‹ Relation concernant les évènemens qui sont arrivés à un laboureur de la Beauce, dans les premiers mois de 1816Chapitre 10 sur 11 · Enfin · texte numérisé non relu

Enfin

8.° Enfin, Martin à déclaré qu'une fois sa com~. mission faite auprès du Roi , il ne verrait plus rien et serait tranquille ; comme en effet il n’a plus rien vu depuis ce moment , demeurant tranquille dans son pays.

Nous pourrions encore ajouter ici différens faits d’un autre genre , faits négatifs , il est vrai, mais que le bon villageois n’était nullement capable d’inventer ni de rapporter , comme il l’a fait avec tant de franchi se. Martin a dit , dès le commencement et en plusieurs occasions , comme le tenant de l'inconnu qui lui apparaissait , que ceux qui avaient son affaire entre les mains ne s'en occupaient point , qu'on y mettait bien de la lenteur , qu’on ne faisait rien de ce qui lui avait été dit. On lui a encore annoncé qu'il parviendrait , qu’il confondrait l’incrédulité , et qu’on n’aurait rien à lui répondre. Peut-on dire en effet que % dans ses diverses comparutions , on lui ait opposé rien de convaincant et de raisonnable?

Que l’on juge maintenant si jamais autant de prévisions et d’annonces se sont rencontrées naturellement chez le même sujet, et toujours avec la même justesse , la même vérité dans leur accomplissement 5 qu'on décide , si on l’ose , que l’imagination peut aussi fréquemment, en tant d’occasions différentes , suggérer à la même personne de semblables prédictions ; qu’elle le peut faire à l’égard d’un homme simple, sans étude, sans intérêt, sans prétentions, exempt de toute passion ou affection violente , propre à échauffer son tempéramment : Que si une telle supposition ne présente à tout homme sensé qu’une absurdité insoutenable , qu’on reconnaisse au moins que l’oeuvre de Martin , pour quiconque n’admet pas l’intervention d’un guide ou d’un agent supérieur à la nature humaine , est absolument inexplicable.

Tirons encore une dernière conséquence des observations rapportées ci-dessus. En parlant d’un point démontré, qui est que Martin n’a été ni l’auteur ni l’instrument d'une fourberie préparée et exécutée dans un dessein quelconque, et par conséquent qu'il n'est point et ne peut être un imposteur, il faut reconnaître ' ‘ 5

pour vrais tous les témoignages qu’il a rendus de luimême dans le cours de son œuvre et à son sujet , lorsqu’il a dit qu’il savait ou ne savait pas telle et telle chose. Ainsi Martin ne savait pas ce que voulait dire ce langage figuré , la France est dans le délire ; il ne savait pas quil y eût à Chartres un conseil ecclésiastique ; il ne savait pas ce que c’était qu’un Docteur en théologie ; il ne savait pas si le Roi s’appelait le Roi très-cln étien. Mais s’il ignorait toutes ces choses, qui a pu les lui révéler ? Ce n’est pas un homme quelconque , puisqu’on part du point démontré que Martin n’est pas l’instrument d’autrui , et qu’il n’est pas non plus un imposteur capable d’attribuer à une révélation ce qu’il aurait appris par une voie ordinaire. Il faut donc ici de nouveau se retrancher à dire que Martin a pu être le jouet de l’imagination , mais l’imagination va-t-elle jusqu’à inventer et faire rapporter des mots ou des phrases que l’on n’entend pas, et qui cependant ont un très-bon sens ? Martin a encore rapporté au Roi des faits qu’il a certifiés ne connoitre que par une voie surnaturelle, savoir :

i.° L’évasion de la Valette , dont il ignorait encore le nom , quand il en a parlé au Roi.

2.0 L’abandon de la dernière ville de France , que îe Roi s’est vu forcé de quitter , contre son premier dessein.

3.° Les prières qu’avait faites la famille Royale 3 pour rentrer dans sa possession.

4-° 11 a aussi représenté le peu de reconnaissance que l’on avait eue pour le bienfait de la rentrée du Roi dans ses Etats.

3.° Mais sur- tout il a rappelé à Sa Majesté des faits du temps de son exil , dont Dieu seul et lui avaient connaissance ; et l’on sait que le Roi a témoigné luimême à Monseigneur l’Archevêque de Reims , que Martin lui avait dit des choses cachées qui netaient connues que de Dieu et de lui.

6.° Martin a de plus pénétré le secret intime de la conscience' de Sa Majesté , quand il lui a dit : te Que le Roi se souvienne de sa détresse , de son adversité du temps de son exil. Le Roi a pleuré sur

la France. ïl a été un temps où le Roi n'avait plus aucun espoir d'y rentrer, voyant la France alliée avec tous ses voisins. » Et le Roi n'a point hésité à convenir de toutes ces choses.

Enfin , non-seulement Martin a déclaré tout ce qu'on vient de dire f mais il fa signé et certifié dans un écrit déposé à la Préfecture de Chartres , sans qu'on ait soupçonné sa sincérité , ni'contredit sa déposition. Il faut donc supposer, ou que Martin s’est conduit constamment comme le plus adroit des imposteurs , quoiqu’on en ait prouvé l’impossibilité * quoique personne ne fait taxé de fraude , loin de l’en avoir convaincu ; ou qu'il est un homme trèsvéridique touchant ce qu’il dit sur son propre sujet* sur les sensations qu’il a éprouvées , sur ce qu’il a appris par une autre voie que celle des hommes.

ÎNous venons de voir, par une foule de traits réunis, qui s’accordent parfaitement et se prêtent une force mutuelle, qu'on ne peut attribuer cet ensemble de choses à l'illusion des sens, à une pure imagination. Reste donc à conclure que Martin a été l'instrument et l’organe d'un agent vraiment surnaturel.

AVEPlTISSEMENT. Après ces premières observations , où Ton' envisage les faits concernant le sieur Martin , selon les simples règles du bon sens et du raisonnement humain , on a cru devoir les considérer selon les rapports nécessaires qu’ils ont avec notre état présent, et conformément aux vues supérieures que la foi doit nous en donner. Quelques amis chrétiens, attentifs aux avis de N. S. J. C. , auraient désire tm’on eût insisté dans les réflexions suivantes , sur les différens signes qu’ont paru offrir en divers pays , les astres et les élémens; mais nous préférons ne point prévenir les jugemens qu’on en pourra porter. Il est un autre fait plus digne que tout le reste , d’une très-sérieuse attention r c’est que précisément dans la saison qui a suivi la mission du bon villageois , le fléau inoui d’une pluie continuelle a porté le plus grand dommage aux premières productions nécessaires à la vie , c’est-à-dire, aux blés et aux vignes. Au moment de la plus belle récolte, Dieu lui même semble avoir enlevé une partie de la dépouille des grains; celle de la vigne a été presque nulle. En si grand fléau , rapproché de la mission de Martin, doit nous faire craindre l’accomplissement de ses autres annonces , et nous porter à ne rien omettre de ce oui est prescrit, afin que ce qui est prédit soit arrêté, ( \ oyez ci- dessus , pag. 52. )

Page 1