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^'' boot de iioltfe corridor, derrière les latrines^ une espèee IMsintelu de fetit galetas, dont on at ni bouché la porte avec ^g^i^^^aelyei pierres taises Fane tar l'antre^ mais si négli* Maet de gesuDeot, que, d'un coup de pied, on poutait abattre ce iMu7 Aîbie obstacle. Le galetas, n'avait pas d'antre issue que aalle^là : il a'étûl éclairé que par nae Inearne, qui donnait sur le petit jardin. Nom pensftmes que ce serait nue excellente acquisition à fiire pour nos provisions ; mais avant de nous en emparer, nous coBsak&mes à cet 4gvd le Garde de Ville que le Départeveat et la Municipalité avment placé an Fort, poar nous surveiller, et qui, en eonssdératian de quelques petits préseQs, dédara qu'il m'y vmjait pas d'inconvéniens. Aussitôt fait qne dU : la parle fut jettée en bas. Au bruit que cette opéralioB occasionna, M. le Prince de Conty accourut tout allarmé, et demanda avec ^boi, ce que nous prétendions faire. Noos loi contftmes aussitôt le fiiit, en ajoutant que nous avions Tautorisation de notre Garde Pigaenx(l>. M. le Prince deContj ne f6t nullement aattafait da noire explication et se retka en grondant. Nous sCdoes un moment après,qa1l venait de faire savoir la ebosa an Commandant du Fort, en le priant de faire feboucber la port^ coanme auparavant, par ce qu'il craignait d'être compromia par cette innovation. Nous all&mea aussitôt noos plaindae à lui, dVin procédé aussi peu amioal, ^' Ma foi. Messieurs," nous répondit-il, avec humetHv'^je ne me soucie point da tout de devenir vie- ^ time de vos imprudences! J'ai déjà été mis une fois ** âa cachot pour vou% et je n*ai aacune envie de vous y '* accompagner une seccmde.''---Cet injuste reproche me piqna au vif» et je le lui témoigntû assez fortement, en l'assurant de plus que nous n'avions jamais, ni sollicité, lû désiré rhonneur de sa compagnie et que nous étions bien loin d'en éprouver le moindre soulagement. Il me donna alors à entendre que le prêt qu'il nous avait fait,
(i) Le léoréCairepifBmx, était aiort depnii quelcitm jovn.
^uvftit être t;pù^id.éré comme une^obligatwn qae flous '
lai avions^ et je m'élançai aassitôt hors de la chambre *
pour aller chercher la somme en questioDj et la lui rendre^ ce que je fis sans balancer. — '' Voici donc," me dit-il> en la recevant, '' la guerre déclarée entre " nous P-—" Nod," lui répondis-je, ''nous vous avons ^*>«« ^"^
: ' ,. . rendons
" eu une véritable obligation, et nous ne 1 oublierons l'argent
-- . . . f \ • • . j qu'il nous
" jamais ; mais vous concevez qu après ce qui vient de avait '' se passer, il nous serait impossible d'être ensemble sur ^0!^^^- 'Me même pied qu'auparavant." — '* J'en suis flàché," *?"» »«* répliqua«t'-il, ^' mais ce n'est pas ma faute." — " Ce n'est "pas la nôtre non plus!"— et après une révérence de part et d'autre, nous nous séparâmes. Nous restâmes^ cependant, possesseurs du galetas: car le Commandant, qiii était un fort bon-homme, ne voulut pas le faire reboucher et nous fit même dire qu'il desirait beaucoup pouvoir nous accorder de plus grands adoucissemens; Mais quoique nous eussions obtenu satisfaction sur ce point, le résultat de l'affaire ne nous était pas aussi favorable, à d'autres égards: car, par la restitution de la somme que nous ay ait prêtée Mt le Prince de Conty^ nous nous trouvions réduits à* la possession de cent vingt francs en assignats, équivalant alors à peu-près à vingt six francs réels, indépendamment des douze louis en or que nous conservions comme un dépôt sacré, pour le cas d'urgente nécessité. Cet état de finances n'était pas brillant, et ne donnait pas lieu à des réflexions bien agréables; mais il nous en fit faire d'utiles. Notre voisin Larguier qui, comme je l'ai déjà dit, avait été jadis procureur, ou avocat, s entendait fort bien à rédiger une pétition, à poursuivre une affaire, &c. 11 nous avait déjà fait obtenir par ses soins, une augmentation do traitement de douze fr-ancs par jour, qui au l'ait n'en était point une, puisque depuis la première fixation de ce traitement, la valeur des assignats avait baissé dans cette proportion ; mais au moins, cela nous empêchait d'y perdre, et c'était beaucoup. Nous nous adressâmes
' donc encore à lui, pour savoir s'il n*y adraît pas
'^^* moyen d'arracher quelque particule die la somme de douaie mHIe francs, que ma mère avait envoyée pour nous aux Corps administralifii^ et dont nous n'avions jamais touché un sou. Larguier nous pretnrt aussitôt de rédiger une pétition conçue de telle manière^ que pour peu que ceux auxquels elle serait adressée, eussent conservé le moindre degré . de pudeur, il leur serait impossible de nous refuser la restitution que nous réclamions^ Mais pour être plus sûrs d'obtenir quelque chose, il nous conseilla de nous borner, quant à présent^ à la demande du quart de la somme, sans préjudice du reste> et uniquement pour satisfaire au payement de quelques dettes et à nos besoins les plus urgens* Nous y consentîmes^ sans partager les espérances de Larguier à cet égard. Les Corps administratifs étaient cependant changea depuis le g Thermidor, et beaucoup mieux composés
^ou^obic. qu'auparavant. Grâces à cet heureux chans:ement et
nous le / . ^
quart de à la persévérance de Larguier, nous obtînmes au bout que®™"® de trois ou quatre pétitions, d'abord la reconnaissance ^ «fvoéc**^^^ la somme qu'ils avaient reçue pour nous, et ensuite, pour nous un ordre pour nous en faire toucher le quart. Notre
depuis , . - ^ r .. j •
longtems. premier soin, en le recevant, fut comme de raison,
d'en faire accepter une partie à Larguier, comme
une marque de notre reconnaissance. Cette somme
de 3000 francs en valait à peu-près 600 en effectif,
et certes, dans la situation où nous nous trouvions,
c'était pour nous un secours aussi réel, qu'inattendu.
D'ailleurs, n'ayant jusqu'alors essuyé que des refris de
tout genre, ce premier succès faisait naitre en nous
l'espoir d'en obtenir de plus essentiels, et ces deux motifs
réunis étaient bien de nature à nous causer une joie
sensible.
On nous Nous en éprouvâmes, quelque tems après, une plus
Fort pour vive encofe. Notre parfaite amie M. de B— > étant
pnson, instruite par nous de l'étroite gêne dans laquelle on
nous tenait depuis si longtems^ sollicita pour nous un
peu plaâ de liberté^ en attendant qu'^an jugeât à propoa %^qa de faire cesser notre captivité^ et obtint enfin, à'force d'instances^ un arrêté des<:omité8 de la CJonvention, par lequel on nous donnait le Fort pour prison, avec injonc* tion de oous y laisser piomener tant que bon noua semblerait, et défense de nous renfermer dorénavant dans nos chambres. Il faut avoir été dix^init maù au secret, ^ut sentir le prix d'une pareille faveur: elle nous transporta, et nous pénétra d'un redoublement de recon-» naissance, pour Tamie aux soins de laquelle nous la devions. Comme M. le Prince <le Conty é(ait compris dans cet arrêté, <nou6 nous empressâmes, malgré le peu d'intimité qui régnait entre nous depuis quelque tems, d'aller lui en faire part. II nous remercia beaucoup,' mais il reçut la nouvelle assez frôidement^-^^' C'est bien ^^ cependant quelque chose, il faut en convenir," dit-il^ ** que de pouvoir respirer librement! Mais, avec votre ^^ permission, je ne partagerai pas toute votre joie : car
'^ timeo Danaos^ et les faveurs de ces messieurs me
^' sont toujours suspectes." — Nous le laissâmes à ses soup<r çons, et nous nous empressâmes d'aller Jouir de l'espèce de liberté que nous venions d'obtenir. Un de nos premiers soins, fut d'aller voir notre Tante qui était aussi com-» prise dans notre arrêté, et que nous n'avions pas vue depuis fort longtems. Nous l'embrassâmes avec d'autant plus de plaisir, que nous avions été^ dans les derniers tems de Robespierre, très inquiets sur son sorU Elle nous assura qu'elle avait été plus inquiète pour nous que pour elle même, imaginant que son sexe et le soin qu'elle avait toujours eu d^ ne se mikrde rietij, la sauveraient infailliblement. Nous ne pûmes lui cacher que nous étioqs fort loin de penser comme elle à cet égard ; mais elle persista dan» son opinion, et nous n'en'parlâmes plus« Nous allâmes en sortant de chez elle, faire le tour dé notre petit monde; ce qui malheureusement, n'exigeait ni beaucoup de tems, ni beaucoup de fatigue, niais ce f^ui n'en fut pas moins pour nous uoe véritable joqis«
te
'"T^saoce. Nous reçûmes des félicitations de tous les ' aociens prisouoiers qui peuplaient encore le Fort^ et les nouveaux venus nous regardèrent d'un très mauvais œii| ce que nous leur rendîmes sincèrement. Peu de tems après cet heureux changement^ qui nous portait à nous livrer aux plus douces espérances, nous reçûmes une nouvelle, qui nous replongea dans rabattement et le phagrin. Ce fut M. le Frince de Conty qui nous en régala le premier. Il accourut à grands pas, dans notre chambre, et qous dit, du ton le plus tragique et le plus solemnel : ^' Messieurs, malgré le peu de confiance qui f' règne entre nous, depuis quelque tems, je nVi pas cru '^ devoir tarder un instant à vous faire part de l'afiieux malheur dont je viens de recevoir la nouvelle, et qui vous concerne autant que moi. Sachez, ^nessicura, que nous sommes condamnés par un décret V. de la Convention, à la prison perpétuelle f Cette annonce fut pour nous un coup de foudre: car nous savions, dçpuis quelque iems, que la Cpiiivention allait s'occuper de prononcer sur noire sort, et nous nous flattions, d'après ce qui avait déjà été dit à ce sujet, qu'elle se borne''ait à ffous clmîser à jamais du territoire de la République, ce qui était 1 abjet de nos vœux les plus ardens ; m^h au lieu de cçla une prison perpétuelle l Certes la guillotine valait encore mieux. Nous demançlàuies à notre vieux parent, d'où il savait cette non7elle, et il nous moqtra un papier public qui la contenait. lia chosç n'était cependant pas aussi positive, qu'il lui ^vait plp de t\ous Tannoncen Cambacérès, à la suite d'tm rapport sur la proposition de déporter les membres de la famille Bourbon détenus, en France ^ avait fait décréter que, vn le danger éminent pour la chose pub* liquty de rendre, la liberté aux susdits individus, on les retiendrait en prison, aussi longtems que la sûreté générale ï exigerait. Les mots de prison perpétuelle, i;^'étaient pas prononcés ; mais véritablement, cela ^ Ressemblait beaucoup, et cela nous plongea ^an^ le
chagrin le plus amer. Au bout de quelque tems, Tespoir commença à renaître dans nos cœurs ; nous songe^es qu'ayant le Fort pour prison^ et n'y étant point sur notre parole^ il ne nous serait pas bien difficile de nous échapper ; que le seul embarras serait de nous procurer une barque, qui pût nous conduire à Gènes, et qu'enfin le ]^^^*^ peu d'argent que pous possédions^ serait peut-être «<>«• ▼«suffisant pour cela. Mais comme des prisonniers, n'ont que nous presque jamais le choix des moyens qu'ils emploient, ils ^upksont forcés de risquer beaucoup plus que d'autres ; nous ^^^îf^ aventurâmes ainsi tout notre petit trésor, et nous le per- érid». dîmes. Sans entrer dans les détails ^'une histoire, qu'il serait aussi inutile qu'ennuyeux de rapporter ici tout au long, je me contenterai de dire en peu de mots, que deux jeunes gens, dont l'un avait été Page du Roi, et qui, tons deux avaient été amenés au Fort, quelque tems aupara* vant, comme Royalistes, nous ayant, après les plus belles protestations de zèle et de dévouement, offert leurs services pour nous aider à nous échapper, nous résolûmes de l'essayer. Pour faire cette tentative, il fallut leur confier la très petite somme qui composait tout notre avoir, et ils nous la volèrent en décampant, ce qui nons laissa, dans une situation d'autapt plus pénible
que la perte d'une ressource aussi précieuse, nous éloignait plus que jamais, du but que nous nons étions crus au moment d'atteindre.
Notre position devenait cependant à d'autres égards, beaucoup moins fâcheuse qu'elle ne l'avait encore étét, 1795^ depuis le commencement de notre captivité. Nous nous promenions, nous allions visiter nos confrères les prisotmiers, et nous jouions avec eux à toutes sortes de jeux. Quand je dis noi confrères, Je parle de ceux des prisonniers dont le ton nous convenait. Les jacobins au contraire, qu'on avait commencé à emprisonner depuis quelques mois, et dont le nombre augmentait journdiement dans le Fort, y faisaient toujours bande à part, et nous avions encore moins d'enyie qu'eux, de supprimer laligtie
170^ de déaiarcationr Ceux qu'oa ayait renfermé sous clef^ éiaieot comme de vraU tigres ; et lorsque nous passions près de leurs griUes^ pour nous rendre d'uti endroit du Fort à l'autre^ ils ne manquaient jamais de vomir mille iiijures coatce nous, noire famille et tous les ci-devans^^ pour lesquels, ils prétendaient avoir été beaucoup trop douxi lorsqu'ils avaient eu le pouvoir en main. Onnou Vers la fin cie Février 1795, on oon&eulit à nous ^^^ changer de logement^ ce que nous desirions d'autant log^Qeat. pli]^ que pour arriver jusqu'à^ous, il fallait nécessaire-r ment passer «devant les fenêtres de M. le Prince de Coniy, ^t que l'oisiveté^ l'âge et Tinquiétude, portaient ouotie vieux ^parent à la curiosité et au commérage ; ce ^, joint à la froideur qui subsistait toujours entre nous^i xendaitce procbe voisinage, complettement désagréable; il l'était aussi pour Iui-mê«ie} et il fut d^antant plus aise de notre changement de .logement, (|ue, s'emparent de nos chambres, et y r<établissant la communication avec le^ siennes, il se trouva beaucoup plus au large. Notre ancien voisin, J^arguier^ ayant obtenu sa liberté, ainsi que la .plupart des prisonniers qui avaient été enfermés du tems de Robespierre, M, /le Prince de Conty joignit à son appartement, la petite chambre du procureur, qui était claite et sans grilles^ Quant à nous, nous eûmes en partage, deux petites chambres claires et propres, avec un cabinet pour Louis et une petite cuisiqe. Nos fenêtres n'étaient point grillées* et donnaient sur la mer; mais on avait d'autaiit moins d'inquiétude à cet égard, que vu leur extrême hauteur, on ne pouvait considérer que ce fût une facilité de s'échapper> pour des gens qui avaient tout leFort pour prison, ^'ailleurs à cette époque on s'en occt^pait ..fort-peu. Les adçainistrations étaient mieux composées. Les commissaires de laCon- Tentiop ou . représentans du peuple, n'étaient plus des hommes féroce^, ni des persécuteurs, flnfin tout le lyr^têm^ de i^igueur était, Dieu-merci, passé de mode, oji s'il fixiistftit euoore ^ quelqvïçs égard», c'était uniqueis
tti^nl cotttte kiBùk ^tn eh avaient ai longtems fiut kiiini ^^ liorribles délices^ les Jacobins I Ma mère atrnt été/ '
depuis quelques mois, transférée dû Laxemboorg, dras line maidoû de saaté, rue Charontie, où elle était^ è pea«» près^ sur sa parole, en bon air, et à pcif tée de soigner sur santé délabrée* Elle nous maudaiiqa^tlleataitdegninCtefr espérances de voir inceasament notre fort si^iliélfoter beaucoup, et de pouvoir même doqs seivtr dans sfeis btttfi Ses lettres, les adoucissenieiis de tout genre que Bout éprouvions, et dont nous sentions d'autant ptutf vitemetftf l(e prix, que nous en avions été privés bien eruelleneitt^ depuis près de [deux ans que nous étiùm en prisof)>' ]a bonne tournure que prenaient les alliiiies de liod^ malheureux pays, enfin tout noud encoui^ageaît à Tespoîr, et sans diminuer notre extrême dtéit ée recouvrer notre liberté^ nous faisait attendre avee plus de patience la réalisation de& espérances qu'on nout donnait alors de toutes parts.
Nous obtînmes qu'on, nous pay&t le resie de nos douze On no» mille francs ; et quoique la dépréciation des assignats, ^^^l ^^ j^ qui augmentait sensiblement chaque jour, efit réduit de ^™ine beaucoup la valeur de cette somme, nous nous trouviansr mère nous heureux de pouvoir profiter de ce secours, avant qu't) Tojée,^ fût entièrement réduit à rien. Notre traitement jour-* "onsTaT" nalier fut aUssi encore un peu augmenté, mais non pas !^°^. ^^ en proportion delà perte énorme des assignats; et it laissés à eût été tout-à-fait insuffisant à notre subsistance, sans l'autre secours. Il nous arriva de plus, vers cette époque, un renfort considérable : soixante et doute louis, en ôr, que j'avais laissés à Nice, au moment de mon arrestation, me furent renvoyés par celui qui en était resté àé^ positaire. Notre excellente amie, M°r de B* "* ' > i > rt, ^r, avait aussi l'attention de nous faire passer, de tems-^ en<*tems> des petits objets agréables on utiles, et umt cela adoucissait infiniment netfe sort. Plusieurs moh se passèrent de la sorte, sans qa'ii nous ardvftt rien de remarquable, si ce n'est qu'un jour, ^nant ^be2 des
jy jedaèagens royalistes, qu'on avait enfermés au Fort,^oof aVoir fait du train à la comédiej et tenu des propos
« Violens contre la ConventioDi nous bûmes un peu plus
qu'à notre ordinaire^ et nous fîmes ensuite chorus dans des chansons anti-républicaines, ce qui nous attira une dénonciation en forme, de la pact des prisonniers jacobins qui avaient entendu nos chansons, et les repré^ stnlèrent comme faisant partie d'un grand complot. Us ajoutèrent^ comme une preuve de plus de nos perfides intentions, que nous avioqs trouvé le moyen de nous procurer des armes, et que nous les avions cachées dans nos chambresé Ce dernier fait était vrs^ir nous possédions deux ou trois sabres, ou briquets de grena« diers, que des soldats nous avaient vendus ) mais loip de vouloir les faire servir à l'exécution d'aucun complot, ' nous ne nous en étions munis que pour pouvoir nous âéfendre> en cas de besoin, contre les jacobins, qui étaient alors en très-grand nombre dans le Fort, et menaçaient souvent de nous jouer quelque tour de leur métier. Heureusement pour nous, le représeatant du peuple auquel cette dénonciation fut faite, était un homme modéré ; il avait même de fort bons sentimens : son nom était Mariette : il fit aussitôt . Tenir le Commandant du Fort, et le chargea de nous instruire de la dénonciation qui venait de lui être faite, en nous assurant qu'elle n'aurait aucune suite, parcequ'il méprisait la source d'où elle partait, et qu'il pensait que personne ne devait s'étonner, ni s'ofienser que nous fussions royalistes ; mais que, quant aux armes, il était obligé de nous pri^ de les rendre ; et qu'au lieu de faire faire l'examen de nos chambres, comme cela était d'usage en pareil cas, il se contenterait sur cela de notre parole d'honneur. . Il était impossible d'agir plus loyalement. Nous rendîmes, comme de raison, les armes que nous avions, et nous fûmes extrê- ^^iqement.sensible^ à un genre de procédés, auquel nifus étions bien peu accoutumés. Un représentant de là
tnèitie tremijé que la plupart de ceiix qui avaient pré- ,-q^ ^édé celui-là^ n'eût pas manqué^ sur une pareille dénonciation^ de nous faire mettre au cachot^ ec expédier ensuite par un procès révolutionnaire. Mariette ne. ressemblait pas du tout à ses féroces confrères. Un jour> passant en bateau devant le Fort^ et nous ayant apperçus à une fenêtre^ il ôta son cbapeau> et nous salua fort poliment^ quoique sans affectation. On peut concevoir qu'une bagatelle de ce genre fasse plaisir^ dans une situation comme die où nous étions alors. J'ignore quelle a été à d'autres égards^ la conduite politique de Mariette^ et ce qu'il était avant la révolution ; il a^ en général, fait peu parler de lui, excepté à Marseille où il a gagné l'estime des honnêtes gens, et la haine la plus implacable de la part des jacobins. Quant à ces derniers, on en amenait tous les jours au Fprt, et^ vers le commencement de May, ils furent tous enfermés, les BUS au cachot, d'autres dans des chambres. On poussa même la rigueur à leur égard, jusqu'à empêcher leurs parens ou amis> de leur apporter à dîner, comme ils le faisaient auparavant. Ceux qui avaient de l'argent^ parvenaient cependant à se procurer à manger et à boire; mais les autres étaient exactement réduits au pain et à l'eau. Leur rage devait être poussée à son comble, mais ils ne la manifestaient plus : car ces mêmes êtres qui avaient Jadis inspiré tant d'horreur^ en éprouvaient à leur tour les effets. Ce fut vers ce tems, que se formèrent les cocopagnies de Jésus, et celles des enfans du soleil qui ont depuis été fameuses dans le midi : elles étaient composées de jeunes gens dont les parens avaient été sacrifiés par Jes jacobins, et qui se croyaient autorisés à venger It^ur mort, par-fe meurtre de tous ceux d'entre ces misérables qu^ils pouvaient trouver. Souvent lorsqu'ils en rencontraient qu'on amenait en prison, ils se faisaient jour à travers ceux qui les gardaient, et les accablaient de coups de sabrct Nous vîmes plusieurs de ces honibles scènes se
" «^ passer à IVutiée du Fort. Ils menaçaient en outre (en, criant à tiie-t6tei pour qne les pritonnierr lesf enteu'^ dissent^ qne si on ne s'empressait pat^ faire justice de iioùt lea scélérats qu'on tenait en prison ils se charge* raient de ce aoin, et suivraienti à cet égard^ F^emple des Lyonnais (1). On conçbit que ceux èqot s'adressaient de pareilles menacâes^ iVissent asses inquiets pour ne plu» se liner à leur ftirenr ; et pMi à Bien qu'on se flit contenté d'avoir produite^ eèSt, sstns se rendre aussi criminel que ces scélémts eux-aaêines f Nous n^eussions pas été témoins de Fhorrible événement qui arriva peu de tems à près, et dont Je vais- faire le récit!
Sliancre Le 6 Juin de cette année 1795, vers cinq heures a^Fjao^* a'pr^ midi| tandis que nous étions occupés, Beaujolois à loFo^ lire/ et moi à dessiner, nous entendîmes tout d\ui coup, des cris de : '^ Aux armes ! Levés le Pont !" et courant aussitôt à la fenêtre, qui donnait sur la cour^ nous vîmes les soldats de garde accourir à leilrs postes, s'emparer de leurs armes, et se porter, à la h&te vers le Pont-Fevis. Un moment après, ces mêmes soldats revinrent en désordre, suivis d'une foule d'iiommes armés de sabres et de pistolets, sens uniformes et la plupart ajant leurs manches retrousées jusqu'au dessus des coudes» Au milieu d'eux était un officier qu'on portait, et qui paraissait blessé. Ils chantaient à tue-tête^ le couplet de ta chanson appellée '' Le réveil da peuple/* dont l^$ derniers vers étaient :
«' Mânes pU^tifi dtPinnocmce, *• Appaita vota dam vos tombaïus !
** LtjoiÊir tardif de la vengeanec»
" FûU enfin pâlir vas bourreaux,"
{1 était impossible d'avoir le moindre donte sur les intentions de ces forcenés^ et même sur la facilité avec Quelle ils ppuorûvit . les exécul^, puisqu'ils étaient
Cl) On venût de Aanacrcr à Ljoo^ w gjnùd Bombrc de ja6>biiia»
parvenus a entrer datii le .Fort, et qoe les MldaU ne . }>araiMaient leiur opp980r aucime véM^Unçe» Il était oertaia c)ue nous n'éÛQJif pas da nombre de cens ans» quels ^ en vottlaient, œais il ne fêlait pas autanlt qu^éUnt y vse^ comme ib .paraissaient l^lce^ et comme ils rétaiant en effets ils ne commisieat quelqn'eneuf dont nous pouvions devenir les vlctiincs» Ces réAesdons i'offrant à nous à . la b&te^ nons nons bfttamet de . nous barrîoader aussi bien qu'il nons fut possible. Srocbes^ chenets, bûches, tables et chaises, furent em<^ pilais en un moment contre la porte ; et dans le eaa où tous ces remparts eussent été forcés» nons étions déterminés à nous sauver par les feBêires, qui donnaient sur la mnr* A peine avions*nous fini de nons barri* cader ainsi^ qu'on frappe à notre porte. Nous ne ré* pondons pas d'abord. On redouble en criant : ** Oovro^ ^' qui que vous soyez ! nous ne venons point vous iaire *^ de mal, nous apportons l'adjoint du Ciommandant dn ^' Fort, qui se mçurt, et que nons ne pouvons mettre nulle part ailleurs: car toutes les chambres sont fermées.*' Nous répondîmes alors, que si nous pouvions ofirif quelques secours à l'adjoint, nous le ferions avec empressement, mais que nous les prions de son^ que nous n'étions nullement en prison, pour cause de jaco* binisme, et que notre cas était précisément le contr^re* Ils répliquèrent qu'ils le savaient, et iSous recommalN dèient d'ouvrir vite, parce qu'il n'y avait pas de tems è perdre. Sur cette assurance, nous nous déterminSmea à ouvrir. Aussitôt, dix ou douze jeunes gens asiea bien babilles, mais les manches retroussées, et le sabre ^ la main, entrèrent en portant cet adjoint^ qu'ils déposèrent sur mon lit. Ensuite, nous adressant la ^* parole : ^ N'êtes vqus pas," nous dirent-ils, '' Jlfessirtirs *' d'Orléans r" et sur notre réponse affirmative, ils omis assuflèrent que, loin de vouloir attenter à notre vie^ ila la défandrMpnt de lont leur ponvmr,. si elle était ea danger ; que l'acte de justice^ qn^ils allaient excrjerj^
loé
eonUibueraii autant à notre sàreté qu'à la leur^ çt à celle de tous les honnêtes gens ; puis ils nous demander rent de l-eau-de^ie, dont assurément ils ne paraissaient avoir aucup besoin. Nous n'eu avions pat ; mais ils trouvèrent une bouteille d^aqisetle, dont ils se versèrent dans des assiettes à soupe ; après quoi ils sortîrenti en nous recoaimandant' d'-avoir soin de l'adjoint ; et soit pour le garder, soit pour empêcber que leurs-camarades ne commissent à notre égards quelque fatale erreur, ils laissèrent un d'^ntr'eux en sentinelle, à notre porte» LMjoint était p&le comme on mort^ et nous eûmes assez de- peine à lui faire reprendre pon naissance ; mais il notait pas blessé : on s'était empressé de te- désarmer sans lui faire la moindre égrati^nure, et l'effroi que lui avait causé cette cérémonie, joint à celui de toutes les conséquences qui allaient en résulter, avait été la seule causf^ de son évanouissement. Revenu à Ini^ il voulut sortir, pour tâcher, disait-il, de s'opposer à l'horrible scène qui allait se passer; mais il trouva à la porte deux sentinelles postées par les Massa^ creurs, qui l'eq empêchèrent. Dans ce moment, nous entendtmes enfoncer à grands coups, la porte d'un des cachots de la seconde cour, et bientôt après, des cris affreux, des gémissemens d^chirans, et des heurlemens de joie. Le sang se glaça dans nos veines, et nous gftrd&mes le silehce le plus profond. Au bout d'environ vingt minutes que dura la boucherie de ce cachot, nous entendîmes i-borrible troupe revenir dans la première cour, sur laquelle donnait une de nos fenêtres ; et nous eo étant approchés, par un mouvement machinal, impossible il décrire, nous les vîmes occupés à sefforçer d'enfoncer la porte du cachot No* l, qui se trçmvait pie* dsément en face de notre fenêtre, et dans lequel il y avaitr une vingtaine de prisonniers, ils en avaient ^éja égorgé environ vingt cinq» danaTattite caqhot« Cedx du l!î[o.l,dont> heureusœient pour eux, la porte k'ouvrul tj^ dedans^ se barricadèrent si bien^ qu'après avoir ^ta^
lod
^raillé iniitilenient pendant plus d'an qaart d'heure, à ' l'enfoncer, les mass^creani l'abandonnèrent, apr^ avoir tiré quelques coups de pistolet à travers les barreaux, et «voir promis de lrevenir> lorsqu'ils auraient expédié les autres»
Vers six heures le Commandant du Fort nous fut amené par deux de ces messieurs qui ne Iqi avaient laissé que le fourreau de son sabre, et qui l'enfermèrent avec soQ adjoint et nous. Il s'était présenté hu pont* levis qu'il avait trouvé levé, et ne pouvant parvenir aie faire baisser, il avait pris le parti d'escalader par le fossé ; mais en arrivant dans le Fort on l'avait désarmé et conduit chez nous. Il jiirait il tempêtait, il se mordait les poings, et reprochait à son adjoint, la pâleur et l'eiTroi qui se peignaient sur son visage. On entendait toujouraf les cris des victimes, et les coups de pistolet, de sabre, et de massue des égorgeurs. Vers sept heures nous entendîmes un coup de canon tiré du Fort, et nous sûmes de* puis, qu'il l'avait été par les assassins contre le cachot No. 9^ dont le$ prisonniers, au nombre de plus de trerfte, fiirent mitraillés et brûlés; car, pour que la besogne allât encore plus vite, ils avaient imaginé de mettre le feu au cachot, après y avoir fait entrer une grande quantité de paille, par les soupiraux* Il était près de neuf heures, et- Duit close, lorsque nous entendîmes crier dans la première cour. *^ Voici les Représentans du Peuple ! il faut 'f hai^^r le pont> car ils menacent de nous traiter en *^ rebelles* si nous différons un moment."—- '' Je me f . . . ^' des Représentans," dit l'un deux, *' et je brûle la cer« ^' veHe au premier lâche qui voudra leur obéir. Allons, ^' camarades, à la besogne ! nous aurons bientôt fini." Fendant qu'ils s'éloignaient, les soldats de la garde bai»- ^èrent le pont et les Représentans entrèrent au milieu de flambeaux, et suivis d'un grand nombre de grenadiers et de hussards, à pied.-^'^ Malheureux," s'écrièrent-ils, en entrant, *f faites cesser votre horrible carnage ! an ff nom de la loi, cçssez de vous livrer à ces vengeanoes
'* odieuseï !*— Plurieurs répondirent : " Si la lui nona
M i^Yait fût JoflUce de ces scélérattf nous n'aurions p^s ^' élé réduits à la nécessité de nous la faire nous-mêmes ! '' Jdatntenant le vin est liré> il faut le boire ;***— et le massacre continuait toujours.—'' Grenadiers/' crièrent ^^ les Représentans,'' b&tesi-vous d'arrêter ces forcenés, ^ et qu'on nous fasse venir le Commandant du Fort ! où , '' estril doncf «— On leur apprit alors qu'il était enfermé dus une chambre en baat» et ils s'y firent conduire. Ces Représentans étaient Isnard et Cadroy. £n entrant dws notre Chambre, ils demandèrent an Commandant, compte de sa conduite, et ib parurent convaincus de l'impossibilité où il avait été de s'opposer à cette horrible sçèpe^ puis s'asseyaat sur ao» lits, et se plaignant de l'excessive chaleur» ils demandèrent à boire ; On leur apporta du vin* Isnard le repoussa, en criant d'un ton tragique: '' C'^^ du wngT On lui offrit ensuite de l'anisette, et il l'avala sur le champ. Un moment après» oomme notre chambre se remplissait de monde, ils passèrent dans celle à côté, pour y délibérer, et s'y enfer* mèrent avec le Commandant. Au bout de quelques minutes, ils rentrèrent. Cinq ou six massacreurs arrivé i:eot alors, tout couverts de sang. *' Représentans," dirent-ils, 'Maisses nous achever notre besogne; cela '^ sera bientôt fait, et vous vous en trouvères; bien."— '< Misérables, vous nous faites horreur!"-—^ Nous '^ n'avons fait que veiiger nos pères, nos frères et nos *^ amis ; et e'est voust^nêmes qui nous y avez excité.*^ ** Qu'on arrête ces scélérats," s'écrièrent les Représen-r taus ! On en arrêta, en effst,. quatorze ; mais ils furent relâchés deux jours après.
Ainsi se termina cette horrible soirée, dont le résulut fut la mort de quatre-^vingt malheur^x, parmi leisquels, exitre beaucoup d'innocensi se trouvait ^un eosdonnier qui n'était enfermé» que pour avoir crié; *^ Vive le Roi !^ j^^cipn d(^ ffiji^ scélérats ne perdit la vie: k cachot 1^0,1 fui èonjtenait piusieui^i et ne put être enfoncé;
la Tour en éiaît remplie^ et les massacreunr ne pfrirent — 'TT' pas y pénétrer. Le lendemain^ le Fort était enccore jonché de cadavres^ et de mourams, comme un cftiamp de bataille : on y voyait aussi d'affireuaes mares de sang; et pour que rien ne manquât à Fborreur de ce lieu, Fair y était empesié par la fumée qui s'exalait des cachots brûlé». Ce fut seulement alors que nous découvrîmes, avec horreur, sous nos lits, et sous quelques unes de nos chaises> trois ou quatre poignards ensanglantés juisqu'à la garde, il est probable qu'ils y avaient été jettes par ceux des assassins qui avaient voulu se débarâsser de ces preuves de leurs crimes, après s^être introduits dans notre chambre, au mîKeu de la foule qui suivait les Représentans. Plusieurs victimes de ce mm^ sacre, y survécurent deux ou trois jours^ et expirèrent ensuite dans des souffrances d'autant plus aifreuses, qu'on ne s'empressa nullement de leur donner du secours* En traversant le Fort, le surlendemain de cette horrible soirée, je m'entendis appeller par une voix plaintive etf suppliante, qui sortait du fond d'un cachot. Je m'en approchai, et je reconnus un homme qui avait été officier municipal, et qui^comme tel, m'avait gardé au Palais: il passait pour un enragé jacobin ; mais je n'avais pas eu personnellement à m'en plaindre: ^' Citoyen," me dit-it, '' je suis mourant :" j'étais enfermé dans le cachot No. 6, *' lorsqu'on y mit le feu, et je ne sais comment j'ai pu '* survivre à tous les malheureux qui y ont péri. JPlutà-Diéu que j'eusse succombé comme eux! Je n'aurais pas eu à souffrir le martyre dans lequel je gémiâ encore. Mais par pitié, faites moi donner du secours, '^ ou qu'on m'achève ! car rien* ne peut égaler les *' tortures que j'éprouve." — Je lui promis de faire mon possible pour lui obtenir du secoui^ et je courus^ *^ aussitôt chez le Commandant du Fort, pour lui repré- '^ senter la barbarie de laisser ces malheureux dans nh " état aussi révoltant, sans leur accordJer la moindre '^ assistance. "J'ai déjà fait demander un chirurgien,"
te
iU
1 70 V*^ dît-il, '' ce Q*€3t pas ma faute s'il ne vient pm et tous ce» ** gueux là ont assez fait périr d'honn&tes gens^ pour '* qu'ils crèvent sans qu*on les plaigne.** — " Je ne le» ^' aime pas plus que vous/' lui dis-je, '* tnn}s outre que ^' parmi ceux dont je vous parie, il peut s'en trouver *' d'innocens, ce serait se rendre aussi coupable que le ''plus sanguinaire d'entr'eux, que de les laisser périr ''ainsi."—" Je m'en vais envoyer encore pour faire " venir ce chirurgien, et c'est tout ce que je puis faire : " car si je voulais leur administrer moi-même ce secours, '' ils seraient vraisemblablement guéris d'une toute antre " manière." — lie chirurgien arriva, mais trop tard ; et le malheureux dont j'avais plaidé la cause, mourut,.ainsi que plusieurs autres.
KunsiSiTo» Un Anglais, qu'un corsaire avait pris à bord d'un l'évanon bâtiment marchand dont il était subrécargue, avait été gl^ ^î» «"Mené au Fort, comme prisonnier de guerre, deux jours tonakrp avant le massacre. Le pauvre homme fut, comme on peut croire, saisi de terreur, à la vue de cette scène inattendue, d'autant que n'en coiinoissaiit ni la cause, ni les auteurs, il était convaincu que les massacreurs étaient des jacobins qui tie manqueraient pas de l'expédier^ comme Anglais^ Il ne parlait pas un mot de français^ et ne l'entendait pas davantage. Comme nous étions les seules personnes du Fort, qui parlassent anglais, on eut recours à nous, pour communiquer avec lut. Il fat enchaiité de trouver à qui parler, lious assura que sa détention avait été contraire à toute espèce de justice, et nous demanda notre intercession pour tâcher de le .faire sortir. Je lui fis mettre ses griefs par écrit, et je lui rédigeai plusieurs pétitions ; mais quoi qu'on promit d'y faire droit, le tems s'écoulait, et nôtre honime restait. . toujours au Fort, séchant d'impatience et d'ennui. Il ^^e plaigiiait amèrement de ce qu'Indépendamment du désagrément de sa situation, ses affaires en soufiraient de la manière la plus fâcheuse. Touché de son malheur, nous lui proposâmes de tenter ,dé le faire sauver* Il
accepta là proposition avec joie. Comnie il avait de - i l'argent chez un Banquier de Marseille^ noas loi fîmes retenir, sous un nom supposé, son passage à borld 4'ati bâtiment Danoisi qui devait mettre à la voile sous peu de jours, ^n ancien prisonnier, nommé Joliot, pauvre diable, bien inteotioniié et très déterminé> que noua employions souvent à faire nos commissions, et qui avait obtenu sa liberté, se chargea de porter sa valise à bord, et dé le munir d'une corde qu'il attacherait lui-même au rempart, et le Idog de laquelle l'Anglais n'aurait qu à se laisser glisser jusqu'en bas, où il trouverait un bateair qui le conduirait à bord du bâtiment Danois. Ainsi fut dit, ainsi fut fiiitr La veille du départ du bâtiment^ nous avertîmes l^Anglais de st tenir prêt à partir le soir^ et de se confier entièrement aux soins de noire homme^ qui, en effet, s'acquitta de sa commissioo^de la manière la plus parfaite. L'Anglais s^embarqua, partit^ et nous n'en entendîmes plus parler. Le lendemain de sa fuite, on vint nous demander ce qu'il était devenu^ et nous aSeciâmes^ comme de raison^ une grande surprise en entendant la nouvelle de sa disparution. Je ne sais si on nous soup-^ çonna d'y avoir contribué, mais comme on tie pouvait le prouver d'aucune manière, l'affaire en resta là, et le concierge en fut quitte pour une bonne semonce. On «^étonnera peut-être de ce que, pouvant aussi faoile* ment faire sauver un confrère prisonnier, nous ne fissions pas usage de cette faculté pour nous sauver nous-mêmes* Mais d'abord, ouire que notre situation était infiniment plus douce qu'elle ne l'avait été depuis longtems, et que' la presque certitude de pouvoir nous échapper, quail4 lion ûous semblerait, eut diminué à cet égards notre vive anxiété, les assurances positives que nous recevions ëan% cesse de ma mère, que la liberté allait nous être rendue, nous détournait d'un parti que nous nous croyioB& toejoors à portée de prendre,, et qui d'aiUeum . coïklravierait beafiooup les vues çt le» intentiox^ de celle à laquelle tious devions taol 4e déféienee et d^'
.^ tendresse. Nous nous efforcions donc de prendre encore patience.
A u fin UEvènement qui arriva vers la fin d'Aôut^ ne cofi^ tanteetîf. ^^^^^^ P^ P^" âépuiser forlement Isc dose de cette triste ^Cmt!^ vertu qcii nous restait encore. M. le Prince de Conty obtiaixient et nia taDte obtinrent leur liberté : elle n'était pas totale, parcequ'ils avaient déclaré, ne point vouloir sortir de France, mais on leur donnait une ville pour prison : Autun à Tnn, et Moulins à Tautre, avec la perspectiVe d'être même, sons très-peu de tema, affranchis de cette^ petite gêne. Nous nous réjouîmes sincèrement drt succès des démarches de nos parens, qui d'ailleufô en étaient transportés ; mais comment nous lsissflât*on ea prison, lorsqu'on leur rendait la liberté, nous qui n'y étions qu'en vertu du même décret qui les y retenait eux-mêmes ? Quoiqu'il en fut, nous les félicit&mes de tout notre cœur, et les accompao^nâmes à leur sortie, jusqu'à notre extrême frontièrci c'est-à-dire^ jusqu'au p6nt*Ievis. Cependant, malgré toutes les promesses de ma mère, qui commençaient à nous paraître Fondéessur des espérances au moins bien vagues, nous restions au Fort S'. Jean, oubliés et plongés dans la mélancolie^ sans aucune apparence de pouvoir en sortir. Ma mère répondait aux pressantes observations que nous lui adressions à ce sujet, que notre oncle et notre, tante n'étaient pas dans- le même cas que nous ; que rûn par son âge, et Tautte par son sexe, ne pouvaient donner aucun ombrage, tandis que nous devions néces* sairement en causer; que cependant on allait nous accorder notre liberté, mars sous condition d'en aller jouir hors de France : cette condition ne nous effrayait pas du tout. Mais pourquoi, encore une fois, ne pas prendre une détermination à notre égard, en même» tems que ceUe relative à nos pàrensf On répondait 4ue les comités avaient eu trop d'affaires, pour s'occuper / de la nôtre, mais qu'aussitôt après la conclusion du grand
mLvreût laCànsHtuiion, on songerait- à nousr Cependutft
}e teins s'écoulait^ la coDstitutioD s'achevaiti et on ne j^^.. * faîjsait rien pour nous! c'était encore après Tacceptation, qu'on avait ajonmé notre affaire* En attendant, la tournare des affaires générales» .devenait moins favorable de jour en^jour. Les jacobins, dont on s'était flatté «jueique tems auparavant^ «jue le règne odieux ne pouvait jamais revenir, commençaient à relever la tête avec audace : on les faisait sortir de prison,el la journée du 13 Vendémiaire ou 4 Octobre, dans laquelle la Convention parvint à désarmer les sections de Paris, qui s'étaient déclarées contr'elle, semblait enfin devoir assurer leur triomphe. L'arrivée de Fréron, en qualité d'Agent Arrivée d« dû Gouvernement, augmenta notre inquiétude, et nos ^ • allarmes furent portées au comble par les mesures qu'il s'empressa d'adopter, et par la protection ouverte qu'il accorda aux Jacobins les plus déterminés: il ne se contenta pas de leur rendre la liberté, mais il en composa toutes les administrations, et il en chassa tous les honnêtes gens. Il poursuivait ua^me déjà ces derniers, et ceux qui, éa tems de KiDbespierre, avaient été obligés de chercher leur salut dans la fuite, eurent encore recours à cette triste ressource. Nous avionst alors pour Commandant du Fort, un nommé Béteoips, qui, quoique l'ayant été dans ie tems de Robespierre, était un fort brave homme ; il n'avait presque jamais caché son anti-jacobinisme^ et s'était toujours conduit envers nous, d'une manière par^ faite. 11 ne commandait pas lors du massacre, ayant été employé dans ce tems, à un autre service; mais il fut rappelle quelque tems après, et continua de tenir les jacobins, dont le Fort était rempli, avec la plus stricte rigueur, tandis qu'il nous accordait tous les adoucissemens qui dépendaient de lui» tels que de nous laisser baigner dans la mer, et de nous permettre même d'aller déjeûner sur la rive opposée. Fréron, insbroil de ses sentimens, li c^f et notamment du mépris qu'il affectait étourdiment de ^^w témoigner pomr lui^ lui fit dire de se rendre chez lui, dont boim Béiemps s*y refusa, et lorsque les commissaireft deFrérofi ceoteoi.
vinreut «« Forl» il en! fimprud^nce de les appeller, '* Fili greHnSf serviteurs d¥> plui sullan, &g. h&ptai Hiltan n'hétilA pas^ oororo« on peut cr^re, à «e venger d'une pareille ÎQ^iilte, il décerna aussitôt «Q mandat d'arrât contre lui^ et noua éiion# dana sa chambre, lors* qu'on vint l'avertir que les Gendarmes arrivaient pour l'arrêter. ^^ Qu'du me donne m^s pistolets,'* dit*il froidement, ^< et qu'on m'amène un balean sous ma fenêtre ! ^' Si tes B . • • « m'attrapent, je veux au moins qu'il leur <f ea coûte cher !" Cependant il n'aocéléra nullementsa marchei et il eut le bonheur de s'échapper avant que leaGendaimes n'arrivassent à son appartement. Us le cherchèrent dans tout le Fort^ jurèrent, tempêtèrent, et se saisirent de son secrétaire, centre lequel Fréron avait aussi ééceroé un mandat d'arrêt* Pendant ce tem^i Bétemps s'était allé cacher chez un de ses amis, qui le fit embarquer, et paitir ponr Livoume, quelques jours après^ malgré toutes les perquisitions de Fréron. Il ^ut soin de le remploœr an Fof t, par un nommé Grippe, aaciea oapoFa]| jaoabin enragé, qui s'enyvrait tous les jtmn* . Tont ce qui se passait alors, nous parabsait être le commencement du retour de ces affreux Jems dont IHdée seule iisisai t tressaill ir. Nons peni^mes donc, après un^ mûfe délibération, qu'il était urgent de. profiter de la faculté que nous avions encore de rompre nos liens, avsuft. qu'on ne nons le rendît impossible, en noua ve{|longfant|. comme auparavant, dans quelque cachot, et vraisemblablement pour ne plus nous en tir<^r, Bé«* temps nous avait promis» quelques jours avant sa fuite^ de faciliter la nâtre, et de s'en aller avec nous. <^ Tempu^ <' cfl/. •••t. eampum,*' nons disait^il en riant ; mais le, mandat d'arrêt de Fr^on» piéci pi ta tellement soti dé<« part» que nous n'eûmes pas le tems de concerter le notr^ VftiQ k aien. lie Commandant Grippe, dont le nom ftie i^ptUe. des sooveaits si pénibles^ avait fait renouvelleic le%cwf%QCfi^trt'ne laissait plus entrer dans le Fort, ^u^ W»K %^ y tenaient pour affaicca d^ service, ou w>a
doinesli<iueè' qu'il était obli^é^ confiHraftéiiieat aux anciens ordres^ de laisser aller et yenir; je dit nos do» mestiquesj car iodépendammeni de Louis» nous avions pris une servante nommée Françoise»
Notre première mesure fut de nous assurer d'uu pas» ^^^ f^' sage^ a bord de quelque bâtiment Italien dont le départ projet da fût prochain. Un capitaine Toscan consentit à se char- d^. ger, pour un prix très raisonnable de dtMS jtunet gem, et leurs dome«tiqueS| pourvu qu'ils fussent munis de pe^sseportSy ou, si non» il lui fallait un motUnCor» Cette difficulté nous parut d'abord effrayante; maïs nous appiimes biejitôt après» qu'an écrivain de la Commune OU' Municipalité vendait pour deux ou trois louis» des passeports en blanc, et gagnait sa vie à ce petit com<^ mçrce. Nous en profitâmes avec empreœementj et quatre louis nous priicuràrent à chacun un passeport^ que nous remplîmes à notre fantaisie^ ayant soin d'y mettre des noois supposés^ et de mentionner des figes un peu différensdes nôtres; le tout terminé par un signale* ment bien exact. Possédant ce trésor, nous conclûmesnotre marché avec le capitaine Toscan qui devait partir poui; Livourne, trois ou quatre jonrs après; toute cette affaire était menée par la même personne, qui avait fait sauver Bétemps, et qui craignant elle-même le retour du Jacobinisme, s'était décidée à partir par le méœe b&ti» ment que nous« Quoique nous fussions à peu«près sons de pouvoir sortir par le pont-levis^en attendant pour cela: le déclin du jour, et doua enveloppant bien dans nos manteaux, nous pensâmes cependant, que dans Je usai* heureux cas où un de nous seiatt i*ecoiiiui, et forcé de rentrer, il fallait nous munir d'une corde, afin qu'ii pfib se. sauver par la fe|iêtre» lahdjs'^ue l'antre,. nu bout dTunr certain tems convenu, viendrait repêcher son camaracto avec un bateau. On verra combien cette précautfo» était nécessaire,, et comlMai il £rikii être malheureux,^ pour que toutes nos mesure^ fusscant aussi emeUemenl» déjouées.
Le jour du départ du bâtiment était fixé, nou^ nou<s prépar&mes à décamper, la veille à l'entrée de la nuit. Nous avions préalablement fait sortir par Louis, en plusieurs voyages, te peu d'effets que nous voulions emporter, et nous devions passer la nuit chez une parente de la personne^ qui avait dirigé toute l'affaire, pour nous embarquer ensuite, et partir tous ensemble, au point du jour. Après avoir diné assez légèrement, car notre anxiété nous laissait peu d'appétit, nous attendîmes avec impatience, que robscuriié nous permît d'ej^écuter notre grand projet, ta No- Nous étions alors au 18 Novembre, et il faisait nuit Nou8noiii<^lose à cinq heures et demie; en conséquence Fheure partfr*"* * ^'^ notre départ fut fixée à cinq heures un quart. Nous ^on fi«re convînmes de ne pas sortir tous deux ensemble, afin de
part avant , . , . «^ . tA
moh et donner moins de prise aux soupçons, et nous decidames^ îeuscmènt 9"® Beaujolois partirait d'abord avec Louis, et i[ne^ du Fort, quelques minutes après, je m'acheminerais tout seul, et que je le joindrais sur le port, oà il m'^atlendrait, en marchant un peu plus lentement. Dans le cas où je n'^arais pas rejoint Beaujolois au bout de dix minutes, il était convenu qu'il se tiendrait pour averti qu'il m'avait été impossible de sortir par le pont-Ievis, et qu'il viendrait avec un bateau, me chercher au pied de la Tour, Avant de se mettre en marche^ Louis alla examiner les environs du pont«levis, et s'assûcer qu'il *ne s'y trouvait ni Commandant, jii personne qui pût nous reconnaître, et lorsqu'il nous en eût fait un rapport favorable, j^embrassai Beaujolois avec la plus vive agitation, et j'eus de la peine à me séparer de lui, pour le laisser partir, quoique j'eusse la confiance que j'allais le rejoindre dans le moment. [I partit avec le fidèle Louis. L^» cinq minutes qui s'écoulèrent après son départ, me parurent horriblement longues : enfin, au bout de ee tems, n'entendant rien, je m'enveloppai dans mon manteau, j'enfonçai ipon chapeau sur mes yeux, après avoir fermé à double tour, la portp de notre chambre, et me fiattant de n'y
f lus jamais rentrer. Je passe devant quatre sentinelles;
aucune ne tn'arrête ; je franehis ie fatal pont, et me .^
suis re-
croyant déjà en hherté, j'adresse an cid les plas sin- conno, en
SOftSIlt dll
cèïca actions de grâces pour ma déiîvraBce. Mais je Fort park tomptais sans0iùn hôie, et le proverbe ne mentit point, d^*^' A peine avais je fait quelques pas, que je rencontrai et "L*"^ maudit hôte, c'est-à-dire le Commandant du Fort^ qui rentrait chez lei. Je le reconnus aussitôt, au manteau blanc qu'il portait $ maia faisant bonne contenance, j'espérais qu'il ne prendrait pas garde à moi. Vain espoir! il m'aborde en me demandant où je vais. '^Que ** vous importe. Citoyen? je ne vous connais pas?"— - ^ Je sui» Commandant du Fort, et je viens de voUs eu '* voir sortir."—" Cela est vrai : j'y ai diné avec un '' canonnier de mes amis, et je vous l'aurais dit sur-le* '^ champ, si je vous avais connu."—**' Non, vous êtes un '' prisoànier, et mqrbleu ! vous aurez la bonté de ren^^ " trer i car je réponds de vous."*^' Vous vous trompez ** beaucoup je vous assure, et vous me prenez pour un «'autre." — ^** Non, vous êtes l'ai né des Orléans, et je vous répète que si vous ne rentrez pas à l'instant, j'appelle la garde, et je vous fais saisir."—-'* Celte '' violeoce serait inutile, car je n'^i aucune enVie de '' faire résistance : j'allais à la comédie, comme je l'ai ''. déjà fait plusieurs fois à votre insçu ; puisque j'ai '' eu le malheur de vous rencontrer ce soir, je serai privé " de ce plaisir, voilà tout!" — ^" Oh, je vous en réponds, " que vous en serez privé, et j'y mettrai bon ordre : car '' je vais de ce pas, vous enfermer dans votre chambre, *' el placer une sentinelle à votre porte." — "Je vous " remercie de cet aimable soin, et je vous souhaite le " bon soir.'^-^Tout en disant cela, je montais tristement l'eatalier du Fort, suivi par un caporal et un fusilier : j'avais la mort dans le cœur. Après m^être cru sûr de ma liberté, je voyais d'élever devant moi, des obstacles ' d'autanti plus grands^ qu'on allait, sans dout^ prendre -
jyjj^ loute» lei prédaubons possibles^ pour m^einpêcber de Ici francbir. Il n'y avait pa» ane minute à perdra, et pais^» ^o*oD avait Knipradeace de me remettre dans ma cbambre, qui donnait sur la mer, il fallait en profiter^ €^t sauter par la fenêtre au plus vite. Je trouvai notre servante -]^f»iiçoise9 à la porte de notre chambre s elle était danr le secrftt, et fut conFotidtie de me revoir. Avant qu'elle eût le teiiis d'exprimer sa surprise/ je la fis entrer avec mif et la sentinelle n'ayant point fermé notre porte, j'en mis la def en dedans, et la fermai à double tour. h nci* « Ma cbire Françoise/' lui dis-je alors, *' j'ai été reconnu^ aa iboSn ** par le maudit Commandant^ qui rentrait an Fort, ^•^^oJf^. ^ comme J'en sortais i il m'a menacé de me foire ren- ^ ^fermier; et pnisqu'heurensement je me trouve encore
^ dans cette chambre, il faut^ sans perdre on moment, ^ que vous m'aidiez à attacher la corde à la fenêtre r '' car, plus tard, il ne me serait vraisemblablement plus ^ possible de me sauver."—^' Ab, mon Dieu !" me ditelle en patois, '^ vous vous casserez le cou, et on me ** gmllotioera!" puis elle se mit à pleurer. Je lui déclarai que si elle n'avait que des pleurs et des cris à m'offrir, die ferait mieux de s'en aller, et de me laisser me tirer d'affiiire sans aide : car mon parti était pris. La pauvre femme me protesta alors qu'elle ne toukit point m'aban<« dopner, que sa seule inquiétude était pouK moi, et quç puisque j'étais décidé à me sauver par la fenêtre, elle ne s'en irait que lorsqu'elle m'aurait vu en bas. £n conséquence, après avoir noué la corde autour d'une espèce de piton qui tenait à la fenêtre, je recommandai i la bonne Françoise de veiller à ce qu'elle ne se défit point, et loi ayant témoigné combien j'étais touché de son attachem ent, j'enjambai la fenêtre, et je m'abandonnai Ù: la funeste corde. A peine étais-je parvenu à la moitié de la hauteur, c'estjl-dire, à environ trente pieds, que la corde cassCf et je tombe sans connaissance, ayant, ce<^ peBda&t,lt lems^ avant de laperdre, d'entendre la paatfre
Ht
l^ranÇofse a'^reir. ^^ Jh,inair6éê Biou,Éhlnimort'htt ^^ ^^poutte infani^ {\) 3é reMà eu efflit cmHn^ »wt, ^ ^^^^ pendant plus d'an qnart ia*bcutc: lett oovtam tes yeirtt>*«waptje je fas frappé delà tbliirté àt te hm^ ^ jeioie trouvai dtttm u jambe, la mer jtisqti^Â tbi-corps. J'è soeffi-ah beaucoup deé réxïs, et dû pied drofri que je tstojraîs m'ètre ^ealemevit fonVê, grtLce an fiable, «dt lequel féitAt tom^é. Més^ après avoir Mtemln qtrelqtie te as le bateati qve Beaiijo* lois detait ili^amtfier^ je me Aétermitm à traterser le port à h tioge^ et à gtigner eostrite^ comme je pomtaifr, la nmtson du reDdeas-vocs, oti qtielqn^iotre où je serais égsflememen sûretÉ. i^)^ <5e fut aiters que je n/apperçuii à f excessive doaletîT t|ue j*épfotrvaîs, qtie mtittpied4l«ît cassé ; et la force tne manquait, J^aè une peioe ei^trême à !feire cinq ou six brasiées, pour attr^pper seulement la chaîne du port, et m*y reposer. Elle n'était paa cttcore fermée^ et je me'fiattai qd'avant qu'elle ie ffit^ il potrrrait passer quelque bateau qui se chargerait de m'etnniener, l'avais environ tï'ente louis en or^ qtri étaient la môrtiê de ce que nous poss^é^ions, et Beaujolois avait Taulre moitié. J'espérais qu'une partie de cette somme, ou s'il le fallait, la somme toute entière, suffirait pour engager quelque batelier à me prendre en passant^ mats {roint ! Pendant les deux mortelles heures, que je restai sur cette chaîne, sept bttteaux passèrent; je fitrsaisen vatn à chacttd dVux ma triste supplication, accompagnée de promesses. ** Qui es- tu donc," roe criaient-ils," et que fais^ln làî-'*— *^ Je suis mourant. Si vous voulez me venir prendre ^ dans votre batean, voas ne regretterez point voire ^ peine, et je la payerai bien.''--**Oh !" disaient-^i Is, <* n&u| ** n'avons pas le tems!" puis ils ajoutaient, ** eeiie i>eat
(t) ** Ah, mère de Dieu ! il est mort le pauvre enfant !*
(S) J*ai sa depuis, qae BeaQJ.ola» ae me YO^aut point vrW^, avait aussitôt TOttlu prendre un bateau pour me veiûr chercher^ mais que, malgré toutefc se* offres, attcxm Iwtrftet xf trait cûiuemi à sortir éû pwt> ^ Phcu» qu'iUiait,
■ ^ ■ ''èbre que quelque mlTdUaot: eut qu'e&i-ce qu'un '< honnête homnie ferait là^ à l'heure qu'il e«t?"— >et ils continuuieuià ramer. Pendant ce tems je souffrais le inartyrt\ pliysiquement et moralement. La douleur de mon pied et de mes reins m'avait donné une fièvre violente, et un frisson qui me faisait claquer les denb». J'étais en outre dans l'eau jusqu'à la ceinture^ et ce balu de plus de deux heures, au mois de Novembre, cornplettaii ma situatton.r A chaque fois que j'entendais le bruit d'un bateau, mon espoir se ranimait un peu ; mais l'atnice dureté de ces hommes me replongeait bientôt aprè^ dans l'abattement le plus affreux. Enfin je commençais à perdre connaissance, lorsque j'entendis UQ huitième bateau qui arrivait. Je recueilliî» ausf^itôt le peu dt forces qui me restaient, pour adresser ma prière à ceux qui étaient dedans,, et, celte fois, la ré'poi^se fut Un bateau *^^^^^^ dure, sans être entièrement satisfaisante. *^ Nous vient enfin *< ne pouvons pas," me crièren^ils, " aller vous prendre dre. ** à présent : car il faut que nous allions d'abord chez ^' nous ; mais nous ne serons pas longtems, et nous ^ reviendrons tout de suite après,"-*'' Oh ! mes, amis, ^' dépêcrhez vous : car, sans cela> vous arriverez trop '' tard ; je me meurs !" — II me fut très difficile d'articuler ce peu de mots, et je tomhai ensuite dans un évanouissement complet. J'en fus tiré, au bout d'un quart d'heure, par le retour du bateau dont les hommes nœ soulevaient pour m'eitiporten J'étais tellement moulu,. et toutes les parties de mon corps étaient si douloureuses: que l'embarquement fut très*pénîble. Lorsque je fus dan» le tmieau, ils me demandèrent qui j'étais : je pou* yais alors à peine balbutier quelques mots, et Je trouvai cependant le moyen de leur faire entendre que, comme ils me iiaraissaienf de braves gens, je ne doutais pas que leur hnmatûté ne tes pcm&t à m'amener dans la maison que jf leur indiquerais, sans m'accabler de questions auxquelles je n'était pas alors en état de répondre ; que,^e plus,je les payerais de leur peine, de manière à ce qu'ils
\Ye la regrel tassent pas. La maison^ q«e je leur iadiqoai, était près de là, et occupée par qq perruquier nommé Mangin, parfait honnête homme^ auquel je pouvais me fier entièreaieftt. L'un de ce» hoaunes me du alors, tout bas. "Je dais qui vous êtes^ Je vou» ai reconnu '' tcMt de suite, car je vous ai va souvent au Fort, iors*- ^^ qne'^n Garde Natiouale y moniait la garde; mais je ^' n'en abuserai pas, soyez tranquille. Je suis bcm Koya- '^ liste, et je voua porterai chea Mangin, qui est mon ^^ami." Cette assurance nae tranquillisa en eflPet beaucoup : mais je ne m'attendais pas à ce qui aliait m'arrU ver. Comme on fot obligé en me débarquant, de pren^ dre les mêmes précautions qui avaient été nécessaires un moment auparavant, pour me mettre dans le bateau, cela donna le tems et IVnvie à quelques budauds qui passaient sur le port, de s'arrêter là, et, de satisfaire leur curiosité. ^Ah! c'est un bomme blessé 1 à\}^ l'ap- *' porle-t'*oti ? qu'est-ce qui a pu le mettre dans cet '^ état r Plusieurs autres se rassemblèrent autour d'euZf et la foule se forma en un momeni.— ''Ce n'esi rien,'* disait mon protecteur; " nous venons de trouver net «homme qui, vraisemblablemeni, étant y vie, se sera « querellé avec quelqu autre, et aura été rossé par lui : '' nous le portons chez lui."-^Dana ce moment un des curieux s'approchant de moi, et me regardant sousi le ne2, s'écha dans son afFreux langage :~" EhP. .o! «s ^n débar- •< oun des Orlkms: lou couoUci bemijant jw'ayga vmgM '}^''^^^^ <^ z^hcapa{^\) f*-^^ ^'OL%%\\ti on apf>elle la Gardtr, ei je suî» rc^
, -r» / I I connu 6t
on court rendre compte au citoyen Fréron,de la capture „,été. qu'on vient de faire, en lui demandant ses ordres à cet égard. Pendant ce tems on me mil provisoirement chez Mangin, avec quatre hommes de Garde et une sentinelle à la porte. Je demandai un chirurgien, car je souffrais le martyre, et son assistance m'était indispen* sable. On m'amena un vieux homme en perruqnr, qui
■.■Ni
(l) ««EljF. . .cl C'«8tu& des Orléans i je le connais bienj il faut i^u*U ait Toulu s'khsppe» l"
dédfiaraD voyant ma jmbiit» q^'elU élait beaucoup \rop eaAcey pour %«'ob pûl rte» ftiifa^ et le ooaUiÉti^ d*ordon« lier qaelqiKS cataplasme»» jusqu m feciékibain matin. Se pmuà lOQÉt \m nuit dana une torlure épouvai^tabk de OMfM et d'esprit. Apfèi »'6tre cru presqu'assâié d£ retoQVjwr ma liberté^ dont j'éton privé depuis plui ie devx aoa et demi^ je me voyais ioatrd'ttn-cottp retoml^é (et ^naiaewUaUemeoi pour toojoara^ sous les gviffcs i afc i n ale» de eeax» daot je connaissais, p»r eicpéri^nce^ lei^ dfspeaîlions atroces, et que cette tentativte de ma pan aHah reiiAra encore pie» cvaels à mon égai^d. £a ouMii j'igaosais ce qo'étaife deyenu ibOD frère : j'étais probablement destiné à ne plus jamais le voir ; et, privé da^ h coDsoiattoD de l'avoir pour compagnon, j'aUais tl4lior ma p4mUe erôtence, seul, dan» le fend de queî<« que-caebol^ jusqu'au osoment oà on jugerait à propos^ 4^ m'égor-ger ! qu'on jo^pe à ces réflexions déchirantes, et à mille antres de la même natare, ta douleur que me oÉUsart ma jambe, et qo> était ejtcessive, on pourra se foMtter.ane idée de ma situation !
9oar que nen n'y manquât, M. Fréroa voulut y a^Bier le tourment d'un interrogatoire* Il ne vint pas on personne; mais il envoya trois Commissaires, pour s^qdiltér de ce sein. Ces mesàeurs, après avoir lait rinvets^aire de tout ce qui était dans mes poches, et s'être emparé de taon argent, et de ma montre (ce qui me Ail ensiHle rendu) cooiiiiencèrent ainsi ; '' Qui es-iu ?" " Vous le sttVea aussi bien que moi,*-*— " N'importe, il ^' feot tépondre à rios questions; oir o^est au norn de '^ la loi que nous t^ifuterrogeons^ Encore une fois quel «efife ton nom?"—*' Antoine PhîBppe d'Orléans.'^ ** Que faisaid-lu au pied de la muraille du f^rt Jean, *^ loriM^U''oit t'y trouva f-^'y étais tonibé, en voulant m'éçhapper."-^" Pourquoi, cbeïolutie-'tn à t'écbap|)er^ Pour me soustraire à l'âtroce tyrannie soua ki^uelje je gémis dêputs pluâ de deox ans et demi, et potHr re* çpiivrçr ma liberté, dont on n^àvait|)as I^ droit âç tne
las
*^ priver." " Qa'estdevtna ton frèfic r"~'' Je l'igiiomr ' ' j'eapère que, plus heureux qm moi, il bW tiré de f o» '^ maiB», et qae vous ne te verres pios.'^ — ^ Quel est ce ^' passeport qu'oo a trouvé dans ta poche ? et comment *^ te Tes'tu pvoeuré T-^Ccst ce que je suis très déter- *^ miné à ne point vous dire. En tout, je sais forl-bien '^ ^ve je suis en votse pouvoir^ et que vous ne œ-^épafgae- . *^ re» pas, mais je sais aussi que je n*ai plus rien à perdK, ** et je vous, déclare qae ne irouvant assea tCKiraieBlé ^* pas ladouleos qui me suffoque, je oe veux plus répondre << à vos assomuMHskes questions." Ea e^t^ ils m'en adittssàcefii en v«n ^sîcuis autres, et apci» quelques menaces aussi inutiles, ils décampèrent en disant. '' h j\a un '* peu de délire dans son fait." Il n'y en avait pas enccNre C6(]«ndant, mais je ne tardai pas à y tomber. Le pauvre Mangin, chea qni j'éiais, se désespérait, et me rendait toua les soins imaginables* Je me plaignais que ma jambe était gelée : car te sang n'y circulait pas, c*était en vain qu'où i'eatourait de briques chaudes et presque rouges, je ne les sentais pas. Je disais alors au bon Mangm : ** Vous vogez bien que tout cela est '^ inutile : débacapssea^moi de mes peinesi el tire^moi *^ un coup de pistolet bien placé. Personne ne vous en '^ saura mauvais gré, et c'est vraiment le plus grand *' service que vous puissiez me rendre t*^ Le pauvre homme se mit à fondre en larmes, et sa sensibilité provoquant la mienne, contribua un peu à calmer mon désesfMur. Cette cruelle naît me paraissait un si^]e> loEaqu enfin le jour commença à poindre* Mangin se mit en caai pagne pour m'avoir un boa chirurgien, et m'en amena un, au bout de quelque tems* Il pansa nsa jambe, qu'il dit être cassée a« calcaneum, et me fit plusieurs copieuses, satgnées, dont j'éprouvai beaucoup de soulagement. .Quand il eut fini, Mangin me dit tout bas, qu'il venait de rencontrer sur le port, Éeanjolois qui, en apprenant mon fatal accident, avaijt aussitôt youla venir me voir, tpais que hi Mwgjui. 9*f était
^'~ ~ opposé^ de peur d'avoir Taîr de s'entendre avec nous,
et que Beaujolots était retourné an Fort. Un moment
Mon ftère apràsy j'eus la visite du Commandant Grppt'.—*' Eh
UJIS^. '* bien !" me dil-ilj d'un air triomphant et téroce, •« c'est
tomwim* "/^<*D^' comme çà que vous alliez à la comédie ! vous
Fort pour <* vouliez me faire sniilUitiner ; cîar vous saviez que je
mon sort. ** répondais de vous> maiS| Uieu merci, vous n avez pas
pu échapper, et nous allon:» avoir soin que vou« ne
recommenciez pas ce tour là une autre foi* !"— *' H
est absurde de dire que je voulais vous faire guillotiner,
** car vous savez mieux que |)ersunne^ que vous ne
pouviez p^ répondre de moi, et que ma fuite ne voua
exposait à aucun danger. Au surplus, si vous crojez
avoir à vous plaindre de moi, vous êtes bien vengé,
" car je souffre tout ce qu'il est possible de souffrir^
et vous pouvez, sans regret, me dispenser de vos
reproches." — " Ecoutez" me dit-il, " votre frère est au
Fort, et il a grande envie de vous voir. On va voua
enfermer chacun séparément, et vous ne pourrez plus
*' communiquer en^emble^ mais je puis, auparavant^
" vous procurer la consolation de le voir un moment, si
** vous le desirez ?" — ** Ah ! je vous le demande ins-
^'tamment!" Un quart d'heure après, je vis accourir
le Corn- Beaujolois, tout en larmes. — ** Ah, Montpensier," me
da Fort dit-il, '' mon pauvre Montpensier, que tu dois souffrir !"
wiîT^fiIre^^ l'assuraf que ma douleur physique n'était rien en
devenir comparaison de celle du cœur, et que sa présence me
faisait un bien infini, quoique j'eu»se sincèrement désiré
de ne plus le revoir. Je lui exprimai ensuite ma vive
reconnaissance au sujet de son retour. ^' Hélas !" me
dit-il, " je crains bien que nous n'en profitions pas,
^^ car on va nous enfermer séparément ; mais je n'aurais
*' pas pu jouir sans toi de ma liberté (l) !" à peine avait-il
Yl) Le seul récit d'un pareil procédé coniient teUeineat son éloge en Inîmême, qu'il me paraîtrait aussi inutile qu'iropofisîble d*y rien ajouter^ si ce n'est que, tant que je respirenû, ce trait de la plus parfaite amitié, ne pourra jamaîf s'efacer d» fond de oson cftur.
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nie voir.
achevé ces mots^ que Grippe Temaiena' malgré ses' "
instances et les miennes. Quelques momens après^ un Commissaire de Fréron entra, suivi de quelques soldats, et d'un brancard.^ *^ J'ai/' ordre, '^ dît-il de faire '^ transporter ce prisonnier à l'Hôpital : qu'on le place " sur le brancard ;" — '* Citoyen,"^ s'écria le chirurgien^ qui se trouvait alors à c6té de mon lit, '* il est impossible " qu'une telle translation ait lieu maintenant, sans de '^ grands dangers pour le blessé."— /' Je ne connais que *^ mes ordres." — '' Veuillez au moins communiquer au '' citoyen Fréron, cette observation de ma part.'^— ** Attestez le par écrit." — Il le fit, et le Commissaire partit; mais il revint bientôt après, en déclarant que le Citoyen Fréron confirmait son ordre précédent, '' quoiquilxn pût arriver^ et ne laissait au prisonnier que le choix de l'Hôpital, ou du Fort' Jean* Je choisis ^° ™^ ce dernier, fl cause de 1 espérance dy voir mon frère, au Fort. ne fût ce que de^tems en tems. D'ailleurs la distance pour y arriver était moins grande que celle de l'hôpital, qui était à l'autre bout de la ville ; et je tenais beaucoup à abréger, autant que possible, le voyage en brancard, au milieu d'une populace curieuse et insultante. Je ne pus l'éviter tout-à*fait, et même il s'était rassemblé une telle foule, pour me voir passer, que ceux qui me portaient escortés d'une vingtaine de soldats, eurent de la peine à la traverser pour arriver au Fort, et ne puisent s'en acquitter, sans me froisser la jambe d'une cruelle manière. Je trouvai Beaujolois dans la cour du Fort : il accourut vers moi, et m'annonça avec une joie que je partageai au fond de l'&me, qu'il espérait qu'on ne nous séparerait pas. Je lui demandai alors, si on allait nous mettre au cachot !— " Non," me dit-il, *' nous allons '' être enfermés, dans les mêmes petites chambres, o^ *^ on nous avait mis, à notre sortie de la Tour." — ^Et ^e fut en effet là, où je fus porté, suivi par Beaujolais dont j*eus l'extrême consolation de ne pas être séparé. Je passai la nuit qui suivit ma translation, etqdi'étail
k secondé depuis mon acddenl^ dans des douleurs 1ior« ribles. Beaujolois^ te fit cmiduire trois fols chez le OnmniiiidaDt, poar obtenir de lui qu'on baissât le pont, dh d'envoyer ctiercher le chirurgien, et il ne reçut en rifKHise que -les fefus les plus durs.-*-*' Mon frère se '' meurt/' loi dit-il A la Sn, ^ c'est vous qui serez ^ Yespofisabte de sa mort, si tous ne permettez pas qu'on ^ aille «ppéller un chirurgien.''—'" Je m'en f . . . . "" fépoDdit le Commandant, ^ qu^il crfeve, si bon lut ^semble: eela ne me regarde pas. Le pont ne doit ** ^t«e Wissé sous aucun prétexte : et qu'on ne tienne ''plin «'importuner ! Car cela m'ennuie." — Beaujolois hii ténK>fgnA son indignation, et je restai jusqu^au jour, tn ^^e aux dodears les plus vives et dans qn délire complet* Cependant, grâces aux soins, et à n^abileté éa «bhrargiefi qiri entreprit ma cure, j'éprouvai au bout de deuflc «ou trois jours, nn grand soulagement ; et an bout de neuf, la fiètre me qnitta tout-à-fatt, Ia bonne «t ifidèie Françoise, reprit son service auprès de nous, dès le moment de notre rentrée an Fort, et dleeniîit qiiiite {lour quelques menaces qui ti'eurent ancune «oile. Il en fut de même de Louis qui, aprèsavoir aoeompagné Beaujolois jusques auprès du Fort, n'y rentra que quelques heures après, et feignit nn grand étonnemènt, en entendant le récit de tout ce qt|i venait ée se passer» On Tinterrogea, on le menaça ; mais i\ tkkt ferme, et il ne lui arriva rien. Une chose assez bizarre, c'est ^ue la seule personne qui se tnmvia eomproHoitse dans cette affaire fut un secrétaire de la Municipalité, que nous ne connaissions nullement, avec lequel nous n'avions jamais en la moindre relation, mais qui avait signé les passeports en blanc que nous nons étions procmés pour quelques louis. Il fut arrêté, et i^ta trois mois en prison, après quoi on l'en fit sortir sur la découverte du commis, vendeur âé passeports, qu'on ne put cependant jamais attraper. L'toïi de Bétemps, qui s'était si bien employé pour faciliter fiotre fuite.
TOcampa) luimiême, dans le b&liment sdr lequel "177^ . nous devions noua embari|uel', et qui fit voile à là pointe du jour, comme il Tsivàit annnoncé. Jamais je n'oublierai Taffreuse sensation que j'éprouvai^ lorsque ce même matin^ après avoir passé la nuit dans les plus cruelles tortures de corps et d'esprit^ Mangin^ chez qui j'étais^ dit^ en regardant par la fenêtre, ** Voilà un bâti* ''ment qui part!*' — " Quel pavillon/* m'écriai je ?—*• ^^ Toscan." — C'était le nôtre ! *' £h mbn Dieu ! je serai* *^doac, à l'heure qu'il est^sûr de ma liberté: je me "^ livrerais avec mon pauvre frère, à la joie la plus vive! " Et au lieu de cela quel cruel contraste !"
Je restai quarante jours au lit^ et ne commençai à me tenir sur mes jambes, qu'au bout de ce terme ; encore ne pouvais-je faire que deux ou trois pas^ avec une peine extrême et soutenu des deux côlés. Je fus boiteux^ pendant quinze mois après mon accident, et l'enâure de ma jambe ne se dissipa totalement qu'à cette époques Mais revenons au Fort> car nous avons encore quelques mois à y passer^ et nous ne nous flattions pas même alors d'en être quittes à si bon marché.
La dépréciation des assignats croissait journellement à un tel point, que, quoiqu'on eût voulu augmenter à-peu-près en proportion, le mince traitement qu'on nous accordait pour notre subsistance, nous nous trouvions réduits à la valeur de quarante sous effectifs par jour, pour nous deux et nos deux domestiques, Louis et Françoise, Il est vrai que ces quarante souâ portaient Dépré- ]a brillante dénomination de deux mille francs; et qu'as- ^'^!"'"«^^»
- ' * assignats*
sûréiBcnt un traitement de deux mille francs p^r jcrur était assez magnifique; mais malgré cette magnificence de mots, nous ne nous appercevions que trop, en payant notre viande, nos légumes, notre bois et notre charbon; que nous ne recevions réellemtent que quarante soui. Jamais nous n'eussions pu nous tirer d'a&ire^ si nous n'avions pas eu le peu d'argent dont j'ai fait mentioa ci-dessus, et de plus, quelques foiblès aecoors qne ma
ISO
^ mèi;e nous faisait passer de loin eu loin. Enfin, vert
le mois de Mars ou d'Avril 1796» les assignats n'ayant plus aucune valeur, et personne ne voulant les recevoir^ nous pétitionâmes les Administrations pour obtenir quoique ce fût en numéraire. Il répondirent qu'ils ne pouvaient donner que des assignats, qu'ils et» donneraient tant que nous voudrions, mais pas un sou sonnant. Nous les remerciâmes de leur papier, dont BOUS ne pouvions rien faire et nous nous tir&med d'affaire comme noua pâmes, avec le peu que noua avions, et ce que nous envoyait ma mère. Pendant ce tems, nous ne cessions de la presser de solliciter pour nous, rexécùlion du décret sur l'échange des membres de la famille de Bourbon détenus en France, contre les quatre ou cinq représentana du peuple, détenus en Autriche. Ce décret avait été exécuté en grande partie, puisque les représentans avaient été rendus aussitôt que Madame, fille de Louis XVI. avait eu la liberté de sortir de France ; mais personne ne paraissait prendre intérêt à notre sort, et cette cruelle indifférence ne nous laissait pas appercevoir de terme à notre captivité. On ne s'accoutume point à une semblable existence : nous en avions la triste preuve : car notre impatience de sortir de prison quoique nous y fussions depuis trois ans était alors pour le moins aussi vive, qu'an commencement de notre captivité. Ma mère nous promettait, par tous les cburiers, d'obtenir notre délivrance au premier moment. Elle en fixait même l'époque ; mais cette époque se passait toujours, sanâ que l'acte de délivrance arrivât. Elle nous avait enjoint de ne pétitionner qne quand Arrivée c^'^ nous le manderait ; elle nous le manda : nouspéti- ^^tâ^ tionâmes, ce fut sans effet. Vers le milieu de Mai, elle nous annonça que sa fidèle et excellente amie. Madame de la Cbarce,(t) allait se mettre en route pour
(l) M*f* de la Charce était une de ses dancs.
Marseille^ munie de tout ce que nous desirions depuis si ]oDgtems« Nous l'attendions avec une impatience extrême: elle arrive à Marseille. Mangin» le bon Maugio, que nous avions chargé d'être aux aguets^ vient nous Taunoncer avec empressement : il Ta vue> lui a parlé, et dans un moment elle sera au Fort. £îlle paraît^ se trouve mal en nous voyant, se remet, fond €iy larmes, nous Tembrassons, nous la questionnons sm:
ce qu'elle nous apporte^ puis nous apprenons
avec douleur, que notre liberté est encore à venir, et qu'elle n'est chargée que de lettres de ma mère, d'instructions verbales, et de quelques présens de sa part. Notre désappointement fut vif; mais nous le lui eaobàmes de notre mieux. D'ailleurs nous écoutâmes avec un intérêt extrême, tous les détails qu'elle nous communiqua sur ma mère, sur sa captivité, 8lc. et de plqs, il nous eût été impossible de ne pas être vivement touchés des marques d'amitié et de sensibilité que nous donnait cette excellente personne. Depuis lors, elle ne cessa pas un seul jour, jusqu'au moment de notre déli- Trance, de Venir, dans notre triste demeure, adoucir par ses soins, l'amertume de notre sort*
An commencement de Juin, on amena au Fort, comme prisonnier, celui qui en avait été Commandant, lors du massacre. Les jacobins avaient juré sa perte, et me« naçaient hautement de venir Fexpédier eux*mémes, si on ne le leur sacrifiait pas promptement. Ils annobçaient aussi l'tDtentîon de nous comprendre dans cette expé* dition, accusant '' ces infâmes Capets (c'est ainsi qu'ils nous nommaient) d'avoir pris part au massacre. Pages, rex-commandant,(l) nous fit dire de son cachot, par le concierge qui heureusement était un brave et honnête homme, qu'il savait positivement par son conseil.
(1) Ce malbeureuxi quelque tems eprès notre sortie de prison, fut jugé par une Commission Jacobine qui le fit iosiUefi comme complice du nassscre.
' — ~ qu'on devait nous impliquer dans la procédure Inlenlée contre lui, et qu'il nous en prévenait, afin que l'étonné* ment que nous causerait une semblable accusation nô pût pas nous eue funeste • t • • Il ne manquait plus que cela pour completter l'horreur de notre sort. Il était bien évident que bi on se déterminait à nous faire comparaître devant un tribunal, on aurait soin de le garnir de faux témoins et de juges à la Robespierre, qui ne nous en laisseraient sortir que pour nous envoyer à Iç^ guillotine;; niais quoique Jes Jacobins eussent alors assez de prépondérance, ils n'étaient cependant pas tout-puissans, ils n'avaient même la majorité daTYs aucune des administrations ; et, sans cette circonstance, nous eussions infailliblement été (quoique deux ans après la mort de Robespierre) vic-t limes de leurs atroces machinations. Nous étions ce-* , pendant loin d'en être entièrement à l'abri; car si la ressource de l'assassinat judiciaire leur manquait, celle de l'assassinat pur et simple, était parfaitement à leur portée, et ils y eurent recours, en eSet, mais Dieu merci ce fut en vain. Un soir, après que M?^ De la Cbarce[(qui, comme je l'ai déjà dit, passait avec nous la plus grande .partie du jour) s'était retirée à son auberge, Mangin, Je bon et. honnête perruquier qui nous avait donné tan|; de preuves d'attachement, accourut, le visage tout en sueur, et d'une pâleur mortelle : *' Je viens," nous dit-il, /' d'entendre cinq ou six des plus scélérats jacobins, tenir 'f des propos atroces sur votre compte, et sur celui de f ^ Pages, et ils se sont accordés ensemble pour venir vous pnnou^ ff fendre visite ce soir (telle a été leur expression), aussi- ÎmjÈco- •* tqt qu'il commencera à faire obscur. J^enai prévenu le îèut noSs " concierge, sur qui vous pouvez compter, et je vous en çssassincr. €c préviens, afin que s'ils pénétraient dans le Fort, vous pentau " puissiez être assez bien barricadés pour vous défendre çnsonl " ici quelque tems, jusqu'à ce qu'on ait donné l'allarme chassés fc ^^ qu'on vienne à votre secours." Nous remerciâmes
par la 4 ....
Garde. le bon Manî^in, de tout notre cœur, et nous nous apprê-
iâmes à mettre son avis à profit. Au moment où il aorteit, Louis arrive, tout hors d'haleine^ en criant: ** JBenvitôI la bàrro de ferro contrôla portol sotiit '' din lou fort a quei £— — • de Jacobins; la ayt ^ visT (l). — Aussitôt dit, aussitôt fait. La barre (car nous en possédions une) est appliquée contre la porte; et de plus une broche placée obliquement^ de manière à pouvoir résister au moins vingt minutes. Lorsque tous ces préparatifs de défense sont finis, Louis nous conte qu'étant à boire dans la cantine, (2), il à vu sept ou huit Jacobins se jetter sur le concierge, pour lui arracher ses clefs, après l'avoir d'abord sommé de les leur donner; que la garde ne paraissait prendre aucun parti, mais que le concierge se défendait de tout son pouvoir. Ce récit n'était point du tout gai, et nous causa une des sensations Jes plus pénibles qu'on puisse éprouver. Nous possédions depuis peu, une paire de pistolets que Louis nous avait achetés : nous les chargeâmes, et nous en primes chacun un, résolus de vendre notre vie, le plus cher que nous pourrions. Louis s'arma d'un grand couteau de cuisine^ et Françoise se mit à pleurer. Un moment après, nous entendîmes un grand bruit, du côté de la première cour: ;pous observions, pendant ce tems le silence le plus pro-> fond. Enfin le bruit cesse, et nos inquiétudes diminuent, en voyant qu'au bo.ut d'une demi-heure, la visite ne s'effectue pas, et que tout parait tranquille dans le Fort. Une heure se passe : il n'arrive rien. Nous ne pouvions envoyer à la découverte, car la consigne de la sentinelle qui gardait notre porte, était de ne laisser sortir personne, après la nuit fermée. D'ailleurs nous ne voulions pas défaire la barricade. Après avoir causé quelque tems sur notre vive allarme, et sur notre joie de la voir dissipée, nous nous couchons, et nous nous endormons
(l) ** Bien vite, la barre 4^ fer contre la porte ! ils sont dans le Fort ces ^^
4* ^B de Ja«o)HB4, je les im^ vus P'
(I) Le cabaiet du Fort.
iToiT' ^^^^ après: 9tt a bien raison de dire qa%l ei^iste deé grêcét éPéiat ; et ce sommeil en pareil cas^ n'en était pas nne petite ! Vers œinniti nous sommes réteillés en •orsaal^ par des coaps redoublés à notre porte. Jamais îéyeil « ne fat plos affreux ! Françoise pôusle un cri effrayant. Noos nous jettons à bas de nos lits, et noaa courons à la porte, bien déterminés à ne pas l'ouvrir.-^ *' Que nous teut*on/' criai-je ?*-»*' Vous n'avez pas le droit '^ de vous enfermer ainsi, et il fant que nous entrions!"-**-' ^'Dites-nous qui vous êtes !"^-^' La ronde de nuit."--*^ *^ Jamais nous n'avons été assujettis aux rondes de nuit ^ '^ et qui que vous soyez, quelles que soient vos intentions^ *' nons ne vous ouvrirons certainement pas/' Nous les luiss&mes ensuite éelater en menaces, et nous ne ieuir répondîmes plus« Ils s'en allèrent, et nous respirftmcfl de nouveau* Je crois réellement que si cette scène eût duré plus longtems, la pauvre Françoise en seriût tnorte^ car die avait déjà perdu connaissance. Nous nous re* ceuchMis; au boat d'une henre, nouvelle aUârtncj noti^ yem tapage à k porte. Cette fois nous ne répondîmes rteni et bientôt après, le bruit cessa pour toul-à«»fait.
Nous apprîmes le le»demain, que ces deui: atlàrmes nocturnes n'avaient été causées que par un caporal yvre, qui s'éla»! mis dans la tète> de faire une rcnfkde de nuit dans toutes les prisons du Foft. Dan» un tems ordi« naifé, nons en eumruns eertafoémént été pdus ittipaf ientéi quVffrayés; mais hnmédiatement uprès la sérieuse allarme que nous venions d'essuyer, l'effet en fut aussi complet qu'il soit possible de l'imaginer. Qiiaint à TisSM ^ ide la tentative jacobine, nous sûmes que la garde étak venue tM secours du concierge, et qu'elle avait forcé la donne un bsode a se retirer.
îogemwit, ^^" ^* milieu d'Aoàt, le Commandant do Fort, nemitié et laper- Moriaucourt, qui, quoiqu'un peu Jaoobip, n'était ee^ de nous pendant pas méchant, et sremblait même assez bien dis* duuHe^ posé à notre égard, vint un jour, noua trou ver,^ et nous n^î^"' témoignant la peine qu'il avait de ùoqs voir dans une
flttssi cruelle position, il nous offrit de i'adoacir autant ^, qu'il serait en soq pouvoir, c/ett à-dire, de noot donner un meiilear logement et la liberté de nous promener dans le Fort, tant que nous Tondrions, sans fisctioanaire^ ni personne pour nous accompagner ; à condition toutes fois, que nous lui donnerions notre parole d^bonnevr de ne point nous sauver. Nous acceptâmes son oiFre avee joie et reconnaissance, non cependant, sans quelques regrets de nous voir ainsi liés par notre parole, mais en BOUS flattant d'après les promesses de ma mère, qui étaient alors plus positives que jamais, que cet engagement h'aui^ait pas d'ineonveniens pour nous. Deux jours après, nous prîmes possession d'un très-bon logement, donnant sur la mer, et qui faisait autre-fois^ partie de Tappartement du Commandant. Nous recommençâmes aussi à jouir de la liberté de nous promener dans le Fort ; et ces adoucidsemens nous causèrent d'autant pins de joie, qu'ils paraissaient être les avant-coureurs de notve délivrance. Nous avions dViIleurs lieu de croire que^ quelque bien disposé en notre faveur, que fût Moriaucourt, il n'aurait pas pu prendre sur lui une pareille mesure, sans y être au moins autorisé par un pouvoir supérieur. Nous nous gardâmes cepeiidant bien, comme de de raison, de lui laisser pénétrer notre idée à cet égard, ni de lui faire soupçonner que nous attribuassions ses bons traitemens, aux frais qye nous avions faits pour attira ses bonnes grâces, c'est-à-dire à plusieurs petits présens qu'il avait bien voulu ne pas refuser. D'ailleurs, d'autres, tout aussi peu scrupuleux, s'étaient si mal COR* dnits à notre égard, que nous devions toujours lui savoir gré, de cette espèce de fidélité à ses engagemen». Il ne ^^^^^ ^^ borna même pas ses faveurs, aux adoucissemens dont sja^oowt je viens de faire mention : car il nous permit de noue bai- plus. gner dans la mer, au pied du Fort ; mais il ne nous cacha p^s qu'il avait été autorisé à ce dernier acte de douceur, par le Général Wîîlot, qui venait d'arriver à Marseille,
]7d& arec des poilvoirs très étendas. Les mesures amhjàco' bines que ce Général s'empressa d'adopter à son arrivée^ changèrent totalement la face des choses. Les Jacobins cessèrent de lever la tête : plusieurs des plus coupables furent enfermés, et les autres se cachèrent. Notre Commandant affectait de répéter qu'il avait toujours détesté cette race maudite, mais il oubliait que nous lui avions entendu tenir des propos tout différens, ou plu« tôt, \\ n'avait pas honte d'être, comme tant d'autres^ toujours partisan des plus forts.
Quoiqu'il en fût, nous jouissions des cbangemen:» qui venaient de s'opérer dans notre situation; mais nous ne pouvions oublier que quelqu'embellie, quelqu'agrandie que fût notre cage, elle n'en était pas moins cage, et par cela seul, odieuse. D'ailleurs, les clefs en pouvaient tomber, d'un moment à l'autre, dans les mains de nos mortels ennemis: et -qui pouvait douter alors, qu'ils ne s'empressassent de se dédommager du tems perdu î Nous nous déterminâmes à faire part de ces considérations à ma mère, de la manière la plus précise et la plus détaillée ; car quoiqu'elle sollicitât vivement notre liberté, elle paraissait répugner à quelques unes des conditions qu'on y mettait, par exemple à ce que nous allassions en Amérique, mais le voyage de laCochinchine, et du Japon, nous aurait paru délicieux, si notre liberté en avait été le prix. Enfin nous la supplions instamment de considérer, qu'en s'obstinant à refuser cette condition qui nous paraissait avantageuse, et à en demander d'autres qui l'étaient au moins fort peu, elle exposait ses enfans, non seulement aux couteaux des Jacobins qui, d'un moment à l'autre, pouvaient reprendre le pouvoir, mais au danger, bien plus redoutable encorCi selon mot, d'une captivité perpétuelle. A ces observations, novs joignions le récit détaillé de tout ce que les Jacobins de Marseille venaient de tramer dernièrement, contre nous : M?* de la Charce y ajouta ses notes, et nous con*
là»
liàines le tout aux soins du boii Maiigîd; qui fùRtil à être ■ "^
notre messager 'et que nous fimes aussitôt partir pour Paris.
On peut imàgiuer Fimpatièttcë avec laquelle tioui attendîmes son retour ! nous eûmes cependant à passet un mois dans celte attente i car ce ne fut qu'au bout de ce terme^ que nous vîmes reparaître notre fidèle messa^ ger. Il ne nous apportait encore que des promesses; mais celles là étaient d'un genre si positif, que nous Commençâmes à nous livrer à Tespéraoce. Ma mère nous mandait que, malgré l'extrême répugnance qu'elle avait personnellement à nous laisser franchir les mersj pour aller habiter une autre partie du monde, comme notre bonheur était pour elle la première des considérations, elle avait consenti à une mesure qui, dans la circonstance actuelle, paraissait être la condition fonda-^ mentale de notre liberté ; qu'en conséquence, le directoire allait prendre un arrêté, pour nous faire quitter l'odieux Fort St. Jean, et nous embarquer, sur-le-champ, pour l'Amérique, aussitôt qu'elle (ma mère) aurait reçu la nouvelle du départ de notre frère aîné, pour cetié partie du monde : car messieurs du directoire avaient exigé d'elle^ qu'elle lui demandât ce sacrifice, comme condition de notre liberté. Il n'avait pas hésité à lui répondre qu'il se trouverait trop heureux, de ponvoii^ contribuer à un événement qui lui tenait tant à cœur, et depuis si longtems. On n'attendait donc plus que là nouvelle de son départ de Hambourg ; car les soupçonneux gouvernans ne voulaient signer leur arrêté que quand ils en auraient acquis la certitude : cette nouvelle arriva enfin, et l'arrêté fût siôné. Nous reçûmes la bien-* ^'^ ^°heureuse nouvelle de cette signature, dans les premiers â nous jours d'Octobre (1). La joie qu'elle nous causa peut li^é.*" mieux ^'imaginer que se décrire ; cependant elle ne fut ^e"^"
III I ■■ ■ < T . ■ -. II. immédiacieA
' (1) X« bon Génén^ Willot s^empressa de nous annoncer quMl en avait l'Am«F^ « reçu 4» dépêche officKlIe. S^<^
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J7Q6^ pas sans mélange. L'arrêlé était bien rendo ; mais son ' ' exécution paraissait devoir entraîner des longueur» considérables \ d'abord le choix d'un bâtiment, son équipement Sec. tout cela devait prendre au moins un mois, et pendant ce mois, que de choses pouvaient se passer, et nous replonger encore dans notre affreuse captivité! Le Commissaire de la marine chargé de rexécution, de cet anêté, eut l'attention de venir nous voir, et ne nous cacha pas que les restrictions économiques que le directoire mettait aux arrangemens à prendre, devaient nécessairement en prolonger la durée. Il nous déclara qu'il avait ordre d'acheter notre passage à bord d'un bâtiment que le Gouvernement des Etats-Unis faisait fréter pour ramener dans leur patrie^ tous les Américains rachetés de l'esclavage d'Alger, au nombre de plus de quatre-vingt. ^' Ce bâtimeni,^ ajoula-t-il, '' est petit, " sale et incommode, et avec un'aussi grand nombre de •* passagers, vous y serez horriblement mal." — '* Beau* coup mieux qu'ici," lui répondîmes-nous,, ^' et de grâce, ne songez qu'à nous y embarquer le plutôt pos- *'sible!" — *' Mais en attendant un peu, on trouverait *' certainement une meilleure occasion." — ^^ Rien ne '^ peut êlrç pis qu'une pareille attente, et dût on nous *^ mettre à fond de cale, nous le préférerions infiniment " à la moindre prolongation de ce séjour ci." — ^^ EU '* bien," nous d'il le bqn Commissaire, " je vais faire '^ tous mes efforts pour que vos désirs soient bientôt ^^ satisfaits, et pour qu'en mt^me-tems, vous soyez aussi '^ passablement sur ce bâtiment, que sa nature le com- Noire joîe " portera." Malgré ses bonnes intentions et ses soins, la tstdimi- chose ne pouvait aller vite, car les Aaiéricians rachetés
nuée psr
la néces- d'csclavagc, étaient encore en quarantfiiae pour trois tfjuiie le. semaines, et nous ne pouvions p^s songer à partir avant btSme f^^^'ils n'en fussent sortis. Trois sejpaaines en pareil cas, qui devait nous paraissaient trois siàcles.
duire. * Cependant notre captivité cessait pour aio^i dire, d'en être une, depuis la réception de l'arrêté^ et n'en avait
plus que l'odieux nom ; mais ce nom, joint à la po»- — — ■ sibilUé de retomber à tout moment, dans la réalité de la chose, suffisait pour empoisonner tous les adoucissemens qne nous éprouvions. Noos sortions presque tous les . soks, à rentrée de la nuit, avec le Commandant Morraucourt, qui ne se cachait pour cela, que des Jacobins, car il avait l'approbation tacite du Général Willot : quelques fois nous allions à la Comédie, dans une petite loge*où nous ne pouvions pas être vus: quelques fois aussi, nous allions souper chez la bonne M?* de la Charce qui nous recevait dans son auberge, et c'était alors une joie bien vive, de part et d'autre; mais cette joie était loin d'être sans mélange, car les Jacobins nous causaient des inquiétudes continuelles. Si Mo- TÎaucourt en appercevait un, lorsque nous passions ensemble dans la rue, il prétendait, qu'il allait être dé«o nonce, destitué et perdu. Si Ton frappait on peu rudement à la porte, ce devait être quelque Municipal, ou Administrateur qui, soupçonnant que nous étions là, venait s'en assurer lui-même. D'un autre côté, ces Messieurs, ayant effectivement découvert nos sorties nocturnes, allèrent les dénoncer au Général, qui en était parfaitement instruit, mais qui fut obligé de faire beau* coup de bruit à cet égard, de nier le fait, et de nous enjoindre secrettement, de rester au Fort jusqu'à ce qu'il pût nous en tirer tout^à-fait, ce qui ne tarderait pas à avoir lieu. Quelques jours avant ce bien-heureux événement, le Commandant Moriaucourt fut arrêté par ordre du Général Willot, et mis au cachot, pour avoir laissé échapper deux Jacobins renommés qu'on avait confiés à sa garde, et dont il était plus que soup« çonné d'être ^Jfj complice. Ce malheureux allait être jugé par la commission militaire, et selon toutes les ' apparences condamné à mort, si, après avoir fortement sollicité sa grâce, nous ne l'eussions obtenue du Général Willot, qui était Président de la Commission. '*" Je ne puis rien vous refuser," nous dit-il, ''et je
^' considère votre demande comme un ordre ; mais il no
^ M fallait rien moins qae cel» pour sauver un misérable» ^f contre lequel j'ai les preuves les plus fortes^ de bas^ 'f sesse et de vénalité. Il a eu le bonheur de s'attirer ''votre intercession par sa conduite envers vous; et ^' quoique je la soupçonne, beaucoup de n'avoir pas " toujours été désintéresséej je vous promets <)u'il aura ^^ sa grâce, et que, d^ plus, il sanra qu'il vous la doit.'* -^Nous fimes au bon Général, tous les remercimena que méritait une pareille faveur, en le priant cependant^ de laisser igqorçr i^ Moriaucourt la p^rt que nous avions eue à cet acte de clémence.
Après avoir attendu, avec une impatience inexpri* mable, la fiq de la quarantaine de nos futurs compagnons de voyage, nous en reçûmes la pouvelle si désirée, par le Consul des ^tats-lJnis (M. Cathi^lan) qui s'empressa de venir noqs l'annoncer, et qni se qpndqisit en tout, pour Obligean- npus, d'pnc mftnière parfaite* Non seulement il refusi^ îai^ '^aQnqm de son Goqvernement, de recevoir le prix de ^ÀSS?** ^^^^^ passage en Amérique, mais, par les arrangemens QueMotre pécuni^ires et autres, ayxquels il se prêta avec une obli-^ g^Qnçe e^^trême^ Il appl^njt toutes les difficultés qui auraient pu, sans cela, retarder qotre départ. Ses bons procédés allèrent même jusqu à offrir de nous recevoir dans sa maison^ ^t àç répondre de pous, pendant le tems qui pourrai^ s'écpuler encore jusqu'au départ du ;«Gén6r b&timeqt. lie Général V^lllot, pe demandait pas îîLrtiïiM weu^ que dç consentir à ççi arrangement, m^ais le ï^rt**" r WPamîssaiTe du gouvernement auquel étf^it confiée une nous (aire partie de Ve:çée^tipu dç l'ar^êtç qui nous concernaitji em arqoci ^,^ opposa fpr^ipfut çt soptint que nous ne devions sortir du Fort, que popr ^ller nous embarquer. '' Ebi <' bi^n ! qu'on les embarque su^ le champ," dit le Général. — " J'y çousens," répondit l'ai^tre, *' pourvu qu'ils '.' ayent à bord une gs^rnison de cinquante Grenadiers^ ff jusqu'au moment où le vaisseau mettra à la voiJe.''-rT \^. ^uant aux Grenadiers," reprit le Général^ ** c'çsj^ moç^
** ajSFaire et je me charge de ce soîd/'— A Tissoe ée cet entretien dont, comme de raison, nous n'eûmes connais^ ^*^^ sance que dans la suite, le bon Général Wiliot nona envoya un de ses aides^de-camp, pour nous prier, de la manière la plus polie et la plus aimable, de permettre qu'il vint nous demander à dîner ce jour là même, ne ix>uvant pas nous recevoir chez lui, ainsi qu'il se trouverait heureux de le faire, si les circonstances le lui permettaient Ce message nous parut de très l>on augure^ et nous fit le plus grand plaisir, sans cependant que nous comprissions son véritable motif. Enfin vers trois heures, le Général arrive, et après s'être excusé de la liberté qu'il avait prise, il nous demande si nous ne sommes pas bien préparés à quelqu' heureuse nouvelle. '^ Oui," répondîmes nous, '' on nous assure que notre * '* bâtiment sera prêt dans peu de jours, mais il y a déjà *' assez longtems qu'on nous le promet, et en attendant '^ nous sommes toujours dans le triste Port !" — '' Et si ''je venais pour vous en tirer de ce triste Fort?" — ^ Ohil ♦' c'est impossible !" — ^^ Eh bien !" répliqua*t-il, *• sachez '' que je suis venu tout exprès pour avoir la satisfaction '' de vous annoncer moi même que, dès ce soir^ vous ** sortirez de ce Fort que vous avez tant de droits de • ♦' détesier..''^-r-'' Quoi ! pour n'y plus rentrer?"—" Non, à . '' moins que vous n'en ayez le désir." — A ces ipots auxquels nous osions à peine ajouter foi, nous nous regar« dftmes réciproquement, puis nous nous jettâmes dans les bras l'un de l'autre ; nous nous mimes à pleurer, à rire^ à sauter, et, en un mot, à dominer pendant un quart fl'beure^ toutes les marques de la folie la plus complette. Après ces premiers transports, nous apprîmes du Général que, quoique notre vaisseau ne dût mettre à la voilç que dans cinq ou six jours, il allait nons y conduire (pour la /orme) avec le Commissaire du Gouvernement, qui voulait assister à notre embarquement; qu'à peine y serions nous rest& un quart d'heure, qu'il nous enverriut un caoot^ pour, nous mener à terre^ chez le Conful
CêAxÊiao, oà hm» logerions, et &ou vous irioDs ensuite ^^* ojk bon nous semblerait, ayant cependant soinr de ne pMtropnoavuKMiIrer pendant le jour. Nomremereiames de tout notre cœur, le brave homme à qnî nous devions cette précieuse anticipation de liberté, et nous nous mimes ensaitie à table, non pour nsanger^ mais poar nous Irvrer è rexcesMfe joie, qui, comme le chagrin^ bannit l'appétit. Après le dkier on annonça l'arrivée du ConhmÎMaiie dv Gouvernement qui, entrant dans la chambre satts saluer per8onne,Vavança vers le Général Wiilot avec l'aîf le pins insolent, et lui dit :— *^' Je ne m'attendais pas, Oéniralyà vous trouver ici !" — ^^ Citoyen," reprit l'autre, sans paraître deviner son motif '' nouS: autres militaires, '' BO09* sommies aecouttamés à une grande exactitude, et *^ je n'ai pas voulu y manquer dans cette occasion-ci." -"N^sffirôi après,, on fitvenirle concierge des prisons du Fort; et nous vîmes, non sans une grande émoti(m, rayer nos nomd de l-écrou, ou ils étaient restés si long*lems« On enregistra l'acte de notre délivrance, et lorsque toutes ces formalités furent finies, on nous dtfolara qae nous pouvions sortir.
Il est impossible de rendre la sensation que j'éprouvai,
en passant sur le pont-levis, et en comparant avec le
moment actuel, les affreuses époques où j'étais passé
sur ee même p<Hit. La première, su mon entrée dans cet
odieux Fort, où j'étais* resté trois ans et demi, et la
seconde. Ion de ma malheureuse tentative pour m'en
échapper. Mai» la douce idée que je repassais ce pont
^près pour la dernière fois, pouvait à- {leioe entrer dans mon
embarqués ^^^^ et je me cToyais, de bien bonne foi, au milieu d'un
en forme, songe, redoutant Thorrible moment du réveil. Nous
MOUS reve- '^ '
nons se. trouvâmes à la sortie du fort, un nombreux détache*
cretteraeat ^ , ,. . . ,^ ,
chez le uient de gvenadiers, qui nous acoomiiagna jusqu a 1» eSS^Û^I chajouppe, où nous nou» embarquâmes avec le Général attendre Wiltot, et le Commissaire du Gouvernement : tout se
quelebâti- „ . / ^ a
ment ^ passa comme on nous lavart ^annoncé; et après être ToUe! ^ réffés un quart d'heure sur notre vaisseau, nous nous
rendîmea chez le Coiuul CâLhalan, qui nous reçut à bru ■ ou V6rts> et où noua trouvâioeft la bonne M*?* de la Chaiee ^^^ et le Gfrénéral WiJlot. Mous passâmes chez lai les cinq ou six jours qui précédèrent notre embarqQenent^ de la maoïère la plu» agréable. Nôoste sortionaqne leaoir, en véritables oiseaux de nuit ; mais la comédie nons enchantait, et' le reste du tems se passait à iBer?eille. Cependant nous nous trouvions tcop près de rioferoale demeure, et trop exposés à y être replongés d-oD moment è l'autre^ pour ne pas -desiier vivement aotie départ: aussi fumes nous comblés de joie, krsqtt^aa nous annonça que notre vaisseau .devait mettre à la voile le lendemain matin. Nous ne donssScaes pas un seul instant de la wài, et le ê Novembre 1796, à bsêA s Novemheures dumatin, nous nous reodimes avec le Général, iJ^^re. le Consul Cathalan, et la bonne M"f de la Chatce, à à^^^^^da bord de notre vaisseau* Mangin, et la pauvre Ecan* Taîsseau
. . et nous
çoise voulurent aussi nous y ^accompagner, iionr nous y panons, faire leurs adieux. Le peuple de la Ville^ instruit da notre départ, s'amassa bientôt en foule, pour jknis voir. Le port «t le rivage voisin en étaient converts. Le Fort était garai de gens aux fenêtres et sur les patib» pets, la plupart nous félicitant sur notre beoraose délivrance, quelques uns envient notre siat, et A'axAum souhaitant, qu'une bonne soupape^ appliquée à noim bâtiment, pût les âéharassar psooipismeDt -dé dcox caembres de radieuse rmce I
Pendant ce tcms, le Général Willot nous exprimait à la . haie, ses vœux sincères pour notre heureuse traversée, et pour un plus heureux retour, son dévoue- ,
ment à la bonne cause, et son espoir de lui être utile un jour. La bonne M"5 de la Charce, avait le cœur déchiré, et prête à s'évanouir, elle fut obligée de quitter le bâtiment sans nous dire adieu. La pauvre Françoise, pleurait à chaudes larmes^ et l'honnête Mangin, nous témoignait aussi son attachement à sa manière. Enfin Tancre se lève, les voiles s'enflent, ceux qui de-
•' • ^'vaieot rester en Fiance, devoeodent à la hâte â»as ^^' lean canots: tous les adieux se répètent mille fois, et un vent frais s'élevant, nous nous éloignons rapidement de cette terre, oà nous avions été si malheureux, et dont cependant nous n*ayons pas cessé de souhaiter le bonheur.
Le tent étant devenu contrairci quelque tems après, et nous ayant retenu vingt-trois jours dans la méditerranéci nous 6toes obligés de rel&cher à Gibraltar, où le Général CyHara qui en était alors Grouverneur, nous vendit le très court séjour que nous y fîmes, extrêmement agréable, par toutes sortes d'attentions d'autant plus satisfaisantes pour nous, qu'elles contrastaient d'une manière frappante, avec le traitement que nous éprouvions depuis longtems. Cet accueil, paffsit à tous ^rds, était le présage de l'hospitalité qui fut depuis, ai gén&'eusement exercée envers nous en Angleterre.
Après une traversée de quatre-vingt-treize jours, noi^ moins pénible que longue, à raison de l'extrême incommodité de notre b&timent, et de la multitude de passagers dont il était chargé, nous arrivâmes en Amérique, où toutes nos peines furent, si non oubliées, au moins bien adoucies, par l'idée de nous retrouver en possession de notre liberté, et par le bonheur inappréciable de serrer dans nos bras un frère chéri, que nous avions longtems désespéré de jamais revoir, et dont nous étions séparés depuis quatre bien cruelles années.