois, mais elle av^it coûté trop de sueurs et de sang à ses apôties, ses premiers en£ans dans la foi avaient donné trop d'exemples de Tertu, pour ne pas toucher le oœur de Dieu. Il ne la laissa pas mourir dans son idolâtrie. ^
La première fois que ces fiers enfans des forêts avaient entendu publier la loi de PEvangile, ils avaient fermé Poreille à ses leçons d^humiliation et de sacrifice, qui blessaient leurs habitudes d'orgueil et de sensualité : mais quand ils sentirent la main du Seigneur s'appesantir &u eux, quand ils virent la guerre, la peste, la famine venir comme des signes avant-coureurs d'une grande catastrophe, désoler leurs campagnes, miner leurs villages, décimer l'élite de leurs guerriers, leurs yeux s'ouvpdirent, et ils Bollicitèreat par milliers le bienfait de la foi. En mèvm tems que se multipliaient les victimes de la mort^ le ciel VQyait s'accroître le nombce des élus.
Bientàt il ne resta plus d'espérance de relever tant de ruines^
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ATAinVPROPOS DU TRADVCTXVB.
et de protéger sur ce sci dévasté, les restes infottunés de cette nation expirante. Les Missionnaires recueillirent ces tristes débris. Formés dans le creuset de» tribulations, ces fer- Tens chrétiens n'ambitionnaient plu9 qu'une chose, c'était de mettre leur foi à l'abri de tout danger. Ils suirirent leurs Missionnaires, et ceux-ci leur offirirent, sous la protection du f<»rt de Québec, ime habitation tranquiHe, qui sera pour tous les âges, un beau monument du zèle de ces homme» apostoliques, et de la foi vive de leurs néophytes. Que pourrionsHious trouver de semblable chez les Pequods, les Narragansetts, les Moh^;ans, les Swhenandoahs ou les tribu» du sud des E^s- Unis?
L'histoire de la mission huronne est répandue dans les nombreux volumes des Rdatûms des Missions du Canada; mais il n'existe aucun ouvrage, ni en françai», ni en atiglais qm en traite exclusivement, et qui offire le tableau de son origine, de son développement et de ses désastres. La langue Italienne a le bonheur d'en posséder un, auquel le caractère de son Auteur donne un haut degré d'intérêt et d'autorité. Le P. François-Joseph Bressany l'a écrit de sa main mutilée par tes Iroquois, persécuteurs de ses néophytes, et après avoir souffert les horreurs de la captivité au milieu de ce peuple cruel. De retour dans sa patrie, il voulut faire connaître à ses compatriotes, la mission où il avait passé tant d'années, et qu'il avait arrosée de son sang. Ce petit ouvrage, sous le titre modeste de Relation abrégée^ parut en 1663 à Macérata, petite ville des Etats-Romains.
Quoique citée avec ^loge par Charlevoix, la Relation du P. Bressany est tout-à-fait inconnue dans ce pays, et nous croyons que l'exemplaire qui a servi à itotre travail, et qui est venu de Rome, il y a deux ans, était alors le seul qui existât en Amérique. S'il n'offire aucun fait important, qu'on ne puisse retrouver
AVAWT-PR0P09 DV TBADUCTEIFIU
ailleurs, il a cependant un mérite qui lui est propre- La description qu'il doûne du pays et de sa position géographique, ses remarques sur le climatj sur les mœurs et les usages de ces peuples, et surtout les notices biographiques qu'il renferme, sont autant de monumens de notre histoire primitive, qu'on aime toujours à puiser à leur source, La modestie et une aimable simplicité font le caractère du récit, et surtout de l'histoire de la captivité et des souf&anees de son Auteur, Il s'arrête à l'époque de son départ du Canada, sans doute afin de conserver à son œuvre l'autorité puissante de son témoignage, comme témoin oculaire de presque tous les faits qu'il raconte.
Cet ouvrage, d'après la promesse de l'Auteur, devait être enrichi d'une carte et de gravures ; nous ignorons si elles ont jamais été publiées, mais les exemplaires qui existent à Rome aujourd'hui, en sont dépourvus, comme le nôtre. Nous avons essayé d'y suppléer par la reproduction de la carte très^ curieuse, que l'on trouve dans Pouvrage latin duP, Ducreux (^), par plusieurs cartes et par de nombreuses gravures que semblaient demander l'intérêt du sujet.
Nous fesons précéder cet ouvrage d'xme notice biographique sur l'Auteur, d'après les documens les plus authentiques; nous avons cru Bêcesaaire d'y ajouter aussi im grand nombre de notes et un appendice, pour compléter ou éclaircir son travail- Nous marquerons de la lettre (T.) les additions que nous nous sommes permises-
( ^ ) HittoHa Ca7iodim*i$t (xuHfyte P, Firat\cisco Creuxiû Soc* J. 1 S54. La carte qn^on j voit est la ecule qui oixiBte, avec qoelques détails sm- TaDcien pajs des HuroDs^ H est â regretter qtie rorthographe des notne propres de lieu, ait été abaDdoDDée à hd gravetir ignorant qui Uq a déaaturé% do maolère à l«a rendra
presque tous méoDnnaiBaablea.
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BIOGRAPHIE
IPo ]PEAH^(DItM(E)^IEIFIEI IBmœ^SAmfo
Le P. Bressany était Italien, et natif de Rome. Quoiqu'il ne soit pas mort entre les maina de ses bourreaux, et qu'il n'ait même pa9 achevé sa carrière &ur le théâtre de ses travaux apostoliques et de ses douleurs, sa grandeur d'âme dans les positions les plus difficiles, et sa patience héroïque dans les cruels tourmens que les Iroquois lui firent souffrir, lui ont mérité un rang honorable parmi les Apôtres du Canada.
Entré à l'âge de 15 ans dans la Compagnie de Jésus, il passa, selon Pusage, par toutes les épreuves des études et de l'enseignement. II occupa, tour-à-tour et avec succès, des chaires de Littérature, de Philosophie et de Mathématiques : mais son zèle et la voLx intérieure du ciel le portaient à faire quelque chose de plus pour Dieu. Il sollicita longtems, et n'obtint qu'après les plus vives instances, de consacrer le reste de ses jours dans les missions étrangères. Il demandait d'être employé dans les missions les plus pénibles du Nouveau- Monde. Ses Supérieurs répondirent à ses désirSj en l'envoyant dans la Nouvelle-France.
he P. Bressany se mit en route sans tarder, pour sa destination. Il trouva, en traversant la France, où il allait s'embarquer, ime âme pieuse, éclairée d'une lumière céleste, qui lui fit connaître tout ce qui devait lui arriver un jour. Cette révélation mystérieuse d'un avenir ai ef&ayant pour la nature^
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BIOORAPHIS
n'ébranla pas son courage, et ne le fit pas hésiter, un instant dans son sacrifice.
Il arriva en Canada en 1642, et il fut chargé d'abord des Français de la ville de Québec. '^ Son zèle ardent, dit le P. Yimont son Supérieur, et ses prédications animées eurent les plus salutaires efiets."
L'année suivante, il fut envoyé aux Trois-Rivières, pour travailler auprès des Algonquins, et se p'réparer aux missions chez les Sauvages. Les annales du tems ont conservé l'instruction touchante qu'il adressa à un chef Algonquin, avant la rétractation solennelle de sa honteuse apostasie.
Le 27 avril 1644 (^), il partit pour une nouvelle mission, celle des Hurons, éloignée de Québec de près de 300 lieues. C'était la plus importante, mais aussi la plus pénible et la plus exposée de la Nouvelle-France.
Les privations de tous genres s'y fesaient alors sentir, et depuis trois ans surtout, elle était dans la plus grande détresse. Les Missionnaires n^avaient pu recevoir aucun secours de Québec, d'où ils tiraient tous leurs approvisionnemens. Leurs vêtemens tombaient en lambeaux ; il ne leur restait qu'une trèspetite quantité de farine. Le vin leur ayant aussi manqué pour le saint Sacrifice, ils n'eurent que la ressource de cueillir le raisin sauvage des forêts, et d'en exprimer le jus avec leurs mains. Toutes les tentatives pour rétablir les relations avec Québec, surtout depuis la prise du P. Jogues par les Iroquois, en 1642, avaient été sans aucun succès.
On voulut donc tenter un nouvel effort. Cette importante expédition fut confiée au P. Bressany : mais son apostolat allait commencer par la captivité, et sa prédication par les souffirances. Il partit avec un jeune Français engagé au service des
DIT Pt rRAirÇ019-J0S£PH BRE3SANY.
Missionnaires, et six chrétien a Huiona, qui depuis un an vi* voient dans le séminaire Huron, que les Jésuites avaient commencé à Notre-Dame des Anges, ( * ) près de Québec*
Cependant les Iroquois» ces ennemis acharnés des Français, ne restaient pas inactifs. Enflés de leurs succès, ils étaient devenus plus hardis que jamais, et se croyaient invincibles- Us poursuivaient avec leur audace accoutumée le projet de détruire entièrement la colonie Française et ses alliés. L'état de pénurie et de faiblesse dans lequel la métropole laissait depuis longtems le Canada, ne permettait pas d^opposer une digue assez puissante au torrent dévastateur, et celte inaction passait aux yeux de l'ermemi pour une insigne lâcheté et une preuve de faiblesse*
Les Iroquois, que leur expérience rendait tous les jours plus habiles dans cette gueire de surprises et d'embûches, avaient disposé leur plan en 1644, sur une plus grande échelle que de coutume, et avec un art stratégique qu'on est surpris de trouver dans des barbares. Divisés en dix bandes de guerrîerSj ils avaient enveloppé toute la colonie comme dans un immense réseau, et au printems ils y fixent irruption sur tous les points en même tems- Ils prenaient, dit le P, Jér, Lalemant, des positions telles, qu'ils pouvaient voir l'ennemi de 4 à 5 lieues, sans être aperçus eux-mêmes, et ils n'attaquaient que quand ils se croyaient les plus forts.
Les deux premières bandes étaient stationnées^ au portage des Chaudièrea (^), lieu déjà célèbre par l'attaque des convois
(>) En 1626, les Jésuites amient formé là leur première résidence, à 2 millcA de Québec, Bur la rire drotto de la petite nTière Lairet^ à Tendroit oii elle tombe dans la rivière St. Charles* C'était restr^mîtâ du temun que leur aTait donné ïe duc de YantadouTi eous le qoeii de Seigneurie de N. D. de» Augaa, Ce lïeu portait encore le nom de Fort de Jacques Çtiarliert pnrce quen 1G3&, il avaU été obligé d'y hiremer^ On y vmt encore aojoiird'huL quolquoa minea de l'ancienne maison des J^lamtea.
(«) Chute fftraeuae dé FOttawa» près de Bytown.
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BIOOBAPHIS
huixms ; la 3e resta an pied du Long Sanli ; la 4e andessns de Montréal ; la 5e dans Plie même de Montréal ; la 6e dans la Rivière-des-Prairies ; la 7e dans le lac 8t. Pierre ; la 8e près des Trois-Rivières ; la 9e près du fort Richelieu ; et la 10e était destinée à entrer sur le territoire des Hurons, et à y porter partout le fer et le feu.
La cinquième bande composée de 80 guerriers, ne fut pas heureuse. Ils lestèrent trois jours en embuscade devant Montréal, dans Pespérance de surprendre quelques-uns des Français de cette habitation naissante, mais ils furent découverts et poursuivis courageusement par la petite garnison qui les dispersa. Ils perdirent trois hc»nmes, tués dans le combat, et deux autres qui furent faits prisonniers. Les Algonquind qui s'en étaient emparés, les brûlèrent vifs quatre jours après.
Le P. Bressany tomba dans Pembuscade dressée par la 9e bande.
Aux Trois-Rivières, où s'étaient réunis le P. Bressany et ses compagnons, on ne connaissait pas les grands dangers que l'on courait déjà sur le fleuve. Il venait à peine d'être délivré de ses glaces, et on ne pouvait pas raisonnablement soupçonner les Iroquois d'avoir, à une époque si peu avancée, quitté leur pays et entrepris, dans une âuàsi mauvaise saison, une expédition lointaine. Les Hurons s'étaient même persuadé, d'après quelques démarches faites l'année précédente, que les Iroquois étaient disposés à la paix.
Rien ne semblait donc devoir troubler leur sécurité, du côté des Iroquois ; cependant, comme ces courses n'étaient pas sans d'autres grands dangers, il était juste de se tenir prêt à tout événement. Les voyageurs se préparèrent tous, comme s'ils avaient dû trouver la mort en chemin. Un cœur en gràee avec Dieu, ne craint rien, ni des hommes ni des accidens de la vie, et il est bien mieux aguerri contre tous les hasards*
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Les pieux néophytes (^), compagnons de voyage du Pp Bressany, n'étaient dans la colonie française que depuis le mois de novembre. i}s avaient voulu acheter au prix de tous les sacrifices, l'avantage de compléter leur mstructiou religieuse^ et voir de leurs yeux, le bonheur d'un peuple sous Vinfluence de la foi. Tant de ferveur ne se démentit pas un instant. Us s'étaient mis, dès leur arrivée^ entre les mains du P. de Brebeuf qu'ils avaient eu Pavantage de connaître dans leur pays, et qui possédait parfaitement leur langue. Nuit et jour ils s'occupaient à apprendre les prières, et à réciter le catéchisme. La docilité et la simplicité de leur foi les rendirent, en peu de tems, de dignes enfans de PEglise de Dieu. Après deux mois d'instruction, on conféra le baptême à ceux qui n'avaient pas enc<»€ reçu ce sacrement, et tous furent admis à participer pour la première fois à la sainte Eucharistîe- Ils le firent avec des sentimens de piété, qui rappelaient les plus beaux jours de l'Eglise*
Au reste ce n'était pas assez pour eux d'éftre des chrétiens fervents; leur ecenir embrasé de Pamour de Dieu, soupirait après la gloire de devenir des apôtres. Ils voulurent donc retourner dans leur pays, afin de faire partager à leurs parens et à leui^ amis, les ei^érances et les conealations de la foi. Une instruction suffisante, liné vertu éprouvée, et Pautorité dont ila jouissaient au milieu de leurs compatriotes, fesalent en effet bien augurer du succès de cette mission. La réception ai cordiale et si généreuse qu'on leur avait faite dans la colonie, et les présens dont ils furent comblés, les avaienrt attachés fortement aux Français. Il était donc de l'intérêt des colons, et surtout des Missionniaires, de voir ces zélés néophytes à Pœuvre, au milieu de leur pays.
(^) On ooDDiit 1m dqhu de Oeori &t<Ma(trftt^ dâ MicBel AtiokeQiukniii et de Becw tnmdSotrioakoa
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BIOGRAPHIE
Ces espérances étaient fondées, mais Dieu toujours adcnrable dans les mystérieux secrets de sa Providence, les fit évanouir dans quelques instans. ^
Henri Stontrats, un des compagnons du P. Bressany, donna le premier les détails de la prise du Missionnaire. Après avoir perdu un doigt, il eut le bonheur d'échapper des mains de ses bourreaux, dans la route qui conduit aux cantons des Iroquois, et il accourut à Québec apporter cette désastreuse nouvelle.
Comme le P. Jogues, le P. Bressany est l'historien de ses propres souffrances. Le récit détaillé qu'il en fait avec une touchante simplicité et une admirable candeur, nous révèle toute la noblesse de ses sentimens, et l'héroïsme de sa vertu. Sans se nommer, il l'a inséré dans le corps de son ouvrage ; nous y renvoyons le lecteur. Nous nous contenterons d'ajouter ici quelques incidens de ce sanglant épisode, recueillis de la bouche de ceux qui y avaient pris une part active.
Les compagnons de voyage du P. Bressany furent euxmêmes 'la cause innocente du malheur qui les enveloppa tous. Les Français, avant de les laisser partir, leur avaient donné en présent des arquebuses, et leur joie se manifestait par l'usage fréquent qu'ils en fesaient sur la* route. Ils s'en servirent surtout lorsque le mauvais tems les força de s'arrêter sur les bords du lac Saint Pierre. A l'entrée de la rivière Marguerie, ( ^ ) à six lieues environ des Trois-Rivières, ils s'amusèrent à tirer sur des outardes.
Le bruit de ces décharges multipliées, donna l'éveil à SO Iroquois embusqués près de là. Ils allèrent attendre les Hurons, derrière une pointe^ qu'il leur fallait nécessairement doubler. Le canot du Missionnaire s'avançait le premier, et au détour, il se trouva en présence de S canots Iroquois
(>) Cette petite rivière n'a pas oonaeiré eon nom : mais nous crojcns la reconnaitre dans celle qo'on appelle aujoordlrai rivière omsc OléUes,
DU P. rAAKÇOIâ-JOâHPH BREdBÂ.inr.
Il fat fait prisonnier avec ses deux Hurons, Les deux auties canots voulurent fuir, mais deux canots dUroquois bien armés^ leuf coupèrent la retraite, Bertrand Sotrioskon se préparait à vendre chèrement sa vie, et à tirer sur ses ennemis^ quand ceux-ci le prévinieni, et lui donnèrent la mort. Les autres se rendirent, jugeant toute résistance inutile.
Le P, Bressany vit les Iroquois déchirer les lettres adres^ sées aux Pères qui demeuraient chez les Huions, et partager les effela qui leur étaient destinés. D'autres Sauvages fesaient en même tems les préparatifs d'un horrible festin. Ils avaient arraché le cœur au Huion qu^ils avaient tué^ et^ sous les yeux des prisonniers, ils fe salent bouillir ou rôtir ses membres mutilés.
Les Iroquois^ fiers de leur capture, se mirent bientôt en route pour leur pays- Us remontèrent la rivière, qui portait leur nomj et qu'on nomme aujouTd*hui rivière de Sorel. Le six de mai, ils firent rencontre d'une autre bande de guerriers. La vue de ce triste convoi remplit ceux-ci de joie et d'espérance. Chez ces peuples grossiers tout servait d'aliment à la superstition, et leurs habitudes de cruauté leui fesaient chercher de préférence, d'heureux présages dans le sang et la douleur. Ils avaient d'ailleurs à venger la mort d'un de leurs compagnons, tué récemment près de Montréal. Us torturèrent done les prisonniers, et le P< Bressany reçut pour sa part une grêle de coups de bâton. Il apprit en même tems le sort qui lui était destiné. On devait le brûler vif au premier village, pour venger la mort du guerrier hoquois. " Son courage ** ne faiblissait pas, dit le Huron qui s'était échappé. Il " paraissait toujours joyeux et content. Il semblait s'oublier " lui-même, pour ne songer qu'à ses compagnons d'infortune " qu'il tâchait de consoler et de fortifier par les généreuses *' pensées de la foi."
bioobafhh:
Le P. Bteuttttf emt «ric6(re beancoiqp à wcmffât lo«9qa%i approchant des cantons faoqoois, il troiit;>ay le 15 mai, 400 de ^es Sttonrages léiitiis pour la péciie. Son sai% leconuiiença à couler en abcmda&oe. On verra dasis sa lettre le détail de ses 'souffieancesy ^t surtout celles qu'il endtûra, à son arriirée d^ifs le premier village.
Il eut la doi:d6arde voirqoelqufe&^uiis des Hurons quiPacoom- .pagnadent, se ranger parmi tsres bourreaux. La erainte des touzmeHs leur fit acheter la vie par un acte de basse cruauté i mais Dieu se chargea de les punir. On remarqua, dit le -P^ .Jér. Lalemant, que la plupart de ceux qui avaient tourmenté le serviteur de Dieu, pérkent misérablement, et presque tous de la main de leurs ennemis.
La nouvelle de la prise duP. Bressany jetala désoklion dans la colonie. = C^était - le setond ^Missionnaive qui tombait entre les mains de ces barbares. Les fervents néophytes de Silleri monbfèrent, dans cette occasion, toute la vivacité de leur Foi.
Le P. ^Dequen, leur Missionnaire, leur avait annoncé ce malheur, et leur avait dit de le regarder comme tm; effet de la c<dère de Dieu pour les péchés du monde :
" Tu dis vrai, mon Père, reprit alors à haute voix un ctes *^ Capitaines Algonquins qui Pécoutaient : ce sont nos péchés ^^ qui ont fait tomber le P. Bressany et> les Hurons, entre les " mains des Iroquois ; ce sont eux qui sont cause des tote- ^^ mens qu'ils soujB&ent peut-^ètre maintenant. Qu'on lie dise **^ptoqtte c*«t la priète qai cause ces malheurs, ce userait un ^^ autre péché, capable d'attirer de • plus grandes malédictions ^^ sur nos têtes. Comment est-ce que Dieu ne nous éhfttirait ** pas ! Il y a si longtems ^pi'on- nous enseigne et qu'on nous **^pïédie la crainli& et l'amour de Dieu, et il-y a enooref tant de ^^ malheureux qui s'enivrent, qui font des fesÂins à tout manger, " quicooasultent les Démons en leur oifiraiit des sacrifices, étci"
vu P« FR&lîÇOIS-JOaEPM MRKBSANY.
■Xne ^)0ors(^ei|X ^t lerveot aéophyte fonna alors le projet «d'unie espèce de guecie saiate, pour airêtei les progrès toiyours 'OiQk/saiis des ^e^nesaiB^ " Montrons, disait-il à ms compa- '^^ tariot^, que la Foi ne noue rend pas timides, et 4}u*au coatraife '^^ ^fie 90^8 doiuae du courage. Il ne iaut pas eoiUinr qu^elle ^ i9aH* déth^or^ Jp^ les mensangea et les calommeë des "^ mâoh^aa. Affti^ ç)e qui nous oblige surtout à cette guerre, ^^ c'eft la padae du P> Bressany. II est du nombre de ceux qui ^ TiemeHt de «si Ictin pour nous îjistraixe, et qui nous aiment "^ tant. H s'est ex^po&é pour nous à ce danger ; ses frères soat '^^ aftig^ de jsa j^este ; il faut les consoler et es^myer leurs *** iarraes.'*
JLe P> Bvessaoïy^que les Iroquols, dans une de leurs E^semblèes géaêililes^par une r^ktion tout-à-fait inattendue, refusèrent de •metlie à. mort, feitcdwné à une vieille Iroquoise, dont le grandj^ère avait été ^utze^s tué par 1^ Huroi»* Us ^attendaient <i\ie^ selon l'^Ui^ge de ie^dreit barbais, elle immolerait sa victime aux :4Eaâ|ies:da défuat : ifiaia la nature n'avait pas perdu sur elle teus ses droits. Ce cœur sauvage se montra accessiUe à la iCWipasQioiu
Tâchée de faut d^infortunea, cetîe femmei loin de vouloir y Mkette le cembie, résolut de sauver le Missionnaire, et jmênake de lui rend» la liberté. Elle prit prétexte de Fétat horrible de ses biessmes, qui inspiraient une espèce d'ei&oi à tSQS âUesi et \m devient, sans doute pour longtems^ Pempêcter .de rendre f|ui3un 48ervice, ËUe chargea son fils de négocier avec les HoUaadais de la colonie voisine (t), afin d^en tirer, s'il ■êt^t possUïi^ef, quelque bonne rançon. Ceux-ci s'y prêtèrent très ^oio nt i e r s» et le 19 août^ après 4 moie de captivité» le P. Bteasany se trouva Ubfe,
(^) lie Ibrt ^Orange, aujoisdlim Albmj.
Gol
BIOORAPHIK
Les Hollandais accueillirent le Missionnaire, avec la même bonté qa'ils avaient témoignée au P. Jogues en pareille circonstance, lorsqu'ils lui ménagèrent, il y avait précisément une année, l'occasion de s'échapper des mains de ses bourreaux. Ils lui donnèrent des vêtemens, et tous les secours nécessaires pour réparer ses forces. Il se remit en peu de tems, malgré tant de souffrances, et partit pour la France. En arrivant à la RocheUe, le 15 novembre 1644, après une traversée de 55 jours, presque toujours au milieu des tempêtes, il se trouva plus fort, et mieux portant qu'il ne l'avait jamais été. Voici la lettre de recommandation que, par prudence, le Gouverneur Hollandais lui avait remise, pour lui servir au besoin :
^^ Nous, Guillaume Kieft, directeur-général, et le conseil de la ^^ Nouvelle-Belgique, à tous ceux qui verront les présentes, salut.
^^ François-Joseph Bressany, de la Compagnie de Jésus, fait " prisonnier il y a quelque tems en Canada par les Sauvages ^* Iroquois, appelés ordinairement Maquois (*), tourmenté long- " tems par eux et à la veille d'être brûlé, a été heureusement, ^* après bien des difficultés, arraché par nous de leurs mains, " moyennant une rançon, et délivré. Maintenant, qu'avec ^' notre consentement il va en Hollande pour retourner de là " en France, la charité chrétienne exige que tous ceux chez " qui il se présentera, le reçoivent avec bonté. En conséquence^ ^* nous prions tous les Gouverneurs, Commandans ou leurs ^^ Lieutenans, et les Capitaines de lui prêter secours à son ar- ** rivée ou à son départ, leur promettant de leur rendre en pareil " cas le même service.
" Fait au Fort de la Nouvelle-Amsterdam («), dans *la
(1) C'est le nom que les Hollandais donnaient À tine des cinq nations Iroqaoises Bs écnyaient aussi Maqwtoi et MaekSaë» Les Français les appelaient les AgnUrê et les Anglais lesf Mohawks. Ce dernier nom leur est resté jusqu'à nos jours.
(«) Aujoordliui New- York.