‹ Relation de l'ambassade au Kharezm (Khiva) de Riza Qouly KhanChapitre 9 sur 38 · Voyez l'appendice, % II · texte numérisé non relu

Voyez l'appendice, % II

2. Baghi Chah est situé à trois lieues et demie (deux fersengs] d'Aincli Vcrzan sur la route de Demavend à Firouz Kouh. Ccst un parc mesurant environ cinq cents pas de longueur et de largeur. Il est entouré d*une clôture, traversé par une belle allée de peupliers coupée perpendiculairement par d'autres allées semblables. Le terrain est planté d*arbres fruitiers. Le revenu s'élève à trente toumans. On y voit une maison de chasse où le chah vient quelquefois pour se livrer dans les vallées qui l'environnent à la chasse des chèvres sauvages. — James Morier, A second Journey through Persia^ Armenia and Asia minor to Constaniinople, London, 1818. in-4", pages 36o-363.

3. Le Dely Tchay (la rivière folle} est ainsi nommé à cause de l'impétuosité de son cours à l'époque de la fonte des neiges. Il coule dans une vallée étroite, sauvage dont

l8 RELATION

se trouvent en extrême abondance dans la plaine et dans les montagnes environnantes. Le mardi 12 (14 avril) du mois^ nous partîmes de Baghi Chah et nous nous dirigeâmes vers Firouz Kouh. Après avoir parcouru un ou deux fersengs, nous traversâmes Tendroit réservé pour la chasse ; il s'étend sur le revers de la montagne et dans une plaine resserrée entre deux montagnes. Au bout d'un demi-ferseng de marche entre ces deux montagnes, nous descendîmes dans une vallée en pente conduisant à la rivière de Dely Tchay et nous nous arrêtâmes sur ses bords. Nous la franchîmes, nous gravîmes une colline escarpée, et traversant des vallons, des hauteurs, des plaines et des montagnes, nous passâmes par le Rebath d'Emin Abad. Nous déjeunâmes et nous prîmes quelque repos au pied de la montagne. Après l'avoir dépassée , nous nous dirigeâmes vers une vallée qui porte le nom de Sèh-Bend (les trois réservoirs).

Nous laissâmes Sèh-Bend derrière nous et, suivant une route accidentée, nous arrivâmes au bord d'un cours d'eau qui porte le nom de Ghazan-Tchay où nous mîmes pied à terre * ; nous fîmes la prière de midi et celle de TAsr et nous formâmes des vœux pour la durée et la prospérité du souverain du siècle, du maître des victoires, de celui qui est aidé de Dieu, du roi dont la fortune est jeune et vigoureuse, du prince auquel le ciel sert de trône et qui est le propagateur de la religion du prophète arabe, Nacir Eddin Padichâh. Après cette halte, nous pressâmes notre marche pour atteindre la Ville de Firouz Kouh. A notre droite s'élevait une chaîne de montagnes qui s'étendait jusqu'à cette ville. Ses pics, qui touchaient les étoiles, étaient couronnés de fortifications, de tours et de rem-

les rochers abruptes ont des formes bizarres. Ouselcy s^arrcta à un petit château de construction moderne élevé sur les bords du Dely Tchay. Le pays est sauvage et inhabité. On y rencontre en abondance Taniilope et la perdrix rouge.

I. C'est sur les bords du Ghazan-Tchay qu'est situé Erdjumend, résidence du gouverneur de Firouz Kouh.— E. d'Arcy Todd. Memoranda io accompany a sketch of part of Maianderan. Journal of the gcographical Society, tome VIII, 9* partie, Londres, i838, pages 102-104.

DE LAMBASSLU>t Al KHAREZM IQ

parts démantelés et tombant en ruines. On voit, auprès de la xUle de Firouz Kouh^ une haute butte formée par les cornes des moufk>ns abattus par Feth Al y Chah lorsqu il se livrait, dans ce pays montagneux, à l'exercice de la chasse. Cette butte présente l'aspect d'un taillis épais et aux branches toutTues. On a ÉBÛt, dit-on, le compte des cornes qui s'y trouvent accumulées; elles dépassent le nombre de cinq mille. On trouve aus^ dans les environs de Firouz Kouh une plaine verdoyante où prennent leur source plus de cent ruisseaux petits et grands qui vont se jeter dans la rivière de Vachy. Cette rivière coule le long de la gorge de Firouz-Kouh ; elle incline à droite et tombe dans la ri\ière appelée Gouri-Seîîd, puis elle se dirige vers le Hebelroud * et de là vers Veramin.

La plaine de FacAr.

A deux fersengs au nord de Firouz Kouh on rencontre une plaine, une gorge et un vallon extrêmement agréables et

I. Le Hebelroud ou Hebleroud est une rivière qui coule au sud de la montagne de Firouz Kouh. La vallée traversée par cette rivière est une des routes naturelles qui conduisent du Mazanderan dans la Perse. Cette vallée se rétrécit considérablement ;V certains endroits et, à la sortie d'un village qui porte également le nom de Hebclioud, on trouve un dénié très-éiroit qui porte le nom de Tengui DehaHch et qu'il est souvent difficile de franchir. — W. Ouseley, Travds^ etc., pages 218-219.

Fietro della Valle donne une description du dctîlc par lequel il passa pour arriver ù Hebleh-Roud : « Il Sabato entrammo nelle montagne, atircversandole per una profunda e angustissima valle simile assai, al mio parère, a quella d*Italia che V. S. avn\ veduta neir Umbria, chiamata Valle Strettura ; ma questa di Asia è più lunga scnza comparazione, come intenderâ. Si cammina per questa valle quasi semprc in piano, che rarissime volte, e molto poco si sale o sccnde; ma i monti son sempre altissimi dalle bande, e talora la strada si va aggirando in volte tanto strcttc^ che ci dicde fasii-

dio per far passar la lettiga; Corre in fundo della valle un piccolo tiumicello, ovvcro

grosso rivo Finalmentc a mezza nette avendo camminato ottoleghee più, arrivammo

ad una villa chiamata Heblè-Roud. » Viaggi di Pietro della Valle il pcUegrino, etc. Brighton, 1843, tome I*% pages 58o-58i.

délicieux. L'eau y est d'une extrême légèreté et d'un goût agréable. Elle a été pesée et reconnue plus légère qu'aucune autre. On sort de cette vallée par une route bordée des deux côtés par la montagne, et Ton passe entre le pied de la montagne et la rivière.

Au débouché de la gorge, s'étend une prairie charmante où Feth Aly Chah établissait ses quartiers d'été. Ce prince a fait sculpter son image sur un rocher de cette montagne du sommet de laquelle on jouit de la vue des forêts du Mazanderan et de la mer Caspienne.

La ville de Ftrou^ Kouh.

Firouz Kouh est une ancienne ville qui jouit encore aujourd'hui d'une certaine prospérité. Elle est située sur la limite de riraq et du Thabarestan. Quelques-uns des villages placés sous sa juridiction ne sont point éloignés de Semnan. Firouz Kouh est bâti sur une montagne au sommet de laquelle on remarque les ruines d'anciennes et merveilleuses constructions. On y voit un moulin à vent, un bain, un château dont les murailles sont fort élevées et un puits taillé dans le roc vif; on a dû creuser jusqu'à une profondeur de près de cinq cents coudées pour arriver à l'eau qui est fournie par la rivière qui coule au pied de la montagne et que Ton élève jusqu'au sommet.

Des rebelles se sont, à différentes époques, réfugiés à Firouz Kouh; ils s'y sont retranchés et ils ont opposé une vive résistance aux différents princes qui essayaient de les réduire.

L'ancien château est situé sur la pente de la montagne. Des paysans se sont, aujourd'hui^ établis dans son enceinte et ont couvert de cultures les bords de la rivière qui coule au pied de la montagne. Ils ont de plus construit des maisons, quelques

édifices publics et des bains. Le nombre de ces paysans s'élève à quatre cents.

Dans les environs, on trouve les ruines d'un grand nombre d'anciens monuments. Les détails historiques relatifs aux princes qui ont gouverné ce pays se trouvent consignés dans la chronique du Mazanderan qui a pour titre Tarikhi Thabery et qui est due à la plume d un des Seiyds de Marach \

L'arrondissement de Firouz Kouh comprend environ quarante villages.

Dans les dernières années du feu roi Mohammed Chah Qadjar, que Dieu illumine son tombeau ! j'ai été chargé du gouvernement et de l'administration de ce pays.

Le mercredi i3 (i5 avril), nous partîmes de Firouz Kouh et après avoir parcouru une distance de près de trois fersengs , nous arrivâmes au caravansérail de Pay Guedouk du Mazanderan ; puis après avoir marché pendant un ferseng , nous atteignîmes le caravansérail de Seri Guedouk. Guedouk dans le dialecte du pays désigne un endroit élevé à partir duquel la route va en pente. Ce mot désigne également un passage étroit. La route, en effet, se rétrécit et commence à descendre. Lorsque nous eûmes dépassé ce défilé qui porte le nom d'Abbas Abad ^ et qui servait, dit-on, de résidence au Div blanc qui veillait à la sécurité des routes et des frontières du Mazanderan, nous aperçûmes sur le penchant des montagnes des Divs noirs. Nous les prîmes pour des damnés qui, ayant rompu leurs chaînes, auraient réussi à s'échapper de l'enfer et seraient venus se réfugier dans les montagnes du Mazanderan. Nous nous assurâmes, à la fin, que c'était des habitants du Mazanderan qui exploitaient les forêts et y coupaient du bois qu'ils faisaient brûler pour le convertir en

1. Le titre de cet ouvrage est « Chronique du Thabarestan, du Ilouyan et du Mazanderan. n II a été rédigé par le Setyd Zehir ouddin fils du Seiyd Nassir ouddin el Marachy. Le texte persan de cette histoire a été publié par M. Dorn à Saint-Pétersbourg, en i85o.

2. Ce nom lui a été donné à cause d'un caravansérail construit par Chah Abbas.

charbon. La couleur noire de leur visage et de leurs membres était due à la poussière de charbon qui leur tient lieu de fard et de mouche.

Au milieu du vallon que nous traversions, coule un petit ruisseau dont les eaux grossissent à mesure que son cours se prolonge. Nous parcourûmes en descendant ime distance de huit fersengs.

Distique. — « Des deux côtés s'élevaient dtux montagnes ; entre elles coulait un ruisseau. Toute la route semblait couverte d'une étoflFe de soie à fleurs. »

Cest à cet endroit que commencent Tarrondissement de Sewad Kouh ■ et la province du Mazanderan.

Partout sur notre route, nous trouvions des cours d'eau, des arbres, d'épaisses forêts, des roses, des fleurs, des plantes odoriférantes aux brillantes couleurs; partout, on entendait les gazouillements et les chants mélodieux d'oiseaux innombrables.

Vers. « Qu'elle est belle, qu elle est splendide, la province du Mazanderan! D'une extrémité à Tautre, elle n'est que verdure et que fleurs. Son territoire est coupé de ruisseaux, hérissé de rochers, couvert d'arbres ; la terre est molle, mais les routes sont dures *. »

Après avoir traversé les villages du Sewad Kouh, nous arrivâmes à Sourkh Rebath ^. Nous le dépassâmes et nous

1. Sewad Kouh est le nom de la région montagneuse qui s*étend depuis le bas du détîlé d^Abbas Abad jusqu*à la station de Zirdb. Le Se\%*ad Kouh fait partie aujourd'hui de l'arrondissement de Barfourouch. Les villages du ScwaJ Kouh sont divisa en Qjchlaq (résidence d'hiver) et Yailaq (résidence d'été). Les habitants s'occupent princip.:Iement de l'élève des bestiaux. Ils descendent en hiver dans les prairies s'étendant le long du Siâh Roud qui coule entre Larim et Qaratèpèh dans le district de Saiy.

2. L'auteur veut dire ici que la terre détrempée par les pluies est facile à cultiver, mais que les routes dans les montagnes et les rochers sont difficiles à parcourir.

3. Rcbathi Sourkh ou Sourkh Rebath est un caravansérail situé dans la vallée du Talar, à six fersengs au nord de Firouz Kouh ; il est en mauvais état et le voyageur n'y trouve qu'un abri insuffisant. Non loin de là, on voit un énorme rocher, Khanèhi Divi

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nous engageâmes dans un défilé qui porte le nom de Douâb (les deux ruisseaux). La nuit survint et nous dûmes faire halte. Nous avions parcouru la distance de dix fersengs. Nous nous reposâmes toute la nuit.

Le jeudi 14 (i6 avril), nous quittâmes la station de Douâb et, suivant une route en pente, nous marchions si vite qu'en peu de temps nous eûmes fait cinq fersengs et que nous atteignîmes la localité appelée Zirâb \ A l'entrée du défilé, une source qui sort en bouillonnant du milieu des rochers donne naissance à un ruisseau tombant en cascade dans la vallée qu'il traverse. Les cours d'eau qui s'y jettent et les pluies toujours abondantes grossissent son volume, et, à une certaine distance, il devient une grosse rivière qui a reçu le nom de Talar et qu'il est impossible de traverser à gué ^. On a jeté sur cette rivière un pont solidement construit, haut et large, auquel on a donné le nom de Pouli Sefid (le pont blanc ^). Nous le franchîmes et nous nous dirigeâmes vers le tombeau de l'Imam Zadèh Abou Thalib où nous descendîmes pour nous reposer. Nous étions

Sefid, avec une grotte très-vaste qui, d'après la légende, est la résidence habituelle du Divi Seûd, le chef de tous les divs ou géants des montagnes. (Voy. W. Ouseley. Trav,, III, p. 321. — E. d'Arcy Todd, Memoranda, etc. — Journ. of the Geogr. Soc. of London i838. Vol. VIII, p. I, p. 102-104.)

1. Zirâb (sous l'eau), village de la vallée du Talar, doit son nom aux fréquentes inondations auxquelles il est exposé. Il ne compte, d'après D'Arcy Todd, qu'un petit nombre de misérables huttes et il n'est, ainsi que Chirgâh, habité que pendant une partie de l'année, à l'époque où l'on ensemence le t\z. Ouseley, Traveîs, tome III, pages 241-249. — D'Arcy Todd, Memoranda, page 104. Zirâb fait partie du bulouk de Sewad Kouh, dans l'arrondissement de Barfourouch. Mclgunof, Das sûdîichc Ufer des Kaspischen Mères, Leipzig, 1868, page 197.

2. Le Talar prend sa source dans les montagnes de Firouz Kouh, près du caravansérail le Guedouk, et se jette dans la mer Caspienne, non loin de Mechhedi Ser, après un

cours de 24 lieues (60 milles anglais). La vallée du Talar est très-pittoresque, mais le parcours en est difficile, à cause du terrain qui est souvent marécageux. On trouve, en certains endroits, les restes d'une route que fit construire Chah Abbas. (Voy. Ouseley, /. c, p. 241-249. — D'Arcy Todd, /. c, p. 102-104.) Melgunof dit que le Talar forme aujourd'hui la limite entre les districts de Sary et de Barfourouch dans le Mazanderan. Melgunof, /. c, p. 149.

3. Pouli Sefid (le pont blanc) est un pont de pierre sur le Talar; il est bien construit et se trouve au milieu d'une contrée très-pittoresque. Ritter, AUgem. Geog. VIII, p. 4qo. — Ouseley, Trav,, III, p. 237-23q. — E. D'Arcy Todd, /. c, p. io3, loj.

à la nuit du vendredi et en adressant nos prières au Dieu qui pourvoit à tous nos besoins, nous fîmes des vœux pour réternelle durée de la prospérité du Roi. Ayant fait demander le mutevelly (le gardien chargé de l'entretien) de l'Imamzadèh , nous lui donnâmes une gratification et nous fîmes allumer un cierge au chevet de la tombe du Seiyd pour accomplir une bonne œuvre.

Le mutevelly ne cessa de nous entretenir des miracles et des prodiges opérés sur le tombeau du saint.

Respectant la sincérité de sa conviction et la pureté de ses intentions^ nous avons ajouté foi à tout ce qu'il disait, et, après avoir terminé notre visite pieuse et récité nos invocations, les bagages furent chargés sur les mulets infatigables et les cavaliers montèrent sur leurs chevaux arabes.

Le vendredi i5 (17 avril). Nous nous dirigeâmes au lever du jour vers la station de Chirgâh (la localité des lions) \ Semblables à des lions, nous hâtâmes notre marche.

Partout sur la route, qui n'était qu'une suite de montées et de descentes, on ne voyait que des cours d'eau, des canaux, des sources et des rivières. La vue des forêts nous arrachait des exclamations de louange et d'admiration. Les buis et les ormes élevaient leurs cimes jusqu'au ciel et leurs branches déchiraient le sein du firmament.

Vers. « Le sommet de la montagne, couvert de verdure, semblait revêtu d'une étoffe de Chouchter ^ Les tulipes, qui

1. Chirgâh, situé sur le Talar, est, d*après Ouseley et d'Arcy Todd, un village composé de quelques misérables cabanes qui ne sont habitées que pendant une certaine partic de Tannée. Le reste du temps, on n*y trouve que des dtitaillants qui font le commerce avec les muletiers traversant la vallée du Talar. Voy. Ouseley et d'Arcy Todd, //. ce, et Ritter, VÏII, p. 499.

D'après Melgunof, il y a aujourd'hui, dans le district de Sary, un bulouk de Chirgâh qui compte dix villag;:s, dont le principal est Chirgâh^ avec une centaine de maisons. Melgunof, /. c, p. 174.

2. Chouchter, ou selon la forme arabe Touster, capitale de la province de Khouzistan, a été fondée par Houcheng et rebâtie par Chapour Zoul Ektaf. Cette ville, qui était autrefois la résidence d*hiver des rois de Perse, est renommée pour ses fabriques d'é-

DE L.O£5ASSAl>E AV ÎLH AXrTM 2?

émaillaient la face de îa terre avaient Tec'a: ce ia planète de Jupiter. Le brouillard., qui enveloppai: les roontagnes, ressemblait aux vapeurs qui sVîèveni de la mer profonde. Le coq de bruyère sautillait dans la prairie: scs plumes et ses ailes avaient l'éclat des couleurs dont on peint le Nnsa^e de la jeune mariée. •

I-a route était semée de bourbiers, de flaques deau et de fondrières dans lesquelles s'abattaient les che^•atlx et les betes de somme ; Chah Abbas Sèfèxy, qui jadis la parcourait souvent, donna Tordre de couper les arbres et d'établir une chaussée en pierres et en mortier, tantôt droite, tantôt suivant les sinuosités du terrain. Elle se développait de Chirgàh à Barfourouch et de cette dernière \nlle elle aboutissait à Echref et à Esteràbad ". Semblables à un torrent impétueux, nous parcourrions en toute hâte cette chaussée pour gagner San', et nous implorions la miséricorde divine pour ce roi juste et clément. Nous limes près de huit fersengs d'un chemin pénible, au milieu de taillis épais, et nous nous arrêtâmes p>our nous reposer sans craintes et sans appréhensions dans la forêt de Chirgàh.

toffes de soie. Les géographes arabes et persans donnent quelques détails sur cette ville. Mais la notice la plus étendue est celle qui se trouve au commencement du Zeyl ou supplément du « Tohfèt oui Alan de Abdoul Leihif ben Aby Thalib Nour oudJin Chouchter}'. (Manuscrit de mon cabinet, pages 32-78.)

I. Khe)'aban (chaussée) est le nom de la grande rouie construite par Chah Abbas au commencement du xvii* siècle, et qui, traversant le Mazanderan et le Guilan, était destinée à mettre en communication, d'une part, les ports de la mer Caspienne avec les défilés de TElbourz et, de l'autre, à fournir un débouché au Mazanderan vers Test en se prolongeant jusqu'au Khorassan, et au Guilan vers Touest, en traversant le territoire de TAzcrbaidjan jusqu'à l'embouchure de l'Araxe. Le Kheyaban avait une longueur de soixante dix milles géographiques et il s'étendait depuis Enzely le port de Recht, jusqu'à Esterâbad en passant par Sar}\ Cette chaussée était déjà en fort mauvais état à l'époque où Hanway fit son voyage, et. depuis, elle n'a jamais été réparée.

Selon Fraser, le Kheyaban se prolongeait à l'est jusqu'au col qui conduit à Bestham et Châhroud, et il a même été continué jusqu'à Tchinaran, à vingt lieues de Mcchhed. La chaussée est border des deux côtés par un fossé, et sa largeur eit de quinze ù seize pieds. Le premier résultat de la construction de cette route a été l'introduction du chameau dans le Mazanderan.— Jon. Hanway, An historical account o/the british traJe, etc. Londres, 1753, tome I"", pag. 214. — W. Ouseley, Travels, tome III, pag. 276-284, — Fraser, Travels and adventures, page 12.

Notre campement était établi dans un lieu infect, exhalant une odeur méphitique. Cette localité éloignait tout bien être par sa nature sauvage.

Pendant la nuit que nous y passâmes , la faim excessive dont nous souffrions nous porta à manger jusqu'à satiété, et toute la nuit nous souffrîmes de la soif qu'avait allumée en nous Tail que nous avions mangé ^

A l'aube, l'humidité de l'atmosphère nous présagea la pluie; le vent s'éleva. Nous quittâmes en toute hâte ce lieu malencontreux, et montant à cheval avec mes compagnons et mes amis, nous partîmes au galop et nous sortîmes de cet endroit désagréable.

Le samedi i6 (i8 avril), nous entrâmes dans la plaine ravissante d 'A ly âbad ^. Puisse-t-elle être toujours prospère! On aurait dit que nous étions des oiseaux échappés de leur cage ou des fugitifs qui auraient réussi à se sauver de la prison.

Nous approchions du tombeau du Cheikh Thabarssy ^ ; nous passâmes à peu de distance. Nous demandâmes, pour nous en rendre compte, des renseignements sur Tétat de la

1. Les Orientaux mangent de Tail ou de l'oignon pour se préserver de l'influence pernicieuse des marécages ou des endroits réputés malsains.

2. Il y a dans le Mazanderan deux bulouk limitrophes ponant le nom de nom d'Aly âbad; l'un est situé dans le district de Sary et renferme une dizaine de villages, l'autre se trouve dans le district de Barfurouch. Le principal village de ce dernier bulouk est Aly âbad, situé sur le Talar, à quatre fcrscngs au sud-ouest de Sary. 11 a quatre cents maisons, et parmi les habitants on trouve des Kurdes des tribus de Djanbeglou et de Madanlou. Aly âbad a subi mainte fois les incursions des Turkomans. Chah Abbas y avait construit un palais et le kheyaban (chaussée pavée) traversait ce village. Dans les environs, on cultive la canne à sucre, le coton, le riz et le mûrier; les champs sont, pour 1® plupart, tchallik (presque constamment sous l'eau), ce qui produit des émanations malsaines. Les rizières servent de retraite à un grand nombre de sangliers; les habitants leur font la chasse et suspendent aux arbres les têtes des animaux tués. (Melgunof, /. c, p. 195.) Ousclcy dit qu'Aly âbad est un charmant village, avec des cabanes et des fermes entourées d'orangers; on trouve beaucoup de faisans dans les bois environnants, (Ouseley, Travels, vol. lll, p. 249.)

3. Cheikh Thabarssy ou Cheikh Thabrissy est le nom d'un village du bulouk de Bala Tidjan dans le district de Barfurouch, à trois fersengs de cette ville. On y voit un imamzadch construit par Suleyman Khan Guireïby. Il porte une inscription disant qu'en cet endroit furent enterrés le Cheikh Thabarssy, ainsi que Moulla Mohammed fils de Cheher Achoub, Seiyd Hayder et un derviche nommé Hussein Siavech. Ce village a acquis une

DE l'ambassade AU KHAREZM 27

secte des Babys qui ont été^ pour ce malheureux pays et pour quelques contrées de la Perse^ une cause de troubles et de ruine^ jusqu'à ce qu'ils aient été réduits en captivité et domptés par le Darius du siècle.

Nous nous dirigeâmes vers le pavillon qui fait partie de rimam Zadèh, qui se trouve en dehors d'Aly âbad, et nous nous y reposâmes pendant quelques instants. Nous interrogeâmes, au sujet des Babys, les Seiyds Berbery ^ et les Mazanderaniens qui habitaient ce village et qui avaient reçu la semence de la doctrine de ces sectaires.

Après avoir dépassé Aly âbad, nous parcourûmes la chaussée royale, et, protégés par Dieu, nous entrâmes dans la ville de Sary. Nous avions franchi, depuis Chirgâh, une distance de sept fersengs. Je fus, ce jour-là, informé d'une manière positive que le Chahzadèh gouverneur général du Mazanderan,

certaine célébrité en servant de lieu de refuge aux adhérents du babysme, lorsqu'ils furent chassés de Barfurouch. Ils y soutinrent un siège de six mois contre les généraux Abbas Qouly Khan et Mehdy Qouly Mirza. V. Melgunof, p. 182-196.

L*auteur de cette relation , Riza Qouly Khan, a donné aussi dans son Fihris out icwarikhy tomeX, pages 124-128, un récit détaillé du siège et de la prise du village de Cheikh Thabarssy. Mirza Sipehr Lissan oui Mulk a, dans son Nassikh out tewarikh, fait l'historique des troubles suscités par les Babys dans le Khorassan et dans le Mazanderan. Nassikh out iewarikh, histbire de la dynastie des Qadjars, Téhéran, s. d. in-fol. tomelll» p. 52-70. M. de Gobineau en a aussi donné une relation dans a Les religions et les philosophies de l'Asie centrale, Paris i865, pages 217-237.

Les doctrines des Babys ont été exposées dans l'ouvrage de M. de Gobineau, pages 141-359, et par Mirza Kazein bey dans un mémoire qui a pour litre a Bab et le ba^ bysme » et qui a paru dans le Journal asiatique di l'année iSGO.

M. le baron de Rosen a publié d'intéressants extraits de n^anuscrits babys dans les « Collections scientifiques de l'Institut des langues orientales du ministère des affaires étrangères ». St-Pétersbourg, 1877, pages 179-212.

I. Les Seiyds Berbery sont originaires du district de Berbcr, dans le nord de l'Afghanistan. Ils prétendent descendre de Tlmam/My qui aurait été transporté miraculeusement dans le lieu de leur origine, lis portent le turban vert et exercent le métier de repasseurs de couteaux. Ils figurent dans les taazièhs et dans les processions chiites, se frappant avec des chaînes la poitrine et le dos.

Au dire de M. Bode, cité par M. Dorn, les Berbery, originaires du Pouchii Kouh, feraient partie de la grande tribu des Hezarèh répandue sur tout le plateau de Pamir jusqu'au Tibet. Dorn, Caspia. St-Pétersbourg, 1875, pag. 79-80. On peut consulter, sur le rôle des Berber>'s dans les cérémonies religieuses, Les religions et les philosophies de l'Asie centrale, par M. de Gobineau, page 377.

Mehdy Qouly Mirza, s'était , pour terminer quelques affaires locales, rendu sur les bords de la mer Caspienne et qu'il n'était point encore de retour. Les officiers de S. A. avaient préparé des logements pour moi et pour l'envoyé du Khan du Kharezm. Nous nous y rendîmes et nous nous y établîmes.

Le lundi 17 (19 avril), je changeai de vêtements et je me rendis au bain. A Taller et au retour, je distribuai en aumônes des pièces d'or et d'argent aux Seiyds et aux pauvres que je rencontrai, et je goûtai le repos dans mon logis, comblé de prévenances, de marques d'honneur et de considération.

De grands personnages, des notables, des ulémas, quelquesuns de mes parents établis depuis longtemps dans le Mazanderan, d'anciens condisciples que je n'avais pu, à cause de mon séjour à Chiraz, voir depuis quarante ans, apprirent mon arrivée. Ils préférèrent me faire visite plutôt que de recevoir de mes nouvelles par d'autres personnes et mon temps se passa à les entretenir, à leur donner des marques d'amitié et d'affection et à les recevoir à ma lable.

La tristesse de la séparation fit place à la joie de se revoir et mes amis ne tarirent point en éloges et en vœux pour reconnaître la grâce et la faveur dont j'étais Tobjet de la part du Roi conquérant du monde. Que Dieu rende son règne éternel! Ils approuvèrent le sens de ces deux distiques composés par un sage.

Quatrain. « Ne lutte point contre la fortune ennemie, ne cherche point à combattre le destin ! ne pousse point comme la harpe des gémissements plaintifs sous les égratignures du sort. On ne laisse se perdre ni For dans la terre , ni la perle dans la mer. Ne permets donc point au chagrin d'envahir ton cœur.

DK I. AMBASSADE AU KHAREZM 29

Description succincte du Thabarestan et du Ma^anderan.

Le Thabarestan est une contrée qui renferme des villes remontant à une haute antiquité et des cités remarquables par leur grandeur. Les montagnes y sont escarpées et les forêts sont remplies de beaux arbres. Le Thabarestan, qui est célèbre par l'abondance de ses eaux et Thumidité de son climat, fait partie, dans toute son étendue, du quatrième climat. Le voisinage de la mer de Khazer (la mer Caspienne), qui porte aussi le nom de mer de Qoulzoum, procure â certaines localités une température plutôt chaude. Mais dans la plupart de ses parties le climat est tempéré. On trouve en grande quantité dans cette province les fruits des pays chauds et ceux des pays froids. On dit que , sous le règne de Suleyman le prophète, sur qui soit le salut ! les Divs- ne trouvèrent pas, pour s'y fixer, de contrée plus belle que le Thabarestan. Ils mirent le pays en culture et ils y vécurent. Aussi donne-t-on aux habitants, à cause de leur courage, le nom de Div et Ferdoussy, dit :

Hémistiche. — « Ils étaient de ces héros du Mazanderan qui sont semblables aux Divs, »

Selon quelques auteurs, Thehmouras Divbend ' est le souverain qui aurait commencé à civiliser ce pays. Amol , Sary et Qalèhi Mour ont été bâties à une époque reculée et elles étaient désignées sous ces mêmes noms à Tépoque d'Afrasiab et de Keyqobad.

Le Mazanderan doit son nom à la montagne de Maz et Menoutchehry a dit à ce sujet :

I. Thehmouras Divbend (le vainqueur des Divs;, fils de Noudjan et petit-fils de Houcheng, est le quatrième souverain de la dynastie des Pichdadian. Pendant un règne de quarante ans, il fonda Isfahan, Savèh, Rey et les villes du Mazanderan et de T Azerbaïdjan. Beizhavy, Ni{ham out tewarikh, f* 5.

3o RELATION

Distique. — « Le nuage est descendu de la montagne : ses replis étaient semblables à ceux d'un serpent, et le Maz en était enveloppé *. » Dans les temps anciens, ce pays portait aussi le nom de « Bichchi Narven » (forêt d'ormes). Autrefois, il comptait vingt -quatre villes florissantes dont la plus ancienne était Lardjan.

C'est de cette ville que partit Feridoun pour combattre Zohak et arriver au pouvoir suprême.

Le Thabarcstan doit son nom à cette particularité que la hache est l'arme de guerre des habitants. Thabar est la forme arabisée du mot persan Teber (hache). Elle a prévalu et elle est aujourd'hui la seule usitée.

Le Ma/anderan se divise en sept arrondissements: i** Le Djourdjan, 2" le Mourdestan, 3° Esterâbad, 4^ Amol, 5** Rustemdar et le Dehistan, G^'Koughad, 7° Siâh Roustaq. Le Thabarestan est également divisé en plusieurs arrondissements parmi lesquels il faut citer cgax de Bestham, Damgham, Semnan, Mrou/kouh et Khirqan. Le Thabarcstan a été pendant longtemps placé sous l'autorité des souverains du Khorassan. On continue donc à le considérer comme en faisant toujours partie à Texemple du Qouhistan, du Sistan et du désert (Mefazèh) c|ui, bien que devenus des provinces distinctes, sont cependant regardés comme des dépendances du Khorassan. A l'époque de l'avùnement de la dynastie actuelle des Qadjars, les habitants du Ma/anderan et ceux du Thabarestan ont rendu des services signalés qui leur ont valu la gratitude de ces princes. Aga Mohammed Chah et Feth Aly Chah n'ont cessé de donner aux

I. (les lieux ver» forment le premier disiiquc de la pièce de poésie consacrée à la louante de Menoutchehcr. lils de Qabous. (403-420, 1012-1029.) Edition de Téhéran H. d. publiée par Wza Qouly Khan, page 71.

Menoutchehcr était le septième souverain de la dynastie des Deilemitcs de Zyad Guilany t]ui régnèrent sur le Djourdjan, le Guilan et le Mazandéran de l'année 3i5 (927) à ranné'j 470 (1077) de l'hcgire. Aboul Nedjm Ahmed, surnommé Chousl KcUèh (estropié du pouce), était originaire de la ville de Damghan. II prit le nom de Menoutchehry en reconnaissance des bienfaits dont Menoutchehcr Tavait comblé. Il mourut dans la force de l'âge après l'année 43o (io38).

DE l'ambassade AU KHAREZM 3l

grands et aux petits des marques de leur bienveillance et de leur générosité.

Ils ont été élevés aux plus hautes dignités et la faveur dont ils sont Tobjet n'a point cessé de se manifester.

Notice sur la ville de Sarj, que le Dieu Très-Haul daigne la

protéger !

Sary, placée sous la protection de la planète de Jupiter, est une petite ville qui renferme des maisons et des édifices publics, des bains, un bazar, des mosquées et des collèges. Elle doit au Khaqani Ekber (Aga Mohammed Khan) et à Feth Aly Chah une prospérité qui s'est encore accrue sous l'administration de Mulk Ara ■ et sous celle de ses enfants.

Barfouroicch.

Barfourouch est une ville ouverte, bien peuplée et plus rapprochée que Sary du rivage de la mer. Elle renferme des mosquées, des fondations pieuses, des collèges, des boutiques et des caravansérails. L'auteur de cette relation y a passé huit années pendant son enfance. La destinée le conduisit ensuite dans la province du Fars où il résida pendant trente ans.

I. Mulk Ara (qui fait rornement de la royauté) était le surnom officiel de Mehdy Qouly Khan Devalou qui, après avoir été gouverneur de la province de Fars, devint Beyierbey du Mazanderan et du Gourgan. Feth Aly Chah avait épousé une de ses filles. Fihris out Tewarikhy tome IX, page 346.

En dehors de Bartourouch se trouve une prairie verdoyante qui porte le nom de Meïdani Sebz (la place verte). On y voit un étang d une grande étendue au milieu duquel se trouve une petite île où s'élèvent de hautes constructions d'un aspect admirable et merveilleux. Cet étang a reçu le nom de mer d'Irem \

Barfourouch a été fondée sous la dynastie des princes Sèfèvy et elle doit sa prospérité à la dynastie des Qadjars.

Mechhedi Ser.

Cette ville est bâtie sur le bord de la mer Caspienne et son port sert de refuge aux navires qui naviguent sur cette mer célèbre par l'agitation de ses flots toujours soulevés par les tempêtes. On l'appelle aussi fautivement mer de Qoulzoum. Elle a deux cents fersengs de circuit. La ville de Hadjy Terkhan (Astracan) et quelques provinces possédées par les Russes sont situées sur ses bords.

I. Cette île, au sud-ouest de la ville, est au milieu d*un étang couvert de roseaux et surtout de nénuphars qui étalent en tous sens leurs larges feuilles et leurs fleurs blanches. Quoique le palais soit ruiné, on distingue encore Venderoun (harem) àTextrémité du bâtiment, et quelques pièces telles que galeries, salles de bain et de repos, couvertes de peintures à fresque. L'édifice forme un carré avec une cour intérieure plantée de sycomores. Des galeries qui en font le tour extérieurement, on embrasse le jardin et ses bassins, ainsi que rimmens2 plaine dont Balforouche est environnée. LMle entière d'environ i5oo mètres de diamètre est couverte d'orangers, au-dessus desquels s'élancent d'élégants cyprès. — Hommaire de Hell, Voyage en Turquie et en Perse exécuté par Of'dre du Gouvernement français, pendant les années 1846, 1847 ^^ 1848. Paris, i836, tome H, !'• partie, page 253.

DE l'ambassade au kharezm 33

A mol.

Amol est une des anciennes villes du Mazanderan. Thehmouras en jeta les fondements et Feridoun en fît sa capitale.

Cette ville placée sous Tinfluence de la planète de Jupiter appartient au quatrième climat. Elle est aujourd'hui en ruines. Elle a donné le jour à un nombre considérable de philosophes, de littérateurs et de poètes. Il faut citer parmi eux le Seiyd Hayder Amoly et l'historien Mohammed Ibn Djerir Thabary.

Pendant de longues années, le Mazanderan a été gouverné par les Seiyds Zeydyèh qui étaient constamment en état de rébellion contre les rois leurs contemporains. Ceux-ci n'ont pu se rendre maîtres du pays qu'au prix des plus grands efforts. Les voyageurs anglais assurent qu'il n'y a, dans le monde entier^ aucune contrée qui renferme des positions fortifiées par la nature plus solides que celles du Mazanderan.

Le lundi i8 (20 avril), le Chah Zadèh gouverneur général du Mazanderan rentra à Sary après avoir quitté les bords de la mer Caspienne. Informé de mon arrivée et de celle de l'ambassadeur du khan de Kharezm, il m'envoya chercher ainsi que Ata Niaz Mahrem pendant qu'il donnait audience au lieutenant de l'amiral russe qui était venu d'Esterâbad à Sary. J'eus l'honneur de me présenter devant lui et il me reçut avec les plus grands égards. Le lieutenant de l'amiral fit à notre sujet plusieurs questions et il chercha à pénétrer le but de ma mission. Le Chah Zadèh, en faisant mon éloge^ lui expliqua que j'étais chargé de me rendre dans le Kharezm pour resserrer les liens d'amitié, d'union et de cordialité qui unissent la Perse à cet Etat. Il fut question, dans le cours de la conversation, du Kharezm et des princes de la dynastie des Kharezm Chah qui avaient dominé à la fois le Turkestan et la Perse et qui avaient levé contre les Khalifes de Bagdad l'étendard de la révolte. Nous recueillîmes aussi^ durant cette visite, des

détails sur les actes d'hostilité commis par les Turkomans établis sur les bords du Gourgan et la côte d'Esterâbad, et sur le retour prochain de Tamiral. Le Chah Zadèh avait envoyé un courrier à Téhéran pour prendre^ à ce sujets les ordres de la cour. Pendant notre séjour à Sary, il nous combla de politesses et de marques d'attention.

Le mardi 19 (21 avril j^ je voulus partir de Sary pour gagner Esterâbad , mais le Chah Zadèh ne voulut point consentir à notre départ. Je le différai donc d'un jour pour me conformer à ses ordres.

Le 20 du mois de Djoumazy oui Akhir (22 avril), je pris la route d'Echref avec mon compagnon de voyage, l'envoyé du Khan du Kharezm. Nous traversâmes d'abord la rivière du Pont Royal (Roudi Pouli Padichahy) et nous trouvâmes de nouveau sur notre chemin la forêt et la chaussée royale. Celle-ci est ruinée en maints endroits, et on a pratiqué, à côté d'elle, un sentier (Jui est entièrement envahi par la végétation et par les arbres. On ne pouvait avancer qu'en se couchant sur le cou des chevaux. Nous parcourûmes ainsi plusieurs fersengs; la journée s'avançait et nos bagages et nos provisions étaient restés en arrière.

Des habitants du Kharezm, des Khoqandy qui revenaient de la Mekke et des marchands s'étaient joints à nous. Par considération pour eux, nous préférâmes nous arrêter plutôt que de continuer notre marche. Nous renonçâmes donc au projet de gagner Echref et nous fîmes halte à la station de Nika ^ Nous avions déjà fait quatre fersengs et il en restait cinq à faire encore pour arriver à Echref

I. Nika est le nom d*une rivière qui sépare le district de Sary de celui d*Echref, dans le Mazanderan. Le pays, arrosé par cette rivière, forme le bulouk de Nika qui fait partie du district de Sary. La principale localité de ce bulouk est le village de Pouli Nika situé sur la route de Sary à Echref. Un pont de pierre, construit par Feth Aly Chfth, traverse la rivière en cet endroit. La plupart des villages du bulouk de Nika sont habités par des Guireily. Ces tribus (tartares, selon Fraser) sont originaires du Khorassan et du Gourgan; s'étant révoltées contre Âga Mohammed Khan, ce souverain les transplanta sur les bords du Nika. Ils fournissent un contingent de mille cavaliers à l'armée du Chah. (Fraser, Trav, and Advent , p. 3o.)

DE l'ambassade au kharezm 35

Cette partie de la route est extrêmement agréable; on voyait partout des cours d'eau^ de la verdure, des arbres vigoureux, des ormes d'une grande hauteur, des buis et des cyprès dont on ne pouvait préciser le nombre. Je composai à ce sujet les vers suivants :

Vers. « Je passai trois jours et trois nuits à Sary sous llieureuse influence d'une étoile qui illuminait mon cœur. Le quatrième jour^ lorsque le soleil brilla au firmament, je montai à cheval et ma bride était à la hauteur du ciel. Je franchis les vallées et les plaines, les montagnes et leurs pentes, tantôt compagnon du soleil, tantôt camarade de la lune '. Les forêts et les taillis, les ruisseaux et les jardins faisaient, par leur beauté, brûler de dépit le cœur du paradis. Les vallons et les montagnes étaient couverts de myrtes, de buis et de cyprès; les pentes et les ravins étaient remplis de perdrix , d'étourneaux et de faisans. »

Le 21 (23 avril), dès Taurore, mes compagnons et moi, nous montâmes à cheval, stimulés par le désir de voir Echref. Le chemin que nous parcourions, pour gagner Echref où nous voulions arriver, était couvert de verdure et bien ombragé. On n'apercevait de tous côtés que champs ensemencés, jardins, vergers, canaux et cours d'eau. Nous mîmes pied à terre sur la route pour prendre notre part des provisions que nous accordait la générosité infinie de la Providence. Nous avions, jusqu'à trois heures de l'après-midi, parcouru cinq fersengs à travers les plaines, les montagnes, les champs cultivés et les marécages. Nous aperçûmes sur le sommet de la montagne les ruines d'Echref et les constructions élevées par Chah Abbas. Nous arrivâmes dans le canton d'Echref; nous le traversâmes et nous mîmes pied à terre pour goûter le repos dans le jardin d'Echref.

I. L'auteur veut dire ici qu'il voyageait pendant la nuit et pendant le jour.

Distique. — • Jusques à Echref, nous parcourûmes la route avec la plus grande rapidité : nK>n cheval lancé au gak^ dévorait Tespace. »

Bagki Echref (k Jardin d^Ecknj),

La mère de Chah Abbas Sèfè\*y avait reçu le jour dans le Mazanderan. Cette circonstance détermina son fils à imprimer un grand développement à la prospérité de cette province. U y construisit des ponts , des cara\*ansérails et des monastères pour les personnes vouées à la \ie religieuse. U établit la chaussée qui aboutit à Esteràbad. Enchanté du climat d'Echref, le Roi venait y résider au printemps et en automne pour jouir de la \nie de la mer et des forets du Mazanderan.

Echref est situé au sommet d^une haute montagne qui s'élève en £aice de la mer. Chah Abbas y fit planter un jardin et construire une habitation de plaisance avec deux corps de Ic^s, Tun pour les hommes, Tautre pour les femmes. Aujourd'hui^ la plus grande partie de ces constructions est détruite ; il n'en reste que des ruines au sommet de la montagne. Le grand bassin qu'on voyait dans cette résidence était alimenté, le £ait est notoire, par les eaux du Demavend qu'amenaient des conduits passant sur la crête des montagnes. Le jardin dEchref, « dans Tétat de délabrement où il est, vaut mieux que cent mille jardins bien entretenus. > \ oici ce qui en subsiste encore après une période de trois cents ans : on trouve tout d'abord^ en entrant, im canal qui traverse le jardin. Dans toute sa longueur, les deux parois et les deux bords en sont revêtus de pierres polies. 11 mesure environ quatre cents pas. De chaque coté de ce canal, est une allée bordée d'un double rang de cyprès élancés; chacun d'eux rendrait jaloux les cyprès du

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Tant heîle ftOcs bàcR $ccsl^nt <t cv>»Kti««**»t À k ^v^tV' ^M-^^ ï>aV ><\^ '-^^n^hvs . t*^ i^y d'elle, est aae ka^ra^ âr«i\»c de cx-fi^ *t vi\NWir>^H^ i«^^v^^^î^ >^w ^K^hn^xh M> |^A\\^ loa de K^dir Chih. Crtie âx^M^oc t*l Itâxvn»^^ |Nir ^ï\n^ h^ï<\^ x^ xi^ïMiv^N ^<asîx^> t^^NiNSf^xv^ de dxstuice en Jistâaœ de pctittt ch\\t«i xi\>AU ^'^t nx" xxSirt'iii^^Ht x^im ns^n ^x*%^^^ ^^U\i* en fttce du pixîlloii. * Tox^^of « 1V^*mV ^I t*^ IV\x\\ IV^»s ^î^^^^x ^^^^♦ ^^\ ^'* 1^^ lie, page 270.

38 REXATION

Les cyprès, qui bordent sur Jeux rangs l'allée du jardin , sont au nombre de deux cents. Les orangers scxit innombrables. A droite et à gauche de ce jardin, s^élèvent deux enceintes fortifiées renfermant des habitations, des vergers, des arbres et des plantations d orangers. Les firuits y sont abondants et d'espèces variées. Dans Tune de ces enceintes, se trou\"ait le harem royal. Les demeures affectées aux officiers et aux dignitaires de la couronne n étaient point éloignées du jardin et on en voit encore les vestiges. Lorsque je descendis à Baghi Echref , les oranges n'avaient point encore été cueillies et ces fruits, suspendus aux branches, offi^ent un spectacle charmant.

Vers. — «Je vis un jardin aussi vaste qu'une prairie, si Ton peut comparer à une prairie un jardin couvert de fleurs. Les cyprès avaient la taille gracieuse et bien prise de la bienaimée. Deux allées étaient bordées de c^-près se balançant avec grâce, au milieu délies se trouvait un canal dont la beauté ravissait le cœur. Des orangers, aux branches touffues, remplissaient les deux côtés du jardin et ils s a\'ançaient jusqu a la façade du pavillon. On aurait dit qu'ils formaient deux batailtons couverts de vêtements verts et rangés en ligne deN-ant le roi. Tous se tenaient debout en bon ordre, immobiles et silencieux, et Ton ne pouvait remarquer le plus léger mouvement. Devant eux, les deux rangs de cyprès dont la cime s'élançait vers le ciel semblaient être les officiers placés devant le ùxmt des troupes. Les orangers paraissaient être le firmament, et les oranges, les étoiles scintillant dans son immensité. >

Il est fâcheux que la chaussée de Chah Abbas et que le jardin dEchref soient dans Tétat de délabrement où on les >^it aujourd'hui. 11 faut espérer que le gouvernement donnera des ordres pour leur rendre leur premier éclat , car les rois recueillent rhéritage de leurs prédécesseurs et la réparation des édifices élevés par les anciens souverains incombe au prince

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40 PELATION

criaient sur la magnificence de ce qui se voit en Perse. « Nos Khans^ me dit l'envoyé du Kharezm , ont aussi à Khiva de beaux jardins et de superbes palais. Khiva est aussi un second Dar oui Merz ' sous le rapport des arbres et des jardins. La verdure et les cours d'eau en font un paradis sur cette terre. > Je lui répondis : « Je verrai et je ferai ensuite mon choix. La « sentence qui dit : Tamour de la patrie fait partie de la foi^ « trouve ici son application. »

Il répartit :

Vers. — « Viens pour juger par toi-même et pour croire (ce que je dis). »

Bref, nous passâmes agréablement notre temps à converser •et à goûter un doux repos.

Le 22 (24 avril). Nous fîmes, suivant notre habitude, partir d abord les serviteurs qui devaient nous précéder, ainsi que les pauvres gens qui faisaient partie de la caravane. Nous

chaleurs, les habitants vont prendre une eau d*une extrême fraîcheur et d'un goût délicieux. On avait autrefois creusé dans les montagnes, auprès d'Echref, des glacières que Ton remplissait en hiver de neige que Ton extrayait en été pour Tusage de la cour. On en apportait aussi en ville pour les habitants. Cette industrie était exercée par une classe de gens dont les descendants portent encore aujourd'hui le nom de Yakh Kechy (porteurs de glace]. Ce métier n'existe plus aujourd'hui; les Yakh Kechy sont fusiliers et font partie des troupes royales. Chah Abbas avait établi à Echref un chantier pour la construction des navires. Miraat oui bouldani Nassiry, par Mohammed Hassan Khan Seny'oud Daoulèh. Téhéran, 1294 (1877), in-8*, pages 41-42.

Mounchy Iskender, dans son histoire de Chah Abbas qui a pour titre : a Tarikhi aient ara », consacre quelques lignes à la fondation d'Echref et aux palais de plaisance construits par Chah Abbas I". Les travaux furent commencés en 1021 (1612) et menés très-rapidement.

Chardin, dans la relation de ses voyages, ne parle ni des palais, ni des jardins d'Echref. HsLnway fHistorical accountofthe british trade, tome I, pages 291-293) en donne une description dont M. I^nglès a inséré la traduction dans le « Voyage du Bengale à Saint-Pétersbourg, par Forster», Ouseley, Fraser, Lottin de Laval et M. Eastwick ont donné des détails intéressants sur les constructions de Chah Abbas.

1. Dar oui Merz, la marche, le pays frontière est le nom qualificatif donné au Mizenderan.

montâmes ensuite à cheval et nous traversâmes, avec la rapidité du vent , la plaine de Goulbad couverte de roses et de tulipes. Goulbad est un district bien cultivé *. Nos yeux ne rencontraient que de vertes prairies : la route traversait continuellement des vergers ^ des plantations , des champs émaillés de fleurs sauvages, poussant spontanément, qui nous charmaient par Téclat de leurs couleurs et la douceur de leur parfum. Nous marchâmes ainsi jusqu à la demeure de Mirza Mohammed Khan Goulbady gouverneur de ce district. A droite de la route, se trouve une montagne qui s'élance jusqu'au ciel et sur la déclivité de laquelle est un mamelon surmonté d'un terrain plat et uni de l'étendue d'un djérib \ La hauteur de la montagne en rend le passage difficile aux voyageurs. On y a bâti une maison avec un appartement pour les femmes, une écurie, une cuisine et un corps de logis pour les hôtes. Ce site est une espèce de forteresse créée par les mains de Dieu. La vue des habitants de ce séjour embrasse la plaine verdoyante, les forêts, la mer et les navires qui la sillonnent. Le maître de la maison étant absent, nous ne crûmes pas, par convenance, devoir nous arrêter dans sa demeure. Nous continuâmes notre route et nous arrivâmes à un fossé creusé par Tordre des rois Sèfèvy au milieu d'une épaisse forêt. Ce lieu a reçu le nom de Djeri Goulbad. Nous pûmes voir alors cette localité dont nous avions souvent entendu parler.

1. Goulbad, Koulbad ou Djèri Goulbad est une petite rivière qui se jette dans le golfe d*£sterâbad. Le canton de Goulbad fait aujourd'hui partie du buiouk d'Anezan, à Touest de la province d*Esterâbad, sur la frontière du Mazanderan. Le Djèri Goulbad est à trois fersengs de la ville d*Ëchrcf .

11 y a aussi un village de Goulbad ou Kouhnèh Goulbad, situé dans le mâme buiouk d'Anezan, sur la frontière du Mazanderan et de la province d*£sterftbad. Cette frontière était défendue, du temps de Nadir Chah ou de Chah Abbas, par un mur qui allait de la montagne jusqu'à la mer. On trouve, en outre, les restes d'un fossé profond qui suivait une direction parallèle à celle du mur et servait également à défendre le Mazanderan contre les incursions des Turkomans. G. Melgunof, Das sûdUche Ufer des Kaspischen Meei-es, Leipzig, 1868, p. 101.

2. Le djérib représente une superticie de soixante coudées royales (guczi châhy).

Djeri Goulbad.

Djer, en persan, signifie un terrain coupé, excavé, dans lequel on a pratiqué une tranchée. On rapporte que, du temps des princes Sèfèvy, une tribu de Turkomans était venue des environs du Gourgan et d'E^teràbad s^établir près d'Echref où elle se livrait au t^gandage. Chah Abbas donna Tordre de creuser, depuis le pied de la montagne jusqu'à la mer, un fossé d'une longueur de quatre fersengs et d une profondeur de dix coudées. On laissa un passage étroit pour arriver à la chaussée qui longe les deux côtés de la forêt.

Le Roi y établit des soldats chaînés de barrer la route aux Turkomans. Il fut, par la suite, impossible à une troupe nombreuse de cavaliers ou de piétons de faire, en venant d audelà la frontière, des incursions sur le territoire d^Esterâbad, de Goulbad ou des autres \illes. Aujourd'hui, par suite du cours des siècles, le fossé s'est comblé, des arbres y ont poussé et on ne peut le franchir qu avec la plus grande difficulté. Après avoir dépassé le district d'Anezan ', nous arrivâmes à Naokendèh '.

Anezan est le nom primitif de Nao Kendèh. Nous nous y arrêtâmes la nuit, dans la maison de Hamzèh Khan Anezany

1. Anezan ou Anazan est le nom d*un bulouk de U province d^'Esterâbad ; ils^étcnd an nord-ouest de la TÎlle d^Esterâbad jusqu^à la mer Caspienne, il a cinq fersengs de long et deux de large. Ce bulouk renferme plusieurs localités importantes, entre autres Koulbad, Naokendèh et Guez. Le pays est marécageux et couvert de forêts. (Melgunof,

2. Naokendèh (le fossé ncmptsx un village du bulouk d* Anezan dans la province d*Esterftbad. A. Bûmes j trouva une partie du Kheyaban ou route pavée que Chah Abbas avait £ut construire le long de la merCaspienne^ de Recht à Esteribad. Le village de Naokendèh est traversé par une rivière qui porte le même nom. A un ferseng de celte localité, on trouve des gisements de houille. Le village est entouré d^une épaisse forêt. Un autre village de Naokendèh se trouve dans le canton de Guil doulab (province du Guilan^ il est traversé par une rivière portant le même nom que le village et qui va se ^tcr dans le Mourdâb.

qui porte le même nom que son aïeul. Le matin nous nous mîmes en route pour nous diriger vers Kurd Mahallèh ', en suivant continuellement la chaussée de Chah Abbas. Nous descendîmes chez Riza Qouly Khan, fils de Moustafa Khan Seden Roustaqy, où nous fûmes reçus avec la plus grande déférence selon toutes les règles de l'hospitalité. On nous servit des mets préparés à la mode du Mazanderan.

Nous partîmes de bon matin et nous nous dirigeâmes sur Esterâbad. Après avoir fait quelques fersengs, nous arrivâmes à un Imamzadèh où nous descendîmes de cheval ^ Après avoir déjeuné , nous prîmes quelque repos dans le napar ^ ; puis , ayant fait la prière de midi et celle de TAsr et ayant adressé à Dieu nos vœux pour le Souverain de Tépoque, nous distribuâmes au mutevelly et aux serviteurs préposés à la garde du tombeau une somme convenable en or et en argent.

Remontant ensuite achevai, nous nous dirigeâmes vers Esterâbad sans avoir la moindre crainte et sans éprouver la moindre appréhension (des attaques des Turkomans). Nous aperçûmes de loin les huttes et les tentes des Turkomans du Gourgan. Les taillis et les arbres devenaient moins nombreux. Peu à peu les plaines unies, les prairies verdoyantes se multiplièrent. Nous apprîmes à la station de Kurd Mahallèh que le Beylerbey Mohammed Vély Khan ne se trouvait point à

1 . Kurd Mahallèh est le plus gros bourg du bulouk de Seden Roustaq, dans la province d'Esterâbad. Il se compose de quatre villages contigus : Balâ Peleng, Saly Kendèh, Touskayck et Velèhghouz ou Chirdarboun. On trouve à Kurd Mahallèh trois mosquées. Le nombre des maisons de ces quatre villages s'élève à neuf cent soixante-dix. Les habitants de Kurd Mahallèh jouissent d'une plus grande aisance que ceux des autres villages de la province d'Esterâbad^ bien qu'ils soient exposés anx incursions des Turkomans. Ils se livrent à l'agriculture, à l'éducation des vers à soie et à l'élève des bestiaux. Les revenus de Kurd Mahallèh s'élèvent annuellement à la somme de huit cents toumans; cette localité doit, en outre^ fournir en temps de guerre cent trente hommes.— Melgunof^ pages iio-iii.

2. Cet imamzadèh ou tombeau est celui de Seiyd Mohammed. Il s'élève auprès du village de Limras, sur le bord de la rivière de Goulbad qui forme la limite entre le district d'Echref et la province d'Esterâbad. — Melgunof, page i6i.

3. Napar ou Nafâr est un mot du dialecte du Mazanderan qui désigne une construction en bois, maison ou cahute.

Esterâbadj mais qu'il était aux environs de la ville, occupé à faire construire de solides fortins et des ouvrages de défense, destinés à arrêter les incursions des Turkomans. Son fils, Mohammed Hachim Khan, était resté à Esterâbad en qualité de son lieutenant. Informé de mon arrivée et de celle de mes compagnons de route, il s'acquitta des devoirs que Ton rend aux personnes que Ton reçoit avec honneur et considération. Des moutofts furent égorgés et le sang de ces innocents animaux rougit le sol verdoyant. Nous mîmes pied à terre, et nous entrâmes dans un jardin au milieu duquel s'élevait un pavillon construit par Bedi ouz Zeman Mirza, fils du prince Mulk Ara. Le haut de ce pavillon est divisé en quatre appartements séparés. Nous nous y établîmes pour nous délasser de nos fatigues. Dans ce même bâtiment, on avait réservé, pour l'envoyé du Khan du Kharezm, au rez-de-chaussée, un appartement donnant sur le jardin. 11 y mit pied à terre avec ses serviteurs. Nous fîmes trêve à toute préoccupation pour nouS abandonner au repos.

Esterâbad.

Esterâbad, ville du quatrième climat, située sur le bord de la mer Caspienne, est la capitale de la province de Gourgan. On rapporte que lorsque Gourguin, fils de Milad, fonda la ville de Gourgan, dont la superficie occupait une étendue de quatre fersengs, les muletiers conduisirent leurs bêtes de somme dans une prairie propre au pâturage et ils y construisirent des maisons de bois. Ils donnèrent à cet assemblage de constructions le nom d'Esterâbad (la ville des mulets). La ville de Gourgan a disparu, mais Esterâbad existe encore aujourd'hui. Elle est située à 109° 3o' de longitude de l'équateur et à 37"* 3o' de latitude.

DE l'ambassade AU KHAREZM 45

Elle jouissait autrefois d'une grande prospérité, mais à différentes époques, elle est tombée en décadence. On a dit :

Distique. — « Que personne n'ait un mauvais voisin à côté de soi. »

En effet, Esterâbad est peu éloignée des tribus Turkomanes et ce sont elles qui sont la principale cause de sa ruine.

Cette ville était parvenue au plus haut point de la richesse sous la dynastie des princes de la famille de Qabous. Sous les rois Sèfèvy et pendant le règne de Nadir Chah la ville d'Aq Qalèh, bien peuplée et florissante, était la résidence des ancêtres de la dynastie des Qadjars ; elle est aujourd'hui en ruines, et Esterâbad est restée une ville d'une importance médiocre. Lorsque le gouvernement de la province fut confié par le Roi à Mohammed Vely Khan Qadjar, de la tribu Devalou, on vit renaître le bien-être et les habitants n'eurent plus à craindre le brigandage des tribus Turkomanes.

Aga Mohammed Chah a. fait construire dans cette ville un château^ des maisons pour les pauvres, des cellules pour les religieux, des bainSj des mosquées et des medressèh. Tous ces édifices sont encore en bon état. Ce prince était né à Esterâbad.

Après la mort de Feth Aly Khan Qadjar, Mohammed Hassan Khan et Hassan Qouly Khan Qadjar gouvernèrent ce pays en qualité de chefs indépendants. La partie de la mer Caspienne fréquentée à la fois par les Russes et les Turkomans se trouve non loin d'Esterâbad. Le port où se font les transactions est celui de Guez. C'est dans cette localité qu'eut lieu l'escarmouche entre les Russes et les Turkomans, que j'ai signalée précédemment d'une manière succinte.

AbiskouJi.

Abiskoun est le nom d'une rivière qui \ient du Kharezm et qui se jette dans la mer Caspienne^ à trois fersengs d'E^teràbad. A son embouchure, cette rivière s'appelle aus^ Ab Sukoun ; c'est également le nom d'une ile qui se trouve à peu de distance de la côte.

Sultan Mohammed Kharezm Chah fuyant devant les Mogols chercha un refuge dans cette ile où il y mourut.

La mer d'AlMskoun est mentionnée dans des œu\Tes poétiques.

Un poète a dit :

Vers. — «Le bonheur et la sécurité, dont jouissent les sujets qui ne cessent de chanter tes louanges, ont fait que les navires se pressent depuis Chirvan jusqu'à Abiskoun et qu'il couvrent la surface de la mer. »

Cette localité s'appelle également Askoun, et Ton a calculé qu'elle était par loS** 3o' de longitude et par 37'' 3o' de latitude.

Lorsque Mehdy Qouly Mirza était gouverneur du Mazanderan, il se rendit sur le bord de la mer et forma le dessein d"y établir un centre de population. J ai déjà dit qu'il y avait eu autrefois dans cet endroit des édifices remarquables par leur élévation et qui sont aujourd'hui tombés en ruine. Récemment, on s'est mis à élever des constructions dans cette localité â la population commence à s'y porter.

Quelques anciens écrivains ont émis l'assertion que Djourdjan est le mot persan Gourgan ' arabisé. Abiskoun était autrefois la capitale de cette province ; aujourd hui, c'est Esterabad.

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