AVERTISSEMENT
Depuis quelques mois l'on voit se répandre dans Paris et dans les provinces, tant de relations particulières sur l’événement qui concerne le sieur Martin , laboureur au bourg de Gallardon , près Chartres f qu’on a cru qu’il serait agréable au public de voir rassemblé dans une seule narration, ce qu’il ne pourrait trouver qu'avec peine dans les divers écrits qui ont été faits sur ce sujet. La présente relation est donc , à proprement parler , la réunion et la concordance de plusieurs autres dont on a fait un tout, en les refondant ensemble. L'on y a joint encore difFé-? rens traits intéressans que plusieurs personnes ont recueillis de la bouche même du sieur Martin. Du reste, les plus grandes précautions ont été employées pour ne rien avancer qui ne soit fondé sur des motifs puissans de crédibilité. L'on n’a plaint ni les recherches, ni le» voyages, ni les courses, ni les informations auprès de toutes les personnes capables de donner, sur un événement de cette importance, de très-exacts renseignemens. Enfin , le lecteur peut être assuré qu’il n’y a point ici de fait un peu capital dont n’aient eu communication les autorités supérieures , par lesquelles cette affaire a passé successivement.
L’on n’avoit d’abord osé se flatter de pouvoir faire usage du rapport qu’ont fait, sur Thomas Martin, deux des plus célèbres médecins , à Son Excellence le Ministre de la Police ; mais on a su , il y a quelques semaines , que ce rapport était, pour ainsi dire , entre les mains de tout le monde ; sans doute par la
facilité ou la légèreté de quelque copiste. B’en plus ,Ie Journal Général de France vient d’y prendre la ma» tière d'un article inséré dans sa feuille du 20 jan» vier 1817. L’on a donc cru pouvoir en extraire aussi un petit nombre de faits , d'après une copie qu'on s’en est procurée assez récemment. Tout le reste de cette Relation est fondé sur d’autres documens non moins dignes de foi. Ce qu’on a tiré principalement du rapport des médecins consiste en observations fort judicieuses , et qui mettent dans le plus grand jour la parfaite sincérité du bon habitant de Gallardon. Plusieurs sont analogues aux vues que présentent les réflexions qui terminent cet écrit $ cependant l’on a cru ne pas devoir les confondre les unes avec les autres, d’une part, afin de ne pas donner pour sa propre production ce qui porte si bien la touche d’une personne de l’art ; de l’autre aussi , afin que les esprits divers se pénètrent davantage de l’importance d’un événement qui réunit , dans les mêmes vues , des personnes d’états différens , et qui ont mis leurs soins à bien l’approfondir chacune séparément et à leur manière. Les relations manuscrites qui en ont couru dans le public, ont déjà produit quelques fruits de bénédiction et de grâce dans des cœurs droits , fidèles et dociles à la voix de Dieu qui s’est fait entendre. Puissent ces fruits se multiplier au centuple parmi toutes les classes du peuple chrétien ! Mais, avant tout, prions, afin que le Père des miséricordes daigne parler à nos cœurs , et nous fasse prévenir les grands malheurs qui nous sont annoncés , en prenant les moyens que sa bonté nous offre encore pour les arrêter et le desarmer.
LESÉVÉNEMENS