‹ Relation concernant les évènemens qui sont arrivés à un laboureur de la Beauce, dans les premiers mois de 1816Chapitre 2 sur 11 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des diverses apparitions et évênemens qui sont arrivés au sieur Thomas- Ignace MARTIN, depuis le i5 janvier 1816, jusqu'au jour où il a comparu à Chartres , devant M. le Préfet d'Eure-et-Loir .

Le i5 janvier i8ifr, sur les Jeux heures et demie après midi , un petit laboureur du bourg de Gallardon , à quatre lieues de Chartres, nommé Thomas-Ignace Martin , était dans son champ , occupé à étendre du fumier, en pays plat et terrain uni (*);. quand , sans avoir vu arriver personne , se présente devant lui un homme de cinq pieds un ou deux pouces , mince de corps , le visage effilé , délicat et très -blanc; vêtu d'une lévite ou redingote de couleur blonde y totalement fermée et pen-

( * ) Cette apparition, la première de toutes, est arrivée k trois quarts de lieue de Gallardon , dans nn canton fort dé«» Æerfc , appelé le Chantier des Longs - Champs .

Jante jusqu’aux pieds , ayant des souliers attaches avec des cordons, et sur sa tête un chapeau rond a haute forme. Cet homme dit à Martin : 11 faut que vous alliez trouver le Roi , que vous lui disiez que sa personne est en danger , ainsi que celle des Princes ; que de mauvaises gens tentent encore de renverser le Gouvernement ; que plusieurs écrits ou lettres ont déjà circulé dans quelques provinces de ses Etats às ce sujet quil Jaut qu*il fasse faire une police exacte et générale dans tous ses Etats , et sur-tout dans la Capitale : qu'il faut aussi qu’il relève le jour du Seigneur , afin qu'on le sanctifie ; que ce saint jour est méconnu par une grande partie de son peuple ; quil faut qu’il fasse cesser les travaux publics ces jours - là ; qu'il fasse et donner des prières publiques pour la conversion du peuple ; quil l’excite à la pénitence ; qu’il abolisse et anéantisse tous les désordres qui se commettent dans les jours qui précèdent la sainte quarantaine : sinon toutes ces choses , la France tombera dans de nouveaux malheurs.

Le personnage qui s’adressait à Martin , sem- Llait alors, en lui patlant, rester à la même place; mais il faisait des gestes analogues à ses paroles, el le son de sa voix n’avait rien que de fort doux.

Martin , un peu surpris d'une apparition si subit** , lui répondit d’abord dans son langage : « Mais

vous pouvez bien en aller trouver d’autres que « moi , pour faire une commission comme ça. » Non . lui répliqua l’inconnu , cest vous qui irez . « Mais , reprit Martin , puisque vous en savez si a long , vous pouvez bien aller trouver vous-même « le Roi , et lui dire tout cela; pourquoi vous adres- « sez-vous à un pauvre homme comme moi , qui <( ne sait pas s’expliquer ? » Ce n’est pas moi qui irai , lui dit l’inconnu , ce sera vous; faites attention à ce que je vous dis , et vous Jerez tout ce que je vous commande .

Après ces paroles , Martin le vit disparoitre à peu près de cette sorte : ses pieds parurent s’élever de terre , sa tète s’abaisser , et son corps se râpe-

tissant , finit par s’évanouir à la hauteur de la ceinture , comme s’il eût fondu en l'air. Martin , plus effrayé de cette manière de disparoitre , que de l’apparition subite , voulut s’en aller , mais il ne le put ; il resta comme malgré lui, et s’étant remis à l’ouvrage , sa tâche qui devoit durer deux heures et demie , ne dura qu’une heure et demie , ce qui le** doubla son étonnement.

De retour à Gailardon , Martin fit part aussitôt à son frère de ce qui venoit de lui arriver , et tous deux vinrent trouver M. le Curé , pour savoir ce que vouloit dire un évènement aussi singulier. M. le Curé essaya de les rassurer en rejetant sur l’imagination de Martin , tout ce qu’il venoit de lui raconter : il lui dit de continuer ses travaux comme à l’ordinaire , de manger , boire et bien dormir ; mais il ne put guère le dissuader, et Martin assurait toujours qu’il savait fort bien ce qui en était.

Le 18 janvier, sur les six heures du soir, Martin étant descendu dans sa cave pour chercher des pommes à cuire , la même personne lui apparut debout , à côté de lui , pendant qu’il était à genoux , occupé à en ramasser : Martin , épouvanté , laisse là sa chandelle et s’enfuit.

Le samedi , 10 janvier , Martin était sorti sur les cinq heures du soir, pour aller dans une foulerie ( endroit où on fait le vin ) prendre du fourrage pour ses chevaux ; au moment où il était près d’entrer dans ce lieu , l’inconnu s'offrit devant lui sur le seuil de la porte : Martin , l'apercevant , s’enfuit à l'instant même (*).

Le dimanche suivant , 21 janvier , Martin entrait dans l’église , à l'heure de vêpres ; comme il prenait de l’eau bénite, il aperçut l’inconnu qui en prenait aussi , et qui le suivit jusqu’à son banc : cependant il n’y entra pas , mais il demeura à la

(*) Cette grande frayeur de Martin aux premières apparitions ^ diminua peu à peu , lorsqu'il fut habitué à voir le personnage dont il s’agit : il n’y avoit plus que sa disparition subite qui lui causât

toujours de l’étonnement.

porte du banc , ayant l’air très-recueilli durant toutes les vêpres et le chapelet. Pendant le temps de l’office, l'inconnu n’avait point de chapeau ni sur sa tête ni dans ses mains : étant sorti avec Martin , celui-ci l’aperçut ayant son chapeau sur la tête , et il suivit Martin jusqu’à sa maison. Comme il était entré sous la porte charretière , l’inconnu, qui jusquelà avait marché à ses côtés , se trouva tout-à coup devant lui face à face , et lui dit : Acquittez-vous de votre commission , et faites ce que je vous dis : vous ne serez pas tranquille tant que votre commission ne sera pas faite. À peine eut-il prononcé ces paroles, qu'il disparut sans que Martin , ni cette fois , ni aux apparitions suivantes , l'ait vu s’évanouir de la même manière que la première fois. Martin demanda aux personnes de sa famille qui étaient venues à vêpres avec lui , si elles n’avaient rien vu ou entendu de ce qui s’était passé à côté de lui; toutes affirmèrent qu’elles n’avaient rien vu ni entendu.

Cependant, le 24 janvier, M. le Curé dit une messe du Saint - Esprit , pour demander à Dieu d’éclairer son paroissien, et de l’instruire sur la vérité de ce qu’il voyait. Martin avait lui-même demandé cette messe ; il y assista , lui et toute sa famille. Au retour de la messe , Martin monta dans son grenier chercher du blé pour le marché ; en ce moment l’inconnu lui dit d’un ton ferme : Fais ce que je te commande , il est temps. C'est la seule fois que celui dont il ignorait encore le nom, l’ait tutoyé.

Monsieur le Curé de Gallardon , à qui Martin rendait fidèlement compte de ses apparitions, avait écrit jusque-là toutes ces choses; mais enfin, voyant que Martin entrait dans un état d'agitation et d’inquiétude qui lui ôtoit le sommeil et l’appétit , il crut devoir lui déclarer qu'il ne pouvait être juge en pareille matière, et il l’envoya â son Evêque, (celui de Versailles ) Martin accepta volontiers une lettre de M. le Curé , adressée à Monseigneur , espérant par-là , disait-il , se débarrasser de ses tourmentes . ’Ü paitit le vendredi 26 , et se présenta le lendemain devant son Evêque. Monseigneur ayant pris son nom.

lui fit diverses questions sur ce qu’il voyait et en^ tendait; ensuite il le chargea de demander à l’inconnu de sa part, s’il le revoyait, son nom, qui il était, et par qui il était envoyé ; lui recommandant d’être exact à dire le tout à son Curé qui lui en ferait part. Après cet interrogatoire Mgr. l’Evêque renvoya Martin , lequel revint à Gallardon. 11 avait fait le voyage de Versailles très - paisiblement ; il dit même qu’il avait bien dormi et mangé de bon appétit , ce qui ne lui était pas arrivé depuis plus d’une semaine ; en un mot , il croyait être délivré pour toujours de ces apparitions fatigantes et importunes : elles l’avaient en effet molesté au point qu’il lui vint en idée qu’on lui avait donné un maléfice, et il disait à M. le Curé: « Je n’ai pourtant jamais fait de mal à personne » pour qu’on m’ait donné cela. »

Quelques jours après le retour de Martin à Gallardon , M. le Curé reçut une lettre de son Evêque , par laquelle il lui témoignait que fhomme qu’il lui avait envoyé paraissait avoir de grandes lumières sur l’objet important dont il était question , et qu’il lui avait prescrit la manière dont il devait se comporter par la suite. Dès ce moment , s’établit une correspondance suivie entre l’Evêque de Versailles et le Curé de Gallardon ; celui-ci envoyait par date de jour , les rapports circonstanciés que lui faisait Martin des nouvelles apparitions qui lui arrivaient et dont on va parler. De son côté, Monseigneur, à cause de la gravité de la première apparition, crut devoir en faire , peu de temps après , une affaire ministérielle et de police ; en conséquence il envoyait chaque rapport qu’il recevait de M. le Curé, au Ministre de la police générale.

Le mardi 3o janvier, l’inconnu apparut de nouveau à Martin et lui dit ; Votre commission est bien commencée , mais ceux qui Vont entre les mains , ne s en occupent pas ; j'étais présent , quoiqu’invisible , quand vous avez fait votre déclaration : il vous a été dit de me demander mon nom , et de quelle part je venais ; mon nom restera inconnu : je viens de la pari de celui qui ma envoyé , et celui qui m’a envoyé

C ïo )

est au-dessus de moi (en montrant le Ciel.) Martin répliqua : « Comment vous adressez-vous toujours » à moi , pour une commission comme celle-là ,

» moi qui ne suis qu’un paysan ? Il y a tant de » gens d’esprit ! » G est pour abattre l orgueil , répondit l’inconnu ( avec un geste de la main vers la terre ) ; pour vous , ajouta -t-il , il ne faut pas prendre d orgueil de ce que vous avez vu et entendu; pratiquez la venu , assistez à tous les offices qui se font à votre paroisse les dimanches et les fêles , évitez les cabarets et tes mauvaises compagnies où se commettent toutes sortes d impuretés et où se tiennent toutes sortes de mauvais discours ; il lui dit aussi, ne faites aucun charrois les jours de dimanches et de fêtes .

Durant le mois de février, l’inconnu apparut encore différentes fois à Martin (*) ; il lui dit , un jour : Mon ami , on met bien de la lenteur dans ce que j'ai commandé ; voilà pourtant le temps de la pénitence et de la réconciliation qui approche . il ne faut pas croire que cest par la volonté des hommes que l usurpateur est venu l'an passé : c'étoit pour châtier la France .... Toute la Famille Royale avait fait des prières pour rentrer dans sa légitime possession ; mais une fois revenue , elle a , pour ainsi dire , tout oublié . Après le second exil , elle a encore fait des vœux et des prières pour recouvrer ses droits (**) ; mais elle retombe dans le même penchant. « Comment » donc , répondit Martin , venez-vous toujours me » tourmenter pour une affaire comme ça ? » L’inconnu répliqua : Persistez , 6 mon amil et vous parviendrez\ Une autre fois , il lui dit en le pressant de faire sa commission : Vous paroîtrez devant V incrédulité , et vous la confondrez : fai encore autre chose à vous

(*) M. le Curé a fait sur les apparitions arrivées en janvier et février, plusieurs rapports, savoir: le 3i janvier, et les 14, 21 , 24 février, 2 et 5 mars 1816.

(**) Martin , en rapportant ceci à M. le Curé , lui demanda ce que c’étoit qu’un penchant.

Le lecteur voudra bien se rappeler ici la messe solennelle d’actions de grâces , et toutes les prières publiques qui , depuis, ont été faites l’année dernière , et ordonnées pour l’avenir.

dire qui les convaincra , et ils n'auront rien à répondre. Il l’incita encore un jour par ces paroles : Pressez votre commission , on ne fait rien de tout ce que je vous ai dit; ceux qui ont ls affaire en main sont enivrés d'orgueil : la France est dans un état de délire : elle sera livrée à toutes sortes de malheurs . Dans une autre apparition il lui fit cette annonce : Si on ne fait pas ce que j'ai dit , la majeure partie du peuple périra , la France sera livrée en proie et en opprobre à toutes les Nations : vous leur annoncerez aussi en quel temps la France pourra rentrer en paix ; ces choses , je vous les dirai quand il en sera temps . Enfin , un autre jour , l’inconnu dit de nouveau à Martin: Vous irez trouver le Roi ; vous lui direz ce que je vous ai annoncé ; il pourra admettre avec lui son fr'ere et ses fils. En même temps il l’avertit qu'il serait conduit devant le Roi , qu'il lui découvrirait des choses secrétes du temps de son ex if mais que la connoissance ne lui en serait don~ née qu'au moment où il serait introduit en sa présence.

Toutes ces apparitions et ces annonces fatiguaient beaucoup Martin ; il s’imagina donc qu’il pourrait y mettre fin en quittant le pays , et s’en allant seul , comme il l’a dit , aussi loin qu’il pourrait aller, sans faire réflexion qu’il avait une femme et des enfans. Comme il n’avait pas encore toui-à-fait rejeté ces pensées, dont il ne s’était ouvert à personne, l’inconnu se présenta devant lui dans sa' grange , où il était à battre son blé : Vous aviez formé , lui dit-il, le dessein départir ; mais vous ri auriez pas été loin ; il faut que vous fassiez ce qui vous est annoncé ; et après ces mots il disparut.

Le samedi 24 février, Martin était à labourer; l’inconnu se présenta et lui dit : Allez trouver votre pasteur et pressez votre affaire. Cependant Martin lestait à son ouvrage ; moins d’une heure après , l’inconnu lui apparut de nouveau et lui dit : Dételez et parlez pour vous acquitter de ce qui vous est commandé. Il détela aussitôt ses chevaux, retourna à sa maison , et vint de suite chez M. le Curé avec

son frère. Sur son rapport , M. le Curé mît en écrit ce qui venait d’arriver.

Le 2 mars , nouvelle apparition : Allez , dit l’inconnu à Martin , vous acquitter de votre commission ; que votre pasteur aille à Chartres , quil fasse assembler le Conseil ecclésiastique ; quil soit nommé une députation qui se rendra auprès du supérieur . Il la multipliera et saura où V envoyer; si Ion veut encore résister à ces choses , vous leur annoncerez la prochaine destruction de la France : il arrivera le plus terrible des fléaux , qui rendra le peuple de France en horreur à toutes les Nations .

Martin vint faire rapport de cette apparition à M. le Curé qui lui dit : Le Conseil de Chartres n’a de pouvoir que celui qu’il tient de M. l’Evêque ; puisque j’ai commencé avec lui je continuerai , et c’est à lui-même que je vais faire encore ce rapport. Martin, interrogé à cette occasion s’il savait qu’il y eût à Chartres un Conseil ecclésiastique , répondit qu'il n’en savait rien.

Sur ces entrefaites , le Préfet d’Eure-et-Loir , résidant à Chartres , reçut une lettre du Ministre de la police générale. Le Ministre invitait M. le Préfet à vérifier « si ces apparitions données comme mi- » racuieuses, n’étaient pas plutôt un jeu de Pima- » gination de Martin , une véritable illusion de son » esprit exalté; ou si enfin le prétendu envoyé, et » peut-être Martin lui-même, ne devaient pas être » sévèrement examinés par la police et ensuite livrés » aux tribunaux. »

M. le comte de Breteuil , Préfet d’Eure-et-Loir t pour ne pas effrayer Martin, l’invita par une lettre, à passer à la Préfecture, ayant à lui communiquer quelque chose qui l’intéressait. En même temps il écrivit à M. le Curé de Gallardon pour l'engager d’accompagner son paroissien dans le voyage.

Le 5 mars, à cinq heures du soir, l’inccnnu apparut à Martin et lui dit : Vous allez bientôt paraître devant le premier Magistrat de votre arrondissement ; il faut que vous rapportiez les choses comme elles vous sont annoncées ; il ne faut avoir égard ni à la qualité ni à la dignité .

Le 6 mars, M. le Curé et Martin se rendirent 1 Chartres , chez M. le Préfet. M. le Curé fut introduit le premier , et interrogé séparément ; il eut trois quarts d’heure d’entretien avec M. le Préfet , auquel il rapporta les évènemens comme il les avait écrits , jour par jour , d’après les rapports que Martin lui en avait faits ; il répondit aussi aux objections que lui fit M» le Préfet : Au surplus , lui dit-il, il ne s’agit que de l’entendre , vous saurez par luimême ce qui en est. M. le Préfet fit donc entrer Martin , qui resta seul avec lui plus d’une heure. Martin , fort naïvement et sans être en rien embarrassé , lui raconta tout ce qui lui était arrivé depuis le i5 janvier jusqu’à ce jour : il en détailla toutes les circonstances, et soutint son dire avec fermeté; il ajouta que celui qu’il appelait alors un fantôme , s’était servi plusieurs fois d’expressions que lui Martin ne connaissait pas , et par deux fois il en avait demandé l’explication à son frère. Le Préfet a envoyé pour vérifier ce fait, et la réponse qu’il a reçue s’est trouvée conforme à la déclaration de Martin.

Cependant frappé de la contenance du bon villageois , de son assurance , de sa naïveté , plus encore que du fond de sa narration , M. le Préfet le fit sortir pour quelque temps; et, prenant à part M. le Curé j il lui témoigna toute sa surprise, le pressant plusieurs fois et avec instance de lui dire ce qu’il pensait de tous ces faits si extraordinaires. Sur quoi , M. le Curé ne jugeant pas qu’il convînt de se déclarer le premier , se contenta de lui répondre : Monsieur , écrivez-en à M. l’Evêque ; il sait l’affaire aussi bien que nous , puisque je lui en ai fait des rapports journaliers; demandez-lui ce qu’il en pense. Oui, répartit le Préfet , je lui écrirai; mais je vais envoyer Martin au Ministré : car il faut qu’il le voie et qu’il l’entende lui-même. De suite il fit rentrer Martin et lui dit devant M. le Curé : Mais si je vous mettais dans les entraves et en prison pour faire de pareilles annonces , continueriez-vous à dire ce que vous dites ? « Comme vous voudrez, répondit Martin sans pa- » raître effrayé ; mais je ne puis dire que la vérité. » Mais, poursuivit M. le Préfet , si vous paraissiez

devant une autorité supérieure à la mienne ; par exemple, devant le Ministre, répéteriez-vous, soutiendriez-vous ce que vous venez de me dire ? « Oui, » Monsieur, et devant le Roi lui même» répliqua Martin , sans émotion , mais avec fermeté. A ces mots la surprise du Préfet redoubla ; il le témoigna par signe à M. le Curé , et ayant fait sortir Martin : Je me détermine à l’envoyer au Ministre , dit-il au Curé ; vous allez faire un certificat de lui tel que vous le connaissez , et je le joindrai à une lettre pour le Ministre. Peu après Martin étant revenu sur l’ordre du Préfet : Avez-vous déjà été à Paris ? lui dit-il. Non, Monsieur, répondit Martin; je n’y ai jamais été. Eh bien ! vous allez y aller avec quelqu’un qui vous y conduira. Cette annonce , bien loin d’affliger Martin , parut être l’objet de ses désirs ; il crut trouver dans ce voyage le moyen d'atteindre son but et de remplir ce qu’il nommait sa mission .

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