Relation de l'ambassade au Kharezm (Khiva) de Riza Qouly Khan
es géographes orientaux désignent sous le nom de Khare\m ta bande de terrain qui s'étend le long des deux rives du Djihoun , depuis V ancienne ville d'Amol et Mefa^èh jusqu'à la mer d'Aral ', appelée par les tribus turkes Qara Tenghi\ (mer noire) ou Euku\ Souj (Veau du taureau).
Ce pays forme une oasis qui doit sa fertilité au fleuve et aux canaux qui en sont dérivés. Il est borné, au nord, par la partie du territoire russe qui portait autrefois le nom de Dechti Qiptchaq, et qui était occupée par des tribus nomades dont la plus puissante , celle des Ghou\\, a joué, au moyen âge, un rôle important dans Vhisloire de l'Asie centrale ; au sud, il conflue au Khorassan ; à l'est, aux déserts du Qi\il Qoum (sable rouge) et du Bataq Qoum (sable dans lequel on enfonce), à l'ouest, au Qara Qoum (sable noir) et à ïancienne province du Gourgan.
Les Orientaux donnent, pour le nom du Khareim, des étymologies diverses et sans valeur. Selon les uns, le nom de Khâh re\m (qui recherche les combats) caractériserait V humeur belliqueuse des habitants. Selon les autres, Khar (nourriture) et Re^m (bois) auraient désigné le poisson péché dans le Djihoun et le bois qui servait à le faire cuire. Ces mots auraient été prononcés par des indigènes interrogés sur leur manière de vivre, et ils auraient, depuis lors, servi à désigner cette contrée. Enfin, Ri\a Qouly Khan prétend
que le nom de Khare\m fut donné à ce pays par Key Kaous à la suite du combat singulier dans lequel il tua Chidèh (Khar Re\m, combat facile) .
Il est plus probable que Khare\m dérive des expressions \endes Qaïr3 Khar (nourriture, herbe) et Zem (terre). Isthakhry et Yaqout nous disent, en effet, que le sol du Khare\m et les sables des déserts qui V environnent ont quelque ressemblance avec ceux des déserts qui bordent V Eg/pte au sud-est, et qu'ils produisent en abondance la plante épineuse appelée « Ghada » par les Arabes et « Khari choutour » par les Persans (hedysarum el hagi).
Les notions exactes et détaillées sur le Khare\m avant la conquête musulmane nous font presque entièrement défaut. Hérodote nous apprend que cette province faisait partie de la seizième Satrapie. Arrien donne quelques détails sur V expédition d'Alexandre, et il fait mention d'un prince nommé Phara\mane qui gouvernait cette contrée.
Les anciens géographes chinois ne nous fournissent que peu de renseignements. Hiouen Thsang (a. D. 648) se borne à dire que « le royaume de Ho-lo-si-ma ou de Ki4i-sse-mo (Khare^m) est situé sur les deux rives du fleuve Pou-tsou; qu'il a vingt ou trente H de l'est à l'ouest et cinq cents du sud au nord. » // ajoute que « sous le rapport des produits et des mœurs de s:s habitants, il ressemble au royaume de Fay-ti (l'ancien distinct d'A/nol el Mefa\èh), mais la langue que Von y parle est un peu différente l . »
Abou'r Reïhan Mohammed el Birouny, né dans le Khare\m, avait écrit une histoire de sa patrie depuis les temps les plus reculés. Son ouvrage, qui nous aurait fourni les détails les plus précieux, n'est pas, malheureusement, parvenu jusqu'à nous. Je n'ai pu en trouver de traces ni en Turquie ni en Perse, bien que l'on conserve dans les bibliothèques de Constantinople et de Téhéran un certain nombre des écrits de cet auteur.
Aboul Fa\hl Beyhaqy , dans son histoire de sultan Messoud,fils de
1. Mémoires sur les contrées occidentales, traduits du sanscrit en chinois et du chinois en français par Stanislas Julien. Paris, 1867, tome I", page 22, et Histoire de la vie de Hiouen Thsang traduite du chinois par Stanislas Julien. Paris, i853, pages 388-38g.