I. Kcl est un surnom ; ce mot signitie teigneux
entre les cavaliers qui voulaient lui couper la tête, lutte dans laquelle douze d'entre eux furent tués. A la fin, SihhatNiaz Khan, fils d'Erazh Khan, de Serakhs, sépara la tête du Khan de son corps ; puis, on pilla ses dépouilles. Cet événement eut lieu le dernier jour du mois de Djoumazy oui Akhir de Tannée 1271 (7 mars i855). Trente-deux des personnes qui accompagnaient le Khan de Khiva furent massacrées, et, parmi elles, quatorze étaient ses cousins. Le qadi du Kharezm, qui était venu avec lui pour rendre le fetva qui autorisait la guerre sainte, goûta aussi le breuvage mortel que contient la coupe du sabre. Les noms des personnages tués, et dont je connaissais la plupart, étaient donnés dans la lettre qui annonçait la victoire. Les voici :
Bek Djan, Divan Beguy, qui avait le rang de ministre des affaires étrangères; Khoudayar By, un de ses principaux fonctionnaires; le Darougha Mahrem (chef de la police); Abdoullah Mahrem, un des chambellans; Daoulet Yar By, Serdar (général), Bek Djan , Niaz Qouly Bin bachy, qui avait mille hommes sous ses ordres; Allah Qouly Yuz bachy (capitaine), Haqq Nazhar Bin bachy, Daoulet Niaz Yuz Bachy. Ce dernier était le fils de Niaz Mohammed Bay dont le père avait été envoyé par Allah Qouly Khan, père de Mohammed Emin Ivhan, en qualité de gouverneur à Merv. Les habitants de cette ville se révoltèrent contre lui et le massacrèrent. Il était le cousin du Mehter Vézir de Khiva. Ya Sin Bay, maire (Kelanier) de Khiva, fils de Hukoumet Khan, fils de Mizrab Khan qui avait été gouverneur de Meïmenèh. Il avait amené au secours du Khan un corps de mille cavaliers. Bek Mourad Bay de la tribu des Tekèh de Qariab, Sulthan de la tribu des Tekèh de Qariab; Mohammed Cheikh, de Qariab qui, à la tête de deux mille cavaliers, faisait constamment des incursions dans le Khorassan; le fils d'Abbas Bay de la même tribu. Djafer Aga Kelaty et Mir Ahmed Khan Djemchidy furent blessés. Les autres officiers tués , dont le nombre s'élevait à soixante-dix, eurent la tête séparée du corps.
Ces têtes furent placées au bout des lances, et les troupes persanes revinrent à Aq Derbend avec ces trophées.
Le mercredi 2 du mois de Redjeb (10 mars) qui était le jour de la fête du Naurouz, les vainqueurs arrivèrent au camp du gouverneur général et la nouvelle de ce succès parvint à Téhéran le i3 Redjeb (24 mars), anniversaire de la naissance du prince des croyants, Aly fils d'Abou Thalib, S, M. ordonna que ce jour heureux fût consacré comme fête publique, et que tous les ans elle fût célébrée avec toutes les marques du respect.
La tête du Khan de Khiva, son bonnet et quelques-uns de ses insignes furent présentés le 1 5 (26 mars) à S. M. Le Roi me fit appeler ; il me questionna sur les signes qui la distinguaient et sur sa physionomie. Je dis tout ce que j'avais vu et je reconnus la tête qui portait les marques de la blessure reçue, et la barbe qui était en désordre et arrachée par places. Je reconnus également la plaque et le bonnet que Ton avait apportés. Je songeai aux exemples que nous offre la fortune, en me rappelant les conseils de tous genres que j'avais donnés au Khan pour qu'il se soumît au Roi de Perse , conseils dont il n'avait tenu aucun compte, jusqu'à ce qu'il subit le sort qui lui était réservé. J'improvisai ce quatrain que je soumis à S. M.
Quatrain. — « O Roi, la renommée de ton généreux caractère s'est élevée jusqu'au ciel. Les Djinns et les anges ont connu tes libéralités et tes dons. Ce Kharezm Chah s'était, avec arrogance, élevé contre toi ! Voici sa tête, elle est arrivée et elle roule dans la poussière de tes pieds ! »
Le Khan de Khiva était un descendant des princes du Kharezm ; ses ancêtres avaient reçu, de la part des princes de la dynastie des Séfévy, des marques de faveur qui avaient fortifié leur autorité et ces Khans avaient rendu de bons services aux souverains de la Perse. Ils suivaient, en outre, la religion musulmane et ils étaient les observateurs des lois du Pro-
phète. S. M. ne fut donc point satisfaite de voir sa tête apportée dans la capitale. Elle décida qu'un tombeau et qu'un édifice élevé seraient construits en dehors de la porte appelée Deti^a^èhi Daoulet, et que Ton y enterrerait la tête du Khan et celles des personnages tués en même temps que lui.
Cet ordre fut exécuté. Des lecteurs furent établis dans ce tombeau pour y lire le Qoran^ et des distributions d'eau et de soupe furent faites aux pauvres. Mohammed Emin Khan, fils d'Allah Qouly Khan, pouvait avoir trente-cinq ans au moment de sa mort. 11 avait régné près de neuf ans.
Le gouverneur général du Khorassan se rendit à Serakhs où il resta cinq jours ; puis, il se mit en route pour Merv où il arriva le 17 du mois de Redjeb (23 mars). Il s'occupa de mettre en ordre toutes les affaires de ces localités et, le premier jour du mois de Ramazan (6 mai), il rentra dans la sainte ville de Mechhed.
11 m'a paru nécessaire, en terminant mon opuscule, d'y ajouter ce récit de la fin du règne du Khan de Khiva. J'ai donc mis en appendice ces quelques feuillets supplémentaires. Les poètes contemporains ayant présenté à S. M. des pièces de poésie pour célébrer cette grande victoire, j'ai composé, de mon côté, les vers que Ton va lire :
QaciJèh. — « La gloire de Nacir Eddin Qadjar vient de rendre une nouvelle jeunesse à la fortune de la Perse. Si la royauté était un œil, ce prince en serait la lumière; si la souveraineté était un arbre, il en serait le fruit. Ses armées, en marchant, creusent dans les plaines de profonds sillons. Les coups de son poignard transforment les montagnes en cavernes. Son coursier, de race arabe, est un tigre qui sème la mort sous ses pas. Son sabre d'acier de l'Inde fait pleuvoir les calamités autour de lui. Son lacet, semblable à un serpent, enserre l'aide divine dans son nœud; sa flèche, rapide comme le vautour dans son vol, a la victoire fixée à sa pointe. >
la bride à leurs chevaux, dont la course était aussi rapide que le vol du gerfaut. On aurait cru qu'un faucon royal venait d'apercevoir une perdrix sur une hauteur. Les cavaliers se précipitèrent, gravirent Téminence, et, arrivés au haut, ils mirent le sabre à la main. La colline et ses pentes furent changées en un champ de tulipes. Le front du Kharezm Chah fiit dépouillé de son diadème, laigrette fut abattue de la tête de son cheval. Les officiers et les chefs furent tués ; il ne resta ni mchter, ni dignitaires, ni généraux. Leurs corps furent allégés du poids de leurs têtes et leurs têtes n'eurent plus à supporter celui de leurs lourds bonnets. »
« La tête du prince qui avait formé le projet de se révolter contre le Roi des Rois, fut envoyée à la cour de Khosrau. Celles des généraux roulèrent à ses pieds et elles présentaient les excuses du crime qu'elles avaient commis. >
« La tête du Kharezm Chah fut apportée à Téhéran et son corps resta à Serakhs. Ceux qui purent s'échapper, couverts de blessures et de honte, se réfugièrent dans le Kharezm, en proie au désespoir. »
« Ils marchaient, succombant sous le poids de la fatigue, et leur démarche était celle de gens frappés d'apoplexie. Leurs corps, privés de force, ressemblaient à ceux des malades. »
« Les pleurs et les lamentations éclatèrent dans tout le Kharezm } les plaintes et les gémissements retentirent dans toute la ville de Gourgandj. LeTurkestan tout entier fut rempli de gémissements semblables au bruit que font les vagues du Djihoun. Le deuil s'étendit de Boukhara à Ferkhar '. Les soupirs étaient aussi glacés que le vent d'Azer ^ ; les yeux étaient aussi humides que le nuage d'Azar ^ Tous se retirèrent, comme des hi-
1 . Deux petites villes portent le nom de Ferkhar : Tune est située dans le Turkestan et a donné naissance au poCte Ferkhary, Tautre se trouve sur la frontière de la Chine
de Kachghar.
2. Âzer mah est le neuvième mois du calendrier persan : il correspond aux mois de novembre et de décembre (du 2X novembre au 21 décembre).
3. Âzar est le nom du mois de mars dans le calendrier grec oriental.
DE l'ambassade AU KHAREZM 225
boux dans de tristes ruines, rongés par lechagrin. Tous étaient, comme la chouette, la proie de la tristesse. Le bonheur qui veille sur le Roi, les bonnes dispositions prises par le ministre menèrent facilement à bonne fin cette entreprise ardue. Un roi qui est assisté par un pareil vézir, voit toujours ses entreprises couronnées de semblables succès. Ces événements doivent être racontés en détail par l'histoire ; on ne peut en donner, en vers, qu'une brève relation." •
• Puissent, aussi longtemps que le firmament se servira du soleil et de la lune pour nous donner le spectacle des événements, puissent les têtes des ennemis du Roi rouler au pied des lances, et les corps des rivaux du souverain, qui est l'égal de Darius, être suspendus aux gibets ! •