CONSIDÉRATIONS SUR LA CONTAGION DE LA ROUGEOLE
1° Période contagieuse de la rougeole
Dans l’histoire de la rougeole, il n’est aucun point qui ait été plus discuté que la période à laquelle commence la contagion et le moment où elle cesse de se faire. L’accord n’est pas encore fait à ce sujet. ”
Pendant longtemps, les médecins partagèrent l'opinion des gens du monde que la contagion de la rougeole se faisait au moment de la desquamation des exanthèmes.
Panum (1),le premier, en 1851, s’éleva contre cette opinion et déclara que, dans l'épidémie des îles Feroë, il n'avait jamais observé un seul cas de contagion pendant la période de desquamation.
Mayr (2), la même année, cite la première observation de rougeole communiquée à la période d’invasion.
(1) Panum. — Du mode de transmission de la rougeole. Arch. für phys. Heilkunde el Archives de médecine, 1851. (2) Mayr. — Traité des maladies cutanées de Hebra. Art. Rougeole.
Quelques années plus tard, en 1865, Girard (1) (de Marselle), dans une lettre adressée à Blache, écrit que «les fièvres éruptives, et en particulier la rougeole, se transmettent le premier jour de leur apparition à l'époque de la fièvre, et que leur transmission, passé cette époque, n’a plus lieu ». Dans une discussion à la Société médicale des hôpitaux de Paris, ces conclusions furent vivement attaquées et repoussées par tout le monde. En 1869, dans une autre communication à la même Société. Girard admettait que la contagion de la rougeole pouvait se faire à la période d’éruption.
Dumas, de Cette (2), en 1872, établit d’une façon positive que la rougeole est contagieuse avant la période d’éruplion.
Fœrster (3), Cadet de Gassicourt (4), citent des observations qui confirment cette opinion.
Béclère (5), en 1882, dans sa thèse inaugurale, établit nettement que «la rougeole est contagieuse dès le début de la période d’invasion et pendant la période d’éruption ; elle ne semble pas être contagieuse au delà de ce temps et la durée -de la période de la contagion ne parait pas excéder huit à dix jours ».
(1) Girard. — Bull. de la Société méd. des hôpitaux, 1865 et 1869.
(2) Dumas. — Montpellier-Médical, 1872.
(3) Fœrster. — Jahrb. für Kinderheilkunde, 1876. Revue des scences médicales de Hayem.
(4) Cadet de Gassicourt. — Traité clinique des maladies de l’enfance.
(5) Béclère. — Thèse de Paris, 1882. De la contagion de la
rougeole.
Depuis, la plupart des auleurs sont d'accord sur ce point, et il est généralement admis que le moment le plus favorable à la contagion est la période prééruptive et les deux ou trois premiers jours de léruption.
Pour M. Sevestre (1), la contagion se fait dès le début des prodromes, et c'est ce qui explique la fréquence des épidémies de rougeole : «Rien n'indique encore que l’enfant va avoir la rougeole et, lorsque quelques jours après. en présence des symptômes plus posilifs, on décide lisolement, il est déjà trop tard ». |
Bard (2) pense que c'est surtout l’avant-veille de l’éruplion, au moment où le catarrhe oculo-nasal est très accusé, que la contagion est à redouter; elle le serait moins pendant les premier et second jours et disparaitrait les jours suivants.
La contagiosité de la rougeole à la période d’invasion et d’éruption est donc bien établie: Mais jusqu’à quelle époque se maintient ce pouvoir contagieux, et à quel moment cette maladie cesse-t-elle d’être contagieuse ?
Pour la plupart des auteurs que nous venons de citer, la rougeole n’est plus contagieuse après l’éruption. Panum (3) déclare que la contagion cesse avec l’éruption. |
Fœærster (4) n’a vu qu'un cas de contagion au cinquième jour de l’éruption.
(4) Sevestre. — Progrès médical, 1889.
(2) Bard. — Revue d'hygiène et de police sanitaire, 1891 (3) Panum. — Loc. cit.
AEæœrsler oc cire
Seveslre est d'avis que la contagion ne se fait plus après l’éruption.
Darolles (1), de Provins, cite des cas de contagion au septième et onzième jours après l'éruplion.
En 1892, Evanno (2) conclut, dans sa thèse, que la conlagion ne se fait pas pendant la desquamation, mais bien pendant la période prodromique, et que la puissance contagieuse va en décroissant pendant l'éruption.
La même année, Gannelon (3) déclare que la contagion de la rougeole s'éteint, en général, cinq à six jours après l'éruption.
Catrin (4), en 1897, signale à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris le cas d'un malade qui a contracté la rougeole au contact d’un rougeoleux à la fin de la convalescence.
Lemoine {5), en 1898, présente à la même Société trois observations dans lesquelles la contagion s’est faite aux huitième et vingtième jours de la maladie.
Maurin (6) a pu également observer des cas de contagion après la desquamation, au cours d’une épidémie qu'il relate dans sa thèse.
La durée de la période contagieuse de la rougeole n’est donc pas encore fixée d’une façon définitive.
(1) Darolles. — Cité par Sevestre. Progrès Médical, 1888.
(2) Evanno. — Thèse de Paris. 1892.
(3) Gannelon. — Thèse de Paris. 1892.
(4) Catrin.— Bull. dela Soc.Meédicaledes Hôpitaux de Paris 1897. (5) Lemoine. — Bull. de la Soc. médicale des Hôp. de Paris. 1888. (6) Maurin. — Thèse de Montpellier. 1896.
2° Agent pathogène
Malgré les nombreuses recherches dont 1l a été l’objet, le microbe spécifique de la rougeole est encore Inconnu.
Hallier, le premier, décrivit un parasite végétal, le Mucor mucedo verus.
En 1871, Colze et Feltz, de Strasbourg, signalent une bactérie mobile qu'ils ont trouvée dans le sang et dans les mucosités du nez des enfants atteints de rougeole.
Quelques années plus tard, en 1875, Klebs décrit une monadine morbilleuse, qu'il n’a pu cultiver.
En 1880, Babès rencontre, dans les sécrétions du nez, de la conjonctive et des bronches des morbilleux, à la période d’éruption, des microbes arrondis, liés deux par deux, qu'ilsignale à la Société de Médecine de Budapest, comme étant les spécifiques de la rougeole.
Canon et Piélicke, de Strasbourg, découvrent dans le sang des rougeoleux, pendant toute la durée de la maladie, un bacille particulier, ne se colorant pas par la méthode de Gram, et de dimensions variables.
Barbier, dans le service de Grancher, troave dans les sécrétions catarrhales du nez, de la conjonetive et des bronches un autre bacille se rapprochant, par certains deses caractères, du bacille de Canon et Piélicke, et par d’autres, du bacille de Lœæffler.
En 1900, dans une communication à la Société Médi-