‹ Relation d'une mission archéologique en TunisieChapitre 19 sur 29 · PLANCHES · texte numérisé non relu

PLANCHES

11 nous a paru inutile d'intercaler des numéros dans nos' planches. Lorsqu'elles contiennent plusieurs figures, nous en donnons l'explication en commençant toujours par la gauche et par le haut de la planche ; d'ailleurs le petit nombre et la variété des figures rendent toute confusion à peu près irapossible.

Planche I

La statuaire et l'usage de l'écriture proprement dite semblent d'importation très récente à Utique. Aucune de nos épigraphes^ ni de nos statues ou statuettes, ne remonte au delà du vf siècle. Les fouilles du docteur Schlieman ont cependant démontré que l'alphabet cadméen était connu des Grecs au moins quinze siècles avant notre ère, mais on ne l'employait guère qu'à composer des prières de trois ou quatre mots, et dans les fouilles de Mycènes on n'a trouvé aucune inscription. Le peu d'indications nécessaires à ces communautés primitives étaient données par des enseignes blasonnées, semblables à celles dont nous nous servions au moyen âge. Les Grecs les nommaient Odioi; c'étaient généralement des Hermès ou bornes, avec certains hiéroglyphes, indiquant aux passants leur direction. Ainsi, chez les Romains, sept bœufs [septem triones) marquaient le nord; et

lorsque nous employons le mot septentrional, c'est comme si nous disions : du côté des sept bœufs. Le blason est un genre d'écriture si naturel à l'homme, qu'on l'a retrouvé en Amérique employé de la même façon que dans l'ancien monde. Les Grecs l'avaient réservé pour leurs mystères et lui donnaient le nom de langue des dieux. Les règles du blason grec ont été entièrement retrouvées, grâce au déchiffrement du syllabaire gréco-chypriote, et nous croyons que celles du blason sémitique n'ont jamais été perdues , car il existe encore chez les Arabes ; d'ailleurs l'alphabet phénicien n'est lui-même qu'un véritable blason, puisque toutes ses lettres répondent à des figures déterminées et n'ont jamais perdu leur caractère hiéroglyphique.

Le blason grec est plus compliqué , mais les auteurs anciens nous ont laissé l'explication de quelques-uns de ses hiéroglyphes et notamment de l'Amour ailé, que Platon traduit Pterotas, ce qui veut dire le corruptible, ou le périssable.

Les quatre Amours de notre planche I sont des Pterotas grecs, fabriqués à Utique antérieurement aux statuettes de composition lybienne que nous donnons plus loin. Ils sont remarquables par un ornement que l'on ne retrouve jamais sur les divinités lybiennes, c'est Xampyx ou toupet en usage chez les Grecs, aux vi^ et siècles avant notre ère, et par l'oiseau que tous devaient porter à la main [Ker-ptos) qui donne le nom de la déesse infernale Krypté^ Carybde ou Gryphos, plus souvent représentée par une savate (Krépis). Si l'on réunit ces trois particularités, on lit la formule suivante :

Krypté Pterof amphyké.

« La cachée a fait i^enaitre le périssable. »

Ce n'est que la moitié de la formule , car en récompense de ce service Pterotas enlève Crypté pour la vendre, mais le reste a disparu.

L'enfance et la décrépitude de l'art se ressemblent, et ces Pterotas pourraient appartenir à la plus basse époque romaine si leur ampyx caractéristique ne leur donnait une date certaine.

Planche II

Les 12 figures de cette planche, bien que l'une d'elles vienne certainement de Grèce et que d'autres soient surmoulées sur des types grecs, représentent toutes des divinités essentiellement lybiennes et locales, dont voici l'énumération.

1" Tête de vache ou Astlioret [la vache bourrue).

2° Oden-Lob, la petite Lybienne, surmoulée sur un type de Tanit onga de Gitium (Ghypre).

3" Ashan Dor, type très énergique essentiellement local du nain bouffon, que les Grecs nommaient Khrémès ou le pauvre.

4° Tanit pen Bal Adar; malgré sa pureté hellénique, ce type est essentiellement africain et ne se retrouve pas ailleurs.

5" Aden-lob ou le piédestal lybien représenté sous sa forme la plus élémentaire, un piédestal à deux gradins.

6° Oden-lob surmoulée sur un type italien.

T Tanit pen Bal Adar surmoulée sur un type de Gitium.

8° Ol-Hamon ou le soleil naissant, type indigène.

9° Gharmanttype indigène d'Oden la Lybienne.

1 0° Bacchus nègre, couronné de herre ou Aden-Lob d'Utique . Ge spécimen de la plus belle époque de l'art hellénique a

été fabriqué en Grèce où cette divinité était honorée sous une foule de noms dont le plus connu est celui de Kélas ou Gélas [le noir). Son hypostase féminine, Af/m la Lyhienne, que les Grecs nommaient Ahra [la mignonne), est encore adorée dans les Indes sous le nom de Kali [la noire).

11° La déesse des larmes ou Béka, la même que la précédente, sous la forme d'un masque tragique fabriqué à Utique, mais évidemment imité d'un type grec.

12° Oh-Dol ou Astarté vieille, femme du nain Ashan Dor et sa vengeresse. Ce type semble être emprunté à l'Italie.

Planche III

r Oden la Lyhienne \\ovim.i\Q dieu qu'elle allaite et dont elle est le support [Hamon enfant). Le même type se retrouve à Citium. Utique le lui avait-il emprunté ou bien était-ce le contraire? il faut probablement se décider en faveur de Citium, où la statuaire a été cultivée plus de dix siècles avant que les Grecs proprement dits n'eussent renoncé aux théories iconoclastes qui semblent avoir également prédominé en Lybie.

2° Composition essentiellement lyhienne, contemporaine de celles de Tanagra et représentant toutes les phases de la déesse solaire Ashéra ou Rahat-Tanit-pen-Bal-Adar, que les Grecs connaissaient sous le nom à'Europa. Nous n'avons pas à revenir sur la description que nous en avons donnée page 194. Nous empruntons à une épigraphe rapportée de MVJeina par M. de Sainte-Marie une légende un peu plus développée que les nôtres de la déesse du rajeunissement solaire.

LRBOLMLKÀRM ASN RO LH LB MZ.

AL NOL BR ARM NS NML ZRH HT LMD RKS.

A Reb {le rajeunissement) qui allaite le roi Aram [celui qui mànte), rajeunit f amoureux Ashan, en foulant aux pieds dans la citerne le Lybien dont les forces sont épuisées, s élance au plus haut dans sa plénitude, s égare; la jument est domptée.

Il résulte de cette épigraphe que les Lybiens, conformément aux traditions helléniques, comparaient l'astre solaire à une jument s'échappant de l'écurie, laquelle s'égarait, était reprise et domptée par le nain lybien, le foulait aux pieds et s'échappait de nouveau.

3" Hamon armé (le Goliath de ï Ecriture) , ou le géant portant sur son épaule droite son vainqueiu", qui est chez les Grecs un lynx ou un chat sauvage, c'est-à-dire un animal de petite taille mais très féroce. Ici ce doit être un chakal {Tan ou D/A;), peut-être un ours [Dib). Cette terre cuite nous donne le costume exact d'un mercenaire carthaginois du v** siècle avant notre ère, et l'on peut remarquer qu'il se rapproche beaucoup plus de l'armement égyptien que de celui des Grecs.

Planche IV

' 1° Lionne représentant celle qui avait dû donner son nom à la ville de Sale?'a [la lionne expulsée). La lionne était une représentation de l'odyssée solaire, plus particuhère aux

Phéniciens qu'aux Lybiens d'origine aryenne qui avaient unanimement adopté le cheval, ou plutôt la cavale. Celle-ci est de belle époque grecque, et probablement éborgnée volontairement par l'artiste (OVR). Son cou porte un collier ou tortil de feuillage indiquant qu'elle est prise au piège, et la bouteille marque le vide (BOQ), ou le désert. Cette composition, essentiellement phénicienne, représente l'astre solaire captif dans la citerne où l'a fait tomber le nain Ashan, qu'elle mettra en pièces avant de s'échapper de nouveau. Elle est de la fin du iv" siècle, et le choix de la lionne pour représenter le soleil indique de la part des auteurs de ce dogme l'habitude de considérer le côté malfaisant de ses chaleurs caniculaires, dont ne se préoccupaient point les peuples du nord qui l'incarnaient dans la cavale.

2° Bal-Hamon armé, plus moderne que le précédent. Sa cuirasse de coton piqué est renforcée par de fortes agrafes de métal dont nous avons retrouvé plusieurs spécimens dans la nécropole.

3" Chakal représentant le dieu Dik ou Tan, vainqueur de Bal-Hamon.

Planche V

1° Astarté ou Oh-dol représentant l'astre solaire sur le chemin de la décadence et sous les traits d'une vieille femme, dont la partie inférieure s'enveloppe déjà dans les ténèbres, de la nuit.

T Malek Aram ou le roi qui se lève, représentant le soleil adolescent et sautant par dessus l'équinoxe printanier, ce qui lui avait fait donner le nom de PÇH, dont nous avons

ïaii Pasques, parce que, dit la Genèse, Jéhovah EloMin sauta par dessus les demeures des Hébreux, tandis qu'il frappait celles des Egyptiens. L'Ancien Testament nous a conservé le nom de ce personnage dansant nu comme David devant l'arche, il se nommait PSHVR, ce qui littéralement se traduisait danser nu, mais doit s'interpréter qui répand autour de soi la prospérité. Cette composition, tout à fait lybienne, est d'une rare vigueur et doit remonter au iv^ siècle avant notre ère.

3° Ephèbe d'époque romaine, portant la signature de son auteur, L. Poli, reproduite par la phalère qu'il tient à la main (PVL). On sait que Pul était un des noms bibliques de l'Afrique, et il est probable que cet Ephèbe représente la divinité Eponyme de son pays et de son auteur, qui devait appartenir à une famille lybienne plusieurs fois citée dans des épigraphes funéraires de Thiigga. Le Pul ou fève de marais jouait, comme l'on sait, un rôle très connu mais très imparfaitement expliqué dans les dogmes de Pythagore; notre statuette laisserait croire qu'il représentait le soleil embryonnaire, de même (\yiAshan et Adon le Lybien qui ne sont autre chose que le grain en terre [Gournat abou phar).

4° Ce groupe tout à fait lybien de composition et de la plus belle conservation représente le dieu Pashor ou Bacchus président à la bonne fortune, qui s'est enivré et est tombé dans la citerne du nain Ashan, où il est retenu prisonnier. Aden-Lob^ le petit Lybien, une lanterne à la main, a eu pitié du géant et le guide ou plutôt le porte à travers les ténèbres du palais infernal, pour le faire évader, service dont Pashor le récompensera en l'emmenant pour le vendre. On reconnaît dans cette légende un trait d'union entre la Bible et les romans de chevalerie où le nain Ashan, sous le

nom gaulois de Brunei^ le Soleil noi)\ joue un rôle tantôt bienfaisant et tantôt malfaisant, mais toujours des plus considérables.

Planche VI

1° Pterotas d'époque romaine, ayant perdu son ampyx.

2° Deux bouffons jouant de la flûte et dun instrument à soufflet se manœuvrant avec le pied. Composition essentiellement lybienne, malheureusement très mal conservée. Le joueur de flûte se dit HLIL qui veut dire souillé^ mais spécialement souillé par le cotitact des cadavres. Dans tout r Orient on cumulait les fonctions de croque-mort et de Bouffon de carrefour. Il en était de même chez les Grecs où les joueuses de flûte figurent constamment dans les cérémonies funèbres, mais le nombre deux qui ne se retrouve jamais dans les compositions helléniques indique au contraire l'idée capitale de cette composition, qui est celle de transformation. Les deux boufl'ons ou HLIL . SN, doivent se comprendre, la souillure se transforme^ la vie s'épure dans la mort. En effet il ne faut pas perdre de vue que toutes nos terres cuites ont été recueillies dans des OlliB ossuariœ, remplies de cendres ou d'ossements disloqués.

3" Très curieux spécimen de bouff'on lybien ou Ashan dor, dans lequel on peut reconnaître le crâne globuleux et les traits épatés du Khroumir moderne.

4" Déesse Béka^ sans tête, type chypriote.

Planche VII

1 ° A première vue cet enfant drapé représente le nouveau Soleil au dessous de l'horizon j ou les signes du Verseau^ des

Poissons et du Bélier ; mais si l'on traduit la description de cette composition en phénicien, l'idée se précise. En effet, l'on a un piédestal (ADN) et un enfant vêtu (LBS . OL). Le tout donne ADN . LBS . OL, et avec un changement de ponctuation ADN . LB . SOL, c'est-à-dire Aden le Lybien dans le Sheol [Hadès).

2" Ce Pterotas est d'époque romaine et a les bras liés derrière le dos, ce qui montre qu'il est prisonnier dans l'Hadès. Bien n'indique en lui ime composition lybienne.

3° Il en est de même au premier abord de VHestia ou Vesta suivante, évidemment surmoulée sur une terre cuite de Tanagra. Mais en la considérant avec un peu plus d'attention on remarque qu'on lui a ajouté un piédestal lybien à deux marches que les artistes tanagriens n'employaient jamais. Si l'on traduit alors cette composition en phénicien, on a : un piédestal, une fille drapée (ADN.LBS.BT) ; avec un changement dans la ponctuation on trouve le véritable sens de cette gracieuse adaptation lybienne. ADN.LB.SBT. La pauvre Lybienne se repose.

4° Il n'est pas possible de voir autre chose qu'un surmoulage grec pur et simple dans cet Ej-'os naviguant à la voile sur une amphore. Ce sujet est connu par une foule de pierres gravées et ne s'explique qu'en grec. Il se lit :

Pterotas navigue à la voile sur une amphore.

PTEROT. ESTIA. PLE. KERNEL

En déplaçant la ponctuation on a :

PTEROT. ESTIA. PLEKE. RNEL

c'est-à-dire : Estia baigne le corruptible qui a eu une indigestion. Nous n'insisterons pas sur cette composition qui ne rentre pas dans notre cadre, mais sa présence ainsi que celle de beaucoup d'autres monuments grecs dans la nécropole d'Utique au iv" siècle avant notre ère, indique que l'hellénisme pur y a toujours compté de nombreux adeptes suivant sa liturgie que nous croyons la plus ancienne.

Planche VIII.

Ce marbre n'est pas comme les statuettes précédentes, une divinité funèbre, il a été trouvé au nord de l'acropole dans le temple qui lui avait été érigé, et autant qu'on peut s'en rapporter à la beauté du style, il est d'époque grecque antérieure à l'ère chrétienne. C'est le OL.HMN de nos épigraphes, ou Hamon enfant et allaité pto,^^ la pauvre Lybiemie\ il correspond au signe du Bélier on k Y agneau pascal, et quelques-unes des stèles carthaginoises rapportées par MM. de Sainte-Marie, Héron de Ville-Fosse, et Gauvet;, le représentent par un agneau (KR), auquel on ajoutait l'épithète de purificateur (PZ), l'enfant Jésus du christianisme. Aussi ne doit-on pas s'étonner de le voir ressembler aux Bambini de la Renaissance italienne. Il est impossible de deviner ce que tenait sa main droite; c'était peut-être une grappe verte (BSR), emblème du printemps qui lui avait fait donner le nom de Prinatos, en latin Hercule ou Bacchus i frugifer. Dans sa main gauche, séparée du corps, on dis-

Pl. 111.

/.5 Qani VeàtLur . Parts

tingue un biblos grec, en phénicien Sepher. Cet enfant à l'air si pensif était en effet Cadmon l'inventeur des chiffres, chez les latins Bacchus liber.

Planche IX

Ce petit marhre, trouvé dans Y Ile, est de très basse époque romaine, et par conséquent bien moins intéressant que le précédent ; cependant il est aussi curieux qu'utile de constater que, même en pleine ère chrétienne et à la veille du triomphe de la religion nouvelle, la Lybie, soumise aux Romains, avait conservé au moins en secret sa vieille liturgie nationale. En effet, la composition de ce Bacchus est littéralement calquée sur celle de bas-reliefs lybiens antérieurs d'au moins six siècles, représentant Aden-Lob un raisin vert d'une main, une cruche de l'autre, ce qui indique le nord-est (BSR) et le sud-ouest (HMR). Cette transcription, en style romain, d'une composition lybienne, correspond exactement aux légendes phéniciennes en caractères latins qu'on retrouve dans certaines épitaphes de la même époque.

INSCRIPTIONS RELEVÉES A SLOUGUIA

Lettres de O'^IO

. . . . IIRPIIVNI

IIIIIXRISIDY. . . .

RISPICMIW 6 C VMOMÀlIv

Sur une pierre faisant partie de la construction d'une maison :

Hauteur O-^TO

Largeur 0"55

Les lettres de la première ligne. 0™05 1/2 Les autres lettres . . 0'"04

B PCAES. .

DI IIFDIVI.

ANI ADRPRO.

NEPE BNIB. .

DIV VRIU. .

COMN PIISA. .

MAXII PP. . . .

CIVR BIIN. . .

SA

(1) Les lettres qui ont un point sont des lettres douteuses.

Sur une pierre trouvée dans la rue :

Lettres de O^OS

O SÂCR OPRO SÂLVIE

II i ÂVGIOIIVSOViDIVI

.... NEDEVOIVM NVMINI-

Sur une pierre faisant partie de la construction d'un mur :

Lettres de O-^OS

AI

IH

lAC

CS SIN&YLOS

Page 1