‹ Relation abrégée de quelques missions des pères de la Compagnie de Jésus dans la Nouvelle-FranceChapitre 3 sur 37 · DU F, FRANÇOIS-JOSEPH BRESSANY · texte numérisé non relu

DU F, FRANÇOIS-JOSEPH BRESSANY

" Nouvelle-Belgique, le 20 de sÊptembre, l'an du salut, " 1644.''{i)

Aussitôt après son arrivée en France, le P. Bressany, qui ne se crut jamais quitte de la dette de reconnaissance, s'empressa de solder le prix avancé pour sa rançon.

Le séjour du P. Bressany, en Europe, ne fut pas long- La mission où il semblait n'avaix mis le pied que pour l'arroser de son sang, était toujours l'objet de ses plus ardens désirs. Il obtint sans peine de ses Supérieurs, la pennission d'y retourner, et nous le voyons en effet repamitre en Canada, dès le mois de juillet de l'année suivante, ,

C'était l'époque célèbre de la première paix solennelle faîte avec leâ Iroquoîs. Le 17 juillet, 1645, il assista, aux Trois- Rivières, à la grande assemblée où fuient introduits les Ambas^ sadeurs Iroquois. Il embrassa, comme amis et comme ûèresj ceux^ui avaient été ses bourreaux. Sentiment bien digne d'un cœur apostolique, le souvenir des coups qu'il avait reçus, et des blessures dont il avait été couvert, ne lui fesait ambitionner qu'avec plus d'aideuT, le privilège de porter la foi au milieu d'€ux ; mais il ne put pas obtenir la faveur qu*il désirait. Il s'en dédommagea en montrant à ces cœUrs sauvages, quelle vengeance inspire la religion ; il fit une quête parmi les Français de la colonie, et leur offrit lui-même son présent.

Le P- Bressany ae s'arrêta pas longtems aux TVois-Bivières» Nommé de nouveau pour aller au secours des Missionnaires chez les Huions, il s^y rendit dans l'automne de 1645. Sa première destination y avait déjà fait connaître son nom; mais les évènemens qui s*étaient passés depuis, l'avaient encore grandi aux y«ux des néophytes, et même aux yeux des païens. Ils le reçurent comme un héros qui avait fait ses preuves ; car

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BIOGHAPIftir

h, plus bértriiiiae vertu à leuis yenx, eonsisCàit sctifont à supporter cooragensement la douleur»

Le^ P. Bressany parut donc au milieu dès Hnrons, mais sans savoir leur langue, qu'il n'avait pas encore eil le tems d'apprendre, et cependant sa présence exdta le plus vif irrtérêt. ^^ It put *^ même, raconte le P. Ragueneau, supérieur de cette mission, se ^^ mettre aussitftt à l'oeuvre, et avec frait. Ses mains mutilées, ^^ ses doigts coupés, son corps couvert de cicatiiees, Pont rendu ^^ dès sou anivée, meilleur prédicateur que* nous né sommes^, " et ont servi plus que toutes nos instructions^ à fidte compien*- ^^ dre à nos Hurons les vérités de la foi.'*

Ils sentirent, en lè voyant, tout ce qu^a de puissàikce le téràoighage du sang^ le plus triomphant qiie puisse recevoir la Vérité : on croit volontiers des témoins prêts à se laisser égorger pottr la défendre ou pour la propaget.

^^ Il faut, disaient les uns, que Dieu soit bien aimaMe,^ et vraî- ^^ ment seul digne d^être seïvi, puisque la vue de mille morts " et de supplices {dus terribles encore qae la mbrt^ ne peuvetit " arrêter ceux qui vienneïit nous annoncer sék parole. — ^S'i! n' jr ^^ avait pas de paradis, tito^iïvèraît-on des hommes disposés à " traverser les mers, pour nous ariracher â l'enfer, et nous mener ^^ avec eux au eiel, au risque de rericontrer le fer et le feti dèis " Iroquoîs*"

" Non, ajoutait cfehri-eî, jenepuîs pas être tenlê sur tesvéïrittês " de la foi ; je ne sais m Kre, ni écrire, mais ces doigts cètipés^ ^^ sont la réponse à tous mes doutes. Je mis YAéh sôr qte " celui qui a souffert tant de cruautés, et qui s'y et^ encbtfe' " etpo&é volontierà uœ seconde fois, aussi gëSèiflènit qjne s'il " n'avait trouvé dans ce pays que des délices^ est Wén eértenft " de là doctrine qù^ nous eriseigne/*

" Montre nous tes plaies, dii^ient ceux-là ; elles nous diseirt ^^ plus efficacemeïit que tel né poùn^ le faille, quand tu sauras

DU Pt rRABrÇOU^OSBFH BMEêSANY.

" biea notre languei que nous devons servir et adorer Celui " dont tu attends un joui qu^il te lendia la vie que tu as ex- " posée pour lui, et les doigts qu'on t*a brûlés,"

Ce saint Missionnaire, après avoir passé trois ans chez les Huions, fut chargé, en 164Ô, d'ajccompagner un grand convoi qui se préparait à descendre attx Trois-Rivières. Deux cent cinquante hommes^ parmi lesquels on comptait 120 chrétiens ou catéchumènes, et deux Français, formaient cette importante expédition. Les Hurons voulaient, à tout prix, et malgré tous les dangers de ce long voyage, tenter de renouer les communications avec les Françaûs des Trois-Rîvièies et de Québec.

Privés de ce commerce, ils voyaient leurs ressources s'épuiser. Leurs pelleteries leur devenaient inutiles, et ils ne pouvaient plus ae procurer les haches, les chaudières, les fusils et les munitions nécessaires. La paix avec Ulroquois, n^avait pas été en effet de longue durée, et les chemins qui conduisaient à la colonie Française étaient de nouveau interceptés par des bandes de guerriers.

Us s'étaient donc décidés à a^ouvrir un passage cette aanéei* S'il y avait eu déjà des expéditions plus nombreuses, jamab on n'en avait vu où régnât plus d*ordre et d'ensemble. On aurait dit l'armée la mieux disciplinée, sous la direction des chefs les plus habiles. Toutes les précautions étaient prises, pour éviter lest embûches de l'ennemi, et la vigilance était telle, de jour et de nuit, qu'il n'y avait à redouter aucune surprise*

Les chrétiens de cette troupe, sans faire bande à part, loraqu'il s'agissait de la sûreté commune, se groupaient souvent autour du Missionnaire, Deux fois le jour, ils offiraient en commun et publiquement leurs prières au Maître de ^a vie, et consacraient quelques momens à écouter les instnictions de $on ministre.

Le voyage était heureux : l'ennenû ne se montrait nulle

BIOOBAPmK

part. Il est probable que gr&ce à la position avantageuse qa'il avait l'adresse de prendre sur des lieux élevés, il avait reconnu la supériorité de cette armée Hmonne, et qu'il avait jugé prudent de ne pas chercher à lui barrer le passage.

Les Hurons arrivaient donc, sans encombre, au terme de leur voyage, et approchaient des Trois-Rivières ; c'était le 17 juillet 1648. Ils voulurent se préparer à faire une entrée solennelle. A tme certaine distance du f(»rt, et avant d'être aperçus par les Français, ils mirent pied à terre, au milieu des joncs qui bordaient le rivage, pour faire, à leur aise, leurs dispositions accoutumées. Se peindre la figure et le coips de couleurs variées et brillantes, se graisser les cheveux, se couvrir la tête, le cou et les bras de colliers, tels étaient pour ces peuples, les omemens obligés d'un jour de fête.

'Cependant conmie ils ne voulaient pas retarder leur arrivée ceux qui formaient l'avant-garde se trouvèrent bientôt prêts, et prirent les devants. A peine venaient-ils de mettre leurs canots à l'eau, et de gagner le large, qu'ils fiirent aperçus en même tems, et par les Français du fort des Trois-Rivières, et par cent Iroquois embusqués près de là. Les Français et les Iroquois s'embarquèrent précipitamment. Les premiers pour secourir leurs alliés, ceux-ci pour essayer d'enlever une proie qu^ils croyaient facile.

Mais les guerriers Hurons, avertis par leur avant-garde, qui s'était repliée sureUe-même, sont sur pied dans un instant, les armes à la main. Jetant de côté tous les préparatifs de leur toilette, ils accourent en' bon ordre au lieu du débarquement, sous le commandement de leurs cinq braves Capitaines. C'était déjà trop tard pour empêcher l'ennemi de descendre à terre, mais ils se forment aussitôt en demi-cercle pour l'envelopper, ou du moins pour être prêts à le recevoir.

Les Iroquois, à la vue de cette troupe nombreuse et si bien

Utr F. FBANÇOIS-JOSEPH BS£SSAIfY.

disposée, E'en deviennent que plus furieux, et font une décharge générale de leuis arquebuses- Les Hurons la reçoivent en se couchant à terre, comme des hommes déjà exercés à ce genre de combat. Puis ils se relèvent aussitôt, et sans leur donner le tems de faire une seconde décharge, ils poussent le cri de guene, et se précipitent sur l'ennemi, La retraite en bon ordre n'était plus possible. Les Iroquois se défendirent en désespérés ; mais ils ne purent soutenir le choc, et ils prirent la fuite- La victoire fut complète. Les deux Français qui accompagnaient le Missionnaire combattirent avec valeur. Un d'eux, confondait souvent les Iroquois et les Hurons. Dana le fort de Faction, il se trouve en présence d'un Iroquois effrayé, et le prenant poux un Huron, il le frappe sur l'épaule, et lui dit : " Courage, mon frère; battons nous bien,'* Mais un Huron qui le reconnut vint le faire prisonnier. Cet Iroquois se vantait ensuite d*avoîr été pris par un Français. Il croyait qu*il lui avait dit: " Tu es mon prisonnier,**

Le P, Bressany ne s'éloigna pas du théâtre de cette sanglante action. Son ministère pouvait être nécessaire, et il n'ignorait pas toute l'influence que sa présence et ses conseils devaient exercer sur ses néophytes. 11 resta donc au milieu de la mêlée. Il encourageait les uns, excitait les autres, consolait et pansait les blessés, et donnait aux moribonds les secours religieux.

Les Hurons poursuivirent quelque tems les fuyards dans les bois. Ils en tuèrent un grand nombre, firent plusieurs prisonniers, qu'ils ramenèrent au campement, emportant avec eux les chevelures de ceux qu'ils avaient tués.

Cependant l'agitation et l'inquiétude étaient grandes aux Trois-Rivières, Toute la population était sur pied. Le tocsin d'alarme avait sonné aussitôt qu'on avait m les Iroquois sortir de leur embuscade, et poursuivre les Hurons* Les

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Fraxiçaîs qui avaient volé au secoufs dea. Harousy ayant eth tendu j en appiockant du rivage, une grande fusillade dansies hoisy ne purent s'assurer s'il ^'agissait d'une embàche ou d'une attaque v^itable. L'Iroqaoifi lea avait habUuéa à m DSkéfier de toutes ses démarches. Daos la crainte d'upe sur» pidse,. ils: attendiient qiielque tems, et ne troavant au^eun moyen de dissiper leuia doujtes,. ils> réitèrent dans, leur poste^ selon l'cxdre qu'ils avaient reçu*.

Qiumd ces soldats rentrèrent auxTroid^Bivières» 1^ eonslernation y était générale. On y avait, entendu en effet la fiisillade, et le bruit avait couru ca même teins que 200. Hurons^ descendus pour la traite^ venaient d'êtie défaits fax les Iroqums^ I^es Français se reprochaient leurs excessives précautions, et se regardaient déjà comme cause da la mort de tant d'info^• tunés^

Au milieu de cette tiistesse profonde, on aperçoU sur le fleuve un canot Huron,^ suivi de deux canots Iroquoisj. Quelques soldats ae jettent à la hâte dans.d^ux canots, pour secourir leurs allié» qu^Hs eroie^t encore p<mrsuivis« lia ne tardèrent pas à être détrompé».

Le P« Bressany montait le premier canot. L'étendard saoré de noire rédemption, ccâxnne un signe de selut et de triompbe^ s^éleyait sur: sa tête; quelques Huroas I0. suivaient da^s les canots de leurs ennemis.

Le Missionnaire avait voulu piendie les devants, pour dissiper les inquiétudes dan» lesqueU^ U pensait bien que ses com^ tiiotes devaient èHe ptonge».

Tous les habitans des Tima^mvière» se. trouvèrent en un instant^ sur le rivage, pour anoneiiiir le» Huron» vc^ag^urs. Il» furent reçus %jl milieu de» slgQesïde la. plus vive ail^giessè- : ^^ BénissoDtile Se^neor^ s^éoria leMksidnnaiiey allon» tau»' eti^ ^^ semble lui rendre giftoe dan» sou teoqplè. Il neiia à dcmné

DU. P. FRAirÇDIfi -JOSEPH BRESSiLXT.

*^ la victcHïe : nos Huron? ont triomphé des Iroquois. Ils ont " fait Tin bon n<H:nbie de prisonniers : il y a encore des jeimes " gend à la poofsuite^ des fuyards.'*

La tioiipé "^etoriettse n*était pas éloignée. On voyait les soixante caaEiots s-'îavuncer lentement et en bon ordre sur le flettv^. Assis gravement an milien de leurs trente-cinq prisonïrit«lPS,*tes Huiroiis marquaient la cadence avec la voix et les ttvtroKS) tandis qtie lettre ennemis, selon l^usage, fesaient retentir les airs' de leur chanson de mort.

Cepiendant le eaxion du fort a signalé leur arrivée, et annoncé au loin leur victoire. lia abordent, et en passant devant la ôfoix plantée à l'entrée du fort, les vainqueurs forcèrent les prisoniiieTS à fléchir le genoux avec eux. Ils voulaient par cet acte solennal les obliger à rendre hommage à la puissance de Celui qui les* a raefaelês sur ce bois, et leur faire faire amende honorable pour flivoif renversé la croix élevée^ l'année précédente, près du fort Ricbelieu, Ces infortunée» victimes, qui ne s'âttendèdent qu% mourir, se soumettaient à tout.

Un Huron renégat, pris avec les lioquois, passa par toutes les boiretars ^ supplice du feu ; la haine qu'H semblait inspirer à ses anciens compatriotes, était excitée surtout par le souvenir de son apostasie.

Les vainqueurs, pour faire honneur aux Algonquins, leur donnèrent un de leurs prisonniers à tourmenter ; mais oeuxHsi, dont les moeurs avaient été adoucies par le christianisme, se hâtètrent de hii donner la mort. Les Hurons admirèrent ce sentiment d^tnmiaiiité, sans vonloir l'imiter. Ils ajoutèrent: " Bientdt tout notie pays sera chrétien, et alors nous traiterons, ^^ comme vous, nos ptisonniers."

Le chevalier de Motitmagny monta aux TroiihRivières, pour a«»ister aux assèn^lées solennelles qui devaient avoir Heu.

Les Htlions lui offrirent cinq présens, avec tout Pappareil

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BIWBAFHni

d'usage en pareille circonstance. Un de leurs motifs était de dissiper les soupçons qu'aurait pu laisser dans Pesprit des Français, le meuxtre dont s'étaient rendus coupables quelques-uns de leurs compatriotes, contre un jeune Français, nommé Jacques Drouart, attaché au service des Missionnaires. Ils avaient déjà donné toutes les satisfactions désirables dans leur pays, comme on le verra par le récit détaillé du P. Biessany ; ils voulaient les renouveler devant les chefs de la colonie, en protestant que ce crime était l'œuvre, non de la nation, mais de quelques esprits mal disposés, et qu'ils avaient été désavoués par leurs compatriotes.

Un des principaux présens servit à exprimer publiquement leurs dispositions pour la foi. Ils remercièrent le Gouverneur d'avoir envoyé des Robes noires jusque dans leur pays, malgré tiBtnt de dangers et tant d'ennemis: Puis, s'adressant aux Missionnaires eux-mêmes qui assistaient à l'assemblée, ils les c<mjurèrent de continuer leur œuvre, malgré tous les sacrifices qu'elle leur demandait dans ces tems difiBcileçj'et d'achever de les instruire.

Après les fêtes et les réjouissances publiques, qui reiûplirent les jours suivans, les sauvages s'occupèrent de leur ccmmierce.

Pendant qu'ils échangeaient leurs pelleteries contre des armes, des munitions et des ustensiles de toute espèce, le P. Bressany se. rendit à Québec pour traiter des graves et pressans besoins de cette mission lointaine. On peut dire qu'ils croissaient chaque jour, en prc^orCion des combats et des épreuves. Voici avec quelles couleurs, un de ces intrépides ouvriers la peigncut à cette époque. " Jamais, disait-il, le pays n'a été " plus dans l'affliction, et cependant jamais la foi n'y a para *^ avec plus d'avantage. Les Iroquois contiuuent une guerre ^^ sanglante qui va exterminer nos peufdades frontières, et qui ^^ fait craindre aux autres un semblable malheur; et Dieu en

DU F. FRAIfÇOTB^JOSEFR BRBSSAJfY.

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** même tems peuple d'excellens chrétiens ces pau\Tes nations " désolées, et ae;plait à y établir son nom au milieu dee minea, ** Quoique nous ne vivions que des aumônes qui nous viennent '* de 1500 lieues, à tmvers la mer et la rage des Iroquois, ce " n'est pas le secours qui nous presse, ni celui que nous " demandons avec plus d^instance., Ce sont des Missionnaires " dont nous avons le plus grand besoin," {RelaHon^ 1647-48.)

Ce cri de détresse fut compris à Québec, et le P. Bressany eut la consolation de voir ses efforts couronnés de succès* Il obtint un renfort considérable d'ouvriers évaJigéliques, Les PP. Gabriel Lalemant, Jacques Bonin, Adrien Grelon, Adrien Daran et le F. Xoir Clair furent désignés pour cette Mission laborieuse, qui devait être pour le premier d'entre eux le théâtre de son glorieux martyre. Aucun Missionnaire ne pouvait alors se dissimuler le danger qu'il avait à courir sur ce sol ensanglanté. Mais, leur courage semblait grandir en proportion des difficultés et des sacrifices. " Nous serons pria, écrivait *' l'un d'entre eux à cette époque, nous serons massacrés, nous " serons brûlés, passe ! Le lit ne fait pas toujours la plus belle " mort. Je ne vois ici personne baisser la tête : au contraire ^ " chacun ambitionne ce poste. Pour venir ici, il faut sentir de " près la fumée des cabanes Iroquoises, et peut-être y être brûlé " à petit feu ; mais quoiqu'il puisse nous arriver, je sais bien " que le cœur de ceux que Dieu y aura appelés, y trouvera son *^ pamdis, et que leujr zèle ne sera arrêté ni par les eaux ni par " les flammes." < *

De pareils sentimens n'ont pas besoin d^éloges. Ils parlent assez haut par eux-mêmes. L^historien Américain Bancrofl leur a payé un juste tribut d'admiration^ en traçant le portrait du Missionnaire Catholique emCanada. " On demanderez dit-il, ** si ces massacres refroidissaient l'ardeur des Missionnaires. "Je réponds qu'ils ne reculèrent jamais d*un pas. Comme

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'^ dans une année de bmves, de nouveanx gaemen aont -tonjoiirs ^^ prêts à remplacer ceux qm tombent, aînai panni eux jamais ^^ PJbéroïame n'a fait faute, et jamais ils n'ont refiisé de con- ^^ courir à une entreprise, qui pourrait tocaner à PaYantage de «^ la rel^ion, ou à la gloire de la Franee;" (OM. of U. 8. III. p. 141.)

Le P. Bressany aertit encore d'ange conducteur à se» fidèles ^néophytes et à Jeurs nouveaux ^txes, pour retourner dan0.1a mission Huronne.

:Le 6 août 1648, ils quittaient tous enaemUe les Trois- Bivièrçs dans 60 canot3. Le Gouverneur, pour protéger ee précieux convoi, et augmenter en même tems les forces des Hnrons, leur avait donné 12 soldats, qudques ouyriers et une pièce :de canon. Qn con^ptait en tout 36 Français dans cet^e expédition. Le voyage fut heureux, et sans aucune mauvaise jr^noonlie ; mais:au numoent, où pleins de joie et d'espérance, .ils abordaient^à ce rivage désiré^ ils tnsnvèrent cette infortunée nation sous les coups des plus rudes épreuves, et comme au milieu des demièxes rconvulsions, tristes pronoatics d'une fin prochaine. :Yoici quelle fut L'occasion de ces nudheurs.

: Les. Iroquùie, malgré ieur soif insatiable de. sang, avaient jcommenaé.à coo^xrendre, que la guerre d'extarmination qu'ils fesaient, pourrait bien leur devenir fatale* Leurs victoires leur coûtaient trop dier. Us voyaient le ncHUbre .de leur» guerriers diminuer, chaque, jour, sans se renouveler, en sorte que leur triomphe allait être dans peu de teins, la cause de leur prc^re ruine. La division régnait en outre parmi les cinq Nations {}). Les.uns voulaient la paix à-tout pri?c,,leftautresne

(1) 1^8 5sMKtipp8'Ir^i«)iae8, éfibctooé^ sur un toécae pi»n]lèle«Qtre'UnTlèr9 Hudson et Niagara, oocupaiept alors tout le liUoral.sud du lac Ontaria Les F,cançaU les connaisâaient sous les noms â*Affnier9, â^OneUnUê, d*Onnontagtié$, de OiAûgoen» et de Tkrnn^nUmam ; . maia. les AiiglaiilgB BomimeDt MohoÉphi, OnMdat,

BU P* rfiAirÇOift-JOSEPH BEESeANT.

respiraient que la guerre. Les Agniers et lee TsonnontouaïiSj qui occupaient lee deux points extrêmes de la Confédéiationj et qui^ par leur position géographique touchaient les uns aux Français parle lac Champlain^ et les autres aux Hurons par la Rivièie de Niagaia, tenaient pour le dernier parti, lis avaient pour eux le nombre et Paudace. Quand ils surent que les autres cantons avaient envoyé des députés chez les Htironâ pour traiter de la paix, ils mirent aussitôt leurs guerriers en CEimpagne, et, pour rompre toutes les négociations entamées, ils se jetèrent sur les députés Hurona^ qui allaient dans les cantons Iroquois faire ratifier le traité ; contre le droit des gens, ils les mirent à mort- Scandaouti, un des députés Iroquois d'Ononîagué, resté en otage chez les Hurons, fut consterné à cette nouvelle. Sa fierté naturelle vivement blessée de cette indigne violation du droit des gens toujours sacré, même chez les barbares, ne put supporter un aflSfont qu'il regardait eonmie une fiétiissmne pour sa patïie, et il se donna la morL

On ne parla plus alors que de gTierre, -Le premier coup ftit porté contre le village de Teanaustayae (*), où était la mission St, Joseph. 11 fdt ruiné de fond en comble. Le 7 juillet, le P, Antoine Daniel, son Missionnaire , en vrai pasteur qui livre sa vie pour son troupeau, s'avança généreusement au devant de Pennemi, afin de ralentir sa marche, et de laisser à ses néophytes, sur lesquels il venait de faire descendre une dernière bénédiction, le tems de s'échapper II périt avec 700 d'entre eux danà le sac de ce village, comme on le verra dans Phisloiie,

Onondoff^ Oatfugat, Sêf%ê<^is^ Lea Tagcaroraa, naticto du mad de la CarolÎDe, se Bont oâsodéa aux IroquMa veïf 1712 : c^eet pourquoi Ton oompte ai^ourdlim 6 notifmB Iroquoi^ea.

(1 ) Cbarleroix <xnfoiid cette ïnûdotï Saint Joaepb, daxm le village de Teanau«t&ja^r avec une autre miraîou Si Joseph au yilUge de IhûDatiria^ où les MiasiotiDakeB aTaîeut &it leur preimère réddence, mata qu'il Mlut abaiidonner en 1S3S.

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BIOGRAPHIE

Le P. Bressany allait voir ce désastre se renouveler sous ses yeux l'année suivante, mais avec des circonstances bien plus . terribles encore.

Les Iroquois étaient, à Pégard des Hurons, les grands instrumens de la justice et de la miséricorde de Dieu, en même tems que de la rage de Penfer. Depuis longtems, ils avaient juré leur destruction, et, à compter de 1642 surtout, ce sentiment de vengeance et ce besoin de répandre le sang, avaient pris un caractère d'audace et d'acharnement qui présageait de grands malheurs.

Ils ne voulaient plus sq contenter de surprendre les chasseurs hurons au milieu des forêts, ou d'arrêter, dans leurs longs voyages, les Sauvages qui descendaient à la traite avec leurs pelleteries.

Une armée de 1,000 Iroquois avait hiverné au milieu même du pays des Hurons, sans que ceux-<ci s'en doutassent. Elle se tenait prête à reprendre, au commencement du printems, son œuvre de destruction.

Depuis assez longtems les Hurons, par une funeste sécurité comme le remarque Charlevoix, ou par la crainte d'irriter \m ennemi qui avait pris sur eux une supériorité bien marquée, laissaient désoler leurs frontières, sans adopter de mesures énergiques pour arrêter cet incendie, qui les environna bientôt de toute part. Ils se trouvèrent tellement affaiblis, par leurs pertes successives et multipliées, que la terreur se répandit dans toutes les bourgades, et quand l'ennemi se montra à découvert pour porter ses derniers coups, il ne rencontra qu'un peuple consterné, qui semblait avoir perdu toute son énergie. Ce quUl y eut de consolant pour la religion, c'est que ces jours d'infortune et de sanglante mémoire, forent des jours de triomphe pour la foi. A l'école du malheur l'homme devient souvent sage.

BU P. FBA]ïÇOn-JO«£PH BHBSSAlfT.

Ici^ comme pai-tout ailleurs, la Religion fit sas plus belles conquêtes au milieu de ses plus rudes combats.

Les Hurone sollicitèrent alors en très-grand uombre, le bieitfoit du baptême. Ils reconnaissaient, daas leurs ad* veisitéB} le ehâtimeat qu'avait mérité ku? coupable et longue j^i«tanee à la grâce, et en se soumettant avec une résignation toute chrétienne à la volonté de Dieu, ils laissaient voix dans leurs «ouffrancea une con^ânce et une force de caractère qui, plus que tous leurs exploits passés, est deveoize avec i;ai8on leur plus beau titie de gloire.

Le 6 mars 164S, la bourgade de St. Ignace fut envahie avant le jour par l'armée Iioquoisc, qui niit tout à feu et à sang. Trois hommes seulement s'^échappèrent, pour porter Palarme à la boiugade St. LK3uis à une lieue delà.

Le découragen^at que cette triste nouvelle inspira fut tel, que tous ses habitans prirent la fuite, à l'exception <ie quatre-vingts guerriers, résolus de se défendre jusqu'à la mort. Il est vrai que ce village était assez bien défendu par mœ forte palissade de 15 pieds de haut, et un fossé naturel. Le P. Jean de Brebeuf et le P, Gabriel Lalemant, Missionnaires de oe lieu, ne voulurent jamais consentir à pourvoir à leur propre sûreté. Ils restèrent près de leurs néophytes à Pheure du danger, pour leur piodiguer tous les secours de la religion* CettB clmrité héroïque lewt valut le martyre. Ils furent pris avec une partie des Hurons, et périrent avec eux au milieu des plus horribles douleurs.

Quinze grands villages qui se trouvaient trop exposés, se dispersèrent d'eux-mêmes, et tous leurs habitans coururent ça çt là pour chercher un asile, après avoir mis eux-mêmes le feu à leurs habitations, afin d*ôter tonte retraite à leurs ennemis. On les vit accou^ en grand nombre à la Mission Ste.

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BIOORAPHIS

Marie (0, où était l'habitation principale des Missionnaires et des Français, et Ih centre de leurs opérations.

On comptait alors, chez les Hurons, 18 (') Missionnaires, distribués dans 11 missions, 8 pour les Hurons et S pour les Algonquins. 40 Français, les uns soldats, les autres marchands, les autres engagés conune domestiques, vivaient aussi avec eux. Ils avaient mis en état de défense le fort Ste. Marie, et se tenaient prêts à tout événement. Mais bientôt le poste ne parut plus tenable. Les villages Hurons, qui formaient à Pentour une barrière puissante, n'étaient plus là pour le protéger, et la famine commençait à se faire sentir ; il fallut donc chercher une retraite qui oifirît plus de ressources.

Les Missionnaires jetèrent d'abord les yeux sur la grande île d'Ekaentoton (*), 60 lieues plus loin dans le lac Huron, et où l'on avait commencé une Mission depuis un an. La position de cette île éloignée semblait la mettre à l'abri du danger. L'abord en était facile, la chasse abondante, et elle était rapprochée du chemin qui conduisait aux Français.

Les Capitaines Hurons ne purent goûter ce projet qui les éloignait trop de leur patrie, comme s'ils avaient toujours. eu l'espérance d'en reprendre possession un jour, et de leposer à côté de la cendre de leurs pères. Us vinrent donc, au nombre de douze, demander aux Missionnaires de ne pas les quitter, Qt de venir avec eux habiter PUe 8t. Joseph (*), pour y former un

(1) Quelques historiens modernes ont fréquemment confondu cette Mission Ste. Marie avec la Mission du Saut Ste. Marie.

(2) Bancrofl s'est mépris en fesant monter à 42, le nombre des Missionnaires Jésuites qui travaillèrent dans la Bfission Huronne de 1684 à 1647. Leur nombre total, même pendant toute la durée de cette mission de 1616 à 1660, ne s'éleva pas à ce chifi&e. Voyez dans l'Appendice le Catalogtte deè Missionnaires des Hurons (1).

(8) Aujourd'hui Manitoualia

(4) Aujourd'hui OharHy ou Chfigtian Island,à, 7 lieues environ de Pâietanguishéne. Son nom sauvage était Ahoendoe, On 7 voit encore, sur la rive orientale, des restes considérables du fort en pierre, construit à cette époque par les Missionnaires. En fouillant pour la première fois au milieu de ces ruines, en 1848, on a

DU P. FBANÇOISpJOSEPH BRES8ANT.

grand village : ^^ Ne nous abandonnez pas dans notre malheuï, " lenr disaient-ils; si jamais vous avez pris les intérêts des " Hurons, voici le moment de leur montrer votre affection. Si " vous ne venez pas avec nous, nous périssons ! Prenez pitié " de tant de veuves, d'enfans et d'infirmes. Nous embrasserons " tous la prière, et vous trouverez en nous des disciples dociles.''

Ils parlèrent ainsi pendant 3 heures, dit le P. Ragueneau, et avec une éloquence aussi puissante pour nous fléchir, que Part des orateurs aurait pu en inspirer au milieu de la France. En terminant, ils jetèrent à terre 10 colliers, comme leur dernière et leur plus pressante parole, et ils ajoutèrent: " C'est la voix " de nos femmes et de nos enfans, qui vous ofijrent le peu qui " leur reste dans leur misère. Vous savez combien nous esti- " mono ces colliers, nous estimons bien plus encore la foi.

" Ils feront revivre en vos personnes le zèle et le nom d'E- " chon (le P. de Brebeuf) . Il a été le premier apôtre de " notre pays, et il est mort pour nous assister. Vous ne xefu- " serez pas, vous aussi, de mourir avec nous, puisque nous " voulons mourir chrétien»."

Les Missionnaires acquiescèrent, enfin, à de si justes demandes. Ils étaient prêts à suivre leurs néophytes, partout où pourrait les conduire l'instinct de leur conservation, et à se diviser même, s'il le fallait, pour ne pas les laisser privés des secours spirituels, seules consolations au milieu de tant d'infortunes.

Le P. Bressany suivit ses confrères dans l'île St. Joseph, et

trouvé des objets eurieuz et propres à ooofirmer les traditioDs historiques— des fragmens de colliers saayages, formés du yéritable Wampum, blauc et rouge,-— des anneaux et une médaille en cuivre,— des oesemens humains,— et un moule à faire des hosties, qui, malgré son état d'ozidation, laisse dbtinguer parfidtement les emblèmes qu'il devait reproduire.

n ne faut pas confondre cette Sle St Joseph avec une autre du même nom, qu'on voit aujourd'hui à l'autre extrémité du lac Huron, près du Saut Sta Marie.

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il fiit, avant son départ deSle. Maorie, témoin «omme eux, d'uae aGènedéchiiante.Voieicoinnifiatlarae€inte unde^Missicmoairea, «vec unetottohante «mj^cité: " Il noua fallut quitter cette ^* anoienae demeuie, ces éditées <iai,^iioique pauviea, paiaia- ^^ fiaient des chefs-d'œuvre de Part aux yeux de nos pauviee ^ Sauvages, et oes lenes cultivées, qui nous promettaient use ^^ riche moisson. Il nous fiodlut^liandomieT ce lieu, que. je puis ^' «[[^peler notre seccmde patide et nos délices innocentes, puis- '^ qu'il avait été le berceau du christianisme, et que* là était la "maison de Dieu, et l'asile des Serviteurs de Jésus^hrist. " Dans la crainte que nos ennemis, si impies, ne profEuaassent ^* ce lieu de sainteté, «t n'en tirassent avantage, nous y mtmes " le feu, W ce ne iut pas sans verser des larmes que nous " vîmes brûler, en moins d'une heuie, nos travaux de neuf " à dix . années." (1),

Les Missionnaires et les autres Fiançais s'ei]dt)aiquèient le 14 juin (') 1649, eatre cinq et six heures du soir, sur un radeau qu'ils avaient construit eux-mêmes, et quelques jom» après, ils abordèrent heureusement au rivage désiré» £n peu de tems, trente familles, tristes débris d'un vaste naufrage, fuient recueillies "sur cette terre hospitalière,, où la religion lesentoura de sesr consolations et de ses solUcitudes.

h^a Missionnaires choisirent aussitôt un lieu favorable, sur la côte méridionale de. Pfle, par où pouvait s'cq|>érer l'invasion ennemie, et ils y tracèrent un fort régulier iSanqué de quatre bastions. Son mur en pierre, liant de douœ pieds, ses nombreuses meurtières, son fossé profond, le rendaient facile à défendre. Quelques redoutes détachées, jetées sur les principaux points environnans, servirent à couvrir, et à mettre à l'abri d*an pre-

(1) MekOi&n, (1^6-^4^)

(S) Oharleyoiz ûib le 25 mai pour le départ de Ste. Marie. X^est ^ lobablefnent une laat»4yp«igmphiqiie. Xa JMtition de 1649^60, lie teîiie'Bsoini doMs eur eette date.

DV F. FBAltÇQia^OSSFH SRCSSXHT,

mi&T CQVtp de main, le village Huron, qui n'avait pu êtîe en&^' mé dans l*enceînte.

Toutes ces mesure» efficaces, pour le moment du moins, contre Pennemi du dehors, ne pouvaient rien contre un fléau plus terrible encore. La famine commençait à faire au milieu dVux, d'^horribles ravages- Pendant tout Fétéj la crainte des Iroqiuois leur avait interdit presqu^entièrement la chasse et la pêche ; ils n'avaient eu pour se Houirir, que des racines et des fruits^ et quelques provisions que la prévoyance des Missionnaires avait su ménager. L^vex, si rigoureux déjà dans ces contiée^j allait enlever les dernières ressources-

Au milieu de cette profcmde affliction, on vit se Peaouveler les scènes les plus attendrissantes, et des actes d'héroïsme et de résignatioit chrétienne, digues des plus beaux jour» de l'Eglise.

Une mère, épuisée elle-même par tons le» génies de piiva^ tîon, voyait mourir entre ses bras trois enfans en bas âge, qui s'attachaient inutilement à son sein desséché- En expirant, sous ce précieux fardeau, dernière consolation de son cœur de mère, elle disait : *^Mon Dieu, vous êtes le maJt^ de nos vies- ^* Soyez béni puisque nous mourons chrétiens. J'étais perdue, ^* et mes enfaas avec moi, si nous n^eussions pas été éprouvés " par le malheur* Us ont reçu le saint baptême, et je croie ** fermement que, ifhKifant tous ensemble, nous ressusciterons ** ensemble p'*^

La foi et la piété des Hurons grandissaient ma ce théâtre de donleur, en proportion des épreuves et des pertes qu'ils subissaient. Au moment dé voir périr leurs familles, leur patrie, leuf nationalhé, toutes Icufs pensées et toutes leurs espérances se taurnèreut vers la religion. La chapelle qui servait au service divin était trop petite pour contenir la foule des priants* Dis et douze fois le matin, et autant de fois dans la soirée, elle

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se remplissait et se vidait pour laisser à tons le bonheur d'assister anx saints mystères, on d'entendre la parole de Dieu.

Cependant les nouvelles les plus alBUgeantes venaient successivement accroître la consternation de cette foule désolée. Deux HuronS) échappés à une bande de trois cents Iroquois, qui les tenaient prisonniers, vinrent annoncer à leurs infortunés compatriotes les succès croissans et les projets de plus en plus sinistres de leurs ennemis. Les Iroquois n'étaient irrésolus que sur le choix de leurs victimes. Ils hésitaient entre deux partis également désastreux, celui de se jeter sur la nation du Petun pour la détruire, et celui de pénétrer dans l'île St. Joseph, et de renverser cette. dernière retraite des Hurons.

Peu de jours après, la nouvelle de la destruction du village de St. Jean et le massacre du P. Garnier, a[^rirent aux Hurons que les Iroquois s'étaient arrêtés au premier projet.

L'horison s'assombrissait chaque jour davantage. La mort semblait les assaillir en même tems de tous côtés. Toute leur espérance était dans les secours qui pouvaient venir de Québec, où la nouvelle de leurs premiers malheurs était déjà parvenue. Le nouveau Gouverneur, M. D'Ailleboust, se hâta de leur envoyer quelques soldats. Malheureusement ces ressources étaient très-bornées ; car la mère-patrie, déchirée par les factions, était trop occupée de ses dissensions intestines, pour pourvoir efficacement aux besoins d'une colonie lointaine.

Cependant la position de ces infortunés devenait si critique, que le Supérieur de la Mission crut nécessaire de dépêcher à Québec un de ses Missionnaires, pour la faire connaître parfaitement. Ce fut encore sur le P. Bressany, regardé, avec raison, comme aguerri à ces sortes d'épreuves, qu'on jeta les yeux. Celui-ci. ne recula pas devant un voyage, que l'état général du pays rendait néanmoins plus périlleux que jamais, il descendit au mois de septembre 1649, avec quelques Français

DU F, FBAirÇOIS-JOflfiPH BR£SâANY.

qui avaient été dans ces contrées pour le commerce ^ et il arriva heuKusemeni à Québec.

Le P. Bressany mil en vain, sous les yeux du Gouverneur et de ses ccHupatiioteâ, le triste état où était réduite «ette Mission. La colonie était dans ^impuissance de la secourir. Il le comprit^ et, six jours après, pour ne pas prolonger inutilement son absence, au moment où il savait ses frères et leurs néophytes dans les plus grandes perplexités, il reprit généreusement, le ebemin de sa Mission. Un soldat courageux ambitionne de se trouver sur le champ de bataille, au milieu de ses frères d'armes, à l'heure la plus critique du danger. Si le P. Bressany ne pouvait pas leur apporter 4es secomrs, il voulait du moins partager leur sort, et mourir, s'il le fallait, avec eux. Il y a dans cette déterrainatîon héroïque, un acte sublime de ciharité, et un dévouement digne d'une ^ande âme.

La divine Providence se contenta de cette admirable disposition de son cœur^ et ne lui permit pas de réaliser son projet. En effet, le S octobre étant parti des Trois-Rivières avec quelques Hurons dans quatre canots, ceux-ci le forcèrent de rebrousser chemin à la Rivière des Prairies ( ^ ) . Ils ne se trouvaient sans doute pas en nombre suffisant, pour se hasarder à cette époque dans une route si périlleuse*

Le P. Bressany ne trouva plus, cette année-là, d'occasions pour remonter chez les Hurons j les mauvais tems de l'automne lui fermèrent d'ailleurs les chemins : mais cet ouvrier infatiguaUe ne resta pas dans l'oisiveté au milieu de la colonie.

(1) On Ut dans tme des nncifiEuiea EdaUoru du Canada (1GS9-4Q), que le nom ào cette rivière vient d'un Franç&i» noinmé i>t* PrairwJ, duirgé de conduire nue bacqiiie «i Saut-St-Loniifl, où l'en fit peadaiit quelque temâ U tmte nvec le» 3»a* VBges, il se trompa à la pointe de Tlle de Montréa^l Bt«nt entr^ dans la rivière qui est au nord, il la pareourut inutilement et fut obligé de rebroutâer ehemla, aprâa lui a^oir lastsé son nom. .

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Un manmciil oontenipdrais uoob appKwl qcril pi^fecM» FAwuU à Qaébec cette année-là, et que le Caiême snimoit, â fli^ei»eof« chargé dé ki piédicatkm te» ifinmâclies, les mereiedis et les vendiedia dé chaque semaine dans Vé^&m paroissiale.

Les ROûYellés sinistres ^«anivaient encoie de tems cna tems dfe lalfissicm Btuonne, causaient à Qtiéhcc dé -vhres inquiétudes, et afligeaient tous les ccsurs. Le P. BieBsemf eut sans doute alors l'initiative, dcms le ptûjiet si ^néi^ux que {(Hmèrent les^ BCssionnaifés, d'appeler au centie de la cdonie les plus feivens de ces néophytes inalheuieux, afin de les sonètTuiïe k la destmction générale.

Nous Voyons en effet par k^ journal du Hév. P. m^ Lal^ mant, Supéilei» en €anada,qu'â prit part à la consnltu importante, tenue par les Jésuites de Qttébec à ce sujet, dans le mêS» d^avtfl 1650. ïk: jniient en ques^ôn s^d déviaient logei kRa Hurons, et leur donner place sur le«B^ fénfes dé Beaupoit. Tons les Pèie» approuVèieut ce projet, et ccmsentifSBl généreusement à une dépense animellé de SOO éous poHir se6 exécution, jusqn^à ee cpé ces Sauvais pussent se soutenir par eulmémes.

Cette décision combla de joie le P. Biressany^ et il Toulnt en porter hii-méme la nouvelle à ses néophytes. H remonta dans le mois de juin avec les Huions qui avaient hiverné à Québec, et une trentaine de Fiançais destinés à protéger cette expédition. Ils farmakat une petite flotte de ving^troia canotsi, qui quitta Montrêd le 15 juin.

Arrivée^ sans niauvsôse i«neontre à 80 Keuea envircMi audessus de Montréal, ils mirent pied à terre sur le bord de la rivière des Ottawas qu'ils remontaient, et se préparèrent à y passer ht nuit. Leur premièt^ occupation fui, jelon leur eoiitume, d'allumer les feux pour cuire le maïs, et pour chasser, ^ par la fumée, les maringouins qui viendraient troubler leur il^pos.

Dtr p. FRAMÇOIS-JOeiFH BRESSAITT.

Près de là étaient embusqués dix troquoiâ, qui, a^ec une constance digne d\uie meilleure cauae, avaient eu le courage de passer PhiVei an milieu de cea solitudes glacées, dans Pespéjrance de sorpiendie les pzcmieiB voyageurs^ qui essaieraient au piintems de remonter l'Ottawa* Ib découvrirent les feux des Hiirons ; c'était toujours, dans ces contrées, le piemier indice certain de la présence de quelques êtres humains, amis ou ennemis^ II» »*approchent avec toutes les précautions posMbles, et bientôt ils ont reconnu l'ennemi, et acquis la certitude de la BupêrÎDiité de ses forces. Leur pUn est ffuâsitôt formé; la rose et Paudaoe vont auj^léer à leur Bombre*

Dans le sibeuce de la nuit, ils s'avancent vers le campement HuioB. Quand ils ont acquis la certitude que les voyageurs fatigués 3ont tous plongés dans un profond sommeil, ils pénè^ trent jusqu^à eux, à la lueur des feux à demi éteints, et Us choisissent leurs victimes* Au signal donné, ils frappent tous en même tems, et sept Huions périssent sous Leurs coups*

Le P- Bressany s'éveilla au premier brait, et comprit de suite la grandeur du danger. Son cri aux oTTnes f mit en un instant tout le camp sur pied* Le Missionnaire fut sans doute reconnu alors, car les ennemis décochèrent sur hii trois flèches, qui l'atteignirent à la tête. Ses blessures le couvrirent de sang ; mais heureusement elles n'étaient pas mortelles^ et ne l'empêchèrent pas de secourir ses compagnons^ ou de les diriger. La lutte ne resta pas longtems indécise. Les Iroquois cernés de toute part, n^avaient auctm moyen de retraite. Ils m défendirent en lurieux* Sii d'entre eux périrent dans le combat Deux furent iaits prisonniers, et les deux autres s'échappèrent, aa milieu de la confusion- Parmi les Huions qui reçurent la mort les premiers, se trouvait le brave et fervent JeaB-Baptiate Atimnta, Longtems avant son baptême, il avait protégé les

Gcfegle

BIOGHAPHIX

Missioimaiies dans sa patrie, et il leur avait donné asile dans 8^ cabane. 11 était neveu du fameux Atironta, qui rendit tant de services aux premiers Missionnaires chez les Hurons.

Cette victoire donna un nouveau courage aux voyageurs, et ils poursuivirent leur route, mais en marchant avec plus de précautions^ pour éviter toute surprise.

Au milieu de leur voyage, ils eurent encore un moment de bien vives alarmes. L^avant-garde aperçut au loin une bande de guerriers, qu'elle prit pour des Iroquois.. Elle se replia pré^ cipitamment sur le gros de la colonne, et chacun se disposa au combat. Tous s'avançaient en bon ordre, prêts à tenir tête à l'ennemi. Du côté opposé, on avait eu la même alerte, et on marchait avec la même inquiétude. Mais' bientôt les deux troupes se reconnurent. C'était le P. Ragueneau et ses néophytes que le P» Bressany rencontrait en chemin. Cette troupe de chrétiens Hurons, composée de près de trois cents personnes de tout âge et de tout sexe, venait se jeter entre les bras des Français, pour demander asile et protection. Tous ensemble ils se mirent à bénir Dieu de l'heureuse rencontre. ' Cependant le P. Ragueneau, jugeant le voyage du P. Bressany inutile, puisque liei Mission Huronne était détruite, le ramena avec ses compagnons dans la colonie.

Ils arrivèrent à Québec, le 28 Juillet 1660. Tous les Missionnaires du pays des Hurons, revenus successivement, se trouvèrent bientôt réunis dans cette ville ; mais le triste état des ressources de la colonie, mit le Supérieur de ces Missions dans la nécessité d'en renvoyer plusieurs en Europe. Le P. Bressany fut de ce nombre. Sa santé d'ailleurs avait tant souffert de ses dernières fatigues, qu'on le crut incapable dorénavant de mener la vie pénible des Missions du Canada. L'air natal pouvait seul rétablir un peu ses forces épuisées.

Ce ne fut pas un petit sacrifice pour ce cœur apostolique.

DU F. FSAZrÇOIfr-JOBfiFfl BRESSAmT.

d^abandonner cette patrie adoptive, arrc^e de ses sueurs et de 8on sang^ et de dire adieu, sans doute pour toujours, à ses chers néophytes. Mais une vie d'obéissance ne choisit pas son offrande, et le saint Missionnaife obéit gênéïeueemeat à la volonté de son Dieu,

Le P, Bressany s'embarqua le 1er novembre, et retourna eu Italie. Sa santé se remit peu-à-peu, et le Seigneur lui donna encore assez de forces, poux travailler comme Missionnaire pendant de longues années. Il prêcha avec un très-grand fruit dans les principales villes d'Italie, et ses succès étaient bien moins dûs à son éloquence, dit un auteur contemporain, qu'à sa qualité de confesseur de la foi au milieu des barbares, et aux glorieuses cicatrices dont il était couvert, II pouvait dire en toute vérité, comme l' Apôtie : J'ai, empreins sur mon corps, les stigmates de Jèsus-ChrisL (Gai» 6-17.)

Pendant ses dernières années, il se retira à Florence dans la maison du Noviciat, où il mourut, plein de jours et de mérites j le 9 septembre 1672.

Pour faire connaître en Italie les Missions du Canada, le P. Bressany s'était empressé aussitôt après son retour, de publier Phistoire abrégée des Missions des Huions, que nous reproduisons aujourd'hui en français.

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ËPITRE DÉDICATOIRE

EmifierUiasime et Rêvérendissime Sêignetir «£ très-vénêr<jbU Protecteur. i

L'intérêt que Vtftre Eminence a manifenté en éecntant le ïëcit des beuietix sniccès de ces Missions , la douleuT qu'elle a ressentie à la nouvelle de lenrs désastnesj et le désijr aident qu'elle a exprimé de les voir Télablies au plutôt, indépendamment de ce que vous doit la Compagnie et moi en particulier, ainsi que beaucoup d*autres membres de cette Mission, que vous avez nourris du lait de la sainte Théologie, m'ont porté à lui dédier la présente Relation, qui est en partie due à votre suggestion. L'écrivain et la simplicité de son style ne méritent pas de fixer les yeux de votre Eminence, mais le sujet par lui-même est intéressant et pourra, je l'espèrcj porter son fruit. Les grands doivent, conmae fait votre Eminence à la grande édification de l'Eglise, imiter les perfections de Dieu, qui ne dédaigne pa^ de fixer ses regards sur tes choses les plus humbles, surtout quand elles l'honorent

Avec une espérance si bten fondée, je vous présente mon travail, en baisant très-humbiement vos vêtemens sacrés. De votre Eminence Rêvérendissime le très-dévoué et tièa^recomiaissant serviteur en J, C-,

FRANÇOtS-JoSSPH Bfi£SâAlVT«

A Macérata, le 19 juillet 1«Ô3,

Notre Tiès-Saint Père le Pape Urbain Vin,le 13 mars 1626, a porté dans la sainte Congrégation de l'Inquisition, un décret qu'il a confirmé le 5 juin 1634^ par lequel il défend d'imprimer aucun livre qui traite des actions, des rmacles, des révélations

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RELATION ABBÉaiÊE.

de personnes célèbres par leur sainteté ou par la réputation de leur martyre, ou qui parle de quelques faveurs comme obtenues de Dieu pair leur intercession. Le même Souverain Pontife, expliquant ce décret, le 5 juin 16S1, étendit cette défense à tout éloge d'un Saint ou d'un Bienheureux dans un sens absolu, et qui aurait pour objet sa personne, mais il permet de parler de ses vertus, et de Pidée qu'on en avait, pourvu qu'on proteste en commençant, que l'Eglise Romaine ne confirme aucun de ces récits par son autorité, et qu'ils ne reposent que sur le témoignage de l'auteur. Voulant avoir pour ce décret, sa confirmation et son explication, tout le respect et toute l'obéissance qui convient, je déclare que tout ce que je raconte dans ce livre est regardé par moi, et doit être regardé par tous, conrnie appuyé sur le seul témoignage des hommes, et non SUT l'autorité divine de l'Eglise Catholique Romaine ou du Saint Siège Apostolique. Il n'y a d'exception qu'en faveur de ceux que le Saint Siège a placés au rang des Saints, des Bienheureux ou des Martyrs.

GOSWIN NICKEL, fiENERAL DE LA C03IPAGNIE DE JESPS.

Quelques Théologiens de notre Compagnie ayant examiné la ReUUion de quelques-unes des Missions des Pères de notre Compagnie^ dans P Amérique Septentrionale et dans les pays nommés la Nouvelle-France^ écrite par le P. François-Joseph Bressany, Prêtre de notre Compagnie, revenu dernièrement de ces contrées, et en ayant approuvé la publication, nous permettons qu'elle soit imprimée, si ceux que cela regarde y consentent.

En foi de quoi nous donnons ces lettres signées de notre main, et munies de notre sceau.

Goswm Nickel.

Rome, le 26 mars 1653.

DB QUELftDBB lOSSIOHS 0X8 rkxU SS LA OOKFAOHIB DX XÉSUS,

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