RÉSULTATS
Les résultats de cette épidémie ont été des moins graves: sur vingt malades, en effet, nous n'avons eu à constater qu'un seul décès. Encore. s'agit-il d'un enfant rachitique, sevré depuis peu, issu de parents tuberculeux et offrant lui-même une prédisposition toute spéciale aux complications broncho-pulmonaires ; cet enfant était atteint de bronchite lorsque il a contracté la rougeole.
La mortalité, qui n’a été que de cinq pour centest donc bien inférieure à celle que l'on a signalée dans les relaons des diverses épidémies de rougeole, du moins dans celles qui se sont produites dans les hôpitaux, comme c’est notre cas. D’après les auteurs, la moyenne de cette mortalité serait de 25 à 40 pour cent. Rilbetet Barthez (1) donnent la proportion de 30, 8 pour cent.
La mortalité de cinq pour cent est, en réalité, celle qu’on observe en ville. Mais à l'Hôpital, on sait, et cela a été signalé depuis longtemps, que, par suite de l’aggloméra-
(1) Rillietet Barthez -- Trailé des maladies de l'enfance.
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lion des rougeoleux dans les mêmes locaux, la proportion des décès est bien plus considérable, soit que les conditons d'hygiène soient plus mal observées, soit que, par ce mode d'hospitalisation, « on aie concentré à un même point les vraies causes de la mort par rougeole, qui sont les maladies secondaires, les broncho-pneumonies surtout» (1). |
À quoi pouvons nous attribuer les résultats que nous avons vu obtenir ?
Nous savons que le pronostic de la rougeole découle : 1° de la nature de l'épidémie ; 2° du mode d’hospitalisation ; 3° surtout de l’âge des malades.
Nous avons vu que l’épidémie que nous avons décrite n'a pas présenté de caractère de gravité. La virulence de l'agent morbilleux, qui, dans certaines circonstances, atteint un degré considérable nous a paru singulièrement atténuée. L'évolution de la maladie a été normale dans presque tous les cas; quelquefois même, les symptômes ont élé si peu accentués que nous avons pu observer de véritables formes frustes.
À aucun moment, les maladesne se sont trouvés dans des conditions d'hospitalisation défectueuses par suite de l'encombrement de la salle. En effet,les vingt cas de rougeole qui constituent toute notre épidémie ne se sont pas produits simultanément, mais se sont échelonnés pendant deux mois. De cette façon, les malades n’ont jamais été en trop grand nombre dans la même salle et les preserip-
(1) Grancher. — In Traité de Médecine el de Thérapeutique de Brouardel et Gilbert.
ions hygiéniques ont pu être constamment observées,
Mais nous pensons que les résultats obtenus tiennent surtout à l’âge de nos petits malades. Nous avons dit, en effet, que tous, sauf deux, étaient âgés de plus de deux ans. Il est reconnu depuis bien longtemps, que la rougeole est d'autant plus grave que les sujets qu'elle atteint sont moins âgés et de l'avis de tous les auteurs elle produit le plus grand nombre de décès chez les enfants de 1 à 2 ans. Dans une épidémie signalée par Bartels (1), la mortalité fut de cent pour cent chez les enfants au-dessous de deux ans; de 95 pour 100, dans une autre épidémie rapportée par Parrot (2).
Comby, sur 715 malades soignés à Phôpital Trousseau, en 1895, a observé, au point de vue de l’âge,les variations suivantes dans la mortalité :
Au-dessous de fan . . 33,3 pour 100 Denain ere PAR — Der anersee rie 3,9 Dés Ab ane ere 3,8 =
De plus, la plupart des enfants étaient bien portants au moment où ils ont contracté la rougeole. C’est là encore une raison qui n'a pas été sans Influence sur les résultats. La rougeole, en effet, évolue généralement d’une façon bénigne etsans complications chez les sujets sains et non affaiblis par une tare antérieure. Au contraire, elle
(1) Bartels. — Art, Rougeole par Barbier in Traité de médecine de Debove et Uchard.
(2) Parrot. — /d.
a devient grave et se complique souventlorsqu'elle rencontre un organisme débilité.
Nous conclurons donc que les résultats que nous avons vu obtenir sont dus à la fois à la nature de l'épidémie, à hospitalisation des malades, aux soins hygiéniques et thérapeutiques dont ils ont été l'objet, à leur âge et à leur bon état de santé antérieur à la rougeole.