‹ Relation d'une épidémie de rougeole observée à la clinique des maladies des enfantsChapitre 23 sur 26 · ARTE · texte numérisé non relu

ARTE

Température du soir : 39°6. Looch blaue, 120 grammes ; lait, tisane de violettes et jujuhe.

18 novembre. — L'éruption, plus abondante sur la face, se voit aussi sur le tronc et les membres. Température du matin : 38°9 ; soir, 397.

19 novembre.—L'évuption pâlit ; le catarrhe bronchique diminue d'intensité. Température du matin: 37°4; soir : 37°5.

20 novembre.— On aperçoit encore quelques taches sur le corps ; elles sont très marquées. Température du matin, 36°1; soir, 312.

21 novembre. — Plus de traces d’éruption. Température du matin, 3608 ; soir, 37°4.

À partir ce ce jour, la température reste au-dessous de 37°, et la malade entre en convalescence. Elle est cependant très anémiée et on la soumet à un régime reconstituant et tonique (lait, viande, quinquina). Son état s'était sensiblement améloré lorsque, le 15 décembre, la température remonte de nouveau à 39°6, le matin, et 40°2 le soir. L'enfant ne tousse pas, la respiration est normale.

L'examen des dents montre que Ia deuxième molaire supérieure droite et la première molaire inférieure droite sont en pleine évolution. M. le professeur Baumel prescrit : eau de lactophosphate de chaux, 40 grammes.

Pendant toute la période d'évolution de ces deux molaires, la température vespérale se maintient autour de 39 degrés. Elle descend à 37 degrés le 23 décembre et reste normale jusqu'au 1° février.

Ce jour, la malade se plaint de douleurs à l’hypocondre gauche; M. le professeur Baumel trouve la rate augmentée de volume dans de notables proportions ; en même temps, elle est douloureuse à la percussion el à la palpation. La tempéra-

LIRE ture du matin est de 37*%5. Le soir : 39’. Quinine 0 gr. 50 centigr'ammes en 1 cachet. Lait comme alimentation.

Le 2 février.— La rate est toujours douloureuse et la matité splénique augmentée. T. du matin: 37°; soir: 38°4. Même prescription.

Le 3. — Même état de la rate. T. matin : 37°5 ; soir : 39°.

On donne 0 gr. 60 de quinine en 1 cachet.

Le 4. —T. du matin: 37% ; soir : 38°4.

Les 5, 6, T.— La température décrit les mêmes oscillations, malgré l'administration de la quinine. A l’examen de la bouche, on voit que la 2° molaire inférieure gauche pointe à travers la gencive.

Le 9. — La température descend à 36°6, le matin, et le soir à 31°2. La douleur disparaît dans l'hypocondre et la matité splénique diminue.

La malade reprend le régime ordinaire reconstituant.

Comment peut-on expliquer cette RYPETIODER de la rate à la suite de la rougeole ?

On sait depuis longtemps que, dans le cours de presque toutes les-maladies infectieuses, la rate est augmentée de volume. Toutefois, cette hypertrophie de la rate, produite par l'agent infectieux lui-même est excessivement rare dans la rougeole (Bezançon, Thèse de Paris).

Mais, si l'agent infectieux de la rougeole détermine rarement par lui-même de la splénomégalie, cette splénomégalie peut être due, dans cette affection, à d’autres causes.

Elle peut être (et c’est vraisemblablement ce qui a eu lieu dans le cas qui nous occupe) le résultat d’une lésion du cœur droit; à la suite de cette lésion, il se produirait

une slase veineuse dans la grande circulation, slase veineuse qui entrainerait de la congestion du côté du foie (foie cardiaque), et, consécutivement, du côté de la rate (rate cardiaque).

La lésion du cœur droit nous est facilement expliquée, soit : l° par le catarrhe bronchique, qui est un des symptômes les plus constants de la rougeole ; ce catarrhe bronchique détermine une gêne dans la circulation pulmonaire, d'où surcharge, dilatation et fatigue du cœur droit ; 2° soit par l’anémie (Parrot) que l’on observe dans la convalescence de la rougeole, comme, d’ailleurs, dans la convalescence de toute autre maladie ; l’'anémie produit une dilatation du cœur droit qui est suivie d'une insuffisance tricuspidienne ; 3° soit, enfin, par une endocardite primitive ; cette cause est plus rare que les précédentes.

La rougeole, plus que toute autre maladie peut-être, se trouve dans les conditions les meilleures pour produire la dilatation du cœur droit. « L'action mécanique se combineici, mieux que partout ailleurs, à l’action dynamique et nutritive pour compromeltre plus facilement encore la régularité des fonctions cardiaques et, par suite, l’existence des sujets atteints de rougeole. » Baumel (1).

Telles nous paraissent être les causes de l'hypertrophie de la rate que nous avons constatée chez nos deux malades.

(1) Baumel. — Art. Rougeole in Traité de Médecine et de Thérapeutique pratique de Bernheim et Lauret.

Page 1