‹ Relation d'une mission archéologique en TunisieChapitre 2 sur 29 · HORA.CE · texte numérisé non relu

HORA.CE

Situation d'Utique.

Ètymologie. — Discussion sur l'emplacement de cette ville.

Jusqu'ici on ne s'accordait point sur l'emplacement de la ville d'Utique. Avant de donner la description des fouilles qui l'établissent avec certitude, il est donc indispensable d'examiner les différentes opinions émises sur cette question controversée et de baser cet examen sur un résume rapide de l'iiistoire de cet établissement Lybi-Phénicien.

D'après la carte delà guerre dressée en 1837, Utique est située par le 7" 44' 20" de longitude et le 37° 3' 0" de latitude nord. M. Daux dans ses recherches sur Y Origine des e?nporia phéniciens (page 145) détermine cette position avec quelques différences : T 20' de longitude et 37" 2' 50" de latitude.

Utique se trouve à 36 kilomètres de Tunis et à 40 kilomètres de Carthage en se dirigeant vers le nord-ouest.

A l'époque phénicienne, Utique était un port de guerre de premier ordre ; sous la domination romaine, c'était la seconde ville de la région africaine connue sous le nom de Zeugitane qui était bornée au nord et à l'est par la Méditerranée, la Byzacèue au sud et la Numidie à l'ouest.

Son enceinte comportait une population d'environ 40,000 habitants intrà muros, mais on sait que les acropoles antiques étaient très étroites relativement à la population des villes qu'elles étaient chargées de défendre et qu'elles ne comprenaient que les principaux temples et édifices publics de la communauté. Il est des villes dont la population a été de trois à quatre cent mille âmes et dont les acropoles n'en tiendraient pas six mille. Sous la domination romaine, les villes de la Méditerranée cessèrent de craindre les incursions des pirates qui en étaient le fléau avant qu'elles ne fissent partie d'un seul et même empire, et Utique suivant l'exemple général s'étendit considérablement au delà de son enceinte primitive. De l'expansion de ses faubourgs qui débordaient à plusieurs kilomètres dans la plaine , on peut conclure sans être taxé d'exagération que le chiffre de sa population atteignait au moins 100,000 âmes.

A une époque où l'on n'avait sur la langue phénicienne que des données tout à fait imaginaires, Marcel dans son Histoire de Tunis, page 145, faisait dériver le nom d'Utique ^Outiqah (pnj?) qui d'après lui en langue phénicienne aurait signifié Vantiqiie, Vancienne ville. Mais jamais les Phéniciens, pas plus qu'aucun autre peuple de l'antiquité, n'ont donné à une ville le nom ^ancienne ou de nouvelle, il y a bien les exemples de Carthage (nu^imp) (Qart-Hadasat

et de Naples (NsaTusX'.ç) qui pourraient être invoqués à l'appui comme se traduisant exactement l'un l'autre. Mais on sait que ces noms ne leur étaient donnés que par des étrangers vet que Naples se nommait réellement Parthenopolis (la ville de la Vierge). Quant à Carthage, nous ne savons pas exactement le nom qu'elle se donnait à elle-même, par la raison que ses médailles de même cpie toutes les médailles africaines de cette époque sont anonymes. Qart-Hadasat ne se lit que sur des médailles siciliennes et il n'est nullement certain que ce mot, qui se traduit en français par ville neuve, désigne la ville nommée par les Grecs Ka^yr^m et par les Romains Carthago, avec autant de raison que nous donnons aujourd'hui le nom de Gonstantinople à une ville que ses propriétaires ne connaissent (jue sous celui de Stamboul.

Si nous insistons sur cette question, c'est que l'étymologie véritable du nom d'Utique est d'une importance capitale pour la détermination des monuments religieux qui y ont été découverts, parce qu'on sait que les villes anciennes portaient toujours le nom de la divinité qui y était particulièrement honorée et se nommait divinité Eponyme. Or, il n'y avait pas de ville qui n'eût la sienne et c'était par ce motif que les noms de vieille ou de nouvelle ville ne pouvaient leur être donnés que par des étrangers.

Gomme les médailles frappées par les villes antiques portaient toujours l'effigie de leur divinité Éponyme, dans la plupart des cas l'aspect de cette effigie permet de suppléer au silence des historiens ou à l'absence de légende qui est un fait constant dans les médailles carthaginoises.

Le silence des historiens n'est pas absolu, car nous savons que le nom primitif de Carthage et probablement le seid

que îe peuple carthaginois ait jamais admis était Caccabé (l). Selon plusieurs auteurs anciens, ce nom aurait eu la signification de tête de cheval et aurait été donné à la ville par suite des événements attachés à sa fondation. En effet, lorsque les Tyriens jetèrent les fondements de Carthage, il fut raconté qu'ils trouvèrent sous la terre une tète de cheval au pied d'un palmier et que, regardant comme un signe de bon augure la téte de cet animal fougueux, ils donnèrent par cette raison à la ville le nom de Caccabé (tete de cheval) , de Kâp tête et KaSiXA/;; cheval. Mais Movers a démontré que l'ancien nom de Carthage se trouve sur les monnaies frappées à Sidon sous les Séleucides, et depuis la découverte de textes phéniciens d'une étendue relativement considérable, tels que l'épitaphe d'Asmonazar et l'épigraphe du roi Mésa, le caractère de la langue phénicienne a été aussi nettement déterminé que possible. C'est la langue dans laquelle a été écrit l'Ancien Testament. D'autre part, les assyriologues ont parfaitement éclairci la signification du mot caccabé qui veut dire étoile (233), et au duel caccabim, les deux étoiles, ou les dioscures. Carthage était donc une ville consacrée par ses fondateurs aux Dioscures ou Caccabim, plus communément nommés en phénicien les Pathèqucs (pri.ns), littéralement faces jointes.

Or, que trouvons-nous dans la seule médaille phénicienne d'Utique qui ait été classée jusqu'ici avec plus ou moins de certitude ? D'un côté les deux étoiles (Caccabim) et les deux faces des dioscures (Patlièques) , de l'autre

(d) Elle se nommait aussi Cambé. Ce nom est grec et veut dire courbure {■/.aiJ.r.o;) ; il correspond parfaitement à la situation de Carthage qui était le point le plus méridional de la Zeugitane. Ce serait en ce cas, celui qu'elle aurait reçu des Argonautes.

deux chevaux dont nous n'essaierons pas d'interpréter les noms.

Sur les médailles carthaginoises frappées sous le règne d'Auguste, on retrouve aussi les dioscures sous les traits de Jules César et d'Auguste, flatterie très commune à cette époque, mais grâce à ce déguisement les Suffètes de vieux sang punique Mutumbal et Ricoce pouvaient conserver leurs vieux pathèques nationaux en assimilant l'empereur mort à Castor et le vivant à Pollux qui, dans la médaille précédemment citée d'Utique, est désigné par une couronne de laurier.

Il résulte de ce qui précède que Garthage et Utique avaient pour divinité commune les Dioscures et que toutes deux devaient en tirer leur nom. Or, le nom d'Utique se trouve sur la médaille ci-dessus mentionnée, en caractères phéniciens très lisibles, correspondant à l'hébreu ( n^) AT G; sous cette forme, ce mot n'a aucun sens, mais la médaille est de très basse époque et le G a pu être substitué à un Q qui donne alors l'hébreu (p^riï^) lequel est traduit dans la Vulgate par péristyle. Réellement c'est l'hiphal du verbe pnj qui veut dire séparé, castratus, avec tous les sens que comporte ce mot en latin. Il est donc probable qu'Utique avait été dédiée par ses fondateurs à Castor^ tandis que Garthage était dédiée à Pollux. Or, rem])lème de cette ville est, lors de son autonomie, une tête de fdie couronnée d'orge (ns.) Bith fille^ (n"l^U^) Sora orge, qui était le nom de la ville de Tyr, resté dans celui de la Syrie. Garthage s'intitulait donc elle-même fdle de Tyr, ou tout simplement Tyr, ou la nouvelle ville de Tyr, et probablement ses habitants ne comprenaient pas le nom Romain de Caî^thago, car sous la domination romaine afin de rendre

intelligibles, pour les indigènes, des monnaies dont les légendes étaient écrites dans une langue qu'ils n'entendaient point, on continuait à désigner Garthage par un épi d'orge qui rappelait aux descendants des Carthaginois leur nom national de Tyriens ou Syriens. {Numismatique de ï ancienne Afrique C. T. Falbe et Lindberg, achevé par Muller, T. II, Zeugitane.)

Les considérations qui précèdent ne sont que de simples jalons qui nous serviront de guides, lorsque plus loin nous aurons à déterminer la destination des édifices religieux dont nous avons exploré les ruines, et d'ailleurs notre but ne peut pas être de résoudre ces questions mais de classer les matériaux qui doivent servir à les résoudre, et parmi les plus importants il faut mettre au premier rang l'exacte détermination de l'emplacement d'Utique qui a été jusqu'ici très contesté. Shaw, dont nous citerons souvent l'autorité, est le premier qui, dans son Voyage dans plusieurs 'provinces de la Barbarie et du Levant (1743, la Haye, deux volumes in-4°, traduction française), ait posé la question de rem})lacement d'Utique; et après avoir examiné si cette ville se trouvait dans l'intérieur des terres, ou si elle occupait la hauteur nommée aujourd'hui Bouchater , il se décida en faveur de cette dernière localité, où on découvre, dit-il, des restes nombreux d'antiquités.

Le premier explorateur de Carthage, le capitaine Falbe n'hésita pas non phis à adopter l'opinion émise par le docteur Shaw, lorsqu'il eut poussé jusqu'à Utique les exjjlorations auxquelles il s'était déjà livré à Carthage.

« Utique était, dit-il, une ville sur le bord de la mer avec un port, mais aujourd'hui le rivage en est éloigné de quatre milles. Les terres d'alluvion charriées par la

Mecljerdha depuis taut de siècles et qui ont formé la plaine basse entre Utique et la mer, ont pu contribuer à augmenter les atterrissements du coté du cap Qamart, mais des changements notables n'ont pu avoir lieu dans la partie où Carthage était située. (1) »

Bou Chater ou plutôt Ghater veut dire en arabe la vieille des vieilles ; dans sa description de la régence de Tunis, Pellissier prétend à tort que ce mot signifierait le père de r intelligence, l'orthographe de ce mot est ^iLii- y. SirGrenville Temple suppose que Bou Ghater veut dire le père de l'habileté, l'homme sage^ expression qui rappellerait le souvenir de Gaton d'Utique; mais, c'est faire du sentiment et non de la science. Ge nom ne remonte probablement pas plus haut que l'invasion arabe, et à cette époque les indigènes avaient oublié depuis longtemps un étranger qui n'avait jamais dû les intéresser bien vivement. Si les conquérants musulmans s'emparèrent avec tant de facilité de tous les pays dont le fond était resté sémitique, cela tenait avant tout à ce que la domination romaine ou grecque ne s'y était jamais nationalisée. Les Arabes furent partout accueillis comme des libérateurs par les populations rustiques qui ne parlaient ni latin ni grec. C'est un fait qu'U ne faut jamais perdre de vue, parce que l'avenir doit mettre à profit les leçons du passé. (S. Grenville Temple T. I. p. 256.)

Mannert, savant allemand qui a visité Utique en 1842, et publié un ouvrage très érudit sur la Géographie ancienne des États barbarescjues , voudrait que les ruines que Ton rencontre à Bouchater fussent celles de Salera^ ville prise et ravagée deux fois par Scipion. Il va même jusqu'à dire que les

(1) Recherches sur Vemplacement de Carthage, Paris. 1833, in-S".

15 milles romains qui séparent Salera des Castra Cornelia s'accordent avec îa situation de Bouchater. Hâtons-nous de dire que si le travail de Mannert peut être considéré comme généralement très exact en ce cpii concerne la situation de toutes les anciennes villes du Zeugis^ et du Byzaceniuin, il commet une erreur certaine en ce qui concerne celle d'Utique (1). Du reste, il est bon de faire remarquer que les géographes romains eux-mêmes ne sont pas toujours d'accord sur les distances des villes dont ils fout mention. C'est un fait trop souvent constaté par les savants modernes pour se donner la peine d'y insister. D'après Strabon, Utique était située sur le golfe de Cartilage vers le nord, non loin du promontoire d'Apollon (Ras Zebid). Ces villes étaient en vue l'une de l'autre : fopjxat S£v tû aôxw xoktm

Kxp}(r;30V'.x-/.(0 xp:; Ox-ipw twv ây.pwTr,p{(.)v tûv tzo'.ojvtcov tov xôXtcov wv to [iX-i •7:03; -c-^ Itjxyj y.aXo ùî'.v AttoaXwviov, Oâispsv 3'Ep[;,a{av xat elff'.v év stuoJ/î:

«XÀYiXa'.ç. (( Sita est in ipso sinu Carthaginensi, ad alterum et promontoriis qusR sinum faciunt; liorum id^ quod juxta Uticam est, Apollinium vocatur, alterum vero Hermœa, Urbes ipsse ita suut sitœ, ut unam possis ex altéra cernere. » (Strabo, ID). XVII. cap. III, 3.)

De Carthage à Utique on comptait 4 milles géographiques; donc, dans Appien, au lieu de 60 stades, il faut lire 160 stades. Par terre, en faisant le tour du golfe, la distance était de 27 milles romains.

Voici ce que Tite-Live rapporte d'Utique : « Il y avait une éminence au pied de laquelle la ville était bâtie (imminente prope ipsis mœnibus, tumulo. Tit.-Liv., lib. XXIX, cap. xxxv) Elle était à 27 milles de Carthage. »

(I) Paris, Boi'ct, 1842, in-8», Iraducliou française, Marcus elDuisLorg.

M. Daux, ingénieur civil, chargé en 1860 de fouiller l'emplacement d'Utique, n'a pas hésité à reconnaître le monticule de Bouchater comme celui dont il est question dans Tite-Live. L'Empereur Napoléon III l'y avait envoyé pour rechercher les vestiges de cette ville et il campa longtemps à Bouchater avec un grand nombre d'ouvriers. Grâce à des fouilles suivies et à de longues et patientes études, il est parvenu à reconstruire, morceau par morceau, la topographie fort exacte et très détaillée des grands édifices, des fortifications, des ports, et des rues principales d'Utique, dont il a levé les plans et rétabli une vue à vol d'oiseau, se référant à l'an 46 de notre ère. Pour M. Daux, il n'est pas douteux que Bouchater ne soit le véritable emplacement d'Utique (Recherches sur les Emporia phéniciens).

Ce n'est donc pas sans une extrême surprise qu'on lit dans le Moniteur universel, à la date du 13 octobre 1864, une étonnante série de mémoires signés Rabusson et insérés in extenso, à plusieurs colonnes, qui ordonne aux savants d'avou' à transférer Carthage et Utique à 80 Heues plus à l'ouest de Tunis.

En ce cas, le Zeugis et le Byzacium ne peuvent faire autrement que d'accompagner dans leur exil Utique et Carthage. C'est comme si l'on ordonnait la translation du Havre et de Dieppe à Brest, et celle de la Normandie en Bretagne. Était-ce une plaisanterie et faut-il en rire ? Quoi qu'il en soit, il est inutile de discuter de semblables opinions, et s'il est aujourd'hui un fait bien établi, c'est celui de la situation d'Utique, non pas à Porto-Farina, comme le voulait Manner, mais à Bouchater et dans ses environs.

Si l'exacte détermination de l'emplacement d'Utique est d'une haute importance au point de vue archéologique, elle ne l'est certainement pas moins au point de vue géologique,

en démontrant que depuis les Romains cette partie du littoral africain a subi des modifications considérables, car la côte occidentale du golfe de Tunis s'est accrue d'une surface de plus de 10 kilomètres de largeur de l'est à l'ouest.

Ce phénomène doit être évidemment attribué à deux causes :

r L'actiop de la Medjerdah, dont les dépôts continuent encore à ensabler la baie connue sous le nom de Porto- Farina (Ghar-el-Melah) : en 1653, le capitaine anglais Black y faisait entrer toute l'escadre qu'il commandait, composée de 7 vaisseaux. Aujourd'hui ce ne serait plus possible, car la profondeur n'y est plus cjue d'un demi-mètre, et le temps n'est pas éloigné où toute la baie aura été convertie en terre ferme.

2" Cependant outre l'action incontestable de la Medjerdah signalée dès 1 736 par Shaw et constatée depuis par la plupart des auteurs qui ont écrit sur la Tunisie, on pense qu'il faut admettre l'intervention d'un soulèvement progressif et séculaire. Ces mouvements d'émersion et de submersion lente ont été bien constatés par la science moderne en Europe et en Amérique ; et dans un travail intitulé Imken die Andes ? (les Andes s'abaissent-elles ?) M. V. Reiss a réuni un grand nombre d'observations sur ces phénomènes qui sont loin d'être rares.

Or, la plaine qui entoure Utique réunit tous les caractères indiquant qu'elle est sortie de la mer et que la place qu'elle occupe aujourd'hui était autrefois baignée par les eaux de la Méditerranée.

Route de Tunis à Vtique — Aspect général de ses ruines — Collines des deux frères — Les dioscwes et le culte de L'orientation — Théologie des cabires phéniciens d'après Sanchoniaton.

Pour se rendre de Tunis à Utique, on sort par la porte verte et on longe les murs du fort. Par-devant se dressent les arcs de l'aqueduc de Charles -Quint, bien inférieur à celui ^Adrien, dont de grands fragments sont encore intacts. On passe ensuite devant le Palais du Bardo, dont l'aspect est celui d'un petit village fortifié. La route s'accidente quelque peu et bientôt l'horizon apparaît bordé de montagnes qu'on franchit en une heure et demie de marche. On entre alors dans une vaste plaine semée de quelques oliviers, de caroubiers et de jujubiers épineux, mais le plus souvent entièrement nue et d'aspect peu fertile. Ça et là, des chèvres et des moutons à grosse queue ; parfois, des bœufs et des génisses d'aspect misérable et rabougri. Le chemin n'est pas entretenu et a été tracé au hasard, dans un terrain jaunâtre, par les véhicules qui le parcourent. Au delà des montagnes qu'on apercevait en sortant de Tunis, la plaine se déploie unie jusqu'à la mer. De temps à autre un champ d'orge. On franchit les hauteurs qui longent la rive droite delà Medjerdah (Bagradas des anciens), et pour peu qu'on se rappelle les vieux auteurs, on songe à ce fameux serpent qui différait de celui du Constitutionnel, en ce qu'il n'était qu'un simple serpent de rivière. 11 n'en arrêta pas moins (dit-on)

pendant plusieurs jours la marche de l'armée romaine conduite par Attilius Régulus. Au dire de Pline, « il était avéré que près de la rivière Bagradas, Regulus dut se servir de machines de guerre pour assiéger comme une ville, un serpent gigahtesque de 1 20 pieds de longueur ; » et Valère Maxime a reproduit le fait en ajoutant qu'avant l'emploi des machines, ce monstre sembla aux légions romaines plus terrible que Garthage même. Il avait saisi plusieurs soldats avec sa gueule immense (ingente ore), ou les avait étouffés dans les rephs de sa queue. Les eaux du fleuve rougies par son sang et les exhalaisons pestilentielles de son cadavre infectèrent la contrée au point de forcer les Romains à décamper, Tite-Live, Senèque, Florus, Aulu-Gelle, Sylvius Italiens, Orose, répètent tous cette histoire, qui n'en devient pas phis vraisemblable. Il est possible qu'il ait existé un ou plusieurs serpents de grande dimension sur les bords de la Medjerdah, à l'époque du passage de Régulus, mais il est encore plus probable qu'il aura eu à lutter contre le fleuve lui-même, que son rapport aura transformé en serpent. Ordinairement ces légendes se forment d'après un nom local, mais rien dans l'étymologie du Bagradas ou de la Medjerdah ne vient à l'appui de l'imagination. Ce nom n'a jamais changé, car ni le B ancien, ni FM moderne n'en font partie intégrante. 1"l veut dire gratter, creuser, raviner, et 12 ou a répondent à ex et à in. C'est donc comme si l'on disait dans le ravin ou hors du ravin (l). Les anciens fleuves portant toujours des noms de divhiités, il est probable que le Bagradas en avait un autre qui voulait dire serpent. Les médailles de Clodius

(1) Polybe le nomme Macar, qui se rapproche du nom moderne et veut dire fosse ; ce n'était donc pas le nom du fleuve, mais une désignation générale correspondant à l'arabe Oued.

Macer représentent Carthage sous la forme cFune Pallas dont le casque est surmonté d'un serpent. Quoi qu'il en soit, la Medjerdah qui prend sa source en Algérie est un fleuve fort médiocre. En février, époque à laquelle nous le traversâmes, l'eau en était peu profonde , mais son lit s'élargit dans la saison des pluies et il inonde ses rives qui sont arides et sablonneuses.

On franchit la Medjerdah sur un long pont à pentes rapides. Dans la plaine on aperçoit quantité de Thapsias Garganicas et autres plantes assez rares telles que Lonas Medora, ErythrxaPulchella,Rapistrum Linnœanum, Othonna Cheirifolia. Bientôt se dressent dans le lointain deux blanches constructions jumelles couronnant deux hauteurs attenantes et peu élevées. Les Arabes les nomment encore les deux frères. Ces deux collines jumelles et attenantes suffiraient à elles seules pour déterminer l'emplacement d'Utique, car riDD en hébreu veut dire attenant, adjunctus, et le nom le plus ancien de la province était CîSytç qui veut dire accouplé. 11 est donc probable que s'il était permis de fouiller les deux marabouts actuellement existants, on y retrouverait les vestiges des temples jumeaux des Dioscures qui figurent sur les médailles romaines d'Utique et de Carthage. Autour des deux marabouts s'étalent quelques misérables huttes portant le nom moderne de Bouchater; mais il n'est pas impossible que ce nom ne soit beaucoup plus ancien qu'il n'en a l'air, car en hébreu inn (Chatar) veut àive 2)erfodit : creuser, passer à travers, ce qui est l'office du dieu grec Erechtée et de Castor, représentant le soleil matinal pendant les ténèbres, ou le point du jour.

Avant d'atteindre Bouchater, on traverse un petit pont de pierre sous lequel passe un affluent de la Medjerdah, dont

les bords sont couverts de cyperacées et de graminées. On gravit une rangée de collines par des pentes très douces. Ça et là on côtoie des champs d'orge et on arrive enfin sur les hauteurs de Bouchater, après quatre heures de voiture.

Aujourd'hui l'emplacement d'Utique n'est plus qu'un vaste tchiflick appartenant au général Hamida ben Ayad. Il y possède une villa de l'extérieur le plus simple, mais fort confortablement aménagée à l'intérieur. Une inscription ara])e placée sur l'une des portes indique qu'elle a été construite en 1292 de l'Hégire (1877).

En face, à environ cent mètres, se trouvent des citernes voûtées et profondément creusées dans le sol, qui servent actuellement d'étables ; nous aurons à v revenir.

Les deux plateaux sur lesquels Utique est située affectent une forme allongée et se dirigent du sud-ouest au nord-est : l'un est consacré BucheikBargh-el-Lii, l'autre au cheik Et-Kou?n; est-ce encore un effet du hasard, si ces deux saints musulmans portent des noms phéniciens, dont le premier veut dire : l'éclair dans la nuit, et l'autre, le soc qui perce? Ces coïncidences singulières valent au moins la peine d'être notées.

En tous cas, leurs monuments relèvent le caractère pittoresque du paysage et sont accompagnés d'un cimetière musulman. La plus considérable de ces deux hauteurs mesure environ 250 mètres de long sur 100 de large.

Quoi qu'en aient dit certains écrivains qui prétendent qu'Utique est malsaine, Tair y est pur sauf pendant les grandes chaleurs, les vents y soufflent fréquemment et avec violence pendant le reste de l'année. Le panorama qui Tentoure est admirable ; au sud-est, ce sont les montagnes qui bordent l'horizon du coté de Tunis. Par-dessus leurs som-

mets, à plus de 50 kilomètres, on distingue les cimes les plus élevées de la chaîne qui borde l'horizon; à l'ouest, mie autre chaîne non moins pittoresque entre deux larges plaines, et dans celle du sud la Medjerdah qui serpente, laissant voir par intervalles ses eaux argentées ; au nord, une troisième chaîne s' avançant jusqu'à la mer qu'on distingue aisément par un temps clair. A ses pieds, Porto- Farina étale ses maisons blanches. A l'est, sur la côte, le pittoresque et joli petit village de Kala-el-Oued ; au nord, dans la plaine, de nombreux troupeaux de vaches et de moutons ; à l'est et au sud, de vastes champs d'orge. De côté et d'autre des Arabes à cheval, le fusil sur l'épaule, drapés dans leurs blancs burnous, et de longues files de chameaux se suivant lentement.

Si maintenant on jette un coup d'œil sur ce qui reste d'Utique, on remarque tout d'abord entre les deux monticules une profonde excavation en forme de gigantesque entonnoir. C'était l'amphithéâtre romain. Au-dessous, au nord, l'œil est arrêté par d'énormes pans de murs dont plusieurs s'élèvent encore à une grande hauteur. C'est tout ce qui reste du magnifique Palais- Amiral. Il était situé dans un îlot, au milieu de l'ancien port de guerre d'Utique. Aujourd'hui le port est comblé, mais il est encore couvert de joncs maritimes. Sur les bords du monticule qui se rapproche du nord, on voit des voûtes assez bien conservées, bâties audessus de caves ou de citernes. Ce sont d'anciennes habitations romaines et carthaginoises.

Le sol est jonché de débris de marbres de diverses couleurs, de briques à rebords, de poteries rouges. Dans la partie de la ville que nous appelons Vile et sur laquelle nous reviendrons, la vue s'arrête sur un groupe solitaire de trois

grands palmiers d'un beau port et de belle venue. Au pied de l'un de ces beaux arbres, jaillit une source thermale dont la température est à 33 degrés.

Ses eaux sont, dit-on, riches en arsenic, ce qui leur assure des vertus curatives multiples, analogues à celles des eaux de la Bourboule près du Mont-Dore (1). A côté de cette source, on remarque un ancien établissement thermal romain, en partie conservé, qui devait servir aux baigneurs. C'est une longue pièce voûtée.

Dans l'île même, à peu près au centre, se trouvent des débris de colonne en marbre jaune antique et en granit gris. Aucun de ces tronçons n'est debout, mais ils sont assez régulièrement alignés et ne peuvent être que les vestiges d'un édifice magnifique. A l'est, en dehors de File, on distinguo les restes d'un beau théâtre, parfaitement accusés par un hémicycle de terre s'élevant à une grande hauteur, en forme de fer à cheval.

En somme, ce qui domine aujourd'hui dans les ruines d'Utique^ ce sont les particularités de son site même, c'est-àdire ces deux collines adjointes et séparées à la fois, dont il faut vraisemblablement faire dériver le nom grec de la région tout entière dont elles faisaient partie, Zeufjis, et le nom phénicien de Atique ou Utique qui a dû lui succéder à une époque très reculée. Nous verrons en effet, lorsque nous traiterons de son histoire, qu' Utique a été fondée par les Grecs atlantiques dont il est question dans Hérodote. Pour le moment, nous devons nous borner à faire remarquer qu'aucun site ne se prêtait mieux que le sien à une ville consacrée aux Dioscures et que ces jeux de la nature étaient

(I) Nous avons fait faire l'analyse de ces eaux que nous donnons à la suite des pièces jusLificalives.

aussi recherchés des Phéniciens cjne des Grecs, parce que le culte des Pathèques était aussi en honneur chez eux que chez leurs rivaux helléniques, ou, pour parler plus exactement, qu ils étaient les seuls et uniques dieux de tous les peuples de la Méditerranée, sans distinction d'origine, y compris les Hébreux.

Qu'était-ce donc que les Pathèques, Dioscures ou. Kabires? car on les connaît sous ces trois noms sans en compter bien d'autres. Nous ne les étudierons qu'à un seul point de vue, celui de la Géodésie qui jouait un rôle capital dans tous les établissements des anciens. Aussi, les explorateurs modernes ne doivent-ils rien négliger pour s'assurer de l'orientation exacte des ruines qu'ils se proposent d'étudier, car c'est leur véritable fil d'Ariane. Or, les Dioscures étaient avant tout, les dieux de l'orientation.

Les paganismes anciens s'enveloppaient dans des voiles mythiques qui leur ont servi de Imceul et ils sont tous morts en emportant leur secret. Une seule religion marchait à visage découvert, c'était le mosaïsme, encore avait-il son petit mystère dans le nom de Jehova qui ne pouvait pas être prononcé. Ce qui en interdisait absolument l'explication aux illettrés. Or, le nom de Jehova contenait précisément la plus exacte des définitions que l'antiquité nous ait transmise des Dioscures : la il fut, Have il sera, dont la réunion en un seul mot la-Have formait le présent il est^ qui manquait à la langue hébraïque et que Platon traduisait dans ce qu'il nommait la la?igue des dieux par Pterotas, en langue mortelle Eros (le périssable). Les Grecs le représentaient par un amour ailé (Pet-Erotas). Géodésiquement Pterotas, Jehovah, Bahmah ou tout autre nom qu'on voudra lui donner, n'était ni plus > ni moms que le dieu national par excellence, c'est-à-dire le

méridien de chaque pays qui u est qu'une traduction de Dioscure ou diviseur du jour. Le méridien partage en deux parties égales le cercle équatorial. On donnait à la partie orientale le nom de Have, Vichnou^ ou Castor et à la partie occidentale celui de /«, Siva^ ou Pollux, suivant les temps et les pays. C'est le mystère de la Trinité qui n'a rien de plus mystérieux qu'aucune autre partie des sciences mathématiques. Les Septante le définissent to cv, t6 /.a-, to àpxoi-'.ïvcv. Il est, certes, impossible, d'être moins mystérieux. Tout le reste a été brodé par l'imagination populaire.

Brahma, Jeliovah et Eros étaient des dieux uniques et invoqués partout de la même façon par les castes savantes comme principe de la vie universelle, et on leur donnait généralement i)our séjour la Grande Ourse, c'est-à-dire le pivot ou support supposé de l'univers, avec lecpiel ils se confondaient. Mais il n'en était pas de même de leurs dédoublements, c'est-à-dire de l'orient et de l'occident pour lequel chacun était libre de manifester ses préférences. L'orient Have^ Vichnou ou Castor représentaient la fortune croissante ou les jours qui s'allongent. la, Siva et Pollux, la fortune décroissante ou les jours qui diminuent. Il est à remarquer que les juifs préféraient la à Have., ce qui était indiqué par la position du sanctuaire du temple de Salomon qui était situé à X ouest. Les Nazaréens et à leur suite les chrétiens préféraient Have qu'ils nommaient Jésus. Il en résulte que toutes les anciennes églises construites selon les prescriptions des francs-maçonneries antiques et modernes, ont leur sanctuaire à Vest.

De là, pour les explorateurs du passé, un axiome qui ne souffre point d'exception. L'orientation du sanctuaire d'un temple indique immédiatement celui des Dioscures auquel

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il était consacré. S'il est à l'est, c'est le soleil levant, s'il est à l'ouest, c'est le soleil couchant. Quant à des sanctuaires faisant face au nord, ils sont encore assez fréquents, mais ceux qui font face au sud sont excessivement rares. Tous les anciens, sans exception, adoraient de préférence les divinités infernales, c'est-à-dire le soleil au-dessous de l'horizon.

Ce sont ces principes exposés tout au long dans le Beutéronome qui ont présidé à la construction du temple de Jérusalem et de tous ceux des Grecs et des Phéniciens, aussi bien que des églises chrétiennes. On pourrait l'appeler le système méditerranéen ou grec, parce que ce sont les Grecs qui l'ont inventé et transmis à Salomon par des architectes phiUstins qui étaient venus de Crète. Il se distingue par deux particularités caractéristiques, l'orientation de l'est à l'ouest se réglant exactement sur le méridien, et un plan uniforme composé de deux carrés parfaits accolés, en souvenir de l'arche ou cercueil de la divinité, établi d'après les proportions Innnaines qui sont celles d'un homme couché sur le dos, la tête au sud-est, les pieds au nord-ouest, les mains jointes par le bout des doigts sur le sternum. Il se trouve que, dans cette position, l'écartement des deux coudes donne exactement la moitié de la longueur du corps, ou 4 sur 8. Toutes ces règles ont été recueillies par les jésuites Prat et Villapando, dans leur grand ouvrage sur le temple de Salomon (Rome 1604).

Ce parallélogramme de 4 sur 8 était à la fois un idéal religieux et stratégique stu" lequel tout peuple, fondant un nouvel établissement dans une terre déserte ou conquise, tenait à modeler le tracé de ses frontières. Des géomètres revêtus d'un caractère éminemment sacré et auxquels per-

sonne n'aurait osé désobéir, tâchaient de trouver quatre hauteurs formant un parallélogramme aussi régulier que possible dont les angles ou les faces devaient correspondre au moins approximativement aux quatre points cardinaux. A chaque angle on construisait une forteresse, en ayant soin qu'elles fussent assez rapprochées pour se voir et échanger des signaux, et l'espace compris entre ces quatre points stratégiques pouvait être cultivé sans être trop exposé aux incursions des pillards de terre ou de mer.

Chacun de ces angles du canton recevait non une dénomination arbitraire, mais une de celles des quatre points cardinaux adoptées par le nouveau peuple : le plus souvent c'étaient des noms de couleurs. Chez les Hébreux, Juda correspondait à la couleur du lionceau ou couleur paille, Ruhen à \ incarnat de la face humaine, Ephrdim à la couleur haie du taureau. L'étendard de Juda était planté à la face est du temple de Salomon, celui de Ruben à la face sud, et celui d'Éphraïm à la face ouest. Ban, qui était la tribu princeps, arborait le sien au nord, la face réservée à Jéhovah, mais il n'avait pas de couleur spéciale et portait mi-partie de Juda et d Ephrdim^ les deux Dioscures hébreux dont la réunion formait Jéhovah. 11 avait pour emblème Y aigle qu'on trouve sur tous les sarcophages grecs à la face répondant au nord, ou à l'inconim.

Ces dispositions sont remarquables, en ce qu'elles ne sont ni égyptiennes ni assyriennes. Ces deux peuples construisaient leurs temples sur des plans rectangulaires à côtés égaux, et l'orientation de leurs sanctuaires a été peu étudiée jusqu'ici. On trouve quelques exemples de rotondes et de polygones en Grèce, en Italie, en Gaule et surtout en Sardaigne; mais il sont peu nombreux, et c'est le temple de

Jérusalem, celui sur lequel la Bible et le prophète Ézéchiel nous ont laissé le plus de détails, cpi'il faut prendre pour type lorsqu'on a affaire à des ruines grecques, et à plus forte raison phéniciennes.

A Faide de ces principes, il est possible de déterminer d'une manière très exacte le groupe ou cantonnement dont Utique faisait partie, en se servant des médailles soit phéniciennes soit romaines qui ont pu être classées avec une certitude suffisante.

Utique faisait partie d'un parallélogramme dont la pointe la plus septentrionale était Hippone et la pointe la plus méridionale Carthage (1); entre les deux, à une distance sensiblement égale de l'une et de l'autre se trouvait Utique, ville dédiée aux Dioscures ou Caccahim, qui avait donné au cantonnement son nom de Zeugis. Elle répondait spécialement au Dioscure oriental ou Castor dont elle nous a probablement conservé le nom phénicien, Atiq ou Atig, celui qui tranche. La ville qui lui faisait face devait porter le nom du Dioscure occidental ou Pollux, et l'on doit en retrouver l'emplacement en menant deux parallèles aux deux côtés connus du parallélogramme, dont l'un doit partir d'Hippone et l'autre de Carthage. La ville en question doit se trouver sur leur point d'intersection ou à peu près, dans le voisinage de Mateur. Cette ville, située dans l'intérieur des terres, n'a dû prendre que fort peu de développement pendant la domination exclusivement marchande et maritime de Carthage et d' Utique. Cependant elle devait nourrir les trois autres

(1) Ou plus exactement Tunis qui avait précédé Carthage et sur le territoire de laquelle on l'avait construite, probablement à titre de simple comptoir, ou Emporium.

du produit de son agriculture. Certaines médailles de Glodius Macer se rapportent à une ville désignée comme étant le séjour de la IIP légion avec l'épithète de Libéra, mais on a négligé d'y inscrire le nom même de la ville, parce que, en dehors des légionnaires, les habitants ne l'auraient pas lu. Ce nom est remplacé par une tête de lion ; le nom de Mateur [Castrum mater ense) est antique et veut dire le lion qui meurt. C'est probablement à cette forte position militaire qu'il faut attribuer la médaille à tête de lion de Claudius Macer. Pour ce qui est à'Hippone, son nom phénicien était Ipô qui veut dire boïi, bonne, c'était celui de la ville syrienne à'Ioppé, aujourd'hui Jaffa. Ses médailles romaines portent l'effigie de la bonne déesse de Syrie ou Iop2)é tenant à la main Yorge de Carthage, avec un bâton recourbé ou caducée, qui veut dire en hébreu cercle, circonscription. Nous possédons par conséquent avec certitude trois des noms des principales divinités de la Zeugitane, Ipô, la bomie déesse, dont les rapports avec le Jéhova des Hébreux étaient connus des anciens, le dioscure Atiq {i), la déesse Sora ou la Syrie, patronne de Tyr, phis souvent représentée par un rocher (lï), et la divinité de Mater qui était Hercule mourant. 11 est aussi non moins curieux qu'important de constater que le cap Bon est l'exacte traduction du phénicien ipo, qui veut dire également beau et bon, et qu'il doit en être de même de la ville algérienne de Bone, laquelle portait aussi le nom à' Ipo;

{\) Utique était une ville située dans l'intérieur des terres et ne formait pas, à proprement parler l'angle oriental du quadrilatère zeugitan ; cet angle était occupé par la ville de Roscinona, aujourd'hui Porto-Farina, dont le nom phénicien (P^p \2^'n) veut dire le commencement de la richesse ou de la beauté^ en langage moderne le commencement de la belle sai-on. C'était le cap Pidchcr des Romains.

ii existe bien en grec une déesse Hippone qui présidait aux chevaux et était particulièrement honorée en Gaule, tantôt sous ce nom, tantôt sous celui de Solimare, ou pied de cheval; c'était aussi une bonne déesse, peut-être la même dans le fond, car c'était la déesse de Noël. Mais malgré la ressemblance phonétique à' Hippone et à'Ipo , il n'y a aucune parenté dans la signification des deux mots.

M. François Lenormant est le premier qui, dans ses Commentaires sur Berose, ait appelé l'attention du monde savant sur l'orientation des monuments assyriens et sur l'identification des couleurs avec les sept planètes ou Cabires. M. G. D'Orcet s'est servi de ces observations pour déterminer le culte des premiers habitants de l'ancienne Troie exhumée à Hissarlick par le docteur Schlieman, et le viceamiral Delangle a appliqué les règles formulées par celui-ci à l'orientation des monuments mégalithiques de la Bretagne, notamment à celle des pierres de Carnac qu'il a reconnue identique à celle du Temple de Jérusalem et des églises du moyen âge. Ces monuments se composent de menhirs ou obélisques isolés , toujours parfaitement orientés , d'obélisques accouplés, de portiques ou lichaven, et de galeries couvertes ou non. Les obélisques accouplés et les lichaven sont toujours orientés de façon à former une méridienne, de sorte que, quand ils sont groupés en galerie couverte ou non, cette galerie s'infléchit légèrement dans la direction du nord-ouest au sud-est comme Notre-Dame de Paris. Cette inflexion augmente naturellement, à mesure qu'on s'éloigne de l'équateur. Les galeries forment toujours des parallélogrammes plus ou moins allongés dont les petits côtés font face à l'est ou à l'ouest, jamais au sud ou au nord. Le côté fermé indique celui des deux dioscures

qu'adorait la tribu. Ces observations ont été consignées dans un mémoire lu par le savant vice-amiral à la Société de géographie, et ont été confirmées récemment par l'exhumation des fondations de l'obélisque d'Alexandrie jadis exécutées par des maçons grecs. Les Francs-Maçons qui y assistaient ont constaté qu'elles étaient absolument conformes aux règles qui leur ont été transmises par les constructeurs des églises du moyen âge, qu'on peut lire du reste, tout au long, dans le livre de Villapando, car elles sont tirées du Deutéronome et du livre d'Ézéchiel. Elles sont toujours d'une importance capitale pour l'archéologue, mais bien plus encore lorsqu'on a à explorer des monuments phéniciens. Aussi croyons-nous indispensable d'adjoindre aux règles générales que nous venons de donner sur l'orientation, la théorie particulière des cabires phéniciens, d'après Sanchoniaton.

THÉOGONIE DES DIOSCURES OU CABIRES, d'apRÈS SANCHONIATON

En règle générale, l'Est représente le principe humide et féminin et l'Ouest le principe solide et masculin. L'adjonction de ces deux principes correspond au Nord. Cette conception triangulaire sem])le avoir précédé la conception quadrangulaire sur laquelle se modelaient les établissements ou cantonnements des peuples méditerranéens. Il n'existe pas d'exemple connu de cantonnement triangulaire, ce qui ne veut pas dire qu'il n'en ait pas existé.

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