‹ Relation de l'ambassade au Kharezm (Khiva) de Riza Qouly KhanChapitre 29 sur 38 · I. On peut consulter sur eu tome VI, pages zC, 3i · texte numérisé non relu

I. On peut consulter sur eu tome VI, pages zC, 3i

3iin9gc le KmiU jil l'arikh, lome V, page |53,

« Il fut remplacé à Merv, comme gouverneur du Khorassan, par Mousseiyb ibn Zoheyr ez Zaby ' qui fit son entrée à Boukhara au mois de Djoumazy oui evvel de l'année i63 (779).

« L'Émir de Boukhara était alors Djouneïd ibn Khalid. Mousseiyb renvoya dans le Kharezm,où il livra de nombreux combats à un chef nommé Gouder Tekin que Mouqannah avait envoyé dans cette province^ avec un corps de troupes considérable.

« Mohammed ibn Djafer raconte le fait suivant : Cinquante mille soldats d'origine turke qui faisaient partie de l'armée de Mouqannah se réunirent à la porte du château où il résidait. Us se prosternèrent et demandèrent à grands cris qu'il se montrât à eux. On ne tint pas compte d'abord de leurs prières; ils insistèrent et déclarèrent qu'ils ne partiraient pas sans avoir vu leur Seigneur.

« Mouqannah avait un esclave qui portait le nom de Hadjib. Il lui donna l'ordre de se rendre auprès de ces soldats. « Fais savoir à mes esclaves, lui dit-il, que Moïse a désiré voir ma face, mais je n'ai point exaucé sa prière^ car il n'aurait point eu la force d'en supporter Téclat. Quiconque me voit est frappé de mort à Tinstant.

« Les Turks redoublèrent leurs prières et leurs supplications. « Nous voulons voir notre seigneur, s'écrièrent-ils^ et, si nous devons périr, que notre mort soit licite, v — « Venez tel jour^ leur fit dire Mouqannah, et je me montrerai à vous. >

« Mouqannah avait auprès de lui^ dans le château qu'il occupait, cent femmes qui toutes étaient filles de Dèhqan du Soghd, de Kech et de Nakhcheb. Partout où se trouvait une fille d'une beauté remarquable, on la lui signalait, et il la faisait amener pour la garder auprès de lui. Il n'y avait, dans le château, que ces femmes et le serviteur intime dont nous venons de parler. Ce dernier ouvrait tous les jours la porte et commandait à un

I. Mousseiyb ibn Zoheyr ibn Amr ibn Mouslim. Kamilfit Tarikh, tome V, pages 3o3, 310,347, 348, et tome \ipassim.

296 RELATIOS DE l'ambassade AU KHAREZM

intendant qui se trouvait à l'extérieur tout ce qui était nécessaire pour les repas ; on préparait tout au dehors et on l'introduisait dans le château dont la porte était refermée jusqu'au lendemain.

• Personne ne pouvait ainsi voir la figure repoussante de Mouqannah, recouverte d'un voîte vert.

• Mouqannah donna à ses lemmeslordrede monter sur la terrasse du château et de se placer les unes en face des autres, un miroir à la main. Les soldats turks de Mouqannah ne manquèrent pas de se rassembler au jour fixé. Lorsque le soleil se leva, ses rayons se réfléchirent sur ces miroirs et en firent jailfir des flots de lumière. Mouqannah dit alors à son serviteur : » Crie à mes esclaves que Dieu leur montre sa face : qu'ils la contemplent [

1 Ceux-ci, en levant les yeux, virent le haut du château resplendissant de lumière; saisis de terreur, ils se prosternèrent. « Seigneur, s'écrièrent-ils, cette marque de ta puissance et de ta majesté nous suffit. Si tu les manifestais davantage, nous ne pourrions pas en supporter la splendeur! ■■ Et ils restaient la face contre terre. Mouqannah donna l'ordre à son serviteur de leur dire ces mots : <■ Que mon peuple se relève! Moi qui suis son Dieu, je suis satisfait de lui et je lui pardonne ses péchés ! » Ces gens se tinrent debout pleins de crainte et d'angoisses. » Je vous accorde, ajouta-t-il, la possession de toute la terre ; je vous autorise à verser le sang et à réduire en esclavage les femmes et les enfants de ceux qui ne croiront point en moi. ■ Ces Turks s'éloignèrent pour aller se livrer au pillage, et ils se faisaient gloire auprès de leurs coreligionnaires d'avoir vu la face de Dieu.

• L'Emir de Hérât fut chargé par Sayd ' de faire le siège du château de Mouqannah. Une nombreuse armée en fît l'investissement. On construisit des maisons et des bains, afin que l'armée put rester au siège l'été et l'hiver.

I. Sayd ibn Amr, bin e] K»ioucd el Harachy. Kamiijil l'arikh, I

• La place se composait d'une enceinte fortifiée dans laquelle il y avait des eaux courantes, des arbres et des champs cultivés. Elle était défendue par des officiers de confiance qui avaient sous leurs ordres des troupes aguerries. Dans cette enceinte s'élevait un cliâteau fort, hàti sur le sommet de la montagne, et dans lequel personne ne pouvait pénétrer. Il était la résidence de Mouqannah et de ses femmes; il avait l'habitude de prendre ses repas avec elles et de se livrer, en leur compagnie, aux plaisirs du vin.

" L'Emir de Héràtpressa vivement la garnison et la mit en déroute dans toutes ses sorties. A la fin, le chef qui commandait la première enceinte fit sa soumission, ouvrit les portes et embrassa l'Islamisme. Les Musulmans prirent possession de l'enceinte extérieure, et Mouqannah reconnut alors qu'il ne pourrait pas conserver le château intérieur.

" Mohammed ibn Djafer cite les faits suivants qui lui avaient été rapportés par Abou Aly Mohammed ibn Haroun, personnage considérable de la ville de Kech :

« Mon aïeule, racontait celui-ci, était une des femmes que Mouqannah s'était réservées et qu'il gardait dans son château. Un jour, disait-elle, Mouqannah nous réunit pour manger avec lui et nous livrer, selon la coutume, aux plaisirs du vin. Il fit donner à chacune de ses femmes un gobelet rempli d'un vin dans lequel on avait mis du poison. « Quand je viderai ma coupe, leur dit-il, vous devrez imiter mon exemple. » Elles se conformèrent toutes à cet ordre, excepté moi qui, en cachette, versai dans mon sein le contenu de mon gobelet. Après avoir bu, toutes les femmes tombèrent et expirèrent sur le champ. Je me laissai choir au milieu d'elles, et je contrefis la morte sans exciter les soupçons de Mouqannah qui se leva, jeta les yeux autour de lui et alla trouver son serviteur. Il lui asséna un coup de sabre et lui abattit la tctc. Il avait, depuis trois jours, fait chauffer un brasier; il se dépouilla de ses vêtements et se jeta dans le feu. li s'en éleva une colonne de fumée. Je m'approchaide ce brasier,etjen'aperçusaucune trace de Mouqannah. »

298 RELATION DE l'aMBASSADE Al' KHABEZM

■< Voici le motif qui le détermina à se précipiter dans cette fournaise. Il ne cessait de répéter : < Lorsque mes esclaves seront rebelles à ma loi, je monterai au ciel et j'en ramènerai des anges pour les châtier. » 11 se voua à la mort, atin que le peuple pût dire : Mouqannah est allé au ciel et il viendra nous secourir avec les anges et il fera fleurir sa religion dans le monde entier.

" Les portes du château furent ouvertes, et Sayd elHarachy enleva tous les trésors qui y étaient entassés.

c Ahmed Ibn Mohammed ben Nasr affirme qu'il existe encore des sectateurs de Mouqannah dans les districts de Kech et de Nakhcheb et dans quelques villages des environs de Boukhara, tels que Kouchki Orner, Kouchkî Khochtouvan et Zermaz. Ils ne savent rien au sujet de Mouqannah, mais ils suivent les préceptes de sa religion. Ils ne font point la prière, n'observent pas le jeûne, et ne font point le ghousl 'ablution générale; après avoir rempli leurs devoirs conjugaux. Ils dissimulent leurs pratiques aux yeux des vrais croyants, et ils affectent les dehors de sectateurs de l'Islam.

" On assure qu'ils permettent à leurs femmes de se livrer à qui leur plaît. « La femme, disent-ils, est comme la rose; on ne peut empêcher personne d'en respirer l'odeur. »

< Lorsqu'un homme entre chez une femme pour jouir de ses faveurs, il fait une marque sur la porte de la maison afin que le mari, s'il survenait, s'abstienne d'y entrer. Celui-ci ne rentre chez lui que lorsque l'étranger est parti.

• Il y a, dans chaque village, un Reïs (chef) dont ils reconnaissent l'autorité.

« On raconte aussi que, dans chaque village, un homme est chargé de déflorer les jeunes filles, avant qu'elles ne soient remises aux mains de leur mari.

« J'ai, dit Ahmed ibn Mohammed ben Nasr, demandé aux vieillards de ces villages pourquoi ils livraient à un seul homme un bien aussi précieux et pourquoi ils en privaient les autres. On a pour règle, me fut-il répondu, de permettre aux jeunes

APPENDICK 299

gens arrivés à l'âge viril de satisfaire leurs passions sur cet individu. On lui permet, en récompense, de passer la première nuit avec chaque nouvelle mariée. Quand il est affaibli par Tâge, on lui donne un remplaçant. Tous les célibataires de chaque village en usent de la sorte avec ce personnage qui porte le nom de Çoukancèh Je n'ai pu m assurer par moi-même de l'exactitude de ces faits, mais je les ai entendu raconter par les vieillards de ces villages et par les gens qui habitent les mêmes localités.

< Que Dieu nous préserve de pareilles abominations! «

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