‹ Relation concernant les évènemens qui sont arrivés à un laboureur de la Beauce, dans les premiers mois de 1816Chapitre 6 sur 11 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

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Entrevue du sieur Martin avec Sa Majesté

Louis XVIII.

Le mardi 2 avril , un Secrétaire du Ministre de la Police générale est venu porter à Charenton , au Di recteur de la maison de santé , un billet écrit de la main du même Ministre , ordonnant de lui envoyer Martin , qu'on venait chercher dans un cabi ’iolet. Le billet portait encore que, le lendemain, Martin retournerait dans son pays , puisque le Médecin en chef pensait qu’il n’y avait point de traitement à lui faire. En effet , M. Royer-Collard avait déclaré qu’il ne regardait point cet homme comme aliéné. Cet avis ayant été rapporté à M.gr l’Archevêque de Reims, grand Aumônier de France, celuici avait informé le Roi de ce qui se passait ; et le Roi touché à l’instant d’une suite de faits si extraor*

dinaires , avait donné ordre au Ministre de la Police de lui amener l’homme arrivé de Chartres qu'il avait fait conduire à Charenton. (*) De son côté, M.gr l’Archevêque de Reims avait invité, comme on la dit , M. le Curé de Gallardon à venir à Paris , afin qu'il pût fournir sur le compte de Martin les renseignemens qu’on jugerait nécessaires.

Voyons maintenant comment Martin s’est expliqué, dans sa relation particulière , au sujet de son entrevue avec Sa Majesté. C’est la même relation qui a été envoyée à M. le Préfet de Chartres ; elle a été écrite de la main du Curé , et d’après le rapport de Martin luimême, ainsi qu'il suit :

« Le mardi 2 avril f8i6, comme j’étais à diner (à la Maison de santé) , il vint quelqu’un de la part du Ministre de la Police générale , qui depuis quatre semaines me retenait ( tant à Paris qu’à Charenton ). Ce Monsieur me dit qu’il venait me chercher pour aller à Paris. »

« Nous arrivons à l’hôtel de la Police , où le Ministre me dit : Vous voulez donc parler au Roi? » — Oui , et ma commission ne sera pas faite , avant que je lui aie parlé, comme on me l’a toujours dit j et que je lui dise ce qui m’est annoncé. » — Mais, qu’avezvous à dire au Roi? — « Je ne sais pas pour le mo- 5) ment ce que j’ai à lui dire, les choses me seront

annoncées quand je serai devant le Roi.» ■ — Eh bien, puisque vous voulez y aller , je vais vous y conduire : vous allez voir un bon Roi qui est notre père à tous.

(*) L’on sait, à n’en pas douter, que quelques personnes d’un rang distingué attendaieut avec inquiétude l’entrevue de Martin avec le R oi.

Dans une lettre du Curé dé Gallardon, au Curé de Ma intenon , en date du 8 tnai 1816 , on lit. ces mots: « Monseigneur l’Arche- » vêque de Reims, après mon- rapport, me paroissant fort sou- » deux et fort inquiet , "m'a dit : Je ne sais quelle impression « cela fera sur le Roi. } . . . . J’ai vu à Paris des person-

» nages de la plus haüte, .^distinction ) , qui atténdaient avec (an- » xi été ) l’entrevue de cet homme avec le ne .pour juger de la » réalité des apparitions, des révélations et du ‘résultat’. Toutes » ces personnes en ont été instruites , et leurs craintes n’ont » pas diminué , non plus que les miennes , pour, l'avenir, ».

Mais il ne me disait pas qu’il avait reçu l’ordre du Roi de m’y mener. »

« Il passe dans une autre chambre pour prendre son (habit d’ ) ordonnance, et dans cet intervalle l’apparition m’a dit : f^ous allez parler au Roi\ et vous serez seul avec lui ; n'ayez aucune crainte de paraître devant le Roi pour ce que vous avez à lui dire , les paroles vous viendront à la bouche . »

« Et, en effet, je n’ai point du tout été embarrassé dans tout ce que je lui ai dit depuis le commencement jusqua la fin , et c’est la dernière fois qu’il m'a apparu, toujours dans le même costume que toutes les autres fois, depuis le 1 5 janvier, car il n’a jamais changé. »

« Le Ministre vint me trouver , et dit à quelqu’un en lui donnant une lettre : Vous allez mener cet homme-là au premier valet de chambre du Roi. Nous partons, mon conducteur et moi; le carrosse était prêt pour nous conduire ; mais j’ai dit : Ça n’est pas la peine , j’irai bien à pied , il n'y a pas loin , il n’y a que la Seine à traverser (*). Le Ministre part après nous ; mais comme il était en carrosse, il est arrivé plutôt que nous. Nous arrivons aux Tuileries sur les trois heures ; nous montons jusqu’à l’appartement du Roi; nous avons trouvé, dans tout ce qui était en avant et dans les alentours, bien des gardes, et personne ne m’a rien dit. Celui qui me conduisait a remis sa lettre au premier valet de chambre du Roi (**) , qui , après l’avoir lue , m’a dit : Suivez-moi. Mon conducteur est resté là , et n’a pas été plus loin; j’entre dans

(*) Martin s’est rendu chez le Roi avec le même habit , les mêmes guêtres c}e paysan qu’il avait à Chartres , lorsqu’il a paru devant le Préfet. Sa Majesté l’a reçu portant les divers ordres , cordons et marques distinctives de la dignité royale.

(**) On ne pense pas que celui qui a introduit Martin chez le Roi , soit un des quatre premiers valets de chambre, comme Martin a pu le présumer d’abord. Divers renseignemens que l’on s’est procurés, portent à croire plutôt que c’est un officier supérieur de la garde nationale, qui l’a fait entrer chez Sa Majesté. Ce que l’on tient de la bouche de Martin , c’est que son introducteur était, en uniforme et avait des épaulettes; costume qui ne semble pas être celui des premiers valets de chambre.

la chambre du Roi au même moment que le Ministre en sortait. »

« Le Roi était assis à coté de sa table , sur laquelle î! y avait bien des papiers et des plumes J'ai salué le Roi, et je lui ai dit, mon chapeau à la main : Sire , je vous salue ; le Roi m’a dit , bonjour , Martin ; et j’ai dit en moi -même, il sait bien mon nom toujours.

— Vous savez, Sire, sûrement pourquoi je viens? ■—Oui, je sais que vous avez quelque chose à me dire , et l’on m'a dit que citait quelque chose que vous ne pouviez dire qu’à moi. Asseyez-vous. — J’ai pris un fauteuil , et je me suis assis vis à- vis du Roi ; il n’y avait que la table entre nous deux; et quand fai été assis, je lui ai dit : Comment vous portez-vous ? Le Roi m’a répondu : Je me porte un peu mieux que ces jours passés ; et vous , comment vous portez-vous ?

— Moi , je me porte bien. — Quel est le sujet de votre voyage ? — Et je lui ai dit : Le 1 5 janvier , à peu près deux heures et demie de relevée , comme j’étais dans mon champ à répandre du fumier , il m’a apparu tout de suite , sans que je sache d’où il venait , un homme qui m’a dit : Il faut que vous alliez trouver le Roi , et que vous lui disiez que sa personne est en danger, ( Et le reste comme il est rapporté ci dessus, pag. 6. ) Je lui ai dit : Mais vous pouvez bien en aller trouver d’autres que moi pour faire une commission comme ça ? Il m’a dit : Non , c’est vous qui irez. Je lui ai dit: Mais puisque vous en savez si long , vous pouvez bien aller trouver le Roi vous-même , et lui dire tout cela. Il m’a dit : Ce n’est pas moi qui irai , ce sera vous ; faites attention à tout ce que j-e dis, et vous ferez tout ce que je vous commande.))

« 11 m’avait dit une fois qu’il m’a apparu , que son nom demeurerait inconnu , et que celui qui l’envoyait, était au-dessus de lui; mais, comme j’étais à Paris le îo mars , au matin, il m’a dit : Puisque l’incrédulité est si grande, je vous dirai mon nom ; je suis l’Archange Raphaël, Ange très-célèbre auprès de Dieu, qui ai reçu tout pouvoir de frapper la France de toutes sorte* de plaies (Voyez pag. 20 ). De retour à la maison, j’ai dit tout cela à mon frère Jacques 9 qui m’a dit : Il faut

aller trouver M. le Curé, et lui dire tout cela. Nous y avons été dès le soir, et puis encore tous les jours après, tant que j’ai eu de nouvelles apparitions ; et après plusieurs affaires comme ça, M. le Curé nous a dit : Je ne veux pas être juge dans cette affaire-là ; je vous donnerai une lettre , et vous irez trouver M. l’Evêque à Versailles. J’y ai été le 26 de janvier, et je lui ai parlé le lendemain ; quand il a eu lu la lettre de M. le Curé, il m’a bien regardé , il m’a bien questionné , il m’a demandé mon nom , et il l’a écrit. Il m’a dit : S’il revient encore, vous lui demanderez son nom et de quelle part il vient, et vous irez dire le tout à M. le Curé pour m’en faire part. »

« (Après ces premiers détails, Martin ajouta ) : Il m’a été dit aussi : On a trahi le Roi , et on le trahira encore; il s’est sauvé un homme des prisons; on a fait accroire au Roi que c’était par subtilité , par finesse et par l’effet du hasard ; mais la chose n’est pas telle , elle a été préméditée; ceux qui auraient dû mettre à sa poursuite, ont négligé les moyens; ils y ont mis beaucoup de lenteur et de négligence; ils l’ont fait poursuivre quand il n’était plus possible de l’atteindre. Je ne sais pas qui , on ne me l’a pas dit. — Je le sais bien moi , c’est La Valette. — Il m’a été dit que le Roi examine tous ses employés et surtout ses Ministres. — Ne vous a-t-on pas nommé les personnes ? — Non , il m’a été dit qu’il était facile au Roi de les connaître , pour moi je ne les connais pas. »

« Ici le Roi a levé les mains et les yeux au Ciel , et M

a dit : Ah ! faut-il 1 . Et il s’est mis à pleurer, et ii

a continué de pleurer jusqu’à la fin ; et moi, quand j’ai vu le Roi pleurer, j’ai pleuré aussi avec lui. »

« Il m’a encore été dit: Que le Roi envoyé dans ses provinces des gens de confiance, pour examiner les administrations, sans être prévenues, sans seulement qu’on sache qu’on a envoyé ; et vous serez craint et respecté de vos sujets. »

« Il m’a été dit de vous dire , que le Roi se souvienne de sa détresse et de son adversité du temps de son exil. Le Roi a pleuré sur la France; il a été un temps que le Roi n’ayait plus aucun espoir d’y rentrer*

voyant îa France alliée avec tous ses voisins. — Oyi , il a été un temps où je n’avais plus aucun espoir, voyant tous les Etats qui n'avaient plus aucun soutien. — Dieu n’a pas voulu perdre le Roi; il l’a rappelé dans ses Etats , au moment où il s'y attendait le moins. Enfin le Roi est rentré dans sa légitime possession. Où sont les actions de grâces qui ont été rendues pour un tel bienfait ? Pour châtier encore une fois la France , l'usurpateur a élé tiré de son exil : ce n’a pas été par la volonté des hommes , ni par l'effet du hasard que les choses ont été permises ainsi. Il est rentré sans forces, sans armes, sans qu’on se mette en défense contre lui. Le Roi légitime a été obligé d’abandonner sa Capitale, et croyant tenir encore une ville dans ses Etats, il a été obligé de l’abandonner. — C'est bien vrai , je croyais rester à Lille. — Quand l’usurpateur est rentré , il s'est formé un gouvernement de gens comme lui , et une forte armée; il s’est présenté devant ses ennemis qui étaient les alliés du Roi. Qu’est-il arrivé ? Du premier coup , il s’est trouvé dans une telle défaite , qu’il a été sans ressources , sans asile , sans amis , et rejeté de ses sujets. Le Roi est encore rentré dans ses Etats Où sont les actions de grâces qui ont été rendues à Dieu pour un miracle si éclatant? Le Roi pendant tout ce récit pleurait; je lui voyais couler les larmes sur les joues. Je lai rappelle des par iiculariiés qui mont été annoncées de son exil , et il m'a dit : — Gardez-en le secret , il n’y aura que Dieu , vous et moi qui saurons jamais cela. * — Il m’a toujours été dit que je parviendrais à vous parler , et que je parviendrais à faire l’affaire qui m’avait été annoncée, et je vois bien qu’il ne m’a pas trompé (l'Ange) , puisque me voilà aujourd’hui avec vous. Il m'a été dit que vous ne chancelleriez pas pour croire quand je vous dirais ces choses. — Non, je ne puis chanceler, puisque c’est la vérité. Ne vous a-t-il pas dit comment il fallait que je m'y prenne pour gouverner la France ? — Non, il ne m’a fait aucune mention que de tout ce qui est dans les écrits; le Ministre a les écrits , comme les choses ont été annoncées. — Ne vousa-t il pas été dit que j’ai envoyé des ordonnances pour tout

ce dont vous m’avez parlé ? — Non , on ne m'en a pas fait mention. Je me lève, et en me levant , j’ai dit au Roi : Il m’a été annoncé de vous dire que vous êtes trop bon , et que votre grande bonté vous conduirait à de grands malheurs : il m’a été dit aussi, que puisque vous portiez le titre de Roi Trés-Chrétien , car je ne sais pas moi si on vous appelle comme ça, il fallait vous efforcer de faire rentrer le peuple dans la Chrétienté (* (**)). — Si toutefois il revient, vous lui demanderez comment-il faudra que je m’y prenne pour gouverner. Il m’a été dit qu’une fois que ma commission serait faite auprès du Roi , je ne verrais plus rien, et que je serais tranquille. — Rappelez-moi ce que vous avez vu le 2 6 mars? - — Comme je commençais à écrire à mon frère , la même apparition m’est apparue , et m’a dit les choses en ces termes: Mon ami, je vous avais dit que je ne reviendrais plus vous voir , etc. (Comme il est écrit dans la lettre de Martin à son frère, pag. 30. H était alors sur les sept à huit heures du matin ; avant que de s’en aller , il m’a dit : Je vous donne la paix , Rayez

aucun chagrin ni inquiétude (* * ) - Je savais tout

cela, mais je voulais l’entendre de vous. N’avez-vous rien vu depuis le 2 6 mars? — Si, le jeudi d’après, comme j’étais sur les cinq heures après-midi , dans le jardin , il s’est présenté devant moi, et m’a dit : Pourquoi n allez-vous pas à la visite ? Je lui ai dit : J’y vais , etc. (Comme il est écrit ci-dessus , pag. 33 ).»

« Le dimanche suivant , jetais sur les deux ou

(*) Ceci peut servir à dissiper l’objection de quelques personnes chrétiennes , qui ont témoigné être peinées de ce que l’Ange n’avait point parlé une seule fois de J, C. dans ses diverses apparitions. Mais peut-on être Roi tres-Chrétien , et peut-on entrer dans la Chrétienté , si l’on ne croit en J. C. ? Ces seules expressions ne nous font-elles pas sentir l’obligation qu’elles renferment d'être à J. C. ? Enfin a-t-on une ferme croyance , et pense— t— on pouvoir pratiquer la religion telle qu elle est annoncée depuis les Apôtres, si cette même croyance n’a pas J. C. pour objet, comme pour fondement ?

(**) On lit dans les rapports des médecins au Ministre , que, « quoique Martin eût été fort tranquille , il sentit depuis ce mo- » ment un calme et une paix qu’il n’avait pas encore éprouvés, v

trois heures de l’après-midi dans le jardin ; il m'a ap-J paru et m’a dit : Il y aura encore des discussions sur cette affaire, (et le reste comme ci-dessus, jusqu'à ces mots : Rendez témoignage de ce que vous avez vu et entendu, p. 36).

« Le Roi écoutait tout cela en me regardant et sans me rien dire. Ici il m’a dit : C’est le même Ange qui conduisit le jeune Tobie à Rages, et qui l’a fait marier ; et il m’a pris la main en me disant : Que je touche à la main que l’Ange a serrée : priez toujours pour moi. — Bien sûr, Sire , que moi et ma famille, ainsi que M. le Curé de Gallardon, avons toujours prié pour que l’affaire réussît — Quel âge a-t-il M. le Curé de Gallardon ? Y a-t-il long-temps qu’il est avec vous ? — Il est à peu près dans les 60 ans; c’est un brave homme , il y a à peu près cinq à six ans qu’il est chez nous. — Je me recommande à vous , à lui et à toute votre famille. — Bien sûr, Sire, qu’il est bien à désirer que vous restiez; parce que si vous veniez à partir, ou qu’il vous arrive quelque malheur , nous ne risquerions rien aussi nous autres de nous en aller, parce qu’il y a aussi de mauvaises gens dans notre pays : il n’en manque pas. »

« Ici j’ai répété au Roi ce que je lui avais dit au sujet des Dimanches et Fêtes , et des désordres, etc. ( voyez à ce sujet les différentes apparitions ) , et je lui ai dit que c’était là le principal ; et le Roi m’a répondu : Je ferai en sorte d'y remédier. J’ai salué le Roi en lui disant : Je vous souhaite une bonne santé; il m'a été dit: Qu’une fois ma commission faite auprès du Roi , je vous demande la permission de m’en retourner au centre de ma famille , comme il m'a été annoncé que vous ne me refuseriez pas. — Puisque vous avez été obéissant jusqu’à présent, je ne veux pas vous rendre désobéissant ; j'ai donné des ordres pour vous renvoyer. — Il m'a toujours été annoncé qu’il ne m’arriverait aucune peine ni aucun mal. — Il ne vous en arrivera pas non plus : vous vous en retournerez demain ; le Ministre va vous donner à souper et à coucher, et des papiers pour vous en retourner, — Mais je serais content si

je retournais à Charenton pour leur dire adieu , eî pour prendre une chemise que j’ai laissée. — Cela ne vous a-t-il pas fait de la peine d’être à Charenton? Y avez-vous été bien ? — Pas du tout de peine; et Lien sûr que si je n’y avais pas été bien je ne demanderais pas à y retourner. — Eh bien ! puisque vous désirez y retourner, le Ministre vous y fera conduire de ma part. »

a Je suis retourné rejoindre mon conducteur qui m’attendait , et nous avons été ensemble à l’Hôtel du Ministre (*). » Suivent les certificats (**).

« Après avoir lu avec attention l’article ci-dessus et des autres parts , j’ai reconnu que le tout était véritablement conforme à tout ce que j’ai vu et entendu, et rapporté à différentes fois et à toutes les personnes dénommées , d’après les déclarations que Martin m’en a faites , depuis le id janvier 1 8 1 6.

En foi de quoi j’ai signé, le i3 mai 1816.

Signé , La Perruque, Curé de Gallardon. »

« J’ai lu attentivement avec M. le Curé , qui m’a aidé , toutes les pages de cet écrit , et j’ai reconnu que tout était bien véritable , comme je l’ai vu et enten-

(*) Extrait d'une Lettre à un ami , écrite par une personne qui a vu JMartin le soir même de son entretien avec le Lui-

2 Avril 1816.

« Tout est terminé d'aujourd’hui , la conviction est entière , et la scène arrosée de larmes. La mission est complètement remplie ,

et comme elle devait l’être . Le bonhomme part demain

pour son pays , la paix et la tranquillité dans l’èmé comme toujours, mais plein d’amour et de vénération pour celui qu’il ne connaissait pas auparavant. » Adieu , je vous embrasse , etc.

(**) Ces certificats ont trait à cette dernière Relation , et à un abrégé de ce qui précède , concernant les événemens arrivés à Thomas Martin depuis le x5 janvier.

du , et éprouvé à toutes les fois ; il y a même moins que plus.

Fait à Gallardon , le i3 mai 1 8 1 G.

Signé , Thomas Martin.

< i. I tt -

Pour copie conforme ,

Signé , le Comte de Breteuil. »

Martin, suivant la permission qu’il en avait obtenue de Sa Majesté, est retourné à Charenton, où il a passé Ja nuit. Il a fait ses adieux et témoigné toute sa reconnaissance à M. le Directeur de la Maison de santé, lequel a eu toutes les peines du monde à lui faire accepter 25 francs pour son voyage.

Le lendemain matin , 3 avril, il est venu à Paris, chez le Médecin en chef de l’hospice de Charenton ; et , dans cette circonstance , il s’est montré tout aussi simple, tout aussi naïf qu'avant devoir vu le Roi; il n'a pas cherché à s’en faire valoir.

De chez M. Royer-Collard , Martin s’est rendu chez le Ministre, qui lui a fait délivrer ses papiers, et l’a forcé de recevoir une gratification de la part du Roi: Martin refusait de l’accepter , mais le Ministre lui ayant dit qu’on ne pouvait en aucune sorte refuser un don de Sa Majesté , il s'est rendu à cette raison.

Le 6 avril , Martin est venu à Chartres , et s'est présenté à M. le Prelet ; il parait qu’il avait une lettre de M. le Curé de Gallardon , qui témoignait que cette affaire ne pouvait plus être désormais regardée autrement que comme miraculeuse.

Martin a raconté à M. le Préfet , avec autant de naïveté que de sincérité , ses apparitions et toutes les circonstances de son voyage de Paris , sa conduite au Ministère de la Police, à la Maison de Charenton, sa comparution devant Sa Majesté, et tout ce qui s en est suivi.

M. le Préfet a recommandé à Martin la plus grande

discrétion

discrétion (*); et celui ci de son côté , après lui avoir fait son rapport , a ajouté qu’il ne pouvait lui en dire davantage ; que les particularités qu’il avait révélées au Roi , étaient un secret qu’il avait refusé de faire connaître au Ministre, et que rien au monde ne les lui ferait divulguer, d’après la promesse qu’il en avait faite à Sa Majesté.

Ce brave homme , après cette dernière visite > a repris ses travaux ordinaires et sa vie simple et champêtre; évitant de parler indiscrètement de ce qui lui est arrivé ; et s’étant défait adroitement des curieux du pays qui sont venus le questionner i Quand vous avez des affaires , leur dit-il , n’allez-vous pas les faire ? eh bien , j’ai été de même faire les miennes.

L’on a appris , par une voie certaine , que le Roi est convenu que Martin lui avait dit des choses cachées qui n’étaient connues que de Dieu et de lui , et qu’il à témoigné que Martin n’était ni fou ni aliéné.

Enfin, M. de Breteuil , Préfet d’Eure-et-Loir , a déclaré pour ce qui le regarde : Que Martin s’est toujours expliqué dans les mêmes termes , avec beaucoup de netteté et de simplicité ; il n’a cessé de montrer à Chartres comme à Paris , une confiance et une tranquiii ité imperturbables , s’exprimant sans timidité , mais toujours avec respect , et surtout avec l’air de la vérité.

(*) Martin , comme l’ont observé des personnes judicieuses, n’a pas cru être obligé de garder le secret sur tout ce qui s’était dit et passé entre le Roi et lui * mais seulement quant au seul article au sujet duquel le Roi lui a dit: Gardez-en le secret, il ri y aura que Dieu , vous et moi , qui saurons jamais cela. C’est ainsi qu’il a observé le double précepte contenu dans les paroles de l’Archange Raphaël : If est bon de garder le secret du Roi , mais il est honorable de révéler et de publier les œuvres de Dieu , (Tobie, ia, 7. )

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