‹ Relation de l'ambassade au Kharezm (Khiva) de Riza Qouly KhanChapitre 8 sur 38 · I. Menue monnaie de cuivre · texte numérisé non relu

I. Menue monnaie de cuivre

DE L AMBASSADE AU KHAREZM l5

Vers. — € Le lendemain, lorsque le soleil, semblable à un bassin doré, brilla sur la coupole azurée^ » nous sortîmes de notre chambre étroite pour nous élancer dans la plaine immense. La pluie, versée par les nuages, avait lavé la poussière qui couvrait la verdure; un oiseau gazouillait sur chaque arbre. Après avoir parcouru un ou deux fersengs nous aperçûmes le village d'Ainèh Verzan : à gauche de la route, des jardins, des arbres, des habitations et des rivières s'offraient à notre vue. Ainèh Verzan est bâti sur la pente d'une montagne. A la droite de ce village se trouve une plaine d'une grande étendue. Nous pûmes contempler là une chose singulière. Du sommet de cette montagne aussi élevée que le firmament, tombe une eau courante qui, depuis des siècles, a déchiré le flanc de la montagne de telle sorte que son lit semble creusé par la main des hommes. Le ruisseau s'élargit au pied de la montagne et, après avoir fertilisé les champs et les jardins du village, il se dirige vers la plaine. Les rives de ce cours d'eau sont bordées de saules d'une grande hauteur et qui donnent un ombrage agréable sous lequel peut s'abriter le voyageur exténué. Je me dirigeai, avec mon compagnon de voyage, vers le bord de cette rivière ; nous descendîmes de nos montures et après avoir déjeûné, nous remontâmes à cheval, et, tout en causant et en riant, nous nous dirigeâmes vers le village de Serbendan ' qui fait partie du canton de Demavend et qui est un endroit sans pareil pour la chasse du cerf.

t. Serbendan est le nom d'un village situé dans un district montagneux qui s'étend entre Demavend et Firouzkouh. — W. Ouseley, Travels in various couniries ofthe East etc, London, 1819, 1821, iSiS, tome III, page 324.

Le village de Serbendan est situé sur le bord d*un torrent limpide qui sort de la gorge d'une montagne. -^ Eastwick, Journal, etc.^ tome II, page 98.

l6 RELATION

La montagne de Demavend et la province de ce nom.

Le Demavend est une montagne célèbre qui s'élève à la distance d'une ou deux journées de marche de Rey et à Torient de cette ville. Originairement on l'appelait Dounya Avend c'est-àdire Zarfi Dounya. En effet, dans l'ancienne langue persane Avend signifie Zarf, c'est-à-dire « qui contient^ qui renferme ' » .

La hauteur de cette montagne depuis sa base est^ dit -on, de quatre fersengs. C'est la plus haute des montagnes de l'Iraq et les voyageurs l'aperçoivent de fort loin. Au sommet se trouve un plateau sur lequel brille une lueur qui sort, dit-on, d'un puits ou cratère et que l'on aperçoit à une très-grande distance. Le jour, on voit la fumée s'en échapper. D'après la tradition, le prophète Suleyman a emprisonné le Djinn Sakhrèh dans l'intérieur de cette montagne; d'après une autre version Feridoun y aurait renfermé Zohak ^ Sur le sommet est, dit-on, une soufrière d'où pendant la nuit, s'échappent des flammes et, pendant

1. L'étymologie de Dounya avend (qui renferme le monde), donnée par Rîza Qouly Khan me semble défectueuse. Demch et quelquefois Dem signifient, vapeur, fumée, Demavend voudrait donc dire Tendroit qui renferme ou duquel s'élèvent des vapeurs, ■de la fumée. Sa*id bep Aly el Djourdjany, dans son Messalik oui Memalik^ donne à cette montagne le nom de Dibavend, dont la signification est a qui renferme les Divs ».

2. Firdoussy raconte en ces termes la victoire de Feridoun. « Feridoun accourut, rapide comme le vent ; il prit la massue à tête de bœuf, frappa Zohak sur la tête et brisa son casque. Le Sourouch apparut aussitôt : « Ne frappe pas, dit-il, car son temps n*est « pas venu. Il est brisé, il faut le lier comme une pierre et le porter jusqu*où deux ro-

« chers se resserreront devant toi Porte ce captif jusqu'au mont Demavend, en

tt hâte et sans cortège; ne prends avec toi que ceux dont tu ne pourras pas te passer et tt qui te seront en aide au temps du danger. » Feridoun rapide comme un coureur emporta Zohak et Tenchaîna sur le mont Demavend; et lorsqu'il l'eut entouré de nouvelles chaînes par-dessus ses liens, il ne resta plus aucune trace des maux de la fortune .... Zohak fut séparé de sa famille et de ses alliés et demeura enchaîné sur le rocher. Feridoun choisit dans la montagne une place étroite, il y découvrit une caverne dont on ne pouvait voir le fond. Il apporta de pesants clous, et les enfonça en évitant de percer le crâne de Zohak; il lui attacha encore les mains au rocher pour qu'il y restât dans une longue agonie.» Le livre des Rois par Aboul Kasim Firdousi, traduit et commenté par J. Mohl. Paris, Imprimerie royale, tome I", pages log-iii-iiS,

le jour, de la fumée. La vérité est que cette montagne est un volcan près du sommet duquel se trouve un cratère par lequel le feu intérieur se fraye un passage. A ses pieds s'étend un canton riant et bien cultivé qui porte le même nom de Demavend. Les pommes qu'on y récolte sont renommées pour leur saveur '.

Nous dépassâmes un peu Serbendan et nous plantâmes nos tentes auprès de Baghi Chah, maison de plaisance construite par Aga Mohammed Khan pour lui servir de résidence pendant la saison de la chasse.

Baghi Chah \

Baghi Chah est un vaste parc avec une maison à deux étages ; une large allée plantée de saules et de peupliers le traverse dans toute son étendue. On trouve au milieu du parc une autre allée plantée en quinconce et bordée d'arbres fruitiers. Ce quinconce a, à peu près, un demi-ferseng de longueur. Tout le parc est entouré d'un mur d'une grande étendue. Les fruits que Ton y récolte sont remarquables par leur douceur et leur bon goût. Ce jardin doit son origine à Aga Mohammed Khan ; il venait y passer la nuit après avoir chassé pendant le jour du côté du Dely Tchay ^. Les perdrix rouges, les mouflons, les antilopes

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