‹ Relation de l'arrivée dans la rade d'Alger du vaisseau de S.M. la ProvenceChapitre 1 sur 6 · DU VAISSEAU DE SA MAJESTÉ · texte numérisé non relu

DU VAISSEAU DE SA MAJESTÉ

Parti le 30 juillet au matin de sa ligne de CroOIsière et précédé du brig l’Alerte portant pavillon

parlementaire, le vaisseau français la Provence

arriva vers les deux heures du même jour dans la rade d'Alger. À trois heures les deux bâtimens jetèrent l'ancre et mouillèrent par vingt-deux brasses à environ cinq quarts de lieue de la ville. Dans cette position, nous avions sous les yeux une partie! d'Alger S1Evant en amphithéâtre, toute la côte est de labaie, depuis la porte Bab- Azoun jusqu’au cap Matifou (1); à notre gauche etsur le rivage, le fort Bab-Azoun, et presque dans la mème direction, mais à une grande élévation de la côte, le château de l'Empereur:

Nous relevions: le phare d’Alger dans le nord quart nord-est, à la distance d’environ deux mille cinq cents toises, et le front nord de la ville dans le nord nord-ouest , à la distance de trois à quatre milles Nous remarquerons

ici, d’après l'opinion d’un officier d'artillerie très

(1} Ge cap, dont nous nous approchämes souvent ,. forme, à, l'est, une petite élévation. Du côté qui regarde Alger, se trouve un fort Q 1 , - . Le] . #25 destiné à défendre la rade; et, non loin du cap, les ruines de l’ancien

Cothon.

distingué que nous avions à bord (1), que les forts et les batteries d'Alger répartis sur la côte pour la défense propre de cette place, n’offrent, vus d'une manière générale ,. que deux grands fronts suffisans pour la couvrir du côté de la mer. Ces deux fronts peuvent être considérés, en cas d'attaque, comme les deux faces d'un bastion du corps d'enceinte d’une place forte, dont la batterie de la pointé nord du môle serait l'angle saillant. L'une de ces faces est tournée vers l’est oulintérieur de la baie d'Alger, l’autre vers le nord ou la grande mer. Toute l'artillerie battant l'entrée de la rade est accumulée sur ces deux fronts.

Alger, vu de la mer, est bien loin d'offrir cet aspect pittoresque et cette élégance du goût

oriental que présente surtout Constantinople , et

(1) M. Signoret, capitaine-d’artillerie de marine, auteur d’un excel: lent mémoire.inédit, intitulé Coup d’œil sur les moyens de défense de la ville d'Alger par mer, dont nous devons la communication à M. le

contre-amiral de La Brétonmière.

mème Smyrne, ainsi que d’autres villes de l’empire ottoman. L'œil n’aperçoit d’abord qu'un rideau dont la blancheur fatigue la vue. Au lieu de cette réunion d’élégantes mosquées, de minarets élancés, de coupoles dorées et d'habitations peintes de diverses couleurs et ombragées de cyprès, cette ville n'offre qu’un amas confus de maisons plates et uniformes dont la monotonie n'est interrompue que par la vue de quelques dômes couverts en plomb et de grosses tours carrées surmontées de plates-formes qui tiennent heu de minarets.

Mais rien n’égalait la beauté du coup-d’œil que nous présentait la partie est d'Alger. Ce coteau magnifique , depuis le bord: de la mer jusqu’au sommet le plus élevé, n’offrait qu'une suite de collines et de vallées parsemées d’un nombre infini de jardins et de jolies maisons de campagne où les habitans se retirent pendant les mois les plus chauds de l’année. Ces maisons, bâties dans

le goût mauresque, couvertes de terrasses d’un

MCE à di bst

blanc éblouissant et entourées d’arbres fruitiers , s'offraient à nous sous l'aspect le plus pittoresque.

Les jardins produisent une grande quantité de

melons, de fruits et de légumes de toute espèce,

et, ce qui est d'un avantage inappréciable dans un

pays chaud , ils sont arrosés par des sources et

des ruisseaux abondans. L'eau justement renom-

mée de la grande fontaine d’Alger provient en totalité de ces sources, et est amenée dans la ville par des conduits souterrains. Sur le bord de la nier, et à partir du faubourg de Bab-Azoun , un chemin large et sablonneux conduit, en suivant le rivage, au cap Matifou ; nous le vimes presque toujours : parcouru par des caravanes , des cavaliers arabes et des piétons. Un jour, en portant notre vue sur cette partie du rivage, nous pûmes reconnaître que les canons montés sur aflàt de campagne ne sont pas étrangers aux Algériens ; nous en vimes deux sur le bord de la côte la plus voisine du vaisseau. Ces canons étaient en batteries, les

prolonges déployées et attelés de quatre chevaux

à l’européenne. Non loin delà, et derrière les batteries qui bordent la côte , était un: camp composé d’une trentaine de tentes rondes ayant chacune la forme d’un parapluie. Là lesisoldats, à ce que J'ai appris depuis, couchent à terre n'ayant ni paille ni autre chose sous eux ; recevant pour toute nourriture un peu de biscuit, d'huile, des olives, du blé bouilli et de la viandeune fois par semaine. Les Arabes ne connaissent ni corpsde-garde ni factionnaires ; la nuit seulement un soldat veille dans chaque tente tandis que ses camarades dorment tout habillés. Toujours du même point d'observation, messieurs les officiers d'artillerie qui se trouvaient à bord: comptèrent onze batteries de côte dans le pourtour dela baie; entre le fort Bab-Azoun et le cap Matifou: Ges batteries sont construites dans le sable surtle bord de la mer et battent la baie : elles ne sont composées que d’un seul épaulement sans fermeture à la gorge.

Le fort Bab-Azoun, que nous avions également

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