‹ Relation d'une épidémie de rougeole observée à la clinique des maladies des enfantsChapitre 9 sur 26 · CO TS · texte numérisé non relu

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Chatinière (1) signale une épidémie survenue dans la clientèle d'une blanchisseuse dont la fille avait la rougeole. Le germe morbilleux avaitété transporté chez les différentes personnes par le linge non désinfecté.

Pour ces derniers auteurs, le germe de la rougeole peut done conserver longtemps ses propriétés nocives. En conséquence, il est nécessaire de désinfecter les vêtements des malades et les locaux qu'ils ont habités. À ce propos, Kelsch fait observer que la mortalité par fièvre typhoïde, variole, scarlatine, coqueluche et diphtérie, maladies qui sont devenues justiciables de l’étuve, a diminué depuis l’organisation du service de désinfection, tandis que, pour la rougeole, qui ne subit pas de désinfection, la mortalité s’accroit tous les ans.

4° Mode de contagion

Voyons maintenant par quel mécanisme se fait la transmission de la rougeole.

Plusieurs théories sont en présence à ce sujet: pour les uns, la contagion se fait par l'air ambiant; pour les autres, elle est immédiate : l'agent pathogène est transporté du malade à l'individu sain par l'intermédiaire d’une tierce personne ou d’un objet.

Sevestre est partisan de la première théorie ; 1l déclare qu'il existe autour des rougeoleux une zone d’atmosphère qui est dangereuse. Cette atmosphère est infectée par les

(1) Chatinière. — Revue d'hygiène, 1898.

mucosités qui se délachent du nez et des bronches des morbillèux à chaque quinte de toux ; cette zone dangereuse ne dépasse pas quelques mètres. « Quand une rouweole se déclare dans une salle, ce sont presque toujours les enfants couchés dans les lits voisins qui sont pris Il est exceptionnel de voir la rougeole se transmettre d’un côté à l’autre de la salle, plus exceptionnel encore d’une salle à l’autre. (Sevestre) (1).

Ainsi, aux Enfants-Assistés, où les pavillons de rougeole, de scarlatine et de diphtérie sont confiés à la même surveillante, M. Sevestre n’a vu, de 1886 à 1889, qu'un seul cas où la contagion ait pu être attribuée au personnel.

Pour Bard (2), la contagion peut se faire non seulement par l'atmosphère qui entoure le malade, mais même par l'air expiré par les rougeoleux.

Mercier (3) est partisan de la contagion atmosphérique ;1l a pu observer, dans une épidémie qui s’est produite parmi les soldats du 90° de ligne, que les malades atteints occupaient le premier et le deuxièmeétages, juste audessous de la chambre qui était le foyer primitif d’infection, etces malades couchaient au niveau des fenêtres. Les poussières de balayage, jetées par les infirmiers, étaient entraînées par les courants d'air, et venaient se déposer, en pénétrant par les fenêtres, sur les lits les plus voisins de celles-ci.

Parmi les partisans de la contagion indirecte, il con-

(1) Sevestre. -— Soc. de médecine publique et d'hygiène. (2) Bard. — Revue d'hygiène.

(3) Mercier. — Annales publiques d'hygiène.

vient de citer d'abord Panum, qui aurait observé des cas de transport de la maladie par l'intermédiaire d’une personne saine. Toutefois, cet auteur pense que la transmission par contact direct est beaucoup plus fréquente.

Fœrster (1) rapporte le cas d’un tailleur qui aurait disséminé le germe de la rougeole à travers plusieurs villages qu'il visitait.

Béclère s'exprime ainsi : « Le contage de la rougeole est diffusible dans l'atmosphère, mais sa diffusion est très limitée ; il ne semble pas pouvoir se répandre au-delà de quelques mètres. Il est très rarement transporté par des personnes ou par des objets, en dehors des cas où cette condition est réalisée : transport en très peu de temps à très faible distance. »

Grancher (2) est fermement convaincu de la transmission par contagion indirecte. Il ne croit'pas à la zone dangereuse de Sevestre et soutient que la rougeole se communique uniquement par contact. Comment expliquer,en

effet, que, dans une même salle, les enfants les plus voi-

sins des morbilleux ne contractent pas la rougeole, tandis que d’autres plus éloignés sont econtagionnés, si on n’admet pas que le microbe peut être transporté ? La rougeole se transmet souvent, sinon toujours, par contact direct ou indirect. Dans ce dernier cas, l'agent de transmission peut être, soit une personne, soit un objet quelconque souillé par un rougeoleux. « Depuis que j'observe

(1) Fœrster. — Loc.cit.

(2) Grancher. — Art. Rougeole in Trailé de Médecine et de Théra-

peulique de Brouardel et Gilbert.

AT) Me la contagion de nos salles, je suis arrivé à me convaincre de la fréquence extrême des transmissions par contact direct ou indirect. C’est, à mon avis, le mode de beaucoup le plus commun de la contagion de la rougeole, comme de la diphtérie, de la scarlatine. » (Grancher).

Quant à l'air expiré, Grancher, raisonnant d’après les données expérimentales acquises pour d’autres maladies transmissibles, se refuse à croire qu'il soit dangereux.

Il résulte de ce qui précède que la contagion de la rougeole peut se faire soit par contact direct, soit par l’atmosphère, soit par l'intermédiaire d’une tierce personne ou d'objets contaminés par les morbilleux.

Dans le cours de notre épidémie, la transmission de la rougeole par contact direct a été plusieurs fois des plus évidentes; c’est ainsi queles jeunes Paule Arm..…. et Louise Arm..., après avoir passé une partie de laprès-midi, le. 16 novembre, avec leur père qui était à la veille de l’éruption, entrent aux contagieux, onze jours après, en pleine

période d’éruption.

La transmission par contact indirect n'a pas été moins nette chez les malades en traitement à la clinique des maladies des enfants.

Nous avons dit que le germe morbilleux avait été apporté dans ce service par le jeune Charles Guib.….; celuiel occupait le Hit n° 4 de la salle des garçons. Or, le premier cas de rougeole survenu chez les malades de la clinique s’est produit chez une petite fille, c’est-à-dire chez une malade couchée dans une salle voisine de celle dans laquelle avait été reçu Guib..[] nous paraît certain que le germe rubéoleux a été transporté d'une salle à l’autre

par les personnes du service.

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