‹ Relation d'une mission archéologique en TunisieChapitre 3 sur 29 · OUEST · texte numérisé non relu

OUEST

ROUAH Esprit. Vent d'Ouest

NORD CHEPHETZ

Désir. Adjonction de Boliu et Rouali.

Bohu et Rouah sont deux principes inconscients, mais leur adjonction Chephetz , le Jehovah biblique , l'Éros d'Aristophane et de Platon, est un dieu androgyne et conscient qui engendre Mot , l'élément boueux où tous les éléments sont confondus sous la forme d'un œuf père et mère de toute chose. Le siège de Moi est la Grande Ouïsse.

Rouah engendre seul les quatre points cardinaux. Uni à Bohu ou à l'espace, il engendre

KADMON OULÂM L'ancien, ce qui a précédé. Le voilé. Ce qui ne se voit pas encore.

La Vierge.

Ce sont les deux cabires ou dioscures phéniciens, mais ils représentent plutôt, Cadmon le sud-est et Oulam le nordouest, que l'est et l'ouest, c'est-à-dire les deux divisions du méridien plutôt que les deux divisions de l'équateur. Ceux qui adoraient Cadmon et Oulam devaient commencer leur journée avec le soleil, et leur année à l'équinoxe du printemps, au lieu de minuit et du solstice d'hiver adoptés par les nations occidentales. Cadmon et Oulam doivent être venus du golfe Persique avec les Phéniciens proprement dits. Leurs sectateurs devaient orienter leurs temples et leurs tombeaux nord et sud, comme celui qui existe encore à Salamine de Chypre, et c'est une preuve certaine que le temple de Salomon, qui était orienté est et ouest, ne pouvait pas être d'architecture phénicienne.

De ceux-ci naquirent Tholedoth (la fdiation), et Moledoth ( la génération ) , le sud-ouest et nord-ouest. Ces quatre Cabires donnaient le tableau suivant :

Oulam N.O.

Tholedoth

Moledoth S.O. S. S.E. Kadmon

(( Oiilam et Kadmon engoiidrèrcnt des fils qui s'appelèrent Lumière, Feu et Flamme, et ceux-ci inventèrent l'usage du feu, en frottant l'un contre l'autre des morceaux de bois, et ils eurent des fils qui s'appelaient Casius, Liban^ Antilibati et Thahor. »

Ce passage indique nettement le caractère de cette genèse qui n'est qu'un traité (V Orientation ou de Géodésie sacrée. Les quatre montagnes précitées sont les quatre points de repère d'un cantonnement phénicien, jalonné par quatre montagnes formant un parallélogramme très allongé dans la direction du sud-ouest au nord-est , dont les points extrêmes sont le Thahor et le Casius. Le Liban et YAntiliban jouent les rôles de Dioscures dont voici maintenant les noms :

« De ceux-ci naquii'ent Satnemrom (celui qui monte vers le ciel) et Ouso (le velu, l'Esaû de la Bible), qui commencèrent à tirer parti de leurs mères en les livrant pour de l'argent. Et Samemrom habita dans File de Tyr et il eut des querelles avec Ouso. Samemrom inventa l'art de construire des cabanes avec des joncs et des papyrus enlacés (gourbis), Ouso inventa de fau'e des vêtements avec les peaux des animaux qu'il avait pris^, et ce fut lui qui, le premier, se confia aux flots dans une barque improvisée (1), pour fuir

(1) Une outre.

lïncendie allumé par la foudre dans le bois qui couvrait alors File de Tyr... »

M. François Lenormant croit qu'il s'agit ici de la Tylos ou Tyr du golfe Persique dont les Phéniciens étaient originaires , mais Fénumération des quatre montagnes syriennes dont il vient d'être question, n'autorise pas cette hypothèse. Ce livre n'a pu être fait que longtemps après l'établissement des Phéniciens en Syrie, et il indique qu'ils n'étaient pas les inventeurs de la navigation, mais des peuples sédentaires habitant des gourbis, autrement dit des fellahs. Ouso ou Esaii qui, dans tout ce récit, joue le rôle de seigneur sans domicile, allant loger à tour de rôle chez ses vassaux, comme le font encore de nos jours les nobles Gircassiens, est Yhoimne de F ouest ou le seigneur des chétims, c'est-à-dire des grandes îles de la Méditerranée en général et de Chypre en particulier. Il est pêcheur, chasseur, plus souvent encore pirate, et est venu par mer en Palestine, probablement dans un vaisseau de cuir, comme les Normands. C'est le chéta ou homme du nord-ouest, dont le nom veut dire clôture et qui a inventé en même temps que la navigation, les villes fortifiées.

Nous aurons à revenir sur ce qui nous reste de Sanchoniaton, lorsque nous aurons à traiter de la religion proprement dite des Phéniciens, dont descendaient ceux qui possédaient Utique, au moment où s'ouvre l'histoire écrite des peuples méditerranéens. Ce qui précède nous suffit pour établir, par un exemple irréfutable, les règles de Forientation des cantonnements primitifs. (F. Lenormant, Manuel à' Histoire ancienne, T. lîl, Phéniciens.)

Populations primitives du Byzacium — Berbères — Expéditions des Argonautes — Ce?itre hellénique du lac Triton

Salluste qui avait pu consulter les livres puniques et nous a conservé des données plus précises que celles d'aucun autre des écrivains classiques sur l'histoire africaine, avait connaissance des temps primitifs antérieurs à l'arrivée des tribus aryennes, qui ont laissé comme vestiges de leur passage les noms de Zeugis et de Byzacium, et des migrations phéniciennes auxquelles il faut attribuer les noms d'Atig et de Kart-Hadasat. Avant ces migrations, toute l'Afrique du Nord devait être occupée sans interruption par les Berbères de la race de Phut, proches parents des Égyptiens du Nil, dont les établissements s'étendaient jusqu'aux iles de l'Atlantique. Salluste a eu aussi connaissance de la grande invasion japliétique qui se jeta ensuite sur la côte africaine où elle arriva par mer. Il fait de ces envahisseurs des Perses^ des Mèdes et des Arméniens composant l'armée d'Hercule , ce qui indique clairement qu'il connaissait leur origine aryenne. Les monuments égyptiens nous ont fait connaître la date de l'arrivée en Afrique des Japhétites, ou, pour parler le langage de Sanchoniaton, des Auséens, descendants d'Esaû, parmi lesquels figuraient les Lybiens proprement dits, les Maxyes et les Maces. Elle fut contemporaine des règnes de Sethi I" et de Ramsès II, et menaça gravement la sécurité de l'Ègypte. (F. Lenormant, Histoire ancienne, T. III, p. loi.)

Mais ce que les monuments égyptiens ne nous expliquent pas, c'est le motif qui faisait donner à ces peuples une origine persane et arménienne. Ce mystère historique trouve son explication dans les fouilles du docteur Schlieman qui ont mis au jour, à l'entrée du Bosphore, en face de Constantinople, un centre de civilisation au moins aussi ancien que celui des bords du Nil et dont l'histoire n'avait gardé que des souvenirs inconciliables avec la chronologie égyptienne, parce qu'il avait cessé d'exister avant que les historiens égyptiens fussent en rapport avec le monde extérieur par les guerres qu'eut à soutenir l'Egypte contre toutes les populations maritimes de presque toute la Méditerranée, formant une confédération où combattaient ensemble les marins de la Zeugitane, ceux de la Grèce et ceux de la Syrie, à une époque où, de l'aveu de Sanchoniaton, les descendants de Sememrom, venus du golfe Persique, ne s'occupaient que des travaux des champs. Il ne faut donc pas s'étonner si des Grecs avaient précédé les Phéniciens dans les comptoirs de la Zeugitane, puisqu'ils étaient les inventeurs de la navigation. Pirates toutes les fois qu'ils le pouvaient, ils avaient cependant une spécialité commerciale qui fit d'abord leur fortune et plus tard celle des Phéniciens, c'était celle de Yétain. Aujourd'hui ce métal est assez délaissé, mais il y a 60 siècles, il était fort rare et fort cher par conséquent, parce qu'il ne se trouvait que sur les côtes de l'Atlantique depuis le détroit de Gibraltar jusqu'à la Grande-Bretagne, ou dans les montagnes du Caucase.

Il est parfaitement démontré aujourd'hui cpie la civilisation égyptienne est le résultat direct de la découverte du bronze et du fer. Car, sans l'aide de l'acier, il était impossible de tailler les immenses blocs de granit dont se com-

- pose son architecture. Or, l'Égypte, qui est un pays d'aliuvions, ne possède ni fer ni cuivre. Chypre, qui est dans le voisinage, produisait bien des fers et des cuivres de première qualité, mais le bronze, le plus employé des métaux chez les anciens, ne pouvait s'obtenir sans l'aide de l'étain, dont les gisements étaient à des distances énormes de l'Egypte.

11 en résulte : 1° que l'étain, qui entre dans la composition de ces magnifiques bronzes qu'on exhume dans les tombeaux du Haut-Empire, était venu d'Espagne, de Bretagne ou du Caucase, et que, dès les temps les plus reculés, les Égyptiens se trouvaient en relations plus ou moins directes, mais forcées avec les pays producteurs d'étain ; 2° que la civihsation égyptienne étant le résultat de la découverte du bronze, ne pouvait pas être née en Egypte et que ses initiateurs venaient nécessairement ou du Caucase ou des bords de l'Atlantique. Au premier abord, on pencherait pour le Caucase, mais une foule de preuves tendent à démontrer que les civilisateurs de l'Egypte sont venus de l'Atlantique, et même il ne serait pas impossible que ce fussent les descendants des constructeurs des monuments mégalithiques de l'Armorique qui eussent dressé les pyramides et les obélisques de rÉgypte. M. Cari Vogt a constaté la concordance de l'agriculture des palafîttes suisses avec celle de l'Egypte, il y a six mille ans ; l'existence, dans les habitations lacustres, de la petite vache à cornes courtes qui se trouve sur tout le littoral de l'Afrique septentrionale, la présence de l'orge à six rangs de grains du Nil, celle du lin, semblable à celui de la Méditerranée, de plusieurs plantes africaines telles que la silena cretica et le bluet, et l'absence complète des plantes d'origine asiatique, telles que l'avoine, le chanvre

et la vigne. Enfin, pour comble d'analogie, les habitants des palafittes ne connaissaient pas ou ne connaissaient plus le cheval, qui avait été si commun à l'époque précédente.

Ils devaient donc être en communication fréquente avec la Zeugitane et de là avec l'Egypte, par l'Italie, la Sicile, Malte et le cap Bon, et ils pouvaient contribuer à l'approvisionnement de l'Egypte en étain d'Armorique et d'Angleterre.

Les fouilles de M. Schlieman ont démontré, au contraire, qu'à la même époque la mer Noire ne communiquait ni avec rÉgypte, ni avec la Gaule. L'étain du Caucase devait se déverser sur les régions de l'Euphrate, par caravanes, comme la poudre d'or qui nous vient aujourd'hui du centre de l'Afrique et, en tant que valeur, il arrivait immédiatement après l'or et l'argent. C'est ce que constate une inscription de Nimroud de 916 ans avant notre ère : « Je reçus, dit-il, des tributs de la lisière des montagnes, de Tyr, de Sidon, etc. Ces tributs consistaient en argent, or, étain, bronze, outils de fer, etc. »

Il existait donc dans la Méditerranée , il y a soixante siècles, trois centres de civilisation ayant pour principe la découverte du bronze : le premier se trouvait sur le littoral de l'Atlantique; il avait donné naissance au second, celui du Nil, et était resté en communication avec lui. Il faut probablement le chercher en Bétique ou Andalousie parce que les anciens en avaient conservé le souvenir, et il est ^Taisemblable que c'était un centre berbère. Le troisième, au contraire, établi à l'entrée du Bosphore, était sans relations avec les deux autres et avait été fondé non seulement par des Aryens, mais par des Grecs connaissant le cheval et

adorant deux divinités, l'une à tête de chouette, l'autre à tête de cheval. La première se nommait Glaux ou Chalcis ce qui est précisément le nom du bronze, et la seconde Karippos ou Kripjos^ forme bien connue de Gérés. La station découverte par M. Schlieman était une acropole , ou un château fort habité par un seigneur et ses esclaves, plutôt cpi'une ville. C'était un parallélogramme percé d'une unique porte au sud-ouest, avec un temple situé à l'angle nord-est. On n'y aurait point trouvé d'innombrables effigies de chouettes, que son orientation aurait suffi pour démontrer que cette forteresse était sous le vocable de Pallas Athénè et qu'elle devait se nommer Chalcis ou Chalcopolis, la ville du cuivre. En effet, le grand incendie qui la dévora vers le- xxv" siècle avant notre ère, est signalé par une couche métallique qui a couvert toute la surfcice de cette acropole. Cet incendie fut précédé d'une lutte qu'il faut probablement attribuer à une révolte d'esclaves. Un passage de Saiichoniaton semble faire allusion à cet hicendie et à cette lutte dont l'histoire n'a gardé aucun souvenir.

Les monuments égyptiens nous ont transmis les portraits excessivement ressemblants des populations habitant alors les bords de la mer Noire ; elles étaient vêtues de peaux, d'où le nom (VÉsaït ou Oso qui leur est donné par la Bible et par Sanchoniaton. Ce dernier dit qu'aj)rès l'incendie elles s'enfuirent par mer, ce qui veut dire qu'elles étaient fort avancées pour le temps dans l'art de la navigation. Les fils d'Ésaû étaient également cavaliers et avaient inventé les places fortes que les Égyptiens ne connaissaient pas plus que les chevaux. Enfin, si leur civilisation était beaucoup plus rude que celle des Égyptiens, ils étaient aussi ha])iles qu'eux dans les arts métallurgi(pies. Us abordèrent en Palestine par mer, y trou-

vèreut les peuples agriculteurs de la race de Samemrom (1), venus des bords du golfe Persique', les soumirent à l'aide de places fortifiées, et les entraînèrent, vers le xxnf siècle, à la conquête de l'Égypte qui ne put leur opposer aucune résistance. Les Égyptiens les nommaient Ménas, pasteurs, et Hyksos^ qui semble vouloir dire brigands à cheval. Euxmêmes se nommaient Khétas (clôture). Leur domination en Egypte durâ cinq siècles, et ils finirent par s'y nationaliser comme les Normands en France et les Franco-Normands en Angleterre, qui se retournèrent les uns et les autres contre leur patrie d'origine, Seti 1" et Ramsès II ou Sésostris, qui étaient de leur race, entraînèrent à leur tour les Égyptiens hors de leurs frontières et refoulèrent les Khétas jusqu'à rOronte, sans pouvoir jamais les déloger de la région située entre ce fleuve, l'Halys et le Cydnus, dont ils ne furent chassés que par les Perses. Ils disparaissent alors de l'Orient, mais ils semblent avoir traversé la Phrygie pour revenir à leur point de départ, c'est-à-dire le Bosphore, d'où ils se seraient lancés dans la vallée du Danube, qu'ils auraient remonté jusqu'à sa source, et ils auraient formé la dernière couche gauloise connue sous le nom d'Apollinaires, qui a conservé le grec, comme langue liturgique, jusqu'à la chute du paganisme. Il n'est pas possible, en effet, de douter que Iqs classes supérieures des pasteurs ne fussent grecques. Les monuments égyptiens nous ont conservé le nom et le simulacre de leur divinité qui se nommait Barstyx (ce nom veut dire pointe de pieu). Il est représenté par un singe Kercops assis sur un pieu très effilé. C'est le type le plus

(1) Ce nom signifie qui s'élève dans les deux et désigne le soleil levant : les Phéniciens en se proclamant fils de Samem Uoun voulaient dire que le berceau de leur race était à l'orient de la Palestine.

ancien. Le plus moderne, est l'horrible dieu Dais, qui veut dire petit et palme. C'est une sorte de nain difforme, emblème du soleil embryonnaire, ou Bacchus dans la cuisse de Jupiter bien connu pour avoir été la divinité des mercenaires grecs au service de l'Égypte, et depuis le xx' siècle avant notre ère juscpi'à la fin du paganisme, il n'a pas cessé d'être la divinité nationale de toute la race grecque, celle qu'on adorait dans tous les mystères, comme le seigneur du pôle nord et le dieu de la vie et de la mort.

Or, c'est précisément cette divinité difforme que nous avons retrouvée dans les fouilles d'Utique, sur le sol vierge, avec ces cônes de pierre ou de terre cuite nommés fusaioles par les archéologues, parce qu'ils ressemblent à des pesons de fuseaux. L'usage qu'on pouvait en faire a donné lieu à bien des discussions, mais l'opinion la plus ATaisemblable, en fait des rhomhos ou rouets magiques, en français vulgaire des vire-broquins dont on se servait avant les briquets d'acier, pour allumer du feu par le frottement de deux morceaux de bois dont l'un était mis en mouvement au moyen d'un archet. Les cônes de terre cuite, nommés fusaioles, recevaient l'une des extrémités des fuseaux et garantissaient ainsi la main de l'opérateur. Les scul})teurs se serveat encore de cet outil, sous le nom de violon, il ne diffère du rhomhos que par le fuseau qui est d'acier au lieu d'être de bois.

Ces rhomhos se trouvent par milliers dans les fouilles exécutées par M. Schlieman à Hissarlick, et il est à remarquer qu'on en attribuait l'invention à Prométhée qu'on enchaînait sur le Caucase. On ignore aujourd'hui le nom de l'inventeur des allumettes chimiques allemandes, mais on se

rappelle celui de son illustre prédécesseur qui fut divinisa, et après tout le méritait bien.

La présence des rhombog, dans les couches plus profondes des ruines d'Utique, jointe à celle du dieu Bais, est im témoignage qu'on peut considérer comme irrécusable de l'invasion de l'Hercule pélasgo-arménien dont parle Salluste. Les auteurs carthaginois qu'il avait à sa disposition n'avaient dû en conserver le souvenir qu'à l'état légendaire, parce que cette invasion avait précédé de quatre siècles leur propre établissement dans la Zeugitane, mais les Grecs en avaient gardé la mémoire très distincte dans leur fameuse expédition des Argonautes qui était devenue le centre de tout un cycle poétique.

En effet, cette fable se compose, comme les fables homériques, du récit de deux navigations dans deux directions diamétralement opposées qui, plus tard, ont été amalgamées à l'aide d'une géographie fantastique. Dans l'un, les Argonautes se dirigent vers le Nord et s'en vont à Colchos qui devait être un célèbre emporium d'étain, le véritable métal précieux de l'époque du bronze, à moins que ce ne soit le nom même de la cité exhumée par M. Schlieman où l'on adorait certainement Pallas -Z7««/Â:?> , terme archaïque de Glaux , chouette. Nous n'avons pas à nous occuper des découvertes de M. Schlieman, mais nous allons voir, tout à l'heure, ce que devient un nom grec à travers les siècles, car l'expédition des Argonautes a laissé, dans la Zeugitane, des traces beaucoup plus apparentes que dans la mer Noire.

En effet, les monuments égyptiens qui n'étaient pas faits pour être lus par le vulgaire, nous ont transmis, sans la moindre légende, ce qu'on nommerait aujourd'hui des rap-

27orts officiels sur les combats que les Pharaons ont eu à livrer aux Lehoiis ^ c'est-à-dire aux Pélasgo-Lybiens qui étaient venus par mer, un peu de tous les points de la Méditerranée orientale, et composaient les armées d'Hercule ou des Argonautes.

Ils avaient établi leur centre religieux sur le lac Triton et sur le fleuve qui portait le même nom. Sans doute, ces nouveaux venus avaient dû à la longue abandonner leur idiome national pour adopter celui que parlent encore les Berbères , nos Kabyles d'aujourd'hui , car aucun auteur ancien ne signale de différence entre la langue qu'ils parlaient et celle de leurs voishis. « Mais, du moins, assure François Lenormant, le nom de leur lac sacré était demeuré comme un dernier vestige du temps où ils se servaient d'une langue aryenne. Triton est en effet le sanscrit trito « lac, eau », dérivé de la racine /r?/, tri^ « rive, rivage », qui a produit les appellations du Trita Aplya védique , « celui qui est né au miUeu des eaux » , de Triton et d'Amphitrite dans la mythologie grecque. Aussi trouvait-on des fleuves du nom de Triton en Crète, en Thessalie, en Béotie, en Doride et en Thrace. »

Cette dernière observation est peut-être plus indiscutalîle que l'étymologie donnée par le savant historien, qui ne s'accorde pas avec le seul sens qu'ait en grec le mot trito. 11 ne veut pas dire lac^ mais tête^ et Pallas Tritogénie voulait dire Pallas née de la tête de Jupiter. Mais, il n'en est i)as moins certain que le lac Triton et les failles lybiennes jouaient un grand rôle dans la mythologie hellénique, que c'était du lac Triton que le culte de Pallas et celui de Poséidon avait été importé dans l'Attique, et que leur existence et leur origine, longtemps inexplicables, se comprennent très

bien depuis que les monuments égyptiens nous ont révélé la parenté des populations pélasgiques et des Lybiens proprement dits , les relations étroites de confédération et de communications incessantes qui existaient, au temps de la xix" et de la xx° dynastie, entre les Achéens du Péloponnèse et les tribus aryennes de l'Afrique septentrionale, enfin, la part que les Achéens, les Tyrrhéniens, les Laconiens elles Philistins de Crète prirent aux attaques des Lybiens et des Maxyes contre l'Égypte. (Fr. Lenormant, Histoire ancienne) La Pallas lybienne se distinguait de la Pallas hellénique proprement dite, par un signe caractéristique qui la fait aisément reconnaître; au lieu d'une chouette, elle portait pour cimier un crocodile. Cet emblème semble j^eu gracieux , mais la traduction l'est davantage. Croco-deilé veut dire la pale aurore^ ou l'aurore couleur de safran. Nous ne connaissons point de légendes grecques sur le crocodile. Ordinairement, les bas -reliefs représentant Pallas l'entourent de Crocodeilon ou chardon à carder, qui joue un grand rôle dans l'ornementation ancienne, et est l'un des symboles bien connus de l'aurore. Quant à la substitution du crocodile, pour rendre exactement la même idée, tout ce qu'on peut en dire, c'est qu'elle remonte aux plus belles époques de l'art.

Mais s'il n'y a pas de légende grecque sur le crocodile, il y en a sur le Bagrada qui portait le même nom que le lac de Tunis; car, Tunis ^ en phénicien Thanit, veut dire Crocodile, grand serpent cl eau ^ et Triton^ dans la même langue, signifiait la marche ou la frontière du crocodile. Tanit (grec Tao) veut dire \ extension ou la plus grande longueur du jour. Les Grecs la représentaient par un paon étalant ses plumes, et les Phéniciens par un serpent se

déroulant ou un animal de grande taille, tel que le cheval et l'éléphant (1). Mais c'était le même nom et la même déesse, c'est-à-dire la première partie du jour, ou la fortune croissante, forme de Gérés particulièrement vénérée à Garthage, et l'on donnait volontiers ce nom à tout fleuve coulant de l'ouest vers l'est, comme la Medjerdah. Son véritable nom était donc le fleuve de Tanit ou du serpent, ce qui explique la mauvaise plaisanterie de Regulus.

Hérodote nous donne de curieux détails sur les mœurs des Tunisiens, d'origine pelasgique de son temps qui 'peutêtre n'ont pas complètement disparu. Les Machlyes et les Auséens habitaient autour du lac Triton, mais étaient séparés par le fleuve du même nom. « Les Machlyes, dit-il, laissent croître leurs cheveux sur le derrière de la tête, et les Auséens sur le devant. Dans une fête, que ces i)euples célèbrent tous les ans, en l'honneur d'Athénè, les fdles, partagées en deux groupes, se battent, les unes contre les autres, à coups de pierres et de bâton. Elles disent que ces rites ont été institués par leurs pères, en l'honneur de la déesse, née dans leur pays, que nous appelons Atliénè, et elles donnent le nom de fausses vierges à celles qui meurent de leurs blessures. Mais avant de cesser le combat, elles revêtent celle qui, de l'aveu de toutes, s'est le plus distinguée, d'une armure complète à la grecque, avec un casque à la corinthienne, et, la faisant monter sur un char, la promènent autour du lac. »

(d) Sur les médailles de Claudius Macer, la déesse Tanit est représentée avec une tête d'éléphant; dans le rite cadmien de Thèbes, le nom de celte divinilé était traduit par Pelore, qui désignait un monstre de grande taille, hippopotame ou éléphant, mais ayant des dents dont on tii'ait de l'ivoire, car pil veut dire ivoire en sanscrit.

Ce passage ferait supposer que , si la langue grecque s'était perdue dans le bas peuple, elle avait dû se conserver dans la liturgie, comme chez les colonies grecques modernes de l'Asie Mineure et de l'Euphrate, qui, séparées depuis vingt siècles de la mère-patrie, ne parlent plus que l'arabe ou le turc, mais ne prient qu'en grec. Cependant l'épigraphie zeugitane ne confirme pas, jusqu'ici, cette hypothèse, car on n'y trouve que du phénicien ou du latin.

Hérodote indique les peuples situés à l'ouest du lac Triton, comme n'étant plus nomades : « Ils labourent une terre fertile, ont des maisons, et se nomment Maxyes. Ils laissent croître leurs cheveux sur le côté droit de la tête, rasent le côté gauche, et se peignent le corps avec du vermillon. » Les monuments pharaoniques les représentent souvent avec une mèche de cheveux tressée tombant d'un côté de la tête, tandis que le reste de la chevelure est rasé et le corps couvert de tatouages.

a Les Zavèces touchent aux Maxyes; quand ils sont en guerre, les femmes conduisent les chars. » On sait que les femmes des Khroumirs assistent aussi au combat, parées de tous leurs bijoux, si elles ne conduisent plus de chars.

Les Gyzanthes ou Byzanthes habitent immédiatement après les Zavèces. « Les abeilles font, dans leur pays, une prodigieuse quantité de miel. Les Gyzanthes se peignent tous avec du vermillon et mangent des singes. Ces animaux sont très communs dans leurs montagnes. »

Les Gyzanthes occupaient exactement l'emplacement des Khroumirs actuels , c'est-à-dire la région montagneuse à l'ouest de Biserte, et Scylax les décrit comme étant encore de son temps blonds et remarquablement beaux. Ils formaient du reste une nation nombreuse, mais dont une partie

seulement était restée indépendante et avait gardé ses anciennes mœurs. Le plus grand nombre s'était mêlé aux Lybi-Pliéniciens et aux colons carthaginois dont ils avaient pris les usages et la langue, dans la province à laquelle ils avaient donné le nom de Byzacène. (Fr. Lenormant, ici.)

Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que depuis Scylax, qui écrivait au vi° siècle avant notre ère et peut passer pour le père de la géographie, les choses n'ont pas sensiblement changé dans l'Afrique septentrionale et les blonds sont toujours aussi communs parmi les Kabyles, voire les Touaregs. Avant le déchiffrement des monuments égyptiens, on les prenait pour les descendants des Vandales, mais il est probable que ceux-ci qui étaient très peu nombreux et encore moins aimés des indigènes, ont du être complètement anéantis par les Arabes, avec ce qui restait de population latine dans les villes. Les blonds que l'on trouve parmi les Kabyles et les Khroumirs, aussi bien que ceux qu'on rencontre également en grand nombre dans le Liban, sont bien les descendants de ces Pélasges marins qu'un grand incendie chassa dans toutes les directions des bords de la mer Noire, et nous comptons en ce moment, parmi nos sauvages adversaires, plus d'un petit-fds des Argonautes. Il est vrai que nous en comptons au moins autant parmi nos tirailleurs indigènes qui sont presque tous Kabyles, et que nos célèbres zouaves se parent, sans le savoir assurément, du nom de la principale tribu des Argonautes, celle qui fonda Utique. En effet, les Zouaias ne sont pas autre chose que les Zevaces d'Hérodote, en grec classique ZsuYtc, nom qu'on donnait aux marins qui ramaient au centre des navires, et c'était principalement la place qu'occupaient les Dioscures sur le navire Argo. Mais ÇeûYo; veut dire avant

tout un attelage de deux chevaux et c'est celui qu'on rencontre sur les médailles d'Utique, d'époque romaine.

Il est probable que les Auséens, qui fournirent les Ausones à l'Italie, sont encore représentés par les Oushta qui habitent au sud des Khroumirs , dont le nom phénicien "lan est l'exacte traduction de leur ancien nom de Byzantes, qui veut dire remplis (1), et indique leur situation au nord-ouest des tribus pélasgo-lybiennes . Il n'est pas jusqu'à Tunis qui ait remplacé, par le nom phénicien de Tanit, celui de la déesse grecque Cambé , ou la bossue , que lui avaient donné les premiers colons et qui représentait le point le plus méridional du nome, celui ou le soleil à l'apogée de sa course s'infléchit en décrivant une courbe que les Grecs personnifiaient dans une divinité bossue, d'où descendent les Ésopes et les Polichinelles. Les peuplades primitives cjui s'étaient cantonnées, il y a quatre mille ans, sur les bords du fleuve et du lac Triton, s'y retrouvent donc encore, avec les mêmes noms et malheureusement le même état de civilisation, car elles se sont cristallisées dans la barbarie musulmane, mais nous avons vu de nos yeux de belles blondes Kabyles porter exactement le même vêtement agrafé aux épaules, qu'on retrouve sur les statues grecques les plus archaïques.

Il en est de même du voile noir que portent les Touaregs, qui sont probablement les Tourchas des monuments égyptiens. Ce voile noir venait de Cilicie et Evagoras, roi chypriote de Salamine, qui mourut en 374 avant J.-C, s'est fait représenter sur ses médailles avec le voile noir des Touaregs.

(1) Le nom lybique conservé par l'inscription bilingue de Thugga était Melgld qui signifie aussi rempli, adjoint au mot ghi terre.

Les Maxyes ont un nom grec qui veut dire galette ou Azyme, ce sont ceux qui furent remplacés par les colons tyriens qu'amena Didon, et le nom des Machlyes veut dire courtisane. Il existe encore des tribus berbères où ce métier est resté un privilège (1). Le nom s'est perdu, mais non la chose. Ces Machlyes étaient des femmes qui courbaient le dos pour servir de marchepieds aux cavaliers, avant l'invention des étriers, c'était une épithète injurieuse de la déesse Cambé, ou du soleil qui s'infléchit à l'horizon.

Nous avons énuméré plus haut les raisons qui nous faisaient supposer que la Medjerdah et le lac de Tunis s'étaient appelés Tanit sous la domination phénicienne et qui faisaient repousser une étymologie sanscrite pour le lac Triton qui en grec veut dire uniquement tête. Ce lac est aujourd'hui celui de Kaïrouan et est resté le grand centre rehgieux de la Tunisie; quant au fleuve Triton ^ il faut probablement le chercher dans Y Oued-el-Rouhia qui est devenu le fleuve du Prophète après avoir été celui de la Tête.

11 résulte du témoignage d'Hérodote que ces peuples se peignaient le corps en roucje^ usage qui n'était pas non plus étranger aux Romains, car les triomphateurs étaient jjassés au vermillon. L'usage de se peindre n'était guère moins répandu chez les anciens que chez les sauvages de l'Amérique du Nord, et il était encore de mode, à cette époque, de porter son blason sur la figure. Le plus grand nombre des noms antiques sont tirés des couleurs, et probablement des peintures de guerre de ceux qui s'en paraient. Ce n'était donc pas sans raison que les Grecs nommaient

(1) Les Ouled-Naids, dont le nom sip-nifiait en phénicien donum marclricium.

les Phéniciens rouges. C'était vraisemblablement leur peinture de guerre.

Nous nous sommes étendus avec complaisance sur ces détails généralement antéhistoriques, parce que nos fouilles, d'accord en cela avec les historiens classiques et les nouveaux documents tirés de l'histoire hiéroglyphique de l'Egypte, établissent avec une certitude complète que la Zeugitane est un des plus anciens centres de civilisation du bassin de la Méditerranée ; que six mille ans avant notre ère il était une des étapes indispensables des caravanes terrestres qui apportaient à l'Egypte l'étain dont elle avait besoin pour la fabrication du bronze qu'elle tirait soit de la Bétique, soit de la Bretagne, et qu'il confluait à Utique, en suivant les côtes de l'Italie ou celles du Maroc et de l'Algérie, én franchissant deux détroits très resserrés, qui ne pouvaient pas effrayer la marine ultrarudimentaire de cette époque, ne fut-elle composée que de radeaux. Les vieilles stations de la Zeugitane sont donc de celles où l'archéologie peut espérer les plus amples récoltes.

Période historique

Nous avons démontré , à l'aide des documents fournis par le déchiffrement des monuments égyptiens, que la fondation d'Utique se perd complètement dans la nuit des temps, et qu'avant que les Tyriens ne s'y établissent, ils avaient été précédés par une couche berbère et une couche pélasgiquc aujourd'hui fondues ensemble. C'est dans Polybe, Appien, Plutarque et les Commmtaires de César qu'il faut chercher de préférence des renseignements sur la couche tyrienne.

Ainsi qu'ils l'avouaient eux-mêmes, les Tyriens étaient des tard venus dans l'art de la navigation. Les fils de Samemrom, d'abord exclusivement agricoles, paraissent avoir fait un rude apprentissage sous la dure tutelle des fils d'Esaii qui étaient chasseurs, pêcheurs et navigateurs. Bien que la ville de Sidon portât un nom tout à fait sémitique qui voulait dh'e chasseur et traduisait exactement celui du Neptune Zagreus des Grecs, elle semble avoir été dominée jusqu'à la fin par une aristocratie grecque venue par mer, qui apprit aux Phéniciens à naviguer en les faisant ramer sur ses galères, et les traces de ce servage se retrouvent aussi bien dans la Bible que dans ce qui nous a été conservé de Sanchoniaton. M. Renan a relevé, en Palestine, une curieuse inscription constatant au iv" siècle

la victoire d'un Sidonien aux Jeux olympiques, et revendiquant la parenté qui unissait les Hellènes aux fondateurs de Thèbes. Assurément , ces fondateurs étaient venus de Sidon, mais étaient-ils de race sémitique ? Agénor, père de Cadmus, sa mère Telépliassa, sa sœur Europe, portaient tous des noms parfaitement grecs, et il n'est pas prouvé que le sien puisse être confondu avec celui de Kadmon de Sanclioniaton qui veut dire Yancien. Plus probablement encore en avait-il deux, un grec et un phénicien, comme Didon qui s'appelait en grec Elisa. Ce qui est du moins incontestable, c'est qu'au iv" siècle il existait encore à Sidon des Grecs concourant aux Jeux olympiques.

Sidon, jusqu'à sa destruction par les Gréco-Philistins, en 1209, parait avoir exercé, sur les Tyriens, la même compression que plus tard Carthage sur Utiqae, mais avant de succomber elle avait dù donner asile aux Jébuséens et aux Gergéséens, tribus de race khetite, c'est-à-dire pélasgique, restes de ceux qui avaient envahi l'Egypte et avaient été refoulés par Seti 1" et Rhamsès IL Ils les dirigèrent sur la Zeugitane où ils devaient retrouver des frères , car les recherches de Movers prouvent qu'à la suite de l'invasion des Pasteurs en Égypte, quelques-unes de leurs tribus pastorales et agricoles avaient continué leur mouvement de migration vers l'ouest, et s'étaient avancées juscpi'au delà des Syrtes et du lac Triton où elles s'étaient arrêtées dans les cantons fertiles qui formèrent plus tard le territoire de Carthage, et où Scylax et Hérodote devaient les retrouver plus tard avec leurs noms grecs et leurs cheveux blonds. Aussi la tradition nationale des habitants de la Byzacène et de la Zeugitane revendi(piait-elle, comme un titre de gloire, la descendance des Chananéens de la Palestine méridionale

obligés de s'expatrier devant les Israélites. (Procope, Belli Vandalici, ii, 20. F. Lenormant, Hist. anc, liv. VI, 48.) Utique fut fondée en 4158. A cette époque, c'était l'élément grec qui dominait encore dans tous ces établissements pélasgo-lybiens , mais après la destruction de Sidon, Tyr qui n'avait été jusqu'alors qu'une bourgade insignifiante, hérita de toute l'importance de la ville détruite, et commença par se débarrasser d'une aristocratie qui probablement n'était pas de même race que le fond sémitique de sa poimlation.

Il n'existe pas en effet de nom plus grec que celui de Pygmalion, le frère de Didon, qui assassina son mari Sichée, portant un nom aussi grec que le sien. Didon en avait deux et tel était généralement le cas de ces monarques, à commencer par Salomon, d'où il faut conclure que l'Orient était déjà ce qu'il n'a jamais cessé d'être, c'est-à-dire habité par des populations juxtaposées, d'origine et de langues différentes, vivant cote à côte sans se mêler et dominant à tour de rôle. La faction populaire ou sémitique enrichie par le commerce, s'empara de Pygmalion enfant, le dressa dans ses idées et s'en servit pour expulser, avec sa sœur, tout ce qui restait d'aristocratie sidonienne.

Cette aristocratie se réfugia sur le territoire de l'ancienne Cambé ou Caccabé où elle retrouvait le même mélange d'éléments grecs et sémitiques, et dont elle acheta l'emplacement au roi pélasgo-lybien, Japon. La princesse fugitive y fonda un comptoir qu'elle nomma nouvelle ville de Tyr, mais qui fut bientôt appelé Nouvelle-Ville tout court par les étrangers qui avaient affaire à elle. Les colons Hetites d'Utique qui étaient de même race, paraissent l'avoir puissamment secondée. Mais dans la nouvelle Tyr, comme dans

l'ancienne, l'élément populaire ou sémitique ne tarda pas à prédominer, par suite de la nouvelle direction que la métropole fut forcée de donner à son commerce.

Les Grecs, qui semblent avoir toujours été plus belliqueux que les Phéniciens, fondèrent des comptoirs commerciaux dans l'Asie Mineure, et en écartèrent les Phéniciens qui durent se rejeter sur l'Afrique occidentale et l'Espagne. Ce partage d'influence semble s'être effectué sans lutte, car Grecs et Phéniciens ont toujours vécu en assez bonne intelligence, tant qu'ils ne se sont pas battus en qualité de mercenaires, sous des bannières diverses. Ils adoraient les mêmes divinités, sous des noms différents, et ils sacrifiaient dans les mêmes temples. C'est ce qui est mis hors de doute par le déchiffrement des inscriptions chypriotes, qui nous montrent des princes et de hauts personnages phéniciens remplissant des fonctions sacerdotales dans le sanctuaire d'Idalium et initiés aux mystères grecs, y compris celui de la langue des dieux. Les mêmes inscriptions ont également démontré que le sanctuaire de Paphos fondé par des Ascalonites, et qu'en conséquence on croyait phénicien, avait toujours été un sanctuaire grec; ce qui n'a plus rien d'étonnant aujourd'hui que l'on sait que les Philistins étaient des Grecs de Crète. Au moment de la fondation de Carthage, ces deux éléments étaient donc coexistants, et il est probable que sur un navire phénicien de cette époque, l'équipage était phénicien et les officiers Grecs. Mais de même que les vestiges des Phéniciens s'effacèrent rapidement en Asie Mineure et dans les îles de l'Archipel, les vestiges pélasgiques disparurent aussi dans les régions lybio - pélasgiques , parce que les Phéniciens ne cherchèrent jamais à briser les liens de vassalité qui les

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