‹ Relation chirurgicale du siège de la citadelle d'AnversChapitre 3 sur 5 · JO · texte numérisé non relu

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partie incrustée dans l’os. La dure-mère était décollée de la voûte du crâne, dans tout le trajet de la balle, qui avait suivi la concavité de cette portion de la boîte osseuse. Une assez grande quantité de sang noir sortit par les deux ouvertures. Quinze jours se passèrent ensuite sans que le malade éprouvât le moindre accident ; et sans doute il eût été, ainsi que le sujet de la précédente observation , conduit à une guérison parfaite, sans une fièvre d’hôpital dont il fut atteint , et à laquelle il succomba (1). »

Je suis persuadé que, chez le blessé qui fait le sujet de l’observation suivante, le biscaïen, qui, entré à la partie antérieure et supérieure gauche de la poitrine, est sorti en arrière et sur un point diamétralement opposé, a suivi la ligne courbe de la face interne des côtes, et n’a point traversé le poumon et les autres parties importantes qui se trouvent dans cette cavité.

Le nommé Dauvin , âgé de dix~sept ans, reçut, le 29 juillet i85o, un biscaïen qui lui traversa la poitrine à la partie antérieure et supérieure gauche. Ce biscaïen passa entre la quatrième et la cinquième côte, en comptant de haut en bas; il écorna les cèles, et sortit en arrière sur le point diamétralement opposé; il 11e traversait pas la peau dans ce point, mais faisait saillie sous elle, à deux pouces environ au-dessous de l’angle inférieur du scapulum. Une incision le mit à nu : Les accidents inflammatoires les plus graves se manifestèrent d’abord ; mais combattus énergiquement par le régime antiphlogistique, ils finirent par céder. Lejeune malade fut bientôt guéri complètement et sortit de l’hôpital au mois de novembre. Quelques mois après, il 'succomba chez ses parents.

Je crois que dans ce cas, les parties situées sur le trajet

( 1) Larrey, Clinique des camps } t. I,p. 316.

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apparent du projectile n’ont point été traversées; que la base du cœur et les gros vaisseaux qui se trouvent dans ces points n’ont point été atteints, sans quoi le malade aurait succombé de suite; mais que le projectile , après avoir traversé les parois de la poitrine, aura glissé entre la face interne des côtes et le poumon, intéressé peut-être légèrement celui-ci et suivi cette ligne, courbe d’un côté et convexe de l’autre, jusques au point de sortie.

Il est fort satisfaisant pour l’esprit de se rendre compte de ces phénomènes si extraordinaires en apparence, et qui frappent d’étonnement non-seulement le vulgaire , mais même les praticiens ; cela est d’ailleurs fort important pour le pronostic et le traitement de ces plaies.

Mais ce n'est pas seulement sur des surfaces concaves ou convexes, que les projectiles qui pénètrent dans les corps subissent ces singulières déviations; ils en éprouvent d’aussi étonnantes, de plus bizarres et souvent de plus inexplicables encore , lorsqu’ils pénètrent dans les autres parties. Les plus dures comme les plus molles, les liquides mêmes contribuent à cette déviation (i) : celle-ci dépend de la différence des milieux dans lesquels le projectile pénètre. Lorsqu’une balle pénètre dans le corps, et traverse une partie complètement, elle éprouve plus de résistance dans un point que dans un autre ; alors la direction du projectile est changée ; et s’il se trouve constamment une

(1) Les liquides font éprouver une déviation très marquée aux projectiles. Les amateurs delà chasseaux poissons avec des fusils, connaissent très bien ce fait: les balles sont puissamment réfractées par l’eau : à la surface elles sont réfléchies très fortement , quand elles sont tirées obliquement. L’absence de parties dures, comme os , cartilages, tendons, etc., etc., n’est donc pas une raison suffisante pour faire croire que la balle a dû cheminer droit ; bien plus , une balle peut être réfléchie par des parties molles , et aller briser ensuite un os qu’elle rencontre moins obliquement.

suite de points qui présentent des résistances différentes , l’ouverture que fera ce corps, sortant, se trouvera bien éloignée de la direction qu’il suivait en entrant ; aussi arrive-t-il souvent que telle partie , que Ton croit avoir été infailliblement blessée par une balle, est restée tout-à-fait intacte, tandis que telle autre, que Ton croit épargnée, a été atteinte.

Les degrés de réflexion que font éprouver à une balle les obstacles qu’elle trouve , au milieu des parties qui composent le corps humain , sont infinis. Un os, selon l’inclinaison du plan qu’il lui [présente, lui imprime une diversion plus ou moins grande , et l’oblige souvent à une marche rétrograde; un simple tendon la fait quelquefois rejaillir ; le corps d’un muscle fortement contracté la jette de côté, ou la fait passer autour de lui pour continuer sa course. Souvent, après avoir seulement ouvert les téguments , elle fait le tour du corps ou du membre , parce qu une succession de résistances égales, de réflexions sans cesse renaissantes, lui communiquent cette sorte de détermination centrifuge. Il n’est pas rare que frappant une partie dans un angle plus ou moins obtus, l’obliquité de son incidence la fasse monter ou descendre à une distance très considérable de la plaie qu’elle a faite en entrant. C’est ainsi qu on a vu une balle qui était entrée au genou, et qui s’était portée jusques près le bassin ; qu’une autre, entrée près du pied, avait coulé jusqu’au genou, etc., etc. (i).

La plus légère résistance détourne les balles de la ligne droite ; elles suivront un os dans toute sa longueur , un muscle, une aponévrose , à une distance très considérable. Le docteur Hennen cite des exemples, dans lesquels la

( ï) Percy, Manuel du Chirurgien d'armée.

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balle traversa presque toute l'étendue du corps, ainsi que les extrémités. Dans un cas, qui eut lieu cbez un soldat, au moment où il étendait Le bras pour monter à l’échelle , dans un siège, une balle, qui entra à peu près vers le centre du bras, passa le long du membre, par-dessus la partie postérieure du thorax , s'ouvrit un chemin dans les muscles de l’abdomen , pénétra profondément dans les muscles fessiers , et remonta à la partie moyenne et antérieure de la cuisse opposée. Dans une autre circonstance, une balle, après avoir frappé à la poitrine un homme qui était debout dans les rangs, alla se loger dans son scrotum. ( Principles of military surgery , pag. 54 , deuxième édition. )

Il serait à désirer que ces cireumversions des balles, que ces aberrations pussent être jugées de bonne heure, pour leur extraction , mais cela est très difficile; et l’esprit du chirurgien ne peut guère suivre la balle dans la route qu’elle a suivie , en estimant la densité des milieux qu’elle a eus à traverser, les réfractions qu’elle a dû essuyer, la pente que lui offrent les faces inclinées des os, des gaines tendineuses , la vitesse dont elle pouvait jouir , etc. , etc.

M. Chevalier , dans un ouvrage sur les plaies par armes à feu, a cherché à déterminer les effets et les déviations des balles sur le corps humain, d’après des lois mathématiques ; mais il est bien difficile , pour ne pas dire impossible , d’arriver à un pareil résultat. Si, comme l’observe G-uthric (1) , le corps humain était une substance absolument inanimée, ou bien composée de parties dont la densité , l’épaisseur et la puissance de résistance fussent exactement connues et appréciées, on pourrait ainsi calculer la puissance de la balle ; mais bien loin de là : le corps humain est composé de parties dont la puissance de contraction et

( i) Treatlse on gun shot wounds.

de résistance sont très variables. Les unes opposent une résistance très grande , tandis que les autres en offrent à peine; les unes ont une très grande élasticité, les autres n’en offrent presque pas. Nous ne pouvons ensuite estimer la force de résistance, toujours changeante , des tissus vivants. Sans doute , c’est à des lois mathématiques qui gouvernent la matière que les projectiles obéissent , mais le degré de force avec lequel ils ont été lancés , mais le degré de résistance que chaque partie a pu leur opposer étant inconnus, comment, ces bases essentielles manquant, vouloir estimer, par les lois du calcul, les effets des projec tiles lancés par la poudre à canon? C’est une chose qui nous parait tout-à-fait impossible'; et dans un pareil état de choses, il faut se borner à constater le phénomène, sans chercher à l’expliquer.

Il est des circonstances dans lesquelles les projectiles ( nous ne parlons que des balles ) traversent les parties d’une manière si heureuse , qu’aucun organe important n’est intéressé. Les cavités splanchniques se trouvent] dans ce cas , comme les membres. A Anvers , nous avons été témoin de plusieurs de ces cas heureux. Les balles étaient passées, soit dans l’épaisseur des membres, soit dans les parois des cavités splanchniques. Elles avaient meme traversé ces cavités de part en part, sans toucher à aucun organe important, artère, veine, nerf, os , ou viscère. J’ai vu un soldat qui avait reçu une balle à l’épaule, immédiatement au-dessous de la clavicule ; cette partie avait été perforée d’avant en arrière ; la balle avait cheminé au milieu des artères, veines et gros nerfs de cette région, sans les atteindre. Aucun accident ne survint, et le malade était guéri au bout de peu de jours.

J’avais observé un fait tout-à'fait semblable sur le maçon Apert , en juillet i83o, à Paris, Au moment où ce jeune

homme tenait son fusil couché en joue, une balle lui traversa Ft'paule de part en pari. L’ouverture d’entrée était située au-dessous de la clavicule, près de son extrémité interne; celle de sortie se voyait au-dessous du tiers interne de l’épine de l’omoplate. En moins d’un mois, le blessé était complètement guéri. Il n’éprouvait aucune gêne dans ses mouvements.

Je vis un autre militaire , à l’hôpital militaire d’Anvers , dont l’observation est très remarquable. Le nommé Poupon , âgé de vingt-trois ans, fusilier au cinquante-huitième régiment de ligne , reçut, à la tranchée, le 7 décembre 1802 , une balle dans l’orbite gauche. Celle-ci creva l’œil et passa outre. On ne put la retrouver. Presque immédiatement après , le blessé se plaignit de gêne en avalant , et d’une douleur assez vive au côté droit du cou , derrière l’angle droit de la mâchoire inférieure. On ne vit rien sur ce point , non plus que dans tout le reste du cou et de l’arrière-bouche , qui furent soigneusement explorés. Six ou sept jours après , une tumeur se manifesta derrière l’angle de la mâchoire. Cette tumeur , du volume d’un œuf de pigeon, était rouge, dure et douloureuse. Une incision d’un demi-pouce est faite dessus. On introduit un stylet , mais on ne sent point la balle. ( Cataplasmes émollients. ) Aucun symptôme fâcheux ne se manifesta ni du côté du cerveau, ni dans les organes de la face. Le malade , que je vis pour la première fois le 23 , quinze jours après sa blessure , avait du sommeil, de l’appétit, et il ne se plaignait que de cette tumeur placée derrière l’angle de la mâchoire , et d’une gêne peu considérable d’ailleurs qu’il éprouvait dans l’acte de la déglutition. Le 2 janvier, il était encore dans le même état. Probablement la balle était au fond de cette tumeur, et sera sortie plus tard avec la suppuration qu’elle aura déterminée.

Un fait à peu près semblable s’étaitr offert à mon ob-

servation, en juillet j83o, sur le nommé G-oclin , qui avait reçu , sur la place de Grève, une balle vers la racine du nez à gauche ; celte balle , après avoir traversé la face dans toute son étendue, vint faire saillie sous les téguments, un peu au-dessous de l’apophyse mastoïde du côté opposé. Ce blessé fut moins heureux que le précédent , car il conservre une paralysie de la joue droite et une amaurose de l’œil droit.

Sur un autre soldat, à Anvers , j'ai vu une balle frapper le milieu des parois abdominales sur les côtés de la ligne blanche, et sortir sur les côtés du rachis, sans produire aucune espèce d’accident. Cette balle avait traversé complètement la cavité abdominale , et ne s’était point bornée à contourner les parois abdominales, ainsi qu il arrive quelquefois ; elle avait été bien réellement pénétrante. En peu de jours , ce soldat fut guéri.

On conçoit difficilement qu’une balle puisse pénétrer dans le ventre , et le traverser de part en part , sans blesser gravement aucun viscère et ne causer aucun accident. On possède néanmoins un assez grand nombre de faits de ce genre ; et chez quelques individus meme les balles sont restées dans la cavité abdominale , sans qu’ils aient cessé de jouir d’une santé parfaite. Il est probable que dans ces cas, la balle aura glissé fort obliquement à la surface des intestins et autres viscères , qui sont contenus dans l’abdomen. Je possède deux faits, que j’ai recueillis en juillet i83o, et qui sont à peu près pareils à celui du soldat que j’ai vu à Anvers , Ces deux blessés , dont l’un était à l’hôpital Beaujon et l’autre à l’Hôtel-Dieu de Paris , guérirent très bien en peu de temps. Ils n’avaient aucune lésion aux viscères contenus dans le ventre (i).

(i) Il ne faut pas trop s’abuser cependant sur le mode d’action de ces coups prétendus heureux , qui ont traverse' l’abdomen de part en part : ils

L’action des projectiles sur les tissus de laine , sur le îin , le drap, le feutre, etc., mérite une grande attention de la part du chirurgien. Ces tissus frappés parles balles et autres projectiles , se distendent , s’alongent devant elles , avant d’être perforés, reviennent sur eux-mêmes après avoir été ouverts , et présentent une ouverture moins grande que le diamètre du projectile par lequel ils ont été traversés. D’autres fois ils ne sont pas perforés par ces projectiles , qui ne font que les alonger , et s’en font une véritable gaine, semblable à un doigt de gant. La connaissance de ce phénomène rend compte de certaines singularités, que l’on aurait beaucoup de peine à expliquer sans elle. En effet, une balle frappe un chapeau de feutre, alonge ce tissu, finit parle perforer, et entre dans le crâne, après avoir fait un trou à cette cavité. Si on examine l’ouverture faite

peuvent avoir réellement intéressé les intestins , mais leur lésion est demeure'e cachée , et est guérie par les seules forces de la nature.

En effet , à la suite de Faction d’un corps contondant , il peut se former une escharre, et si elle n’est pas très étendue , au bout de cinq ou six jours elle se détache, tombe dans le canal intestinal , et la cicatrisation s’opère, soit par le moyen de l’épiploon ou des portions intestinales voisines. Dujouart avait déjà remarqué, il y a long-temps , que les escharres devaient être regardées sur les organes creux comme des bouchons, et que pendant leur existence , la nature avait le temps d’entourer les viscères d’adhérences salutaires ( Plaies par armes à feu, p. 272, 288). Les tuniques intestinales déchirées ne se recollent pas immédiatement, dit ce chirurgien, à leurs parties congénères : elles s’agglutinent aux surfaces adjacentes , et leur empruntent pour ainsi dire la portion dont elles ont besoin pour remplacer leur perte de substance. M. Jobert a expliqué plus lard, comme cet auteur, le mécanisme de la guérison des intestins : les expériences qu’il a faites sur les animaux , et ses observations sur l’homme, confirment la justesse de l’opinion de Dufouart , dont l’ouvrage sur les blessures par armes à feu contient une foule de choses intéressantes au milieu d’erreurs grossières et tout-à-fait en désharmonie avec les connaissances qu’on possédait de son temps.

au feutre , on la trouve infiniment plus petite que celle qui est faite au crâne. Charles XII , roi de Suède , fut ainsi frappé , au siège de Frédérichtadt. Le chapeau de cet homme célèbre, que Ion conserve encore à Stockolm , présente une ouverture beaucoup plus petite que celle que Ton trouva sur le crâne. Pendant long-temps cette différence, si extraordinaire en apparence , contribua à propager le bruit calomnieux, que ce roi avait été assassiné par une des personnes qui l’entouraient au siège de la ville.

Une balle qui pousse au-devant d’elle les tissus de laine y lin, etc., qui s’en coiffe, en un mot, peut avoir pénétré dans l’intérieur des membres , dans les cavités memes , sans cesser d’être contenue dans cette gaîne accidentelle; c’est ainsi qu elle s’enveloppe dans une gaîne formée par la chemise, le caleçon, le pantalon, etc., et qu’en retirant les vêtements du blessé, on l’entraîne avec eux. Le lecteur se rappellera l’histoire du sous-lieutenant JVLagnien , que nous avons donnée plus haut, dont le bras avait été traversé par un petit biscaïen , qui avait poussé au-devant de lui un prolongement de la chemise de quatre ou cinq pouces de longueur , et dans lequel il s’était logé. J’ai vu un autre soldat , à Anvers, qui avait reçu un coup de feu au flanc; la balle s’était coiffée de la chemise, qu’elle avait poussée au-devant d’elle , et pénétré avec elle dans la plaie. En déshabillant le blessé, elle tomba.

A . Paré, Bordenave , Percy , Guthrie , citent des faits de ce genre. M. Boyer en a cité un fort curieux, dans son grand ouvrage.

En juillet iS5o , nous avons recueilli plusieurs faits pareils. Parmi ces faits , nous citerons celui d’un jeune homme qui avait reçu un coup de feu à Fhypogastre. Se sentant blessé, ce jeune homme (nommé Bouis JPloinet') voulut voir son mal, et , à son grand étonnement, la balle tomba

i)U SIEGE DE LA CITADELLE D?ANVERS. 79

par terre, lorsqu’il retira sa chemise. L’intestin fit cle suite hernie à travers la plaie. Pour soutenir son intestin hernié, il se fit un bandage avec son mouchoir, et se rendit seul, et à pied , dans un des hôpitaux de Paris , où il reçut tous les soins convenables , et guérit très bien.

M. Larrey cite, dans ses ouvrages, plusieurs faits intéressants de ce genre : En i8i4, un grenadier de la garde impériale reçut , à la bataille de Craon , un coup de feu à la cuisse. A l’examen du sujet, on trouva une portion delà chemise engagée dans une plaie ronde et étroite. M. Larrey débrida la plaie , et retira facilement un lambeau de chemise , au fond duquel était r enfermée une balle de gros calibre et une portion de l’étoffe du pantalon. Cette balle s’était meme déformée en touchant le petit trochanter (i).

A la funeste bataille de FLaterloo , un jeune soldat reçut une balle qui pénétra un peu au-dessus des vaisseaux spermatiques du côté droit ; elle chemina jusque dans le scrotum. La chemise formait un véritable doigt de gant , comme dans le cas précédent. L’extraction fut faite facilement.

Voici un autre fait que j’emprunte encore au même ouvrage de M. Larrey et qui surpasse tous les autres en singularité ( Clinique des camps ) :

Le nommé Alphonse Marseille , du dixième régiment de ligne, étant en Catalogne, en avril i8i5, avait reçu un coup île feu au ventre , dans un combat qui s’était établi entre les soldats de son régiment. Il paraît que la balle avait entraîné au-devant d’elle une portion de chemise, l’avait enfoncée dans 1 épaisseur des muscles, et avait pénétré avec elle dans la cavité abdominale. Le blessé , tombé sur le

(0 Cette portion de chemise et le projectile sont déposes au Cabinet de l’École de Médecine de Paris.

coup , avait reçu les premiers secours de Fun de ses camarades qui , n’ayant pu arracher la portion du vêtement engagée dans la plaie du bas-ventre , l’avait coupée avec un couteau , au niveau de cette plaie. Le chirurgien espagnol de l’hôpital de Figuières dans lequel ce blessé avait été transporté, n’avait point fait de recherches et s’était contenté d’appliquer un simple appareil sur la plaie. Bientôt après, des symptômes inflammatoires s’étaient déclarés, le ventre s’était météorisé , et le malade avait rendu une assez grande quantité de sang par les selles , cette évacuation sanguine avait été précédée de coliques violentes et d’envies de vomir. Les boissons délayantes et les cataplasmes émollients, mis en usage pendant plusieurs jours , avaient calmé les premiers accidents ; une abondante suppuration s’était établie dans la plaie, et, après trois mois environ, le même chirurgien , guidé par une portion de linge qui avait reparu au fond de la plaie , en avait enfla débridé les bords , avait saisi la toile avec ses doigts et de fortes pinces, et en avait fait l’extraction. Celte portion de toile formait un sac d’environ quatre travers de doigt de longueur , au fond duquel était la balle. Dès ce moment le malade allant de mieux en mieux , se trouva bientôt en état d’être évacué d’un hôpital à un autre, et il arriva successivement à celui du Gros-Caillou , à Paris, où il était entré dans l’état que nous avons indiqué.

Les gros projectiles se comportent comme les balles sur les mêmes tissus. En voici un exemple que je trouve dans Y Esquisse historique et médicale de T expédition d Alger, en 1800, par un officier de santé attaché à l’expédition:

« Un jeune soldat de la ligne reçut , dans la région inguinale du côté gauche, un biscaïen qui s’était enfoncé dans les chairs , à environ trois pouces de profondeur. Ce biscaïen avait percé la culotte et poussé devant lui la che-

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mise, qui représentait, par rapport à lui, un doigt de gant , sans léser l’artère crurale qu’il avait frôlée en dehors, et qu'on sentait presque à nu sur la lèvre interne de la plaie. » Le chirurgien qui rapporte cette observation , engagea le blessé à fléchir la cuisse sur le bassin; et les muscles se trouvant dans le relâchement , il amena sans difficulté la chemise , qui ne résista que par le poids quelle entraînait avec elle.

Nous n’excepterons pas meme les os dans l’épaisseur desquels les projectiles ont été introduits de cette manière, en poussant au-devant d’eux les tissus souples et flexibles dont ils se coiffent. En voici un exemple recueilli en i8i4: à cette époque, il se présenta à FHôtel-Dieu un militaire français, blessé d'un coup de feu à la partie interne et supérieure de la jambe. Le condyle interne du tibia était intéressé. En sondant la plaie , M. Dupuytren sentit au fond un corps mou, dont il ne put déterminer la nature. La plaie étant élargie , on appliqua , sur le condyle interne du tibia , une couronne de trépan : on trouva alors un cylindre d’étoffe que l’on attira à soi , et qui contenait une balle , laquelle s’était entourée de l’étoffe du pantalon, et s’en était fait une espèce de sac qui la contenait , et n’était point perforé.

Les plaies par armes à feu sont , suivant la plupart des auteurs , des plaies qui ne saignent pas , ou qui saignent rarement. L’extrême contusion des parties, leur attrition , disent-ils , est si grande , que les vaisseaux sont mâchés * crispés, au point que le sang ne peut s’en échapper, et que , lorsque l’escharre est tombée , l’oblitération du vaisseau ayant eu souvent le temps de se faire , l’hémorrhagie ne se reproduit plus. Il arrive même quelquefois, qu’après l’ablation des membres par des boulets , les grosses artères ne saignent point pendant l’amputation. M. le docteur Thomson ( Report of observations in tke military hospitals in

Belgium , p. 54 et 35 ) cite le cas d’un homme qui eut la jambe emportée par un boulet. On lui fit l’amputation de la cuisse , et on n’eut pas besoin de faire de ligature. Il se présenta un autre cas tout-à-fait semblable , dans lequel le bras avait été emporté tout près de l’épaule; les artères ne saignèrent pas non plus. Il faut se garder de trop compter sur ce résultat dans les blessures qui sont compliquées de lésion aux vaisseaux. Toutefois, il est beaucoup de circonstances où il n’y a point d’hémorrhagies , et j’ai été témoin de plusieurs observations de ce genre à Anvers : tel est le cas suivant.

Le lieutenant Chcirvet , du ier régiment d’artillerie, âgé de trente ans , doué d’une constitution très nervemse, fut frappé par l’un des derniers coups de canon tirés de la citadelle, le 2 5 décembre au matin. Le boulet, étant dans toute sa vitesse, le frappa immédiatement au-dessus de l’articulation cubito-huméraie. L’avant-bras et la partie inférieure du bras furent complètement séparés du corps et lancés très loin. M. Chcirvet ne tomba pas, et fit encore cent pas environ, après avoir reçu cette affreuse blessure. Aucune hémorrhagie ne se manifesta par la plaie. Il n’y eut point de symptôme de commotion. Le malade conserva toute sa connaissance, son intelligence et la liberté de tous ses mouvements. Transporté à l'ambulance de siège , l’amputation lui fut pratiquée dans la continuité du tiers supérieur du bras , par M. Forget. Le blessé la supporta avec beaucoup de courage. La plaie fut réunie par première intention ; aucun accident ne se manifesta après l’amputation.

Lorsque je quittai Anvers , le 2 janvier, M. Charvet était dans un très bon état.

Cette absence d’hémorrhagie s’est remarquée aussi chez d’autres militaires dont les membres ont été emportés, et notamment chez un malheureux soldat,, dont les deux

cuisses avaient été enlevées par un boulet de gros calibre. Les artères fémorales ne fournissaient pas du tout de sang. Ce malheureux succomba quelques heures après son arrivée à l’ambulance. Mais si on observe réellement une absence complète d’écoulement de sang sur quelques individus et même sur un assez grand nombre qui ont été atteints de lésion aux vaisseaux sanguins, on doit dire aussi qu’il y en a beaucoup chez lesquels des hémorrhagies, soit artérielles , soit veineuses , se déclarent immédiatement , et sont très souvent la cause de la mort des blessés. J’ai vu à Jtnvers plusieurs de ces hémorrhagies primitives qui provenaient même d’artères peu volumineuses. Tel était le cas suivant.

Bouley, âgé de vingt-trois ans, canonnier au ier régiment d’artillerie, reçut , le 22 décembre i832,un coup d’éclat d’obus, tout-à-fait à la partie externe inférieure et postérieure de la jambe; il en résulta une plaie assez profonde, située à la partie interne de la jambe. Le tendon d’Achille fut rompu, et l’artère tibiale postérieure atteinte et ouverte. Une hémorrhagie abondante eut lieu à l’instant même. Le blessé fut transporté de suite à l’ambulance de tranchée, et un des chirurgiens de service lui fit la ligature de l’artère. L’hémorrhagie étant ainsi arrêtée , le blessé fut transporté à l’hôpital militaire à7 Anvers. La levée du premier appareil eut lieu le 27 décembre. La plaie était en très bon état. L’hémorrhagie ne se renouvela plus.

Je tiens de M. Blanc , chirurgien aide-major attaché à 1 ambulance de la division Sébastiani , le fait suivant :

Le 23 décembre i832 , au combat de Doel ( village situé à quelques lieues d 'Anvers), un lieutenant d’infanterie, M. Saint Léger , reçut une balle à la partie interne et inférieure de l’avant-bras; le cubitus fut fracturé, l’artère cubitale fut ouverte : une hémorrhagie subite et violente

eut lieu. Un chirurgien major, placé près du champ de ha» taille, appliqua un appareil, tamponna la plaie. L’hémorrhagie fut arrêtée , et ne se renouvela pas.

J’ai vu une hémorrhagie veineuse très abondante , chez le nommé Petit , âgé de vingt-cinq ans, soldat au 25e régiment d’infanterie de ligne, et qui avait reçu une profonde blessure à Faîne , par un éclat d’obus. Cet éclat se trouvait dans la plaie. Lorsqu’on le retira , une hémorrhagie veineuse très abondante se déclara. Elle provenait de la partie supérieure de la veine fémorale, ou de la partie inférieure de Filiaque externe. On tamponna , et l’hémorrhagie s’arrêta. Mais cette hémorrhagie se renouvela à chaque pansement, que Fon ne faisait cependant, que tous les deux ou trois jours , et elle survint même dans l’intervalle des pansements. C’est ainsi qu’il eut quatre hémorrhagies extrêmement abondantes. Lorsque je partis d’ Anvers , ce blessé était dans un état d’exténuation tel, que sa fin semblait prochaine.

En juillet i85o , j’avais déjà eu l’occasion de voir plusieurs cas remarquables d’hémorrhagie primilive à la suite de coups de feu. C’est ainsi qu’un homme frappé d’une balle à la cuisse, à deux pouces de Faîne, et perdant une grande quantité de sang, fut transporté à FHôtel-Dieu, le 28 ou 29 juillet. Il était presque mourant, tant la perte de son sang avait été considérable. A peine la ligature était-elle faite, par M. Dupuyiren , que ce malheureux expira. Secouru plus tôt il aurait probablement échappé à la mort. Un autre individu blessé par un biscaïen à l’aine, et dont l’artère fémorale avait était ouverte , succomba aussi de cette manière. Ce blessé avait été placé dans le service de M. Sanson : sa mort fut si prompte qu’on n’eut pas même le temps de lui faire la ligature de l’artère. L’individu suivant fut plus heureux. Blessé dans les journées de

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Juillet , à l’épaule par une balle, qui lui ouvrit l’artère axillaire; une hémorrhagie des plus abondantes se manifesta à l’instant meme. L’accident arriva près de Thôpital Beaujon. Le blessé fut transporté de suite dans cet établissement, et M. Blandin lui fit immédiatement la ligature de l’artère axillaire, et arrêta l’hémorrhagie.

M. Larrey rapporte aussi dans ses Mémoires (1) plusieurs observations d’hémorrhagie primitive par suite de coups de balle. Une des plus intéressantes est la suivante :

M. Arrighi ( duc de Padoue) reçut en Egypte, au siège de Saint- Jean- d’ Acre, un coup de balle, qui lui coupa la carotide externe , à la séparation de l’interne et; à son passage dans la parotide. La chute du blessé , et un jet de sang considérable qui se faisait par les deux ouvertures appelèrent l’attention des canonniers. L’un d’eux eut la présence d’esprit d’appliquer ses doigts dans ces ouvertures; il comprima l’artère et arrêta l’hémorrhagie. M. Larrey fut appelé à temps , et guérit le blessé par la compression.

Mais si les hémorrhagies primitives sont très graves et très inquiétantes dans les plaies par armes à feu, il en est aussi de même des hémorrhagies consécutives , qui doivent sur-tout fixer l’attention du chirurgien. Mais à quelle époque ont lieu ces hémorrhagies ? C’est une question très importante à étudier.

Un individu tombe frappé par un coup de feu qui a touché un gros vaisseau. 11 y a commotion, stupeur, syncope ; la circulation est ralentie, suspendue ; ce qui prévient une hémorrhagie primitive; mais ce n’est que momentanément. Lorsque le blessé reprend ses forces, une ou deux heures après , l’écoulement de sang commence. Cette hémorrhagie, pour n’avoir pas été instantanée, n’en est pas

(i) Tom Ier, p. 309.

moins primitive. Le chirurgien doit donc toujours être sur ses gardes, lorsqu’il a quelques soupçons sur la lésion d’un vaisseau considérable. 11 y a deux espèces d hémorrhagies primitives: lune qui arrive à l’instant même de la blessure, et l’autre au bout d’un temps variable, une, deux ou trois heures, lorsque l’état de syncope ou de commotion diminue. Quant à l’hémorrhagie consécutive, qui se manifeste à la chute des escharres d’attrition , elle se manifeste à des époques très variables. Ordinairement c’est au huitième , dixième , quinzième jour , et quelquefois plus tard , comme au vingtième et meme au vingt-troisième. C’est à l’approche de ce moment , qu’il faut beaucoup de surveillance ; cette époque est souvent avancée par des émotions vives, des écarts de régime, des mouvements violents, etc. Ces hémorrhagies là ont une gravité d’autant plus grande , que le malade est plus affaibli par l’inflammation , la suppuration et les pertes antérieures de sang, et qu’il ne peut supporter sans danger l’écoulement de quelques onces de ce liquide. Ce qui rend ces hémorrhagies plus fâcheuses encore, c’est qu’il est presque impossible d’apercevoir le vaisseau ouvert , au milieu des chairs boursoufflées , enflammées, suppurantes. D’ailleurs, si on l’aperçoit dans ce point , et qu’on en fasse la ligature, celle-ci coupe promptement son tissu enflammé, et l’hémorrhagie se renouvelle peu de temps après. Ici se trouve alors l’indication de ne point lier le vaisseau à la surface d’une plaie, mais bien son tronc , à une certaine distance entre le cœur et la blessure. Cet état des vaisseaux enflammés, au milieu des tissus qui entrent dans la composition d’une plaie , et leur promptitude à se laisser couper par une ligature, a été noté depuis long- temps par M. Dupuytren . Plusieurs fois, et notamment en 1 8 1 4 , ü a pratiqué la ligature du tronc des vaisseaux , dont les extrémités fournissaient

DU SIEGE DE LA CITADELLE d’aNVERS.

une hémorrhagie à la surface des plaies produites par armes à feu.

Parmi les hémorrhagies consécutives que j'observai à Anvers , une des plus remarquables est la suivante. J’eus occasion d’en voir au quatrième,, cinquième, sixième, dixième jour, et plus tard ; celle-ci a eu lieu le sixième jour , et a été fournie par l’artère radiale.

M. Degumoëns , colonel d’état-major général de l’armée hollandaise , fait prisonnier avec la garnison , fut transporté .à Phôpital militaire d’ Anvers, Il avait été blessé le 22 au soir par les éclats d’une bombe. Cet homme, âgé de quarante-deux ans, d une force athlétique, d une taille élevée, d’un embonpoint très considérable, avait déjà une foulure très douloureuse au genou depuis quelques jours, et continuait néanmoins son pénible service dans la citadelle, lorsqu’il fut renversé par cette bombe. Il en reçut dix ou douze plaies ou contusions plus graves les unes que les autres : un éclat lui traversa les chairs de ia partie externe de la cuisse gauche , en agissant de bas en haut. L’ouverture d’entrée, placéeau tiers inférieuret externe de la cuisse, était presque ronde; l’ouverture de sortie, à l’union du tiers supérieur avec le tiers moyen, était au contraire inégale, déchirée, irrégulière. Un autre éclat avait fait une blessure à peu près semblable à la cuisse droite, à la meme hauteur, mais un peu plus en avant. Ces deux plaies avaient été débridées par les chirurgiens hollandais. Un troisième éclat avait fait au mollet de la jambe droite, une écorchure de la largeur de la paume de la main environ. L’épiderme avait seulement été enlevé. Un quatrième éclat avait enlevé une masse considérable des chairs de la partie postérieure et interne de la cuisse droite, depuis le jarret; et à deux pouces environ de cette dernière partie , existait une plaie de îa largeur de cinq pouces , de la longueur de huit et d’une profondeur de quatre environ; plaie

inégalé, déchirée, couverte d escharres et de détritus. Un cinquième éclat 1 avait frappé à la partie antérieure de l’avantbras, etavait produit là une plaie coutuse de deux pouces et demi de hauteur, occupant tout le diamètre transversa 1 de l’avant-bras , et une contusion qui s’étendait jusques au pîi du coude. Un sixième et dernier éclat lui avait fait une autre plaie contuse , peu étendue, à la partie latérale droite et inférieure du thorax. Aucun des os des régions affectées

n’avait heureusement été atteint chez cet officier.

Le soir, à trois heures, 28 décembre, une hémorrhagie très, abondante se manifeste par l’artère radiale : elle e.U saisie et liée. Quelques heures après, le colonel, très a {faibli par la perle de son sang, est saisi d'un trismus très violent : les mâchoires .sont extrêmement serrées, le cou fortement renversé en arrière, les muscles du thorax et de l’abdomen sont rapidement envahis par la contraction el la raideur tétanique; des secousses convulsives fréquentes et douloureuses se font remarquer dans les muscles des membres. Mort dans la nuit. Les narcotiques, unis aux calmants, n ont enrayé en rien la marche rapide de la maladie qui a emporté ce blessé en quelques heures.

Les brûlures faites par la poudre à canon libre , ont été peu fréquentes au siège d "Anvers, contre l’ordinaire dans ces circonstances , et contre l’ordinaire même dans les combats en rase campagne. Toutefois j’ai eu l’occasion d’en observer huit ou dix, et en particulier, sur cinq soldats qui venaient d’entrer dans un petit fort nouvellement abandonné par les Hollandais , et qui furent brûlés tous en meme temps. Les Hollandais en se retirant avaient répandu sur le terrain une grande quantité de poudre qui était recouverte de-paille. Les soldats Français, sans méfiance, établirent leur bivouac sur ce terrain : à peine leur feu était allumé que la poudre, répandue à la surface du sol , s’enflamma et brûla fortement

cinq soldats qui se trouvaient dans le voisinage. Les parties qui élaieut exposées à l’air furent seules atteintes, c’est-àdire le visage et les mains. Ces parties le furent à divers degrés. Sur presque toutes ,‘ ce fut au second degré , c’està-dire qu’il y eut seulement vésication. Sur quelques autres, ce fut au troisième degré, c’est-à-dire qu’il y eut destruction complète du corps muqueux et destruction incomplète du chorion de la peau (i). Quelques autres soldats de l’artillerie, qui déchargeaient des obus et des bombes, et répandaient autour d’eux la poudre avec peu de précaution , furent également brûlés de cette manière, et à des degrés semblables. Les vêtements protégèrent les autres parties du corps; ainsi que nous l’avons dit, la tête. et les mains seules furent atteintes.

Ces brûlures par la poudre à canon ont ceci de remarquable qu’elles sont presque toujours compliquées aussi de l’insertion d’un plus ou moins grand nombre de grains de poudre dans les chairs; Dans une masse de poudre à laquelle le feu est mis , tout n’entre pas en déflagration. Qu’une partie plus ou moins considérable échappe à la combustion, cette partie de poudre non enflammée est mise en mouvement comme un projectile , et insérée dans la peau , et y produit ces points noirs, bleus , etc,, qui, rapprochés, et en grande quantité, font des espèces de masques, quand c’est sur la figure que la brûlure par la poudre a eu lieu. Ces taches sont indélébiles , comme celles qui sont produites parle tatouage.

Ces brûlures furent suivies presque toutes d’un gonflement très considérable , sur-tout à la face, et d’une abon-

(i) Nous adoptons ici , comme la meilleure, la doctrine de M. Dupuytren sur les brûlures. On sait que ce professeur admet six degrés dans cette lésion. Cette division est non-seulement la plus satisfaisante, pour expliquer tous les phénomènes locaux de la maladie ; mais elle est encore la plus féconde en résultats pratiques.

clante suppuration. Des saignées générales copieuses et répétées, la diète, des boissons émollientes et rafraîchissantes, des pansements avec du linge troué et enduit de cérat , de la charpie , etc. , etc. , amenèrent ces blessés à guérison , sans accidents.

Traitement .

Le traitement des coups de feu par balles qui traversaient seulement les chairs, et n’avaient intéressé ni gros vaisseaux, ni nerfs, ni autres organes importants, s’est borné généralement à des débridements aux ouvertures d’entrée et de sortie, au repos, à des pansements simples, consistant en linge fenêtré et enduit de cérat, delà charpie, des cataplasmes émollients : toutes ces plaies ont guéri très bien , et en un temps généralement assez court. Il en est quelques-unes qui étaient même tout -à-fait guéries en quelques jours ( i).

Ces plaies, qui traversent seulement les chairs, constituent sans doute une maladie légère et qui guérit ordinairement par Femploi de moyens simples. Mais doit-on , pour cela, les abandonner à elles-mêmes, c’est-à-dire attendre le dégorgement des parties , la chute des escharres, la suppuration et la cicatrisation de la plaie, en se contentant de pansements ordinaires? ou bien, faut-il prévenir les accidents

(i) L’opinion dans laquelle on est que les plaies contuses doivent presque toujours suppurer, est beaucoup trop exclusive. J.-L. Petit avait remarqué que, pourvu que la contusion ne fût pas trop forte , la réunion pouvait avoir lieu. Il avait même été' jusqu’à avancer que l’état de stupeur qui accompagne ces sortes de blessures pourraient bien , en s’opposant au développement trop grand de l’inflammation, favoriser l’adhésion des parties mises en contact. On a même été plus loin encore de nos jours , et on a eu recours à la réunion immédiate, même dans quelques blessures par armes à feu. M. Larrey rapporte plusieurs exemples de succès par l'emploi de cette méthode.

DU SIEGE DE LA CITADELLE d’aNVEKS. Ç)î

inflammatoires des étranglements , etc. , etc. , et chercher à ramener cette plaie éminemment contuse à l’état de plaie nette, franche et sanglante , à l’aide d’incisions , ou, comme on dit, du débridement? Il est sans doute avantageux d’épargner aux blessés les douleurs qui accompagnent inévitablement le débridement des plaies par armes à feu; il est certain aussi que , d^ns un grand nombre de cas, des plaies produites par des balles qui avaient seulement traversé les chairs d’un membre, comme le bras, la cuisse, la jambe, etc., etc. , ont .été conduites à guérison parfaite, sans le débridement, et à laide de moyens ordinaires, tels que charpie, cérat simple, cataplasmes et fomentations de nature émolliente. Mais dans un grand nombre de cas aussi, et c’est le plus grand , on a vu survenir des engorgements considérables des membres, des étranglements, des gangrènes très étendues, des dépôts, des fusées purulentes qui s’insinuent entre les parties et les écartent, et exigent des contre-ouvertures plus ou moins multipliées sous peine de croupissements du pus et autres désordres et délabrements très graves ‘et souvent mortels. Nous avons eu, lors des * journées de juillet i83o, l’occasion de voir un assez grand nombre de résultats fâcheux de l’omission des débridements dans le cas de ces plaies simples.

Les accidents que nous avons énumérés peuvent être évités , prévenus , ou même arrêtés dans leur développement par le débridement convenablement employé. Ce moyen a d'ailleurs l’avantage de donner une plus large issue aux liquides de toute espèce qui se trouvent ou qui se forment dans le trajet suivi par la balle. Par débridements convenables destinés à prévenir les accidents qui suivent les plaies par armes à feu , nous n'entendons pas les incisions qui se bornent simplement à la peau, mais bien celles qui, faites aux ouvertures d entrée et de sortie, s’étendent

à tout le trajet de la balle ; de manière que les doigts introduits par les deux orifices passent librement, et se rencontrent sans éprouver aucune gêne.

Si on ne peut, sans exposer les blessés à des accidents graves, se dispenser , dans le plus grand nombre des cas , d’avoir recours aux débridements sur les membres volumineux , enveloppés d’une forte aponévrose , comme la cuisse , la jambe , etc. , il y a des parties où les débridements, sont moins nécessaires , et même où ils sont tout-à-fait inutiles ; telles sont "celles qui sont peu fournies de chairs , et dont le volume dépend principalement des os, comme la tête, la poitrine, les parois abdominales, etc. Il en est de même des membres dont une très petite épaisseur a été traversée. J’ai vu, à Anvers, un assez grand nombre de militaires blessés de cette manière , auxquels on nùt point fait de clébridement, et qui sont guéris sans accident. Le débridement doit donc être fait avec discernement, et d’après des indications suffisantes fournies par la nature de la partie blessée et les complications qui existent actuellement , ou qui peuvent survenir.

Les débridements des plaies ont été faits, à Anvers , d’après ces principes , et nos blessés s’en sont parfaitement trouvé. Les pansements qui ont suivi les plaies , avec ou sans débridement , ont été simples et doux , ainsi que nous l’avons dit. On n’a plus recours, de nos jours, à ces substances irritantes , à ces topiques spiritueux , dont on faisait un usage si fréquent autrefois, et cela au grand détriment des blessés (1). Les pansements ont été faits à plat, c’est

(1") Il n'y a pas très long-temps que l’usage de ces irritants a cessé. M. Larrey nous dit, dans ses Mémoires (tom. I, pag. 5o et suivantes), que Desaultj à l’occasion des blesse's par armes à feu qui provenaient du combat qui eut lieu au faubourg Saint-Antoine, lors du soulèvement des ouvriers

assez dire qu’on n’a point eu recours à cette funeste méthode, d’introduire , dans les plaies, des tentes de charpie , séton, etc. , et autres corps étrangers, qui excitent souvent des inflammations si graves, (i)

Quand une inflammation un peu trop vive se manifestait aux ouvertures et le long du trajet des plaies, on appliquait sur ces points, avec beaucoup d’avantage , un grand nombre de sangsues. Quelques contre-ouvertures furent nécessaires, pour donner issue à des foyers de pus' qui se formèrent. Lorsque l’inflammation était, au contraire , languissante, on fit usage de lotions avec des décoctions de quinquina, le vin miellé; on pansa avec l’onguent styrax , etc. Ces moyens suffirent pour maintenir l’inflammation dans des bornes convenables. On employa dans ce but, avec le plus grand succès, à l’Idôtel-Dieu , en i85o, les lotions avec de l’eau simple légèrement chlorurée. M. Dupuytren en retira les plus grands avantages.

La lésion des artères fut combattue par les moyens ap-

de Réveillon dans notre première révolution, s’éleva avec force contre les spiritueux dont on pansait encore les blessures par armes à feu , et dit qu’il fallait en revenir aux émollients proposes par A. Pare'.

M. Larrey semble lui-même ne s’être point complètement affranchi des ide'es anciennes à cet égard , car il panse souvent des plaies par armes à feu, avec de l’onguent styrax e'tendu sur du linge fenêtre , de la charpie et des compresses imbibées de vinaigre camphré froid.

Sans doute il est bon de ranimer quelquefois l’inflammation languissante dans une plaie et de la déterger par des excitants ; mais se faire une règle générale d’un pansement semblable , nous semble une chose nuisible.

(i) Je reçois à 1 instant un ouvrage nouveau sur les Plaies cV armes à Jeu) ouvrage lait par M. Jobert [de Lamballe)f qui prétend avoir retiré des avantages de l’emploi du séton dans beaucoup de circonstances. Dans l’examen que nous ferons de cet ouvrage , dans le Journal hebdomadaire ou dans tout autre, nous examinerons ce qu’on doit penser de ce moyen , que les chirurgiens ont généralement abandonné.

propries: ligature, compression, etc. Celle des veines le fut aussi de cette manière. Nous avons vu que ce dernier moyen échoua contre une hémorrhagie veineuse abondante, fournie par la veine iliaque externe, ouverte par un éclat d’obus.

Quant aux plaies compliquées de lésions aux os, nous avons déjà dit quelques mots du traitement qui a été employé.

Les fractures comminutives des os d’un volume médiocre, ont été traitées par le débridement , l extraction des esquilles , les saignées générales répétées, suivant la violence des accidents inflammatoires , le repos absolu des membres, et l’application des appareils des fractures compliquées (i). On n’a point appliqué l’appareil permanent des fractures compliquées ; seulement on a pansé ces blessures le plus rarement possible ; d'abord tous les cinq ou six jours ; et à mesure que la suppuration devenait plus abondante, on rapprochait les pansements. On les fit ensuite tous les jours,

(i) M. Seulin a fait, à la manière de maintenir réunies les diverses pièces de l’appareil des fractures, une modification qui me semble des plus utiles. On emploie , comme on le sait , dans les appareils ordinaires, des rubans de fil dont on serre le nœud sur uue des atelles ; mais il est difficile de faire ce nœud, et sur -tout de le défaire, sans imprimer au membre fracturé des secousses fâcheuses. De plus, ces liens ont Finconvénient de se relâcher dans l’intervalle des pansements. Une boucle attachée à une des extrémités du lien , et dans laquelle on engage l’autre extrémité, remédie à tous ces inconvénients : on peut serrer et desserrer sans secousse , et jamais l’appareil ne se relâche ; l’ardillon de la boucle ne le permet pas. J’ai vu M. Seutin faire usage , avec beaucoup d’avantages , de cette petite modification sur les membres fracturés comminutivement , et dont on voulait tenter la conservation. On conçoit facilement qu’on peut en faire mi usage tout aussi utile dans les fractures simples.

DU SIEGE DE LA CITADELLE D ? A N V E P« S . f)5

et on finit par les éloigner cle nouveau , et les rendre rares lorsque la suppuration diminuait (1).

Quant aux fractures comminutives des os principaux du membre, comme le tibia, le fémur, l'humérus , les chirurgiens militaires n’ont pas hésité à faire l’amputation des membres. C’est une pratique dont l’expérience leur apprend tous les jours la sagesse ; car la temporisation entraîne le plus souvent la mort des blessés. Le petit nombre de militaires qui ont refusé de se soumettre à celte opération , ont presque tous succombé avec les symptômes dont nous avons parlé. Les autres étaient, à mon départ d’ Anvers , dans l’état le plus déplorable (2),

(1) Les succès de l’appareil permanent (celui de M. Larrey père , celui de Dieffenbach , etc. , etc. ) sont sans doute incontestables ; mais on ne doit point s’abuser sur la valeur de cette méthode : on a des revers assez fréquents avec elle , et c’est malheureusement de ces revers dont on ne parle pas. Une série de faits nombreux et d’essais nouveaux et comparatifs dans lesquels on rapporterait exactement tous les succès et les revers obtenus, fixerait sur l’importance qu’on doit attacher à cette méthode. Nous possédons déj à , il est vrai , plusieurs travaux , thèses et mémoires sur ce sujet : tels sont , en particulier, la thèse de M. Larrey fils , dont la bonne foi et la loyauté ne peuvent êlre révoquées en doute , l’exposé des idées de Dieffenbach , publié par MM. Rauch , Muttray , en Allemagne , par l’infortuné Legallois et M. Malgaine , en France , etc., etc. Mais ces travaux, quoique très importants, ne suffisent pas pour nous fixer sur ce point important de la thérapeutique chirurgicale et , dans l’état actuel des choses, il est impossible de décider encore si, dans le traitement des fractures simples ou compliquées, et sur-tout de celles qui sont produites par des plaies par armes à feu , on doit adopter ou rejeter exclusivement la méthode des. pansements réitérés , ou celle de l’appareil inamovible.

(2) Les chirurgiens militaires ont été accusés de couper trop de membres j c’est une fausse accusation. Je serais plutôt tenté de leur renvoyer le reproche contraire , ainsi que l’a fait M. Gaultier de Claubry. Les chirurgiens civils sont bien revenus des préventions qu’ils avaient conçues à leur égard. Depuis que les désastres de la guerre sont venus jusque dans le sein des grandes villes et des capitales, l’expérience leur a appris à

L’enîèvement considérable d’une masse de chair des membres, le broiement de ces membres, leur enlèvement complet , l’ouverture et le fracas des articulations , ont

modifier, je dirais même à changer complètement leurs idées sur la conservation des membres fracturés comminutivement par des coups de feu. Laissons parler un instant M. Gaultier de Claubry ( Journal universel et hebdomadaire , tom. 5). « Lorsque j’arrivai sur le théâtre delà chirurgie >> militaire, je me permis de blâmer hautement la conduite de mes chefs , » que j’appelais aussi routinière , barbare ,■ je parvins même , à force d’in- » stances , à force d’assurance des ressources de la nature et de l’utile se- » cours de l’art, à porter quelques chirurgiens militaires à douter de la » justesse de leurs déterminations; à hésiter, dans certains cas, à s’armer » de l’instrument tranchant. Eh bien ! les plus expérimentés m’assuraient » que je ne tarderais pas à revenir de mon erreur: les autres ne tardèrent » point à gémir avec moi, eux, de leur blâmable condescendance, et moi, » de la présomptueuse légèreté avec laquelle j’avais jugé une conduite » sanctionnée par une longue expérience, sans avoir réuni tous les élé- » rnents de la question. J’ai encore présents à l’esprit les nombreux blessés » delà campagne de i8o5, en Italie, chez lesquels je passais des journées » entières à panser des fractures comminutives des os longs, et qui suc- )> combèrent tous, les uns dans les premiers jours, par l’effet des accidents » primitifs, douleurs, convulsions, fièvre, résorption purulente; les autres » apres un temps quelquefois fort long , lorsque leurs blessures ayaient » éprouvé un notable amendement, par l’effet du typhus nosocomial, de » la dysenterie épidémique , etc. »

Ce que M. Gaultier de Claubry a éprouvé, lorsqu’il arriva sur le champ de bataille , le désir qu’il avait manifesté de voir conserver les membres ainsi fracassés } soit par des balles , soit par la mitraille, je l’ai, comme lui, éprouvé à Anvers , malgré les faits nombreux dont j’avais été témoin à Paris, etqui auraient déjà dûme donner uneautreconvictionàcetégard. En voyant ces blessés atteints de fracture du fémur, par une balle qui leur avait fracturé comminutivement cet os, je déplorais leur sort, et me demandais si on ne pourrait pas tenterdeleur conserver leur membre. En m’entendant parler ainsi , M.ZmcA me saisit vivement le bras, et me dit :« Croyez-en, mon cher ami, ma vieille expérience de la chirurgie de bataille; on devrait toujours , mais toujours, ériger en principe absolu d’amputer la cuisse toutes les fois que le fémur a été fracturé comminutivement par un coup de feu; nous perdrions beaucoup moins de blessés. Sur cinquante individus

également nécessité l'amputation , ainsi que nous l avons dit.

Ces blessés nous ont mis à même cle vérifier l’exactitude

de la solution donnée par tous les chirurgiens expérimentés , sur la question importante et malheureusement si longtemps indécise , de l’époque à laquelle doit être faite l’amputation d’un membre , quand il est impossible de le

traités de cette manière , nous amputerions peut-être inutilement deux cuisses, mais nous sauverions la vie à quarante hommes au moins, tandis qu’en tentant la conservation de tous ces membres, nous pourrions en perdre quarante-six ou quarante-huit. Si nous ouvrons les ouvrages , thèses, mémoires , etc., etc., sur ce sujet , nous trouverons tous les auteurs à peu près d’accord.

Ravaton dit que si on n’ampute pas , cette fracture du fe'mur est à peu près constamment mortelle. Schmucker soutient qu’on ne sauve qu’un malade sur sept parmi ceux qui en sont alteiuts. Lombard tient le même langage. M. Jxibes père n’en a vu , pour sa part , gue'rir aucun complètement ( Mém . sur la fracture du tiers moyen du fémur compliquée de plaie et pro~ duite par armes à feu, i83i), lorsque c’était la partie moyenne de l’os qui avait été fracturée. M. Gaultier de Claubry est dans la même opinion sur ce point que M. Ribes : il dit même qu’à l’armée d "Espagne , presque tous les militaires, dont la cuisse avait été fracturée , sont morts quand on ne les a pas amputés sur-le-champ Les combats de juillet en i83o et juin i832 , ont mis les chirurgiens des hôpitaux de Paris , à même de reconnaître la justesse de ce fâcheux pronostic. Quelques cas exceptionnels cités par les auteurs , ne font d’ailleurs que confirmer la règle. Pour les autres membres principaux , il en est de même ou à peu près , quoiqu’on ait beaucoup plus de chances pour conserver, sur-tout s’il s’agit des membres supérieurs et sur-tout si lesindividus sont jeunes; néanmoins le danger esL toujours très grand. Je l’ai répété souvent, disait M. Dupuytren dans une de ses leçons cliniques, à la suite des journées de juin 1882 , et je le répète pour la dernière fois , d’après les faits dont j’ai été témoin , principalement en 1 8 1 4? i8i5 et i83o, mon opinion est sur ce point inébranlable. Dans les fractures compliquées , sur-tout dans celles par armes à feu , en rejetant l’amputation , on perd plus d’ individus qu on ne sauve de membres. Nous n’ajouterons rien à cette solennelle déclaration.

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conserver. Presque tous les blessés ont été amputés immédiatement après leurs blessures , ou dans les premières vingt-quatre heures ; aussi , vingt ou vingt-cinq jours après, étaient-ils guéris, ou au moins très avancés dans leur guérison, sans que la cicatrisation des plaies ait élé interrompue par des accidents graves. Les amputations consécutives, au contraire, ont été généralement suivies d’orages très violents, et qu’il a été impossible de conjurer chez le plus grand nombre. Tels ont été les hémorrhagies , les érysipèles , des gangrènes , des suppurations abondantes et prolongées, des phlegmasies , et des dépôts purulents dans les viscères.

Celte question de 1 amputation immédiate et de l’amputation consécutive, n’en est plus une, depuis long-temps, pour les chirurgiens militaires. Les chefs du service de santé de nos armées , et parmi eux sur-tout l’infatigable M. Larrey , ont fait triompher le principe , si éminemment utile , de l'amputation immédiate ou primitive. De temps en temps, cependant, on trouve encore quelques faits exceptionnels , qui semblent ne venir la que pour confirmer la règle générale que l’on s’est imposée à cet égard.

Au 1 janvier, on avait tait cinquante amputations sur les blessés français à Anvers (î) : sur ce nombre, cinq l’ont élé à l’hôpital et consécutivement , c’est-à-dire deux, trois , quatre jours et plus, après la blessure ; tous les aulres l’ont été immédiatement. Sur ces cinquante amputés , sept seulement étaient morts le iel janvier 5 trois parmi ceux qui

(1) Je ne parle ici que des amputations qui ont e'té faites à Bercliem, ou à l’hôpital militaire d 'Anvers. Quelques autres ont été' faites à l’ambulance de la quatrième divisiou , à laquelle étaient attachés M. Letulle , chirurgien-major, M. Moncourrier , aide-major, etc. etc. On fît même à cette division , une amputation dans l'articulation coxo- fémorale 5 le blessé survécut treize ou quinze jours à cette opération. Je tiens ces renseignements de l’obligeance de M. Moncourrier.

UE LA CITADLLC1T ti'AiX \ -i?« QC),

lavaient eie primitivement. Et encore doit-on remarquer que îe nommé Hamer , amputé de la cuisse droite, blessé le 7 décembre , est mort le 7 ; que Paul-Jean , amputé de l'avant-bras droit , blessé le 9 , amputé le 9 , avait en meme temps une plaie pénétrante de l’abdomen , et qu’il est réellement mort des suites de cette blessure , et non pas de celles de son amputation , le jour même de son entrée à l’hôpital ; enfin Berthaud , amputé le 6 décembre, est mort le 7. Les quatre autres morts ont été donnés par les amputés consécutifs; il ne restait plus de vivant, parmi ces amputés consécutifs, qu’un seul individu , Despierre , dont nous avons déjà rapporté l’histoire. Blessé au genou par une balle, îe 10 décembre, et amputé le 24 , il était dans un état douteux. En résumé, sur quarante-cinq amputés primitifs, trois seulement étaient morts, on peut même dire seulement deux, puisque Paul-Jean a succombé à une plaie de l’abdomen; et sur cinq amputés consécutifs, quatre étaient morts , et le cinquième présentant seul quelques chances de guérison. Il est encore à noter que parmi les amputés primitifs, il y avait treize amputations de la cuisse , et quatre extirpations du bras. On sera donc étonné du petit nombre d’individus qui sont morts, après avoir été si gravement mutilés. Le 26 janvier i852 , j’ai reçu une lettre de l’honorable M. Zinck , qui m’annonçait que trente de nos amputés étaient complètement guéris le i3 , et qu’ils n’attendaient, pour retourner en France, que les membres artificiels , dont le gouvernement belge voulait bienles gratifier,. Dans le Manuel des amputations, nous avons remarqué quelques faits dignes d’intérêt. Ainsi M. Forget , qui en a pratiqué le plus* grand nombre, a, pour les amputations des membres , soit dans la continuité , soit dans la contiguïté, toujours employé, quand il a pu , la méthode circulaire. C est à cette méthode à laquelle il donne exclus!-

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vement la préférence, toutes les fois que l’état des parties permet de choisir. C’est ainsi que je lui ai vu mettre en usage au poignet celte méthode , recommandée d’ailleurs depuis long-temps par J.-L. Petit , Las sus , Sabatier , etc. La manchette cutanée recouvrait parfaitement bien la plaie, et le malade était complètement guéri au bout de quinze jours : c’était le nommé *** , qui avait eu la main emportée par un éclat de bombe.

J’ai vu pratiquer à ce chirurgien l’amputation de l’avantbras , tout près du coude , toujours par la méthode circulaire , laisser seulement l’olécrâue, scier cette apophyse à sa base, et enlever la petite tels du radius. Cette manière d’opérer lui donnait, disait-il, un moignon plus petit , et une cicatrisation beaucoup plus prompte. Dans un autre cas, je lui ai vu faire la section de l’humérus dans l’épaisseur des condyles , et conserver encore l’olécrane. Quant à la désarticulation de Favant-bras , un pouce de téguments conservés au-dessous du coude suffit pour faire une manchette qui recouvre très bien la plaie. Celle-ci est infiniment moins large que dans l’amputation à lambeaux , et expose à suppurer moins abondamment, et par conséquent à beaucoup moins d’accidents. Il en est de même de l’extirpation du bras ; M. Forget l’a pratiquée sur plusieurs militaires avec le plus grand succès. Cette méthode , mise en usage du temps de G-arengeot , et dont M. Grœffe s’est donné , à tort, pour l’inventeur, est sûre et prompte , fournit une plaie très régulière , facile à réunir immédiatement , et qui suppure peu. J’ai vu à Anvers des militaires auxquels M. Forget avait enlevé le bras par cette méthode , et qui étaient guéris, ou presque guéris, au bout de quinze jours. J’ai vu, entre autres, un malheureux soldat hollandais , nommé JVLorem , fait prisonnier à l’assaut de la lunette Saint- Laurent, qui avait eu le bras droit frai-

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cassé très haut , par un éclat de bombe ; la main gauche enlevée par un boulet, et l’abdomen traversé par trois coups de baïonnette. M. F orge t lui extirpa le bras droit par la méthode circulaire , et lui conserva trois pouces de peau. Il lui fit l’amputation du poignet par la meme méthode. Vingt jours après, les plaies qui avaient été réunies par première intention , étaient presque cicatrisées. Les plaies de l’abdomen étaient guéries ; aucun viscère n’avait été intéressé. Ce malheureux était cependant atteint d’une phthisie très avancée, et qui probablement le fera succomber bientôt. Cette méthode circulaire m’a paru avoir de grands avantages sur les autres, et je crois qu’en lui donnant la préférence dans sa Médecine opératoire , M, Felpeau lui a rendu la justice qu’elle mérite.

Pour le manuel de l’amputation des membres inférieurs, j’ai eu aussi l’occasion de faire quelques remarques intéressantes. Pour l'amputation de la jambe, les chirurgiens militaires ont tous 1 habitude de faire la section oblique de la saillie que fait le tibia , et qui devient si souvent la cause d’inflammation, de gangrène et de perforation de la peau , laquelle est pressée contre le tibia par le poids des chairs du mollet , qui tendent à l’entraîner en arrière. On ignore à qui appartient l’idée d’un semblable perfectionnement. Ce qui est certain, c’est que les chirurgiens militaires en font usage depuis un temps très long, et qu’il a été indiqué par un chirurgien d'armée , au commencement de ce siècle.

Sur plusieurs blessés , Tamputation de la jambe a été pratiquée très haut et dans l’épaisseur des condyles du tibia , afin d’éviter l’amputation de la cuisse. Dans ce cas , on a suiti le conseil donné par M. Larrey , d’extirper la tète du péroné.

Sur quelques individus auxquels on fit l’amputation de

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la jambe, assez haut, mais non pas dans l’épaisseur même des condyles , M. Forget fit la désarticulation de la tête* du péroné, dans le but d’obtenir, me disait-il, une surface de plaie moins étendue, et une cicatrisation plus prompte.

Le siège d’ Anvers ne nous a pas fourni de cas qui nécessitassent l’extirpation de la jambe. Je suis presque persuadé que, dans cette circonstance, M. Forget n’aurait point hésité à adopter la méthode circulaire , méthode, du reste , conseillée par M. V^elpeau, qui , dans ces derniers temps , a ramené l’attention des praticiens sur cette opération oubliée depuis long-temps , et qui paraît cependant promettre d’heureux résultats , si on en croit ce savant chirurgien.

Je n’ai pas eu l’occasion de faire voir l’extirpation du membre abdominal, mais j’ai vu plusieurs amputations delà cuisse, faites assez haut pour équivaloir h un enlèvement complet de cette partie du corps. Chez quelques blessés , les plaies réunies par première intention étaient presque guéries au bout de dix-huit, vingt et vingt-deux jours. Parmi eux , j’ai remarqué le nommé Duga , qui avait été amputé le 7 décembre , et chez lequel on n’avait conservé que trois pouces du membre. La guérison était complète le 5o décembre , vingt-trois jours après son opération.

Lorsque l’on ampute le membre aussi haut , l’opération équivaut à une extirpation complète du membre. D’ailleurs il est facile , après avoir incisé circulairement de cette manière et dans ce point, la peau et les chairs , d’enlever la tète du fémur , comme on le ferait pour la tête de l’humérus , dans l’amputation du bras pratiquée très haut , si , en faisant cette opération dans la contiguïté , on s’apercevait que l’os est éclaté jusque dans l’articulation. M. Forget m’a assuré que ce serait toujours la méthode circulaire qu’il emploierait pour l’extirpation complète du membre abdomi-

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nal , parce qu’elle donne une plaie infiniment moins étendue que la méthode en lambeaux, qu’on peut réunir facilement par première intention , et éviter les suppurations épouvantables qui entraînent presque constamment la perte des malades. Cette méthode pour l’extirpation de la cuisse , a d’ailleurs été conseillée par Abernethy , par MM. Colles , K rimer, le docteur T Veitch , et par M. Grœfe , qui applique d’ailleurs cette méthode à presque toutes les désarticulations: elle est regardée , par M. Velpeau , comme la plus désavantageuse. Ce dernier anteur , dans ses Éléments de médecine opératoire, avait fort bien expliqué pourquoi il préférait cette méthode dans l’extirpation du bras; mais il ne dit pas un seul mot des motifs qui la lui font rejeter pour l’extirpation de la cuisse. Quant à moi , j’envisage cette méthode tout autrement que mon honorable et savant ami , et je donnerais , sans hésiter, la préférence à l’amputation circulaire pour l’extirpation de la cuisse , car elle me semble réunir tous les avantages des méthodes à lambeaux et ovalaire , et n’avoir aucun , ou presque aucun de leurs inconvénients. Nos lecteurs concevront facilement que ce n’est point le lieu de nous livrer à une discussion approfondie sur ce sujet, discussion fort importante sans doute, mais qui serait déplacée

Les plaies des amputations ont été généralement réunies par première intention. Quelques-unes ont été laissées ouvertes , et pansées suivant l’ancienne méthode , c’est-à-dire avec l’interposition de charpie entre leurs lèvres. Ces dernières ont été ainsi pansées de cette manière , moins par principe, que dans le but de faire une comparaison entre les réunions primitives et les réunions secondaires. Cette comparaison a été tout-à-fait à l’avantage des réunions primitives, Douleurs plus fortes, inflammation plus considérable, suppuration abondante, et en définitive, cicatrisation

beaucoup plus tardive ; tel a été le résultat de cette méthode. Cela ne s’est point retrouvé dans l’autre. Chez la plupart des blessés, la guérison était plus prompte, et ils ont été exempts de la plupart des accidents qui ont eu lieu chez les premiers. Nous avons déjà dit que plusieurs amputés de la cuisse , que plusieurs des individus auxquels le bras avait été extirpé, étaient guéris au vingtième, au vingt-cinquième jour. Aucun de ceux chez lesquels on avait pratiqué la réunion médiate , ne l’était à cette époque. Ce n’est pas que nous voulions dire qu’il n’y a eu aucune espèce d’accidents chez les amputés auxquels on a fait une réunion primitive , qu’il n’y a eu aucune inflammation , aucun abcès , etc. , etc. ; nous avons vu de ces accidents , de ces complications : mais ce qui est certain , c’est qu’il y en a eu beaucoup moins que chez les autres.

Voulant tenir une espèce de juste milieu erttre les partisans de la réunion médiate et ceux de la réunion primitive des plaies d’amputations ( et nous ne parlons ici que des amputations faites sur des hommes bien portants , et qui viennent d’être blessés , chez les militaires par exemple; car , chez les individus atteints d’affections chroniques qui nécessitent l’amputation, la question peut être envisagée autrement ) , quelques chirurgiens , et parmi eux nous trouvons M. V elpeau , dont M. Zmck me dit partager entièrement l’opinion , veulent qu’on ait recours à une réunion semi-primitive ou réunion immédiate secondaire ; c’est-à-dire quaprès avoir pansé à nu la plaie du moignon , pendant huit, dix ou quinze jours, jusqu'à ce qu’elle soit mondifiée , et recouverte de bourgeons celluleux vermeils, on rapproche les lèvres pour les agglutiner. Paroisse a fortement préconisé cette méthode , que M. Roux a employée avec succès , et dont M. Velpeau dit s’être très bien trouvé.

Pour éviter des amputations de membres, soit dans la continuité , soit dans la contiguïté , on a recours, dans quelques circonstances , à la résection des extrémités articulaires ou des fragments des os qui ont été fracassés par des coups de feu. Nous avons eu très peu d’occasions de voir pratiquer ce genre d’opérations à Anvers ; il y en a eu cependant, et quelques-unes même' présentent beaucoup d’intérêt. Tel était le cas de Lisieux , auquel on fit la résection du tiers supérieur du fémur.

Lisieux, soldat au 25e régiment de ligne, étant de service à la tranchée, reçut un coup de fusil de rempart à la partie externe et supérieure de la cuisse, au-dessus du grand trochanter. La balle traversa la cuisse gauche et fut sortir au périnée. Lisieux tomba, fut transporté de l’ambulance à l’hôpital militaire dans un état de commotion assez forte. La plaie , assez largement débridée en dehors , fit reconnaître une fracture en éclats du col du fémur et du grand trochanter; celui-ci était détaché entièrement du corps de l’os ; le désordre dans les parties molles était très médiocre, mais l’état général du malade peu satisfaisant; il était pâle, décoloré, sans forces. Plusieurs des chirurgiens français pensaient qu’il n’y avait d’autres ressources à tenter que lextirpation de la cuisse; car on ne pouvait songer à conserver un membre dans l’état où était l’os. Mais M. Seulin voulut tenter une opération qu’il regardait comme infiniment moins chanceuse que l’enlèvement complet du membre abdominal , et préféra réséquer la partie supérieure du fémur. Il y avait trente-six heures que la blessure avait eu heu : il était donc urgent d’agir; M. Seutin fit une incision depuis la crête iliaque jusqu’à trois pouces au-dessous du grand trochanter, porta le membre dans l’adduction et pénétra au fond de la plaie , dont il enleva tous les fragments détachés. Il y en avait quinze de forme et de volume diffé-

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rents ; il fit saillir le fragment inférieur du fémur à travers la plaie , et le réséqua immédiatement au-dessous du dernier éclat de l’os. La tête du fémur était brisée justement au niveau du bord de la cavité cotyloïde : il ne passait aucune saillie de cette tête en dehors de la cavité; de telle sorte qu’il n’y avait aucune prise sur elle ; aussi son extraction fut-elle longue et difficile: elle constituait le seizième fragment. Aucune hémorrhagie n’eut lieu pendant cette laborieuse opération. Six pouces de l’extrémité supérieure du fémur, en y comprenant la tête et le col , avaient été enlevés. Les bords de la plaie furent rapprochés : un appareil simplement contentif fut appliqué. Le membre demi-fléchi fut placé sur un double plan incliné formé par des oreillers, plan incliné dont le sommet était au creux du jarret.

Pendant les premiers jours, le blessé donna quelques espérances de succès; son état de commotion disparut, les forces se ranimèrent un peu, une meilleure coloration de la peau se fit remarquer ; mais cette amélioration dura peu. Bientôt le membre tout entier se tuméfia depuis les orteils jusqu’à faîne; il devint froid, insensible, emphysémateux ; la gangrène devint évidente. Lisieux succomba le neuvième jour de son opération , et non pas le troisième, ainsi qu’il a été dit dans plusieurs journaux.

L’opération que nous venons de rapporter a été blâmée, ou du moins n’a pas reçu l’approbation des chirurgiens français de l’armée. A Paris même, où j’en avais lu une description fort incomplète dans les journaux, on ne savait pas à quoi elle tendait. Réséquer le tiers supérieur du fémur, parut une chose au moins très singulière, et je partageais encore l’étonnement, pour ne pas dire plus, de mes confrères, lorsque j’arrivai à Anvers , et m’en entretins avec M. Seutin. Les raisons qu’il me donna, sans me convaincre cependant sur l’opportunité de son opération ,

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et sans me faire revenir sur l’idée que j’avais qu’une extirpation totale du membre était indispensable dans ce cas, me convainquirent qu’il n’avait point agi avec la légèreté et l’irréflexion qu’on était tenté de lui reprocher; et que si le résultat qu’il voulait obtenir de cette opération était rare et difficile, il était au moins possible; enfin, je me convainquis que ses intentions , à l égard du sort de son blessé, étaient pures et dignes d’éloges.

M. Seutin est persuadé que l’extirpation de la cuisse est une opération presque toujours mortelle. Nous croyons, à cet égard,. qu’il a tort; les succès déjà nombreux qu’on a obtenus prouvent jusqu’à l’évidence quelle peut, qu’elle doit même rendre d’immenses services; et on doit espérer que les modifications inévitables quelle peut subir dans son manuel, la rendront d’un usage plus fréquent et plus utile par la suite. Pour se convaincre des succès de cette opération, M. Seutin n’a qu’à parcourir les auteurs, et il trouvera un grand nombre de faits qui ébranleront sa conviction à cet égard.

Mais continuons nos réflexions sur les intentions de M. Seutin. Pénétré de l’idée que cette extirpation de la cuisse était une opération mortelle, et convaincu que ZNsieux , abandonné aux seules ressources de la nature et d’une chirurgie presque expectante, devait infailliblement périr, ce médecin espéra lui conserver la vie en lui faisant I extraction des nombreuses esquilles qui résultaient de la fracture du col du fémur. En réséquant l’extrémité supérieure du fragment inférieur, il espérait qu’une articidation accidentelle pourrait se former, et que le blessé pourrait marcher avec un appareil qui donnerait un appui suffisant au membre. TVhite osa, comme on sait, proposer le premier, vers le milieu du dernier siècle, de désarticuler le fémur et d’en exciser l’extrémité supérieure. Jusques à présent , ou

n’a cité qu’un seul exemple de cette résection pratiquée sur l’homme vivant; et encore l’observation qui a été relatée dans les journaux américains est-elle peu digne de foi. Celle qui a été pratiquée à Anvers est bien réelle ; mais elle n*a pas eu un résultat propre à encourager. M. Seutin avait vu, il y a plusieurs années , un individu qui avait eu une fracture compliquée de l’extrémité supérieure du fémur , qui avait été mal traitée, ou qui avait été beaucoup négligée, et à la suite de laquelle il s’était fait une articulation contre nature. Cet individu marchait assez bien avec un appareil qui soutenait le membre dans le point où existait la fausse articulation. C’est le souvenir de ce fait et le désir d’obtenir un semblable résultat sur Lisieux , qui le détermina à tenter cette opération que nous avons décrite. On connaît en effet un assez grand nombre de faits remarquables de fausses articulations du fémur, qui permettaient aux malades de marcher. Ainsi on trouve, dans la thèse de M. Carron, l’exemple d’un homme qui portait une de ces fractures à la cuisse et qui marchait très bien sans béquilles. M. Yvan a cité un cas pareil. Troschel fait mention de trois individus atteints de cette infirmité et qui marchaient parfaitement bien à l’aide d une double gouttière en fer-blanc. M. V él~ peau a vu une femme qui portait une de ces fractures à la cuisse droite, et qui cependant marchait sans béquilles, à l’aide d’une machine pourtant fort grossière fi). Mais il reste à savoir maintenant si l’opération , comme l’a pratiquée notre honorable confrère , M. Seutin , présentait assez|de chances pour obtenir d’abord , la conservation de la vie du malade, et ensuite, cette fausse articulation. Quant à cette dernière, nous croyons qu’elle était très difficile.

(i) Nouveaux Éléments de médecine opératoire

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car six pouces du fémur avaient été retranchés. Mais quant à l’innocuité de la résection du tiers supérieur du fémur, de l’extraction de la tête du fémur, nous n’y croyons guère.

Nous aurions donc préféré, pour Lisieux , l’extirpation totale du membre abdominal.

Cette mutilation, vraiment effrayante, car on retranche ainsi presque un quart de l’individu, pourrait, ainsi que nous l’avons déjà dit, être bien plus souvent tentée qu’on ne le fait; et une foule d’individus blessés très haut à îa cuisse par des coups de feu et autres corps étrangers , et qu’on laisse périr, ou auxquels on ne fait que ce qu’on nomme à l’armée un pansement de consolation , pourraient guérir par l’extirpation de la cuisse.

Quelques autres résections intéressantes ont été faites encore à Anvers; telles sont celles de côtes, par exempte. M. Forget a pratiqué cette opération sur deux soldats, un Français et un Hollandais qui avait été fait prisonnier dans la Lunette Saint-Laurent . Ces deux militaires avaient été tous les deux frappés par un éclat d’obus. Le premier l’avait été à îa partie moyenne antérieure et un peu externe de la poitrine du côté droit. Il y avait une plaie contuse et déchirée, de la largeur de îa moitié de la main, fracture avec esquilles nombreuses de la partie moyenne des cinquième, sixième et septième côtes. Le poumon était lésé, sortait et rentrait alternativement par la plaie. M. Forget fit la résection des fragments angulaires de ces côtes , enleva les esquilles et rapprocha les bords de la plaie qu’il raffraîchit, et appliqua même quelques points de suture. Il n'y eut point d’hémorrhagie par les artères intercostales et on n’appliqua aucun appareil dans le but de la prévenir. Le blessé fut soumis à un régime sévère, saigné largement, et il donnait les plus belles espérances de guérison, lorsqu’il

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