INTRODUCTION
A l'origine de la monarchie française , l'armée ne se composait que de Francs; les Gaulois, les Bourguignons et les autres nations ne concoururent au service militaire avec les vainqueurs qu'après que Clotaire H eut saisi les rênes du gouvernement. La durée du service variait selon les besoins. L'ordre de convocation se donnait à la revue du Ghamp-de-Mars et plus tard à celle du Champde-Mai. C'était toujours au nom du prince que se
faisait l'appel des braves, et les intérêts de la nation en motivaient toujours le rassemblement. Il y avait alors, suivant Montesquieu, trois sortes de milices : celle des leudes ou fidèles dii roi qui emmenaient avec eux d*autres fidèles; celle des évêques et autres ecclésiastiques et de leurs vassaux; et enfin celle des comtes qui commandaient aux hommes libres. Les nobles (oramoiài kl cavalerie » les alV franchis l'infanterie, et lesserfe servaient de valets aux uns et aux autres. Subsistances, habillement, armement, tout était fourni par les provinces, mais lorsque le service se prolongeait au-delà du terme fixé, le roi accordait les vivres.
Ce système imparfait dégénéra sous les faibles successeurs de Charlenoagne. Ijùa bénéfices de ducs et de comtes amovibles sous les rois de la première race, étant devenus héréditaires, tout tendit à l'indépendance, et pour les rassemblemens de la milice on consulta moins l'intérêt de l'état que le caprice ou l'ambition des grands feudataires.
Toutefois ce qui n était qu'un u&age abusiif, toléré sous les Carlovingiens. fut saiictionué comme un système sous les rois de la troisième race, et alors ou régla Ic.nombre et la qualité^ des hommes que chaque propriétaire de fief dut fournir C'est de cette époque que la milice français fut commiiuément désigiiée sous le nom de ban et A'arHète-ban. 1^ s nobles qui ea faisaient partie et voulaient se dispenser de faire la guerre étaîenl
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tenus de fitiàticôr à proportion de leurs revenus. Les prélats , les cliapitres religieux , les veuves mêmes éfâieirt tenus à ces prestations en argent représentatives du service militaire.
I^ milice des communes instituée par Louis*le- Gros, en mettant entre les mains du prince une force indépendante de ses vassaux , ne dispensa point ceux-ci du service auquel ils étaient assujétis; mais l'emploi sucCvSsif des troupes soldées et régulières, la création des compagnies d'ordonnance et des francs-archers, ladmission des troupes étrangères , enfin l'institution des légions qui furent converties en régimeus bientôt après, rendirent la convocation du ban et de larrière-bau de plus en plus rare. Cette espèce de milice qui avait déjà bien décliné sous Louis XII et sous François P', n'était déjà plus que l'ombre d'ellemême sous Henri II, et avait perdu toute considération sous Louis XIII. Néannu)ins le pressant besoin qu'eut Louis XIV de faire face à ses ennemis en 1674 le détermina à avoir recours à elle; mais le peu de service qu'elle rendit l'engagea à la supprimer en 1688 et à lui substituer les Milices, espèce de réserve levée par le sort dans chaque paroisse en proportion de sa population,^dont on forma des bataillons et des régimens qui renforcèrent en cas de besoin l'armée permanente recrutée par des enrôlemens volontaires depuis le commencement du xvui® siècle jusqu'à la révolution.
4 COHTOCATIOlf ST TOTAGB, VtC.
Le mémoire suivant, écrit avec une grande naïveté, donnera une idée de la difficulté qu'on eut k réunir et à conduire l'arrière-ban en 1674. Mais la publication de ce document n'est pas inutile sous d'autres rapports. Il montrera que, pour défendre le territoire, il ne faut pas compter sur des corps improvisés et que l'existence de corps privilégiés dans une armée est incompatible avec l'économie, l'ordre, la sûreté et la discipline.
COlf VOCATION ET- VOTAGB DE L'âllBlfcltE»»AW EN 1&74.
Je n'ai jamais cru que je dusse être un jour employé k écrire l'histoire, parce que je n'ai jamais cru être assez habile pour parvenir à Vemploi d'historiographe ; cependant , une personne de qualité pour laquelle j'ai do. respect me demande une relation de ce que nous avons fait à l'arrière- ban, durant la dernière campar gne, et mêla demande avec tant d'empressement, que je ne peux la lui refuser. Si j'avais prévu cette invitation , j'aurais essayé de m'informer mieux que je n'ai fait de mille choses que j'ai négligées; j'aurais conservé des mémoires que j'ai laissé perdre , et j'aurais taché d'en acquérir d'autres que je n'ai jamais eu ta curiosité de voir ; en un mot , je me serais mis en état dé faire un récit de nos aventures , plus ample et plus exact que œlui^que je vais faire. Â défaut de tout* cela , je vais relire un journal que j'ai fait pour ma conduite particulière ; je ferai extrait des choses qui me paraîtront les plus considérables; je les décrirai avec les circonstances que ma mémoire , qui est naturellement très faible , pourra me fournir , et après que la personne à qui je destine cet ouvrage aura choisi ce qui pourra lui être utile pour un dessein qu elle médite , je jetterai le reste au feu de peur quiV ne soit vu dun autre que de lui.
Les grandes levées de gens de guerre que Ton fit Fannéê passée, «1674 9 en Allemagne , ayant obligé lé Foi de pourvoir à la sûreté de ses frontières , il résolut de convoquer l'arrière-ban , comme le plus prompt secours qu'il pût opposer aux ennemis ; tout le mondé fut extrêmement surpris de ce dessein : on avait peine à cf oire qu'après trois victoires que nous venions de rem-
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porter, nous fussions réduits à employer, pour notre conservation , des moyens dont on ne se sert ordinairement que quand TEtat est menacé de ruine. Quelque» personnes des plus éclairées traitaiei^t dç visionnaire» ceux qui parlaient de cette affaire cofuixie d^ne chose résolue; mais il ne fut plus p^riuis d'etf douter quand on vit paraître , vei^s la fin du mois d'août , ui|e déclara* tion par laquelle on ordonnait k tous les noU^a , ^ujetfr à Tarrière-ban, de se trouver, toutesafiaires cessante^ sur la rivière de Meuse pour joindre Tannée qui devait être commandée par M. le marquis de RochefQrtt C^ite déclaration donna aux étrangers une mauvaise estime de nos forces , et mit les sujets du roi dao4 Une grande consternation -, la noblesse se voyait engagée à des dé^ penses ruineuses , et les autres ordres , voyant assembler la noblesse pour aller k la guerre, commencèrent à craiudre qu'on ne les obligeât à en faire les frais, et que les dépenses ne fussent assez grandes pour épuiser le royaume et incommoder les particuliers. Malgré la mi<sère publique , on ne pouvait s'empêcher de rire en voyant le remue-ménage que causait la cqnviMiiilîon de l'arrière-ban , on vit plusieurs jeune» g^n^ qui avaient jusque-là contrefait les nobles, quitter huml^Iement leurs rapières et endosser des manteaux noirs, d'autvea qui n'avaient pas fait semblant d'être gentilsbommeSf pren<drc l'épée sans savoir bien de quel côté il la fallait mettre; on ne voyait partout que noblesse trémousser piour faire leurs équipage3 : le;s uns «cherchaient des chevaux , le& autres des valets;, iq^$ çherchaie^nt de l'afg^ut» ^t leurs amis des. excuses pour leur en refuser ^i^nêtQment. Ceux qui se trouvaient les plus ((embarrassés étaient MM. les baillis et leurs lieutenans qui ne savaient comment interpréter ni comment exécuter la déclara--
DB L^AftHiimB-BAiff BU tôy^. 7
lion qu'ils trouvaient si mal conçue qu'ils ne pomaient comprendre Tintentioii du roi ; i^^uni voulaient mander gënéialcmcnit tons ceux qui possèdent des fiefs , sans en excepter les gens de longue robe; d'antres prétendaient qu'on ne devait pas appeler MAI. des compagnies supécienies, et il y en aivait 4|ai voulaient encore en excepter d'autres ^ suivant que leur amitié on leur intérêt le leur suggérait; qaelqnes-ims étaient en peine sur le nondire et sur râection des officiers ; d autres sur le partage des gentilshommes dont le roi voulait qu'on fit partir la moitié ; ils fimtaieni dans leurs greffes , fieuilletaient leurs registres, lisaient, relisaient les anciennes ovdonnances , et ne tionvaient rien qui les put édaitcir.
Le bailli de Dijon fut l'un de ceux qui se tourmenta le aoîns en cette rencontre i il avait de bonne» raisons poofT s'excuser ^ ils'ensesvit, et demeura en repos; sei a«nis> remontrèrent an roi qn'tl avait un fils datts le ser* vice ,^il Jui avait résigné sa charge , et qu'il était ineosninodé de la goutte ; mais la plus forte de toutes ses raisons fut celle dopt çn ne pai4a pas : je veux dire qu'il ne voulait point obéir an marquis de BocbeforK auquel il amt autrefois comraandé«I#es officiers du bailliage de Dijon ne se pressèrent pas besmooup aussi , et attendirent tranquillement l'arrivée de M. le comte d' Amanzé , liewteiiaat de roi, et le relotir de M« Bouchu y inlendant, qui étak en Bresse pour sav^oir de quelle manièni ils devaient a^«
Ceux de Chèlens n'étaient pas si tranquilles : ils firent ff^pfeler tous ceox qtnse prikendaîent nobles sans aucune exxteption , en sorte que M» JuUien qfui sortait de magistrature, qui a une famille nombreuse et de très^ ficlsenseainoenBinodiiés, ft^teonltaint défaire s^n équi^
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page quoiqu'il n'eût point de fief; ils eurent ensuite* de grandes contestations sur le cboix d'un commandant en Tabsence de M. le marquis d'(Jx«lles qui était à l'ar"mée, et non-seulement cette charge , mais toutes les autres , furent tellement briguées qu'ils furent contraints de faire deux commissaires pour satisfaire lea prélendans.
Le bailli de Bresse qui ayait un fils dans le service , et qui voyait M. l'iatendafit donner les ordres dans son bailliage y crut qu'il pouvait se reposer sur lui de toutes choses, et à son exemple , ceux de Bugéy et de Gex crurent qu'il» pouvaient s'épai^ner la peine d'assembler et de conduire la noblesse de leurs bailliages^ et comme ils ont voulu se conformer à lui , ils ont aussi été tous traités de même manière.
Je trouvai à Maçon le sénéchal de Beaujolais qui était venu consulter M. de Ghasselar y lequel ne se trouva pas mieux informé que lui de ce qu'il fallait faire en cette rencontre; il fut obligé d'aller à M. l'archevêque de Lyon , duquel il ne fut guère satisfait , et fut contraint d'aller en cour oùril ne reçut guère plus de satisfaction qu'auprès de M. l'archevêque de Lyon.
M. le comte de Toulongeon, bailli d'Âutun, se trouva incommodé d'un dévoiemeat , malgré lequel il voulut risquer la campagne. .
Le bailli de Ghâtillon avait plus de santé que lui y mais il avait d'autres choses qui l'embarrassaient : il eut d'abord le chagrin de voir qu'on lui contesta la séance dans l'église de GhâtiUon, et de trouver dès les premiers jour» de sa marche le bailli de Bar-sur-Seine qui lui contesta son rang avec une violence et une aigreur surprenantes.
Ceux d'Auxois ne purent jamais convenir de rien en
ofi l'arribrs^bah sn 1674* 9
Fabsencede M. le marquis de Gui tant; ils insultèrent au lieutenant et au procureur du roi , et vinrent tous à Lyon trouver M. l'intendant pour régler ce qu'ils avaient à faire.
M. de la Rivière , bailli d'Âuxerre , voulut d abord •e prévaloir du service de son fils qui est dans les troupes , et demeurer en l'Âuxerrois pour ses affaires particulières ; mais il ne put s'exempter de conduire les gentilshommes de son bailliage jusqu'à l'armée où il obtint de M. de Créqui permission de s'en revenir.
Le bailli de Bourbon-Lancy n'eut pas une médiocre in4]uiétude de se voir obligé à marcher et ifi ne pouvoir obtenir au Parlement l'enregistrement de ses provisions; mais l'honnêteté de MM» de son bailliage, suppléa cette formalité; ils se soumirent volontairement à sa conduite et l'élurent pour chef; on lui donna un cornette suivant l'ordre du roi , et on créa ensuite un marécbal-des-logis , puis on donna la charge de corn* missaire à M. de Pont-de-Vaux , et l'on désigna un cinquième pour contrôleur ; et quand on voulut savoir qui obéirait à tous ces officiers, il se trouva qu'il n'y avait personne*
On se trouva bien plus en peine à Noyers où il n'y eût qu'un gentilhomme qui , dans le commencement de la campa|;ne , a été lui seul le capitaine de la compagnie jusqu'à ce qu'il ait reçu de renfort un autre homme.
Je ne sais pas bien de quelle manière on agit ailleurs ^ mais il y a beaucoup d'apparence que l'assemblée ne s'y fit pas avec plus d'ordre qae dans les lieux dont je viens de parier.
Ne voyant de tous côtés que de l'incertitude et de l'irr^oltttion, et ne pouvant prendre de mesures justes^ J'écrivis à un de mes amis, intime de M. l'intendant de
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Bourgogne, et le priai de lui demander son sentiment sur ce que j'avais à faire; il ne voulut point s'expliquer avant d'avoir reçu de la cour des ëclaireissemens qu'il avait demandes touchant la convocation de la noblesse , et ne pouvant me résoudre à attendre ses réponses qui seraient peut-être venues trop tard, je partis de Lyon pour venir en Bourgogne m'informer mot-même de ce que je devais faire en celte rencontre. Je trouvai k mon arrivée qu'on y avait publié la déclaration du roi , et qu'on se disposait k faire tirer au sort toutes sortes de nobles qui n'avaient point d'offices , soit qu'ils eussent des fiefs ou non , encore même qu'ils n'eussent jamais porté les armes, et qu'on leur avait assigné un jour pour reb« Ce fut le i« septembre que nous nous trouvâmes en corps i l'auditoire du bailKage: les uns pour déclara que nous étions prêts ât servir, les autres pour aHégtter leurs excuses. M. l'avocat du roi fil l'ouverture de l'assemblée par un petit discours dans lequel il exposa ke intentions du roi , ensuite le procureur syndi^e de la ville prit la parole , et dit cpi'il lui avait été ordonné , par délibération 'de MM. les maires et écbevins , de remontrer à M. le lieutenant-général que les dues de Bourgogne ont autrefois nccorcM aux babitans de Dijon le privUége de posséder fiefs^ sans être obligés ni A payer muame taxe ni di'aller à l'anière-ban , qi|e le roi LottisXIII et le roi son fils, A présent régnant, avaient
confirmé oe privilège, l'un par lettres du ,
et l'autre par une déclaration Aa mois d'aou(t i64S y que par une abondance de droit on avait obtenu des lettres de surannation , le 6 d'avril 1667, qui avaient été enregistrées au l^arlement le 8 du même mois 5 il représenta tontes ces pièces et essaya èe persuader qu'il" était important, dans la ciroonstànee où leê affaires étaienl