Le premier caravansérail
cile, ils ont l'habitude de mettre leurs mains sur la poitrine et de s'écrier à plusieurs reprises : « Pardon, pardon ! ô Dieu gardien , ô Dieu gardien ! » Pendant ce jour et cette nuit, la vue des forêts épaisses et les difficultés du chemin leur rirent souvent faire ce geste et pousser cette exclamation. Je rafraîchis ma langue en récitant ce quatrain :
Vers. — « Les Uzbeks de Khiva qui parcourent le désert, et qui de Khiva se dirigent vers la ville de Rey, s'écrient à la vue des forêts et des hautes montagnes : Que Dieu nous garde ! que Dieu nous garde! »
Le lendemain, nous quittâmes ce Rébath ruiné, où la nécessité nous avait forcés de nous arrêter, et nous nous dirigeâmes vers la station de Chah Kouh. La route était fort mauvaise : nous parcourûmes un ferseng dans des gorges et des défilés, puis nous gravîmes le Chah Kouh. Aga Mehdy Chah Kouhy, personnage d'une grande expérience, qui, pendant de longues années, avait été au service du Naïb ous Salthanèh Abbas Mirza, apprit notre arrivée et envoya ses enfants à notre rencontre. Lui-même se porta, également, au-devant de nous, il nous offrit le logement, et s'acquitta envers nous, de la manière la plus complète, de tous les devoirs qu'impose l'hospitalité. Il vint me voir la nuit, et nous nous livrâmes au plaisir de la conversation. Le matin, j'appris que Rahmet oullah Ichan , un homme d'une science profonde et d'une grande dévotion et chef de l'ordre des derviches Naqchbendy, était mort pendant la nuit. Il avait revêtu ïlhram l du Hedjaz et avait formé le projet de se rendre en pèlerinage à la Mekke. Cette perte me causa une vive douleur. Je donnai ordre à Aga Mehdy Chah Kouhy et à d'autres personnes, de l'ensevelir et de l'enterrer. On lui rendit les derniers devoirs et on le confia à la
i . L'Ihram est le manteau pénitentiel que les pèlerins doivent revêtir pour s'acquitter des devoirs qu'impose la visite à la Kaabèh. L'Ihram consiste en deux pièces d'ét ofl'e blanche ?ans coutures, dont l'une couvre le haut et l'autre le bas du corps.
terre. Que Dieu lui fasse miséricorde! J'emmenri avec moi son fils et sa famille. Puis , après avoir parcouru plusieurs fersengs, je me dirigeai vers Tchardèh Kelatèh, patrie de mes aïeux.
Tchardèh Kelatèh l.
Ce canton, qui relève de Damghan et qui fait partie de l'arrondissement de Hezar Djerib, a joui, pendant de longues années, d'une grande prospérité. Les habitants se montrèrent dévoués à la glorieuse dynastie des rois Qadjar, depuis l'époque à laquelle Mohammed Hassan Khan Kichver Sitan, fils de Feth Aly Khan Qadjar de la tribu de Qavanlou, s'empara du pouvoir. Pendant le règne de Kérim Khan Zend, les habitants de Tchardèh Kelatèh refusèrent tout service aux officiers Zend, à cause de la sympathie et de [l'affection qu'ils avaient vouées aux Qadjars. Mon grand-père Mohammed Ismayl bek, connu sous le nom d'Ismayl Kemal, était le chef des notables de ce canton. Il refusa de faire sa soumission à Zéky Khan Zend, cousin de Kerim Khan Vékil. Quarante et un notables et personnages marquants de Tchardèh Kelatèh s'étaient retranchés dans la résidence du gouverneur qui était solidement fortifiée, et ils repoussaient les attaques et les assauts qui leur étaient livrés. Zéky Khan leur fit parvenir un message : « Venez auprès de moi, leur faisait-il dire, j'ai juré sur le glorieux Qoran de ne pas mettre à mort un d'entre vous. » Les assiégés se laissèrent aller à ajouter foi à la perfidie de ce serment, et ils descendirent du château pleins de sécurité. Zéky Khan, pour tenir son serment hypocrite, donna la liberté à l'un de ces notables et fit mettre à mort les quarante autres; il pres-
l. Le canton de Tchardèh Kelatèh est situé entre Hezar Djerib et Damghan. 11 renferme quatre villages : Bala Qalèh, Paiyn Qalèh, Verzinèh et Kelatèh.
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crivit, en outre, d'élever une tour avec leurs tètes pour perpétuer le souvenir de son action. Ismayl Kemal, mon aïeul paternel, lui dit : « Si tu veux me tuer et si tu veux élever une tour avec nos têtes, fais placer la mienne au sommet, car je suis le primat et le chef de tous ces notables. » Zéky Khan accéda à son désir.
Kérim Khan Vekil apprit avec indignation Pacte de cruauté, de félonie et de trahison de Zéky Khan. Il lui fît sentir sa colère, le disgracia et rendit la liberté aux habitants de Tchardèh Kelatèh qui étaient détenus prisonniers.
Depuis l'avènement de la dynastie des Qadjars et sous les règnes d'Aga Mohammed Chah et de Feth Aly Chah, ce canton était l'apanage de Tltizhad oud Daoulèh, Souleyman Khan Qadjar Qavanlou. Feth Aly Chah le donna à son gendre, l'Emir Kebir Mohammed Qassim Khan Qadjar Qavanlou.
Je revis Kelatèh après un grand nombre d'années : j'y reçus la visite de nombreux parents, hommes et femmes, mais je ne connaissais aucun d'eux. Je m'arrêtai une journée, puis je gagnai Daoulet Abad \ Qou,chèh et Ahewan 2 et de là, je me dirigeai sur Semnan.
Semnan est une ville célèbre, bâtie par Tehmouras Divbend. Elle est située par 910 de longitude des îles Fortunées et 390 de latitude. Elle fut autrefois une grande ville, mais elle est tombée en décadence depuis longtemps. Ses fruits et ses céréales jouissent d'une grande réputation. Les grenades, le raisin, les figues, les amandes, les pistaches et le raisin sec y sont excellents. La ville est construite sur un terrain accidenté. Le Cheikh Roukn oud Din Ala oud Daoulèh est un des ascètes et des cheikhs de cette ville célèbre. Il mourut en 736 (i335). La mosquée royale de Semnan, construite par Tordre de Feth Aly Chah, a coûté plus de vingt mille toumans. L'étendue,
1 . Daoulet Abad, un des plus beaux villages de Perse, est entouré d'une triple enceinte et renferme un palais, une mosquée, un bain et de vastes écuries. Sous le règne de Feth Aly Chah, cette forteresse était la résidence d'un fils de ce souverain, gouverneur de ce district. — Fcrrier, Voyage en Perse, tome Ier, page i3q.