TOME XX. JANVIER. n
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homme pour aller k Met» trouver M. de Crëqui , et tacher d'obtenir une paie proportionnera nos équipages, et qu'on nous mît an moins sur le pied de la gen^ darmerie au lieu de nous traiter en simples cavaliers. Durant que nous conférions tranquillemeilt à Toul, on faisait Un très grand bruit k Metz. MM. de Paris , mieux informes que nous de ce qui se passait, avaient eu avis qu'on avait expédié le 12 du mois un ordre pour nous renvoyer chacun chez nous, et que M* de Créqui l'avait reçu; ils se tinrent prêts pour partir, et nonobstant tout cip qu'on leur put dire pour les obliger à demeurer encore un mois, ils dirent qu'ils étaient congédiés , et quelques-uns des plus pressés se débandèrent pour •s'en aller. Mk de Créqui , appréhendafit que les autres ne les suivissent , fit fermer les portes de la ville; mais ils menacèrent de les rompre, et ayant' appris que M. de Créqui avait parlé d'eux en termes ofTensans , et les avait qualifiés de troupes mutines et eriailleusioB, ils résolurent de vt^ngér ce mépris par un autre mépris. Ils fitent sonner boute-selle dès le lendemain matin, et malgré les ordres de M. le maréchal, qui leur commaiida de ne point partir , ils firent toucher à cheval, el avant de sortir de la ville , ils furent passer sous ses fenètivs trompettes sonnantes avec detix étendards déployés , dotit l'un avait été arboré dès la veille par ordre de M. de Vandy ; cette insulte ne fut pas la seule qu'ils lui firent essuyer ; on nous en a raconté tant d'aiitres), mais si âcheuses , que je n'oserais les écrire. Jene .sais- si MM. les officiers-généraux qui tenaient notre congé en poche appréhendèrent que notre député ne nous apprit à son retour ce qui se passait à Metz , ou s'ils eurent avis de l'arrivée de quelques troupes, ou s'ils crurent que plusieurs gentilshommes qui c'iaient
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partis après rassemblée seraient bîetitÀi amyls do festeqvoî qu^âensoit*
Le 33 novembre , à neuf keures du nutiu , un 'Ooarrier apporta des ordres pour nous faire mardier, ee courrier surprit tout le QUMsde , et les plus ëdais rés avaient peine à croire la vérité : les uns croyaient ^uee*était p9ur nous faire aller à Trêves, qu'on croyait investi, parce qn*on entendait le bruit du canon qui tirait à Blioaitel ^ d'autres /assuraient que c'était pour re« tourner en Allemagne , <A M. de Turenne avait bc- «oin de renfort. M. de Pas nous dit qu'on allait nous mener s^r la Meiase où M. 4e Créqui voulait assembler un corps considérable^ puis on nous dit en sortant de chez lui que nos ordres |)ortaîent que nous nous en re-^ iourneriofiB chez nous z on nouis le dit plusieurs fois devant que i>ous (Hissions le croire , mais nous fiimes enfin fissurés de la yér'^é par U m^jor de la ville, et par M. de Ohalma^el lui-même qui nous fit voir les lettres qu'il avait'ireçvçs pour les (commaodans ; je fis inoonftineat savoir ^t$e nouvelle h quelques-ttns de mes amis qui iétai^i à cbsey^al ppur revenir ^n Boqrgogne, qui la jîortèreurt aqssitàtà lip^ros d'environ cent cinquante gen^tilsl^opimesq^i^ formaiient hors de la ville pour marcjbeir 4u p6té de France; quelques-uns ne voulurent pas r:eve^ir » wais U plujprt eurent honte de prendre d'autorité pniviée ie oongé que ceux qui restaient venai^fnt de recevpir dfm^ les fprnfies avec Pètonneur de s'être mis eai état xje fte:rvlr;; ils reviurent en jeur logis et partir«?nt ^vec nous.. >
Le ;*? fut w\Q jouni^e d'embarras et de tuminhe; JLqrsqiNie Qpus fiops jMrésentatnes i h pointe pour sortir, i^oys y (rp^vâmes la bourgeoisie en armes y et M. dé ChaJmazdl, M» le coip^e çle Pw ol le magistrat à pi^êd
lOO CONVOGATrON ET VOYAGE
ayec plusieurs bourgeois à leurs côlës , devant lesquels on nous faisait passer lentement afin ({u'ik eussent loisir de nous considérer l'un après Tautre \ nous fûmes surpris de ce procédé , nous le trouvâmes pourtant juste quand nous sûmes le sujet ; on tâchait à reconnaître un jeune gentilhomme qui avait été assez emporté pour violer une fille , et quelques bourgeois qui n'avaient pas été satisfaits de ceux qu'ils avaient logés, se servaient de cette occasion ]K>ur se faire payer; tous ceuic qui se plaignirent furent satisfaits, excepté les parens de cette pauvre fille violée , dont le ravissseur fut si heureux qu^il passa sans être reconnu , et nous ne sûmes qu'à Langres que c'était un Lyonnais. Lorsque nous fumes dehors de la ville , nous trouvâmes une plus grande rumeur en l'escadron : un gentilhomme s'y était plaint hautement de M. de Bragny qui lui avait donné congé parce qu'il avait la fièvre , et qui avait , quelques jours après , révoqué ce congé par un écrit sign^ du commissaire dé l'escadron et de deux témoins ; il avait représenté la pièce , et en avait tellement exagéré tous les termes, que tous les gentilshommes du bailliage crurent qu'on leur avait fait injure en la personne de celui qui se plaignait ; on cria contre M. de Bragny sans l'entendre, et on s'échauffa avec plus de liberté qu'on n'avait fait jamais , parce que tout le monde voulait agir de pair à pair avec son commandant, dont l'autorité était presque finie^ M. d'Avot, voyant tout le monde ému, et qu'on parlait avec une chaleur extrême , nonseulement de ce congé , mais de tout ce qui s'était j)assé durant la campagne , et que l'on conservait encore du ressentiment de l'élection des brigadiers , et du commissaire de l'escadron qu'on avait nommé sans la particifiation des gentilshommes , crut qu'il fallait profiter
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de ce tumulte pour avoir la charge de coininis«airc du bailliage de laquelle il s'était promis de très grands avantages ; M. d^ Bragny eu avait donné les provisions à Joly qiû les lui avait demandées ad Aonores, comme une marque un peu plus authentique qu'un simple certificat des services qull avait rendus , -et comme un passeport pour rentrer en bonnes grâces de sa mère, qu'il avait perdues pour être venu à l'armée \ M. d'^vot ayant su que M. de Bragny avait donné cette chargé à Joly, pour lequel il avait beaucoup d'amitié, s'imagina intontinent que c'était quelque chose de grand ; on lui alla dire que l'emploi de cette charge serait de taxer tous les féodaux qui n'avaient pas servi , qu'il en aurait de grands émolumens outre les gages ordinaires , et qu'il pourrait obliger beaucoup de gens ; il le crut et se mit à briguer cette charge avec autant d'empressement que si elle eût pu faire sa fortune. Joly était cependant occupé à une commission qu'on lui avait donnée , il ne savait rien de ce qui se tramait à son préjudice. M. d'Âvot profita de son absence , et s'assura des sufirages de ses meilleurs amis, qui ne savaient pas qu'il y eût intérêt, parce qu'il n'avait point pris la qualité de commissaire , quoiqu'il en eût les provisions , et n'en avait jamais fait fonctions qu'au nom de M. de La Rochelte qui était commissaire de l'escadron. Lorsqu'il fut. de retour, il apprit qu'on avait fait grand mouvement pour cette affaire, et que plusieurs personnes s'étaient déclarées pour M. d'Avot ; il ne fit au commencement que rire de cette affaire , mais quand il vit l'empressement avec lequel M. d'Âvot sollicitait, qu'on parlait de faire une assemblée pour faire une nomination en forme d'un nouveau commissaire , il se fit une affaire sérieuse d'une chose qu'il n'avait auparavant considérée que comme une bagatelle.
lOar CONVOCATfOî^r et VOTAGE
Il se mit le a4 9 ^^ sortant de Neufchftteau , à parler à ses amis, et s'assura du suffrage de neuf ou àH^ lira parole de quelques autres qui s'étaient engage à M, d'A* Tot , sans savoir l'intérêt que Joly arait eu cette affaire , qu'ils ne se trouveraient point â l'asaembl^ 9 au cas qu^on en fît une , et mit les choèeè en ëtat de réussir i son avantage , si Ton eût fait une élection ^ il ne voulut pourtant point demandet* l'assemblée ^ par la raison qu'il dit plusieurs fois aux gentilshommes du bailliage , qu'il était inutile de s'asseuibler et qu*on n'avait plus besoin de commissaire à la conduite, puisqu'on était prêt de se séparel*. M. deBragny^ de sou côté, dit que ni lui ni Joly n'avaient eu aucun dessein en cette rencontre de donner atteinte aux privilèges de la noblesse ^ qtte, quand il s'agirait de leurs droits, ils aimeraient mieux leur en acquérik* de nouveaux que de contreve* nir à ceux qui leur étaient acquis, et que, si on voulait , il inviterait Jolj à remettre sa charge aux suffrage» de MM. les gentilshommes , afin qu'il tint du corps lut honneur qu'il avait cru être en droit de lui conférer, seul, en conséquence du pouvoir qui! en avait teçii de M. de Créqui. Joly aurait eu peine d'écouter une pareille proposition , si elle lui avait été faite par un autre que par M. de Bragny, parce qu'il se croyait obligé j'honilreur à ne pas mettre le droit de son bienfaiteur en compromis, maïs ta proposition ayant été faite par lni*méa>e , il y consentit volontiers , parce qu'il était assuré qu'il serait élu , et qu'il lui serait plus honorable d*être nonibié par M. de Bragny et par le corps que par M. deBragiïy seul. M. d'Avol, de son côté, qui ne se croyait pas moins assuré que Joly du suffrage de ses amis, approuva la proposition et, pour accorder les deuk factions , afin que nous rentrassions tous à Dijon
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eu parfaite intelliçetice, M. de* Bragaj prQ{M>sa à hvs amis de faire; deux oomuiiAsaireSy à Texemple de oeu de Châlons} que la première charge serait donnée i Joly, la seconde à M* d*Âvot| et qu'on ferait M. de Forteau^ son frère, contrôleur. Cet expédient fut trouvé riiisonnable, et il ne restait plus qu*à ^Toir si Joly y consentirait j il était resté ce jour-U à Cleniont un peu plus longtemps que les autres avec deux ou trois de ^$ amis qui n'avaient pu partir que tard.
aS, :46et 27 novembre. Lorsqu'il eut joint la cornette près de LangreS; le 25 , M. de Bragay lui dit ce qui s'é* tait passé et le fit aboucher avec M. d'Avot, qui ne pu* rut pas si fort satisfait qu'il ne laissât voir dans ses yeux (quelques marquas du repentir qui suivit bientôt la pa* rôle qu'il avait donnée. Joly dit en particulier à M. de Bragny le soupçon qu il avait ^ et qu'il croyait avoir des marques certaines que M. d'Âvot ne ferait rien de ce qu'il avait promis; il ne put le lui persuader, mais il en vil des effets le lendemain , car ^ ayant pria heure avec Joly pour aller trouver leurs amis ensemble ^ il manqua au rendex-vous çt brigua cependant à Tinsu de Joly, qui, se sentant piqué de ce manquement de parole* et indigné de plusieurs autres cabales qu'on avait faites contre M. de Bragny , dépêcha un de ses valets k Dijon^ où devait se fnii^e l'assemblée , et lui donna des lettres pow: M. le président Joly et quatre .ou cinq de ses amis qu'il pria d^ voir les geptilshomines qut étaient restée en la province , et de s'assurer de leurs su&ages , devant qu'on les Sollicitât dfi la part de M. d'Avot. he^ amis de Joly agirent très bien en cett^ rencontre. M^ d'Avot, connaisiaut q'ie son parti se trouvait faible, abandonna ses prétentions sur la charge de cpouuissaire qui est demeurée. à Joly,
io4 coNvocATiorr et voya<ï£ ^ '
Le 28 novembre , lorsqu'on fut arrivé à Dijon , MM* le9 officiers cherchèrent les titres qu'il fallait faire registrer, et présentèrent le lendemain , 29, à M. le lieutenant-gi^néral y le certificat de nos services donné par M. de Turenne, qui portait ordre de nous leiidre à Toul, le congé qu'on nous avait envoyé à Toul, et les provisions des officiers institués depuis notre départ* Ou ordonna l'enregistrement du certificat de M. ,de Turenne et des provbions des officiers ; mais on ne jugea pas à propos de grossir te registre du congé qui contenait une route que nous n'avions pas tenue. MM. les officiers ne s'opiniâtrèrent point à faire registrer cet acte et se retirèrent sans faire réflexion aux suites que ce défaut d'enregistrement pouvait avoir. Quelques jours après , des curieux allèrent fureter dans le greffe du bailliage les actes qui concernaient l'arrière-ban , et ne trouvant point l'ordre en vertu duquel nous étions venus de Toul à Dijon , publièrent partout que nous étions revenus sans congé. Cette calomnie étant venue aux oreilles de Joly, il se crut obligé par le devoir de sa charge, den faire voir la fausseté 5 il rapporta ku bailliage l'ordre que nous avions reçu pour venir de ToiJ à Dijon et nous y séparer •, et, comme il avait été envoyé par M. de Créqui à M. de Bragny, avec une lettre dont les termes obligeans pouvaient faire connaître qu'il n'é^ tait pas aussi fâché contre nous qu'on l'avait publié , il présenta en même temps cette lettre pour être registrée, et choisit pouDcela un jour qu'il y avait chez M. le lieutenant-général une assemblée nombrause de gens de qualité qui virent ces pièces en original et détrompèrent k public. Cet acte a fait la clôture de notre expédît on, après quoi tous nos messieurs sont demeurés tranquillement chacun chez eux , en attendant les récompenses
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qu'iU croyaient être dues à leurs travaux. MM. les officiers atteddent leurs gages , dont ils n'ont pas encore . touché un sol} quelques-uns attendent lereyenant-bon des taxes, pour le partager oonune ceux de Paris ; d'autres espèrent de l'emploi ^ il y en a même qui prétendent des pensions ; de moi , je n'espère rien de tout cela, mais je m'ëtab seulement promis que, pour reconnaître nos services , on nous ferait l'honneur de nous faire graver en taille douce au-dessus d'un almanach ; mais je vois bien que le siècle est ingrat , car il y a plus de cinq semaines que Tannée est commencée , cependant il n'en a point encore paru où on ait représenté la noblesse.
Après avoir raconté / depuis le commencement jusques à là fin , tout ce que j'ai pu remarquer durant cette campagne , il ne me reste plus, pour satisfaire la personne pour laquelle j'écris , que d'ajouter ce que je pense de la guerre et de larrière-ban. La guerre pour ceux qui connaissent le péril et les fatigues insupportables qu^l y faut essuyer, qui s'y engagent dans le dessein de conserver leur patrie, de protéger leurs alliés, ou dans quelque autre vue légitime , qui s y appliquent avec tout le soin , toute la vigilance , toute l'exactitude et toute la vigueur qu il faut avoir pour y réussir , et pour ceux enfin qui conservent cette grandeur d'âme qui doit accompagner toules les actions d un homme de guerre, elle est un emploi de héros, mais pour ceux qui n'ont ni les sentimens ni les qualités dont je viens de parler, elle est u}i métier, je ne dirai pas de brutal, car il n'y a point de brutes qui s'assemblent comme les hommes pour aller détruire leurs semblables et s'exposer elles-mêmes à périr} mais elle est un métier de fou et de barbare } en efiet,y a-t-il au monde une folie plus grande que de
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vendre son tan^ {)Our une petite «omme dont on t&i souvent trèsn^alpayéy ni de barbarie plus étrange <{tte d'ex- }K>ser sa vie au gré d autrui sans savoir pourquoi on la risque, et d'aller tuer dea hommes qu'on n'a jamaia vus et dont on n'a poinî reçu de déplaisir ? On me dira que la guerre est autorisée de l'usage de tous les «iècles et de Texemple de toutes les nations \ mais malgré cet usage et ces exéinpkây il faut avouer qu'elle a quelque chose que la raison ne peut approuver : la plus juste se fait avec injustice , car les armées n'étant qu'un ramas de ce qu'il y a dans le monde de gens plus étourdis , plus vio* Icns et plus brutauJi » il est impossible que , partout où ils se rencontrent , ils ne fassent de l'embarras et du désordre que la prudence et l'autorité des chefs ne sauraient empêcher^ quelques soins que Ton prenne de faire payer, Thôte soufire toujours de la perte, aiui lieux mêmes où il est le plus fort, et lorsqu'il se trouve faible , il voit son bien en proie à l'insolence des soldats €t des valets qui prodiguent et qui dissipent toutes choses ; les plus gi'ns de bien paient le tiers de ce qu'iU ont dépensé, les autres croient lui faire grâce quand ils ne lui deman^ dent rien en sorUnt, et laissent souvent une famille désolée et réduite quelquefois à chercher l'anmône après avoir travaillé toute j'année pour faire bonne chère à des coquins durant trois jours. Voilà ce qui se .pratique dans le pays ami ^ mais quand on est siu: les terres de 1 ennemi, c'est là que le soldat croit être en droit d'eXerccr toutes sortes de violences , de faire toutes sortes d'oùirages^ je sais bien que. les lois de la guerre autorisenl .ces rigueurs, mais quand ces lois seraient justes l'égard de ceux qu'on trouve les armes à la maîn, avouons au moins qu'à Tégard des paysans ce sont des lois bien cruelles que celles qui condamn.nt à tautde miuxde
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pànvi^es gt-ns qui ne sont coupables que parci* qu'ils sont nés sii)ei9 d'un prince qu'ils ne connaissent peut-être pas, et dont ils ignorent les querelles et les intérêts. Sous ce prétexte cependant, on pille, on saccage, ou désole leur pays , on poursuit partout ces innocens qui sont contraints de cberdker, dans les rochers et dans les bois, comme des bétes , un asile |H>ur se mettre à cou* ^ert de la fureur des hommes; on tue ces malheureux quand on les rencontre, et Ton rend ceux qui restent en* eore ptus malheureux en kw 6tanl toutes Ics commodités de la vie dont ils semblait n^avoir jamais joui que pour leur rendre plus insupportable la misère dans la* quelle on les laisse. On me dira que les honnêtes gcus ont peu de part à ces cruautés , et qu' ils agissent en cette rencontre avec bien plus de modération que les autres, j'en demeure d'accord , mais avec toute leur honnêteté et toute leur modération, ib contcactenl quelque chose de l'humeur de ceux avec lesqueb ils vivent par une certaine contagion qui infecte les mieux nés et les plus sages. J-ai vu des gens qui fai»iient la méditation soir et matin avant que de venir à l'armée , apprendre à jurer Dieu en moins de quinze jours, et passer d'une extrême I»onté à des excès et à des cmportemens brutaux ', qu'on ne me dise point qu'on peut vivre saintement en l'armée comme dans les dottres , j'avoue qu'on y jeùue quelque* fois aussi rigoureusement, que l'obéissance y est bien plus exacte, et même, si on veut, qu'on y entend plus souvent parler de Dieu; mais si on envoyait à la guerre des Gliartrettt ou des Capucins, ou des geus encore' plus saints, s'il s*en rencontre dans le monde, le sang, lé carnage, l'exemple, les occasions et la facilité de feire le mal chaugeçaieul leurs mœurs et les jeteraiint dans le tk'réglenient 5 et quand il n'y aurait rien de tout
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cela, le bruit et le tutnuite de la guerre > l'exactitude qu^ou doit aux ordres des commandans , les soins continuels qu'il faut avoir pour soi ^ pour se$ gens, pour un équipage où il manque toujours quelque chose , l'infidélitë et la négligence des valets, les insolences 9 les friponneries des soldats , les départs imprévus , les longues marches, les £aitigues, les injures de l'air auxquelles on est exposé, les précautions qu'il faut pour se garder des enne* mis, lesiogemens inconmiodes, l'embarras qu'on trouve à s'établir et à déloger presque tous lesjours, lesaccidens, les pertes, les périls, le dérèglement d*une vie toujours inquiète, toujours incertaine, où Ton ne peut s'assurer d'un moment de n^pos, et un million d'autres incommodités que je ne saurais exprimer, mettent l'esprit d'un homme de guerre dans une perpétuelle agitation incompatible avec la vertu qui ne se trouve ordinairement que dans un esprit tranquille et arrêté : si les gens les plus raisonnables et les mieux intentionnés n'y peuvent vivre sans désordre , jugez quelle est la vie des autres, dont la plupart ne se sont engagés à cette profession que pour satisfaire leurs mauvaises inclinations avec impunité^' Enfin, la guerre est, comme je l'ai dit, une profession de fou et de barbare , où les plus honnêtes gens se cor- * rompent, où ceux qui veulent vivre selon leur qualité, sont contraints de voler ou de se ruiner en peu de temps, où l'on fait des maux irréparables , où peu de gens sonrgent à faire du bien , et où un homme raisonnable ne doit jamais s'engager sans nécessité*, mab quand la nécessité l'y contraint , il peut s'y engager sans scrupule et croire qu'il y a peu d'emplob au monde où un honnête homme puisse mieux faire paraître son mérite, et où il puisse acquérir plus d'estime , plus d'amis et plus de gloire.
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Si j'o«ais élever mrs pensées de la conduite des parti* cnliera à celle des princes , je dirais qnMl serait k souhait ter qu'ils fussent mieux informes qu'ils ne sont, des nialheurs et des ruines que les guerres causent à leurs ennemis et à leurs fHropres sujets, et qu'ils voulussent se donner le soin de reconnaître que la guerre la plus avantageuse coûte toujours cher aux victorieux ;>^'il n'est presque point de conquêtes qui ne soient au-dessous de la dépense et des pertes que soufire le conquérant , et qu'une année de paix bien ménagée est plus utile que 10 années de guerre. Quoiqu'on soit prévenu dans le inonde d une vieille erreur qu'un prince doit faire la guerre pour sa gloire et pour la sûreté de ses états , il serait pourtant aisé de montrer par l'épreuve que nous en avons faite, et par une infinité d'autres exemples , qu'il est plus avantageux pour la sûreté d'un royaume , d'être en état de faire la guerre que de la faire, et qu'elle n'est pas toujours un moyen bien sûr d'acquérir la gloire que l'on cherche y les princes les plus heureux y ont souvent de mauvais succès , et les événemens de la guerre sont si incertains et dépendent quelquefois de si peu de chose , qu'il est mal aisé de concevoir comment un prince qui cherche la gloire , la cherche par un moyen aussi mal assuré que celui*la ; un vent qui s'élève durant un combat , de la poussière qui donne dans les yeux' des soldats décide souvent du sort d'une bataille, un lièvre qui se lève entre les pieds des chevaux les fait cabnçr et met qudquefpis un escadron et ensuite une armée en désordre^ un clou mal attaché fait broncher un cheval et renverse un officier, dont la perte peut causer celle d'une bataille et d'un royaume *, enfin, les lEfoindres accidens peuvent rendre inutiles tous les soins, toute la prévoyance et toute Tbabileté des plus
grands capitaines , et leur faire trouver de la honte où ils cherchaient de l'honneur. Il y aurait pour les princes une gloire plus aolide et plus juste : c'est d'employer leur puissance à rendre les hommes heureut , plutôt qu'à les détruire. SI les hommes et l'argont qu^ls eon^ somment k la guerre, étaient cmj^oyés à perfectionner les arts ovrà des ouvrages publics^ ils en feraient en peu de temps qui surpasseraient totts ceux auxquels on a donné le nom de merveilles du monde , et rendraient leur nom el leur gloire immortelle , bien plus aisément et bien plus sûrement que'^par les armes qui ne produisent que dés ruines. Cette matière passe ma portée, je la laisse à des gens plus habiles que je ne suis , et me réduis à mon arrière-b»n dont je vais en peu de lignes faire une description fidèle : c'est une armée de gentilshommes qui 9 tous en particuliers , sont fort honné^ tis gens ^ mais qui font en corps une très grande cohue , et il ne faut pas s'étonner de ee qae tant d'honnêtes gens composent une mauvaise armée, elle n'est mauvaise que parce qu'ils soi^ œ qu'on «ippelle homtèles gens ; car, oomme ils ont tous de la naissance et qu'ik sont tous «icooutumt'S à oomtnander, ils ne peuvent se résoudre à obéir, et faute d'obéissance on ne peut les Iréduire à la discipline sans laqneUe les phis braves gens du monde feraient les pins mauvaises troupes /que Ton saurait imaginer. L'on s'est plaint de ce défaut d'obéii^ sance toutes les fois qu'on a convoqué rarrière4>an , et on s'en plaindra toujours tojiitee les fors qu'on l'assem* blera , jusqu^^ oe qu'-oit ait donné k <ea Groupes datMres chefs que ceux qui on coutume de lès craimander. Les bail lis et les sénédbàux qui ont des charges à la cour^ mi <le remploi k T'acmée , ou -quelque, gouvernement , se font ordinairement dispenser 'du service de l'arnece-
DB l/ARlilElIft-BAlf BU 1674. III
ban , qui les engagiraît k une trop grande dépense , 1 1 on ne voit pour TordinaiFe à la tête de la noblesse, que des baillis qui sont accoutumés de y ivre avec les gentilshooimes de leur ressort, avec plus de familiarité qu^il n'y en devrait avoir entre un commandant et ceux quî lui doiventobéîr, ou, au défaut de ces baillis, on choisit de simples gentilshommes dont la naissance et la fortune n*est guère aii*dessus dVos ; ils n'ont pas tout le respect qu'ils devraient et ne lui obéissent pas avec Texactitude qui serait à désirer dans des troupes dont on veut tirer du service. Gomnvinde-t-on un genliU homme pour une garde, il dira s'il a le moindre pré* texte xfu'il n'y veut pas aller, ou sll y va il reviendra si bon lui semble souper et peut être cimcher en sa tente , parce qu'il sait que le commandant qui est de ses amis, ou pour mieux dire qui n'a pas assez d'autorité et pour leqilel il n'a pas assez de respect, n'oserait le traiter selon les rigueurs de la guerre. Y a-t-il quelque occasion d'honneur oa qu^-lque rencontre périlleuse, an lieu de garder les vatigs , d'écouter les chefs et de suivre le cornmandemient , on accourt, en se présente en désordre, et U , eomme^s'il y avait autant de commandans que de gjF»tilshoiimies , «Ottt le monde y veut faire le maître. Comme les «uns ont du service et ée l'expérience , les autres de la leeture , et tous de la qualité , tout le monde croit être en droit de parler et de dire son sentiment , et si celui du pauvre commandant ne se trouve pas conforme à eelui cle tous ceux de sa troupe, ce qui n'arrive quasi jamais ^ on contredit , on parle phis haut que lui , on crie dix ou dou^e etquelquefois plus de cinquante ensemble , on secMMiide, et pour avoir trop d'habiles gens, on ne 4 rouvec^uasi personne dont on puisse se servir dans l'occasion. Voilà la prin^pale raison du peu de servièe
lia CONVOCATION ET VOTA6B
qu'on tire ordinairement des arrière*bans, mais il y en a d'autres qui ne sont guère moins essentielles : comme rarrière-ban est composé de gens , ou qui n'ont jamais été dans le service, ou qui s'en sont retira, les uns parce qu'ils n'ont pas voulu servir davantage , les autres parce qu'ils n'ont pu j soit à cause de leur santé ou de la trop grande dépense, ou pour Ubîen de leurs affaires, et que tous en général s'étaient destinés à une Tie plus douce et plus commode que celle où on les appelle , on ne saurait les tirer de leurs logis sans leur faire violence, ni les retenir long-temps sans leur donner du. chagrin. Les uns ont leurs habitudes et leurs plaisirs , d'autres ont leurs familles et leurs affaires , qu'ils n'ont abandonnées que par force et qui leur donnent le lendemain du départ de l'inquiétude et.de l'impatience pour le re* tour *j et quand la pauvreté se mêle à tontes ces considérations , qu'un gentilhomme manque d'argent , et que pour en avoir il a été contraint d'engager la plus considérable partie de son bien, son impatience ya quelquefois jusques à un excès de dépit et de mélancolie, et le rend incapable de bien faire. Voilà ce qui concerne ks particuliers , il y a des considérations jlus g«nérales qui regardent les compagnies, les escadrons et tout le corps de la noblesse* GoQune ces troupes ne se trouvent que très raren^ent ensemble, lorsqu'elles se rencontrent « il naît mille difficultés et mille contestations pour là marche , pour les logemens et pour les postes d'honneur. Nous avons vu en deux mois faire tant de plaintes que les généraux ei^ étaient accablés , et devant qu'on ait eu le loisir de pourvoir aux plus importantes , il a été temps de nous séparer. Le roi a sagement pourvu à ces inconvéniens , en ordonnant que la noUesse servira dorénavant toutes les années , autant de temps que la guerre
OB IiABAlBAB-BAH fiB 1674- Il3
diirerai elU apprendra au moiiu par l'iisafe Qomme louleacboMs doî?«Bit élvt régltfêi^ oeiu €|iii avront i £mm chaa Mm ^ pottrnwl «n wrlu dit letlrcB éa »3 jan^ vier^ detii^iiper dâtM Uut« mèiwmê sMU 1» Mnéfice d^nttè taie mùéétiey et tetûi même <}fiî ci^iiidrônt le përil , pourront, en payant c^tte taxé, d'ëpargner hônûètement la peine da venir à Tannée ^ où ib na feraient qn'embarraMer lattis camaradeB ^ et s'il plàit an roi de anettre akU tAte de oenx qui na^cliaront, dei eeignettfa de nut*» qM tpà aient aaiiMB d^aècèè anprts de sa pétèôtine , p<mt faire valoii* les service» dé tttu cfdi se signaléttmi, et asse* d'autorité pour retenir les autres dans letif devoii", je Suis assuré que lanol)Iessé de France, ayant autant d'hon** neur et de bravoure qu^elle en a , on en fera les meilleures troupes du monde.
L/Miteiar du Mémoire qtti ptécMêj à jôiût à sa rslatidn plusieurs pièces justificatives ; nous allons eu pté^entét* Ufie analyse succincte.
Far une lettre datée en «*' janvier 4675» Sa Majeifé ptêP* crit Ï0$^ fliesnres relatives à la edovoeatéo» du tmn et de Tar^i ri«ra«4)an , daoi toiqte i'éiMiéve dtf fèyawme -: il- devande \m edUraitt de uevues de la nobteiM et leaétans de Cous ie» fia6ei arrîài5i'^e&^ la consignée de lew» vevéoo et les noBi» de leurs ^ropriétaixaw , i'indieatîcm dm oeux qui ontmarohè effeetivement rannie cksrBÎère , 00 qui se prépirent. à Urne ia campagne prodiainei dé* eeua qUi n'eut pas md$^ fait à ce service ou qui veulent s'en dispenser^ aV^ ke exeu» ses que les uns et les autres ont alléguées ou allégueront pour s'en exempter ; un état des taxes qui ont été et se'ront levées, . soit sur les âsfs qui ne iotft |Mr* d'un revtèllu assez considérable pour libre un cavalier, soit éW lesfi«ff^ dont les propriétaires ne* Se sont pas trouvés â& ceddifiotf à porter les armes , ou qfeii n'ont pas satisfait nî tie sarbferent pas à leur
Il4 COHYOGATION BT YOTÀGB
devoir sans cause légitime; Touiant que ceux qui ont été convoqués Tannée dernière , audit ban et arrière-ban^ et qui n'y ont pas satis&itsa&s aucune eiscuse valaUe, soioit poursuivis suivant la rigueur des. ordonnances , et qu'outre Tamende à laquelle ils seront condanmésy ils soient encore convoqués et obligés de marcher cette année*
Par une lettre du ai janvier 1675 y le duc d'En^ien fait connaître au comte de Tavànnes, bailli de Dijon j k{ue Sa Majesté, conûdérant la grande dépense à laquelle la con« vocation du ban et de l*arrière-ban » epgage Ja noblesse tant pour se mettre en équipage que pour sa subsistance ^ p0n* dant le temps qu'elle est obligée de servir à ses frais, dis*pense du ban et de Tarrière-ban , pendant la présente année, ceux de ladite noblesse qui voudraient contribuer à la levée de la moitié d^un cavalier, et qui remettront pour cet effet la somme de cent livres, ne doutant pas que la noblesse « ne soit bien aise, pour une si modique somtKe, de se dispenser de marcher en personne pour aller servir en ses armées comme elle y est obligée.
Par une autre lettre du 27 janvier 1675, le. duc d'Ën- ^ien annonce au comte de Tavannes , que le roi , considérant que bien que la somme de cent livres soit fort modique,^ néanmoins il y a des fiefs don.t les propriétaires ne pourraient fournir sans incommodité ladite somme , et qu'aussi il ne serait pas raisonnable que ceux dont les fiefii sont d'unrevenu fort considérable , ne payassent que la même somme, Sa Majesté a estimé à propos de- régler ainsi les sommes à payer par ceux de la noUesse qui voudraient s'exempter de i'arrière^ban , savoir :
Pour chaque fief du revenu
de 3oo Jiv. et au-dessous,
4o liv.
de 3oo à 600,
de 600 à 900 ,
de 900 a i5oo,
DE LARRIBAB-BAJI BN 1674* I >S
de i5oo à aooo !!▼., aoo liv.
de aooo et au-dessus , 3oa.
L'état des taxes leTées, en 1676, sur les gentilshommes de' Tescadron 1 et a de Bourgogne 9 pour l'exemplion de Parrière-ban j non compris les coluriers ayant fieft 9 se monte à 70,14% l*
Le 1er escadron de Farrière-ban de Bourgogne , en t6y4r était composé de ii4 officiers, gentilshonunes et cavaliers servans.
On trouve aussi parmi les pièces'justificativesy jointes au mémoire 9 un état nominatif des gentilshommes de Tarriéreban d'Anjou ; faits prisonniers par l'armée confédérée, le 5 novembre 1674» leur non^re s'élève à i44* Cette noblesse perdit aussi un étendard très magnijique^ quelle açtûtpris plaisir à faire faire.
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