‹ Relation chirurgicale du siège de la citadelle d'AnversChapitre 4 sur 5 · I IO · texte numérisé non relu

I IO

commit une grave imprudence: il se gorgea d’aliments, se donna une violente indigestion, et périt en vingt-quatre heures d’une péritonite suraiguë.

Le jeune soldat hollandais, nommé JFJeiman , était blessé à peu près comme le soldat français, mais moins gravement peut-être. Deux côtes seulement avaient été brisées par l’éclat d’obus , la poitrine était ouverte et le poumon faisait issue à travers la plaie. La résection des fragments de ces deux côtes fut faite comme au Français, il n'y eut point non plus d hémorrhagie , la plaie pansée de la même manière, et le malade soumis à un traitement antiphlogistique , très énergique, un régime très sévère et qui fut fidèlement observé. Lorsque je quittai Anvers , ce blessé était dans l’état le plus satisfaisant.

On fît encore quelques autres résections peu importantes, et dont nous ne parlerons pas ici. Je mentionnerai toutefois le cas de Menigot , âgé de vingt-deux ans , soldat au 18e régiment d’infanterie de ligne, et qui reçut, le q décembre 1802, un boulet mort sur le pied. Ce projectile lui désorganisa toute la partie antérieure de ce membre : on lui fit 1 amputation partielle du pied à la méthode de Chopart . Comme une petite portion de la partie antérieure du calcanéum participait au désordre du reste du membre , qu’elle était fracassée et réduite en un assez grand nombre de petits fragments, M. Forget en fit la résection et réunit immédiatement la plaie ; la cicatrisation en était presque achevée le i'r janvier; aucun accident n’était survenu.

Le traitement généraL dont on fit usage dans les blessures par armes à feu, consista principalement à Anvers, en larges saignées abondantes et répétées, notamment quand les parois des cavités splanchniques étaient intéressées, et à bien plus forte raison quand elles étaient traversées et que les viscères qu’elles contiennent étaient blessés.

Les chirurgiens français, dit John Bell ( i ), ont coutume de répandre le sang avec une profusion qu’on excuserait difficilement et dont on n’a pas meme ridée en Angleterre. Dans les blessures de la tête , de l’abdomen , de la poitrine, ils pratiquent deux, trois et quelquefois quatre saignées toutes les vingt-quatre heures, pendant les quinze ou vingt premiers jours; par cette méthode, ils guérissent beaucoup de blessés qu’ils auraient perdus en suivant une conduite différente; et ils obtiennent, dans ces blessures, des succès éclatants. Il est néanmoins, ajoute John Bell, des bornes qu'il serait dangereux d’outre-passer. Les chirurgiens anglais sont plus timides, et cette timidité même dégénère en un abus. Ils saignent trop peu.

En effet, ces moyens, qui sont si efficaces quand ils sont sagement employés, doivent être bien ménagés. Si on en abuse , on jette les malades dans un état de faiblesse extrême , et qui peut nuire beaucôup à la marche des plaies vers la cicatrisation. Il faut pratiquer de larges , d’abondantes , de nombreuses saignées, appliquer beaucoup de sangsues dans la période inflammatoire; mais aussitôt qu’elle est passée, il faut s*en abstenir, parce que, dans ce cas, on ferait plus de mal que de bien.

On fit usage de boissons délayantes, rafraîchissantes, des lavements, de la diète, pour seconder l’effet des saignées; des antispasmodiques pour calmer les accidents nerveux. On fit sur-tout bien attention à l'état des premières voies; et , suivant les cas, on eut recours à des saignées locales , pratiquées , soit sur l’abdomen , soit à l’anus . à des laxatifs et à des purgatifs, pour débarrasser l’estomac et les intestins des matières qu'ils contenaient , ou vaincre une constipa-

( i ) Traité des Plaies.

tion opiniâtre. Cette dernière pratique fut suivie de succès. La diète fut difficilement observée par nos blessés : ils cherchaient toujours à se procurer des aliments et s’en gorgeaient souvent de manière à se donner de graves indigestions. Plusieurs meme succombèrent à leurs excès.

Les émotions vives eurent aussi une influence très fâcheuse sur la terminaison de quelques blessures. Telles furent sur -tout les entrevues des blessés avec leurs parents ou leurs amis. J’ai observé sur-tout ces effets des émotions, • lors de la visite du roi des Belges «à l’hôpital militaire & Anvers, Ce souverain j distribua des croix de l’ordre nouveau qu’il venait de fonder, à un assez grand nombre de nos blessés, et principalement à nos blessés les plus graves. La joie d’avoir cette récompense donna lieu chez les uns à des accidents graves , comme spasmes, délires , hémorrhagies consécutives , inflammations; chez les autres, le chagrin de ne point l’avoir donna lieu aussi aux mêmes accidents. Le lendemain de cette distribution de croix, il y avait plusieurs morts.

En i83o, à l’Hôtel Dieu, nous avions remarqué combien il arrivait d’accidents chez nos blessés à l’occasion des émotions vives qu’excitaient en eux les visites d’apparat faites par les autorités, les visites particulières faites par les parents ou des amis L’état d’exaltation où se trouvaient souvent les blessés à la suite de ces visites , donnait lieu, chez un grand nombre d’entre eux, à des inflammations, à du délire, à des hémorrhagies, et même à la mort de quelques-uns.

Des complications des plaies.

Les complications des plaies par armes à feu , que nous eûmes occasion d’observer à Anvers, furent principalement la commotion , la stupeur, l’hémorrhagie, l’étrangle-

ment, le tétanos, la gangrène et les corps étrangers. Je ne vis aucun cas de pourriture d’hôpital.

La commotion et la stupeur constituent une lésion qui accompagne très souvent lés blessures par armes à feu , et qui exercent une très grande influence sur leur terminaison. A en croire les auteurs qui ont écrit sur les blessures par armes à feu , on serait tenté de penser que toutes les blessures graves ou légères, sont constamment accompagnées de commotion ou de stupeur. Mais il s’en faut de beaucoup. J’ai vu un assez grand nombre de blessures fort graves , et meme des enlèvements complets de membres volumineux , qui n’en présentaient pas la plus légère trace. M. Sanson aîné m'a dit avoir souvent vu , à l’armée, des militaires avoir la jambe emportée par un boulet doué de toute sa vitesse, ne pas le sentir , trébucher , tomber, croire qu’ils avaient mis le pied dans un trou , et ne s’apercevoir de leur mutilation, que lorsqu’ils regardaient la partie de leur corps qui avait été frappée par le projectile.

Nous trouvons, dans Samuel Cooper [ 1), le cas d’un jeune marin, qui eut tout le bras emporté par un boulet parti d’un des forts de la Guadeloupe , en mars 1808. Son corps n’avait éprouvé aucune commotion , et ses sens n’avaient été nullement troublés. L’omoplate avait été luimême tellement fracassé, que M. Cummings , chirurgien anglais à Jlntigoa, se vit forcé de l’enlever entièrement. Au bout de deux mois , le malade était complètement guéri. Chez d’autres individus , des blessures légères , comme celles qui sont produites, par exemple, par une balle qui ne fera que traverser les chairs , seront accompagnées , soit de commotion , soit de stupeur générale ou locale. Il est difficile d’expliquer comment arrivent ces phénomènes. Mais ce qui est certain, c'est qu’ils existent.

(i) Dictionnaire de chirurgie pratique , t. II, p. 3 1 8 .

Nous avons déjà parlé des hémorrhagies , soit primitives, soit consécutives , que nous avions eu l’occasion d observer. Nous ne reviendrons pas sur ce sujet.

Quant à l’étranglement, nous en avons vu un assez grand nombre. Les saignées générales et locales, les cataplasmes émollients , les fomentations émollientes ont souvent arrêté son développement, ou modéré son intensité. Mais de tous les moyens propres à le faire cesser, celui qui est le plus efficace, le débridement, a été mis en usage avec le plus grand succès. Dans les étranglements les plus forts, comme dans les plus faibles, deux ordres de parties souffrent, nous disait M. Dupuytren dans une leçon clinique sur ce sujet: i° les parties enflammées par compression; 2° les parties placées dans le voisinage par distension : les parties comprimées , parce qu’elles ne peuvent acquérir un développement proportionné à l’inflammation ; les parties distendues, parce qu’elles ne peuvent pas se prêter au développement des parties enflammées. De toutes les circonstances d'organisation propres à donner naissance à l’étranglement , il n’en est pas de plus favorable que la superposition alternative de tissus fibreux, résistants, inextensibles , et de tissus celluleux et vasculaires susceptibles de prendre un grand accroissement par suite de l’inflammation. C’est ce que l’on observe sur-tout dans la composition des membres, depuis l’épaule jusques aux doigts, depuis la hanche jusques aux orteils. Or, comme les effets de la compression exercée par les tissus fibreux sont d’autant plus marqués , qu’un plus grand nombre de plans aponévrotiques, celluleux et autres, se trouvent employés dans la composition des parties , les étranglements sont plus lâcheux à la main, à l’avant-bras , au pied, à la jambe, à la cuisse , que partout ailleurs.

Le débridement fait cesser cette tension des tissus , qui s’oppose au libre développement des parties enflammées.

L’écouiement du sang qui résulte des incisions conlribue beaucoup, pour sa part, à diminuer l’engorgement des parties j aussi , loin de l’arrêter , il faut le favoriser , jusqu’à concurrence néanmoins de la quantité qu’un individu atteint d’une maladie inflammatoire, peut perdre sans danger.

Personne ne conteste l’utilité, et même l’indispensable nécessité du débridement , alors que l’étranglement existe et qu’il est intense ; mais quelques personnes ont pensé qu’il ne devait pas être employé comme moyen préventif, et qu’en l’employant indistinctement dans tous les cas, on causait aux malades des douleurs qu’on aurait pu leur éviter. 11 est certain que le débridement ne doit pas être employé sans discernement; mais il y a des cas dans lesquels il est impérieusement indiqué , autant par la nature des armes qui ont fait la blessure , que par celle des parties qui ont été blessées. C’est ainsi que le débridement est indiqué dans les blessures à ouvertures étroites , à canal prolongé , qui intéressent les partfes aponévrotiques et celluleuses superposées , que ces blessures aient été faites par des pro«jectiles lancés par la poudre à canon, ou par des armes piquantes , ou piquantes et tranchantes tout à la fois. L’expérience prouve en effet qu’elles donnent le plus ordinairement lieu à des symptômes d’étranglement, et qu’il n’y a presque rien à gagner, et qu'il y a tout à perdre à différer le débridement comme moyen préventif. Presque toujours, dans ces cas, il devient, en outre, un moyen curatif de la maladie. Quand on néglige de l’employer, on s expose à augmenter les chances défavorables pour le blessé : aussi a - t - on vu , à la maison de convalescence de Saint-Cloud , en i85o , se prolonger presque indéfiniment plusieurs des blessures par armes à feu qui avaient été traitées seulemeul par les sangsues et les émollients, en négligeant le débridement.

Pour être efficaces 9 ces débridements doivent être opérés dans toute la longueur des plaies qui les nécessitent , et dans toute l’étendue de la surface que l’étranglement occupe. Si le débridement n’atteignait pas toute la profondeur et toute la longueur du mal , il n’en résulterait qu’un soulagement incomplet et momentané. Mais autant il est bon de se conformer à ce principe , autant il faut éviter l’exagération de ceux qui , pour la moindre blessure et le moindre accident d’étranglement , pourfendent un membre dans toute sa longueur ,• et qui , par cette pratique , font éprouver aux malades des douleurs inutiles, des hémorrhagies dangereuses , des suppurations interminables , et ne procurent de guérison qu’aux dépens de cicatrices d’une grandeur démesurée , de hernies musculaires et autres , d’affaiblissement plus ou moins grand des parties, etc. , etc.

Si le débridement n’a été pratiqué que pour faire cesser l'étranglement, il faut laisser couler le sang jusqu’à concurrence de la quantité de celui qu’un malade peut perdre impunément. S’il a été pratiqué pour extraire des corps étrangers , il faut procéder immédiatement à cette rechercHe.

La réunion par première intention des parties débridées , est un contre-sens que M. Dupuytren nous disait avoir vu commettre. Il y a en effet contradiction entre le débridement qu’on opère pour faire cesser la compression des parties ,et la réunion immédiate qui les remet, à peu de chose près , dans l’état où elles étaient auparavant. C’est ce qu’il a vu dans un cas de phlegmon sous-aponévrotique , développé à la partie antérieure et inférieure de l’avant-bras : la réunion immédiate des incisions faites pour débrider, reproduisit tous les accidents de l’étranglement. Dans un autre cas de phlegmon à la jambe , la réunion des incisions s’étant aussi faite par première intention , il a vu se développer une collection purulente dans Fépaisseur du membre.

DU SIEGE DE LA CITADELLE d’aUVERS.

Il faut donc abandonner à elles - mêmes les parties ainsi débridées , ou se contenter de mettre une bandelette de linge, enduite de cérat, entre les lèvres de la plaie, et ne faire que des pansements simples qui permettent au pus de s'écouler, s’il doit s’en former, et tenter plus tard la réunion, s’il y a lieu.

Le tétanos ^ dont on n’avait point vu d'exemples depuis le commencement du siège jusques au 24 décembre, commença à se montrer. Ce jour là j’observai le premier, qui fut très violent, et qui se déclara subitement. Nos lecteurs feront attention que la température avait été uniformément douce et humide jusques à ce jour,, et qu’un froid assez rigoureux commença à cette époque, lie thermomètre tomba de suite, de cinq ou six degrés au-dessus de glace, à un ou deux au-dessous. C'est probablement à ce changement, subit et extrême de température (1) que furent dus les tétanos que nous vîmes.

(1) Les causes vraiment déterminantes du te'lanos , sont presque toutes dans une température froide qui succède à une température élevée. Cette impression est d’autant plus marquée que le passage du chaud au froid est plus brusque , et que la différence entre les températures est plus grande. Cette cause acquiert une influence d’autant plus grande, que les plaies four* nisseut une suppuration plus abondante, et le corps une plus forte transpiration. Son influence est frappante dans les pays chauds, aux Antilles , par exemple , où la différence de température , entre Je jour et la nuit est si marquée , qu’elle devient la cause de la maladie connue sous le nom de mal des mâchoires , maladie qui exerce de si grands ravages dans ces pays , et qui enlève chaque année un si grand nombre de négrillons. Cette influence se remarque encore sur les champs de bataille, dans les bivouacs, lorsqu’après avoir subi la chaleur du jour , les blessés restent exposés à la fraîcheur des nuits, ou à l'effet des vents de Nord, du Nord-Est, surtout quand iis sont humides et froids en même temps; on l’observe jusque dans les salles d’hôpitaux, tant civils que militaires , et dans les chambres des malades, lorsque, par suite d’un mauvais système d’aération , des courants d’air froid sont dirigés sar le lit de* blessés. M. Dupuytren , dans ses

RELATION CHÎRITKGICAtt!

Ces iëtanos furent même très rapidement funestes pour la plupart.

Le 24 décembre i852, je vis * dans une des salies de 1 hôpital militaire Anvers , un soldat dont je n’ai pas pris le nom ni le numéro de régiment , et qui avait été' blessé quelques jours auparavant. Une bombe lui avait fracturé eomminutivement la jambe, et produit une plaie eontuse assez étendue. Le malade n’avait point été amputé ; peutêtre avait-on espéré lui conserver son membre. Quoi qu'il en soit, lorsque je le vis le 24 au malin , la gangrène traumatique s’était emparée de toute la jambe; elle s’étendait jusques au-dessous du genou, et n’était pas bornée. L’ampu-

leçons cliniques sur les blessures par armes à feu , en i83o et i83a, a surtout insisté sur l’influence fatale de cette dernière cause. Fercy parle d’un chirurgien qui fit enlever les fenêtres des salles des blessés , afin , disait-il , de mieux les aérer. Cette imprudence y causa plus de ravages que n’avait encore fait l’air vicié ( Deslandes , Manuel d' Hygiène , page 208 ). On voit rarement le tétanos se déclarer pendant des températures constantes froides, chaudes ou tempérées; il faut que le passage des unes aux autres soit brusque, pour qu’il survienne. Les observations de M. Larrey viennent confirmer celte opinion. Cet illustre chirurgien, placé pendant trente ans de la manière la plus avantageuse pour voir celte terrible maladie, a observé de fréquents tétanos en Égypte , et cela à l’occasion des blessures les plus légères. Dans ce climat, l’humidité et le changement subit de température paraissent en avoir été les moteurs principaux. Il a remarqué qu’il ne se développe ordinairement que dans les saisons où la température passe brusquement d’un extrême à l’autre. C’est ainsi que le tétanos , dit TVI. Larrey , est plus commun au printemps qu’en hiver ou en été. Dans la campagne d’ Autriche , en 1809, les blessés qui se sont trouvés les plus exposés à l’impression des nuits glaciales du printemps , après avoir passé par divers degrés de chaleur très forts pendant le jour, ont été presque tous atteints du tétanos , qui n’a régné que pendant celte saison , dans laquelle le thermomètre a varié constamment, du jour à la nuit, de la moitié de son ascension et de son abaissement. Cela s’était aussi observé en Egypte. (Voyez. Clinique chirurgicale des camps et des hôpitaux militaires, t. Ie'. )

DU SIEGE DE LA CITADELLE D’ANVERS. î HJ

talion était la seule ressource à employer : elle fut proposée au blessé : il la rejeta vivement. Cette proposition parut l’émouvoir et l’exalter beaucoup dans le cours de la journée. Cependant il se rendit aux exhortations d’un de ses camarades, blessé comme lui, et l’amputation lui fut faite au tiers inférieur de la cuisse. Aucun accident n’eut lieu pendant le reste du jour , mais , dans la nuit même, une raideur presque subite et très forte se manifesta dans les mâchoires et les muscles de la partie postérieure du cou. Le 26 au matin , la raideur de ces parties était extrême ; la tête était renversée fortement en arrière , les mâchoires ne pouvaient s’ouvrir , une salive écumeuse sortait de ses lèvres. Les accidents marchèrent avec une extrême rapidité ; en peu d’heures les muscles du tronc furent pris , et le blessé succomba dans la soirée. Il n’avait point éprouvé le moindre soulagement d’une potion très chargée d’opium, qui lui avait été administrée. Jusqu’au dernier moment, les membres étaient restés souples, ainsi que le moignon, dont le blessé ne se plaignait pas. Ce tétanos a duré à peine 24 heures.

Nous avons rapporté l’observation du colonel hollandais Degunvj'èns , qui eut une hémorrhagie consécutive par l’artère radiale, et qui, peu d’instants après la ligature de cette artère , fut pris par un violent tétanos qui l’emporta en quelques heures. Il est rare que le tétanos soit aussi rapidement mortel. On trouve cependant dans les auteurs quelques exemples plus rapides encore que ceux que nous observâmes à Anvers (1).

Chez un autre soldat , nommé Grisier (Joseph), fusilier

(1) Quelquefois le tétanos se déclare insiantane'ment et immédiatement après la blessure, et atteint rapidement son plus haut degré d’intensité j témoin ce cas , le plus remarquable de ce genre , et qui a été rapporté par le docteur Robinson , d’Edimbourg : « Un Nègre s’écorche le pouce avec un morceau de porcelaine ; un quart d’heure après, il meurt du tétanos. *

au 58* régiment d’infanterie de ligne, le tétanos fut aussi très rapide. Ce militaire avait été atteint à la face par un éclat de bombe, qui lui avait fait une énorme plaie à lambeaux. Il avait échappé aux accidents inflammatoires et à ceux de la suppuration, et tout laissait espérer la guérison , lorsqu’il fut pris , le 21 décembre au soir, de douleurs avec rigidité aux mâchoires et à la partie postérieure du cou ; la maladie fit de grands progrès , malgré les saignées générales et locales abondantes qui lui furent pratiquées ; il succomba dans la nuit du ifi au 2 janvier i853 , trente-six heures environ après l’invasion de la maladie.

Je vis encore un quatrième et dernier exemple de tétanos , mais beaucoup moins rapide. Ce tétanos débuta chez le nommé Bretciut , âgé de vingt -cinq ans, et fusilier au 65e régiment , amputé de la cuisse. Comme chez le premier soldat dont nous avons rapporté l’histoire , le 24 décembre i852 , et probablement sous l’influence des mêmes causes, ce tétanos fut entravé dans sa marche , je n’en doute point , par le traitement qui fut suivi , et qui consista principalement dans l’emploi de l’acétate de morphine à l’intérieur, en pilules, en potion, en lavement; et à l’extérieur, par la méthode endermique. Lorsque je quittai Anvers , le 2 janvier, ce tétanos, qui avait graduellement , mais lentement envahi tout le tronc, n’était point encore parvenu au dernier degré. J’ignore si ce malade a succombé.

(Yoyez Rées, Cyclopedia , art. Tétanos , et Med . chir. trans . , t. VII, p. 47^. ) Dans {Vautres circonstances le tétanos est chronique. Samuel Cooper ( Dict. de chirurgie pratique , t. II, p. 480 ) cite le cas d’un militaire blessé à la cuisse en 1 S 1 4 au siège de Berg- op-Zoom. L’amputation lui fut faite. Le malade resta à l’hôpitai d’Ondenbosch, affecté du tétanos, pendant cinq semaines, et finit par mourir. J’ai rendu compte, dans la Revue médicale ( septembre 1826 ), d’un tétanos traumatique qui a duré six semaines, et qui s’est terminé par la mort.

DU SIEGE DE LA CITADELLE d’auVERS. 121

Ce dernier blessé est celui qui nous présente le plus d’intérêt. En effet , l’acétate de morphine paraît avoir eu une influence très favorable sur la marelle de la maladie ; neuf jours après son invasion , elle n’avait point fait encore succomber le blessé , et nous aV*ons vu que les trois premiers sont morts en six , douze et trente-six heures. Lui seul avait résisté neuf jours, lorsque je cessai de le voir; peutêtre cette maladie a-t-elle duré douze , quinze jours ; peutêtre même est-elle guérie ?

L’emploi de l’acélate de morphine, soit par la méthode endermique, soit en lavements , soit en potions, pilules , etc., semble promettre quelques succès dans le tétanos; il serait utile de faire des expériences suivies et comparatives sur Femploi de ce médicament. Le tétanos de Bretciut a été évidemment entravé par lui.

M. Seutin m’a rapporté l’observation d’un jeune enfant , auquel le doigt avait été arraché, et qui fut pris d’un violent tétanos. ïl le traita par des vésicatoires appliqués tout le long du rachis, et saupoudrés d’acétate de morphine; par des frictions , très souvent répétées , autour du cou et des mâchoires , avec une pommade contenant aussi de l’acétate de morphine.

L’enfant guérit très bien.

M. Gouzée , médecin en chef de l’hôpital militaire d’Anvers, m’a donné l’observation suivante, d’un tétanique guéri par l’emploi de l’acétate de morphine.

Ln soldat du 2e régiment de chasseurs à cheval belge, âgé de vingt-cinq ans, fort et bien constitué, est entré à î hôpital militaire d’Anvers, le 5i mai i83i. Il dit être indisposé depuis environ huit jours, sans cause connue , et il éprouve une forte douleur cà la nuque , accompagnée d’un serrement considérable des mâchoires. A son entrée , le trismus est complet , la douleur de la nuque toujours

forte. Bientôt après, la raideur tétanique devient générale. Du reste, le malade ne présente rien de remarquable, si ce n’est des sueurs fortes et continuelles. Une saignée de seize onces est faite le premier jour , une autre le second , sans aucun avantage» le troisième jour, des ventouses scarifiées sont appliquées le long de la colonne vertébrale , sans amélioration. Le quatrième, deux petits vésicatoires sont appliqués aux côtés des apophyses épineuses des premières vertèbres du cou; le derme dénudé est ensuite saupoudré avec un grain d’acétate de morphine ( demi-grain de chaque côté ). La même opération est répétée chaque jour en descendant le long du rachis , et continuée pendant dix jours. Une amélioration lente et progressive se fait remarquer; la mâchoire s’écarte peu à peu, la raideur diminue, la douleur de la nuque disparaît , un abcès développé au bras gauche est ouvert , et dans les premiers jours de juin, la convalescence était assurée. Quelques douleurs articulaires se firent ensuite sentir , et vers la fin du mois , la guérison était complète.

J’ai entendu, à la visite de l’hôpital militaire d’Anvers, M. Vignard, médecin ordinaire de l’armée du Nord , rapporter l’observation d’un individu atteint d’un tétanos traumatique, à Douai , et qui, par suite de l’emploi de l’acétate de morphine sur des vésicatoires ^ avait éprouvé une amélioration très notable dans son état. Il succomba cependant. Mais il est bon d’ajouter que la maladie était déterminée par une fracture comminutive de l’avant-bras , et que l’amputation , qui était indispensable dans celte circonstance, ne fut pas pratiquée. Si cette amputation avait été faite, l’influence du médicament aurait été peut-être plus avantageuse».

Ce fait prouve beaucoup en faveur du médicament, et rien contre*

DU Sllf GE DE LA CITADELLE D’ANVERS. 1 î3

Nous avons observé à Anvers un petit nombre de gangrènes. Nous ne voulons pas parler de celle qui résulte de l’attrition que Ton remarque sur les lieux memes qui ont été frappés et traversés par les projectiles , mais de celle qui , provenant de ces lieux déchirés et contus , et plus ou moins stupéfiés, s’étend rapidement en remontant vers le tronc , tue si promptement les blessés, présente de si grandes différences avec la gangrène spontanée , et qui pour cela a été nommée gangrène traumatique par M. Larrey (1), Dans cette espèce de gangrène , on n’a point attendu qu’une ligne de démarcation fût établie entre le vif et le mort, et suivant les préceptes donnés par M. Larrey , on a amputé les membres , sans être tourmenté par la crainte de la voir s’emparer du moignon. La temporisation, à cet égard, serait suivie , dans le plus grand nombre des cas, de la mort des blessés. Cette gangrène, déterminée par une cause locale, se propage par une véritable contagion, par continuité de tissus; L’amputation détruit cette contagion. Ayant été témoin de la mort d'un grand nombre d'individus atteints de gangrène traumatique, pour lesquels on attendait la limitation du mal par les seules forces de la nature , M. Larrey s’est écarté du précepte recommandé par les auteurs, et a érigé au contraire en principe : qu'il faut faire l’amputation, dans le cas de gangrène , sans attendre qu’elle soit bornée , lorsqu’elle est le résultat d’une cause mécanique. Depuis l’an 1796, époque à laquelle il a fait le premier essai de cette pratique (1) , il n’a cessé de s’y conformer, et d’en retirer les plus grands avantages, dans

(1) M. Larrey dit qu’en Égypte il a remarqué quelquefois que les progrès de la gangrène traumatique étaient si rapides , qu’en quelques heures elle avait passé de l’extrémité du membre affecté au tronc , et que le blessé était mort avant la sixième heure.

(2) Voyez Mémoire de chirurgie militaire , t, III.

tous les pays où iî a suivi nos armées. Les autres chirurgiens militaires adoptèrent aussi généralement la pratique de M. Larrey , et eurent à s’en louer aulant que lui.

Les plaies ont été très souvent compliquées de la présence de corps étrangers, projectiles, portions de vêtements, du fourniment, de l’armure, etc... L’extraction en a été faite, lorsqu’ils étaient à portée des doigts et des instruments , et qu'ils pouvaient être enlevés sans efforts et sans trop de douleurs. Mais, en général, on ne fatiguait pas les blessés par des recherches très multipliées, et lors-^ que ces corps étrangers étaient perdus au milieu des parties, ou que les premières recherches ne suffisaient pas, et qu’ils ne déterminaient point d’accidents graves, on préférait les abandonner pour le moment, et attendre qu’ils manifestassent leur présence sur un point ou sur un autre , afin de les ôler, soit par la plaie quils avaient faite, soit par des contr’ouverlures. Cette saine pratique a été suivie de succès.

'> On a observé quelques faits assez curieux de corps étrangers volumineux, tels que petits biscaïens, éclats considérables d’obus, etc., etc,, entièrement cachés au milieu des -chairs. C’est ainsi que M. Zlnck m’a dit avoir vu, à l’ambulance de Berchern , un énorme éclat de bombe, qui était disparu complètement dans l’épaisseur de la cuisse d’un blessé. Le plus léger examen suffit pour reconnaître l’état des choses , et pour ne pas commettre les étranges bévues de quelques chirurgiens étourdis, qui ont pansé des blessés en leur laissant d énormes projectiles au milieu des chairs (l).

(i) Nous trouvons dans M. Larrey ( Mémoires , t. III. ) l’observation d’un canonnier nommé Mubin , qui fut frappé par un boulet au moment où il chargeait sa pièce. Ce boulet avait fait un ricochet avant de le frapper. Il pénétra à la parlia inférieure et externe de la cuisse, la contourna en dedans , et remontant toujours finit par se cacher dans l’aîne. II fut

Les balles en plomb ( car les Hollandais en avaient beaucoup en fer) qui ont frappé les os de nos soldats, étaient

transporté à l’ambulance. Les chirurgiens n’ avaient pas soupçonné un tel corps étranger dans la cuisse. Le blessé ne se plaignait que d’un sentiment de pesanteur incommode dans le membre blessé. M. Larrey , en le saisissant, lui trouva une pesanteur inaccoutumée , et soupçonna la présence du boulet: Eu effet, il fit une large incision, et on trouva un boulet qui pesait cinq livres.

J’ai entendu dire à M. Bégin, qu’un boulet de neuf livres se logea complètement aussi dans la cuisse d’un soldat , et que le chirurgien qui le pansa, ne s était point aperçu de la présence de ce projectile dans l’épaisseur du membre. Mais, parmi les observations de corps étrangers introduits avec les p”ojectiles dans l’intérieur des parties, il n’en est peut-être pas d’aussi singulière que celle-ci, que j’emprute encore à M. Larrey , dans sa relation de la campagne de 1809 , en Autriche. « Un grenadier à pied était le troisième que renversait le même boulet de canon au milieu d’une file. Le premier eut le venlre traversé de part en part, le deuxième la banche coupée dans toute son épaisseur, et le troisième les cuisses effleurées. Les deux premiers qui restèrent morts sur le champ de bataille, avaient fait ralentir la force rectiligne du boulet, en sorte qu’arrivé au troisième, il roulait sur son axe , et que les effets en furent moins terribles. Cependant Je grenadier fut renversé du coup. A son arrivée à l'ambulance , on reconnut tous les signes d’une contusion exercée sur une grande étendue de la circonférence antérieure du membre , et une très petite plaie longitudinale au centre d une large eccbjmose qui s’était manifestée sur cette région. Le blessé assurait qu’il n’avait été touché que par le boulet qu’il avait vu mourir non loin du balai! ion, et la sonde n’ayant point pénétré au-delà du tissu cellulaire, M. Larrey lui fit un pansement simple. Le blessé n’eut point d’accidents notables pendant quinze jours. Cependant il éprouvait une douleur vive et profonde dans la cuisse. La suppuration qui s’écoulait delà petite, plaie, était fétide et ichoreuse. M. Larrey soupçonnant un corps étranger, fit une large incision, et avec une pince^à polype (instrument qui lui sert de tire-balle) il saisit le corp3 étranger, et l’amena» C’était une pièce de cuivre recourbée , qui avait environ neuf centimètres de longueur, et un et demi de largeur. C’était la majeure parlie/k la virole d'bn égouvillon. Comment le boulet avait-il pu conserver sursa surface cette virole j et comment cetie pièce de cuivre, sans doute cramponnée sur le boulet après avoir traversé avec lui le corps des deux premiers greuadiers, avait-elle pu se détacher au moment où il al frappé la cuisse du troisième et s’y enfoncer eu formant une si petite plaie? »

presque toutes déformées , aplaties , alongées , et sur plusieurs d’entre elles nous avons trouvé des portions de ces os , qui s’étaient logées dans les enfoncements quelles présentaient, portions d’os qui étaient intimement unies au plomb. Nous avions déjà fait cette remarque sur des balles qui avaient été extraites par M. Dupuytren , sur les blessés de i B 1 4 et de i8i5, et que ce professeur conserve dans sa collection.

Lorsqu’une balle de plomb rencontre un angle de pierre dure , une saillie , un tranchant quelconque résistant , elle peut être partagée en deux , trois , ou un plus grand nombre de fragments. Pareils phénomènes sur le corps humain. On remarque , en effet , assez souvent , qu’après avoir frappé un os très résistant et présentant des saillies ou des angles plus ou moins considérables, une balle de plomb se partage en un plus ou moins grand nombre de fragments. Sur la crête du tibia, par exemple, une balle peut facilement se partager en deux.

Un homme reçut, sur le bord antérieur du tibia, un coup de feu. Dans ce point , la balle fit une ouverture unique et ronde , mais elle se partagea sur Fos en deux portions à peu près égales, et chacune de ces moitiés sortit isolément à travers les chairs du mollet d’un côté, et se perdit dans celui du mollet opposé. Ainsi, il y avait cinq ouvertures faites par une seule balle. Si cette division des balles sur les os n’avait point été connue, il aurait été très difficile de se rendre compte de l’existence de ces ouvertures.

Il n’est pars nécessaire qu’une balle frappe une partie d os aussi tranchante que la crête du tibia , pour être divisée en plusieurs fragments; d’autres parties du système osseux peuvent en être cause; des bords mousses, de simples inégalités, peuvent produire cet effet.

J’ai vu à Anvers un soldat, fusilier au 8e régiment de ligne, blessé au combat de Doel ; il était au premier rang,

et ajustant son coup de fusil un genou en terre, l’autre demi-fléchi , la cuisse et le genou dans une situation florin zontaîe. Une balle le frappe au genou demi-fléchi, glisse sur la rotule et pénètre dans les chairs de la cuisse jusques à la partie moyenne , où elle fut extraite par incision. Cette balle s’était partagée en deux sur la rotule.

Pendant les journées de juillet i83o , un homme, reçu à l Hôtel-Dieu , avait été atteint d’un coup de feu à la partie antérieure du corps de la mâchoire inférieure. L’os fut fracturé comminutivement. La balle se dirigea vers l’angle droit de la mâchoire du côté droit, laboura le cou, et finit par sortir près de l’épaule du même côté. La balle fut extraite dans ce point; mais elle n’était point entière. Au bout de quelques jours, il se manifesta une inflammation assez violente, le long du trajet qu’avait suivi la balle. Plusieurs abcès eurent lieu successivement , et à l’ouverture de l’un d’eux , on trouva la portion de la balle qui avait été séparée du reste sur l’os maxillaire , et qui était restée au milieu des parties molles.

Le nommé Loinard reçut, le 29 juillet i85o, sur le Pont-Neuf, un coup de feu à la partie externe et supérieure de la région sus-claviculaire droite. Elle s’arrêta sous la peau , à la partie supérieure et externe du cou. Une incision fut faite sur ce point , et la balle extraite ; les deux tiers seulement s’y trouvaient. Le reste n’y fut pas rencontré d abord. Les plaies guérirent très bien. La clavicule , sur laquelle la balle avait touché, n’avait point été fracturée. Six mois après , Loinard revint à l’Bôtel-Dieu. On sentait tout près de la cicatrice du col et sous la peau , un corps étranger, dur, inégal et mobile. Une incision fut faite sur ce point , et donna issue à l’autre tiers de la balle, qui complétait celle-ci.

fl n’est pas toujours nécessaire que la balle de plomb

touche une saillie , une arête naturelle osseuse , pour qu’elle se divise. La manière plus ou moins oblique avec laquelle elle frappe un os dur , la manière dont elle le fracture, etc., et une multitude de circonstances bien difficiles à saisir et à expliquer, amènent ces divisions.

En i85o , quelque temps avant l’expédition d’Alger, M. Amussat fit , dans un cours de chirurgie destiné principalement aux chirurgiens militaires , plusieurs expériences sur les effets du coup de feu sur le cadavre humain et sur les animaux vivants. Parmi les effets singuliers qu’il obtint , on remarque les suivants : un coup de pistolet chargé à balle ayant été tiré sur la partie antérieure du crâne d’un chien, et un peu obliquement , on fut très étonné de voir que la balle n’avait pas pénétré dans le crâne , et de n’en trouver que la moitié sur le point sur lequel elle avait frappé l’os. On fit des recherches , et on trouva l’autre moitié qui , après avoir contourné le crâne, se trouvait placée entre la peau et les os , à cinq ou six pouces de l’ouverture d’entrée. Nous devons cette observation intéressante à l’obligeance de M. le docteur Lesserè qui a assisté à ces expériences.

Dans son Histoire de la campagne d'Egypte , M. Larrey rapporte l’observation suivante :

« Un soldat reçut, à l’assaut de Saint- Jean-d’Acre , un coup de feu au sinus , frontal droit. La balle , en fracturant la paroi externe, de ce sinus , se coupa en deux morceaux. L’uu passa sur le front , en labourant la peau à plus d un centimètre de longueur; lautre s’introduisit dans lésions , et fractura sa paroi interne. »

Chez un autre soldat , et à la meme affaire , un cas absolument semblable se présenta encore (i).

(i) M. Larrey, Histoire de la campagne d" Égypte.

DU SIÈGE DE LA CITADELLE d’aNVERS. Ifi9

Samuel Cooper ( Dictionnaire de chirurgie pratique, tom.II, p. 32 1 ) dit avoir vu îe bord de la rotule couper une balle en deux; une moitié passa outre dans le moment même, et l’autre resta plusieurs mois dans l’articulation, sans qu’on y soupçonnât sa présence. Il a vu aussi une balle qui s’était divisée en venant frapper contre l’épine de l’omoplate ; une de ses parties traversa la poitrine en ligne droite avec le point d’où elle était partie, tandis que l’autre passa sous les téguments , jusqu’à ce qu elle eût atteint le coude. *

Dans le Manuel du chirurgien d'armée , par Percy , on trouve un grand nombre d observations de déformation de balles , observations qui sont des plus curieuses , et dont quelques-unes semblent tenir du prodige. Il est inutile que nous les rapportions ici.

On a remarqué que des balles de plomb qui avaient frappé des pavés ou autres corps très durs, comme du fer, étaient quelquefois réduits en une innombrable quantité de fragments , et se réduisaient, pour ainsi dire , en poussière. C'est même de cette manière, qu’en juillet i85o, des Parisiens ont été blessés. En effet, plusieurs d’enlre eux eurent quelques parties de leur corps criblées de blessures , qui ressemblaient parfaitement à celles qui sont produites par du petit plomb , qui a pénétré très avant sous la peau. On avait pu croire, au premier abord, que ces nombreuses blessures provenaient de coups de fusils chargés à plomb , et maladroitement dirigés par les Parisiens sur leurs camarades, car les militaires ne pouvaient leur envoyer que des balles de calibre. Mais cette remarque, que les balles de plomb, en frappant sur les corps très durs , pouvaient avoir été divisées en un grand nombre de fragments , qui avaient ensuite été réfléchis à leur tour sur les citoyens, fit revenir sur cette idée. Il existait, en effet, une très grande diffé-

rence entre les plaies faites par le plomb ordinaire , et celles qui provenaient des balles divisées. La forme des premières était exactement ronde, tandis que les plaies produites par les petits fragments de balle étaient très inégales et irrégulières ; celte différence est caractéristique. Lorsqu’une balle frappe un os très dur, comme le rocher, elle s’y comporte comme lorsqu’elle frappe un pavé.

C’est très certainement ce qui arriva à un sergent de ville de Paris, nommé Uouël , qui reçut, dans la nuit du 2 au 3 février i832, un coup de pistolet à l’angle externe de l’œil gauche , et qui mourut le lendemain matin. La balle avait fracassé la base de l’orbite ; Los de la pommette était séparé du maxillaire supérieur et mobile au milieu des chairs, la base de l’arcade zigomatique brisée, ainsi que la cavité glénoïde; la partie antérieure et interne du rocher était réduite en un grand nombre de fragments ; on trouvait çà et là, au milieu des os brisés, beaucoup de parcelles de plomb. La plus grande partie du projectile était près du col du condyle de la mâchoire inférieure ; un morceau de la balle se trouvait, en outre, entre le lobe postérieur du cerveau et le cervelet.

Cette observation a été publiée avec de longs détails , par M. Marx et moi, dans le Journal hebdomadaire (i).

(1) Voyez, t. VI, p. 365 et suivantes.

(2) Après des exemples si frappants de divisions des balles sur des saillies osseuses naturelles ou accidentelles, comment peut-on révoquer encore en doute ce phénomène si commun ? C’est cependant ce que nous voyons dans le livre que vient de publier M. Jobert de Lamballe ( Plaies d’armes à feu. Mémoire sur la cautérisation , et Description d’un spéculum à basculé). En effet , on trouve dans cet ouvrage le passage suivant (page 7) : « Les y> balles, dit-on, se coupent quelquefois en deux, quand elles viennent » donner contre des angles osseux qui sont un peu saillants; et à ce sujet » on rapporte des cas où cette singulière particularité a eu lieu à l’olé- » crâne, et à l’angle inférieur de la rotule. Le fait me paraît bien extra-

I)U SIEGE DE LA CITADELLE dAnVERS. l3î

Parmi les blessures remarquables produites par armes à feu, et qui avaient pour siège le tronc, les plus remarquables furent celles de la télé ; c’est par le récit de celles que nous observâmes sur celte parlie du corps , que nous terminerons cette relation : les blessures siégeant sur d’autres parties du corps nous ayant , en général , présenté peu d’intérêt.

Ces observations , et le mode de traitement qui a été mis en usage dans les plaies de tête, méritent d’autant plus de fixer l’attention des médecins , que les auteurs sont généralement peu d’accord sur les indications qu elles présentent. Ainsi , quand on ouvre Quesnay , on trouve que toute fracture du crâne indique le trépan , soit que le malade éprouve des accidents qui annoncent la compression du cerveau, soit qu’il n’en éprouve point. Pott est du meme avis; il

» ordinaire , car certainement la force nécessaire pour couper une balle » en deux est bien plus que suffisante pour traverser et briser l’os à qui on » fait jouer un rôle aussi peu probable. Mais, ajoute M. Jobert, des auteurs recommandables garantissent le fait , et comme un peu de foi ne » gâte rien , je veux bien l’accepter. »

Le lecteur de l ouvrage de M. Jobert lira sans doute avec une certaine surprise ce passage , s’il connaît les oeuvres de M. Larrey , de Percy , et les observations publiées dans les leçons cliniques de M. Dupuytren. Mais ce qui lui semblera singulièrement contradictoire, c’est de lire plus bas dans le livre de M. Jobert des observations qu’il a recueillies lui-même, et dans lesquelles les balles ont e'te' divise'es en un plus ou moins grand nombre de fragments ; ainsi , page i54, on trouve l’observation d’une balle coupée en deux sur l’arcade zygomatique. Page i49; est une autre observation d’un jeune peintre qu'une balle blessa au visage ; la balle qui frappa sur les dents , se divisa en cinq ou six fragments. Enfin , page 1 21 , un cas de division en deux d’une balle qui avait frappé sur une apophyse épineuse du rachis. L’explication que donne M. Jobert 3 pour se rendre compte de ce phénomène , est bien bizarre. « La balle , dit-il dans ce cas , i> était sans doute mal coulée et contenait de l’air ; ce qui explique sa di~ » vision !!: r

conseille l’opération du trépan, pour prévenir des accidents qu’on n’a pas encore à craindre. D’une autre part, on voit Desault et son école , MM. Grœfe , Briot , Gama , et beaucoup d’auteurs contemporains recommandables, établir en thèse générale que l’opération du trépan est très rarement nécessaire, qu’elle est le pluî souvent nuisible, et qu’on doit par conséquent s’eo dispenser dans presque tous les cas où les chirurgiens du dernier siècle la recommandaient. On reste alors dans une indécision d’autant plus grande, qu’on voit des praticiens d’un mérite transcendant appliquer encore le trépan; tels sont Delpech , Béclard , MM. Larrey, Roux , etc.

Cherchant une espèce de juste milieu parmi ces dissidents , dont les uns veulent qu on applique toujours le trépan dans les cas de simples fêlures, de simples fissures du crâne , lors même qu’il n’y a aucune espèce d’accidents , ou dans le but de les prévenir, quelques chirurgiens veulent qu’on ne t’applique que lorsqu’il y a fracture avec enfoncement, parce que, suivant eux, il doit toujours survenir alors des accidents. Ces derniers nous semblent avoir aussi tort que les autres. Suivant nous, et d’après ce que nous avons été à même d’observer, on ne doit pratiquer l’opération du trépan, lors même qu’il y a enfoncement, que lorsque cet enfoncement détermine des symptômes de compression graves et durables ; car très souvent les enfoncements, même très profonds et très étendus, ne déterminent aucune espèce d’accident, et d’autres fois, quand ils déterminent des accidents , ceux-ci , loin de s’aggraver , se dissipent souvent seuls et complètement, sous l’influence du traitement antiphlogistique, sans laisser aucune trace. Dans ' certains cas, la table externe du ciâne seule est enfoncée, le diploé est effacé , et la table externe en contact presque immédiat avec la table interne. Le cerveau ne souffre, dans

ces cas, aucune compression. Est-ce de ces cas-là dont parlent quelques auteurs, et en particulier M. Abvrnethy , qui rapporte plusieurs exemples de fracture du crâne avec enfoncement , dont l’ issue fut 1res heureuse , quoiqu’on n’eût pratiqué aucune opération? A'stley Cooper dit avoir rencontré de fréquents exemples de cette dépression de la table externe. Ce cas ne réclame évidemment pas l’opération du trépan. Dans d’autres circonstances il y a bien enfoncement des deux tables et compression du cerveau, mais cet organe peut n’en être pas incommodé; ou, après en avoir souffert pendant quelques moments, il s habitue promptement à ce degré de compression , et n’en remplit pas moins parfaitement bien ses fonctions. Ce serait encore une grande erreur que de pratiquer une opération souvent mortelle par ellemême , pour une maladie qui n’en est plus une. Enfin, il est d’autres circonstances dans lesquelles le cerveau est réellement comprimé, et l’annonce par des signes menaçants, comme paralysie plus ou moins complète du sentiment et du mouvement, diminution de l’intelligence, etc. Ces symptômes durent deux , trois jours , et quelquefois davantage ; mais sous l’influence des antiphlogistiques, des révulsifs sur la peau , sur le canal intestinal , on les voit diminuer peu à peu , et se dissiper entièrement. Certainement ce n’est point encore le cas de trépaner, puisque les symptômes, au lieu de sJ aggraver, diminuent. Les observations suivantes viennent à l’appui de ce que nous venons de dire.

Fracture du pariétal avec enfoncement par un éclat de bombe; intelligence et mouvement conservés; pas de trépanation.

Boulet , âgé de trente ans, mineur, et domestique du commandant Paulin , fut blessé le i4 décembre 1802 , par un éclat d’obus à la tête. Le coup porta à la partie latérale gauche , près de l’union du pariétal avec le coronal. Boulet 11e perdit pas complètement connaissance. Il fut transporté

de suite de l’ambulance de siège sur l'hôpital militaire d’ Anvers . On reconnut une plaie contuse, de la largeur d’une pièce de cinq francs , dans l’endroit que nous venons d’indiquer, et un enfoncement du pariétal dans une étendue un peu moins grande. Cet enfoncement est d’une ligne à peu près , il est en demi-lune. L’os est à nu ,* la plaie est débridée en haut et en bas, et pansée simplement; plusieurs saignées générales sont faites au malade , qu’on met à une diète sévère. Aucun accident ne se manifeste. L’intelligence reste très saine ; les mouvements sont parfaitement libres. On donne tous les deux jours un laxatif composé de sulfate de soude, dissous dans du bouillon aux herbes. La suppuration s’établit sans accident ; et , le 23 décembre, le malade se levait et se promenait dans la salle. Des bourgeons charnus , de bonne nature, étaient développés sur les bords écartés de la plaie , qui avait environ trois pouces d’étendue , et au centre de laquelle on apercevait l'os dénudé et son enfoncement.

Le 2 janvier, Boulet était dans l’état le plus satisfaisant.

Cet enfoncement ne consistait évidemment que dans le rapprochement de la table externe contre l’interne.

Fracture du pariétal gauche avec enfoncement ; paralysie le'gère de la face ;

difficulté dans l'acte de la parole ; point de trépanation; retour à la

santé.

Le nommé Mathieu , âgé de vingt-trois ans , soldat au 18e régiment de ligne , fut blessé à la tête, le 8 décembre 1882. Un éclat d’obus le frappa à la partie latérale gauche du crâne. Il tomba sans connaissance et fut transporté k l’hôpital militaire d’ Anvers , salle 5 , n° 8. Il y avait une petite plaie contuse à lambeau , et dénudation de l’os ; le blessé était toujours sans connaissance. La plaie fut largement débridée en bas et en arrière. La table externe était enfoncée circulairement dans l’étendue d’un pouce environ ,

et dans la profondeur d’une ligne et demie ou deux lignes à peu près.

(Pansement doux avec linge troué et enduit de cérat , charpie par-dessus , compresses longuettes , et bande simplement contentive; saignées générales abondantes et fréquentes.) Révulsifs aux extrémités.

Le malade reprend connaissance dès le lendemain. La parole est difficile , mais l’intelligence est complète. Les mouvements des membres sont très libres.

Il ne survint aucun accident chez ce blessé. Le 23 , époque à laquelle je le vis, la plaie était couverte de bourgeons charnus, le linge, d’une suppuration modérément abondante et de bonne nature. L’os était toujours à nu dans le . centre de la plaie , et son enfoncement aussi prononcé que le premier jour, à ce que m’assura M. Seutïn, qui l'avait reçu dans son service à son arrivée à l’hôpital. L’intelligence était parfaite ; les mouvements des membres très libres , mais la parole était encore légèrement gênée. Du reste, l’appétit était bon. Le blessé avait du sommeil, de la gaîté, et meme il désirait vivement sortir de l’hôpital.

Le 2 janvier, la plaie était presque cicatrisée, et presque tous les symptômes qui annonçaient une lésion du cerveau , dissipés.

Fracture du pariétal avec enfoncement ; perte momentane'e de l’intelligence , des mouvements , de la parole , etc. ; point de tre'pan; retour à la santé.

Le nommé Bongrain , âgé de vingt et quelques années , carabinier au 19e régiment d’infanterie légère, est renversé dans la tranchée, par un éclat d’obus qui le frappe à la tête, le 12 décembre 1802. Il perd connaissance et est transporté à Anvers , salle 5 , n° 6. On trouve à la partie externe gauche et supérieure de la tête , au-dessus de la bosse pariétale , une plaie contuse , à lambeau , et peu étendue , avec dénu-

dation de l’os. Le malade est sans connaissance et sans mouvement. La plaie est débridée en avant et en arrière; l’os pariétal est examiné , et on trouve un enfoncement de deux lignes et demie de profondeur, et de l’étendue d’une pièce de cinq francs environ. Du linge troué, enduit de cérat, et de la charpie, sont appliqués sur la plaie; des saignées générales très abondantes et répétées, sont pratiquées; des sinapismes sont appliqués aux extrémités inférieures. Le lendemain , le blessé paraît un peu mieux ; il exécute quelques mouvements lents; il ouvre les yeux, mais il ne parle pas, il ne répond point aux questions qui lui sont faites* Deux jours après, il balbutie quelques mots sans suite, regarde autour de lui d’un air hébété. On s’aperçoit que l’extrémité supérieure et l’extrémité inférieure droites, sont à moitié paralysées. Bon grain ne peut les mouvoir qu’avec peine et lenteur ; il lui est impossible de serrer un objet avec la main , la sensibilité est très obtuse dans ces parties.

Le môme traitement fut continué, et peu à peu on vit ces symptômes de compression du cerveau disparaître , sans avoir recours à aucune espèce de traitement local. La paralysie diminua chaque jour de plus en plus ; la parole, d’abord très lente et fort embarrassée , revint tout-à-fait. Le malade qui , trois ou quatre jours après sa blessure , comprenait tout, mais ne pouvait rien répliquer, put parler plus librement, oubliant d’abord certains mots, en prononçant quelques-uns très difficilement, quelques autres très distinctement , ne pouvant absolument venir à bout d’en prononcer plusieurs, et alors, tantôt s’emportant et s’opiniâtrant pour y parvenir, d'autres fois riant lui-meme de son impuissance. Tel était son état lorsque je le vis pour la première fois. Sa plaie était en pleine suppuration et modérément enflammée.

Le 24, la parole était manifestement plus libre; il répon-

DU SIEGE DE LA CITADELLE d’aNVERS.

dait très distinctement à toutes les questions qui lui étaient faites, et cela avec promptitude. Les mouvements étaient libres aussi.

Le 25 , la parole était complètement revenue, les mouvements du bras et de la jambe étaient très libres. Cependant le malade disait lui-même que son extrémité supérieure gauche était encore paresseuse. Tl avait encore Fair hébété. Mais il élait sans aucune fièvre et avait de l’appétit.

Le 2 janvier, presque tous ces symptômes étaient disparus.

Le sujet de la première observation, Boulet , n’a, ainsi que nous l’avons vu , éprouvé aucun accident de commotion du cerveau, ni de compression, ni d inflammation de ce viscère. L’enfoncement du crâne était peu considérable, et très probablement il y a eu simplement enfoncement, dépression de la table externe dans le diploé, mais rien du côté de la dure-mère. La table interne est restée intacte, et le cerveau n’a éprouvé aucune espèce de lésion.

Dans un cas pareil , le meilleur parti à prendre est certainement de laisser le malade abandonné aux soins de la nature. Aucun accident n’est possible du côté du cerveau. Chercher à relever l’enfoncement de la table externe par l’opération du trépan , ou par tout autre moyen, serait une manœuvre inutile, imprudente, et qui pourrait peut-être tuer le malade.

Mathieu, qui fait le sujet de l’observation deuxième, a été plus gravement affecté que Boulet . Il y a eu chez lui compression du cerveau , faible sans doute, mais évidente.

L’enfoncement ne s'est pas bosné, comme chez Boulet , à la table externe et à son rapprochement de la table interne, après avoir simplement affaissé le diploé. Il y a eu en même temps, chez lui, enfoncement de la table interne, et par suite , compression du cerveau. Mais cet organe a pu s’habituer promptement à cet état , et nous avons vu dispa-

raître assez vite les symptômes alarmants des premiers jours.

Très certainement l’état de Mathieu pouvait autoriser l’emploi du trépan; et, d’après les règles admises sur ce point, le chirurgien n’aurait point été à blâmer si, dès le lendemain même de la blessure, il avait pratiqué cette opération. Mais il est très possible que l’opération eût déterminé chez lui des accidents plus graves que ceux qu’il éprouvait, et qui, d’ailleurs, se sont dissipés très vite. Le chirurgien a donc bien fait d’attendre et de réserver cette opération dangereuse pour le cas où les accidents que le blessé éprouvait eussent augmenté au lieu de décroître.

L’observation de Bongrain vient encore à l’appui de ce que nous venons d’avancer. Les accidents qu’il a ressentis étaient infiniment plus graves, et cependant nous avons vu que, sous l'influence d’un pansement doux, de saignées générales abondantes et répétées , de révulsifs , de la diète , etc., ces blessés se sont bien rétablis.

M. Ahernethy dit que les malades qui avaient des fractures du crâne avec enfoncement , et auxquels on n’a pas pratiqué le trépan , n’ont jamais éprouvé d’accident, et que long-temps après leur blessure , ils continuaient de jouir d’une santé aussi parfaite que si jamais rien ne leur fût arrivé. M. Hill rapporte deux cas de cette espèce dans ses observations de chirurgie.

D’après les faits qu'il a observés, M. Ahernethy pense que toutes les fois que le malade conserve l’usage plein et entier de ses sens , il est tout-à-ûût inutile de le trépaner , à moins qu’il ne survienne des symptômes qui indiquent la nécessité de recourir à cette opération. On voit aussi que nous allons plus loin que M. Ahernethy , et que nous croyons que ces symptômes doivent être graves et durables , et augmenter d’intensité pour se décider à la pratiquer.

Il est très extraordinaire, mais il n’est pas moins vrai

DU SIEGE DE LA CITADELLE d'aNVERS. l3ç)

qu’il est impossible , d’après le degré d’enfoncement d’une portion d’os, de juger quelle sera l’intensité des accidents qui en résulteront. M. Thomson , dans des remarques faites dans les hôpitaux de la Belgique , en i8i5 , rapporte divers cas dans lesquels , quoiqu’il y ait eu une compression considérable par l’enfoncement des deux tables de l’os ou de la table interne seulement, cependant il n’y a eu ni abattement, ni paralysie, ni perte de la mémoire. Dans un de ces cas, la partie moyenne du pariétal était fracturée et enfoncée profondément par une balle, dont l'extraction fut faite le vingtième jour. Cependant, on n’observa ni paralysie , ni perte de l’intelligence; dans un autre, une balle avait frappé et fracturé le pariétal droit ; elle s’aplatit et se logea entre les deux tables de l’os; la table interne fut enfoncée, et cependant il ne survint aucun symptôme de compression. Le même auteur a vu un cas bien plus remarquable encore : une balle, pénétrant derrière la tempe droite, et filant en arrière et en bas , avait fracturé les os sur son passage , et était venu se loger à la surface du cerveau, sur la tente du cervelet, d’où elle fut extraite le dix-septième jour après la blessure. Il n’était point survenu d’accidents avant l’opération, et le blessé guérit à la faveur d’un traitement antiphlogistique très sévère, sans qu’il arrivât aucun ou presque aucun dérangement dans la santé générale. Le docteur Hennen , dans sa Chirurgie militaire , rapporte un cas dans lequel l’angle supérieur et postérieur du pariétal, qui avait été frappé par une balle, fut enfoncé de quinze lignes sans qu’il survînt d’accidents. Les saignées et les autres antiphlogistiques suffirent pour guérir entièrement ce soldat , en quelques sem*aines. Dans un cas semblable , le blessé survécut treize ans , sans autre incommodité qu’un afflux de sang vers la tête, après quelques excès de boisson: il y avait cependant au sommet de la tête un enfoncement infundibuliforme d’un pouce et demi.

Enfla, pour terminer ce qui est relatif à ce sujet, et prouver que le cerveau peut supporter une compression étendue et profonde, sans donner lieu à des symptômes très graves, nous citerons un fait dont M. Dupuytren nous a plusieurs fois entretenus à sa clinique.

M. de R***, banquier célèbre, habitant Paris, fut renversé avec violence de son tilbury, dans une promenade qu’il faisait aux Champs-Elysées. La tête porta sur le pavé, et il en résulta un enfoncement de tout le côté droit du frontal. Pendant huit jours il y eut perte de connaissance , mais , à l’aide de saignées abondantes , de révulsifs appliqués sur la peau ou portés sur le canal intestinal, il guérit. Aucune opération ne lui fut faite , et M. Dupuytren se garda bien de faire des tentatives pour la relever. Actuellement ce banquier se porte fort bien, et quoique son cerveau soit comprimé, puisqu'un côté de la tête est plus saillant que l'autre de quelques lignes, il n’éprouve aucune altération dans ses facultés intellectuelles, et prouve au contraire chaque jour, par son habileté dans les affaires, qu.il les a toutes parfaitement conservées.

M. Dupuytren possède encore trois ou quatre autres observations d'individus chez lesquels Je frontal a été ainsi enfoncé, et qu'il est parvenu à guérir, comme M. de R., à force de saignées, de purgatifs et de révulsifs de toute espèce.

En rapportant ces observations, nous n’avons pas eu l’intention de prétendre qu’on ne doit jamais appliquer Je trépan dans le cas de compression évidente du cerveau par des fragments enfoncés; nous croyons seulement qu'il ne faut pas trop se bâter de faire celte opération : mais si, au lieu de diminuer, les accidents de compression s'aggravaient . ou s'ils étaient très graves dès le début, il n’y a pas de doute que la chirurgie expectante ne serait plus d’emploi dans ce moment , et qu’il faudrait avoir recours à une chirurgie

active, au relèvement des pîèces enfoncées, à la trépanation, etc*

Nous n’avons insisté sur ces observations que parce que nous désirions prouver qu’il y a des cas d enfoncement du crâne qui n’exigent aucune opération, qui peuvent guérir par un traitement très simple, et qu’une chirurgie active serait souvent alors plus nuisible qu’utile; car, à une maladie simple, dont la nature seule peut se débarrasser , on substitue une opération très dangereuse , et qui , pratiquée sur un individu bien portant, peut seule le tuer.

Si les observations que nous venons de donner prouvent que la compression du cerveau peut ne pas avoir de suites fâcheuses, et que cette lésion peut être traitée , dans quelques cas, autrement que par une opération très chanceuse (le trépan), les trois observations suivantes prouveront, à leur tour, que les plaies du cerveau lui-même, et que les pertes de substance à cet organe, sont loin d’être toujours mortelles , et que le régime antiphlogistique convenablement employé, peut parvenir à amener à bonne fin ces terribles blessures.

Fraclure du coronal par uct éclat de bombe j le'sion de la dnre-mère , du cerveau; esquilles nombreuses ; issue d’une portion conside'rable divceoveau 5 spliacèle de ce viscère ; conservation des facultés intellectuelles et des mouvements.

Mlchaud , voltigeur au 19e régiment de ligne , fui blessé le 10 décembre io32, à la tranchée, par un éclat d’obus qui le frappa «à la partie antérieure et supérieure du coronal. Il fut renversé et perdit connaissance. Une plaie cooluse et à lambeau existait aux téguments du crâne; elle élait de la largeur delà moitié de la paume de la main ; 1 os sous-jacent était enfoncé et brisé en plusieurs fragments, dans une étendue un peu plus considérable que celle du désordre des téguments. Transporté à l’ambulance de siège, il fut évacué

tle suite sur l’hôpital militaire d’Anvers, salle 5, lit n° 20. La plaie des téguments fut largement débridée , les pièces d’os enfoncées et réduites en esquilles , furent relevées avec une spatule, et enlevées avec des pinces. Un trou, d’une largeur supérieure à celle d’un écu de 6 francs , existait au crâne. Le coronal seul était le siège de cette ouverture. La dure-mère sous-jacente était altérée, déchirée, ainsi que la substance cérébrale correspondante. On ne pouvait savoir à quelle profondeur s’étendait la contusion et la dilacération de la substance cérébrale.

JMichaud resta sans connaissance pendant vingt-quatre heures. Plusieurs saignées générales abondantes lui furent pratiquées. Un pansement doux fut fait ; il consista simplement en un linge fin troué et enduit de cérat , de la charpie et un appareil légèrement contentif. Au bout de vingt-quatre heures, son état de somnolence diminua , et quelques heures après disparut tout» à-fait. L’intelligence devint parfaitement libre, ainsi que la myotilité. A chaque pansement , que l’on faisait une fois par jour , on retirait sur le linge troué une quantité assez considérable de substance cérébrale : dans l’espace de douze jours , M. Seutin pense qu’on peut évaluer à la valeur de deux cuillerées à bouche ce qui en a été retiré. Il y eut , à ce qu’il m’assura , un écoulement égal de substance grise et de substance blanche. Après quelques jours de l’existence de cette blessure, le cerveau fit une hernie considérable par l’ouverture du crâne, et chaque jour une petite portion de cette saillie du cerveau était sphacélée, et s’en allait en détritus dans l’appareil.

Quand je vis ce malade, le 25 au matin, cette hernie cérébrale pouvait avoir le volume d’une très grosse noix. Elle présentait des battements très manifestes, était noire dans quelques points , et couverte de suppuration sanieuse dans le reste de son étendue. Si on la laissait à découvert et sans

l'appareil légèrement compressif que M. Seutin y maintenait toujours exactement , on voyait cette masse cérébrale augmenter peu à peu , battre de plus en plus fort, et en quelques minutes acquérir le double de son volume. Les environs de la plaie étaient modérément enflammés, celle-ci couverte de bourgeons celluleux et vasculaires vermeils, et la suppuration de bonne nature. Le malade se sentait fort bien , sous tous les rapports, et ne se plaignait que de la sévérité de la diète à laquelle il était soumis.

Une calotte de plomb laminé, recouverte d’un linge fin et enduit de cérat , fut appliquée le 25 décembre, sur la portion du cerveau qui sortait du crâne. Elle fut assujélie par une bande légèrement serrée , et comprimait doucement le cerveau hernié.

Aucun accident ne se manifesta. Le cerveau s’affaissa peu à peu , des bourgeons celluleux et vasculaires se développèrent sur toute la partie du cerveau qui était à découvert , et joignirent bientôt ceux qui existaient sur le bord de la plaie faite au cuir chevelu.

Quand je quittai Anvers, le 2 janvier, ce blessé était dans l’état le plus satisfaisant.

Fracture du coronal par un e'clat de bombe; esquilles ; ouverture considerable au crâne; issue du cerveau; déperdition de substance de cet organe; conservation des faculte's intellectuelles et des mouvements.

Copey , âgé de vingt-deux ans, fusilier au 18e régiment de ligne , fut blessé , le 8 décembre, par un éclat d obus à la tête. Le coup porta sur la partie un peu inférieure et latérale gauche du coronal. Les téguments furent divisés , et les os brisés en esquilles furent enfoncés dans l’étendue de deux pouces de diamètre à peu près. Le désordre s’étendit jusque près de la voûte orbitaire; la dure-mère et l’arachnoïde furent aussi divisées, et le cerveau atteint superficiellement, Il s’en écoula en détritus la valeur de deux cuillerées

à café à peu près. La substance corticale seule fut intéressée. Copey , tombé sans connaissance , fut transporté de 1 ambulance de tranchée à l’ambulance de siège, et dirigé sur l’hôpital d’Anvers , salle 5 , nQ*i. Là, les esquilles furent extraites; quelques-unes s’étendaient jusques près de 1 apophyse orbitaire externe du coronal ; la plaie nettoyée fut débridée largement ; des saignées générales abondantes et réitérées furent prat iquées. Le blessé resta dans un état de coma et de somnolence pendant trente et quelques heures environ. Au bout de ce temps, il reprit parfaitement sa connaissance. Ses mouvements étaient libres. La plaie fut pansée mollement; du linge troué et enduit de eérat, de la charpie fine, quelques compresses, et une bande très légèrement serrée constituèrent tout l’appareil. Aucun accident ne se manifesta; la plaie des téguments et des membranes du cerveau se délergea peu à peu. Uue suppuration de bonne nature s’en ernpara.

Quand je vis Copey , le 23 décembre, quatorze jours après sa blessure, je le trouvai dans un très bon état; ses facultés intellectuelles, et ses mouvements très libres. Il lisait même un livre, quand je l’abordai. Il avait bon appétit. La plaie des téguments était couverte de bourgeons charnus vermeils ; il en était de même de celle du cerveau , dont les battements étaient très sensibles, mais qui ne faisait aucune saillie; les bourgeons eharnus qui la recouvraient étaient à peu près au niveau des téguments. Celle ouverture du crâne, qui n était point ronde, pouvait avoir à ce moment une étendue supérieure à celle d’un écu de cinq francs. Le malade fut assujéii à une diète sévère. Tous les deux jours, pendant la première quinzaine après sa blessure , on lui administrait un purgatif à titre de révulsif. Des boissons délayantes et rafraîchissantes lui étaient données dans le cours de la journée.

DU SIEGE DE LA CITADELLE d’aNVERS.

Jusqu’au 2 janvier, aucun accident ne survint , et à cette époque, tout faisait espérer une guérison prochaine.

Fracture du coronal avec enfoncement; enlèvement de nombreuses esquilles , d’une partie de la voûte orbitaire,- déperdition de substance au cerveau ; conservation de l’intelligence, de la sensibilité et des mouvements.

G-uibou , âgé de trente ans, soldat au 1er régiment du génie, reçut, le 16 décembre, un coup de mitraille à la partie latérale droite et inférieure du coronal. Il en résulta une plaie cou tuse à lambeau , et un enfoncement avec esquilles de los immédiatement au-dessus de l’arcade orbitaire ; cet enfoncement avait la largeur d une pièce de cinq francs au moins. 11 reçut les premiers secours à l'ambulance àeBeiche?n , et cle là fut évacué sur l'hôpital militaire & Anvers. Tl n’avait pas perdu connaissance. Toutes les esquilles furent enlevées les unes après les autres, et avec précaution. Une grande portion de la voûle orbitaire fut extrait^ le était à nu, ses membranes déchirées, et une portion de sa cerveau propre substance en bouillie. Il s'en écoula à peu près la valeur de Irois ou quatre cuillerées à café. Il n'y eut, dans le cours de sa maladie, aucune paralysie, aucune perte du sentiment , du mouvement et des facultés intellectuelles. Plusieurs larges saignées furent pratiquées , moins pour combattre les accidents que pour les prévenir. Des purgatifs furent administrés dans le même but, pour dériver sur le canal intestinal.

Aucun accident ne se manifesta, et le 23, époque à laquelle je vis le malade, la solution de continuité présentait déjà un commencement de cicatrisation ; les bourgeons celluleux et vasculaires, de bonne nature, étaient développés dans le fond et sur les bords; la suppuration était abondante et de bonne nature. Les pansements avaient été rares; on ne les faisait, dans les premiers temps, que tous les quatre

ou cinq jours. A dater du 3o , époque à laquelle la suppuration était abondante, on les fit tous les jours. Le 5i , ce malade était dans un état parfaitement bon ; il était sans fièvre, avait de l’appétit et souffrait fort peu.

Le 2 janvier , les bourgeons vasculaires couvraient toute l’étendue de la plaie des téguments et du cerveau , qu’on ne pouvait plus apercevoir; la suppuration diminuait déjà sensiblement. Tout était dans l’état le plus satisfaisant, sous le rapport général et local.

Fracture du crâne sur la suture sagittale ; paralysie du membre abdomina

gauche 5 le'sion du sinus longitudinal supe'rieur par des esquilles ; compression du cerveau ; extraction de ces esquilles ; hémorrhagie.

M.elnotte , âgé de vingt-quatre ans , fusilier au 65e régiment de ligne , fut blessé , par un éclat d’obus , au sommet de la tête, le 21 décembre. Il perdit connaissance seulement pendant quelques minutes. Transporté à l’ambulance de tranchée, on constata au vertex une petite plaie contuse. Elle était située justement sur la suture sagittale. Les os du crâne étaient enfoncés de chaque côté de cette suture. Cet enfoncement, profond de quatre lignes environ, était de la largeur d’une pièce de vingt sols. La plaie fut débridée crucialement, pansée simplement, et le blessé transporté à Thôpital d’Anvers. Il y fut en quelque sorte oublié pendant six jours. On n’examina point sa plaie avec soin , on se borna à la panser avec du linge fenêtré enduit de cérat, de la charpie , quelques compresses et une bande simplement contentive.

Le 26, j’examinai le malade. Ses réponses étaient très lentes , mais justes; sa figure un peu hébétée. Il voyait bien des deux yeux , entendait bien des deux oreilles , remuait librement les deux membres supérieurs et le membre inférieur droit; mais les mouvements du membre abdominal

DU SIEGE DE LA CITADELLE d’aNVEBS. 1 4 7

gauche étaient absolument perdus. La sensibilité seule était conservée.

Le 27, meme état. Je crus que l intention de M. Seutin était de se conduire, pour JVLelnotte , comme il avait fait pour Bongrain , c’est-à-dire abandonner le malade à la nature , et laisser le cerveau s’habituer à la compression ; mais il n’en fut pas ainsi. Le blessé, comme ]e Fai dit , avait été presque oublié. M. Seutin le voyait pour la première fois ; il le dépansa , écarta les bords de la plaie , et reconnaissant un enfoncement profond de quatre lignes , il procéda au soulèvement des esquilles avec une spatule, et à leur extraction avec une pince à anneaux. Huit ou dix esquilles anguleuses, pointues et enfoncées plus ou moins dans les membranes et la substance cérébrale, furent ôtées. Le sinus longitudinal supérieur avait été ouvert et déchiré par ’ces esquilles ; mais elles mettaient, par leur présence , obstacle à l’hémorrhagie. A peine furent-elles ôtées, que celle-ci se manifesta ; elle était purement veineuse, et sortait cependant par saccades , produites par les battements du cerveau. Un morceau d’éponge fut placé dans l’ouverture du crâne, qui était de la largeur d^une pièce de quinze sols à peu près, inégale , garnie d’angles et de pointes saillantes à son pourtour. De la charpie, des compresses et une bande très peu serrée complétèrent l’appareil.

Le lendemain 28, mieux sensible. Le malade est moins rouge, plus agile, répond plus vite *, il croit déjà remuer un peu mieux sa jambe gauche. Chaque jour l’amélioration faisait des progrès; et les mouvements se rétablissaient évidemment dans le membre abdominal. Lorsque je quittai la Belgique , tout semblait se réunir pour faire espérer une guérison prochaine.

J’ignore ce que ce malade est devenu.

M. Seutin avait eu quelques jours auparavant dans l’hô-

l48 RELAT. CUIR. DU SIEGE DÉ LA CITAD . D’ANVERS.

pital un soldat, dont la blessure était à peu près la même que celle de Melnotte , quoique beaucoup plus grave, et qui donnait Fespoir de guérison, lorsque le soldat se tua par accident.

Cet homme avait reçu une petite bombe à la Coborn sur le sommet de la tête. La voûte du crâne avait été enfoncée de quelques lignes de profondeur, et dans une étendue égale à celle de la paume de la main. La plaie fut débridée largement et erucialement ; des esquilles nombreuses furent extraites , et le crâne présenta une ouverture énorme. Le sinus longitudinal avait été ouvert, et une hémorrhagie veineuse des plus abondantes avait eu lieu ; elle fut arrêtée par une compression légère, faite au moyen de morceaux d'éponge, de la charpie, quelques compresses et une bande. Le malade alla fort bien pendant les premiers jours; son intelligence était intacte; ses mouvements très libres; il était sans coma, sans fièvre, et avait de î’appétil. Le cinquième jour on leva l’appareil : une hémorrhagie nouvelle et aussi abondante que la première se manifesta; elle fut arrêtée par les liâmes moyens , et on se proposait alors de ne panser le malade que le plus tard possible, lorsque voulant, le huitième ou le neuvième jour de sa blessure, se baisser, pour prendre son vase de nuit sous son lit, il se précipita par terre la tête la première, tomba sur sa blessure même , et mourut subitement.

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