MAISON ROYALE DE CHARENTON
Questions proposées sur le sieur Thomas-Ignace Martin, par M. Royer-Collard., Médecin en chef de la Maison de Charenton , et spécialement chargé, par son Excellence le Ministre de la Police générale , de le traiter.
QUESTIONS
A-t-on connaissance qu’il ait existé dans la famille du sieur Mar.tin, soit parmi ses aïeux directs, soit même parmi ses ascendans latéraux , une ou plusieurs personnes qui aient été aliénées , et qui aient eu seulement une imagination ardente ou un caractère bizarre? L’apoplexie, la paralysie, et en général les affections nerveuses ontelles été observées plus ou moinsfréquemment dans cette famille?
A - t - on remarqué chez lui quelque chose d’extraordinaire avant le mois de janvier dernier?
RÉPONSES
DE M. LE CURÉ
Nota. La plupart des réponses que j’ai à faire ici ne seront que des redites des notices, indications et certificats que j’ai fournis depuis le 28 janvier à Mgr l’évêque de Versailles , à M. le préfet d’Eureet-Loir , et à S. Exc.
Mgr le Ministre.
La famille Martin , tant du côté paternel que maternel , est une des plus anciennes de Gallardon. O11 n’a jamais connu personne de cette famille attaqué des affections physiques ici demandées.
On les a toujours connus pour tranquilles , sobres et honnêtes.
Avant le mois de janvier dernier , il était à l’extérieur d’un caractère uni t et ses démarches y répondaient .
RÉPONSES
DE M. LE MAIRE
La famille Martin est connue de temps immémorial dans Gallardon ; et jamais on n’a entendu dire que qui ce soit de celte famille ait été affecté des affections ci-contre. De même la famille Ridet, côté maternel de Martin.
Qui que ce soit 11e s’est aperçu de rien d’extraordinaire avant l’époque contre-cilée.
QUESTIONS
RÉPONSES
DE M. LE CURÉ
Réponses
DE M. LE MAIRE
A-t-il donné à une époque quelconque des signes d’aliénation ,
même passagère?
On ne s’est jamais aperçu d’aucunes marques d’aliénation en lui , même passagère.
Jamais Martin n’a donné les plus petits signes d’aliénation ,
même passagère.
A-t-on eu occasion d’observer chez lui ou une grande susceptibilité nerveuse, ou une imagination prompte à s’exalter à la moindre impression ?
Son imagination paisible lui faisait prendre tranquillement tous les évènemens.
Martin a toujours été d’un caractère uni , paisible et tranquille.
S’est-on aperçu que le sang lui portât facilement à la tête, et que, dans certaines circonstances, son visage devînt rouge , et ses yeux enflammés ?
Jamais il n’a ^aru incommodé du sang , sou visage et ses yeux ne m’en ont jamais donné aucun indice ; il n’a jamais été traité pour aucune maladie par aucun médecin ni chirurgien.
Il n’a jamais éprouvé aucune incommodité causée par le sang ; son visage et ses yeux n’ont jamais changé.
A-t-on jamais remarqué chez lui quelques légères atteintes , ou même menaces d’apoplexie, telles que des vertiges , des tournoiemens, une tête lourde et embarrassée?
U ne s’est jamais douté d’aucune de ces impressions.
On n’a jamais vu aucune marque semblable en lui.
QUESTIONS
Quel est son caractère? Est - il doux, simple, tranquille, mode! é, ou bien emporté, violent-, bizarre et dissimulé ?
Quelle a été sa conduite relativement aux allàires politiques? S’en est-il beaucoup occupé?
A-t-il pris parti pour ou contrela révolution et les révolutionnaii es?
A-t-ilmisdela chaleur dans ces sortes de discussions ? Les évèneraens de i8i4, et ceux de l8i5 eu particulier, ont-ils fait sur lui une forte impression? Comment a-t-il appris le retour de Buonapartc au 20 mars ? et la deuxième rentrée du Roi, au mois de juillet suivaut , lui a-t-elle causé une joie bien vive ?
A - t - il été habituellement religieux?
Lst-il instruit passa-
RÉPONSES
UE M. LE CURÉ
Il est non-seulement doux, simple et modéré , mais il excelle en tous endroits : on ne croit pas qu’il sache ce que c’est que colère ou emportement ; il ne connaît pas davantage la dissimulation.
Les affaires politiques ne l’ont jamais occupé ; il a été contre la révolution , parce qu’il croyait qu’elle faisait beaucoup de mal ; ii a élé®en butte à la haine des révolutionnaires; il n’est jamais entré dans leurs discussions ; il n’a jamais été bien aise du retour de Buonaparte , mais sans agitation ; il s’est réjoui, mais sans émotion , du retour du Roi, et, depuis le mois de juillet, est content de la situation présente de LElat; mais il ne le manifeste pas d’une manière marquée.
Il a toujours eu un fond de religion ; il en remplit les devoirs
RÉPONSES
DE H. LE UAIRE.
Le caractère de Martin a toujours été très doux, tranquille, simple et droit ; il n’a jamais fait voir ni colère, ni emportement, ni violence.
Il ne s’est jamais mêlé d’affaires politiques : la révolution a toujours semblé lui déplaire, surtout par rapport aux désordres qu’elle a causés, auxquels il n’a jamais pris part. Il a été tranquille dans les évènemens contre-cités, de même qu’au 20 mars , rentrée de Buonaparte ; semblait cependant fâché de la sortie du Roi ; il a pris aussé tranquillement la rentrée du Roi au mois de juillet, s’en est réjoui, mais sans apparat.
Martin a été reconnu, dans la paroisse , pour s’acquitter exactement
QUESTIONS
blement de sa religion?
En remplissait-il exactement les devoirs avant le mois de janvierdernier? Y mettait-il du zèle et de la clia leur? Avait-il une dévotion*ardente et outrée ? S’occupait - il beaucoup de matières religieuses? Faisait-il des lectures? Voyait-il des personnes propres à l’exalter sous ce rapport? En parlait - il souvent dans les conversations , et comment ?
RÉPONSES
DE M. LE CURÉ
ponctuellement, mais sans s’en prévaloir; il ne s’en occupe qu’à l’église , aux heures d’office public , dans les livres d’office, les seuls livres qu’il ait , parce qu’il n’est pas lecteur. Il ne parle jamais contre ceux qui n’ont pas de religion ; enfin il n’a rien d’exalté en cette matière ; je ne le voyais même jamais en particulier. Quand je le rencontrais dans les champs , à son ouvrage y je lui demandais, comme c’est assez ma coutume envers tous les autres: Comment va l’ouvrage? Il me répondait d’une manière aisée : a M. le « Curé, vous êtes bien ce honnête ; cela va « bien. » Martin connaissait bien ces deux commandemens del’Eglise :
Tous tes péchés confesseras , etc.
Ton Créateur ne recevras , etc.
Il était exact à les accomplir ; mais si exact, si littéralement exact, que je ne le voyais qu’une foi9 par an.
RÉPONSES
DE M. LE MAIRE
de ses devoirs de religion , mais sans emphase et sans prétention. U n’est point lecteur ; il n'a que des livres d’Eglise.
QUESTIONS
ÎO.
/V-t-on remarqué qu’il eût l’esprit faible et facile à ébranler?
Lui faisait- on croire facilement des choses extraordinaires? Saiton si dans sa jeunesse on lui a fait des contes de sorciers ou de revenans, et s’il en avait conservé l’impression?
Sait-on aussi s’il avait eu occasion d’entendre parler de prédictions ou d’annonces relatives aux temps actuels , et s’il en avait été frappé?
Enfin , a - t - on remarqué dans tout l’ensemble de sa vie physique et morale quelque chose qui ait pu le disposer aux accidensqu’il a éprouvés , ou influer sur leur production ?
RÉPONSES
DE ftE. LE CURÉ.
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ÎO.
Tout simple qu’il est dans sa conduite et daDS son intérieur , je ne crois point qu’il soit facile à ébranler. 11 est capable de soutenir sa pointe , quand il est attaqué à tort. On ne s’est jamaisoccupé dans sa maison de contes de sorciers ou de revenans.
Je crois que si on lui en parlait, il les mépriserait. Il ne connaît pas les prédictions. En général , je ne crois pas que rien de semblable l’ait jamais frappé.
Je n’ai connaissance d’aucune cause qui ait produit en lui les sensations qu’il a éprouvées depuis le i5 janvier dernier. J’ai ri(i) des premiers rapports qu’il m’en a laits. Je . me suis appliqué à lui en détourner l’imagination. Ce n’est qu’après deux semaines de nouveaux retours que je me suis déterminé, d’après ses demandes réitérées, à l’envoyer à Mgr l’Evêque de Versailles.
(i)Un manuscrit authentique porte : Je n’ai ri .
RÉPONSES
DE M. LE MAIRE