‹ Relation de a captivité de S. A. SChapitre 1 sur 3 · QUARANTE -TROIS MOIS · texte numérisé non relu

QUARANTE -TROIS MOIS

Ç ETTE longue et pénible captivilé commença, dans -^J^» les premiers jours d'Avril 1793. Le quartier général arrestation de Tarmée d'Italie était alors à Nice, et je l'avais* ^^*' rejoint peu de tems auparavant, en qualité d'adju- -dant général. Lieutenant-colonel. L'Armée était commandée par le Duc de Biron, et ce brave et excellent homme me donnait chaque jour de nouvelles preuves de son ancien attachement pour notre famille, ainsi que de la. droiture de ses intentions. J'allais diner chez lui le 8. Avril (jour fatal que je ne saurais oublier!) ne le trouvant pas dans son sallon, je m'avançois vers la porte de son cabinet, lorsque je l'en vis S(»nir pré- -cipitament, et avec les marques d'une vive agitation. Il tres.<«aillit en m'appcrcevant,ét me dit ensuite àdeini-voi^ç,

qu'il aurait à me parler en particulier. J'entrai aussitôt dans son cabinet, et lorsqu'il en eut fermé la porte, — " Vous voyez," s'éctia-t-il,"un homme au désespoir: j'ai '* d'affreuses nouvelles à vous annoncer." fiuaginant aussi-tôt qu'il s'agissait de quelque malheur, survenu à mon frère,ou à mon père, je lui demandai avec empresse- -ment si mes craintes étaient fondées. — '* Non" me ré- -pondit-il, *' C'est de vous seul dont il s'agit." — '^ Si cela ^' est ainsi, je respire ; mais dites-moi^ Général, de quel " malheur personnel suis-je donc menacé f ' — '* Je viens ^ de recevoir l'ordre de vous arrêter, et de vous faire

. '^ conduire sous bonne etcorle, dam les prisons àë

1793. '' TAbbaye, à Paris/*— *' Mais cel ordre ne concerne-t-iV ^ que moi T'-***'' Vous seuL On ne me parle pas du '' reste àp votre famille^ et si c'étiiit nne mesure géné« '^ raie, j'imagine qu'on me le manderait. Au reste» voiçt ^' Tordre : lisez^le vou«*même/' Je le lus : il était signé par les membres du comité de salut public» et on n^ parlait effectivement que de moi seul. ** Eli bien gé^ ^'«•néral» je suis votre prisonnier r Les larmes lui virent aux yeux* ^^Ah! rendez justice à mon attachement: il est sincèrcj il est sans bornes. Que puis-je faire t parleas moi franchement» je vous le demande à genoux t' '^ N^aurie;; vous pas» soit dans vos lettres, soit dans vos '^ propps, soit enfin d'une manière quelconque, commis <^ quelqu'indiscrétion qui ait indisposé contre vous les* ff gouvernants actuels ?" — " Non, ils ne peuvent guèrea '^ i^norei le» sen(imens qu'ils m'inspirent, ainsi qu'à ^' tout bonnlte homme;: mais ils me font bien de rhon<!* '^ -neur d'avoir peur de moi/W< Mais enfin voi^^ croy^f ** «vous en dangeç?'*— *'I1 est impossible de s'en croire en* <' «-tièrement exempt, lorsqu'on tombe en de pareilles mains."»^^ Ma position est affreuse ! j'aimerais mille foismieux recevoir un coup de fusil dans I{^ tête, qu'une '^ parieille commission. Enfin, dites-moi, au moins, si *^ vo|is n'avez pas quelques papiers, qui puissent vous '^ comprometlire, afin que nous nous dépêchions de le% *^ brâler, avant qu'on en fasse l'inventaire et qu'on y '' mette les scellés."^^'' Si vous voulez venir chex moi, " nous en ferons ensemble la visite."'-^'^ Il faut que je ^* vous conduise chez vous, que je mette une sentinelle *^ jt votre porte, et vous partirez ensuite pour Parti», ** qu^nd vous voudrez* Je vous donneraj poi^r vocs ^* accompagner dans ce triste voyage, une escorte de " Gendarmerie." — ^* Non, je vous prie, ne me donne? '^ pas d'ësçorte : car, ce serait un moyen certain de me " faire massacrer sur la route, en faisant croire aux Jaca-^ ^ -bins de tous les endroits par où je passeriû, que je suis

^ Vil aristocrate et un contrc-révolutionnairç,* — *' Efa. ■■,, ** bien, VOQ3 n'aurez pas d'escorte; mais tous aiire;|iua 171^? <' officier, qui aura soin de se revêtir d'une redÎQgotte '^ grise/' Après cette conversation, nous nous leadis- -mes cbez moi, et quoique le Général ^ron eât ^ueU «iqu'envie d'y ètw on moment seul ayec moi, il ne p^% empêcher le Commandant de la place, nommi^ I0 BarrCf d'y entrer à notre suite : cependant^ comice nous le connaissions pour un honnête homme, et ^u'Ii tty av^U pas un çioment à perdre pour visiter, mes papiers avant que les commissaires n'arrivassent, je lui annonçai que j'allais prendre cette précamion, ea f invitant à co-opérer à cet esiamen. " Fort bien," me idit*il,^^il est plus qu'inutile de donner prise sur soi ^ et ces gens là; £lpIuchoas vos papiers^et depIchoXMf ^ nous.''

Parmi quelques lettres Uès indifférentes, il s^e^ trouvait deux de mon frère aine, dans lesqueUe:^ jl m'earprimait fortement dégoût que lui ini^piraii la tournure qu^avait prisç la causée da.QS Jaqnelle }àoxi9 nous trouvions eugagés^ et son désir extrême de s*e^ séparer. Ces lettres eussent .suffi po,ur me convain^cxp^ ^inUllij^mct coupable apefi un contrt'réoplutionnfiir^, et par conséquent^ pour me perdre i La Barre, les br^ liféc un empressement, ^ui, yéritablement, ine pénétrf 4e reconnaissance, d'autant plus que je n'avais j^^mais «e^ )a moindre liaison ayec lui* Ce la Barre avait été Lieiv -lenaat Colonel avant )a Révolution, et sç trouvait aloif Colonel du régiment de Lorraine Dragons, et commimr ^dantde la place de Nice, Il fut fait Maréchal^de-camp» linéique lems aprài, et fut toé dans unç affaire cQnl;;e )es espagnols» J'ai sincèrement regretté de n'avoir pu |>rouver à ce brave homme, combien j'avais été aensibl^r itson procédé. £n&n, pour revenir ^ mon récit, {es Municipaux, envoyés par les Commissaires de la Con« •^rention^pour mettre les scellés sur mes papiers, arrivéreo^t m nonent après la brûlure des deux lettres ; ils nejtjoj^

^ -vcrcnt rien, mais pour que leur peine ne fût paf

1793» entièrement perdue^ ils mirent leurs scellés sur des lettres insignifiantes, des papiers 'publics, et du papier blanc. Après cet exploit, et la fouille de tous mes effets, ils s'en allèrent d*assez mauvaise humeur. Le malheureux Biron, qui avait assisté à cette cérémo- -nie, s'approcha alors de moi, me serra fortement lamain, et sortit précipitament, oubliant dans ma chambre^ son chapeau et ses gants : Je les lui renvoyai, et je pro- -fitai de cette occasion, pour lui écrire un billet, dans lequel Je lui renouvellais les assurances bien sincères de ma vive amitié, et je lui exprimais combien j'étais péné- -Iré des marques d'attachement, qu'il venait de me don- -ner. Il me fit répondre verbalement, que je lui avais procuré une véritable consolation, en lui prouvant que je rendais justice à ses sentimens; mais qu'il avait le cœur navré, et qu'il avait bien besoin de se répéter sans cesse, que mon âge (j'avais alors dix-sept ans el demi) et le peu d'intérêt qu'on aurait à me sacrifier, me mettait â l'abri du danger. La personne que j'avais chargée de cette commission, m'apprit que la sentinelle, qui était à ma porte, n'avait aucune consigne, et que, ne me con- -naissant vraisemblablement pas, ne sachant peut-être même pas qu'elle me gardait, il me serait fort aisé de sortir, si j'en avais envie. J'ai pensé depuis que* cette circonstance, qui paraissait l'effet d'un oubli, ou d'une distraction, était certainement une précaution de M. de Biron, pour que je pusse m'évader ; car il était alors beaucoupplusafHigé,etplu3 inquiet que moi-même. Quoi qu'il en soit, je me déterminai, après un peu de réflexion, à ne point profiter de cette facilité. J'étais bien sûr de me sauver, si je l'avais voulu ; mais à quoi ih'eussent servi ma liberté, et mênae ma vie (à supposer qu'elle fût en danger, ce dont je n'était pas sûr) si j'avais ainsi sacrifié à des craintes, peut-être frivoles, le repos et là sûreté des êtres chéris, que je laisserais en ïïance, et cpi'on ne manquerait pas de tourmenter à mon sujets

c^tie considération me détermina, et je renonçai à toute ^ ■ idée de fuite. Les circonstances dans lesquelles won ^793. frère se trouva^ étaient bien différentes. Ayant eu occasion de manifester ses senti mens, en même tems que le Général Dumooriez, il ne pouvait avoir aucun doute sur le sort qu'an lui préparait. Il parti t, et fit fort bien« Quant à moi, j'ignorais entiéremeni ce qui ge passait à l'armée de Dumouriez: mon frère m'expédia, pour m'en instruire, un courier déguise qui malgré une diligence extrême, n'arriva que trente heijirç« après mon arrestation. Il me rencontra è, environ quarante lieues de ISice, sous la garde d'un Officier de Gendarmerie. Mon valet de chambre qui était achevai reconnut le courier qui lui demanda où j'étais et appre-* -nant qu'on me menait en prison, il le pria de ne parler de lui à personne, pas même à moi, et se fit passer simplement pour un porteur de dépêches a^ Génjéral Biron./l)

Je partis de Nice vers huit heures du soir, avec un Départ de Officier de Gendarmerie, et un Maréchal des Logisi, dans arrestation ma voiture, et mon valet de chambre à cheval. Il ne * *^**» .

translation m'arriva rien de remarquable jusqu'à Aix>si ce n'est qu'en èMarseiU*

traversant la Ville de Brignolles, un grand nombre de corte.

Jacobins, rassemblés, sur la place, arrêlèrent m^ voiture^

et demandèrent en jurant, ^ voir nos passeports.

L'OfË<:ier qui était un très brave homme, et qui, dans de

semblables .occasions, avait sauve la vie à plusieurs per-

•sonnes, qu'il menait en prison, répondit d'un ton ferme,

qu'il était porteur de dépêches pour la Convention, et

qu'il n'y avait que des ennemis du bien public, qui pus-

•sent voutoir retarder son arrivée. Ils s'écrièrent qu'ils

voulaient voir les ordres, parce qu'ils nous croyaient des

aristocrates déguisés. L'Cfficier me dit tout bas : '' Si

''je leur montre mes ordres, vous êtes perdu: car

'' sachant qui vous êtes, ils vous mettront en pièces ;

(l) Jà ne fas instruit de tout cela, qu'assez long temt après.

• ^' maii sôjez tranquille, il fendra qu'ils m'arraehént la tfS&f '^ vie, arant d'attenter à la vétre." Puii t'adressant k eux, il l(6rdirqu*il ne pouvait confier ses papiers, ni pilier '6 dépôt dont il était chargé, et qui était dans la Voiture; mais qu'ils n^a valent qu'à faire venir leMsâf^, 6U le procureur de la commune, et qu'il leilt ifrpfifrerail (Mrs ordres. Ils y consentirent, en murmurafit, et lorsque eef personirages furent à la portière, inaâ brave gatdien (dont le nom étoit Pélimet) leur lut ses ordres, en lés arrangeant à sa manière, et leur montrant, ensuite, les signatures dcfk Commissaires de la convention, et du Général en Chef, if leur dit: '* Vous voyez que je suis *^ en r^lè, et que tna mission^ est inîporlante : ne souf- ^' -fre^ donc pas qu'on me retienkie davantage.^'^Puis Otdbntiadt an postillon d'aHer, tious parttmës, malgré tous les cris d*arréte, atrSte, qu'on ne cessait de hurler derrière nous<

Nous arrivâmes à Âix, le 11 i^viil, à deux heures du ittatin. Nous comptions ne faire que traverser la ville, sans itoUs y arrêter, et nous acheminer le plus promplement pos« «ssible Vers Paris : car mon Officier de Gendarmerie, qui avait déjà eu affiiire aux Jacobins du Midi, tti'assurait qu'il n'aurait pas de repos, jusqu'à ce qu'il m'eàt tiré de leur pays et que tant qu'il m'y verrait, il me croirait en grand danger. (1) Mais nous trouvâmes à la porte d'AiX, une Garde nombreuse, qui arrêta notre Voiture, l'environna^ et nous conduisit à la Municipalité; Là, nous subîmes une espèce d'interrogatoire je dis nousi car moif gardieif qu'on soupçonnait d'être un Âristo- «ctate déguisé, écft aussi à répondre à leurs questions i tl eat beau protester contre les retards dont onentravait feicéctition de ses ordres, déclarer que ceux qui se Conduisaient ainsi, se rendaient coupables de désoobéissance aux autorités, ces Messieurs n'en tin-

(1^ Ni lalj ni noi ne p^tt^ioils ffréiroir slort, que j« ne sortirais pas de tt Midi si ledoatablè, et que ee sertit là ce qm me sanvemU

rent compte, et souriant finement du plaisir ^n» i^m' causait une aussi bonne capture, nous ordonnèrent de 170'* passer dans une salle voisine^ en attendant le résultat de leurs délibérations. Mon gardien éiait furieux ; mais il fallut obéir^ et je ne pus m'empêcber de lui faire mon compliment, sur ce que de Gardien, il était devenu pri» ionnier comme moi» Il prit fort bien ma plaisanterie^ et me répéta que ma sûreté était le principal but des instances qu'il venait de faire, et du chagrin que lui caU'sait leur peu de succès; '' car/' fyouta*t-il^ '' je ne " connais rien de plus méprisable et de plus révoltant ^ que ces êtres, qui, pour plaire à une vile canaille^ sa-* '' criflent, sans balancer, les homme» les plus înnocens ^' et les plus respectables/' Comme nous étions à caoser sur ce triste chapitre, tous deux seuls, dans une grande salle, voisine de celle où' la Municipalité tenait sea séances, nous entendîmes un grand bruit en dehorsi plusieurs voix criaient, '' Nous entrerons;" d'autres^ ^ Non, vous n'entrerez pas." Ensuite des coups redoublés contre la porte dont les deux battans furent bientôt ouverts, et une foule de gens du peuple, en bonnets rouges, et en vrai costame de sam-'Cùlotte, se pré» ctpita dans la salle. Heureusement pour nous, plusieurs Officiers et Soldats de la Garde Nationale arrivèrent presqu'en même tems, en criant: '^ Citoyens, par " quel ordre êtes vous entrés ici, et avez vous forcé la '^ Garde qu'on avait mise à la porte ?" Un d'eux répondit : '^ par ordre du peuple ; ne sais tu -pas que le *^' peuple est Souverain ?" il n'y eut point de réponse à cet argument. ** D'ailleurs," dit un autre, '' nous ne << voulons faire de mal à personne, nous sommes venus '^ seulement pour voir les prisonniers qu'on nous cache, /^ et que nous voulons connaître/' Dans ce moment parurent plusieurs munieipaux ea écharpe, qui les invitèrent, à se retirer^ ce qu'ils firent aussi-tôt. Après cette sçêne, qui fut, comme on peut croire

lÔ

■ ' " très désagréable^ surtout au commencement^ nous alléfï-» 179S. ijînjç, encore près de deux heures dans celte salle, et il ëtaît environ cinq heures du matin, lorsqu'on nous conduisit de nouveau dans la salle où nous avions été introduits d'abord, et où nous trouvâmes cette fois Tadmiulstration du district, qui s'était jointe à la municipalité, pour délibérer sur notre sort. Alors le Président nous notifia la détermination de l'assemblée, en nous donnant lecture d'un arrêté^ qui portait, que nous serions détenus à Aix, jusqu'à ce qu'on eût pu consulter l'administration du département, qui était à Marseille, et à laquelle on venait de dépêcher un Courier. Mon officier voulut renouveller encore ses objections, mais ce fut en pure perte, et même on le fit taire. Je pris alors la parole, pour témoigner l'extrême besoin de sommeil, qui m'accablait, et demander qu'on me permît de le satisfaire dans quelqu'endroit que ce fût: car, véritablement, je dormais debout. On m'accorda ma demande, et on nous conduisit dans une salle, où je m'étendis tout habillé. Je ne me réveillai que vers midi : on m'apporta à déjeûner ; après quoi on me signifia que le peuple d'Aix avait grande envie de me voir, qu'il ne voulait mè faire aucun mal, mais qu'il fallait qu'il satisfit sa curiosité ; qu'en conséquence on allait ouvrir les portes, et que tout le monde entrerait pour m'examiner. J'avoue que cette cérémonie me déplut extrêmement; mais il fallut s'y soumettre, et il y aurait eu de la folie à vouloir s'y opposer. Je pris seulement un livre par contenance, et devenant ensuite excédé de leurs regards inquisitifs, je demandai à ceux qui s'approchaient le plus, s'ils pen*^ safent que mon nez, ma bouche, et mes yeux fussent à-peu-près à la même place que les leurs. Comme la salle était trop petite pour contenir tous les curieux, on les feisait entrer les uns après les autres, et cette promenade dura jusqu'au soir, c'est-à-dire, environ cinq orX six heures. '

Le lendemain 12 Avril, on m'annonça dans la matinée.

que deux administrateurs du Département venaient d'ar- — — river deMarseille^ apportant Tordre de me conduire dans ^99* cette Ville^ pour m'y garder, jusqu'à ce qu'on eût reçu une réponse^ de la Convention^ à laquelle on venait de dépêcher un courier. Les administrateurs entrèrent un moment après : ils me parlèrent assez honnêtement^ me firent part de leurs ordres, et me dirent que j'allais être escorté jusqu'à Marseille, par une compagnie de grena* diers de la Garde Nationale, et que, de cette manière, ils répondaient de ma personne. Je les assurai que je ^'avais aucune inquiétude à cet égard, et qu'ils feraient de moi tout ce qu'ils voudraient. L'Officier de Gendar*merie trouva, un instant après, le moyen de me dire tout bas : ** On me sépare de vous, je le sais depuis hiei^ aa ^ soir ainsi que votre voyage à Marseille ; j'en ai été <' d'autant plus tourmenté, que la populace de cette ^^ ville est atroce ; mais on m'a assuré que les meneurà '^ la contiendraient, et qu'on ne voulait pas vous faire ^ de mal." Je le remerciai vivement de l'intérêt qu'il me témoignait, et étant oppelié par les administrateurs^ je sortis avec eux, au milieu d'nne garde nombreuse. Nous montâmes en voilure, et sortîmes ainsi de la ville d'Aix, dont toutes les rues étaient pleines de monde. A peine fûmes nous hors de la ville, qu'un des administra-» teurs me dit que, si je l'en croyais, je descendrais de voiture, et que je ferais toute la route à pied ; que nous trouverions à Marseille, une foule immense, qui m'y attendait, et que, quoiqu'il n'y eût aucun danger, ils avaient résolu de faire passer ma voiture vuide^ par les grandes rues les plus fréquentées, tandis que je m'acbe* minerais an milieu d'eux tous, par des rues détournées jusqu'au département. Je les remerciai de leurs précautions, et je profitai à l'instant de leurs avis, en descendant de voiture^ . et me résignant à faire à pied^ les •hfiit lieues qui séparent Aix de Marseille. J'eus à. essuyer pendant la route^ les propos les plus cfaoqnans et. les plus indécens^ de la part de plusieurs dès gr^aa-*

■' "diers^ qui eomposaieni mon escorte. ** hh^y^aàxï

' Tnn d'eaz, ''nops avons bien coupé k tronc (1); mais ** la besogne ne serait qa'à moitié faite, sî nous n'am* " chions pas ensuite tous les rejettons ; car sans cda, ** Tarbre pourrait repousser encore." Une risée générale ' accompagnait le bon mot, et prouvait qu'on en avait fait Tapplicatidn* Un autre prenait alors la parole, et cherchait à mlériter, dans le même genre, les applaudissemens de ses camarades : quant à moi, je tâchais de n'avoir pas l'air d'y faire attention, et je m'occupais, pendant ce tems là à faire des questions à ceux> qui étaient à côté de moi, sur le pays, et sur les jardins et les maisons que nous voyions du chemin. Un d'eux dont le ton était très honnête, me dit assez bas, ponr qu'on ne pût l'entendre. ** Je suis au désespoir f' que vous ayez entendu les infâmes propos de ces ^- scélérats ; mais ne vous en affectez pas, et croyez que ^' vous avez, dans ce moment, autour de vous, des *^ honnêtes gens, qui s'intéressent vivement à votre *^ sort/' J'exprimai ma sensibilité 11 ce brave homme, aussi bien, et aussi vite que je pus, et je l'assurai que le plaisir, qu'il venait de me causer, surpassait de beaucoup la sensation désagréable que ^'avais éprouvée au*^ paravant.

Arrivée â Mous dinâmes à moitié- chemin et ?ers six heures du je »uii*en- 'o*' ^^^^ arrivâmes aux faubourgs de Marseille. Je ^.^ au trouvai comme on me l'avait annonça, une multitude considérable, qui attendait avec impatience, l'arrivée du prisonnier d'Etat qu'on leur amenait. La Mqnidy palité et les administrateurs du déparlement et du district, revêtus de leurs écharpes, étaient aussi venns au? devant de moi, afin, disaient ils, de protéger mon entrée. Ils m'environnaient, et d'eux d'entr'eux me prirent chacun un bras. '' Ne vous effi-ayez pas," me dirent-ils.

.(i) FaÎMnt alIuMon ila mort du R<4 Looift Xyi.

IS

"tout ceci n'est que pour votre sûreté." Je lent ■ i^épondis que je n*en doutais pas, et que j'étais bien loin **^' d'éprouver h moindre crainte: mais je pensais intérieurement que tont cet appareil n'était bon qu'à me faire passer aux yeux du peuple, pour un grand coupable, et par là me faire massacrer. Cependant nous nous acheminâmes assez tranquillement, quoique, de tems en lems, nous fussions pressés violemment, et que plusieurs gens du peuple me fissent les gestes les plus menaçans. Enfin npits arrivâmes à une grande maison, que je crua être le département, et nous entrâmes dans une salle, oà je me reposai avec plaisir car j'étais très fatigué. * Jjt ^Président s'avança sur le balcon, et fit au |>eup]e une asses longue harangue, pour l'inviter à la tranquillité^ en l'assurant que, si le prisonnier était coupable, la loi en ferait justice; mais qu'ils se souvinssent que la loi seule avait ce droit. Après cela, il fit à la Garde Nationale beaucoup de complimens, sur son zèle et sa vigilance. Il revint ensuite vers moi, et me dit d'un ton très amical, que je devais être bien fatigué, mais qu'on allait me faire passer dans un endroit, où je pourrais prendre du repos. ^ Vous n'y seres pas " trop bien," ajouta-l'-il ; ^ mais un militaire sait ^ ce que c'est que de passer une mauvaise nuit, *' et vous pouvez compter qu'on ne vous y laissera *^ pas longtems:^ Quelques instans après, ces mes* sieurs me dirent de les suivre, et après avoir traversé plusieurs corridors, nous entrâmes dans un petit passage, qui donnait sur une cour très sombre, où je remarquai qu'on fermait une grille après nous. Au boot du passage était un trou noir, d'environ huit pieds quMrrés, d'une saleté et d'une puanteur exécrables, et qui ne recevait de lumière, que par un petit soupirail grillé, donnant sur la cour, en sorte qu'il y régnait une obscurité totale, quoiqu'il fit encore assez clair de* hors.

J'avoue que je ne pu6 me figurer d'abord^ que c'était

lé

' " ■ là le s^our qu'on me destinait, et que je fus pétrifié, 1793. lorsque le Président du département me dit : '^ Citoyen, '' nous regrettons de ne pas pouvoir vous mettre dans '^ un endroit ^meilleur que celui-ci; mais votre sûreté ^' l'exige : tâchez donc d'y prendre patience, jusqu'à ^' ce qu'on vous ait préparé un logement aussi sur, et '^ moins vilain." " Cet endroit ci," répondis-je, " n'est '' certainement fait que pour des criminels, et j^espère '' pourtant que vous ne voulez pas me traiter comme *' eux." — '* Non, mais encore une fois, nous ne pouvons ^'' pas vous placer mieux maintenant : songez que c'est '' pour votre sûreté. Nous vous ferons donner des *^ matelas, des chaises^ une table, tout ce dont von» ^' aurezi besoin, et vous serez fort bien : bon soir, *' citoyen." Et ils s'en allèrent. Je ne répondis rien à ce compliment ; mais après être sorti de l'espèce de stupeur, dans laquelle j'avais été plongé, je vis avec plaisir, qu'on ne m'enfermait pas dans le trou noir, et qu'on me laissait la facilité d'aller jusqu'à la grille, qui était aii bout du petit passage. J'en profitai aussitôt, en allant demander si je ne pourrais pas avoir de la lumière. Un instant après je vis paraître un petit homme, en bonnet rouge, une pipe à la 1>oucbe, un trousseau de clefs à la ceinture, et ressemblant parfaitement à tous les geôliers de théâtre. Il avait une lanterne à la main, et me dit, après avoir refermé sa grille, et m'avoir toisé pendant quelque tems. '' La " loi ne vous passe pas de chandelles ; mais les prison- ^^ niers qui ont ,de l'argent, peuvent se procurer ce '' qu'ils veulent, d'ailleurs on m'a recommandé d'avoir ^' soin de vous." li ne s'exprimait pas en aussi bon français que cela, car il ne parlait qu'un baragouin provençal, que j'avais alors beaucoup de peine à comprendre ; j'ai eu depuis le tems de m'y faire. " Vous *' pouvez," lui dis-je," être tranquille quant au paye- " ment : j'imagine que vous êtes le concierge d'ici'. *[ Mais, dites moi, comment appelle-t-on ce séjour .^"-^

" £6t-ce que vous ne savez pas que vous êtes au Palais î " *' Non, je l'ignorais; mais n'est-ce pas ici qu'on met les " erimlDels." — ^^ Non, c'est plus bas, vous êtes au civih '' Les criminels sont encore bien plus mal; aussi me font- ** ils bien enrager ! oh, vous les entendrez demain : ils '^ sont couchés maintenant; mais, le jour, ils font un ta-» ^' page épouvantable/' Quand il eût apporté de la lumière, je voulus rentrer dans mon trou, pour m'y reposer^ mais, il y avait une telle humidité et une telle puanteur, qt!e cela me fut impossible. Je m'en plaignis, et il m'offrit d'y brûler un fagot, ce que j'acceptai avec plaisir. " Quant à la saleté," dit-il, " demain, au jour, *^ nous balayerons tout cela." Il alluma le fagot^ et s'en alla. Je m'assis auprès du feu, et je commençais à me livrer âmes tristes réflexions, lorsque j'entendis derrière moi, une voix lugubre, qui criait, " On veut me " brûler ! on veut me brûler !*' Je me retourne et je vois un vieillard, à longue barbe grise, couvert de Jiaillons, qui remontait à grands pas un petit escalier que 4'obscurité m'avait empêché d'appercevoir dans le fond de mon c£((hot. Je ne sus d'abord que penser de cette apparitfon, mais j'imaginai ensuite que c'était quelque malheureux dont la captivité, avait aliéné l'esprit : quoiqu'il en fût, son visa ge ne me plaisait pas beaucoup. Quand mon geôlier revint, je lui contai ,ce qui venait de se passer, et je l'interrogeai à ce sujet. II se mît à rire, et s'écria : *' Ah ! c'est ce vieux gueux " de Maire de Salon : il est logé au dessus de vous, et ^' sera descendu probablement pour se chauffer. 11 y '^ n deux mois qu'il est ici ; mais il a beau faire le fou, '' il n'échappera pas à la guillotine." Effectivement^ le malheureux y passa, quelque tems après, sans qu'où ait pu prouver qu'il n'était pas fou : mais de quel poids pOûvalt-^lre une pareille circonstance aux yeux de ces monstres, lorsqu'ils avaient désigné leurs victimes?

Mon geôlier qui était très bavard, et qui ne savait pas bien qui J'étais, quoiqu'il en eût quelqu'idée,

TOnliit s'en aitarer par les questions snivantes : '' Oa 179$. *' dit que tous êtes qd ci^evani seigneur, et bien rkhe ''même; est-ce vrai f^-«-'' Vous saves sans doute aussi '' bien que moi oe qui en est.'''-*'^ Non, ma foi, je ne '' me mêle que de garder les prisonniers, et d'en aroir '' soin : car je ne sois qu'en second ici f <il n'était que guichetier.) ^* Et jamais je ne demande, si un tel '' se nomme Pierre, où J&cqaes. J'ai seulement otii ''dire que vous étiez riche et Tron de Djoti(l)! j'ai " été f&ché qu'on mît en prison un jeune homme " comme vous, car vous avez l'air bien jeune et bien " bon enfant."* Je le remerciai de son compliment, mais je ne satisfis point sa curiosité. Voyant que je n'étais pas en humeur de goûter sa conversation, tl s'en alla; mais je le vis revenir un moment après, suivi de mon valet de chambre, dont la vue me causa une joie, extrême. Il se nommait Gamache, et il était à mon service depuis ma plus petite enfance, sans m'avoir jamais quitté un instant. Il avait sollicité et obtenu la per« mbsioo de me servir en prison, et même de faire mes commissions en ville, moyennant qu'il serait escorté par un garde, et fouillé en entrant et en Ibrlant : il m'ap* . portait un petit paquet de linge, quelques livres, et de plus la nouvelle que ma malle entrerait le lendemain, afHrès qu'on l'aurait examinée. Son arrivée me fit un plùsir d'autant plus grand, que je désespérais d'obtenir eette consolation. Pour lui, l'aspect de mon logement l'avait glacé au point de ne pouvoir proférer une seule pande : il resta même quelque tems immobile, et s^s yeux, fixés sur les murs du cachot, se remplirent de larmes. Enfin, il s'écria : " Eh, mon Dieu ! c'est donc " ici ! eh qu'avons nous donc fait au Ciel, Mon cher ^ Seigneur Dieu /" (c'était là une de ses expressions

(1) Ce qui signifie Tomerre de Dieu; grand jnreme&t 4m jptQriençêiox» dont ils se servent à tont inement. Quand Us parlent en patois, ib ^emi : Trende Dieu ; mais quand c'est en françatSi ils le tiaduisent d«o« tiysla U pnifté de la langue.

favorites.) '^ Allons, mon pauvre Qamache/ lui âi^}e^ i.

^' ne nous dése3péroDs pas : car cela n'«|l boa ^ vien» ^76^« ^' qu'à se rendre encore plus malheureux x tu d<Ha avoir '' faim, demandes si on veut pons donner à souper.'' Il fit ce que je lui disais^ tout en m'aasuraat qu'il nWait pas le moindre appétit. Quelque tems aprds, on m'apporta à souper, et je mangeai un pep, pour nie soulevir* Quant àGamache^ après s'être fait bien prier, ilconaentii à manger aussi, et à boire un verre de vin, ce qi|i lui fit grand bien ; après quoi aous nous coucbâmes, cbaeua sur un matelas qu'on nous avait apporté. On vint fermer notre porte, à deux ou trois verrous | c'éuît la première fois que j'entendais ce triste son de férailks, auquel j'ai eu le tems de m'accoutuoier ctepuis,. et bient&t apr^, le sommeil vîj^t éloigner les noires idées qui |Eie tourmentaient*

Le lendemain m^lin^ en m'éveillant, je trouvai que mon nouvel appartement ne gagnait pas à être vu d^ jonr, et la sensation que j'éprouvai alors, fut même plas affreuse que je ne pourrais l'exprimer. L» porte étant fermée, )e jour ne pénétrait que par un pejtit sonpiraîJ, 4'environ un pied quarré d'ouverture, qui étaiit encoiie çb.s<^urci par deux rangs de barreaux, avec no griHage ; et pour que rien ne manquât à l'horreur de ce séjour, il y régnait une odeur épouvantable. Peu de tems «pt^ notre réveil, on vint, cependant, ouvrir notre iH>iie, ce qui nous procura un peu plus de jour, mais pas beaucoup ; car, comme je l'ai déjà dit, ce petit passs^ (dont on m'ôta, bientôt après la jouissance) ne donnait que. sur une çQur très sombre. Cependant, le peu de clarté qui vint alors, suffit pour nous fiftjie découvrir la cause de la puanteur insupportable, doni nous ne ce;9si9ns^de nous plaindre; car nous apperçûmes que nptrei).Qirible habitadon était toute parsemée d'excré* ,iueps hiimalns. Je priai le guichetier de s'acquitter de la pc«MaQipe qi^'il m'avait faite la ytûle, de nettoyer cet

-*-*""--' infâme lieu, el je lai demandai^ en meoie iems, quel^

^'^^ ' étaient les malbenreux qu'on y avait mis avant moi.

Il me dit froidement que c'était deux servantes^ dont

Fune wltuse et Fantre receleuse, qui venaient d'être con*

damnées, comme telles, à six ans de fers.

J'eus dans la journée, la visite de plusieurs officiers municipaux et administrateurs, qui m'annoncèrent^ qu'en vertu d'un arrêté qu'ils venaient de prendre, deux, d'entr'eux resteraient toujours auprès de moi, pour me garder, et se relèveraient toutes les vingt quatre heures. Rien ne pouvait m'êlre plus odieux, qu'une pareille décbion: car, outre le désagrément d'avoir toujours près de moi des visages nouveaux, je sentais combien je serais obligé de faire attention à ne laisser échapper aucune parole qui pàt me compromettre; bien sûr qu'on ne manquerait pas d'interpréter tout ce que je dirais, dans le sens le plus défavorable, et d'en fiiire, aussi-tôt après, le rapport à la municipalité et aux administrations. L'idée d'une pareille inquisition me consleruait, et la seuk chose qui m'en consolât un peu, était l'espérance que mon logement paraîtrait fort désagréable à ces messieurs, et que leur intérêt personnel les engagerait à m'en faire donner un meilleur. Je ne me trompais pas; car ils se plaignirent si amèrement de l'obligation de passer vingt quatre heures, dans un pareil endroit, qiie quatre jours après, on m'en fit sortir, à ma très grande satisfaction. J'en éprouvai d'autant plus de joie, qu'on m'avait retiré la jouissance du petit passage, et mis une sentinelle à ma porte, sous prétexte que plusieurs chambres de prisonniers donnaient sur ce passage, et que toute espèce de communication avec eux devait m'être interdite : aussi étais je alors dans la gêné la plus étroite. On m'en retira, comme je viei^s de le dire, le quatrième jour; et ce fut pour me mettre dans une chambre qiii au moins était propre et saine, mais dont la fenêtre était murée jusqu'aXix trois quarts, et grillée dans le reste, de qui la rendait fort sombre. Quant à la lDourriture> elle

était assez bonne, amsi que la manièr« d^être couché; " ^ i?ar un Ut de sangle, et un matelas, qu'on m'accorda, me *'"^» coatentèFcnt parfaitement. Mais ce qui me gênait le ' plns,c'était mes municipaux et administrateurs, qui ne me quittaient pas un moment, et m'accablaient des questions les plus sottes, et des propos les plus plats. La nuit ipeme, ils venaient, au moins deux ou trois fois, me mettre une lanterne sous le nez, pour voir si je dormais* Je leur observai une fois, que cela ne pouvait être bon qu'à interrompre mon somineil; mais ils me répondirent qu'ils ne iàisaieot en cela, qu'exécuter les ordres qu'on leur donnait. Enfin, il fallait bien soumettre mon caractère peu patient, à tous ces petits tourments.

J'oubliais de faire mention d'une circonstance, qui n'était rien en elle même, et me causa cependant plus depein.es et d'inquiétudes, que tout le reste. Le lendemain matin de mon entrée au Palais^ Gamacbe profita de la permission qu'on lui avait accordée, pour aller en Ville, me faire quelques emplettes, et noe faire apporter ma malle; à son retour, je remarquai sur son visage, un air d'efiVoi et d'inquiétude qui me frappa. Je ne pus pas alors lui en demander la cause, parceque je guichetier était là ; mais aussitôt que nous fûmes seuls, je m'empres* sai de l'interroger. *' Ah, mon Dieu !" s'écria-t-îl, '^ qu'avez vous fait ? nous sommes perdus ! quelle im« *' prudence !" — ''Mais, Gamache, es-tu fou f remets toi, '' et tâches de me conter ce qui t'afilige tant." Au lieu de me répondre, il continua à soupirer et à se désoler, et me demanda ensuite, si je connaissais le Marquis de Villeblunche. Pour le coup, je le crus réellement fou. Je n'avais jamais connu M. de Villehlanche, et j'avais seulement oui dire qu'il était Émigré ; mais comment pouvait il avoir le moindre rapport avec ma situation présente et le désespoir de Ganoiacije, c'est ce qu'il m'était impossible de concevoir. Eniin, lorsqu'il fut un peu remis, il me conta, qu'en fouillant ma malle un des Administrateurs avait trouvé dans la poche d'un

. de mes gilets, tin pcUt |)apîer, sur lequel était écrit ;

*7»S. ,, ^ i^ Marquis de Villeblanche, Capitaine de le ** compagnie noble &c. dans tel endroit.*' Il ne put se rappeller le nom de ce corps, ni celui du Heu où il était. ^ Après avoir lu ce papier toat haut,** ajouta* t-îl, « Tadministrateur le mit avec empressement dans sa ^' poche, en disant: Diable! ceci est intéressant} je ** m'en vais eu faire mon rapport à Tinstànt * La pre-» mière pensée qui me vint danS Tesprit, fut qu'on avait glissé ce maudit papier dan6 ma poche, afin de donner de la vraisemblance à quelque calomnie, dont on voulait se servir pour mè perdre. Cette pensée n'était pâ» rassurante: aussi, je passai la jôurâée dans une inqûié«» tude, que je voulais en vain surmonter ou dissimuler, et qtie l'horreur du séjour où j'étais, rendait ehcore^plua pénible. Enfin, après avoir passé une partie de la nuit et delà journée suivante à me creuser l'esprit, je me rapr pellai, que pendant que j'étais 'h l'armée de DumourieZj, j'avais occpppé à St. Tron, la chambré où Mr. de Villeblanche avait logé quelques jours avant; que j'avais trouvé sur la cheminée une de ses cartes de visite, et

^ que, l'ayant mise par distraction dans )à poche d'un

gilet que je portais alors, elle y était restée, parceque c'était un gilet d'hiver que je n'avais pas remis depuis. Cette découverte me fit plaisir, parce qu'elle me prou-r vait, au moins, que ce papier n'avait pas été fabriqué et glissé à dessein dans tih de mes gilets ; mais elle était loin de dissiper toutes mes craintes ; car si, (comme j'avais lieu de le croire, par la maniée dont on me traitait), on voulait me faire conclamner à mort par ur) tribunal, on poiivait se servir de cehazàrd, pour com-s poser quelque calomnie, dont il me deviendrait d'autant plus difficile de ipe justifier, que l'Histoire que j'avais jl raconter, ne paraitrait qiie vraisemblable, et que d'ailleurs, je n'avais aucune preuve à donner à Tappui, pi aucun (émoin à ci ter. ^ Je savais très bien que, detl^pt un tribunal juste et raisonnable;, je if aurais i\en'^

SI

craindre ; mais comioe je savais très bien aussi, que ce ' ■ ' ■ ne serait pas devant un tribnniil de cette espèce qu'on me ^'93. tradairait, j'avoue que celte bagatelle tbe causa les plus vives inquiétudes^ et idies ne furent dissipées^ que, ]orsqu*étant interrogé^ un mois aprds^ par ie tribunal criminel et révolutionnaire de Marseille, je vis, à man grand étonnement, qu'on ne me parlait point de ce papier; et cependant je suis porté à croire, par la minutie de quelques unes des questions qui tne forent faites, que, si les juges en avaient eu conoatssance, ils n'auraient pas manqué d/en profiter pour alonger et compliquer mon interrogatoire. Cette circon^ance me fait croire que ce papier sera tombé dans les mains de quelque personne bien intentionnée à mon égard, on que, par un heureux hazard, il aura été perdu.

Revenons maintenant à ma chambre murée et grillée. Le lendemain du jour oà l'on m'y transféra, j*ens pour gardien nn Municipal, dont la "figure annonçait le jacobinisme. Après avoir gardé quelque tems le silence, en me i^gardant d'un ak sombre, '' Y a*t-il long tems,** me dtt-il, '^ que vous n'avee reçu de nouvelles de votre ^' frère sSnér — ^ Oui, fort longterasc la poste est ** maintenant alisez ipexacte, et cela me cause une *^ grande privation." — " Je vous conseille cepen- ^^ dant de vous y «ccouturacr."—'* Pourquoi ? aurait* '* on résolu de m'dtet la consolation de recevoir ^* des nouvelles de mes pareds ?" — ^'^ Ob non ! ce n'est

*^ pas cela, mais vous ne pouvez pas ignorer ce

** qui vient de se pisser.*' — ^'^ Je l'ignore absolument, et " je vous supplie de vous expliquer.*'—" Eh bîèh, *^ puisque vous voules le 'Sovoi^, votre frère nous u " trahi, il a passé à Pennemi.* En dbant cela, il tira de sa poche un journal, dans lequel je vis que mon frère était sorti dé France en même tems que le Général Dumouriez* Je fus étourdi par cette nouvelle f^e j'ignorais entièrement; fiialgré lotis les soins tt^ue

. ' mon frère avait prU pour m'en instraire. Dans le

'^ premier moment^ je crus y voir la cause ou le prétexte

de mon arrestation et de ma perte, quoique depuis

j'aje reconnu mon erreur à cet égard. Le Municipal

voyait ce qui se passait en moi, et semblait en éprouver

le plaisir le plus vif.«~^ Vous triomphez," lui dis-je^ '' en

lui rendant son journal, et je veux bien completter

votre joie, en vous apprenant que vous avez mis le

'' comble au malheur de ma situation présente/^ — ** Il

'^ me parait,'' répondit- ilf" que vous êtes violent: au

^' surplus, j'aime mieux cela que la dissimulation ; et

'^ comme vous m'inspirez de la confiance, je vous dirai

'^ franchement, que je ne suis nullement votre ennemi

'^personnel, mais que je ne puis m'empêcher de haïr,

'^ en général, /es ci^devanU ; car ils ont toujours été,

'' et sont encore les auteurs de tous nos maux." — Je

ne répondis rien à ce beau discours, et je continuai à me

Cvrer en silence, aux réflexions les plus tristes. J'eus à

essuyer une quantité de scènes de ce genre, de la part

de ces Messieurs, dont quelques uns cependant,

paraissaient meilleurs que les autres. Aussi était*ce

pour moi une véritable satisfaction, lorsque le tour de

ceux-là arrivait ; et Gamacbe ne manquait pas de me

dire : ''Oh ! nous serons truoquriles ces vingt-quatre

** heures-ci: ce sont des £oitf, qui sont de garde.'' —

On m'accorda la permission de m'ahonner chez un

libraire, et d'envoyer chercher les livres que je voudrais,

en exigeant seulement qu'ils fussent soigneusement

examinés en entrant et en sortant: cette permission

me procura un grand adoucissemeat, quoique bien

souvent^ mon esprit fût trop préoccupé, pour que je

pusse fixer mon attention sur des objets étrangers à mon

infortune. Enfin, après avoir passé douze jours au

Palais, tant dans le petit cachot, que dans la chambre

murée, on m^annonça que la convention venait de

décréter l'arrestation de tous les Bourbons restés en

Fruce, et leur trjsnslation dans les forts et château^ d§

Marseille; qiie, de pliw, on les attendait à tout moment^ ■■ ' et qu'à leur arrivée, on me réunirait à eux, pour noua ^ »9^' mettre tous ensemble dans un fort, où, me dit^on, notm serionsfertbien. On ajoutait que ma mère avait obtenu^ en considération de sa santé, la permission de rester dans une de ses terres. Ces nouvelles me causèrent un mélange de joie et de peine. L'idée d'être réuni à mon père et à mon frère Beaujolois, me faisait éprouver une vive satisfaction; mais cette satisfaction était bien altérée, quand je songeais à la circonstance et au lieu de notre réunion.

Pendant la nuit qui suivit lie jour où on m'annonça ces 7^«n,f^ nouvelles, je fus éveillé en sursaut versant heure du "^^^ matin, par un Officier Municipal, qui me dit assez bms- dcUGarde quement de me lever et de m'habiller. Je deipandai la ^ai^m^ cause de cet ordre, extraordinaire: maison me répondit j^"*^ simplement de me dépêcher de m'habiller, et que je le tanteWAT.' saurus bientôt. J'obéit, car c'était le seul parti à prendre, de Coaty. On donna des ordres pour que la garde se préparât à marcher; et lorsqu'elle fut prête, on me fit sortir au milieu d'elle, et entre deux officiers municipaux. Je me vis avec plaisir au grand air, quoique je n'en ^usfte encore été privé que douze jours; mais c'étaient les premiers, et ils m'avaient paru bien longs. Nous édons sur le port, et nous marchions assez vite, san» que je susse où on me menait. Enfin, je vis par la direction que nout» prenions, que c'était au fort Notre Dame de lA Garde, que l'on me conduisait; et lorsque nous y fûmes entrés, oir voulut bien m'apprendre que mes parens allaient y arriver, et qu'on nous avait fait marcher la nuit, afin de ne pas nous exposer an danger d'un mouvement populaire. Quelques beufCtf après, j'eus la consolation d'embrasser mon père et mon frère Beaujolois, qui entrèrent dans la chambre où j'étais, avec ma tante (l) et M. le Prince de Conty. Des Officiers de

(1) JM[i?^ laDochews de Bo«r6ooi toMir de mon Pcre.

' ■ Gendarmerie, des Commisaûrei^ des Municipaux et 179S* des Admioistraleorsy qui entrèrent en même teni9, aov^ empêchèrent alors de nous communiquer i^iproqoementi tout ce que nous étions si empressés d'apprendre. Ma tante et M. le Prince de Ckmty se plaigo'ureat de la fatigue et du sommeil qui les accablaient, et detnandèreni qu'on les menât dans leurs chambres. En raison du sexe et de Tftge, ils eurent le choixt et prirent les meilleures. Après cela, on en assigna une très petite à mon père^ et on y plaça deux lits, l'un pour lui, l'autre pour Beaujolois, et la plus petite de toutes m'écbnt en partage. Lorsque tous ces arrangements furent jaits, j'allai tiouTer mon pèm et Beaojolois dans leur cbambre, jet nons nous contâmes ïécipFoquemeot tons les détaib denotxe arrestation. Jj^bumeurégeie et gaie de mon pèfe> me parut toujours la même, maigre ce. qu'il venait de souffrir ; et trouvant en t<Hit on motif de conaolaUon, .** Noui somout au f* 9imm bUn hmrtuSf^ me disait^], ^' qu'on nt naui mit ** pu$ 9tfaf6$r Héias ! on. ne nous laissa pas longtems jouir de cette consolalian; mais rien ne put ébranler la fermeté, ni m&me la trimquîlUté de celui qui éprouvait un fevers de fortune aussi cmel. Quant à ma tante, .Mjant dans tout la main de Dieu, elle se résignât dévotement à son seft« Mais il n'en était pas 4e même de M. le. Prince de <#ooty; ses frayeurs delà moindre chose, ses plaintes continuelles sur les plus petits désagiémens, enfin, son costume de l'autre si^e, auraient provoqué le lire de la personne la plus disposée â vespecter son rang, aoa âge et son malhenr. Comme . je. ne l'avais jamais connu autrement que par des visites du< jour de l'an,, et les oo(easions assez rares, où je le rencontrais à Versailles^ il ne pouvait exister entre Aous, sii intimité, ni confiance. Aussi, débutai-je auprès ide lui par quelques propos vagues sur le malbeur de notre s it ua tion .— ^ ^ Ma foi/ dit-il> '' elle n'est pas ^* agréable^ eu etfôt,; noire ntuation; Monsieur votre

" frère a retiré sqb épiqgle du jeu^ et il a très-bien — ~ " fait ! Mais il noDs laisse tous dans de vilains. draps.: J'^d^* car je sais bien ai§e de vous dire gu'qnnous adéclar.é^ otages; et savez vous qu'il n'est ;pas gai d%txe^6Ji(igesf-^ Au surplus^ je xqe trouvais assez biien dans cette nouvelle habitation ; ma çhambrey.quoiqu'e;ctrêaiea)eat petite^ était très claire> et je regardais pelfi con^e un fort grand avantage, en sortant du spmbre Faiais. La promçngide du fort était courte; mais pp.pQUvait, aitmoins, y remuer les jambes, y prendre mêoie ^see d'exercice, en jouant à la boule, et c'était .beaucoup* t Outre cela, je lisais^ je dessinais, j'écrivais : ,£^£10 j'ayats la satisfaction de pouvoir passer la journée ayec. des. êugs que je-chérissais, et auxquels je pouvais .çomo^Mpiquer toutes mes pensées : comment n'aurais je pas t|fp]a.yé une grande différence entre cette 3ituatiop> et celle d'pi^ je venais de sortir? Mais .cette améliarj^tlon . dans nu>n sort fut pr^squ'un malheur pour mpi ; c^r eljç fjtit ^ si courte durée, qu'elle ne servit qu'à m'en rendj^e la perte plus sensible.

Ce fut environ trois ou quatre jours après »ortve avivée au Fort Notre-Dame, que, déjeunapt traçqyillem^ijit avecmçn père et Beaujolois, nous fumes Interrompes^ pf^r la visite des trois administrateurs, de l'Ofiicier de Gard^^ et de deux Garde-4iatiônaux avec leurs fi^ils: La chambre était si petite, qu'elle pouvait à peige les cçptenir.— ^' Citoyen," dit un des administrateurs, " np.i^s "sommes fâchés de vous interrompras « m^ls no^ ^' venons de recevoir un ordre qa'ilfafiit q^ nous e^éçji^- '^ tions. Les membres de la famille Bpurbon^^n'auront « plus dorénavant la liberté de communiquer en^emlîle, " En conséquence il faut que l'aîpé de yos deux; ^h ,fe '' retire sur le champ dans sa chambre,.et s'abstiep^e, « désormais, de venir dans la vôtre. Quant au^ptos je^I^e, *' on lui permet de rester avec vous ; mais il lui sera ^ ésaJement défendu d'aller dans la chambre de son

'^ frère. ^-«-Cette déclaration noils péitifisL, et me mit îar '7dS. mort dans le cœur.— -'' Mais, au moins/' leur dit mon père, *' ne pourriez vous m'apprendre d'où vienr cet . ^* ordre rigoureux, qui nous prive de la seule consolation *' qn'on nous eût laissée î"— " Je crois," répondit Tauire, '^ que c^sten vertu d'un décret de la Convention; mais ''je TOUS le répète, il faut s'y conformer à l'instant. "Allons, Citoyen,*' aJoûta*t-il, en s'adressant à moi, ^ Obéissez à la Loi r— " Votre Loi,** m'écriai-je, *« est '' barbare et tyrannique: il serait bien moins cruel de ** nous faire fusiller, ou guillotiner sur lechamp, que '* de nous faire ainsi mourir à petit feu I'' Modères-toi, me dit mon père, *^ nous obtiendrons peut être la révo- '^ cation de cet ordre ; mais tâches, en attendant, de t'y '' soumettre tranquillement, et crois que ton chagrin est ^' bien vivement partagé par ton frère et par moi." Je leur pris la main à tous deux, et m'en allai, san» rien * dire, je visage baigné de larmes que je ne pouvais contenir. On mift une sentinelle à ma porte, et une autre à celle de mon père; mais par une inconséquence bizarre, on permit à Gamactie ()) d'entrer dans nos deux cliambres pour nous «ervîr^ san» songer que^ par ce moyen, nous pouvions communiquer ensemble tant que nous voudrions* A Hieure du diner, on vint me dire que J'Vurais la permission de manger avec mon père ; mais que ce serait devant témoins, et qu'il y aurait toujours un Officier présent à tous no» repas» Malgré la reslricf* lion, cette nouvelfe me fit un plaisir extrême, et il fut «ncore augmenté par celui que je remarquai dans les yeux de mon père et de Beaujolois, lorsqu'ils me virent arriver. A voir notre joie réciproque, on aurait cru que nous avions été séparés pendant des années entières j^ mais si nous pe l'avions |3^ été de fait, noire imagination nous €fi avait donné toute la peur. Enfin, nous dinâmes

(1) On n'avait pai pennts è ni^ir père d'ca^mener de Pam» un acul éMBétftiqne.

<fe bon appctît, et nous nous séparâmes ensuite avec La "i

consolution de penser que nous nous retrouverions Z - ' encore ensemble le soir à souper.

Nous nous renconlrioas souvent dans le fort; mais nous ne pouvions pas nous parler^ ni même rester près l'un de Tautre, et^ souvent, les Administrateurs^ on les Municipaux, nous ordonnaient de rentrer dans nos chambres, et de ne nous promener que les uns apfès les autres* On ne peut pas se faire d'idée du plaisir avec lequel ces Messieurs exerçaient leur autorité; aussi n'y avait-il presque pas de jour, où il ne nous fissent essuyer quel* que vexation nouvelle. Tantôt, ils nous empêchaient^ ^ manger ensemble, malgré ta permission accordée; tantôt ils faisaient assister à nos repas, deux ou trois Garde-nationaux, avec leurs fusils ; mais leur plus grand plaisir était de nous faire rentrer dans nos chambres^ à tout moment, et sans autre motif que leur capricç. Ils jetaient toujours relevés toutes les vingt-quatre heures, ainsi que la Garde du fort qui était ordinairement composée d'une compagnie de Garde Nationale. C'était vers six heures du soir, que ces Messieurs arrivaientj ei lorsque ceux que nous avions étaient traitables, nous craignions toujours de perdre au change. Leur premier soin en arrivant, était de se faire présenter par leurl prédécesseurs, tous les malheureux Bourbons, les uns après les autres; et souvent, après les avoir bien con«» sidérés, ils ne les honoraient que d*un petit coup de têtej DU, tout au plus, d'un " Bon soir, Citoyen!"

Le 4 ou le 6 de Mai, environ douze jouze après F^taOïtr notre translation au fort, nous vîmes arriver dans la^SldS^ matinée, nne garde nombreuse précédée de plusieurs ^^^^ Municipaux et Administrateurs en écharpe. Nous sûmes, bientôt après, que c'était poui nous mener aa^ Tribunal, où nous devions être interrogés. On noua signifia qu'on ne venait chercher que ma tante et M. la Prince de Conty ; que mon père serait interrogé le lende* main ainsi que Beanjolois^ et que je le serais le Bur-lea<*

demain. Au boul de trois ou quatre heures^on les ramena^

n93* nia tante paraissait assez gaie^ et M. Le Prince de Conty, d*un peu plus mauvaise liumeur qu'à son ordinaire. Lç lendemain mon père subit un interrogatoire assez long» et Beaujolois, qui n'avait alors que treize ans et d,emi, occupa aussi qnelque tems la sellette (1).

Enfin, mon tour vint : c*était dans une église que siégeait le Tribunal. Ses membres étaient vêtus de noir, ayant sur la tête uii chapeau à la Henry IV. orné de de plumes noires, et autour du cou, un ruban tricolore en sautoir : ils étaient assis autour d'une tablé, et affectaient une extrême gravité. Ils me tinrent environ line heure un quart sur la sellette. A chaque question, faccusaleur public nommé Giraud (qui depuis, fit verser tant de sang à Marseille) se levait, et disait à îiaute voix d'un ton pédant et empesé : ^' Je requiers le ^^ le Piésîdent du Tribnnal Criminel de demander " au détenu, 8cc,'' — et il cherchait toujours à m'em» brouiller et à me mettre en contradiction avec moi-* même. Je n'étais nullement intimidé, mais im^ patienté à l'excès. *^ Vous deviez me dit il entr'autres choses," connaître les intentions liberticides de votre " frère, puisque vous étic? toujours avec lui: et ne " saviez? vous pas que c'était vou3 en rendre com-r ^* plice, que de ne pas les dénoncer ?" — ^Je répondis que je n'avais jamais eu connaissance de son projet de quitter la France, et que je pouvais assurer que la nou-r yelle m'en avait causé le plus grand étonnement. — '^ Vous ne vous séparâtes donc de votre frère, que pour venir, de concert avec lui, trahir la République dans le Midi, pendant qu'il la trahissait lau Nord f"--r " Cette demande me parait telle, qu'il m'est im^ *' possible d'y faire aucune réponse. Vous me per* '^ mettrez donc, citoyen, de me borner à vops observer

(1) Le Siège de celui qu'on iuterroee.

'* que, clans Itg cas où j'aurais trahî, ou voulu trahir lii ' ** République, je ne serais certainement pas main- *^ tenant devant votre Tribunal." — Je m'attendais toujours à la production du petit papier de M*, de Villeblanche ; mais, comme je Tai déjà dit plus baut, il n'en fut fait aucune mention ; et api-ès avoir ré*pondu à toutes les sottes questions, qu'il plut à ces Messieurs de me faire, et signé le procès verbal de mon interrogatoire, je fus reconduit aU fort Notre-Dame, comme j'en avais été àiiiené.

Quelques jours après, nous fûmes témoins^ d'une scène, qui n'était point de nature à nous égayer. tJn des administrateurs de garde, inquiet d'une dénon-* ciation qu'on venait de faire contre lui, ou, peut-êtr^, fiitigué des peines de la vie, conçut le projet d'y mettre un terme, et choisit pour son exécution, lefort où nous étions détenus; le coup de pistolet qui termina sa vie, et qui fut tire très près de nous, fut immédiatement suivi des^cris: '' A la garde! à la garde! on vient d'assassiner titi '^ administrateur !" — Nous famés aussitôt renfermés très brusquement (1). Enfin, au bout d'une demie-heure, on vint nous annoncer que tious pouvions nous promener dans le fort comme aruparavant, et que le défunt admMS" irateur s'était assassiné lui-même.

Vers le 29 ou 23 Mai, nous vîmes arriver une gardé beaucoup phis nombreuse qu'à l'ordinaire, et des Muni'cipaux. Nous fûmes d'abord (âelon la coutume qu'on observait toujours, en pareille occasion) renfermés àur îe champ, dans nos chambres : et ce ne fut qu'envirOA une heure après que j'appris qu'on venait-de mener ilnoà père dans la tour du fort S^* Jean. Beaujolois, qui (comnUé je l'ai déjà dit) n'avait pas été séparé de lui jdsqu'ak>r9,

* ■ ' r i T ■ Il ' ■ I T > i . Il

(1) On conçoit la sensation qu'on éprouve, en se voytùi énfënhei^ ta premier bruit d'on ftasMsiiKil l Cest là qq des «hiife '«t «n 4à^étaiok«s du touraiént princîpa)^

* fit les plus gWQdeç instances pour qu'on lui permît de

&/£ ai. l'accompagner encore ; mai* on s'obstina à le lui refuser. Seulement^ bn nous déclara^ que nous pourrionsT rester, ensemble pendant Tabsence de notre père. Je trouvai Beaujolois/tout en larmes; il me dit qu'il craignait qu'on n'eut de bien mauvaises intentions contre mon p^ère; car on l'avait emmené avec une dureté extrême^ et placé au milieu d'une garde très nombreuse ; que cependant il avait Tair presqu'aussi tranquille qu'à son ordinaire, et l'avait chargé de m'embrasser de sa part. Ce récit me déchira le cœur. Je partageai sincèrement les inquiétudes de Beaujolois ; mais, comme le plus àgé,^ et pareonséquent, devant être le plus raisonnable, je tâchai de le consoler. Nous restâmes huit jours ensemble, et ce fut pour nous un grand adoucissement ; surtout pour moi, qui venais de passer un mois et demi| tout seul.

Tr«n9it« Au bout de ces huit jours, on vint nous annoncer que ^JiM, k* Bourbons (c'est-à-dire, ma tante, M. le Prince de ^^duu Conty, Beaujolois, et moi) allaient être transférés au ^**°^'S' fort St. Jean. En effet, vers cinq heures après midi^ fBon père nous vîmcs arriver au pied du Mont Notre — Dame, un fr«ff,™**° bataillon d'environ cinq cens hommes, dont 'Tunique destination était d'escorter, une femme, un vieillard, un jeune homme de dix-sept ans et un enfant de treize. On nous assura que c'était pour notre sûreté ! On nous plaça au milieu du bataillon, chacun de nous flanqué à droite et à gauche de deux Adu^inistrateurs ou Municipaux, qui nous tenaient les bras, et n^ youlçiient jamais nous lâcher un seul moment. Cette qiarche fut longuç et pénible, tant à cause de la chaleur qui était très-forte, que de la foule énorme qui nous arrêtait à chaque pus, malgré notre nombreuse escorte, en nous saluant, de tems en lems, d'épithètes insultantes. Enfin, nous arrivâmes, au bout dé deux heures, au fort St. Jean. Celui qui nous aurait dit en passant le Pont-Ievls, que nous ne le passerions plus que trois ans ci demi après, nous

Oîirail donné une nouvelle j^Iqs affreuse que la cer- " ■■■ ■ ■■ ttlude de notre arrêt de mort; et cependant il n'aurait ^^^^ dit que la vérité! On aurait pu rendre la prédiction encore plus terrible^ en ajoutant que» quoique je fusse destiné à repasser ce pont avant Tezpiration des trois ans et demi^ ce ne serait que pour y rentrer Pinstant d'apr^s^ et pour y éprouver un redoublement de rigueur et de peine. Quoique je ne sois nullement partisan de Toptimisme, je maintiens que cette impossibilité de Hre dans l'avenir, jointe à la trompeuse espérance qui ne cesse presque jamais de nouâ flatter, sont deux bienfaits dti ciel, sans lesquels les hoinmes ne seraient pas en état de supporter le fardeau de la vie.

Nous entrâmes donc au fort St. Jean. Aptes avoir traversé une petite cour sombre, nous tombâmes dans robscurité la plus parfaite, en passant sons une longue Voûte, qui menait à la partie du fort, où se trouvaient le» logemens destinés à ma tante et à M. le Prince de Conty. Ces logemens n^e parurent assez bons quoiqu'ils fussent petits, et l'idée qu'on allait nous en donner de semblables, me causa un, moment de joie ; mai» cette joie fut de courte durée, comme on va le voir. A peine ma tante et M^ le Prince de Conty, fûrent-ils entrés dans leurs logemens, qu'on cria;^ '' Mainte- ^( nant. Citoyens, il faut conduire les deux jeunes '' Orléans à la Tour !"— Aussi-tôc fait, que dit. Kous voilà au pied de Tinfernale tonr, dans/ laquelle nous restâmes onze mots consieutifs I On ouvrit une grille, et nous montâmes un petit escalier tournant, étroit^ noir et infecte ; il n'y pouvait tenir qu'une personne dans la largeur, et les Municipaux et 6arde*nationaux s'y précipitèrent avec un tel empressement, que nous éilons au moment d'étouffer. Lorsque nous eûmes monté une dou£aine de marches, un de ceux qui (étaient devant moi, me poussa violemment en arrière, en criant. '- C'est en bas qu'il faut mettre l'aîné!" '1 Non," cria*t-on d'en bas, '' c'est en haut avec son

Si

pèiel«-" Eh non," voua dis-je, ''c'est le petit qu'on iTQi» 44 m^i ^y^ g^n père: Taîné doit Être enfermé en ^ has«^%^BeiidaQt cette discussion je jouais exactement le 'fôk d'une balle entre deux raquettes. Je pris cependant la liberté de leur observer que^ pour *pÊn qu'on f*fit -durer la discussion, on pourrait me «netlre au plus bas possible, car j'étouffais*. Heu- 4«iisMaeut ils étouffaient aussi ! Ils se déterminèrent donc : ceux d'en haut Feoiportèvent, et, en conséquence, un me 'Hit .redescendre quelques marches, puis, après avoir ouvert deux énormes portes ,à triples verroux, OQ me «iftt entrer dans mon cachot. L'obscurité, la puanteur, et l'horreur de ce séjour, me forcèrent à .m'^rîer^ comme Gamacbe au Palais, ^* Quoi !

'*^ c'est ici l"— -Au surplus, cette exclamation était si -naturelle^ si involontaire, que non seulement Gamache «et moi, mais encore mon malheureux père, Beaujolois, et, depuis, M. le Prince-de Cooty, exprimèrent tous de laQiêiiie«manière et dans les mêmes termes, le niélange ^d'étonnement et d'effroi dont ils furent saisis. à l'aspect de cet 'tfffreux. séjour. -A cette première sensation, «^ucoéda «n «moi, une sori^e 4]'abaltemetYt, ou d'étour- •dissement .stupide, qui, sans être un évanouissement eompkt, m'ôla pendant quelques, minutes, la faculté de peBser,etde m'apperçevoir de ce qui se passait autour demoi. Je^&is tiré de cette espèce de léthargie, par le binitdes verroux qa'onfermait: aussi-tôt, je m'écriai: ^'Cttoyais, ouvrez moi, deg^ee, un moment: j'aurais ^'. quelque ebose à vous dire !" — On eut la bonté d'entrouvrir Ut perle, et un dés Administrateurs me demanda <ie*que je voulais. -•■"'Que vous me disiez, par quels '♦-ordres, ♦et pour quel erinde, vous me mettez dans, un ^*^hantble cachot, comme celuî-èi.* — "C'est par ordre ^*àelaCoûventioff.''«-*"*Et combien de tems dois-je y ^'-resterf'—*»** C'est 'ce que nous ignorons; bon soir, Ci- '^toyen.*^— îEt pour éviter d'àtitres questions, il s'em<« ffeMa-dé-réfenner tons tes verroux. Je -restai donc seul.

àê'

étîtte quatre murs noirs comme là cheminée la j^his "~ ' enftlmée^ et surmontés d'uiiè sombre voûte; ne recevant ^'^'* dans cette espèce de tbnibeau, quelc(^ clarté qui pouvait pénétrer à travers deux. soupiraux^ ddnt là plus grande ouverture était de dëut pieds quarrés stir trois d'épaisseur H qui étaient obstrués par troié rangs de batreauit et une grUle. Il était sept heures dti soir; et l'obscurité de ma nou^dlë demeure paraissait complettè ; cependant ebmme il faisait encore jour au dehors^ les terribles barreaux de détachaient sur le ctair^ d'une manière vraiment cruelle.

Je nf assis |Hir ttrttyCikt oh ne m'avait eiiéore donné ni chaises^ ni table^ ni lit; (tous ces objets ne nie Tarent apportés qU^nsuite^) et. la cruauté du traitement qù'eat me faisait essuyer^ di'inspira une colère, qui ni'émpêc^ de me laisser accabler par l'horreur dé nia position. Je restai ettviron une heure et demie, sans bouger dei ma place, le dos appuyé contre lamUraille, quoiqu eUe fût fort humide. Au bout de ce terns, j'entendis avec quel^ que plaisir, les grosses clefs qu'on introduisait dans léê Berruresi et les vetroùx qu'on ouvrait. Je* me levai aussitôt, maiâ j'eus quelque' tems à attendre, àvan^'dé savoir ce que c'était, car il fallait si^t pu «ept minutée pour ouvrir mes terribles portes. Ëofin^ jt vis paraStt^ à la clarté' d'une lanterne, mon fidèle <3amache suivi de ma mallç, de deux lits de sangle eti de quelqœt chaises. Cette vue me causa une grande joie. 11 fallut d'abord lajsser un libre cours à tous les, '' Mon Dieu'l ** mon bon seigneur Dieu T et antres eKdamafions dont l'honnête 6auiache, était toujours prpdrgue en ces aortes d'oecasions. Il se remit, cependant, peu^àipeu ; et passant de Ja douleur à HudignadioDr: '* il faut ooi»- ^^ venir,^ dit41y .'<^ue ce -sont de ^ciMns àfoigneaux',^ (fijUixe ei çpjr çpsîon favorite), " que les gens qui vous met- ^'tentici, sans' que vous leur ayez jamais rien fait 1'^ Je «convins de la justesse de la réflexion, et je l'assurai > qu'elle m'avait déjà frappé^ mi^i 911e malhrareusemeut

" ■ "" cet eilmm Uoigfuqux l^^iu^ kg ploa IbcU» ilt devaiciit

^^^ ^y^ rmcm.-^* A\i\ pttieoce! patience! iliaeVilWPP^

'^ffm toii)opn; ils iftl^oat ai)«si da cacho^(l) et»

f' Dieu merci f p^fpponn^ oe lef plaindra.^— •'' Je le crpia

*i cQfiame loi» fi^»^ panvfe Gamacbe* M^s, dii*9IPi>

V BOftfqqoi ei tp Tenu ùt^i. ^comment as ta pVI^

V }a penpifHpii d'entrer îçi f^i— <f Je sui» vf au tardf parce* 'f q/fil a ialla qu'on ^i\\^ yqlf^ nui))t » ^t toiit ce ^*^k l' wm^oai^ e(4|if uit^, qu'on décidât, s'il me serait per^ ^ 9lis d'éMe encore 49F^ ^ TPiis. On me l'a p^mis» *^ mais je crois qu'ils ne me laisseront plus sortir, c'est-à-

? 4û% Wh 91 je sQn» il M «Ml 4ÇC9 ploi pemis de f r^trer.'T-.Je l'assorai q«e j'aimain mieuic 6tre milj que 1^ le yak s'eus^veUr aipfi pour vm» dwf cet horfiUe lieu ; mais i^ déclara qvAl étisit décidé ^ M çae q«itt.w. qu'4 Ijft moo» e^ qu'il p«imit qiie. c'était s«Ml^Wieut M puieU cai/qu'ca pouvait r^mmaître le» bons «ervi* lilil. Çrétpût en eSJMf 09 e«^llwt s^jrvUcoc qu^ te bou Oai^^ebe 1 IJ, me quit^ quelques, ç^ois ^pr^y P>als f«^ ^t poiir aoQompiW^^ >9on malbeureux p^e» l^rsqi|'^ le çpuduisÂI à Pwisi i QWf, comme je l'ai déjà ^> on nç Uii uvait pas permis d'avoir uq sçul de se^ (lomfMiqv^ et je iu'i9U)pDe99ai 4e lui clopner G^unaiche» J^9§Kfi$, kM(% je m'^Offosai mpinnêiue formeUoment, ^ cf qu'U quittl^ ^ fe«i)Pft et ses enfaof pour venir mf «SJ^^jndffe « prison,

llfiiîs Kfûwm mmMmgi^ à TuAreuau et somVre Vwr> lie spûr» «n nous apporta à soupïfr.; m»» lAus it*aiîuns. pas enecm de. QbU^ et upup {â«tes ^Mgés de qnuug^ mt i|m genoux» L'a|ipéti4, wmm^ ^m p0ut croire,' n'était pua bien brillaul . en. parefi^f MconsUame. Le lendemain, le pen de. jonr <pe Ufaua S!Miifio«fi par nos sonpkaaz 4 tanveni Icoia tfnt^de

mmiémmÊt0tÊm-^^'mmm^

(1) Ia prophétie du paavre Ganaclie t'est Térifiée depuis j car Uh plupart des JaooDÎdi de 'Mâneilîe, ont passé par les eaeodb de n tMj

grHfes, M cef^ndâif mmstxÈt poirf nmit' Mtser yo\t tiorutô nion«étr é(è tfôtfé nbiiv^tfe dëineurè. Iâ«gpen« ^^^^* Sémméiif âé ti èoûlécfr des' muMIfles et de ta voûlé,^ qtif, èomtoe je Pai^ d^ dif;^ était absièIttmënC noiiv> t>à' diélitiguaiif çà et H Aîtts lé nivr; d'â^ôimë^ ànùéàax de GH dë^fitl^ à racMfnéé les criminels doiiï 6ii r^ SI' ferveur; bu contré lâ^elb on Voulait ^tei dé là ^kd gràhdë rrguécrr. Céfte tué ^tàit ^ifé)!é tonfs doate^ lôait' l^n ana%ûe à toat lé i^èAé; car rdMèHiîlé éiétiênié; qtel régnait pèrpétnéllemen^ eé éëlieo; fe pen d'air ^vSt pénVaft y èircnlér élifnt itifecté pat dbs' kl^inès ddàt cfj iféiSAlt dépaifé ^ pàf iiiie pëlitè porte' tài ntince^ todï eiH^ côhtrtbndi: i ac^Wéi' PeifHÎI e^ le corps dé U màÈtAré m pins ctueflb. C^étatt totfjonn d^ Adtaiittb*^ tr^ctifs otf âesMuttiCip8ny<Ju?téniRiefit ouvrir lapoltéj JH clmii^ë foik qu'on m'âpportair à manger : lôrsqtill»^ tiftreiH le*^ n^iEitin> en àccdiApagiiàiit ikidii d^Jielinéi^ * je les pris è lémôita: de Fliohre»!' du \\€a oA' ils' tàé tétiiiieii^, et de la baAarfé' d^aik pareil iraitêméit.W ^'Nbnsii'y pouvons neA^ ttedir^m th/ ^<^iâals fàifeë ^* une pétition aux corpâl^ adîninl8tratffs.*'-^'J^éir fié ouc^ jVb fis dix ; mais ce Ait eli pure ^rtë^ et je oi^én déu* lëis d^aVanôé. OncoiilitiCAi; au'reste^^ à me pertneth^ devoir des Kvresj qui étaient pour moi, une ressoilltèa lilën préijîeasét on n^e donna uiié tablé, et on médit de plus^ que, quand j'aurais besoin de quelque ebose, ja* n'aù^&ts €fà% frapper fofrtétuent & la porté,' et que lé seÉÎtfnelle, qtei étàiV att bàè de l'ésealier, feirait ausaiMK àtîmir l'Officier éé Qziéé et les Admiuistrateurs. JHef rlëpftotitai que le plus raifeinent pénible |l# cette faveur: 0i^ yéprbù^ai qbë, lorsque la seélinelle, rOfflcier, éé PAdmini^ti^lérir élriMt de i#ètivàise buinéor, ce qjm àYrivart presque toéjôuft/ H' MtiSi essujrer un diotf é( IJéntible retiiâ.

Ntitts étions alors aU nfiHèé de l'été; et les chalainr de IVfa'véntfe étaieut diffiôtlcsà sU|[)p6rtèr daiii un dâblvol^;

la journée ei^.n;)i|eimsej «lalgié Ja grande famnldité ct6[ 1 79^< QOtre trisie demeure. Ce fu t en vaia que Aoqs essafyâmes d'j brûler des sarij;ieii& pour la rendre plus saine: la fumée nous suffoquait tellement» qu'il fallut y renonctr. Ppur .re.aiédier à l'iijffctioq des latrines, Gamache.brû* lait du sucre^ et je n^e faisais apporter des fleurs que je, çoiiservais dans Teau^ et que j'avais cQiftinttellement sou^ le ^ez. Couvent accablés par la cba^ur, et le besoin de respifer i^a- peu d'air pur^ nous uou9 élancions, chacun de; QOl^e oôié, à notre 6qi)pjjr|iiJ^ et« le visage cpllé aux bAfre^us> qous humions de toutes nos forces^ la tj% petite quaifûté d'air qui pouvait nous parvçoir. Je lisatsi toutp Ja journée, et Gau^ach^ Augsij maiail commençiuit ordiuairemeni par le second yolu^ie^ et qu'assurait quq cela lui était égal. 11 me faisait souvent part desalec^v ti^e,.et m'amusait par les guiproquaSjf qu'il /aisait^ tout moment. I^ soir» aiissiiot qu'on apportait la lumière^ nj^s nous mettions à jouer au piqpet jusqu'au souper, c'^t-à-dire, peudapt. deux on trois hçures; après quoi, vous nous couchions, e|; nous restions ap lit aussi )opg«« tems que nous.t>ouvipqs {e supporter,.

{je premier joui^ on m'acçprda la peripissipn d!aljer Vpir mon père, dont la. prison était fu «dessus de I^ mienne ; je ne l'avais. p^s vu 4epui8t]u!pn l'avait trane*^ £éré du f^ort Nçtre-Daipe fu Fort S^ Jfean, . je le trouvai changé: on l'avait laissé manquer dçs choses lep plus 9^cf(ssaires ; et d'ailleuri^ |a ppvatioa d'air e\ d§ moayeœei^t, étai^ pern^:ie^s^.pour lui qui était habitué à fiMre beaucoup d'exeicice,etàêtrc toçùours dehors. BeaijyoloU était avec liii çjepiiis la ve^leau soir : leur cacjiot, était ij^im sumbre que le mien, et cependant affreux. Nous ' ^mâm^i» ensemble ce jour .là, et malgré les témoins, ce . £at pour nous ui^e grande consolation: Aussi s'empressa*? t-on de nous la retrancher, dès le lendemain, et, 4 dater 4^ Çf^our, je passai, trois mois sans voir mon père,^^i- ^[ue^ pendant to«)t.çe tedos, je fusse eqfeçmé imm^iate* ^pept.au^ 4i9>pous. ^ç lui. Jj$ nf restai pas tout4-fa((

»• « fc

aa$si loi^tems «ans ypir^Beaujoloîs^ ^omme je h diiai ■ ■ d§in$ la $uitç« . . ; ' ??®*

Jies Adodiiûsua^ur^ ^ jpekvai^iH tons les soits^ el, iQjis le§ soirs aufiiii^. tjs venaient non» manfcrer à leun successeuii»iq|ii, souvent^ nenousfaîsaieQtpaftrhoiiDeiis' de nous dire' un seul mot| et s^eii alliiieiit afNrès nour ayoir.UitU) examinée* . '

.Pour .moi, pccupé à ma partie de piquet avec le fidèl^ Gam^kcbe, Je n'avais* l'air de faire. aftràiion à enx que lorsqu ils m'adi^sâaientla pfirole: car je recooims bientôt l 'imoqssibilité d'obtenir d.^x aucune améliora* t^pa.^ mua ^ox{t .e^ ^ me d^^nninai à ne l'attendre qne de q))^lqu'évèaemeat aussi heuren^ qu'imprévu ; . nms, comoiç je i'iài déjà dit, iqdépendamuient du tourment phoQipaU il faiiai^ à ^out moment, essayer quelque, non» Telle y^j^i^tiun qui rends^if ma situation cent fois {dut* a^reus^. Un soir entr'autres, au moment où on m'apr portait^ $(>uper> un grapd, nombre de Crarde-nationauxr entrèreut en mêi^e t^ms'^ et s^ postèrent tout près de moi> en u^e regardant ayec cette curiosité insultante qu'il est si di^ilç de supporte^ patiemment. Comnie j'attendais, qu'ils s'en allassent^- pour co^rmencer à msBr gef^ jIs iue> .d^Qlar^C^P^ qu'ils pe ^'en iraient que lorsque mon souper seraii-fipi ; qu'ainj|i> si je n'avais pas faîm^^ je u'«iy^;s qu'à le dire. . ie leuf pbservili qi^e, jusl]u*al(»rs o]^ mVfti^ P^J[fpi^ dei manger. sepl| et au moment oà çel^ rpe convenait mais que, si on voulait me retiret cette permisi|ipn, je devais me soumettre à cette nou*' velle g^nç^ et que^ bien certainement, leur présence ne' me ferait pas perdre une seule bouchée de mon repas.' Efieciivemeu^ je me mis à souper, et j'affectai de manger de bon appétit. Mon sang froid les contraria^ et' pour parvenir à m'impatienter, un d'eux me dit; '* N'étais tu pas avec le traître Dumouriez ?" — " Comme <« voj^ ja'avez aucun droit de m'interrpger^ vous trouverez 'fboo que je ne vous fieussC' aucune répouseé''— ^'' Obj 4* vas !" s'écrif fi^Javeq fur^r^ " jesçùs bien qui tu e^, jç

^mh nm tir fit «a Mhre! iMis^ Tônnere it Dieu! ''^ << nous te lettons, et\ .. * QuelqQes uns déi ses caàtfâ;ittdeft ttc lai bùMèieiit pa» te tem dTaebeter ce discbtArs, (Bt Femmettèrent ai le blâmant de soi^ emporteméot, TeUet éflaieni les scènes, qui", plnn otf ivoiàs fortito^ 8^ iMouvetWent' è ehtfqiw ioscanc.

Cependant^ une quinsNune de jonrs «près mott èbti^e

àuiB 1» Tomr, J^upptfis «ne nofl^lle, qui ttÉe ébtmà bemt*-

oùinp d'espeif ; mek œl lespoir ne fikft, mnlheareubèsienft

fttBT de loBgift; dnrée. Vn OAeier de Gârdift Kbdiotisié^

iMwnrd, enîs bien* inienliôiHié, nyaiht été éhnrgé pAr 1er

AdminisemleiKay du ëom d'éè<ioiiteif ittoii! â^dfeër et

d^omvrir ma porté, (eaf on n'en fermait pins pfune

qm awl trois énohttës yerrowr» el^ certes, c'était

assen!) s^ris tùhkt^it Mï ^nt miné tïès gràbiensé,^

tioliji^arle^uÉoyen' de rester seuluù' n&ômént aréc moi êV

G^macte^ ex de «le di#e aria hft(^: ^'^Séyertrantitiillë^

H vas manx* ne' dureront pas Itog^ténisi* cér ntnis

^ n'abéissanë plnsanxdécirdts de la conVeniiûh.'^—Gétte

nonvetle me eansa autant dlétonneiiient^dë de jôit r je'

tDnlos lui dèflMHider q^elqti^xpHcation snr nue dlôse si'

ineomprétiensiblë- pont moi; eàr je n'avais aUémie idée

desiéfèneme^s da«Sr Mat, ai^pûr conséquent^ dir patti

qaa* vbnsteM'de prendre les ViUe» de Muraéillë, Tbâldn^

'kyomy Nismes^ et Bbrdeatix^; mkîs il s'en ailtf^bieii Vite,

en melatsant stgiie qu41iciPét9tt imFfoddblè'dé m'^n d!f^

d«?iiniage.^-^^< lifi^is^ si vons n'obéi^rpTtis aux décrète

^^deiacoovention;^ ditoit'jeettmot-niémé, ^^pônr^ttoi

^ donenonairétËoen vôQsici? Pour^noi-Aiilfes vôiktiààëre

**' j/tw eatfire naos; qt<è eè- qaVfte a orddnné dattsfsdti^

'< décret h Boire st^et, ' ^tw qu^élle- n'y patlr qtié dSitr

'4 fo(ii<^ qne^vèife ndds neMÉtes ad-cachdt ?*'— Je r&ôhïs-

âekar' fiafa« ctettë sioipte qùeatîorif; mais j^atiendîs,-

pGttt'eeta, que l^Ôfiieter fôt relevé, afifh qo^o»' ne fui

riprMMifi pis «a eonfidëide. J-'àtt^dis aAissi le t6tlt"ée

qt»àq^ Adflilnistratetti^ • ^ni^^eftt onr^peit^ mëHétaié nAhe

cjnelM^iiUe^ €^4hâiifc^ q[tf t{|i Mrmeiix iitonidniié

(et fainéfiresûié me res^t aiMs boa fikysifWMnktg);

<4çr ma ^ea9ii4(b ^n comai«i»$wt» Gependant» fu t&ter le teiTeia.*-r'' Citayeo»^ lui ââi*je, ^^ voin oonnradi?* ^^ qoecp lieu ci, o!«»t^|iir^ Mt p^or qn iiidmdii q«'oai ^' ne peut acons^r de rien*: pi^iiitttm-nitri de vom de4 ^ im^ideri ,^ la cai^veiUUm. a iwda fselque vxivete ^<.^çiètàaQtreégf^df'^-^'<NpD,Citoyett;d?anfoQnMi^ ^'. ae rocoi^oâisiaps plaifoo aotai ité.''*^^' liatt pourquoi à^t^ iiquil lelenes To^en prison ?''*-«^ Vom y êlet pw uti fléeret ^ l( A vyU> et ce a'eM qe'aii^K déefèto peatérienri ^ ^ 31 ]^^i fine nfàm avons iréa^k de ne plus çbAu'^— <1 ]||aU ce décret du 8 Avrilj porte *teiilemeiit-qve aouA f ' «feirooii ^éteniit daoft 2ef Châêêmux de MarseiiU ^ 3 ^' p^y est noUemeiiti ^^evtion de eechot.^--^* BiidoiiMa^ '^ moi i ^ue\qM8 joan» aprè^ ie 8 Avril» la Ouacmutibn, ^^ le^^i^ HQ aut^ décret qiiiii ordonutl que vdos tamm '< B^s ao; aeiçrèt> chaicun «éparérneBÉ, et mis qii'va vom ^' m^âtt b^ moMi^^ commiinkatk)!! avec qai qae ee << (âlJ'^* Ma^ au eaiemsy coQt«aeA que ee déoièt ^* Pfç^vrrût eue exécaié d'uw manière plus, hamame.^ *^ J^ çfmymB$ que votne aitnalioQ est • cmeHei mm ^^ malbeaf^evieipieftt je a'jt prâf rien* Faites use pétitmi aux oorpa Adminiatratifr/''^*' Ah^ pins de pâstioiiai j^^ ai f^jt a^Ue, et uue seule aurait suftt^ si ou «fai|b ^' eiKl'iat^ntion;uie.i)eodfe ju8iîce/'^^-^:]hit» encoiie '^ Uue|Uev9Uii.ea leateapaa; Tous.n-avesrren de mieux *^ À faite da«i ee iriate séjour, et ce uVt «fu'è force de '^ demander qu'on obtient. Les corps Adminialralift <' SiOUit maiAteoaiit senouTeUés^ et mieuic composés qu'auparatant ; j'appuierai votre demande de tout ippupouvcâr.; mab je. voua préviens que ce pouvoir '' e$% bien peu de cliese : car la v»ix ike honnêtes gens ^< est toujoam étouffée par celle des > intrègnaasé il fiiut que Je vous laisse, maintenant, et je suis bien sûrqu'eni m^ &cii(.dea n^rooheadiaimir'Causéfttloiigtemsavee '' y^m^i AUiiufphis^je. n*mfait qae mon devoir^ e« je

^— -* ^' ne tniasi ni kors te^tùchts, ni iears dénonciations* 17994 €f Adien, Citoyen^ ne vous livrez pas au désespoir, et '' comptez tûr mon sincère désir de vons être utile.''-— J'y Gomplai, ainsi ()ne sur la nullité de ses efforts, et je ae me trompai point. Mais an m<Hns, de semblables piopoe mettaient an peu de baume dans le sang : aussi tf ions nous rarement cette jouissance. — ** Ab ! le brave <' homme/' disait Gamacbe, ^ le bon saint homme l ^ Si tons étaient comme Ini, vous ne resteriez pas long- ^ tems ict^ c'est bien sûr ! Je voudrais bien an moins, '^ qa'il fût toujours de garde, au lien de ces •ùihint Moig- ** htaux, dont on ne peut pas tirer une parole, et qui ** ne vous regardent qu'en fronçant le sourcil.'^— CTétait, commie disait Gamache^ un bon saint homme ; mais| de même que tant d'autres gens bien întentionnési se mourant toujours de petir d'être dénoncé: et souvent cette peur fait commettre autant de cruautés que la scélératesse ! D'ailleurs quoiqu'à la véritéi les Sections de Marseille se fussent prononcées contre la Convention> elles étaient menées par ce qu'on âppellait alors, le parti Brissotin^ et il y avait parmi les chefs de ce partie des hommes qui ne valaient guères mieux que . les Jacobins, et qui auraient probablement déployé la même scélératesse, s'ils avaient été aussi puissans: telle est> au moins, mon opinion ; mais, ce qu'il y a de bien certain^ c'est qu'ils nous tinrent au cachot, comme l'avaient fait les Jacobins, et nous trai^ tarent, en tout point, avec la même cruauté et la même injustice.

Ce quej'avus prévu à l'égard de l'inutilité d'une nouvelle pétition^ ne se vérifia que trop. On ne daigna pas s*en occuper le moins du monde, et même, mon son au lieu de s'adoucir, ne fit qu'empirer. Ce fut à-peu près vers ce tems, que nous éprouvâmes un surcroît de ligueur qui, indépendamment de la gêne extrême qu'il nous oecasionna, était très propre à augmenter les iourmens de Tespritt Nous vîm^ panditre un jour, à

et

une autre heure que celle à laquelle on nous apportait ordinairement nos repas, deux Administrateurs en ^793»écharpes, dont la mine n'annonçait rien de bon: lis déclarèrent d'un ton sinistre^ qu'ils étaient chargés d'une mission assez désagréable, mais que leur devoir les obligeait de remplir. Ce débat n'était point da tout rassurant d'autant plus que je connaissais l'un d'eux pour un Jacobin forcené.-^'* Il faut," ajôulèrent-ils, '''que " nous vous ôlions tou^ les couteaux, rasoirs, ciseaux, " canifs, et pointes de quelqu'espèce que ce soit, dont " vous pourriez être munis." — *' Mais, Citoyens," leur dis-je, " de pareilles précaution^ ne se prennent jamais qu'envers des gens dont on fait le procès, et encore quand on peut craindre de leur part des tentatives sur " leur existence : suis-je donc dans ce cas r"-^" SI " Ton faisait votre procès, vous en seriez instruit, et " quant au reste, nous ne pouvons rien vous dire, nous ^' ne connaissons que nos ordres."-^" £:i:écutez les " donc, je n'ai pas la folle prétention de m'y opposer '^ le moins du monde. Mais, dites*moi, comment " pourai-je me raser, couper ma viande, &c. ' &c."—- '^ Tout ce que nous allons prendre maintenant, sera déposé dans une cassette, dont vous aurez la clef, €ft que les Administrateurs de garde auront entre leurs " mains : ils vous la remettront, quand vous en auree " besoin ; mais vous ne pourrez en faire usage, que " devant témoins."-— Je dis à Gamache, qui, était déjà devenu d'une pâleur mortelle» de donner tous mes rasoirs, couteaux, tcc. &c. à ces deux Citoyens. Il s'acquitta de la commission avec peu d'empressement, et beaucoup .de soupirs ; après quoi ces Messieurs me dirent qu'il serait nécessaire, pour la forme, qu'ils fouillasseni partout eux-mêmes, et jusques dans mes poches! L'idée de cette fouille me révolta. — " Eh quoi !" leur dis-je, " ma parole de ne rien garder ne vous suffira-t-elle pas?'' " Ojii," répondit l'un d'eux, " si voua voulez, nous Bi '* don^erif' — Je U fis, et ils s'en îillèreitt. Je m'attendais

rr

' à une scène de himenU(ioD% de la part de moii 'bon

*J^ Gamaehe, tt je ne me trompait pas: elle ht même du genre le plus Inigiquef et^ en effcti la chose n'était nf gaie^ ni de bon aagure« Mais cVst en pareil cas, qn'on doit se monter, ei se préserver de l'abattement, si Von ne wot pas souffrir mille fois dayantege : Dien merci! /ai toujours eu assez de force pour cela, et la perspective de la mort, n'a jamiûs trmiblé^ mon repos. Le pauvre Oamache aurait peut-être été de même à ma place ; mais nmpressioii qu^p épjronvie, lorsqu'on est menacé soi*même d*un danger, est bien difflkente de ceUe que cause k danger d'un être auqud on s^ntéresse vive- «ient« Dans ce dernier cas, on a le cœur d'autant plus décbir^ qu'on veut cacher son inquiétude à celtri ea est Tobjet, et cela seul est vraiment un martyr.

ikpr^ la sortie des Administrateurs nous fltknes pen« clant quelque tems sans proférer une seule parole ; Je iiegar<fai Gamache, et je vis son visage se décomposer f» p}qs ep plus.— >' Gainache," lui dis je aloa, ''tu eâ ^' sûrement malade! jamais je ne t'ai vu si ptie.^-^^En '' efflk, je ne me sens pas trop Uen ; mais je m'en vais H tftçher de respirer l'air, et je serai bientôt mieux^' £n disant cela, il alla sfétablir devant le soupirail, )a iàte contre les barreaux, de manière qu'il me tournait le des ; mais, un moment après, je m'appergus au monre-!in^nt de ses épaules, qu'il pleurait A chaudes larme». X^ih|uoi donc pleures*tu ?<«-'' Je ne pteurè pas,* me féponditril> en sanglottant Si gavais été moins éa^a ndi-^ême, cette réponse m'aurait fiiit rire. ^ ie vois que '^ tu pleures/? lui dis je, ** mon bon Oamache, et tu as t&rt *^ d® vouloir me cacher un chagrin, qui ne me prouvé que ^< ton nttachement.'^Hélas,'^ me répondit-iV ^ ee n'est ««f pas inquiétude qui me fait pleurer! car enfin, qu'ose- ''rmt-on vous faire? Mais de vous voir traiter aussi '^ indignement, comme un criminel, ah! c'est trop fdrt!" Ct-il se remit à fendre en larmes,^—^' Mais pourquoi ie ^^ dâespéier/ lorgne iti me vofe tranquille ? sois sur

'' 4iiè té fàmikm ^niÈ^^mmi aë ëiiétàs, p ft4 dcifii -^^

'^jOTnlélIèmeHi néèè^airéi; n'est ^u'tid lifaiiVëâii itf»: »7^» '* Ihênt, in^etitë ibiit-ft-I'héurè pkr cëè Mtessièuri, et A *^ ne faut {lâg é*èn désofër.'' Hdti mmh eti iiciût

Vêlai qdë je poùifàik âkMét ; liîOQ fidSfe cdidi>d^tidii se

riémrt biebtôt après dà\ii son ëtké ordliiàiire, et^ sélùtt n^iré ciJdiuuië, dësljlf^n botts éiii apporté dé la liiràlèfë» itétid éoEiiiiteii^ftmés noire partie de pi<^dèt. J^lé fhî iHiérroinp'uë pai- là ▼rJitëjoarûlai($rè déè Aàmïhikrktêxîà d àe l'Offîtièr dé gardé ^âî ékàMnêtéHi iànk leé fii&r léâtfi dé hds griHeé Puh àprës l'autre» èti lei feisâiit ^ntiè^ avec ïeûri eànneë pour vdir s'il H^j en avaii ^ êë linïês. ie ne pûâ tti'eitipëchei dé léVélr lëâ épaùlèa!»' dû Voyant cètie Opération, et ikùà téUr diie iih âéul itiét, je continuai udà pâi^tie. 6ë rédonblement de précààUôiii lîtê faisait c^)irè» 4^'ils àvdiènt nécessairement de tf& diâavàiiâes intëntiods à mon égard ; car on ne traité pàâ( êé là sori€f, ûri dotfïine qu'on veiit séniemént priver ië H lib^né, éit M n'avaieiit jàmôis rien fait de tout cdÂ, ^èfpuii^ tioié diOls «|ue dons étidns en priiion. Au sùr^làiip' j/ëtalà ci£ja f ësigné à tôot ; odais une chose qu'on m'a&nfiik lire de piHr h'azard, nie fit, quelques jours après^ tdtë Itopressfon trèd fortej» et^ que je n'oublierai de ùï& vié. Un matin» tandis que je me livrais à des réflexions tfâjèai àiUrk^ j^emendis ouvrir un des verroux de ma porte; ce n'était pas fheure ordinaire des visites» et eette ài^ CiOnitauce suffit quand on eàt eid prison, poilr esicitèl! ntÉé vive hup^atience de savoir ce dont il s'agit. Elle tûi tfëcitôt triitement sucisfaité. I^ porte à'ouvre^ èi Jfé iBii ùb Frètré, en léitgué soutane, ^ui dit & cenit ëjdt Mi avaieiït ouvert. " Vod^ pouces refermer, je resiehà '^ ici qui^-^ue tems."^ J^avonè que je ne doutai pasi que éé ne ftt un prêtre qu'on m'envoyait pour më (>réparér ti Âéi derniers i)iiomen&; et tela y ressemblait àiMéz* ^^ ^e ma visite ne vous fasëé pas de peiUe," me cBt Uf ^Héne eà^'a^an'^tit ; ^' je lie vieui ttae pour tfiebér è^ f' i6i% cohi^lei^ èà oàùâàl ^"iéc xovà. Je nxùi énii dé

-,-« (t gt Laurent, j'aî la confiance de votre tanle, et p'est à 1793. i€ g3 recommandation, que je suis venu vou$ voi^" — Il me àii, de pJu8, qu'il était autorisé |l visiter toutfss les prisons, et me répéta qu'il espérait que sa visite, ne me déplairait pas. Je l'assurai que, comme simple visite^ elle me faisait giand plaisir; mais je lui avouai que la vue de sa soutane était un peu inquiétante pour quelqu'un qu'on tenait au cachot, et f^nyers lequel on usait de toutes sortes de rigueurs. Il me certifia qye, loin d'avoir l'intention de n^'entretenir d'idées tristes, le seul^ but de sb visite était de me distraire et de me consolei:* En effet, pour ne me laisser aucun doute à ce sujet, il me tint plusieurs propos, dont la gaiet^ m'étonna: ce n'était pas de la gaieté que je lui demandais, quoique je la préféiasse aux sern^ons; m^is je tâchai de savoir dç lui, la cause du redoublement de rig^eur que je venaif d'essuyer II me protesta qu'il ne savait rien du tout à cet égard, m'exhorta à la patience, me parla ensuite d^ choses assez indifférentes, et au bout d'une demi-heure» me quitta. J^'ne le revis que deux ans après: il venait de Rome, où il avait rétracté son serment de prêtre constitutionnel, et obtenu son pardon du Pape. I^ Tenouvella sa rétractation à Marseille, à cette même époque, c'estrà-dire, en 1796.

JVlon père ayant vainement sollicité la perinission de; prenclje l'air, ne fût-ce qu'à la porte de la Tour, l£^ demanda pppr )3eauJolojs, dont la santé commençait à se ressentir de cette étroite réclusioti, et dont T&ge ôtait tout prétexte à un refus, Eq effet, il l'obtint, à condition pourtant qu'un des Admipistr^tenrs ne perdrait pas de vue Beanjolois. On venait le chercher daiis Ift journécj^ on lui laissait prendre l'air deux ou trois heures, et ou le ramenait ensuite dans leur cachot. . Il demanda plusieurs fois avec instance, qu'on lui accordât la permissipiii de venir me voir; mais elle lui fut toujours refusée^. Comme il était enfermé au dessus de n)oi, il fallait, pjouc ^iHlir, c^ii'il passât devant. ma«porte^ et jamais il ne n^m^

quait de me crier : ^' Bon joor, Montpensîer^ comment ' ^' te portes tu ?" — On ne pent pas se faire d'idéede Km* '"9^ pression que me causait sa voix^ et de la peine que j'ép/ouvais, lorsque je passais un jour sans Ken tendre: car queiqaes fois on lui défendait même de m'adresser ce peu de mots ; on le pressait toujours tellement^ qu'il avait à peine le tems d'entendre ma réponse. Un jour^ cependant ayant obtenu de ne rentrer qu'au moment où l'on apportait le diner, il se glissa à la suite du porteur du panier, et^ malgré les Administrateurs qui voulaient le reienir, s'élança dans ma prison, et vint m'embrasser. \} y.àyait six ^maines que je ne l'avais vu, et six cruelles semaines ! ce moment fut bien doux, mais bien court . p . . . on vint aussitôt me l'arracher, en le menaçant de ne plus le faire sortir, si pareille chose recommençait* Conçoit'on une barbarie pareille ? car quel motif, ou quel prétexte raisonnable pouvaient-ils avoir^ pour empêcher deux frères^ dont l'un était âgé de treize ans eJ; demi, et l'autre de dix huit, de jouir de la consolation ^e rester un moment ensemble, devant témoins ? On ne iiiie permettait jamais non plus, lorsqu'on ouvrait la porte, ^e m'en approcher^ pour respirer l'air qui venait par le vilain petit escalier Un matin seulement, après m^avoir :^pporté mon déjeuner, on me permit de rester un instant sur le pas de la porte. J'entendis, avec émotion la voix de .mon Père, car c'était la première fois depuis bien longfcem$( ! Il n'était séparé de l'escalier, que par une grille, mais il avait utie sentinelle, qui pouvait voira travers, tiHit ce qu'il faisait, et lui adresser la parole qpand ûeh lui convenait: de plus les Officiers de Garde et les Administrateurs y faisaient venir leurs amis, pour s^tisfi^ire leiir curiosité; et l'avantage d'avoir un pea pjus d'air^ me paraissait trop payé à ce pri^. On m'avait offert Qus» une grille, à li^ place de ma grosse porte a verrQU}^; mais, je l'avais refusée ; et je ne concevais pas comment mon malheureux père^ pouvait préférer tous Içs dé^agrémens dont je viens de parler, à celui d'avoir

■ k:]portcàv«rro«x« CMaiie lai faisaîi rin: il teattlr 179t« même bemioonp à Yok du monde ifilel i^û'û fùï, et à pouvoir «dresaer de lemt-eo-terasi la parole à qiiH-i ^ttW. Ceue fois là, j'entendis qa^ii demaiidiil à te aeniioeile Theure qu'il était i je m'empreniat de Idt orier:^'ileitoeiifbènfe9^« é • • ^ Bon joari mod fèrê, ^ coounent vons brouYea^Vons }^-^<^ Ab ! Moatpeiisflér/* me répobditHii aatMlÀI^ *' que je mis aiee d'edteiidi^ la '' voix ! ma santé n'est pa^ trop bonney bm» paovre ^ enfantt «mis si je le voj^ab, <^in ite ferait dv Mto^'^ Pais j'entendis qn'il demandait la pënrâssmi de mê Vèir au moins un instsyDi i aHaia on k Im lefiua» et oli fenu^ snr4e-cbamp ma porte*

Ce %ii'an m'avait atfnoiied en ôtant nies Ra^>8> ceu^ teaaz>&,c.fîilfxéenl6dcipoiftt ta peinte Qaaaidj'«vd9 besoin de me raaer, (ce qm m'arrîvaH beancMp moîna surent qu'à GaaNicfaej isar je n'avais alors que très^ jea de bai^bo^) je priais radnÉinistnljtèur de «ë kité ajpporter la eaaseHe ôik éliiieit iiies rastiiii ; ei dëai^ Garde-oatiouna leataienl ie s gonr s à eèté de HOU»^ pcudanl qw^nous en fiHlioné usager ïsf%îkêM&û tfv^b laquelle ils fixiûentGiimaèhei» pendant qn'tt se rafei^lj m'ismusait souvent : qnaiid il ëftait en beMè hnmémti il leur deinaadaii s'ils erofraîent tpi'il éèt Ueit tft^ié de se couper h 00^$ ^ lea teûrait que û pmonW ne^ le Uesiraii. pln^^^^ne hin il la ^irdarart mÊSoti longtems sur ses épttnkis> mmé qÊ^'à était rfolieiôi»it hopteox de les vioûr se fâl^^F ainsi^ poèr sa «oilm$; 3[e profitais toi^^or^ de l'airivéè de la eaMUe^ pbikt tailler des plumes et d»s ^iragréM^. onr j%S8vf«b de dessiner dans lea m^oien^oà/àvais' assea de jmAr ^ w^ cela, m'étai^bieu souveni iinpossmé^ Poar iqnë j« pusiè me seryir d'un cewteaA à dinery ilrfidièitat^ que éfim Garde-nationaux y {ussedt pféseitô^ et eek m'êti^^ odiçuy ;. car alors nous: ne pouvions rie» dire ;;4it e'ésÇ ordt^aireauat pendant niës repas^i qu'il m'est fe (^ agjréablede c^ser, Audsv pour le soiiper^ 3t,mt fmâi

couper en peiîts ii^ceim h ^m4^ ïW«> V^m mhfn ■■ " ; portail, oftn ^e o'iiyovr pw l^Wft9 4ir <:wMiur» ^ ^'**' de ppuyoU: cUsp^o^jr <^ M^ei^'i 4'9MiMe à «

mm <^ V^o^fmt' Vv^a^^f^ i'aplim^ ^ori^ae cbq^e dç ç^ qai ae .iiM9ai|î «)i 4«h^4» cftc on Boni tuimi^it I f^( égfur4 d^Of i^eigmi^iiiet pacfiûtf», Ifiùt

OdIj»jit qu'ih ^ns^Qt b^p ^qx^e di«; f^^ki^ ]^w <)wc Fea<»

l'ua d^ riuQiJtr<^^ i;e qpi v!^^,i^iréqft^. Gepend^jit cela amv« g,M^o/^ IMs^l^^ ^ f*9t 4f^ oeU« mnDièitt que i'a^m la fi^xo^ado^ d^imf; ar^pé^ d^ «ose piHu^ifor* s$îïfa|)9;^ poiK f'ctppoifiir ûii;p: «TQlHi^ff de la Cooiveatioii qsii aai vaîept «pua, 1^ co^iifiiaiidfWiilt de 6aflèaiix« Bi sç px(>PttMi^nt dM, 9^f y^iUe^ à§ c^lte aniée> qm nli pi|t pai^ m^ii^ dé£^çe, d^ Pifsag» ineÉpughàblès cqtiir^ i^ni; ppigo^ dfi}9QI!Wst (Cartfanz^ n'jimt que

se sec^ît déb|ii^8i|4 ^^ l%]iHétPdir quf ewaaioaft encore ]!9^ «f)ia<^bia9> et f omiéc ^«f if^^n4^ ^naUùi icrMêer, m 9!iîmprefM|erai!r de «oep iQ^dr«t noii? liberté* Je. ki fCtm^rcim de Iffors. boilMS IIP^Yf^i^ } Qaif je q^pt croyw poinl du ipftt; i^V 4'$h))pu^ j? M iwy^s m» qû pût ^090qcer qpelqiie^ c|ispp4|iioBs k em^i^rer notice acxrfc Lef pxéc^ationa^ a^aieni u^igoorft fi| nngoientank* Tout ce ^||'q^ nQf^ af)yporUit> étfil éliminé di^ Ifi mmàim kj^s.scjTQpiilf;^. On coupait tofijouf» le pain en qw^^ poiir rqix si on p'aynil; pap glinsé quelqpe b^let ded%99: les yylfûUei étaient m^ Plftyjerie» en deilx^ ^ iniSWCtiff rig?IWc» Wn«»^ î «*n> ^ W*^ j}ttqn*Anx frttît%

(i) tfa mir qiM nous ftvioasoabliéde prendre çttte préçtptlçfir A?t» Hinm ofeldgét d« 46ckirv avec nof dentt fC nos foirchettes» an ipiQ^rçe^u d^kofoft ^ufein aietti «Tilt »ppMté pour aoaper.

ié

éttit soomis à cette ridicule cérémonie. Comme cette i7}0oi ^p^fniiQii n^ faigftit ordinairement avec le tnêmé coaf eau, elle donnait à tout ce que l'on mangeait, l'apparence la plus 8a)e et la plue dégofilante. Aprè^ avoir soufïert lonjiftems ce nouveati tourment, sans m*en plaindre, je perdis une fois patience. L'hcrmme chargé de porter ailier^ le mettait mon sur ma table, lorsque l'administrateur présent à cette opération, apperçut une Tolàille, qu'on avait oublié de couper en deux : il se précipite aussitâl vers moi, avec un air d'importuncé et de soupçon, et me déclaré qu'avant de manger de cette tdlaUlè, il faut que je la coupe devant lui. *' Comme ^ je ne suis point accouéunié," lui répondis-je, '' à *^ mordre à la viande, je compte la couper pour en ^^ manger; mais si vous voulez vous procurer cette '* satisfaction à vou8*même, vous en êtes bien le ** maître." — *' Citoyen, c'est au nom de la loi que je •f parle, «t vous devez vous y soumettre !" — ** Citoyen, ^ la loi n'ordonne point toutes les vexations, dont on *' nous accable, mais je sais très-bien que je dois m'y << sonméttre, puisque je suis au cachot, et que vous '^ en avez la clef; c'est une vérité qu'il n'est nullement ^* nécessaire de me démontrer." — ^Je dis à Gamache de couper le poulet, et l'administrateur s'en alla, en grognant. Après une quantité de, '< Mon Dieu, Seigneur ! '^les vilaines gens! ..... Gamache m'exhortait k modérer mon impatience devant des personnages aussi redoutables : mais c'était souvent plus fort que moi. Cet deux premiers mois de la Tour, furent certainement le tems le plus affreux de ma captivité, car quoique j'aye éprouvé dans la suite, des chagrins plus violens <pie 'ceux que j'éprouvais alors, je n'ai jamais eu à souffrir, depuis celle époque, une suite aussi corn. plette, aussi accablante, de tourmentset- de vexations: je dis deux mois, quoique j'en aye passé trois dans ce cachot, $ans mettre une seule fois le pied hors du seuil de la parte ; mais c'est qu'au bout de ces deux premiers

tttois> oli pliitôr, quelques jonrs après leur expiration^ je — — -

commen^i à goûter une consolation^ qui contribua Août.*

infiniment à adoucir mon sort.- Au moment où ie m*T^!^^^^^

attendais le moins^ je vis ouTrir ma porte, et paraître «"««on

fieaojolois, auquel un homme^ qui le stiÎTaitj demanda mVt^^.

à quelle heure il Youlait qu'on vint le reprendre.—-

" Dans deux heures, si vous Toulez bie»/' répondit-il }

•^-ct, l'homme s'en alla^en refermant la porte sur lui.

Aussitôt, je me jettai à son cou ; et ma joie de le revoir^

et de me trouyer seul, ayec lui, fut, pendant quelques

instans, si vive, qu'il m'était impossible de proférer une

seule parole. A la fin, je lui demandai à quelle heoreuse

circonstance je devais ce plaisir inatteirdui — '' Je a'eii

'' sais rien moi-même,^'' me dit-il,'^ je crois que c'est seule-

'' ment un heureux hazard. Celui qui vient de me faire

'' entrer ici, n'est qu'un secrétaire du département, que

'^ les Administrateurs ont envoyé pour me faire prendre

<' Tair. En descendant l'escalier, je lui ai demandé, si

"je ne pouvais pas te voir, et à mon grand étonnement,

'^ il m^a ouvert la porté ; mais de qui y a mis le comble,

'' c'est lorsqu'il m'a demandé combien de tems je

^' voulais rester ici. Cependant je me suis bien gardé

*' de le lui témoigner, de peur qu'il ne se ravisât, et

'' maintenant la seule peur que j'aye, c'est que les

'^ Administrateurs ne le grondent et ne me renvoyent

'' chercher. Mais, en attendant jouissons du plaisir

^' d'être ensemble, et disons nous bien vite tout ce que

'^ nous avons à nous dire."

Je m'empressai de lai demander des nouvelles de mon père, dont il me semblait que cette étroite réclusion devait horriblement affecter le moral et le physique«-Il me dit que sa santé avait un peu souffert, mais qu'elle était assez bonne maintenant, et que, quant à son humeur, elle était toujours, à Texcepjion de quelques petits momens d'impatience et de chagrin, aussi gaie et aussi aimable qu'à l'ordinaire. Il me donna ensuite, sur la situation de Marseille, sur celle de l'armée de Carteauxj

■ "■ ■' ' ' et dei Maneilkii^ beaucoup de liétailt iatév»sftD» quM avait recneillM dans la comrersatîoD des Adnriiiistrateurs» te des Garde-Baêio»aux, lorsque ces demiers tie se méfiaient pas de loi. Pais, tiow naas eontâoies réciproquement les OMUe et une persécudont ^/m aoa» avions éprouvées^ depais que Bans na nous étions vus ; eofin nous conclâmes qu'dle» devaient «tvt bien près de Jear terme, et qm k bottheiur^ si imitsenda^ doA« nous jonisstona, ea était un ptésage piiesqae certain. Ge qui aagmeMait notre jase, et nova fiiisaic ponr ainsi dire, déraisonaer de la sorte, c'élaii de voir que les Admiabtiateurs ne renvoyaient pas chercher Beaujolois ; et ae pouvant ignorer Je lieu où il était,^ il fallait nécessarre* ment quarts consentissent à ce quenousi fussions ensemble. Aa bout de ces deax heures qui s'éooulèvent avec une rapidi(é e^trême^ on Tint, comme ou en était convenu, reprendre BeaufoloisK et nous naoB séparâmes avec l'espoir de bous revoir le lendemain^ Cet espoir ne fut poi«^t trompé, et noua eûmes cette eousolarion pendant les troia semaities suivantes, easceplé, lorsqulï se trouvait un Adwnistraiteur de mauvaise hsnséQr.qoi refusait ce qae les autres avaient accordé. EnBn, après ces trois semaines, e'est-à-dire> le «5 Août, jour de S* louis, Carteaux fit son entrée à MarseHle, et notre fort fut soumis à une espèce de gouvernemeut miti taire, dont nous nous trouvâmes beaucoup mieux, que de celui daa Municipaux et des Administrateurs ( 1). Deux jours avant cet événement, nous entendîmes une forte canonnade, qui paraissait avoir lieu dans la Ville, et qui dura assez long-tems. Nous distinguâmes même le bruit

«1*— »»Mig.*»»*i r 1 1 1

O) En géiiéhd aûi» n^ôn» presque tOBJours w infiniment plus à noua louer des Militaires, ^e des ofStckn ctvtts. Cet derniers, ne pouvaient jamais assouvir leur rage, contre ceux qu'ils considétaient conun» leurs ennemis» et ils [saisiunient avec empressement toutes les occasions de déployer leur autorité en tourmentant leurs prisonniers, tandis que les autres» accoutumés à uni plus noble genre de victoire^ semblaôent, même en pareil cas, ne s'atft^tuitter qu'avec répugnance^ du devoir qui lear était imposée

SI

de plusieurs bombes ; mais^ ces deux joues là, oo Ae ■ ' ■' permît pas à Beaujolois de venir me voir, et on gardait ^^ Ain lel silence, lorsqu'on m'apportait à manger^ qu'il était impossible de savoir la cause précise de ce tapage. Je savais que Carteaux n'était pas loiujeije me figurais qp^ c'était lui, contre lequel les Marseillais faisaient un dernier effort; mais je sus depuis, que c'était la section N<> 11, qui s'étant déclarée pour CapteauXj deux jours avant son arrivée, se battit, pendant quelque tems, contre les autres, et fut ensuite se joindre à l'Armée Convenu tionelle qui, comme je l'ai déjà dit^ fit son entrée à Marseille, le 25 Août. La veille au soir, nous éprou*» vàmes une inquiétude assez vive, en voyant se passer l'heure du souper, et plusieurs heures ensuite, sans que irien arrivât; nous craignions qu'on ne nous eût abaadonnés dans nos cachots, et que nous ne fussions exposjé^ à y mourir de fsûmw-^Le Corps-de-Garde de la Tour était très près de ma porte, et toujours rempli de Garde-nationaux qui faisaient continuellement un traia effroyable, ce qui ji'éluit pas un de mes moindres tourmens; car leurs chants étourdissans, m'empêchaient souvent de fermer l'œil, pendant des nuits entièrei* Mais, ce soir là, on n'entendait plus rien, et il paraissait que tous ces messieurs avaient déserté le poste. Nous frappions à coups redoublés, Gamache et moi : mon père et Beaujolois aussi inquiets de leur côté, criaient à tue-lête. J'essayai de leur demander au travers de ma porte, si c'était la même cause qui leur faisait faife tout ce bruit; ils m'entendirent, et me répondirent que leur sentinelle les avait abandonnés ; comoie mon cachot était plus près du corps de garde, ils me demanda rent si je n'entendais rien ; mais, au bout de quelque tems, je distinguai plusieurs voix, dont le bruii ai|g« mentant à chaque instant| indiquait leur approcha; nous renouvcllâmes nos cris^ et on nous annonça qu'on arrivait, ce qui nous tranquillisa beaucoup. En effet,

nos portes s'onvrireot peu de teip» après, et aoos ^^tnea

■ avec Joie parmtre noire souper. Nous nous permîmes 1793. quelques questions sur ce long retard ; mais on ne satisfit point notrç curiosité.

Le leiidepiain matin, jour de IVrivée de Carteaux, ce fut un Caporal de Garde Nationale qui vint^ tout seul, ouvrir ma porte pour faire entrer mon déjeûner. Je ' vis par là, que tout était en désordre, et je voulus an moins en profiter, pour aller voir mon père, que je n'avais pas ^pperçu depuis trois mois, quoique si près de lui pendant tout ce tems. Je m'élançai donc l^ors de mot^ affreu;ç tombeau, inalgré le caporal, qui mourait de peur, et disait toujours : *' Mais, Citoyen ; mus. Citoyen, cela ^e se p^ut pi^s 1** Je l'assurai que cela se pouvait, et je 1^ lui prouvai en montant, qui^tre ^ qui^lre^^ le vilain petit escalier qui conduisait ^ la prison de mo(i pèrç e\, dç Beaujolois^ Leur grille était ouverte, parce qu'on venait de leo^ apporter à déjeûner : je me précipitai dans les bras de mon père, et ce fut un plaisir bien vif! Je voulais déjeuner tivec eu3^ ; mais le caporal, m'ayant prié en tremblant, de n'en rieçi faife, et m'ayant assuré que, si on nous trouvait ensemble, il était perdu,, je consenti^ à me séparer d'eux, et à retourner dans ma triste ^^tnêe demeura. — Vers midi, les troupes de Carteaux, vinrent Pirteau prendre possession du fort ; c'était un détachement dc| gJJJPFJ^ régiment de Bourgogne. L'Officier qui Iç commandait pt le fort se fit conduire dans tous les postes et prisons^ par un \ Officier de Garde Nationale qui avait une peur effroyar

^ ble: car il craignait, avec raison, qu'on ne le traitât en

rebelle. Ils viiirent (pus les deux à la Tour. L Officier du régiment de Bourgogne ayait de très bonnes manières et Tajr fort honnête. Je lui demandi^i quels étaient ses ordres à notre égard, et il me répondit qu'il n'en avait d'autres, ç|ue de faire suivre provisoirement les anciennes consignes, mais que si nous avions des réclamations à adresser au Général Carteaux, ou aux représentans dc^ l^euple, il s'en chargerait avec grand plaisir il ajouU^

qu*il désirait penonnell/ement pouvoir adoueir notre sort ; ■■ ■ ' ■ mais qae nous devions bien penser que cela ne dépendait ^^ nullement de lui, et qu'un militaire ne connaissait que les ordres de ses supérieurs. £n disant cela, il se retira. Quelque tems aprôs, on m'apporta mon diner : ce fut «n sergenti qui ouvrit la porte,*^'' Diable !" dit-il en «ntrant, ^* c'est btn noir ici ! Bon jour, Citoyen ! — C'est votre père et votre frère qui sont là haut, n'est-ce pas r — Oui. — *^ Cà vous ferait-il ben plaisir d'allé *' diner avec eux ?*'—'* Oh ! beaucoup, et je vous en '^ aurai une grande obligation." — ** Eh btn^ montez, j'ai *^ fermé la grille d'en bi». Si l'Officier, ou quelqu'un ^* vient, vous redescendrez frcn-vite dans votre prison, et on ne s'appercevra de rien ; car je ne demanderais pas mieux, de vous mettre dehors ; mais je ne me ^* soucierais pas qu'on me mit dedans à votre place.^ J'étais déjà en haut, lorsque ce brave homme achevait son discours. Mon pare et Beaujolois ne furent point étonnés de mon arrivée : car c'étaient eux qui avaient obtenu cette grâce, du sergent ; mais ils en témoignèrent une joie extrême. Nous remerciâmes tous, de boii cœur^ celui qui nous avait procuré, cette jouissance; il était réellement un tf^ës bon homme, mais bizarre à l'excè^i, ** C'est bon," nous dit-ilj ^' je suis content, si vous l'êtes! '' mais, chut !" (en mettant le doigt sur la bouche) '' et ^' ne vous vantez pas d'avoir été ensemble^ car je serais ** perdu, si on le savait." — Nous dînâmes beaucoup plus paiement, que nous ne l'avions fait de longtems ; et après diner, nous eâmes la permission de rester encore quelque lems ensemble. Vers l'entrée de la nuit le sergent me fit redescendre, ainsi que mon fidèle Gamache, et nous enferma dans noire trou. Le soir, ce fut encore lui qui vint ouvrir, pour faire entrer le souper. J'espérais qu'il m'accQrderait la même faveur que le matin, et je la lui demandai ; mais il me la refusa. II était y vre, selon sa coutume journalière.—'* Non," me dit-il, '• fa gâterait ^^ tout; si vous alliez là haut ce soir ! soupez ici traii^

'* ^qttUIem^at/U.Ce qnl me parut le plus clair dan« celte ÎDJooclioB, c'est que le boo homne, était beauconp pltts iraitufcle i jeÛDi que dans le vin. Le lendemain matio^ il ne fil pas la moindre diffiealté de me laisser inpater<)hea imoa père, et usême, il m'y laissa toute la matinéei oe ^ui fat pour moi on plaisir sensible. B TÎQt «eqlefDei^t me renfermer un tnooient avant qu'on M le r«lev4t; Àt le «ergeni ion sucçesseufi étant anssi «n fort boo bomme, nous accorda la mime faveur, é^ ia meiliofire gr&ce à\$ monde, et sans y mettre la reêtriclÀoo d^ souper. Nous «ûoies la conso* JatiiM 4e p^U^r causer ensemble tout i notre aise, et 89ps témoiaf V Ge^jui ne nous était pas arrivé depuii )nfifà loBgtemi^ puis nous jouÂmes à toutes sortes de jeux de cartes au« daines^ aux échecs, tuo. Enfin, iodépen* damaient du plaiûr 4|ue ooas ptocurait cet adoucisseinenifiar lui-même^ Tespok quoiqu'assea peu fondé» que c'était un pas ¥^cs notre U^rté> nous mettait du baume dan» le puHlg. Nous avjou^ été ai aaa]> si borribleisient UsaîAés» daiiê<ûe« derniers teiSEis, qu'il suffisait à ceux qui étftient ak>i^ charge d;e nom garder^ -d'être animés de quelques «entiaien» d'humamité» poar pouvoir, sans ae Qx^g^^otf^eitf(^ rendre notre sort infiaiDient plus doux : ^1^ leur dais->jei^J443tiet de dire» qu'ils firent pour cela, tput oeiqui étâitt^ en«* Qiuand je dis^ Us^ c'est-à-dire, presque tous 1ns sergeps q^ii vinrent commander le j)P^ed^l# touryet dont» parconséquenl, nous dépenjHo» 4ions H^média^mepL |^& 0$ci#r« éi«9Jep(a,ep général, c^^eoT ^^^^^^^^ b<M»&; cep^ant <|uelque& uq$ .s(9 cmdnisineut nous per- MtSf^i»euik )»^re 4sard BeanJAipis ; ^ut la peimission

mettent de , r T n \ t »• i

nous voir, de ^ j^ifuèim^ ^i«^ le fiD^t» a tou^ beare, «t tant qu il dreVa'ir'^ pl^i9aît ; moD ^dèU Gainaclie ><9Jbtint w^$i cettie sur une ^s^^nur. Qaa 4<9^x iem4ibiT$i%^ npii,9 firent d'autant

teiraase* ^^ »

|dii9 4e fllàifjr, qu'ils aiufuriMJ^t^t d<» WMt ce qui se ynmitit an dfjbo^f^ et venaient «otfs le r^ooui^r* Hm, im]gl<é loute^ }e^ r éfi^ai^it^na que npM &ij»iaB»j pous 4iJAns ^six^}Sfm> non père et mQîj privés du pUiiâii d«

prendre Taîr, et nous en avions» comme on peni crùMi un besoin exirême : mon père en souffrait encore phis que moi. £afioy a^ bout de qBekpies> jours, noostïnev une après-dînée, TOfficier de gardie entrer âvrti notre prison, en noos disant : '' Vcnez^ Citoyens, venes *' respirer Pair : il est trop crud de Tcna» éiMffer de la *^ sorte ! Je le prends sar moi, oa m^en punira, si on, *' le juge à propos'' (1).-^Nohs le smtimes avec «n em« pressement facile à imaginer^ et eaTassûfant^de notre reconnaissance*

On n'a pas d'idée de PéUmrdîssement qu'on éprouve en voyant le grand jour, après en avoir été kmgieaas privé, et en respirant l'air pur. Je fits d'abord ébloui, au point de ne pas pouvcûr maarcher, peods^t quelques momens; pus, après cet étomrdisseneaf^ je me trouvai dans nœ espèce d'y vrcsse, qui me filâsait «banceller, et j'éprouvai», en même4em8E, un bour* donnement dans les oreilles, qui m'empêchait entièrement d'entendre ce qu'on me disait* Enfin, ce ne fut qu'au bout d'un peu plus d'un qnarl d'heure, que je fus en état de jouir réellement du bien qu'on m'accordait. C'était sur une petite terrasse adjacente à Isr Tour. <yae nous nous trouvions: on nous permit d'y rester «ne benre et demie ; et comme la nuit approchait, on ninis fit rentrer dans nos cachots. Le kodemain ei les jours suivans, on oontinua de nous accorder la même permission. Ciueiques Officîefs, cependant, soit par méchanceté, smt par crûnte de se compromettre, nous la. refusèrent, mais c'était assez rare^ cl souvent même, dans ce cas^ au moyen de quelques boufteHles de vin^ ou de quelques pipes de bon tabae> on obte* nait des sergi:!» qu'ils prissent sur eux de nous faire sortir u n moûaent, sur la Terr^ae. Enfin, comme je l'ai déjà dit, le régime miUlaitef n«s convenait infininvsnt

Cl) Ce brave homme se nommait CotHn, il était lieutenant dans uo ^atRtU«à et lsC£te-cr0r(Dijoa^.

^jm^I^ mieux que le régime Municipal; mais cette funeste çngeancei quoique subordonnée aux militaires (la Ville était en état de siège) trouva encore le moyen de nous persécuter. Un jour que nous étions tranquillement à dîner ensemble, deux de ces messieurs décorés de leurs écharpesi entrèrent dans notre prison, et d'un ton insolent, nous déclarèrent ainsi leurs volontés suprêmes: Citojensj la Municipalité, et les Administrateurs da département et du district, n'ayant été instruits que ^' ce matin, de votre réunion, nous ont aussi-tôt député <' vers vous pour vous séparer. En conséquence, il ^' faut que le fils aîné descende sur-le-champ dans sa " prison où il continuera d^être enfermé comme au- '* paravant, sans avoir de communication avec qui que *' ce solU^-^-Cette déclaration pénéu-a le fils aîné, de chagrin et de Qolère.— " Au moins," leur dis-je, "vous " voudrez bien permettre que j'achève ici mon diner: '^ il doit vous être assez indifférent qu'on m'ensevelisse ** une demi-heure plutôt, ou plus tard, dans mon cachot ?" Mon père était vivement affecté. — *' Mais ne sentez- ** vous pas,*' leur disait-il, " la dureté, l'injustice d'un '* pareil traitement, et surtout son peu d'utilité*"— "Nous '^ savons que cela est triste ; mais nous ne connaissons '^ que nos ordres."— ^ Enfin, ils nous permirent d'achever notre dîner ; mais ils ordonnèrent au sergent de m'enfermer aussitôt après dans mon cachot, et^s'en allèrent. Nous étions plongés dans la consternation^ et dans le plus morne silence, lorsque le sergent après avoir reconduit ces messieurs hors de la Tour, remonta vers nous, et s'assit à quelque distance tk notre table. C'était par bonheur un excellent homme, que l'éiat où il noùs^ voyait avait touché jusqu'à Tâme. — " Consolez-vous/' nous dit-il, " quand toutes les Municipalités de la terre, " me donneraient de semblables ordres, je me garderais " bien de les exécuter. Soyez tranquilles, vous resterez *' ensemble, à moins que mon Officier ne vienne luL» ** même vous séparer ; mais je ne le croii^ pas : car c'est

*' ati htiXt hoihtuè. Ce âbir, lorsqu'il cdmibéticera à ' " faire ndît, je Vîéridraî Vttus prendra, pont vous mener '* sut la petite terrâséë, et Vduà pourrei y prendre Taîr à " votre aise. IJé pluâ, je ne ferai aucude mention à *' ceux qui tiendront lùè i*elever, des ordres de ces ^^ gdrts là, fet voua continuereis à jouir des mèihés con- " solatioBi/* — Ce discours si inattendijj nous causa nonseulement tiné joie inexprimable, mais un attendrisse^ lïietit ejttrêtne. Ndus cherehiôns en vain des termes pour exprimer notre reconnoiiSsance à cet être généreux* que noué it'avions jamais vb, jusqu'à ce moment, et auquel q[ûus avions trne aussi grande obligation ! mais il vit combien nous y étions sensibles, et ce fut sa seule récompensé : car il né Voulut jamais recevoir de nous la moindre bagatelle I-^Tôut ce qu*il avait annoncé, se réalisa : tiotis restâmes ensemble, et nous eûmes presque tous les soirs, la permission de respirer l'air, plus ou inoins longtems, sur la petite terrasse. Lorsque quel-* qu'Administrateur, ou Officier Général, venait Visiter là Tour, (ce qui était afsséz rare) le Sergent accourait sur-îe* champ, nous enfermait séparément sous tous les verroux et grilles de nos cachots, et aussitôt, qu'ils étaient partie, il venait nous ouvrir, et nous laissait communiquer ensemble, comme auparavant. — ^Un jour que j'avàiè été enfermé Je la sorte, j'entendis à travers ma porte, un de ceà messieurs qui disait, en montant l'escalier: *' C'est le ci-devant Duc d'Orléans qui est en haut, et *^ son fils afné en bas ; mais ils n'y resteront pas longA *'tems: car il fout que leur têtes pètent t* — Quoique ce propos tfait pas été le seul de ce genre, que j'aye eu à essuyer, il me fit alors une impression d'auta'nt plus forte, que, par un effiêt du besoin qu'on a toujours de se livrer à l'espérance, nous regardions comme un très heureux présage, lés adoucissemens, que nous ne devions qu^àfhutnanité de nos bons Setgens.

Nous passâmes de la sorte le mois de Septembre, et une partie du rnoîiS sifivant. Ce fut dans la rfjatinée du

}5 Octobre^ que^ causaol avec moo père, nous vlinet airirer Beaojolou, avec précipitatiooi et nn air d'inquiétude quil voulait contraindre. Mon père lut demanda ce qu'il y avait de nouveau. — ^^ Il ett/' répondit-il, '' question de vous dans les papiers.''—'' Si ce ^' n'est que cela, mon cher enfant, cela n'est pas nouveau, ^ car on me fait cet honneur là assez souvent ; mms je '^ serai bien aise de lire ce papier, si tu peux me le pro- '' curer."—" C'est chez ma tante que je Fai vu, et elle ^ ne voulait même pas que je vous en parlasse ; m«s je " sais que vous aimez bien mieux être instruit de tout."— '' Tu as très-fort raison I mais, dis moi, est-ce à la Con- ^ mention qu'il a été question de moi T — ^^ Oui, papa, ejt ^' ila été décrété que vous seriez jugé." — ''Tant mieux! ^ tant mieux, mon fils ! il faudra maintenant que tout " ceci finisse bientôt d'une manière où d'une autre; et " dé quoi peuvent ils m'accuser î Embrassez moi, mes "enfans, j'ensuis enchanté?"— J'étais loin départage^ sa joie ; mais en même*tems, sa parfaite sécurité et le penchant qu'on a toujours à se flatter de ce qu'on desircy m'empêchèrent d'éprouver une inquiétude aussi vive que je l'euue ressentie, s}^ j'avais appris cette fatale liouvelle en son absence. Il se fit apporter le papier public, et y lut son décret d'accusation, joint à plusieurs autres.—^' Il n'est," me dit-il, " motive sur rien, il a été " sollicité par de grands scélérats ; mais n'importe ! ^' ils auront beau faire, je les défie de rien trouver contre '^ moi.** — C^était ainsi que cette espèce d'optimisme si précieux, qui dominait dans son caractère, lui cachait le danger affreux, auquel il était exposé ! — ^" Allons, mes " amis," continua-t-il, " ne vous attristez pas de ce que " JG regarde comme une bonne nouvelle, et mettons " nous à jouer."— Nous le fîmes, et il joua d'aussi bon eœur, et tout aussi gaiement, que s'il n'avait rien appris du tout. — Il me dit ensuite qu'on me ferait venir à Paris avec lui, pour y subir un jugement : je le pensais de même ; mais je n'en augurais pas, à. beaucoup près.

aussi bien. Quelques jours après^ nous eûmes la risite^

170S ût trois commissaivesi qui arrivaient de Paris, pour TioUcom*

chercher leur victime; ils nous parlèrent du ton le plus

* ■ Tiennent

polfy et u»ême le plut mielleux, (je n*ai jaihais su quel pour cher» avait été leur motif en ce!a)> nous engagèrent à n'avoir ^.'"^^ pas la moindre inquiétude, et nous assurèrent que c'était ^^^g^ moins un jugement qu'un éclaircissement, qu'on désirait. Ils dirent aussi/ en réponse à une question de mon père, qu'ils n'avaient aucun ordre à mon égard, et que, quant à son départ, il devait se tenir tout prêt, parceqù'ils viendraient le chercher sous très peu de jours. En etfët, le £3 Octobre, à cinq heures du matin, je fu9 éveillé par mon malheureux père, qui entra dans mon cachot avec les scélérats, qui allaient le faire égorger : il m'embrassa tendrement— " Je viens, mon cher Montpensier," me dit'il, *' pour te dire adieu, car je vais partir.''--J'étatt si saisi, qu'il me fut impossible de proférer Une parole ; je le serrai contre mon cœur, en versant un torrent de larmes. ^' Je voulais," ajoûta-tMl» '^ partir sans te dire adieu, *^ car c'est toujours un moment pénible ; mais je â'ai *^ pu résister à Venvie de te voir encore avant mon ié» ^f part. Adieu, mon cher enfant, consoles-^tol, consofes* f^ ton Trère, et pensez tous deux au bonheur, que nous ^^ éprouverons, en nous revoyant !** — Hélas ! ce bonheur ne nous était pas destiné !' — Malheureux et est^ cellent père ! Quiconque, a pu vous voir de près, et vous bien connaître, sera forcé de convenir (s*il n'est un insigne calomniateur) que vous n'aviez dans le - coeur^ ni la moindre ambition, ni aucun désir de vengeance ; que vous possédiez les qualités les plus aimables et les plus solides ; mais que vous manquiez peut-être de cette fermeté, qui fait qu'on n'agit que d'après sa propre impulsion ; que d'ailleurs, vous accordiez votre coo'fiance avec trop de facilité, et que des scélérats avaient troiivé le moyen de s'en emparer pour vous perdre, et vouK sacrifier à leurs atroces projets !-— Celui qui tiendra ce lunguage^ ne fera que vous rendre la jqstice laplqs sév^«

m|bî« ^àf 99Mioi» éorawwt M voixi ei ma)beureu«e<r ^^^* jMDt^ il$ n'fi| ont qa9 icpp de ooyeni« £h bien ! qu'ili^ contpnunept leur ppvragf ! <|u*iki achèvent de fl^hirer 1^ mémoire de ç^K êUe mlbftuné et sacrifié t jpofiifk puia|e-t-il au pioina être connn no jour l paUse le mçiH^e lavoir oe que je aaisi i pvtiasai^je encore exister à QfM« époque !-<^ilevenoQ« à mon triste aujet.

4« iQPHiai cbez Beaajoloisj que je trouvai en larmes^ et 0OU8 passâmes toute la journée à nous entretenir de cçjiqi d^ut i^oua ne pouvions noua imaginer que nous funptoiv séparés pour toiyours. Le I^demami nous nous opouplimei des moyens de sortir dç Ta&euj^ séjour, o^^ \ imw levions déjà pa^sé près de c^nq mois, c'estrà^ire, qiie notta ad^rçssame^ des pétitions aux autorités compé? tflltes^ Nous peasiooa qu'on A'auraît aucune raison de l^fttwir dans des oachpts deui( jeunet gens ftgé^ Vm de <^-biHt ans et i'auti:e de quatoiie, qu'on ne pouvait ^fiçm^r de rie»! et qu'on nous donnerai t> au moii^i' d^ logemens plu» sains, p]us clairs, et un peu plus de liberté, ^ous étiooa dans Terreur. La réponse à nos péUtipi)s« fu( un aKr$4é> portant défense de noua laisser aar^.r de la Totu, même pour un moment, permettant açuloment de nous taire prendre l'air pendant le jour, &ur le sommet de la Tour, oil on placerait une sentinelle, qui en refermerait la porte une bçure avant le coucher du soleil. Cette nouvelle rigueur, si oontraireà ce (^i\|r noMs nous flattions follement, nousN plongea dans la eûnsternatioo, et noua causa,^ en même-ten^, un VVélatUge de colère et d'indignation, que nous ne pûmes çacbi^r au porieiu: de cet ordre tyrannique; mais, aprè^ ffi\kh nous fumes fo^pés, comme à l'ordinaire, d'en prendire nptJCe parti, liuitou dix jours après le départ de mon ^e». Utous reçûmes avec joie une lettre de lui^ datée de làyo}^; elle était fort courte, et pei^ntenait que quelques ^éiaiU ^^^ saUsGaisants sur ^8a sanlé, et sur l'état dans l^quelil se tiquvait* Ce furent les dernièi-es nouvelles que fiouf resûmes de lui ! — On ne nous laissait pas alors lire

les papiers publics^ (]^uolque nous les d^fm^a^pniiM k^tc plus d'instance que jamais. Ces M^i^î^oi'* avaienfc cependant biea voulu 90U& faire passer^ pr^sqiie I<9i\^ars9 « quelques unes des lettres qu'on no^ éorivaîi, el dans lesquelles on ^vait bieq soin de ne rien n^eitre qui pât exciter le moindre soupçon. lies seules pgfsimiwr qui nous écrivissent depuis notre euappitoriBenieiit étaient, d'une pi^rt, mamère qui éiaU restée à Veraonjusqu'à l'affreuse époque dont je vais parler^ eidel'antrt

M°l® de B , cette excellente amie de mon pèfe^ tt

la nôtre, qui ne cessa jamais de i|oas donner les preawft d'attachement les plus touchantes^ ei qui pour nous pfo^ curer cette consolation, ne craignit jamais de sje^poaeri dans les teins les plus orageux, aux dangers qu'en tnk nait une correspondance avep des personnes aussi ans* pectes. Je ne dois pas oublier non plus, de Saim mention du bon licbrun, %ui avait été notre «on gouverneur, et qui continua aussi à, nous éeriie de tema en tems, quoique sa position fut aussi Iras critique» €!e fut même par une lettre de lui du Q Novembie, et ^î ne nous parvint que le 18, que nous commençâmes à nous douter de l'horriblç malheur^ que nous venÎMif d'épronver, ci dont nous p'avipiis aucune oonnaissancf« Je dis que nous ne fiimes que nous en dcMiter, ear^p quoique cç.tt^ Lettre contint quelques exhortations à fai résignation, et à la soumission anx dé$;r^s de la ProvK dence, qui n'étaient. que trop intelligibles, on s'était plA à nous faire d^es contes si contraires à la vérité, (|ue malgré l'inquiétude que iu>us causa celte lettre, nous tronvàmea moyen de la commenter et d<ç nous faire illusion snr leseas qu'elle aurait du nous présenter. — ''S'il était amvéxjnelque malheur à mon père^" disions-nous, '' pourquoi ne nous le manderfsiii-on pas pins positivensieat? comment ne l'aurions nous pas appris de quelqu'autre maniàM f ** Non, non; le bon Lebrun, ne nous exhorte à la *^ résignation, que parcequ^il sait qne^ snrtoat en

*^ r^btenee de mon pèrej nous en aTons besoin, dans la '' sitttatioD ou noos sommes."*

Tout en disant cela, nous étions néanmoins horrible^

ment agités, et nous nous cachions mutaellement nos

craintes* Ne pouvant obtenir les papiers publics,

malgré nos vives instances, nous accablions de questions

rOArier' de Oarde, et les Sergens, ou Caporaux, qui

venaient nous voir de tems-en*tems ; aucun né voulut

se charger de nous découvrir la fatale vérité. Enfin un

Garde<»de*Ville (que les Municipaux et Administrateurs

avaient placé auprès de nous, soqs prétexte de vejller à

ce que leurs arrêtés fussent exécutés, mais, au fait, pour

nom espionner^ et leur rendre compte de tout ce que

nous faisions et disions, vint nous déclarer un soir, d'tin

air sinistre, que ma tante avait obtenu la permission dç

venir passer une heure avec nous, le lendemain. Cette

nouvelle mit le comble i notre inquiétude ; cependant

nous parvînmes i nous abuser encore. ^' Ma tante,'*

disions nous, ^^ voit toujours en noir: elle s'est toujours

figuré que mon père courait de grands dangers ; elle

vient, sans doute, pour nous préparer à de mauvaises

** nouvelles qu'elle craint, mais qu'elle n*a certainement

** pas pu recevoir.**—- Le lendemain, jour affreux ! II

faisait si sombre dans notre cachot, que nous fumes

oUigés (ainsi que cela nous arrivait quelques fois) de

garder de la lumière toute la fournée. Vers midi, ma

tante arriva? ^^ Mes pauvres eufàns,'* nous dit-elle^,

après nou^ avoir regardé quelque tems, avec Falr de la

compassion, '' J*espèreque vous êtes préparés à recevoir

la pénible com m ission^ dont il faut que je m^acqûiue

«avers vous." — *^ Non, ma tante,'* répondimes-nouj

avec empressement, ** nous ne sommes préparés à rien,

^'•ttous ne savons rien.** — " Il est impossible que vous ne

'^ votts.doutiez pas du terrible malheur que U religion

^ seule, peut vous aider à supporter courageusement ; il

'^ faut enfin cesser de vous abuser. Lisez d*abord cette

^' lettre que voire mère vous écrit, et qu'on vi^nl de inç

€€ it-

*' remettre pour vous," — h^ lettre ne coateniât ûtfe c» ^ ' " * mots, en caractères très-gros et très-défigorés : " Vivez, jjo^^ *' malheureux enfaqs, pour votre si malheureuse œèrerP'*°<>;« ^*

' • mort de

Cette déchirante recommandation me bouleversa totale» mon père. ment : je regardai Beaujolois ; et à peine nos yeux se furent ils rencontrés, que les larmes en sortirent aiis«t^t> avec d'autant plus de violence, qu'elles avaient été longtems contraintes. Cependant ne pouvant me livrer à rafFreuse idée dç la perte que nous venions de faire,. ^^ Ma tante,'^ m'écriai je, " de grâce, expliquez-voas, '^ qu'est devenu mon père?'' — ^^' Vous n'en avez plus/' me répondit-elle, '' il a été condamné à mort et exécuté !'' — Je n*eus que le tems de m'écrier. ** Ah ! les exécrables '' montres !" Et je perdis aussitôt connaissance. Beaujolois ne tarda pas à s'évanouir aussi. En revoianlà moi, je me trouvai tout en convulsions. On voulut me porter sur un lit ; et ce Ht était le même dans lequel mon malheureux père avait couché quatre mois ! Cette vue me fit une impression impossible à rendre : je criais^ je hurlais, je menaçais les assassins de mon père, je leur demandais la mort^^^et j^étais enfin dans l'état le plus violent, où on puisse se trouver. Ma tante, voulut nous 'faire des exhortations ; mais je les reçus si mal, qu^elIe s'en alla.

Lorsque nous fûmes un peu plus tranquilles, et qu'il nous fut possible de nous entretenir ensemble de oot^e malheur, je dis à Beaujolois que je ne doutais pas q^e les scélérats qui venaient d'assassiner mon père, jae crussent leur ouvrage incomplet, tant que ses enfand existeraient, f t que certaipemeqt, un crime de plus ne les arrêterait pas. J'ajoutai que d'ailleurs, la mort était ce que nous devions désirer le plus, puisque nous ne pouvions plus espérer maintenant qu^on nous rendit nùtie liberté. Beaujolois m'assura qu'il pensait absolu» ment de même; et tous deux, nous affermissant dans l'idée que nos maux ne dureraient pas long^tems, nous parvînmes à les supporter avec plus de force et de calme^

QoekjQefWë, lorsque nous nous sentions.clominer par le» idées noires, que nous né pouvions pas toujours vaincre avec autant de facilité, nous nous forcions à prendre ^•eliqttés Terres de vin de plus qu'& Tordinaire; puis •lisoile ft fumer, ce qui nous procurait une espèce d'éioiifdissetnent, pendant lequel nous ne songions point i l'horreur de notre situation, et cela était suivi d^uti iommeil salutaire. Affreuse existence! Le sort des Mlcnattx, excitait notre envie! 'Mis sont exempts du ^ toftrnletrt de la pensée,^ disions nous, '' ils sont bien '' heureux T-^ Plus d^une fois, nous nous souhaiiâmes en nous couchant, de ne plus nous réveiller, et ce souhait était bien sincère. En efiet, le moment du réveil était, peut-être le plus affreux de la journée : la vue de notre Caebot, dans lequel le jour ne pénétrait à travers trois ran^ de baneaux et un grillage, que pour mieux en découvrir Pliorrenr, faisait renaître en nous toutes les cnienes tdées, qu'un sommeil bienfaisant avait éloignées pouf quelque tems. L'espérance était pref^qu'entièreiflient bannie de nos coeurs ; je dis, presque, parceque, grftee à la Providence divine, elle ne peut jamais Pêire entièrement Cependant^ que pouvions nou,s laisonliabfenïeDt csrpérer f L'arrêté par lequel le Département et la Municipalité, après avoir reçu toutes nos fée)ai»atkyns, nous condamnait à rester enfermés dans I^ Tour, noirs prout^ait qu'ion avait ^intention de nous y IttuiRer très lorngtems, on au moins, jusqu^au moment oiî 0Êk jugerait S propos de nous envoyer a la boucherie^ D'tiit Cittirt c6té, les papiers publics qu'on nous laissait }ffede teiif8«^n-tems, fie nous permettaient pas de con« 8erfe# )e moindre doute sur Tirirévocable proscription que fe» forcenés, qui gouvernaient alors, avaient jurée Mnrtre tous les nobles, et à plus forte raison, contre notre famille et contre nous. Leur haine s'étendait même jusqt^aux enfttns, qu'ils désignaient sous le nom de Lauveteautftï^tOiqaeU ils déclaraient qu'ils ne feraient aucun quMtitr. Ainsi donc, nous ne pouvions paâ

ttièmc conserver Tespoir d*être épargnés en Ifaveul de notre âge, ni parconséquent nous faire la moindre illoMOtt sur le sort qui nous menaçait. Mais, comme jt Ysâ déjà dit, nous étions parvenus à Tenvisager avec «n ealoie si parfait, qu'il approchait beaucoup de nnsoiteiaoce. Aussi, nous nous trouvions Tesprit assez libre, poéif poo^^* voir goûter la lecture^ et nous y livrer pendant k plus grande partie du jour; ce qui était pont hoi» nmié ressource incalculable, et dont nous attrioaa été pri^^ si nous n'avions pas réussi à éiotgnef les borribles idées que notre situation faisait naître si naturelleineftt. Notta étions, ainsi que je crois l'avoir d^a dit, abonnés cbea un libraire, dont on nous permettait de reeevoit» les livres, après qu'on leur avait fait subir l'examed par lequel passait tout ce qui devait nous être reiâia. IfottS consacrions donc nos tristes journées à la lecture, eC à la très oourte promenade qui nous était accordée sur une terrasse dVnviron quatorze piedi fuarré^ au som* met de la Tour. J'ai oublié de dire que> par .un article de l'arrêté qui nous confinait dans ce triste séjour, il nous était expressément défendu de voir qui que ce fût ail' dehors, et il était enjoint à notre domestique de«e oonsti« tuer prisonnier dans la Tour, s'il voulait continuel à noim servir, ou de sortir à l'instant du fort> pour n'y piM fentrer^ s^il ne se souciait pas de souscrire à cette con^ dition. Ce domestique était un Limousin nommé Coste,qui nous apportait notre dSner de ches& le traitenr, et nous l'avions pris à notre service, depuis le départ de Gamache qui avait suivi mon père* Coste aimair Fargent, et une promesse de lui donner tous les' mois» trente francs, (en assignats qpi perdai^il beaucoup) indépendamment des quarante cinq francs que le Dé« partement lui donnait pour nous servir, le détermina à accepter la condition, et à s'enfermer avec nous. J'étais étonné qu'on pût faire un pareil sacrifice pour de VwfjesoXf et sjirtout pour aussi peu d'argent* Nous avons eu lieu de penser^ depuis, qu'il espionnait^ ^ fondait compte de

■ 'ce que nous disions à Messieurs du Département, et

' ^ ' de la Municipalité, et même nous le surprîmes un jour, écoutant à la porte, ce qui nous détermina à le congédier; mais ce ne fut que longtem» après, car il passa six mois entiers avec nous dans la bienheureuse Tour. Assurément la vie qu'il y menait, était aussi parfaitement triste et ennuyeuse, qu'on peut se le figurer ; car il ne savait ni lire, ni écrire^ et n'avait d'autre occupation, après celle de faire nos lits^ et de nous servir à table ce qui n'était pas long, que de manger et de boire, ce' dont il s'acquittait fort bien. Il passait le reste du tems' sur la terrasse, où il avait toujours une conversation établie avec la sentinelle, lorsqu'on voulait bien la lui accorder, ce qui arrivait ordinairement: il s'enyvrait régulièrement tous les soirs, et il avait en général, ce qu'on appelle le. vin mauvais. Aussi, dès que l'ivresse se manifestait, nous l'envoyons toujours coucher, ce qu'il faisait, en grognant beaucoup. Il couchait en bas dans l'endroit où j'avais été enfermé pendant trois mois avecGamache; car ces Messieurs avaient bien voulu nous accorder, par leur arrêté, la jouissance des deux cachots de la Tour ainsi que du petit escalier, qui menait de l'un à l'autre, et aboutissait à la terrasse, dont la porte n'était ouverte que pendant le jour. On la fermait le soir au coucher du soleil, et on allait l'ouvrir le lendemain matin. On relevait, toutes les deux heures, la sentinelle qui était en haut, et bien souvent le Caporal etles Soldats entraient dans notre triste séjour, pour y satisfaire leur curiosité en nous regardant. Ces importunités devenaient si fréquentes et si odieuses, que nous sollicitâmes et obtînmes la permission de fermer notre porte en dedans, avec un petit crochet que nous y fîmes placer. Celte précaution ne put nous débarasser des rondes de jour de Messieurs les Officiers de garde : quant à' celles de nuit, nous nous dispensions d'aller leur ouvrir, et ils n'insi^taiei>t pas ordinairement. Il y en eut un^ cependant^ qui venant nous rendre sa visite à minuit,

s'obstîna à frapper à la porte à coups redoublés. Je ^ m'éveille en sursaut^ et demande ce qu'on veut. On répond, ^^ Ronde de nuit.''—" Citoyen, nous sommes

*' couchés^ et on veut bien ordinairement nous laisser *' dormir en repos." — ^'^ Ouvrez la porte! il faut que '^j'entre." — " Nous vous l'ouvrirons demain, mais à présent, nous sommes couchés, et nous vous prions de nous laisser dormir." — '^ Si vous ne l'ouvrez pas sur-le-champ, "je m'en vais la faire enfoncer." — " Faites la donc *^ enfoncer. Citoyen; car nous ne l'ouvrirons certaine- " ment pas maintenant." — Sur cela, il s'en alla, en faisant mille menaces que sa fureur lui inspirait. Il revint à cin4 heures du matin, mêmes menaces, et mêmes réponses. Enfin, il revint à neuf heures, pendant que nous étions à déjeûner; son extrême malhonnêteté nous, avait déterminés à ne pas lui ouvrir du tout, et à attendre jusqu'à midi, qu'on vint le relever; mais pour se pro-< curer le plaisir qu'il poursuivait avec tant d'acharnement, il s'avisa d'un expédient. Ce fut de contrefaire la voix du Commandant du Fort, qui était depuis très peu de tems en place, et qui, sans pouvoir changer notre position, était venu nous voir, et nous avait témoigné beaucoup d'intérêt et de bons sentimens ; croyant que c'était lui, qui venait nous rendre visite, nous nous empressâmes d'aller ouvrir; mais nous fumes cruellement désappointes^ en voyant entrer un homme qui nous était parfaitement inconnu, et qui se jetta sur nous le sabre à la main, avec toutes les démonstrations de la fureur.—" Je vous apprendrai," s*écria-t-îl, " ce que c'est " que de vouloir résister à un Républicain !"-— Un Ser-» gent qui le suivait, le retint, en lui disante *' Moq " Officier, laissez ces malheureux jeunes gens : ce serait " une lâcheté, que de les attaquer dans l'état où ils " sont !" — " Non," répondit-il, " ce sont de f . . . arislo-» " crates, et il n'y a rien qu'ils ne méritent!" — " lih bien, " misérable !" lui criâYnes nous," exercez votre valeuf sur ^^ deux prisonniers sans défense ; votre ^rand^ sabre ^t

- • ■ " '^ vot meanoes ne nous intimident uttllement."' — ♦' Sois ^793. ,, tranqaUle,^' répliqnaVil en m'adressant la parole^ et en me tutoyant révolationnairementi 'Ma guillotine m'épar* <' gnera la peine de t'arranger comme tu le mérites ; rap- " pelles toi seulement le M>rt qu'ont éprouvé tes parens, ^' et trembles, car ce sera le tien ! En attendant j le *' rapport que je vais faire an Représentant du Peuple* <^ pourra bien l'accélérer. Adieu.''— £t il s'en alla» Quelques momens après, le Commandant vint nous voir, et sans que nous lui en parlassions, nous assura que, • pour prévenir le mauvais eSIt que pourrait produire le rapport de ce misérable, il allait en faire un dans lequel îl raconterait la chose comme elle s'était passée, et demanderait que le Ifiche, qui avait insulté de la sorte et de propos délibéré, les prisonniers qui étaient spus sa garde, ittt réprimandé comme il le méritait. Nous le priâmes de renoncer ^ ce projet, et de se contenter simplement du récit exact du fait, ce qu'il nous promit. Nous n^entendimes plus parler de cette aâàire, ^t nous ne revîmes jamais ce misérable. Nous apprîmes seule^ ment, par ceux de ces camarades qui furent de garde après lui, qu'il avait été jadis, ce qu'on nommait Jtioyeur, à la porte des spectacles (I), jç leur dois même la justice d'ajouter, qu'ils nous en parlèrent avec vn profond mépris, et nous assurèrent qu'ils étaient tous indignés de sa conduite à notre égard. Nous les remerciâmes de leur politesse qui paraissait sincère, et qui parconséquent nous faisait plaisir, et nous les assurâmes à notre tour, que les insultes de cet aboyeur, n'kvaient produit sur bous qu'aune très légère impression. )ie Département avait, depuis notre arrivée jl l^arseille, et par ordre de la Convention, payé tous les mémoires du traiteur qui nous fournissait jt manger. Il s'avisa tou^ , d'nn coup de supprimer ce payement, et de taxer notre nourriture à vingt quatre francs en fissignat^i^ par jour, ce

tm-^

^t) 'C'est-i-dire, qu^ll appeUnit ies Toftnre^

ce qui équitralait alors à huit francs en argent. Cet huit francs passaienr par les mains du traiteur» qui nous nourrissait fort mal, et qui en gardait la uioiiié. Nous flmesj à ce sujet, de vives représentaticins à no$ tuteurs, et nous obtînmes enfin^ que Targent nous serait remis, au lieu de Têtre au traiteur, et que nous pourrions avoir un jio^ au feu, dans notre Tour, et faire faire la cuisine par notre domestique. Cet arrange* ment nous convenait d'autant mieux, que nous n'avions pas un denier, et que toute modique qu'était ia somme qu'on nous allouait pour trois personnes (nous deux et .notre domestique), nous espérions économiser assez sur elle, pour payer notre blanchissage, et d'autres petites dépenses nécessaires* Le Département nous avait aussi foiirni à chacun, une grosse capotte, une veste, un pantalon de molleton et de gros souliers. Ce co>tume était completté par un bonnet de poil dont ia fourrure avait appartenu à des animaux domestiques. Indé* pendamment de tout cela, les Administrateurs nous avaient donné à chacun, une douzaine de chemises, dont la toile aurait été employée d'une manièfe beau* coup plus convenable, si on en avait fait des toichons^de cuisine. — Equippés de la sorte, nous aurions eu grand tort de nous plaindre, et d'ailleurs la plainte aurait été parfaitement, inutile: aussi n'en fîmes nous aucune. Cependant on nous avait laissé parvenir, je ne sais comment, une lettre de ma mère, dans la quelle elle nous annonçait qu'elle nous en voyait une somme de douze mille francs, que le négociant Rabaut était chargé de déposer dans les mains des autorités constituées, (le Département le District, et la Municipalité), pour qu'elles nous la fissent remettre partiellement,, et de la manière qu'elles le juge* raient convenafile. Cette somme nous paraissait une ressource inépuisable; mais nous doutions qu'elle pût arriver jusqu'à nous, et nos doutes n'étaient que trop fondés. Messieurs du District reçurent la somme, et jugèrent conretiabie de la confisquer sans rien dire. Nous ne

sûmes positivement cette circoDstance^ que longlemfl après : car toutes nos demandes à ce sujet, restèrent alors sans réponse.

Nous nous décidâmes enfin à prendre notre parti sur cela, comme surtout le reste ; à mettre notre vieux bonnet tur Foreille comme disent les soldats, et à tâcher de supporter patiament la cruelle vie, à laquelle nous étions condamnés, jusqu'à ce qu'on jugeât à propos de nous en débarasser. A l'exception de quelques épisodes, à peu près semblables à ceux que j*ai déjà racontée, et de quelques redoublemens ou relâchemens de sévérité, selon l'humeur de nos gardiens, nous n'éprouvâmes aucun changement dans notre situation pendant tout le temps de ce triste hiver, ni, parconséqent, rien qui mérite une place dans ce récit. Je crois avoir seule-* ment oublié de dire, qu'on nous permettait de lire des papiers publics, dans lesquels nous n'avions à apprendre que la mort de quelques personnes auxquelles nous portions intérêt ou afTection, ou les nouvelles menaces et injures que les scélérats ne cessaient de vomir contre ceux qu'ils avaient proscrits. Nous n'ouvrions jamais ces horribles journaux, sans une répugnance qui cédait, cependant, à l'intérêt extrême de savoir quels étaient ceux dont nous avions à pleurer la perte, et si nos noms ne se trouvaient pas aussi sur la liste des proscriptions.

Vers le mois de Mars 1794, nous apprîmes qu'il venait d'arriver à Marseille, un Représentant du peuple muni des pouvoirs les plus étendus, et qui avait annoncé l'intention de réparer Tinjustice de ses prédécesseurs. Ce Représentant était Maignet, dont le nom est devenu, depuis, si fameux dans le midi, par les cruautés atroces qu'il y a commises, mais qui alors, n'était point, ou presque point connu. On espérait donc quelque soulagement de ce nouveau venu: car il faut toujours qu'on espère ! quant à nous, sans nous livrer à l'espérance, et malgré notre dégoût pour les pétitions, nous nous déter^ inlnâmes à en risquer upe bien courte, dans laquelle

toous exposions au Citoyen Représentant^ *' que le

" décret qui nous privait de notre liberté, portait que

^* nous serions détenus, dans les forts et châteaux de

*' Marseille, mais point du tout ensevelis dans un cachot^

** comme celui dans lequel nous gémissions depuis plus

" de neuf liiois ; que nous réclamions l'exécution de ce

*' décret qu'on avait observé seulement à l'égard de

** M. le Prince de Conly et de notre tante, et qu'on

'^ avait outrepassé à notre égard, d'une manière si cruelle

*^ et si injuste." — Cette pétition n'eut pas un sort plus

heureux que les précédentes, et on ne daigna pas y

faire la moindre réponse ; mais voici la manière, dont

on imagina d'y faire droit selon l'expression ironique

qu'il employa). — Ce fut Je 3 Avril, environ trois 3 Avril.

semaines après l'envoi de notre pétition, que nous prince ^^^

fûmes réveillés en sursaut à cinq heures du matin, par ^^^î^ ^^

*^ ^ *^ enferme

des coups redoublés qu'on frappait à notre porte; (j'ai avec nous déjà dit que nous avions obtenu la permission de fermer cachou cette porte en dedans). *' Qui frappe," nous écriâmesnous, " èl que nous veut-on ?" — 'rC'est moi," répondit alors une voix que nous reconnûmes, sans peine pour celle de M. le Prince de Conty ; '' c'est moi, Citoyens! *^ on vient m'enfermer avec vous !" — Je crus entendre m'emmener avec vous, et je ne doutai pas que ce ne fût pour nous conduire ensemble au Tribunal Révolutionnaire. J'allai ouvrir, et malgré les sinistres idées dont j'étais rempli, j'eus réellement besoin de me faire violence, pour contenir l'extrême envie de rire, qui s'empara de moi, en voyant l'étrange apparition qui se présentait. Il me serait impossible de donner une idée de la figure de M. le Prince de Conty, la tête couverte de papillottes, un petit cluipeau à trois cornes horisontales par dessus, joignant à ses grimaces ordinaires, celles de la circonstance, et dardant sa canne en avant en criant : " Quoi, malheureux, c'est ici !" Il était suivi par son vieux et fidèle valet-de-chambre, Jacquelin, et par un Garde-de-Villé, dont l'air insolent justifiait le choix qu'on

afuit filit de lai^ pour cette miision. — ^"^aîntenant,'' ^^ dit ce dernier, tn s'adressant à M« le Prince de Cont/, '' il ne me re$te plus qu'à faire venir ici votre lit et vo» ^ eflêls^ et les ordres que jVi reçus à votre égard, seront '^ alors entièrement exécutés/'— *' On veut donc me faire *' mourir i petit feu/' s'écria-t*il ! *' eb bien, soyez tranquille^ cela ne sera pas long ! je serai bientôt étouffé dans cet horrible lieu. Mais, malheureux jeunes- ^ feo9,"(continua-t-il, en s'adressant à nous), ^< comment ^ avex^vous pu vivre ici pendant dix mois V* Nous ne répondtmes à cette question» qu'en l'assurant du regret que nous avions de le voir condamné à partager notre rigoureux sort. Il se mit à pleurer, et s'asséjrant ensuite, il resta quelque tems, plongé dans une profonde médi* tation; puis, tout à coup, '^ Jacquclin," s'écria-t-il, ''iyiel quantième da mois, est-ce aujourd'hui T — ^ Monseignenrj^ c'est le S Avril."—- ^' Voua ne savez ce <|ue vous dites, car c'est le 10." — ^ J'ai rhonneur de vous ass^er, Monseigneur, que e'esl le S." — ^* Je vous ** dia que c'est le IQ." — ** Monseigneiir, ce n'est que le '* S*"— Et chacun persistait dans son opinion ; cette dispute,. qui an seste, ne se passait qu'entre les dents, aniait pu durer plus longtems, si je n'y avais mis fin, en certifiant que l'almanach donnait gain de cause à JacqueRn, el que c'était en effet le S Avril. Nous ne pouvions pas revenir de l'étonnement que nous avait causé l'arrivée de notre malheureux pavent; mais nous n'âsions lui faire aucune question à cet égard, de peur d'augmenter son chagrin. • Le voyant plongé dans un accablement total et inquiétant; nous l'invitimes à aller prendre l'air sur la terrai^, au dessus de la Tûur, où on nous permettait de passer quelques heures, en présence d'une sentinelle ;^ il y consentit, et l'ûr parut effectivement lui fiuce du bien. A peine fut-il un. pea remis, qu'il nens |irit tous deux à part, etnons dit aassi bas qu'il put (ee qm ne Tétait .guères : car sa voix gémissante perdait toujours malgré lui.) ^* Messieurs, je ne vx>ut cache pas

^ que ndtta àbinmès perdus^ et je dois vous dire même, '^ que nous n'avons pas vingt-quatre heures à vîVre ! ^^ '* On ne m'enferme ici avec vbus^ que comme oii '' enferme des bœufé et dès ibdutolis; lotsqti'on «fît *' au moment de les égorger. Vous voyez bien ce '^ vaisseau là!" (continuaL^t*il, eii nous montrant avec sa canne un vaisseau dans le port); ^' ëh faSed ! ce sent '^ le lieu de notre supplice ; c'est là qd'oh va nous '^ mettre^ poui* nous noyer^ au mbyen d'une fouptipe; '' aussitôt que nous serons sortis du port : c'est ëomnle *^ je vous le dis^ vdus potive2 y compter." Ce diScoûnt nous fit craindre que notre vieux parent ne radotât tout-à*fait : car, quoique nous fussions bien persuadés que notre mort était résolue depuis longtems, aurait-on confié à unç dei)^ victimes, quels étaient le lieu, l'époque, et le genre de supidice qu'on leur réservait? Cfcla ù'était assurément pas probable, et il ilous parut beaucoup pluâ naturel de croire que ce terrible projet n'avait été enfanté que par la p^ur de notre vieux compagnon d'infortune. La suite prouva qpe nous aviotis taisori.

Vers midi^ On apporta les lits de M. le Prince dé Conty, et de Jacquelin, ainsi qu'un grand fauteuil, une commode remplie d'effets, et une chaise percée. A la vue de ce dernier meuble, il nous demanda pardon de son introduction^ en nous assurant qu'il ne pouvait pas s'en passer, n'ajraiit jamais pu s'àccou* tumer àaller aux latrines, et surtout à celles d'tin cachot. Puis adressant la parole au secrétaire du codâmandaiit du Fort, qui accompagilait ces efiets : ^^ N'est^ll pas '^ affreux. Citoyen Pigoieux, de notiS empilet ainsi dans *^ cet abominable trou, comme des bêtes qu'on va mener ^

** à la boucherie, et de mettre le comble au malheur '' de <^ jeunes gens, en leur envoyant mi vieillard îik '^ firme, qui va être, malgré loi, leur fléau, et qui va les " empoisoftQec pur lès inf&mes cochônneneajq^'it sera '^ obligé de faire f n leur présence T I^ ton ei le»

grinmces, dont cette belle harangue fiM aseompf^goée,

^^* ne nous permirent pas de garder flui loogtcma «irtre

sérieux, et nova éclat&mes avec d'autant plus de force,

que nous avions mis plos d'application à nous conteiûn

hà pauvre M. le Prince de Ckmty ne s'en déoonceiia

pat du iout^ et continua à déclamer sur le nnÊme ton,

jusqn'i ce que le Citoyen Pigneux Veut assuré d'un air

mielleux et hypod^ite (i% qu'il était sineèpement touehé

de sa position/mais qu'il n'y pouvait malhenreuscaieot

rien, et que c'était au Représentant, qu'il devait s'adresser.

U ty oûta qu'il était chargé de lui annoncer que son valet*

de-chambre, Jacquelin, qe pourrait rester auprès de lui,

qu'en se constituant prisonnier, mais que son autre vniet*

de*chambre, Courvoisier, pourrait aller et venir pour ses

commissions, pourvu qu'il se soumît à subir, en entrant

et en sortant, l'examen nécessaire. Jaoquelin déclara

qu'il n'abandonnerait jau»ais son maSUe* Celui«d, l'en

remercia avec attendrissemeql, mais lui dit ensuite :

'^ Vous ne saves pas, Jacquelin, jusqv'où va le^ sacrifice

<< que vous me faites* Apprenez qu'on commet un crime,

. " en témoignant de l'ajitacbement à un être proscrit

^ comme moi ; et vous ^tes un boa^me p&ci,n y —

^^ Hélas ! Monseigneur," veprit l'autre, ^' pourquoi vous

^ désespérez vous ainsi i votre position est affireuse, j'en

'< conviens, mais permettez moi de vous dire que vous

*' voua en exagérez les daoger8,''.«tC'est ainsi qui^ ce brave

homme tâchait de ta^û^er son vieux m^tre, envers

lequel il observait tpiijours djea formes aussi respecta-*

euses, que-si son sort et sa fortune n'eussent éprouvé aucun

changement. U n'en éjait pas de mliçe de Çduc voîsier,

qui semblait avoir renoacé à toute espèce de bienséaace

dans son lapguage et S)(s luaiûères. il rendit ^cependant

■ —m^^l^^Mir»— — Mi— Ifci^— ^iM>i,<—^^

(l) Ce Pigneux arait été d'abord du parli auU-jfcobiq^ et sû%^ pril^ comme tel, à l'arrivée de Carteaux, à Maiseille.-^II avait ensuite ab^Qo sa liberté, mai« la peur et l'intérêt» Pavaient rendu un des plus afl^ servi* teurs des scâérats qui gouvemaieat «l«i»i

^od^foet serrioM aises îinportAns à M* le Prince de CoDty, meb nu b«ut de quelque ten», il FabudoDim^ et t'en retourna à Paris.

La première nuit que le pauvre Prince deContji^ ]MUisa dans notre triste séjour, fut employée^ d'un bout à rautre, par un dialogue continuel entre lui, et son valeMe-cbambre, qui, cependant^ s^eadormait de temsr en-lems, et ne répondait 1^ demij qn'après deox on trois appels. — Quant à oons-deux, Beauj<^îs et moi, le brait et la lumière nous empêchèrent de fermer Tcail, et dous ne perdions rien de leur conversation. Qudques foil, nous entendions : '^ Jacquelin, cesMesMeurt, dorment-^ f« ik ?"«^<^ Je le crois, Monseignenf/'*-^'^ Comment peut*- ^ en dormir dans cet exécraUe lieu ?'' Il faisait sonner sa montre ; puis un momeat apr^ : '' Jacquelin, j'entenda ^^ dn bruit ; on ykat sans doute nous égorger/^ Ènfin^ nefus nous étions assoupis, nn peu avant la pointe dn jour^i lorsque nous f^es réveîHés en sursaut par les cris de M* le Prince de Gonly. ** Messieurs! Messieurs! *^ levez-vons! j'entends des gfsns armé» qui montent le ^^ petit escalier, et Dieu sait ce qn'ils nous veulent i* Nous le rassurâmes bientôt, en laî disant que c'était If Caporal de garde^ qui allait, selon i'usage> ouvrir la porte d^ fa terrasse, une benre après le lever du scdeil, et f poser 9ne sentinelle. Ses intyiiétude» et ses aliarmesi élinent si fréquentes et $î vives^ qu'il me paraissait im« poi(sifole que sa tète y r^slftt longtems, et qu*eU« tardât à s'aliéner lotatemeat* Cependant il eut le bon^ henr de la conserver intacte (physiquement et morale^ ment) pendant les trois mois qui s'écoulèrent depuis ce tnoment, jusque la odorl de I(obespierre, qui n'eut lieu qti^à la îai de jtiillet 4^ celte ain^e ^79;^; nmia lea sujets d'int^uiétude ne devinifent pendant cet espace de tems que pitrs fré^uens et plus terribles. Il employa les premiers jouors de sa réclusion dans la Tour, à écrire pétition sur pétition, et k tiout en pnre perte. Cette occupation avait cependant ITatMi^aigç 4'^J^l9J«(

71^ me partie de sa journée^ et il en passait otàmakeiÊkesA Je reste aor la terrasse. Le poif^ il ledesœndaii dans ce qo'il appellaitj» avec raisoQ, sofi tembcëu, et après le aoaper qui était soo principal repas» et qa'il allpngewt le plus quUl pouvait, il nous çoatait assea souvent des histoires de son jeune tems. Ensuite Jacquelin lai mettait ses papiUottes» cérémonie qu-il ne onanqaa jamais d^bserver une seule fois, quoique le genre de sa fionvelle demeure semblât devoir lV»n dispenser.

J'ai, je crois, oublié de dire que la manière dont le Représentant Maignet, avait jugé à propos de fairç droit à notre pétition, avait été de rendre un arrêta portant que tons les membres de la famille Bourhoa détenus dans le Fort S^ Jean, seraient enfermés en^r aemble dans la Tour du dit fort, sans aucune distinction de traitement. Ce fut en vertu de cet arrêté qu'on y amena notre malheureux parent; et ma tante allai ( y être conduite aussi , lorsque ses pleurs lui firent d'abord

• obtenir un sursis à rexécuUon de Tarrêté, à conditioQ. quUle n'«n sortirait phis pour se promener dans le Fort, comoaie elle le faisait auparavant. Revepons ^ ce qui sq ]^assait dans notre triste Toiic.

Ma tante ne devant plus y venir, M. le Prince de Conty, s'établit avec Jacquelîn dans le cachot d'en basj^ et nous laissa l'entière jouissance de celui d'en haut* Nous étions cependant presque tovÙQiirs ensemUe, excepté la nuit, et le tems qu'il employait à ça toilettejt ce qui n'était jamais moins de dem^ o.u trois heures* Uii matin que Beaujolois et moi, nous nous promenions sur la terrasse, nous vîmes pour la première fois passer, sur le port la proectsion it la Dica4jc. £Ue était form^ç. par doaae qu quiniee polissons, vêtus en Ro^aips, qui portaient les bustes fie Rrutus^ de Marat et de {^pelletier, ainsi qu'une énorme toMuta^gnc en pl&tre. lous ks f^pa administratifs suivaient pompeusement cette ridicule mascarade ; ils étment accompagnés d'une

'ioule df badauds qui s'égooiliaieiit à crier; '^ fïf ^

*' Ifl MépiAtieo, et la Montagno r Pentani que celle lioaveauté pourrait amoter un moment notre tiens c«nnpagnpn dinfoitone, noos descendîmes ponr Ten aTertir, et lui proposer de venir voir cet étrange spectacle. Nous le trouvâmes en robe de chambre de damas cramoisi i grands ramages, un bonnet de nnit à ruban sur la tête^ et paraissant fort allarmé de notie visite, quelque simple qu'en fûl le motif/ ^' qtA procemon f ^fu6 ^* Diabie T* nous demanda^tMl^ d'un air effrayé : *' je ne ''me soucie pas du tout de voir çà; mais, Messieurs^ '' peut on s'en dispenser ?" — ^Nons rassurâmes que rien n'était plus facile, et que nons n'étions venus lui en faire part, que parceque la chose nous avait paru assez curieuse, pour qu'il fôt bien aise de la voir. '' Si cela ^ est ainsi,'' nous dit*il, '' je vous suis bien obligé, et ^'je vais monter avec vous sur la terrasse." Il y vint en effet, dans le costume que je viens de décrire, avec une grande lunette qu'il braquait sur le port, en crinot : '' où sont-ils ? oà sont-ils T — Cette figure était si parfaitement comique, que, non seulement la sentinelje ne put pas y tenir, et éclata en le voyant, mais que Penvie <^ rire gagna aussi tons les Soldats qui étaient fa pied de la Tour, et oeui^ qui étaient au pont levis. Heureusement le bon-homme était si occupé de la procession de la Décade, qu'il ne remarqua point l'effet que produisaient, sa robe de chambre, son bonnet de nuit^ tes pantoufles et son air effaré.

. Au bout d'environ dix ou douie jours, CSourvoisier, l'autre valet-de-chambre de M. le Prince deConiy;, dool j'ai déjà parlé, vint lui annoncer, qu'à sa sollicitation, administration du Département avait nonmdé des CSoramissaires pour examiner notre prison^ /et ponr nous transférer dans un endroit plus sain et plus habitable, s'ils la trouvaient aussi affreuse qui'il ht leur avait décrite. '^ Je leur ai dit," ajouta^t'41, ^f qu'on ne voyait goutte dans votte Tow, et qwTû .y '^ régnait une telle humidité^ qne vona é<ie2 toujours

' if oUigéft d'y A|ire dki feu^, malgr^ la fiuoéc doqt vdn» ''étiez étoafféa; aio$i, pour coDfimier mon ra{>par^ f' ayea aoiii deoiaio;^ loraqa'ils viendront^ d'augmenter 'fia famée à tel point, qu'ils en soyent evx mêmes f' Miffoqués !" — Coiiformément à cet avis^ ooiib ne SMnqnâmeft pa% le l^ndemain^ d'augmenter la doee ordinaire de fpméej par tous lei moyen» poiislbles. M. 1^ Prince de Coaty criait : '^ i/^^mtnx9, metisieursjf faites ^ du feu partout! enfumons^ nous) enfumons noos!" el noua y réua^mes si bien, que nouf ai^rfons été étou^éSjt si nous n'avions pris le paiti d'aller rf spirer sur la ter* latfst, ji»qtt'att moment de l'arrivée des Çommissaûret^ Ces messieurs firent leur eo^ée di^ns 1^ Tourj vers Qiîdî* Bs étaient accoovpagnés du Commandant de la Plaçe^^ Bommé Vottland, ancien militaire^ qui^ quoiqi^ Jaçobifij^ avait conservé des ornières bonneies, et un e^iétiém tout différent de celui des CiiQye^& ÇomfiisifatVes» Quant à ces derniers, leur ton et leurs manières étaient parSsiiement conformes à ce qu'on devait attende d'eux^ '^ Eh bm r dirent ils^ en ent^an^, '^ Fous tp^tcs frow^ « doa ben tÊèalicif"-^^^ Citoyens/' répondit M. le Prince de Conty^ ^ Î^S^ ^^ ^^^^ mêmes ; cet a£^eux caveac^ '' doîA-il être l'azyle d'an nMuheureux vieiUard,^ qu^on net *' peut accuser de rien?" '' Il m s'agit i>^s ieî d'ac€U'\ '^ Mi^mi; /« CmïutntiQn-NatiQnah a orionm |a déUt^ *^ tion, Ca»iyj et edh it ta^familky conum numrc de ^^ sûreté générale : elle a eu^ s«s raUons p^mr le fmirej^ ^ et nMs n*y coûtons rien; quant à ce Ueu-ei, ilvfest '^ fias bemi, mais il est sûr ; et il y en a de ben plw ^ mùwmis sncose,je t^en réponds T — '^ Citoyens, tout ce ^ q^ je puis voua didr«,, c'est que si vous mç condamne^ '' à y lester, vous» me eandamnez. à la mort : car je sena^ ^< que je ne résisterai pas loagtems à l'horreur de ce^ '* s^ur."-^' Eb;' s.'ééria l'un de ces Cou^missaicea,, <' ce/wetuc pleureur peui^il attacher tant de pâx à vivre ^ ettcoce c|ueiques joocadeplusî et s'il souiFre, m devrait^ 'Vifcpoa âe r^uis an epDtrwe, de vo^ bientôt terimn<ç^

•ainsi tontes ws souffrances?^ — Cet affreax propos^ ' dont je ne perdis pas une syllabe, ne fut heureusement pas entendu par nûtfe vieux parent qui, dans ce moment, pleurait et gémissait. 0)^" Mais,** reprit Fun de ces Messieurs/' pas deux jeunes gens, ont bien Técu ici ^ dix mois !"— ^' Oui," m'écriai-je, *^ et de telle manière, ** que je demanderais la mort, plutôt que d'être con- '^ daaiaé à passer ici le même espace de tems! Nous '^ n'avons jamais cessé de réclamer contre Pinjustice et '^ la cruauté do traitement qu'on nous faisait essuyer. " Nous imaginons que nos plaintes ne vous sont pas ^ parvenues, et nous nous réjouissons maintenant de ^ pouvoir vous les adresser nous-mêmes^ espérant que ^' vous nous <)élivrerez enfin de l'affreux séjour où nous '^ ianguissons depuis si longtems.'' — ^ Nom terrons si *^ fà u ptut ; y a effectivement ben de la fumie ici i '^ mais il ne tiendrait qu^à vous de n^en pas avoir : vous *' n'aves qu'à ne pas faire de feu.*' — '*Eh mais. Citoyen,'* dit M. Je Prînee de Conty, ^ considérez donc l'humidité ^* de ces voûtes et de ces noires murailles, et l'air infect *' qui règne toujours ici !* — Ils chuchotèrent quel(jues moraens ensemble, puis ils nous dirent : ^ Si nous pou* *^ vqns trouver un autre local aussi sûr que celui-ci, et '* où vous soyez mieux, nous vous y transférerons : en '< attendant, lâchez de prendre patience ! Bon jour, ** Citoyens r et ils s'en allèrent.—'' Hé bien ?• me dit M. le Prince de Conty, lorsqu'ils furent partis, '^croyez- '^'vous que ces gens là nous fassent sortir d'ici?*— Hâas/' lui répondîs-je, '' il m'est impfbssible de

(l) Ceci xoe rappelle qu'âne autre foi$« recevant une visite da jalm^ genre« des Commissaires de la Municipalité» ou du Départoment^ Jâ*. It l^înoe de -Conty ayant cru devtnrles saluer» et les remercier de je ne sais qwlle periiiltm ixKÎgliîâaiite^ quHls lui avwent accordée, il* s'éerièreint : poin^ de waiMgqinffig» potnl; de rMcence»» Coaty I tout cel» cet de Tancien régime, et n«us n'eu voulons plus*"— <^* Uélaai!" xépandit notre mallieareux psrenti *' uue habitude de soixante ans, ne se peidpas en uq *« moment t"

itOi.

'^^tOÊmpUt beaucoup sur leurs prooMiMt; nuit H ne '< futtt déietpéier de rien !''-n)'etpéim» bien peu^ mo? même, el j'avais tort. Il y airait dans le forl^ parmi le» endroits habitables et déceos, une suite de cinq ou six petites chambres qui ne recevaient le jour que d'un cor^ridor,peroé de six grandes fenêtres. Ces chambres composaient, avant la RévolotioUi Tappartement du Major de place, ou Conmiandanten second du fort; et c'était lèy o4 on avait mis M. le Prince de Cont j et ma tante, dans le même tems où on jugea à propos de nous enibnner dans la Tour* On leur avait donné ensuite d^autres logemens, et on avait fini en dernier lien, par fiûre partager à M. le Prince de Conty, notre triste domicile. Les Commissaires allèrent examiner ces diambres, et après une mûre délibération, ils décidèrent^ qu'en faisant murer trois feûêties, griUer les trois autres, murer une des deux issues du corridor, et établir à l'autre, une grosse porte munie de trois verroux, d'une forte serrure, et gardée par une sentinelle, il n'y auraii put finconoimieni à nous y transférer. Gonrvoisier s'empressa de venir nous faire part de cette décision, et quelque peu avantageuse qu'elleeut pu paraître à d'autres, nous en éprouvâmes, Beaujolois et moi, la joie la pluà tive. Il fallait réellement avoir passé dix mois dans un lieu aussi obscur que celui où nous étions enfermés, et même avoir presque désespéré d'en jamais sortir, pour se trouver heureux d'être transférés dans pn logement muré, grillé, vérouillé, et rendu par les soins obligeans de Messieurs les Commissaires, aussi sombre et aussi d6sagréable que possible. M. le Prince de Conty, quoique d'abord assez satisfait, fut cependant loin ée partager nos transports. *' Ce logement,^ disait-il, ^ était déjà sombre par lui-même ; mais grand Dieu { « que sera-ce, lorsqu'on en aura muré trois fenêtres, et ^grillé les trois autue&f'H^f' Mais,^lui observions nous^ ** songez donc au Keu où vous êtes, et estimes vouêi ** heureux d'en sortir, à quelque prix que ce 8Qit.'''~Il

bonvettàit ^u'^il étwi difficile de ne p«i gagMr liewcMp ^^^ M cbenge^ ^nel^u'iU fftl^ et nom foi ibioDs eoseiable de» YCBiuc ardent^ pour que Fopéraiion de mmr^ge, €i grUhgê de novte fatar léjoar, fftt prompletnieiit achevée. Nom exMBiDionft tons lea jottn du haut de aetie Tonr, kâ progiès que fuaaîeat cei icâvaux^ et M. le Prince de Conty qui a^aît de Targenti laiiait donner soiiYent àéà poiut*boîfet Mut ottwiera> pont que k iMsogae all&t plUÉ tice. '* N'eÉtfîl pa» affrens/' dîsait41> '* de payer pow " accélérer la ' fabfiealion de la propre eagé et de soa* ^^ pirer «près le moment où eMe sera assez harrtautié '^ 4t chturit^ pour qu'on veuille bieo vous y mettre P? Enfin au bout d'environ trok senuiiiies, ce bienbeuieux moment arriva. Lea GcMBoiissaiies, qu'on arvait iddtraifÉ dé l'exécution compleite de kurs orchres^ vinrent noue chercher^ pour nolis mener dans notre nouvelk àagtf et noua sertîmes k 1 de May, 1794| de l'horfiMe Tour, o& ^ '^^^ nous étions entrés k 1 de Juin^ 1799. *' Qaoi ! noue Noot ob» '' sommea debers de cet infernal séjour, et nofus n'y ^^^j^ '^ rentrerons idus !"•••• Nous ne pouvions croire à k «"^^^^

^ * pour «a

réalité d'un pareil bonheur, et nous éprouvioiis anenMiileiir sensation indéfinissable, en foulant à nos pieds, k peu ^^"'^ de terre et d'herbe, sur lesquelles il fallait passée, pour arriver à notre nouvelk demeure. Cette demeure n'étak assurément pas brilknte ; mais eHe nous parut un vrai Palais. Ces chambres étaknt petites et assee sombre»; siaia en sortant de l'enceinle de ces affreuses aattraillea noires, ornées de gros anneaux, et susmoutées d'i^ lugubre vofite, ne devait«on pas se tronver à merveiik^ dans une chambre^ queirk qu'eUe f&t? Aussi eâ f&mes nous enchantés ! Noua laÎHftmes A M. le Prinee de Conly, en raison de son âge. Je choix do loger ment, et jious nous établîmes ensuite, dans les deux chambres qu'il nous laissa, partageant avec lui 1» jouinsance d^une tvoiiitiàe âMuâsibi^ dont nous fittiet une cuisine^

It04.

Vùûi étant toujours néfiét de notre domesliqne ^1) Coste^ qai était yrre les trots quarts cln tems^ et que noos avions surpris écoutant à notre porte, nous le congédiâmes, et nous pitmes i sa place an nommé Loais qai, lorsque nous éUons nourris par le traiteur, nous apportait notre dtner de ches lui, et qui, depuis notre nonvd établissement de cuisine, s'était chargé de nous la fidre lni*même, ce dont il s'acquittait tant bien que mal, fliais bonnêtement Louis avait la permission d'aller et de venir pour nos commissions, ainsi que Madeleine servante et cuisinière de M. le Prince de Conty, ion mari nommé François, qui faisait aussi les commissions de M. le Prince de Conty, et le fidèle Jaoquelin. Tous étaient fouillés, en entrant et en sortant, tantôt fkiblement, tani&t pas du tout, selon la méchanceté, le caprice, ou la bienveillance des soldats qui nous gardment,^et qu'on relevait toutes les vingt-quatre heures. Il y avait des bataillons presqu'entièrement composés de bonnes gens, qui ne cherchaient qu'à adoucir la rigueur de leurs ordres, et qui nous témoignaient souvent combien ils souffraient de ne pouvoir se dispenser de les exécuter. D'autres, au contraire^ ne cherchaient qu'à renchérir sur leur sévérité, et à nous tourmenter par leurs chansons révolutionnaires et les propos qu'ils tenaient entr'eux. Ces derniers étaient, heureusement, en bien moindre nombre que les autres, c'est.à-dire^ parmi les troupes soldées, volontaires et antres, car les Garde-nationaux de la Ville étaient tous mal inten«tiennes, attendu qu'on ne laissait d'armes qu'aux coquins ; mais depuis que la Ville avait été déclarée en état de' siège, les Forts n'étaient plus gardés que par les Troupes régulières.

(i) Ou plutôt notM Agent; car le ttr^e Dûmutî^, avtiit été fiVMrit

dtuis ce tems réToIiiionnaire» comme contraire au rfstéae é'égalité, et remplacé par celui d^AgenU

Il y avait sont les fenêtres de notre corridor» un petit jardin^ (jadis celai da Major de Place) qui n'avait environ que v^iagt pas de long, sur sept ou huit de large» et qui éc^it environné de murs. La jouissance de ce jardin faisait Tolget de notre ambition» et il ne pouvait y avoir le moindre inconvénient à nous l'accorder» puis* qu'en faisant descendre en bas la sentinelle qui était à notre porte, nous nous trouvions aussi bien en prison» ea bas qu'en haut» et nous avions l'avantage de respirer l'air» et de nous délier un peu les jambes. Cependant noDS eûmes beaucoup de peine à l'obtenir» et ce ne fut qu'à force de présens au citoyen Pigneux» Secrétûra du Cpmmandant du Fort» qui avait alors l'inspection des prisons» que nous arrachâmes cette fareur. Cëtail toujours M. le Prince de Conty qui faisait les frais da ces présens : car il avait de l'argent» ayant eu le bonheur d'emporter de Paris une très grosse somme dont il s'était sagement pourvu. Quant à nous» ce qu'on non* donnait étaiià peine suffisant pour nous procurer un peu de viande» (pas tous les jours» car elle était fort çbàre) quelques légiimçs» ij^ne i^uteiUe de mauvais via que nops p^yoas cinq sous» et pour subvenir aux frais de çhi^uffiige et blanchissage. Il fallait en outre^ payer la nourriture de Louis qui se contentait de nos restesj mais qui buvait un peu plus. Pour tout cela» noms n'avions que vingtrquatre francs en assignats» qui §lors n'équivalaient plus qu'à environ six francs. Moins heureux que M. le Prince de Conty» je n'avais pu sauver de la bagarre» que douze louis qui se trouvaient dans ma poche» le jour de mon arrestation. On m'avait conseillé de n'en pas prendre davantage» en m'assûrant qm^ tout ce que j'aurais me serait vraisem* blablement ^lé» en arrivant à Paris oà je devais être conduit ; et que si» dans li^ route, on me fouillait (ce qui pouvait très-bien arriver) on ne manquerait pas de me faire un crime d'avoir sur moi^ ce qu'on appellerait aussir tôt, "«n moyen fer/ide de corruptiqn.'^ B$»ujoloi^

n'jivpit alMMriaiiient rico, toisqa^Hi Tayaii uris ea prir ' ^ wm (0> «fc lOMi malbeai^ax père n'avait qa'uiie Uh pelite MMDme, dont en partant, il nous laissa les faibles fesle», loriiiant à pea près quatre ôu cinq eenU^rànc^ §m ja»$ignat$f et par conséquent, en valeur réelle ris à $$pi louû. Nous avions éié obligés d'en dépenser iine paiiie, et les seuls douze louis restaient intac^ et sacrés, pour un cas d'urgente nécessite. M. le Prince de Çotttjt in»uuitde notie extrême pénurie, non-senlement IMBS pria de n^ pas penser à contribuer aux présens ^'11 faisait, (ce qui vraiment nous eût été impossible) nais nous força même à accepter le prêt d'une petite •omme, que nous lut rendîmes pende tems après, (ainsi fve j*aurai occasion de le dire dans la suite) mais donf BOUS lui eûmes néapmoins une véritable obli&:atîon« Kous ne pouvions aller dans le petit jardin, qu'aceompagnés par Pigneux qui venait nous chercher, quand V0in lui semblait, faisait deseendre la sentinelle à la porte du jardin, et restait avec nous le peu d^ tems que nous f passions, (environ deux heures par jour). Après qnoi^ il nous signifiait qu'il ne pouvait rester davantage, et aaus renfermait. M» le Prince de Conty se permet dé lui faire quelques observations, sur la brièveté du tems on'il nous accordait,- et sur l'incommodité des heures «a'il choisissait ; car c'était souvent celles de nos repas. M bien lorsque le soleil nous dardait à plomb sur la tête* Pigneux fit entendre qu'il n'accorderait rien de ]riui^ à moins de nouveaux' présens: il voulait des nbemises de toile de Hollande. M. le Prince de Contj Iwwva que c'était trop dispendieux, et le débouta de sa mipaodé, avec indignation ; mais il fut ensuite obligé, de te rétracter, et d'accorder la toile de Hollande. Il naus disait lorsque nous étions seuls : ** Il faut convenir ff que ce Pigueux est un bien vil el plat coquin ! ^ Ciepend^nt nous sommes encore heureux d'avoir

<1) Il fitàrit tu» le^a dam le moment où oq Tanêti,

va

ff (aire à ua homme auisi vénaL'V*^ Ouï/? lui fépoadi9-je^ '^pplirva que, prenant goût à la cbosej^ il f ^ QÇ s^vise pas de nous fupprinief le peu qu'il fioui ftccorde^ pour noua I^ faire racheter encore, et noua teaif toujours ainsi le pistolet $ur la gorge, jusqu'à cfs qw vous n'ayez plus rien ^ lui dpnner!" Ma craintt ^ réalis^ en partie» Pigneux, laf de ne plus rien cepOf yoir^. passait souvent des journées entièrfi;, ^aus vénif fiQUs chercher^ et finit un jour par nou9 déclarer qu'ajanl reçu de vifs rçprQches^ éiç la par^ de personnages pvif» çans^ sur la perpaissiop quM nous accordait d^ noiH promener dans le petit jardinj, il s^ voyait forcé de noue la fçtranch^r. Toutes nos observations ne produisirent aiicun effet ; o^aia une douzaine de; cravates opéra cft miracle, et no|is eûmes accès au petit jardin^» comiue au» paravant. *' Mon argent/* disait M. le Prince 4% Co.Qty, '^ ne peqt êtr^ employé d'une maijiière plus utileii f' et tant qu'il durera, je n'y a^rai auc^n regret. Quand ''je n'en aurai plus» nous étoufferons» ou nous mourroM V de faim ; ou plutôt on nous épargnera cette peine. Gif 'f nous ne pouvons pas tarder à ê^re expédiés. Vous, Mon» \* sieur/' npe disait-il, ''vous marcherez le premier; çii f' étantplus près duTr^ne^on vous accordera les bonneoiV f' du paSj mais je vous suivrai de près ; et quant à C^ ''jeune bpmme/' (ajoutait-il, en mont tant Beaujoloîs)L {' ces Messieurs le reeomma$^dêroH( aux soims Jk ^T Jpotàicaire. ''-^{honihle bon mpt de Chab#t9 k Capucin» à l'égard d^u malheureux enfant, Louis XVll! ^ui mourut au Tempfe.)

Un dé|>lorable évènementi dont nous reçâmes la ooil» telle vers cette époque, redoubla toutes les craintes dt l|l0tre vieux compagnon, et nous confirnoia dans l'idée ^ue. nous avions depuis longtemf, du sort qu'on npot préparait. La mort de la vertueuse Madame Ëlizabethl ^i n'était: fondée sur aucun prétexte plausible, ni même sur aucun intérêt ^pparenl;, ne nous permettait plus de douter ^ue rintenUon des œonsum qui Tenaient

Vf9^

' .. . ■ de YégpTgtt, ne iut de se défaire aussi de tous |es meiu^ Inès de notre famille, qu'ils avaient en leur pouvoir. Aussitôt que M. le Prince de Conty, eut reçu cette fctale nouvelle^ par un papier public, il s'empressa de nous l'apporter (selon sa coutume) et ajouta : <' Mesr ^ sieurs je vous le déclare, ceci est notre arrêt de mort : il . ^ n*y a pluï personne devant nous, et nous ne pouvons ^^plus tarder à marcher. Quant ^ux enians, ils les ^* empoisonnent tons ; vous. Monsieur, vous êtes déj^un ^ homme, et vous seres traité comme tel. Vous auriea *^ dix-neuf ans dans un mois ; mais je vous prédis que ^^ TOUS ne les aurez pas; non, vous ne les aurez jamais, ^ c'est moi qui vous le dis* Vous êtes perdu : nou$ ^' sommes tous perdus, sans ressource.'' Nous étions s^ accoutumés aux jérémiades continuelles de notre malr heureux parent, qu'elles ne nous faisaient plus une biea fi>rte impression, et quoique sentant, comme lui, toute PhoVreur de notre position, nous nous trouvions doués» â*un peu plus de nerf, et nous nous en servions pour t&cber de diminuer ses craintes, en lui dissimulant les nôtres. Nous convenions du danger auquel nous étions exposés, mais nous nous rabattions sur le peu d^ntérêt que les gouvernans auraient à nous sacrifier, tant qu'il existerait hors de France un aussi grand nombre de membres de notre famille, d'autant qu'ils avaient déjà confisqué tout ce qu^ils pouvaient nous prendre. Après cela nous avions pour npus^ la chance des évènemens. La guerre, par exemple, devenait très malheureuse pour les Républicains ; ils venaient de perdre quatre place», etsiCambray, quV>n disait au moment de se rendre, tombait effectivement au pouvoir des alliés, la route de Paris leur était ouverte, l'ailarme la plus terrible allait s'y répandre, et combien n'avions-nous pas à espérer d'une pareille crise ? — *^ Oui," répondait-il ; *' mais dans ^ Texçès de leur rage et de leur désespoir, ils égorgeront ^* les prisonniers, et nous ne serons pas les derniers à y '^ passer." Malgré cela, les succès des alliés, lui * don*

taaleat âu6]qaea espiiancet. Jacqueline qai t'en étail '—

apperçQ^ non-seulement lui apportait tontes leê nônveUet &vorables qu'il pouvait recueillir, mais en fabriquait souvent, qui n'avaient pas le moindre fondement* Tan* tôt les Autrichiens étaient aux portes de Paris; tant6l les bousards Prussiens occupaient la Villette (1) ; tantôt la Convention était en fuite, le peuple de Paris s'était déclaré contre elle, avait ouvert toutes les prisons, arboré le drapeau blanc ! Enfin, il n'y avait sortes de contes que le bon^homme n'imaginât pour calmer l'esprit de son vieux maître qui réellement en avait besoin. Ce qu'il lisait dans les papiers publics n'était nullement de nature à diminuer son chagrin^ et ses inquiétudes. Ils contenaient régulièrement chaque jour, la liste des victimes qu'on venait d'égorger à Paris, et auxquelles on ne manquait jamds de donner le Utre de conspirateurs. Parmi ces prétendus conspirateurs, M« le Prince de Conty trouvait à chaque instant^ des noms de personnes^ auxquelles il s'intéressait plus ou moins, et souvent^ d'anciens et intimes amis. Il nous apportait alors le fatal journal, et nous disait en pleurant: *^ Ils viennent '* ejQcore de faire périr un tel, un de mes meilleurs amis> '^ et qui, certes, ne se mêlait de rien (%)•*' Puis, il devenait pâle, et se promenait à grands pas en répétant : '^ Nous allons sans doute être expédiés bien promplcr ment : car ces Messieurs ont déclaré guerre à mort, à tous les ci-devans, ^et il parait qu'ils tiendront parole." Je craignais toujours qu'il ne devint tonl-àfait fou, et il y avait réellement des momens où sa tête n'y était plus du tout. Il reprochait, par exemple, quelquefois à son vieux et fidèle Jaequelin, de ricaner en le regardant. Le malheureux en était sûrement bien

fS

(1) Ua ftvbowg dit Parîi.

(«) CwHcroyMttovjonnqae dent st mllei de ritn, deviît mqtcf H^ f«i|Ubltmeat,

170A. '^ ' 4Q6l<!M fois mm, il se téletaH ait miKeo dé M Jviikt Aoiti et allait à la pènrte du corridor, écouter là eon< JJ^ ^* iersaitoo de< fleniinëllès. t7n soir, au connnent^ement g*j«»^ de juillet, dan« le lems od le RefN'ésetitant do peuple Matgnet Tenait d'établir à Orange son mferttidcf Coftt'^ jiiîssfon, ilotiê étions occupés, selcM notre habitude^ à Hredans no» lits jusqu'à ce que le sommeil nous gagnlH, lorsque nous fàmes tout-à-coup surprit par là tisîte èe M. le Prince de CJonty en robe-dè-chambre et A toniiet de nuit; Teffroi le plus marqué était peftit flur sa figure : ** Messieurs,'' nous dit-tl en entrant, "c%n ^ est fait de nous : nous n'avons plus que quelques îjistaM ^i Tirre! Apprenez.que nous partdns demain pour •^©ranger—Revenus du premier moment de stupeur 4ue nous causa cette terrible nouvelle^ nous la révoquâmes en doute, et nous lui demandâmes d'où il fa tenait. — '' C'est,** nous dit-il «^*la sentinelle de notre ^ porte, qui en faisait part à um de ses camarades, et je ^ Tai entendu. Au surplus," ajonta-t-il^ en adressant la J^arole à Beaojolois, '' Vous qui avez encore fatr d'un ^ enfant, vous pourriez, en allant causer avec la senti- ^ nelle, vous en assftrer posilirement^ et venir nous le ** dire ensuite i de grâice, tevess-vous, et allez y." Beàujolois se leva sur-le-champ, et s'y rendit. Le guicbet éê la porte était fermé, et au moment oft H allait Pourrir pour parler à la sentinelle, H entendit quelqu'un qai donnait des ordres et reconnût la voiit de Massugue, capitaine' dePartilterie du Fort, et terroriste enragé, dant le lo^ment était tôut'aupris du nôtre. Il ^arrêta aussitôt pour écouter. ^X'aites bien attention,'' disait-il à nôtre sentinelle, ^* aux prisonniers que vous gardez, car «^ ^Vëchappent, vous êtes perdu. Si quelqu'aii d'eux: ^'^ paraît dans le corridor après minuit, faites le rentrer '' dans sa chambre, et s'il n'y rentre pas 8ur*ie-champ, ^ tirez dessus sans hésiter." — ^A ces paroles, succédèrent «n chachollenMit eina bowrdomeaeat, anxqaelgBeaÉjoloii^ ne put rien entendre. — ^Puis, il distingtto encore

ia voilt de Maasogue, qui disak : '^ Oeamùi à qualité ««-^ '' heures du matii^ on viendra les ctocber pour ks *^ cgadttbe à Orange/''— ^Ced paroissait asses clair^ et Beaujplois a'en atteadU(ias dMraatage : il reviiU 'att8skôl> et trottVA M. le Pxioce^e Ca»ty caosatf t avec moi.*^'' Je '^n!ai pas pu parler à la 8emmdle,''dtl-il9enedlraDr> '' ear Massogue était là, et je n'ai patconséqoeat i^ft ** ùfpm, si oe n'est qa'il éiait défend a à la seotineHe de " nous laisser prontener dans le corridor, apiès minwit* *' Il sernt inutile que j'y retournasse, car c'est an mandais '' bataillon qui est de fgutàt, et je ne pourrais rien tirer '' du soldat qui est à la porté." Alors, AJL le Priace de Contjr a'en alla, après nous avoir souhait mie bonne nmty et en nous assurant que la sienne serait bien mauvaise* Au&iifiât qu'il fut parti, Beaujolois mM cowla lacbose^ teUe qu'elle s'était passée, et me dit que la crainte de plonger notre vieux pasent dans le désespoir, l'avait empêché de lui déclarer la vérité. ** ^uant à ^' nous," aJQuta-t'^il, '' il jr a longtems que nous avons *^ pris notre parti sur le sort qui nous attend ; et oomme '^ il était à-peu-près impossible que nous y échappassions, nous ne pouvons guères nous affliger de vm bf«^nl&t terminer ainsi toutes nos souffrances.''r*-Cette façon de penser était ia mienne, et après la lui avoir aussi exprimée, nous cess&mes de parler^ et noua tombâmes, chac^ de notre côté, dans d'assez noires réâexions. Vers minuit, nous entendîmes ouvrir la porte du corridor; ^ à la lueur d'une lampe qui était précisément piaoée entre nos deux fenêtres, pour éclairer }e corridor, nous apparçâmes Massugue qui s'avançait avec un air de précaution} e% de mystère. 11 s'approeba de la lampe, rétetgnit,>et se retira. Cette nouveauté n'était pas de nature à nous distraire agréablement de nos sombres pensées ; car Massugue était capable de tout. Commue il était logé auprès de nous,* nous étions continuellement obligés d^ le voir et de l'ent^Mlre, et il avait foujours soi» de tenir à tue^tête, les propos les plus exécra^ ^

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ble», de manière à ce qu'il nous fût iibpossibic d'en ricii perdre. Il disait un jour^ en pilant quelques ingrédiens pour sa cuisine : ''Je voudrais bien tenir tons les '^ Bourbons dans mon mortier ; j'en fei*ais une jolie '' fricassée !" Cet aimable propos était accompagné de tous les juremens imaginables, et de toutes les grâces du jargon provençal. Après cela on peut concevoir que sa visite nocturne eut quelque, chose de particulièrement désagréable pour nous. Nous ne nous attendions à rien moins qu'à une seconde édition du deux Septembre, car ce scélérat ne se cachait pas d'avoir participé aux massacres des prisons de Paris, et nous passâmes environ deux heures, dans cette pénible attente. Au l>out de ce rems, nous eûmes le bonheur de nous jssoupir, et nous fûmes agréablement surpris, en nous éveillant, d'apprendre qu'il était huit heures, car comme c'était à quatre heures du ma^in qu'on devait venir prendre les malheureux destinés à être livrés à là commission d'Orange et qu'on n'était pas encore venu à huit,.il était probable que ce n'était pas à nous qu'on en Sacm'mie voulait dans ce momçnt. £n effet nous apprîmes dans fonldée'^ '* matinée que ceux dont Massugue parlait, étaient des prisonniers qui logeaient au dessus de nous. On les avait enlevés dans la nuit et transférés à Orange où la commis* sion les fit périr sur l'échaffaud. L'allarme n'en avait pas moins é(é, toute aussi forte, pour nous, que si elle avait été bien fondée. Nous en avions souvent de semblables à essuyer. Un autre jour, vers trois heures après midi, nous vîmes entrer précipitamment dans notre corridor, cinq ou six hommes^ fort-^mal vêtus, coeffés de bonnets rouges, et armés de longs sabres. '' Ah, f • .... !" dit Tun d'eux, ** vous êtes B — bien ici, vous autres !"— puis appercevant M. le Prince de Conty, qui les regardait avec effroi I — " Bon-jour, Coniy ! Est-ce que nous te *^ faisons peur i Nous ne voulons pas te faire de mal : '' nous sommes députés par la Société des amis de la /* liberté ! (autrement dite Je club des jacobins), pour

^' inspecter les prisons^ voir si tout y est dans l'ordre^ et " s'il ne s'y commet point d'abus: aii93Î faat*ii qaenoas ^'^' ** fassions une recherche générale."— Elle s'étendit en eifet jusqu'aux commodités^ par lesquelles ils craignaient que nous ne pussions nous échapper, ce qui certes était bien impossible.

Après qu'ils furent sortisj nous les entendîmes accabler d'injures un prisonnier, qui logeait à côté de nous, et qui, quoique républicain zélé^ avait été condamné à six ans de fers,-c'est!-à*dire, de galères, pouf avoir manifesté dans le tems des sections, des principes anti-jacobins. V F . . . B . • . de fédéraliste," lui disaient-ils, " nous ^' allons te faire conduire à Toulon, où on aura soin de '^ te procurer, pour ta santé, l'exercice de la rame. Tu ^^ feras bien de te munir d'une provision de mouchoirs, car ^' les petits anneaux qu'on te mettra aux jambes, pour* ^^ raient bien les écorcher, avant que tu n'y fusses f^ accoutumé. An surplus, tu n'y resteras vraisembla** '^ blement pas longtems, car ton jugement a été bean* ^* coup trop doux. Nous le ferons re viser, et tu pasn *' seras par le rasoir national; entends tu J . . . F . . ?" r-Le ^laiheureux entendit si bien, qu'il en perdit con<* naissance, et cela lui causa une assez forte indisposition ; jinais il en fut quitte pour la peur: car les menaces de ces scélérats, ne furent point réalisées, grâce au bien* heureux événement, qui trouvera bientôt sa place dans mon récit. Quoique révoltés de la férocité avec lar quelle ces misérables traitèrent notre pauvre voisin, nous étions souvent impatientés contre lui par l'espèce d'af* .fectation avec laquelle il ne cessait de mant/'ester du matin au soir, son ardent républicanisme. Il avait été jadis avocat, et depuis la Révolution, Procureur <le la Commune de Marseille, emploi qu'il avait conservé quelque tems, pendant le. règne des sections, et pour lequel les jacobins le poursuivirent ensuite comme fédéraliste, le condamnèrent à six ans de fers, et l'envoyèrent liu fort S^' Jean, où, en attendant qu'on le fit parfn^

«, ^ 1^^ foulouy 011 lui avait donné une assez bonne cbam-

bre^ cootigUe aiiiç Boires, et la liberté de se promener dans le Fort. Coa^me nos sentinelies laissaient souvent notre porte ouverte pendant le jour^ afin de s'épargner la peine de la rouvrir^ et de la refermer à tont mo-* inent| pour nos domestiques, nous eûmes oecasionde faire connaissance avec I^guier, (c'était le nom de ce prisonnier) qui noua commimiqualt les papiers publics, qu'il recevait* Sans s'embarrasser dea victime* fdontces papiers donnaient, chaque jour, l'honible liste, \l paraissait ne s'occuper que des succès^ des armées de 1^ fépnblîqiie. Lorsqu'elles avaient essuyé qudqu'écliec, npusnoiis ^p appercevions tout de suite, àdVir consiecné ^e Largui^r, e|; w peu d'empressement qu'il mettait à pious apporter le papier qui en contenait la nouvelle. Si au contraire, ellies sivsiient remportéquélqu^uvanti^, il nous criait 9^usMt^t: Yictoiire 1 Victoire! et nous té-v pioignait poe joie que nous étions loin de pouvoir par? |ager. |Jn moment avant I^ visite des commissaires jacobins qpi l(e tr^it^rent si ina), il nous avait fait éclater ses transports, au sujet de^ Ifi bataille de F'^urus dont i] ^t^enaitd.e reç^evoif la nQuyeH^j,et.qui fy^i,, comme on sait, ^uivîe djd la reprise ^^ quatre» places de Fiaiidres, de la conqiiêtfs des Pay^rbas^ àp la hollande, 8^c. ^ Vjn? poneeya)))e %|le 4,e pet l^otnme ne fut nullement réiroidi parles {tristes ponipljmens que lui firent les républicains par expi&H^nc^ <et il s>|npressa de r^aiis en donner des pi^pves^ les joiirs suivaiis, ^n redppblaqt ses ^éttiQQStraiipns^d^joie, à la réception des jourpauxqni ponteqaiept 1^ pouvfUe des nouveau?^ suc^, rempanés j^^^^j^ par les arpiei républicaines* ^' Eli Wen !" nous disait mem de ^ M. le Princ^ de Çonty^ lorsqpe naus étions se pis, <^ voil^ no?rê°** * " dpqc notre dernière rcissourpe perdue ! Nous n'avions égard. a d'esppir pppr )a destruction de cettelinAsrnâle boutique^ ^ que dans Ie$. «ucçàs des Alliés ; les voiJ|l b&Uiis, écrasés, '^ anéantis 1 que nous reste^^t-ir? Je vous l'ai déji^ dit« ff ^tîe vous Tq répète. çncorxt,.ç'ef^ |4 guillotine oui '^ofui

^ resle,et nous ne pouvons pâs y échapper T—Ces tristes """TZIT" réflexions, ne ftirent point do toai adoacies par b Akc\9^ ration que vint nous faire Mr. Pigneux: il nous signifi» <)u*il Tenaft de recevoir la défense formene de notts laisser promener dans le petit jardin, et injonction tfr redoubler de vigilance à notre égard. Noos apprfm^ dans le même tems que ma tante venait d'être déncmcée^ à ia Convention par Vadier, et qu'on avait décrété qn^élte serait sur-le-champ mise au seerêt, pour ê^e ensuite •traduile devant le tribunal révolutionnaire. Tout mms annonçait que notre tour allait arriver, et nous y étions aussi parfaitement résignés qu'il fàt possible de l^e, lorsque la bien*heureuse journée du STberitftdor, (27 IT Juillet Juillet, 1794} (1), nous arracha au sort qu'on nous pré^ parait ainsi qu'à tant d'autres victimes.

Ia première nouvelle de ce grand événement, ne noits'CbAfiK!* causa pa» toute la joie que nous eussions éprouvée, si ^igtm nous en avions prévu les suites ; car ayant d^a vu tom^' l^er plusieurs scélérats tout^puissans, sans que pour cela la scélératesse eût jamais cessé d'être toute^puissautir» npus n'osions pas nous flatter, que la ehfite de Robes*' pierre, pût mettre un terme à toutes les horredrâ dbttt lài France était le théûtre depuis dix«bilU mois, et auxquc^ les nous n'avions presqu'àucun espoir de survivre. Gepen*' dftnt- nous nous réjouîmes rincèremevt, de nous trouver débarassés de celui, qui avait pafu être, dans tous les tèms^ le principal chef de la troupe d'assassins, sous fetf couteaux de laquelle nous nous trouvions. La ditisioa qui venait d'éclater parmi eux, était aussi un très bon augure ; mais nous uous livrâmes, bientôt après à l'espé-* irancé et à la joiCi ed apprenant la nouvelle de la suspen«« sion de toutes les exécutions, l'élargissement d'un grand nombre de prisonniers, et la déclaration formelle des Gouvernans, qu'ils renonçaient au système sanguinaire dent on rejetlait tout l'odieux sur Robespierre et «es

(1) lAebfite.de A^beipierre^ ef d'un fpzfA nombre 4e eei ^ssi^Ueea

complices. Chaque Jour confiraiait, de plus en plus, noa espérances; 'et quoiquei dans ces premiers temps, 90tre position fut toujours obsoluoient la même, quant i|U physique, il s'élait opéré un tel changement au moral que .nous en ressentions les effets, de la uiaïuère ia plus iparquée. Les idées et la conversation de M. le Prmce de. Conty, avaient déjà pris une teinte beaucoup moins sombre. ^' Allons," disait-il, ** il parait qu'on ne veut f' plus nous couper le cou, du moins quant à présent; '/ et c'est bien quelque chose ! mais Dieu sait si cette 'f fantaisie là leur durera, et si au premier jour, ils ne ^'retourneront pas a leurs anciennes habitudes."

Environ trois semaines après le 9 Thermidor, nous reçûmes une lettre qui nous causa un plaisir extrême: il 20 Août, y avait bien longtems que nous n'en avions reçu de qui cevonste que ce fût. Elle était de M. de B . . . Celte excellente Paru. ^ amie, qui avait bravé les dangers les plas réels, pour nous procurer par ses lettres, toutes les consolations qui étaient en son pouvoir, n'avait cessé de nous écrire que lorsqu'on était venu Tarrêier et la mettre en prison ; elle y était restée cinq mois ; et son premier soin en recouvrant sa liberté, avsût été de nous en instruire, de nous demander de nos nouvelles, et de nous répéter les assurances de sa constante amitié*! Nous reçûmes aussij à-peu*près à la même époque, une lettre de ma mère,datée du Luxembourg (I), dans laquelle elle nous mandait, qu'elle avait beaucoup souffert dans les derniers tems, et que sa santé physique et morale était en bien mauvais éiat, mais qu'elle avait lieu d'espérer que l'une et l'autre éprouveraient bientôt de grandes améliorations. Toutes ces bonnes nouvelles nous mettaient du baucqe dans le sang! et vérilablemeni, nous en avions quelque besoin. I^ous fûmes un matin, réveillés, par des acclamations et des cris de joie, dont notis ne tardâmes pas à savoir la

- (1) Xft Valais du L»i«Biboiirg «ervwt^^nlwrs de prbw), «t aii.mfTv ^ était dét(^e*

cause: on venail d'arrêter une bande de Jacobins accusés ^ de conspiration^ et on les amenait au Fort* Parmi ces messieurs^ se trouvaient le Président, TAccusateur publie et le Greffier du Tribunal Révolutionnaire^ qui nous avaient interrogés^ et qui, depuis^ avaient inondé Mar** seille de sang> avec plusieurs autres scélérats aussi connus^ et le Président des Jacobins de Mai-sèille, qui, roulant échapper à ceux qui venaient l'arrêter, se réfugia sur \e toit de la maison, d'où il tomba et se cassa le cou ; mais n'étant pas mort sur la place, on l'apporta au Fort, où il expira bientôt iiprès (1). Notre voisin Larguier, ne se possédait pas de joie, de voir ses ennemis terrassés, et c'était lui qui noQs, avait réveillés par ses cris. Nous prime» part à sa joye; car tout nous prouvait que le vent était entièrement changé et nous avions bien lieu d'espérer qu'il deviendrait encore meilleur*

Ce fut à-peu*près Vers cette époque, qu'une bagatelle occasionna, entre -M. le Prince de Contj et nous, un refroidissement, qu\ dura presque tout le reste du tems, que nous passâmes ensemble dans ce triste séjour. Ayant pu nous procurer de la campagne, du bols et du charbon, à beaucoup meilleur marché qu'on ne l'avait en ville, et ayant, d'ailleurs, lieu de craindre que tes prix de tous ces objets n'augmentassent encore considérable* ment, nous en fîmes venir une petite provisioil'i^et comme nous avions dans notre logement, bien moins d'espace que M. le Prince de Conty, et que nous étions déjà aussi encombrés que possible, nous ne savions 'où placer notre provision. Nous fûmes donc obligés, poulr y parvenir, d'avoir recours à un expédient, qui donna lieu à l'altération que je viens d'annoncer. Il y avait au

(1^ Le Greffier de Tatroce tribunal s'appellût Chompré, Lorsqu'on l'arrêta, ses premiers mots, après avoir protesté de son innocence, forent^ ** A-t-on arrêté Maillet V* (son confrère et comprice, le président du tribunal,) •* Cest lai qui est un fier scélérat! " Ce fut ce même Chompré, qui écrivît -mon interrogatoire, et qui & chaque fois que je répondus, '" Oui ou non,'' me disait : '* dites donc^ put Citojfçni, ou nm.CUoifen**

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