‹ Relation complète de la campagne de Russie, en 1812Chapitre 1 sur 12 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Jfe raconte ce que j'ai tu : témom d'un des plut grandt désastres qui aient jamais afflige une nation puissante, spectateur et acteur dans tout le cours de cette triste et mémorable expédition, je ne yiens point ici présent ter des faits disposés 'avec art , et ornés dé couleur^ infidèles. J'ai écrit, jour par jour, les événements qm ont frappé mes yeux , et je cherche sealement à com« xnuniquer les impressions c[ue j*ai ressenties. C'est à la lueur de l'incendie de Moskou q«ie j'ai décrit le sac d% cette ville ; c'est sur les rives de la Bénéeiiia que j'ai tracé le récit de ce fatal passage. Les plans de champs de bataille qui sont joints à cet ouvrage ont été levéi sur le terrain, et par ordre du prince Eiagène.

On aurait peine à se figurer les difficultés qu'il m'a &llu surmonter pour consigner mes souvenirs. Réduit, comme tous mes compagnons d'armes, à lutter contre les derniers besoins ; transi de froid, tourmepté par la faim, en proie à tous les genres de souffrances, incertain , au lever de chaque sol^ , si je verrais les iderniers rayons du soir, doutant, le soir, si je verrais un jour nouveau; tous mes sentiments semblaient s'être concentrés dans le désir de vin*e pour conser-r ver la ménioire de ce cpe je vi^yais; animé par cet

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indicible désir, toutes les naits, assis devant nn mau- Yaii ^eo, sous une température de TÎngt à Tin<;t-deuz degrés an-dessous de la glace, entouré de morts et de nionruits, je retraçais les événements de la journée. Le même couteau qui m avait servi à dépecer du cheval pour me nourrir était employé à tailler des plumes de corbeau ; nn peu de poudre à canon , délayée dans le creux de ma main avec de la neige fondue, me tenait lieu d'encre et d'écritoire.

Xai composé cette narration sans haine et sans préventions ; mais je ne tairai pas que , dans le récit de cette entreprise. Tune des plus déplorables que le l^énie de Fambition ait conçues , j ai eu cent fois à retenir mon indignation , prête à s'échapper contre lauceur de tant de maux. Cependant les égards dus à sa grandeur passée, le souvenir des victoires mémorables dont je fus le témoin, et dont je partageai les -honneurs, m'ont imposé le devoir de n accuser ce conquérant que par des faits, et non par des déclamations injurieuses.

Ayant sans cessé devant les yeux le spectacle de cette foule de guerriers, misérablement exterminés dans de lointains déserts, je nai été soutenu que par ridée de rendre hommage à leur constance, à un courage qui ne s'est jamais démenti, enfin, à des exploits d'autant plus héroïques , qu ils étaient perdus pour la

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p^trîef, et semblaient l'être pour la gloire. Heureux 6t îf^i pu prouver, par cette relation importante, qu'au milieu- de tant de désastres nos brayes ont toujours été d%nes d'eux-mêmes ^ qu'ils n'ont point manqué à leur ancienne renommée, et que, toujours redoutables i ^ennemi, ïk n'ont été vaincus que par les âémentsl

Etfacere et patifortia Bomanum est.

(TiT. Liv. lili. II.)

Encouragé par l'accueil favorable qu'ont reçu cinq éditlt)ns consécutives dé cet ouvrage, j'ai cbercbé dans cette édition nouvelle à en étendre le plan y et à e» coordonner toutes les parties, en retranchant ce qui était trop particulier au corpsoù je me suis trouvé, pouf développer davantage tes opérations qur pou» vaient être d'un intérêt plus généraL Les batailles de la Moskwa, de Drissa^ de Polotsk et de Gborodets*chna ; le combat de Taroutina , la belle retraite du duc d'Elchingen, et le passage de la Bérézina , sont racon^ tés dans le plus grand détail; enfin les manœuvres* des différents corps d'armée m'ayant été communiquées par des officiers-généraux qui les ont eux-mêmes exécutées, se trouvent maintenant renfermées dans un seul cadre , et contribuent à former de cette ma-nière une relation complète de l'expédition de Russie. Je terminerai par une observation que m'imposent

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les circoQStaacea; mais cest le $eul tribut qi:i0 jecroi9 leur devoir. Dans les événements <|ui a^ sont passés en i£i5, de hautes réputations, des n<MQS^ célèbre» dans nos annales, ont passé par une épreuve terrible ^ il en est à qui elle a été plus ou moiûs fatide, et à qui la postérité 9 ainsi que la patrie, demanderont ua compte sévère des malheurs dont nous avons été et sommes encore les victimes. Mais ce que de tels hom-« mes ont fait à une époque n'a rien de commun avec ce quik ont fait à une autre; et Fénormité de leur feute récente ne doit pas diminuer le mérite de leurs Muions passées. Aussi j^aurais cru manquer au pre^ mier devoir d'un historien de revenir, soit pour \& blâme, soit pour Féloge, sur les jugements déjà portéi^ à leur égard , et consignés dans les précédentes édi«tions de ce livre : Injustice de l'histoire, comme cellr des lois , ne doit jaitiaîs être rétroactive^

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