‹ Relation de l'ambassade au Kharezm (Khiva) de Riza Qouly KhanChapitre 27 sur 32 · Belazoury, Liber expugnationis regionum, page · texte numérisé non relu

Belazoury, Liber expugnationis regionum, page

4. Rey a été le siège d'un métropolite Nestorien qui avait sous son autorité spirituelle les communautés chrétiennes de la province de Rey et du Thabarestan.

Le Quien, (Oriens Christianus, tome II, pages 1292-1293)^ Assemani (Bibliotheca orientaïis, tome III, pages 492), nous ont conservé le nom de prélats ayant occupé le siège épiscopal de cette ville.

fit la conquête en 420 (1029), mais il la perdit Tannée suivante. Toghroul Bek, le fondateur de la dynastie des Seldjouqides de l'Iraq, s'en rendit maître en 436 (1044) et il y mourut, en 455 (io63), d'une maladie qui fut attribuée à l'insalubrité du climat. Après la victoire remportée par Tekich Khan et Qoutlouq fils d'inandj, en 590 (ug3), sur Toghroul Bek, fils d'Alp Arslan, Rey fut annexée aux États du Kharezm Chah Tekich Khan K

En 617 (1220), lors de l'invasion des Mogols, un corps d'armée, détaché à la poursuite du sultan Mohammed Kharezm Chah, se présenta à l'improviste devant Rey. La ville restée sans défense fut mise à sac et détruite, et les habitants massacrés ou réduits en esclavage. Ghazan Khan essaya, sans y réussir, de la relever de ses ruines et, depuis cette époque, son nom n'apparaît plus que rarement dans les annales de l'histoire.

« Rey, dit Abou Ishaq el Isthakhry 2, est la ville la plus considérable que l'on rencontre à l'est en franchissant la frontière de l'Iraq. Jusqu'aux confins des pays de l'Islamisme, aucune n'est plus florissante, plus grande et plus riche, à

1 . « Tekich fit une diligence si grande qu'il arriva aux portes de Rey pendant que le Sultan était encore noyé. dans le vin. Le Sultan, se réveillant en cet état, ne laissa pas de marcher à la tête de ses troupes et en prononçant ces vers tirés du Chah Namêh : « Aussitôt que de loin on vit la poussière excitée par cette armée qui avançait, la joie parut sur le visage de mes soldats et de mes capitaines. D'un seul coup de ma masse d'armes, j'ouvris le chemin à mes troupes au milieu de mes ennemis, et les efforts de mon bras furent si violents que, sans quitter les arçons de ma selle, je fis tourner la terre comme une meule de moulin.'» En prononçant ces paroles, animé par la chaleur du vin, et en maniant sa masse d'armes, comme s'il eût voulu frapper, il en déchargea un si grand coup sur les jambes de devant de son cheval, que le cheval s'abattit sous lui, et qu'il fut lui-même renversé par cette chute. Qoutlouq, le voyant par terre, courut aussitôt à lui, lui ôta la vie de son cimeterre et termina, par le même coup, la durée de la puissance des Seldjoucides. Un poète persien, s'adressant à ce prince mort par cet accident, dit : a Grand Roi, le monde a aujourd'hui le cœur serré, et l'azur des cieux change même à tout moment de couleur. Hier, il y avait une coudée entre votre tête et la voûte du ciel, et aujourd'hui, il y a un ferseng entre votre tête et votre corps. » D'Herbelot, Bibliothèque orientale. Maestricht, 1776, in f., page 869.

2. Vice regnorum, auctore Abu Ishàk al Fàrisi al Istakhri. Edidit M. J. de Goeje. Leyde» 1870, page 207.

l'exception toutefois de Nichabour. Celle-ci occupe une plus vaste superficie, mais Rey l'emporte sur elle par la masse serrée des constructions, par la prospérité et l'aisance des habitants. Elle a un ferseng et demi de longueur sur autant de largeur. Les maisons sont construites en terre, en mortier et en briques cuites.

« Les portes de Rey sont connues : ce sont celles de Bethaq \ que Ton franchit pour se rendre dans le Djibal et dans l'Iraq-, celle de Belissan, qui conduit à Qazwin; celle de Kouhek (la petite montagne), qui mène au Thabarestan; celle de Hicham, que l'on passe quand on va à Qoumes et au Khorassan; et celle de Sin, qui conduite Qoum. Les bazars les plus célèbres sont ceux de Roudèh, de Belissan, de Deheki Nao (le petit village neuf), de Naçrâbad, de Serbanan et ceux des portes du Djibal, de Hicham et de Sin. Celui de Roudèh est le mieux approvisionné ; il s'y fait le plus de transactions commerciales et l'on y trouve la plus grande partie des caravansérails. Ce bazar consiste en une voie large, bordée d'une file non interrompue de boutiques et d'édifices.

« La ville intérieure est commandée par un château que Ton appelle Qalaah; elle renferme aussi la grande mosquée. La plus grande partie de cette ville est en ruines et la population habite, en majorité, les faubourgs.

« Des puits fournissent l'eau nécessaire aux habitants. Il y a aussi des canaux souterrains et deux autres qui sont à ciel ouvert. L'un porte le nom de Sourqany et traverse le bazar de Roudèh; l'autre, appelé Guilany, traverse celui de Serbanan. Les canaux ont plus d'eau que n'en exigent les besoins de la population ; le surplus est distribué dans les villages et sert à l'irrigation des terres. Les transactions se font à Rey en dirhems et en dinars. Les habitants ont le même costume que les gens de l'Iraq. Ils se font remarquer par leur générosité , leur finesse et leur expérience des affaires. On voit dans cette

i. Le nom de cette porte indique qu'elle était surmontée d'un dôme ou coupole.

ville les tombeaux de Mohammed ibn Hassan el Kessay, jurisconsulte et lecteur du Qoran, et de l'astronome Fezary. »

« Rey, dit Qazwiny ■ % est une des villes les plus anciennes et les plus célèbres du monde. Elle abonde en tous biens et son territoire produit une énorme quantité de fruits et de céréales. Sa fondation remonte aux temps les plus reculés et Ibn el Kelby l'attribue à Houcheng, l'un des successeurs de Keyoumers. Selon d'autres auteurs, elle aurait été bâtie par Raz, fils de Khorassan, et c'est pour ce motif que le qualificatif de Rey est Razy. C'est une ville remarquable située dans une plaine. Non loin de Rey, s'élève la montagne qui a reçu le nom d'Aqra' (la chauve), parce que le sol ne porte aucune végétation. Cette montagne est aussi appelée Theberek (la petite hache) 2 . On dit qu'elle renferme dans son sein une mine d'or, mais, le produit ne couvrant pas les dépenses, l'exploitation en a été abandonnée.

« Les maisons de la ville sont creusées dans la terre; elles sont fort obscures et d'un accès très-difficile. Cet usage provient des avanies que les habitants ont eu à supporter de la part des gens de guerre , qui pillaient les maisons quand ils étaient ennemis, et qui s'y installaient de force quand ils venaient en amis : aussi a-t-on construit l'entrée des maisons de manière à ce qu'elles fussent obscures, pour se mettre à l'abri de ces vexations. Les gens qui font des fouilles à Rey trouvent des bijoux d'une grande beauté et des fragments d'or. Le sol cache un grand nombre de trésors dont on voit, en tout temps, mettre au jour des parties; car cette ville a toujours été une résidence royale, i

« Sous le gouvernement d'ilqalmich, en l'année 614 (1217), on y découvrit des cruches remplies de pièces d'or; on ne put reconnaître sous quel roi elles avaient été frappées.

1. Açar oui bilad, édition de M. Wûstenfeld. Goettingue, 1848, pages 2bo-ib6.

2. Cette montagne porte aujourd'hui le nom de montagne de Biby cheher Banou, à cause du tombeau d'une femme morte en odeur de sainteté, et qui fut regardée comme la patronne protectrice de la ville.

» Rey a été plusieurs fois ruinée, soit par la guerre, soit par des tremblements de terre l.

« Djafer ibn Mohammed er Razy dit que la ville actuelle fut bâtie par ordre du Khalife Mehdy, fils de Mançour, et par les soins d'Ammar, fils de Khaçyb. La construction en fut achevée en Tannée i58 (774).

« Les canaux qui fournissent l'eau coulent dans la ville, mais l'eau est immonde parce que les habitants y jettent toutes leurs ordures, et que les eaux des bains publics s'y déversent. On ne va puiser dans les canaux qu'à minuit, parce qu'à cette heure l'eau est moins souillée d'impuretés. L'atmosphère est, pendant l'automne, lourde et malsaine et il est rare que les étrangers ne soient pas cruellement éprouvés, car les fruits sont, à cette époque, fort abondants. On donne à vil prix les figues, les pêches et le raisin. La récolte du raisin ne peut être achevée avant l'hiver. On en trouve à Rey une espèce appelée Melahy. Chaque grain est aussi gros qu'une datte à moitié mûre, et les grappes, aussi volumineuses qu'un régime de dattes, atteignent le poids de cent rothls. Cette espèce dure jusqu'à l'hiver et on l'exporte à Qazwin pendant toute cette saison. Malgré. leur grosseur, les grains ont une peau fine et le goût en est excellent. Il y a aussi une espèce de raisin qui ressemble au Rizaqy : seulement il ne donne que peu de suc pour faire le Douchab 2. Quand on l'a cueilli , on le place à l'ombre et il devient un excellent raisin sec que on l'exporte dans tous les pays.

1. Les anciens mentionnent déjà les tremblements de terre qui désolaient la province de Rhagès (Rey). « Posidonius parle d'une de ces commotions qui fut si violente que deux villages et plusieurs villes furent engloutis. Diodore de Sicile ajoute que cet événement changea la face de toute la contrée et que des fleuves parurent où l'on n'en avait encore vu. De pareils désastres ont dû s'y renouveler quelquefois ; et l'on en connaît deux exemples remarquables, l'un dans le vnr5 siècle, l'autre dans lexvue. » Recherches géographiques et historiques sur la Médie par M. de Sainte-Croix, dans les Mémoires de littérature de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, tome I, page 1 35.

2. Le douchâb (en arabe dibs, en turc pekmez) est un sirop très épais qui s'obtient en soumettant à une forte cuisson le jus du raisin légèrement pressé. Le douchâb le plus renommé était celui que l'on fabriquait à Arredjan ou Argân, dans la province de Fars.

i On exporte également de Rey une argile extrêmement onctueuse et dont on se sert pour nettoyer la tête : elle est si estimée qu'on l'offre en cadeau. Les fabricants de peignes de cette ville sont d'une grande habileté. Ils font des peignes de toute beauté, que l'on donne en présent dans les pays où on les transporte. On y fabrique également des ustensiles et des objets avec le bois de Khalendj (buis). Ce bois est apporté du Thabarestan à l'état brut. A Rey, on le dégrossit au tour, on lui donne une forme élégante, on le couvre de sculptures et d'ornements et il devient alors un objet d'exportation estimé dans tous les pays. »

Les voyageurs qui ont visité les ruines de Rey nous en ont laissé des relations qui présentent quelque intérêt : mais celle que nous a donnée M. Pascal Coste dans son ouvrage sur les « Monuments modernes de la Perse » l m'a semblé la plus complète et je Tinsère ici, pour terminer cette notice sur une des plus anciennes villes du nord de la Perse.

« Aujourd'hui, c'est à peine si, en traversant cette contrée voisine de Téhéran, on rencontre quelques monticules, restes de maçonnerie qui avertissent le voyageur qu'autrefois, dans ces lieux, existait une immense cité, une capitale; et encore les débris que l'on y découvre ne datent que de la seconde et plus moderne période de son existence, celle qui commence avec l'Islamisme. L'ensemble de ces ruines occupe une étendue de 2,100 mètres du nord au sud et de 2,25o mètres de l'est à l'ouest; tout ce vaste emplacement est situé au pied d'un chaînon qui part de l'Elborz. Sur le principal rocher isolé, l'on voit les débris d'une citadelle, des restes de murs et de tours en terre dont quelques-unes sont revêtues de maçonnerie en blocage. On y voit aussi des ruines de constructions en briques cuites au four, que les Persans enlèvent chaque jour pour les employer aux constructions qu'on exécute à Téhéran.

i. Monuments modernes de la Perse mesurés, dessinés et décrits, par M, Pascal Coste. Paris, 1867, in-lv pages 43 et suivantes.

« Au centre de tous les monticules et des murs d'enceinte se trouve une tour circulaire construite en bonnes et fortes briques cuites; elle a seize mètres soixante centimètres de diamètre à l'extérieur, et onze mètres vingt centimètres à l'intérieur. Sa face extérieure est formée de vingt-deux cannelures triangulaires terminées vers la partie supérieure par trois rangs de voussures superposées, et d'une frise portant encore des fragments d'une inscription en caractères cufiques. La partie supérieure, qui se terminait par une coupole, est entièrement ruinée. La hauteur de la tour, non compris la frise d'inscription, est de vingt mètres; la porte, à l'ouest, est encadrée d'un chambranle couronné par une corniche à trois rangs de petites voussures, comme cela se voit dans les monuments de l'architecture arabe. La porte, à l'est, n'a plus qu'une voussure ogivale et son encadrement a disparu. Au dessus de cette porte, Ton voit, dans l'épaisseur du mur, le vide d'un petit escalier en spirale à l'aide duquel on montait au haut de la tour. Sir W. Ouseley nous apprend que, selon la tradition répandue dans le pays, il était d'usage d'annoncer à la ville de Rey les victoires remportées sur l'ennemi au moyen d'un drapeau rouge arboré au haut de cette tour.

« Vers la partie est, et en dehors des enceintes et des ruines, on voit plusieurs tours construites en maçonnerie de blocage. Une de ces tours est encore bien conservée et l'inscription cufîque qui l'orne est faite avec de petites briques cuites au feu incrustées dans la maçonnerie. Cette tour a onze mètres quatrevingt-cinq centimètres de diamètre à l'extérieur et huit mètres vingt-cinq centimètres à l'intérieur, sur une hauteur de douze mètres, y compris l'inscription. Sa porte vise au sud \ elle est à voussure ogivale à l'extérieur et à plate-bande à l'intérieur, à la hauteur du centre de la voussure. On voit encore vers la partie supérieure, à la hauteur de sept mètres, deux petits escaliers construits dans l'épaisseur du mur pour monter au haut de la tour,, La voûte et la coupole n'existent plus ; il ne reste des autres tours qui se trouvaient parmi ces ruines que

leurs bases : elles sont carrées. Ces diverses tours ne se rattachent à aucun des murs d'enceinte.

« Rien parmi ces débris dont on peut encore déterminer la forme ne nous reporte dans la haute antiquité ; les inscriptions comme les constructions elles-mêmes sont de la période musulmane, par conséquent, les plus anciennes ne sauraient aller au delà du vme siècle de notre ère.

« A côté de ces ruines d'un autre âge, on voit, sur la face de deux rochers, deux bas-reliefs très-modernes sculptés sur une surface polie. Celui qui est au nord-est des ruines représente Feth Ali Chah à cheval., combattant un lion. Celui au nordouest, éloigné du premier d'un kilomètre, représente, dans un grand cadre, le même monarque assis sur son trône, et entouré de plusieurs des princes ses fils et de ses ministres. Au bas du rocher, jaillit une source abondante d'eau fraîche et limpide. »

LE DEMAVEND

Le pic le plus élevé de la chaîne de TElbourz est désigné par les géographes orientaux sous les noms deDemavend, Dibavend, Dumbavend ou Denbavend. Ce volcan est, depuis les temps les plus reculés, l'objet de la terreur superstitieuse des habitants de l'Iraq, du Djibal et du Thabarestan qui prétendent que nul mortel ne peut en atteindre le sommet. Parmi les légendes populaires auxquelles il a donné naissance, celle de Biverasp ou Zohak, enchaîné dans ses flancs, rappelle celle d'Encelade écrasé sous l'Etna.

L'ascension du Demavend fut tentée par Miss'ar ibn Mouhalhil (vers 330-942); mais il ne put arriver qu'à la moitié de la hauteur de la montagne. Des gens du Thabarestan, envoyés par le naturaliste Aly ibn Rezin, parvinrent au sommet après cinq jours d'efforts. Qazwiny nous a conservé la relation que ces deux auteurs ont donnée de leur ascension.

Parmi les Européens, Thomas Herbert qui accompagna Sir Dormer Cotton, ambassadeur de Charles Ier auprès de Chah Abbas, réussit à monter jusqu'au haut du Demavend dans le courant du mois de juin 1627.

De nos jours, M. W. J. Thompson, puis après lui, Lord Schomkerker et M. R. F. Thompson, et, enfin, en 1860, M. le capitaine Ivostchinzov, de la commission russe de la mer Caspienne, gravirent le pic et y firent une série d'ob-

servations qui leur permirent d'évaluer approximativement la hauteur de la montagne. J'insère ici, en premier lieu, les extraits des écrivains orientaux,, et je les fais Suivre par le résumé des relations européennes qui nous fournissent sur la composition géologique de la montagne et sur sa hauteur, des données à peu près certaines.

« Le Demavend, dit Abou Ishaq Ibrahim el Isthakhry, s'élève sur les confins du district de Rey. Je Fai contemplé de cette ville, du milieu du bazar de Roudèh. On l'aperçoit, m'a-t-on dit, de Savèh l. Cette montagne s'élève au-dessus des autres comme une coupole et sa base couvre, au milieu d'elles, une superficie de quatre fersengs. Je ne pense pas que Ton puisse la gravir jusqu'à son sommet. On dit, dans les fables ridicules, léguées par le passé, que le roi Zohak est enchaîné dans ses flancs et que les sorciers tiennent leurs assemblées sur son faîte. Il s'en échappe continuellement une épaisse fumée » 2.

Naciri Khosrau qui traversait le nord de la Perse en 438 (1046) dit, dans la relation de son voyage, que le Demavend est « semblable à une coupole » ; qu'il porte aussi le nom de « Montagne de Livassan 3; et qu'au sommet, s'ouvre un cratère dans lequel on recueille du sel de natron et du soufre; on les met dans des peaux de bœuf que Ton fait rouler du haut de la montagne, car il n'y a point de chemin qui permette de les transporter 4. »

Yaqout, dans son dictionnaire géographique, ne consacre que deux lignes au Demavend. Hamd oullah Qazwiny, dans son Nouvel oui qouloub, résume très-brièvement les détails donnés dans ÏAdjaïb oui Makhlouqat et il ajoute que « l'a-

1. Savèh est située à égale distance de Hamadan et de Rey. Trente fersengs la séparent de chacune de ces deux villes.

2. Vice regnorum. Descriptio ditionis moslemicce, auctore Abu Ishàk al Fàrisi a Istakhri. Lugduni Batavorum. 1870, page 210.

3. Livassan est le nom d'un village situé sur le versant de la montagne.

4. Sefer Namèhi Naciri Khosrau. Manuscrit de mon cabinet, page 6.

moncellement des neiges est la cause de fréquentes avalanches qui entraînent mort d'hommes. Les gens du peuple, ajoutet-il, prétendent que le bruit de la voix en provoque la chute, mais cela signifie simplement qu'il ne faut point s'attarder à parler, mais passer rapidement pour n être pas surpris par la chute des neiges » .

Enfin, dans son Heft Iqlym> Ahmed Razy se borne à traduire la notice relative au Demavend, insérée par Qazwiny dans son Adjaïb oui Makhlouqat.

«Le Demavend, dit Miss'ar ibnMouhalhil ', est une montagne d'une prodigieuse élévation, et personne ne peut atteindre son sommet couvert de neige, hiver et été. On l'aperçoit de la montée de Hamadan et, quand de Rey, on jette les yeux sur elle, on s'imagine qu'elle surplombe la ville, bien qu'elle en soit à la distance de deux ou trois fersengs.

« La croyance des gens du peuple est que Souleyman, fils de David, a enfermé dans le sein de cette montagne un génie rebelle appelé Sakhr. On prétend encore que le roi Feridoun y a emprisonné Biverasp, appelé aussi Zohak. La fumée qui s'échappe de la caverne (située sur cette montagne) serait, au dire du vulgaire, la vapeur de sa respiration; le feu que Ton voit brûler au dehors de cette caverne, les éclairs de ses yeux, et les bruits que l'on entend, les éclats de sa voix 2.

« Je voulus, ajoute le même auteur, me rendre compte par moi-même et j'entrepris l'ascension de la montagne. Je parvins, au prix de grandes fatigues et au péril de ma vie, jusqu'à la moitié de la hauteur et je ne crois pas qu'il soit possible de dépasser l'endroit où je me suis arrêté. J'examinai avec soin

1. Qazwiny, Adjaïb oui Makhlouqat (les merveilles de la nature), édition de M. Wûstenfeld. Gcettingue, 1849, pages 1 58 et suivantes. La première partie de cet ouvrage a été traduite par M. le Dr Ethé : Zakarija ben Muhammed el Kazw îni's Kosmographie. DieWunder der Schœpfung. Leipzig, i86q, in-8°. La traduction que je donne ici diffère, en quelques points, de celle de M. Ethé.

2. Cette légende est également mentionnée par Moyse de Khorène et les auteurs arméniens. Études sur les chants historiques et les traditions populaires de l'ancienne Arménie, par Ed. Dulaurier. Journal asiatique, IV série, tome XIX, iS52, page 40.

tout ce qui m'entourait. Je vis une soufrière environnée de blocs de soufre qui jetaient un vif éclat, aux rayons du soleil levant et paraissaient tout en feu. A côté, se trouve le lit d'un torrent qui se précipite au pied de la montagne; le vent qui s'engouffre dans cette gorge et les courants d'air qui s'y produisent donnent naissance à des bruits de diverse nature. Tantôt on croit entendre le hennissement d'un cheval ou le braiment d'un âne, tantôt on s'imagine que l'oreille perçoit des voix d'hommes se livrant à une conversation dans une langue incompréhensible.

« La fumée dont j'ai parlé plus haut sort de la soufrière. Quand les habitants la voient devenir plus intense et qu'ils s'aperçoivent que les fourmis font une plus ample provision de grains, ils en concluent que Tannée sera une année de disette ; quand des pluies d'une trop longue durée leur ont causé des dégâts, ils répandent du lait de chèvre sur le feu et la pluie cesse à l'instant même. J'en ai, moi-même, fait l'expérience à plusieurs reprises, et j'ai constaté la vérité de ce qui m'avait été dit.

« Jamais personne n'a vu une partie quelconque du sommet dégarnie de neige, sans que le sang n'ait coulé dans les contrées situées de ce côté de la montagne, ni sans que des calamités ne se soient abattues sur elles. Ce présage est attesté par le témoignage unanime des habitants de la province.

« On trouve, dans les environs du Demavend, des gisements d'antimoine, de plomb et de sulfate de cuivre. Tels sont les détails donnés par Miss'ar.

« Mon père, dit Mohammed ibn Ibrahim el Dharrab (le monnayeur), désira se procurer du soufre qui se trouve dans les anfractuosités du mont Demavend, car il avait entendu dire que c'était du soufre rouge \ Il fabriqua des spatules en fer pourvues d'un long manche et il mit tout en œuvre pour recueillir le soufre; mais, ajoutait-il, le fer entrait en fusion aussitôt qu'il était en contact avec le feu. Les habitants de

1. Le soufre rouge est, dans l'opinion des alchimistes de l'Orient, la substance indis-' pensable à la transmutation des métaux. Le soufre rouge a le sens de pierre philosophale.

Demavcnd affirment qu'un individu du Khorassan fabriqua de longues spatules qu'il enduisit de substances particulières, et qu'il réussit à recueillir du soufre pour le compte d'un roi.

« Aly ibn Rezin, qui était versé dans la connaissance des sciences naturelles et qui a composé un grand nombre d'ouvrages, fait le récit suivant :

« Nous avions décidé un certain nombre d'habitants du Thabarestan à gravir le Demavcnd, montagne d'une hauteur prodigieuse et dont le sommet est visible à la distance de cent fersengs. Des vapeurs, semblables à des nuages amoncelés, en couvrent le pic et elles ne se dissipent ni pendant l'hiver, ni pendant l'été. Une source dont les eaux sont sulfureuses et de couleur jaune jaillit à sa base. Les hommes, auxquels nous avions fait faire l'ascension de la montagne, nous rapportèrent qu'ils avaient mis cinq jours et cinq nuits pour arriver au sommet. Lorsqu'ils y furent parvenus, ils constatèrent que c'était un plateau d'une superficie de cent djeribs, bien que, pour le spectateur placé au bas de la montagne, celleci paraisse se terminer en pointe. Nos gens nous dirent aussi qu'ils avaient trouvé, au sommet, du sable dans lequel les pieds s'enfonçaient et disparaissaient, et qu'ils n'avaient vu ni animal, ni trace d'être vivant. Les oiseaux, dans leur vol , ne peuvent s'élever à la hauteur du sommet. Le froid y était excessif, et le vent d'une extrême violence. Ils comptèrent soixantedix fissures d'où s'échappaient des vapeurs sulfureuses : autour d'elles on voyait du soufre dont la couleur jaune avait l'éclat de l'or. Us en rapportèrent quelques morceaux. Us nous racontèrent, en outre, que les montagnes environnantes semblaient être des collines et que la mer Caspienne produisait l'effet d'une petite rivière. Le Demavend en est éloigné de vingt fersengs. »

« A une grande lieue angloise de ce sépulcre l, dit Thoma9

1. Le tombeau de la \euve de Bchmen Mirza, fils de Chah Abbas.

Herbert, et plus haut dans l'air, est le pic, ou la haute montagne de Damoan, que Strabon en le n livre appelle Jasonia, dont le sommet qui est formé en pyramide, passe en hauteur tout le reste du mont Taurus. Nous y montâmes avec beaucoup de peine, et y estans, nous pûmes voir la mer Caspie, qui est à huit-vingt lieues angloises de là. Le haut de cette montagne n'est que soulfre, ce qui est cause que la nuit elle donne de la clarté, et paroist en feu comme le mont Ethna, ce qui est assez agréable à la veuë, mais si fascheux à l'odorat, qu'il seroit besoin d'un bon parfum d'ail pour chasser la puanteur que l'on y rencontre. C'est icy , où toute la Chaldée, et toute la Perse presque viennent quérir du soulfre. Il n'y avoit que nostre curiosité qui nous obligeast à y monter à dessein de voir les bains chauds, qui sont sur la croupe de cette montagne. Il y en a cinq en tout, dont les trois sont enfermez de murailles, et les deux autres sont ouverts. Les premiers sont pour les personnes de qualité, et les autres pour le commun peuple. Et c'est au mois d'aoust que les malades et incommodez y accourent de tous costez, pour y chercher du rernede. »

« 11 seroit bien difficile de dire, si c'est de cette montagne que la ville de Damoan qui est à cinq lieues de là, a pris son nom, ou si c'est la ville qui donne son nom à la montagne. Le mot, en son étymologie, signifie seconde plantation, et les Juifs croyent par tradition, que c'est sur cette montagne, que l'arche de Noë s'arrêta après le déluge. Ce qu'ils croyent non seulement parce que c'est la plus haute montagne de toutes, mais aussi parce que le vignoble et l'air y sont meilleurs, qu'en aucune autre partie de l'Arménie. Auprès de cette montagne, où le Taurus s'élève plus haut qu'ailleurs, est une partie de Paropamisa, où Becanus place l'arche, niant que l'Ararat soit dans l'Arménie, quoy que Hayton, pour le confirmer, l'appelle Aremnoé. Mais quelque peu d'apparence qu'il y ayt en cecy, il semble neantmoins que l'on peut dire que c'est en cette ville de Damoan, et aux environs, que les tribus

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idolâtres emmenées par Salmanassar, ont este logées icy ; particulièrement celles de Dan, Zabulon, Assur et Nephtali, et que les autres emmenées par Tiglath Pillesar, sçavoir celles de Ruben et Gad, et la moitié de la tribu de Manassés, ont esté logées auprès de Lar, Jaarowon et autres villes de Chusistan. Car encore que Ptolomée au livre VI. cha. xvm. dise que Gozana est une branche de la rivière d'Oxus, a plus de 40 degrez, et que l'Histoire sacrée dise queTAssirien les logea à Harra, Hala, et Ghabor, villes de Medie, auprès de la rivière de Gozan, il est impossible pourtant que la rivière de Gozan mêle ses eaux avecl'Oxus^ veu qu'il n'y a point de partie de Medie, qui ne soit à près de trois cent lieues angloises éloignée de là. D'ailleurs les eaux de l'Araxis descendent du mont Ararat, montagne d'Arménie, et coulent vers la partie occidentale de la mer Caspie : au lieu que cette rivière, qui est grande et large, descend du Taurus, et passant par la Médie et THircanie, quoy que le peuple l'ayt coupée en plusieurs petites branches, pour la conduire par plusieurs chemins, il faut nécessairement que ce soit le Gozan. Ce qui me fut confirmé par plusieurs Juifs, qui y demeurent depuis plusieurs siècles, qui disent aussi qu'ils furent amenez captifs en ces quartiers là, et qu'ils y sont restez, nonobstant les désordres continuels , et les révolutions fréquentes que l'on a veuës en la monarchie de Perse.

« Vers l'est de cette haute pointe de Damoan est une petite ville, nommée Nova, composée d'environ cent familles. Un jeune homme, fils de Hodge Suare, marchand Persan, qui mourut à Londres en l'an 1625, et frère de Mahomet, que nous enterrâmes dans la mer, ayant sceu que nous passions : en son voisinage, vint au devant de nous, accompagné de tous ses parens et bons amis, et nous pria de luy faire l'honneur de Palier voir chez luy. Il estoit couvert d'une longue veste de drap d'or, et avoit sur la teste un tulban fort haut, de brocard d'or et d'argent. Nous y trouvâmes préparé un fort beau festin, et il nous traitta magnifiquement. Il nous

voulut obliger à y demeurer quelques jours,, mais Testât de nos affaires nous obligeant à continuer nostre voyage,, nous prîmes congé de luy. En allant vers la ville de Damoan, nous trouvâmes sur la croupe d'une montagne fort droite, une grande tente noire,, remplie d'environ trente femmes, habillées à l'antique, et d'autant d'hommes. Il sembloit qu'ils célébrassent les Taurilia et Boalia des anciens Romains; mais nous sceûmes après que c'estoit une nopce. La mariée pouvoit avoir environ dix ans,, et le marié trente. La mariée ressembloit parfaitement à Venus, et le marié à Vulcan. Toutes les filles de la mariée sortirent de la tente pour nous voir passer, et n'admiroient pas moins nos habits, que nous estions étonnez de voir les leurs. Leurs visages, leurs mains, et leurs pieds estaient peints de toutes sortes d'oyseaux, bestes, châteaux et fleurs, en cela semblables à nos anciens Bretons, ou Pietés, tels qu'ils estaient du temps de Jules César. Leurs jambes estaient volontairement chargées de chaines de cuivre et d'argent : ce qui faisoit un assez bel effet, et avoit en leur façon moresque quelque chose de plus agréable, que ce que Ton conte des bergères d'Arcadie. Nous logeâmes cette nuit là à Damoan. »

« Il est incertain si la ville de Damoan est un reste de Ghabor ou bien de Hala : mais Ton peut juger par la longue demeure, que les Juifs, que Ton appelle Jehuds en ces quartiers là, y ont faite pendant leur captivité, que c'est une de ces deux : et ce n'est pas une des moindres villes de ce royaume. Il y en a qui écrivent Damawan, mais ils se trompent. Elle est scituée à trente-six degrés vingt minutes d'élévation, et quatre-vingt-huit de longitude. Le mont Taurus l'enferme presque de tous costez, et elle est scituée en la province de Kaboncharion, qui est une partie de Ghelac, vers le nort des frontières de Medie. Elle ne manque point d'eau, estant arrosée par une branche de la rivière de Gozan, et est peuplée la pluspart de Juifs, qui y sont au nombre de plus de deux cent familles. Le Buzzar ou' Bazar est bâty fort haut, mais ne mérite pas qu'on le voye, si-

non à cause du vin et du fruits que l'on y vend en grande quantité, et à bon marché. Nous demeurâmes deux jours à Damoan, pour nous remettre un peu de la fatigue, que nous avions soufferte. Nous en partîmes le i3 juin, et allâmes ce jour là à Bomahim, qui est à vingt-cinq lieues Angloises de Damoan. » — Relation du voyage de Perse et des Indes orientales traduite de l'anglais de Thomas Herbert, à Paris, chez Jean Du Puis, rue saint Jacques, à la couronne d'or. m. d. c. lxhi, in-40, pages 307-309.

Le pic de Demavend est situé à soixante-quatre kilomètres nord-est de Téhéran et à soixante-douze kilomètres au sud de la mer Caspienne.

Cette montagne d'origine volcanique est un amas de matières éruptives, de pierres ponces et de basalte.

La partie supérieure, sur une hauteur de plus de trente mètres, est formée d'une roche tendre d'où Ton extrait le soufre à l'état pur. Des sources d'eau chaude jaillissent à sa base.

Les observations faites démontrent que le Demavend était, autrefois, le foyer central de toute une région volcanique. Ses feux mal éteints pourraient, en se rallumant, provoquer des éruptions et des secousses du sol qui bouleverseraient la contrée environnante.

Un secrétaire, de la légation britannique à Téhéran, M. W. S. Thompson,, tenta, dans le courant de l'année 1837, l'ascension du Demavend.

Il rencontra, à peu de distance du sommet, une petite caverne divisée en deux parties. Celle du fond, qui est la plus grande, ne peut contenir guère plus de cinq ou six personnes.

Le sol y est brûlant, la température très -élevée et la main ne peut supporter la chaleur d'un courant d'air qui s'échappe de l'un des angles. M. Thompson passa la nuit dans cette caverne. Les terreurs superstitieuses des Persans ne lui permirent pas de se procurer des guides et des porteurs pour s'élever plus haut. Il recommande aux personnes qui tenteraient l'ascension de la montagne, de l'entreprendre pendant les grandes

chaleurs du mois de juillet et par le clair de lune. En partant vers minuit de la caverne qui est à la base du cône, on pourrait passer presque toute la journée sur le sommet du pic et éviter ainsi l'influence malsaine des vapeurs brûlantes qui se dégagent de la caverne.

Guermâb (eau chaude), sur le versant méridional de la montagne, est le village le plus élevé de la région. Dans ses environs se trouvent les sources chaudes de Guermsyr. L'une d'elles atteint la température de 64 degrés centigrades.

En observant la constitution géologique de la montagne, depuis Guermâb jusqu'à une distance de trente mètres de la cime qui est uniquement formée par un dépôt de soufre, on trouve d'abord une couche de tuf calcaire, puis un lit de pierres à sablons de l'époque carbonifère, avec un filon de charbon de qualité inférieure d'une épaisseur de 3oo mètres environ, puis une couche de pierres à chaux qui n'a pas moins de 36o mètres, et enfin de la pyrite jusqu'à 3o mètres du sommet : ce dernier est formé d'un dépôt de soufre pur.

La partie inférieure de la montagne est presqu 'entièrement composée de roches calcaires. De hautes et longues arêtes prennent naissance à la base du cône : au bout d'une certaine distance, elles s'arrêtent brusquement : entre ces arêtes se trouvent des ravins et de profondes excavations remplis de pierres, de sable et de terre; de gros blocs de roches volcaniques émergent çà et là à la surface.

Lorsque l'on commence l'ascension de la partie supérieure de la montagne, il faut d'abord s'engager dans un ravin étroit dont la pente est fort raide; les pierres roulantes qui se dérobent sous les pieds rendent la marche extrêmement pénible. On rencontre ensuite un autre ravin rempli de neige, et qui coupe le premier presque à angle droit. Quand on l'a traversé, le terrain, bien que toujours fort escarpé, devient plus praticable ; il est formé d'une terre rouge couverte de plantes d'espèces variées. Toute végétation cesse à la hauteur d'environ 3,y5o mètres. De loin, le cône de

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la montagne semble uni et l'on croirait qu'il forme de sa base au sommet une pente de 45 degrés. Mais, en approchant, on voit qu'il est sillonne de haut en bas par un grand nombre d'arêtes, séparées l'une de l'autre par de profondes excavations remplies de neige, de glace et de fragments de rochers. Puis, on trouve un amas confus de roches, de laves et de basaltes entassés les uns sur les autres. On atteint ensuite une longue arête formée par une coulée de lave et dont la pente est si raide et si unie que le pied a grand'peine à s'y fixer. Après Tavoir franchie, l'ascension devient plus facile : on gravit une montée couverte de rochers jaunâtres, formés de pierres calcaire et de soufre. On atteint alors le sommet de la montagne. On y voit un cratère de soixante-dix-sept mètres de diamètre. Il est presqu'entièrement rempli de neige.

De deux cavernes situées près du sommet, et des fissures des rochers, s'échappe une eau fortement chargée de soufre.

De violents tremblements de terre ébranlent quelquefois la montagne.

Morier rapporte qu'en 18 14 il en ressentit, pendant son séjour dans le village de Demavend, une très-forte secousse.

Neuf années auparavant, un grand nombre de villages du Mazanderan avaient été totalement détruits par des tremblements de terre,

La neige couvre toute Tannée le sommet du Demavend, mais seulement par plaques, et certaines parties en sont entièrement dégagées.

Aucun Persan ne tente l'ascension de la montagne. Avant celle de M. Thompson et celle des membres de la légation d'Angleterre à Téhéran, les habitants du pays prétendaient qu'une telle entreprise était absolument impraticable.

Les hommes qui vont recueillir le soufre sur le Demavend ne se livrent à leur travail qu'après s'être nourris pendant quelque temps d'ail et d'oignons.

M. W. J. Thompson évalue la hauteur du Demavend à 14,695 pieds anglais (4,480 mètres). M. R. F. Thompson et lord

Schomkerker, qui atteignirent le sommet quelques années plus tard, calculèrent que la hauteur était de 21 ,5 20 pieds anglais (6,56o mètres). M. le capitaine Ivostchinzov, attaché à la mission russe de la Caspienne, constata, en 1860, au moyen de mesures trigonométriques, une hauteur de 18,549 pieds (5,651 mètres).

Le village de Demavend est bâti dans un vallon qui s'étend au pied du versant méridional de la montagne; il est arrosé par deux cours d'eau qui se rejoignent un peu au-dessus du village et le traversent. Les bords en sont plantés de saules, de peupliers et de châtaigniers. Demavend ne renferme que cinq cents maisons dont trois cents sont occupées par les anciens habitants du pays, et les deux cents autres par des familles transportées du Kerman par Aga Mohammed Chah. On remarque, à Demavend, quelques vieilles tours bâties sur une éminence et un minaret en briques cuites qui faisait, autrefois, partie de la grande mosquée. Demavend et les trente hameaux de la vallée sont gouvernés par un Seiyd qui paie annuellement au fisc quatre cent quatre-vingt-dix-sept toumans et cent dix-huit kharvar de blé,

FERROUKHY

Ferroukhy fut l'un des poètes en titre de la cour du Sultan Mahmoud le Ghaznévide ; le recueil de ses œuvres poétiques renferme un grand nombre de pièces consacrées à la louange de ce prince et à celle des principaux personnages de son temps. Sa biographie a été insérée dans le Medjma oui fousseha (l'assemblée des hommes éloquents) par Riza Qouly Khan, qui a réuni dans cette notice les renseignements épars dans les nombreux Tezkerèhs consacrés aux poètes persans. Elle renferme des détails curieux sur la condition des poètes au ive siècle de l'hégire et cette considération m'a déterminé à en donner ici la traduction.

« Hekim Aboul Hassan Aly, dont le surnom poétique est Ferroukhy, reçut le jour dans le Sistan. Son père qui portait le nom de Qoulou' était attaché au service de l'Emir Khalif ibn Ahmed, gouverneur général de cette province. Ferroukhy s'appliqua à l'étude des belles-lettres et acquit des connaissances" très-étendues. 11 cultiva également la musique. Il composa des poésies pleines de douceur et de charme, qui le firent rechercher par de grands personnages et admettre dans leur société et dans leur intimité. Il récitait ses vers d'une voix agréable en s'accompagnant sur la harpe. II ravissait tous les cœurs. Sa renommée s'étendit; l'estime qu'on lui portait grandit, mais il ne pouvait cependant s'élever au-

dessus de son humble condition. Le patron, à la personne duquel il était attaché, était un Dehqan (grand propriétaire terrien) d'un caractère bas et méprisable, qui ne lui donnait, par an, que deux cents kilèh de cinq men de blé chacun et une somme de cent dirhem Nouhj\ Ferroukhy qui n'avait point d'autres ressources, épousa une esclave affranchie de l'Emir Khalif et cette circonstance augmenta ses dépenses à tel point que son revenu ne lui permit plus d'y faire face.

« N'ayant aucun espoir dans la générosité de son patron, et réduit à la dernière extrémité, il résolut de s'éloigner du Sistan et de s'expatrier. Il s'enquit des noms des grands seigneurs dont il pourrait rechercher le patronage.

« La renommée des nobles qualités de l'Emir Aboul Mouzhaffer Thahir Tcheghany, souverain de Balkh et du Thakharistan, était parvenue jusqu'à lui 2. Ce prince accordait sa protection aux littérateurs distingués et répandait ses bienfaits sur les poètes. Il composait lui-même, avec succès, des pièces de vers et il savait apprécier toutes les délicatesses de la poésie. Aboul Mouzhaffer était particulièrement estimé et honoré par Sultan Mahmoud le Ghaznévide. Ferroukhy résolut donc de se rendre auprès de lui ; il fit ses préparatifs de départ et se mit en route après avoir composé une ode à la louange de ce prince.

« Arrivé au but de son voyage, il apprit qu' Aboul Mouzhaffer s'était rendu dans la plaine de Filèh où il possédait un haras renfermant dix-sept mille juments, dont chacune, au rapport de l'auteur du Tchehar Meqalèh (les quatre discours), était suivie par un poulain. Chaque année, il s'établissait dans cette plaine pour faire la revue de ces poulains et pour les faire rnarquer.

« AmydEssa'ad, l'intendant de l'Emir, se préparait à aller le

i. Les dirhem Nouhy sont les pièces d'argent frappées à Boukhara par l'Emir Samanide Nouh, fils de l'Emir Nasr (332-344).

2 Aboul Mouzhaffer Melik Thahir ibn Aboul Fazhl Mohammed el Mouhtadj était le descendant des princes du Tcheganian dans la Transoxiane. Il résidait à Balkh. Quelques-uns de ses vers sont parvenus jusqu'à nous.

rejoindre. Ferroukhy se présenta devant lui et lui récita l'ode qu'il avait composée. Amyd était un homme lettré qui possédait des connaissances très -étendues. 11 ne put croire que Ferroukhy, avec son extérieur inculte et sauvage et son costume étrange, fut l'auteur d'un morceau de poésie aussi remarquable. 11 Temmena avec lui, et, pour le mettre à l'épreuve, il lui demanda de composer une pièce de vers dont le sujet serait l'opération de la marque des poulains. Ferroukhy la termina la nuit même, et il y ajouta la description du campement de l'Emir en des termes qui excitèrent l'étonnement d'Amyd Essa'ad.

« Celui-ci présenta Ferroukhy à Aboul Mouzharfer et lui raconta quelques particularités propres à faire connaître son mérite. 11 ajouta que, depuis la mort de Daqiqy, on n'avait point vu se produire un semblable poète *.

« Le soir, lorsqu'on se fut réuni pour se livrer au plaisir du vin, Ferroukhy récita, d'une voix pleine de charme, sa première pièce de poésie. L'émir en fut ravi et lui donna l'autorisation de s'asseoir devant lui. Lorsque le vin eut répandu la gaieté parmi les convives, Ferroukhy déclama le Qacidèh (ode) qu'il avait composé pour décrire l'opération de la marque des poulains. Aboul Mouzhafïer en fut enthousiasmé. « On vient, dit-il au poète, de rassembler mille poulains pour les, marquer; je te donne tous ceux dont tu parviendras à te rendre maître. » Ferroukhy se jeta au milieu de ce troupeau, tenant une mauvaise serviette à la main. 11 réussit à faire entrer dans un caravansérail ruiné qui se trou-

i. Oustad Abou MançoUr Mohammed Daqiqy ibn Ahmed Berkhy était, au dire de quelques auteurs, né à Balkh, et selon d'autres à Samarqand. Il acquit une certaine réputation à l'époque des derniers princes Samanides. Il se plaça sous le patronage d 'Aboul Mouzhaffer Mouhtadj Tcheghany, puis sous celui de l'Emir Nasr, fils de Nacir oud Din Sebektekin dont il fut le panégyriste.

Son séjour à la cour de Sultan Mahmoud le Ghaznévide lui donna la célébrité. Il fut chargé par ce prince de composer en vers une histoire des anciens rois de Perse. Il rédigea l'histoire du règne de Gouchtasp, dont Firdoussy a inséré mille distiques dans son Chah Namèh. Daqiqy fut tué en 341 '932), par un esclave turc qui était son mignon. — medjma oui fousseha, page 214.

vait à proximité un certain nombre de poulains, et il tomba lui-même devant la porte, épuisé et rompu de fatigue. L'émir, instruit de ce qui s'était passé, se mit à rire et lui fit don des poulains , au nombre de quarante-deux , dont il était parvenu à s'emparer. Il lui fit cadeau , en outre, d'une tente, de chevaux, de chameaux, de meubles, de vêtements et de tapis. Ferroukhy connut alors l'opulence.

« 11 se rendit, suivi d'un train magnifique, à la cour du Sultan Mahmoud qui l'accueillit avec distinction, lui assigna un traitement considérable et le combla de faveurs.

« Ferroukhy devint un des personnages les plus en vue, un courtisan des plus influents et l'un des poètes favoris du souverain. Il recevait des sommes énormes pour toutes les poésies qu'il composait en l'honneur du Sultan. Sa fortune devint si grande que , lorsqu'il voyageait , son train égalait celui des plus hauts dignitaires. On dit même qu'il était toujours suivi par vingt esclaves ayant des ceintures recouvertes de plaques d'or.

« Ayaz Ouymaq, favori du Sultan Mahmoud, avait pour Ferroukhy la plus vive affection et la plus tendre amitié; ils vivaient sur le pied de la plus complète intimité. Cette liaison excita la jalousie de Sultan Mahmoud qui, dans un accès de colère, chassa Ferroukhy de la cour. Le poète composa, à l'occasion de cette disgrâce, plusieurs pièces de vers dans lesquelles, cherchant à se disculper, il sollicitait son pardon et demandait à rentrer en grâce.

« Ferroukhy est un poète des plus agréables : ses œuvres respirent la douceur et l'amour. Le sens des expressions qu'il emploie paraît facile, mais l'interprétation en est malaisée.

« Il a parmi les poètes lyriques le rang que Sâady occupe parmi ceux qui ont cultivé le genre des Gha^els.

« Ferroukhy mourut en Tannée 429 (1037). » Medjma oui fousseha, par Riza Qouly Khan, tome Ier, page 439.

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