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en vue, n'appartient à aucun système de fortifica-
tion en. usage. en France. C’est un grand édifice en maçonnerie élevé d'environ trente pieds audessus du. sol et de soixante au-dessus du niveau de la mer. Ge fort est composé de deux parties rectangles différentes, mais parallèles entre elles , réunies par une espèce de courtine ou mur de clôture; fermant à droite et à gauche l'espace qui les sépare. Ses moyens de défense du côté de la rade, sé composent de trois rangs de batteries superposées parallèlement les unes aux autres ; el dont la première, à partir de la base, est casematée. Ces batteries sont armées de cinquante-sept pièces, de canon de gros calibre (1).
Dans la même direction du fort Bab-Azoun , et sur le, sommet de la colline qui domine Alger, à l'extrémité d'un. ravin , nous découvrions le fort l'Empereur. Ce, nom! lui a été donné en mé-
moire, de la. malheureuse expédition de lem-
(1) Mémoire du capitaine Signoret.
pereur Charles V, qui en jeta les fondemens en 15413 ce château fut terminé par Hassan Agha, en 1545. Au centre de ce fort est une grosse tour bâtie en pierre de taille dont nous apercevions la partie la plus élevée.
Le fort l'Empereur, comme l’a très bien décrit M. Shaler, est un polygone irrégulier, garni de bastions , qui n’a ni fossés, ni chemins couverts; ni ouvrages avancés; mais , à vue d'œil, la circonférence de cinq cents toises que lui donne cet auteur me paraît exagérée (1).
Le jour même de notre entrée dans la rade d'Alger, M. le comte de La Bretonnière , d’après des conventions préalables relatives à sa première entrevue avec le dey et les membres de la régence, fit immédiatement ses dispositions pour se rendre à terre. À cet effet, il sembarqua dans son canot, accompagné de MM. Bianchi, secrétaire
interprète du roi, de Nerciat, capitaine de fré-
(1) Page 69 de la traduction française.
gate, et Gabrié,secrétaire du commandant; à peu près à moitié chemin de notre mouillage à la ville, nous passâmes à peu de distance de la corvette anglaise le Pilorus et de la goélette espagnole. {a Guadaleta. Ces deux bâtimens de guerre étaient arrivés la veille, et. le dernier avait amené un. nouveau consul espagnol à Alger. Poussé par une légère brise. d'est, le canot, couvert de toutes ses voiles, eut bientôt atteint la première ligne des batteries de la:marine. Ces batteries, ainsi que les rochers qui les bordent , étaient déjà couverts d’une. populace immense dont les vêtemens en lambeaux et l’aspect grossier ne devaient pas nous donner une idée bien avantageuse, du reste de la population. [Il était même difficile de reconnaître si les cris tumultueux poussés par cette multitude d'hommes dont le bruit ,parvenait jusqu’à nous, étaientl’expression de sentimens hostiles ou favorables à notre arrivée.
: Parvenus à l'entrée de la darse, nous aperçü-
mes une embarcation algérienne qui venait au-
devant de nous; et dans laquelle se trouvaitile
Liman-Reïs, où capitaine duport;et MBensamon, premier drogman de la régence. M.le comte Dati, consul-général de Sardaigne , chargé‘des ‘affaires de France, nous attendait au lieu du‘débarquement. Le magnifique ‘uniforme rouge et couvert de broderies que portait ce fonctionnaire; contrastait d’une manière frappante avecdes haillons et la malpropreté de tous ceux qui l’entouraient: Au moment où nous mîmes pied à terre, la foule! de curieux qui obstruajt les quais-et les avenues du port s'était tellement accrue, que nous! n’eussions jamais pu avancer au milieu de ces-massess si des gardes, qui marchaient devant nous, armés de bâtons, ne nous eussent'ouvert uni passages en en distribuant des coups à droite et'à gaucheravec une dextérité étune prodigalitétoutes particulières à ce pays. Nous fàmes introduits chez le ministre de la marine, qui l’est aussi des affaires étrangères. Un escalier sombre et étroit nous conduisit
dans uné petite pièce dont tout l’'ameublement
consistait en un mauvais sofa, un tapis grossier, quelques chaises disposées pour nous, et. des armes de toute espèce suspendues à la muraille.
Cette première réception du ministre de la marine fut en apparence des plus amicales ; je dis en apparence; car nous savions d'avance qu'il ne nous était pas favorable, et plus tard nous eûmes la preuve que. les Français à Alger n'avaient pas d’ennemi plus déclaré et plus redoutable.
Cette rpremière conversation ne fut d’abord qu’un échange de politesses et de vœux .usités.en pareil.cas pour le. prompt rétablissement de la paix entre la France et Alger. Dans tout ce que dit le ministre de la marine, homme du reste assez commun, il ne laissa pas que de montrer une finesse et une réserve qui feraient honneur au diplomate européen le plus consommé. Ilfut convenu:que. le lendemain, à une heure, le dey re-
cevraitdans son palais de la GCassaba (a) le comman-
(1) Cette citadelle, de forme octogone, garnie d’embrasures et de
dant des forces navales du roi de France , pour entendre ses propositions. Dans le cours de cette visite, on nous servit le café, et ensuite une limonade à la glace dans le même vase de ‘cristal, qui, suivant l’usage, fut d’abord présenté au ministre’, puis au commandant, et successivement aux!personnes qui l’accompagnaient. (83:
Il était six heures du soir lorsque nous primes congé de Son Excellence. Quand nous! arrivâmes au port, la brise avait considérablement fraîchi, la mer était houleuse , et ce ne fut qu'avec beaucoup de temps et de peine que nous pümes regagner notre bord.
Le lendemain, 31 juillet, M. le comte de La Bretonnière , accompagné des mêmes personnes, arriva vers midi sur le quai d’Alger. M. le consul de Sardaigne et le drogman du dey, qui nous avaient donné rendez-vous, n'étant pas encore
arrivés, le commandant fut invité à se reposer en
canons sur toutes ses faces, est située à l’angle oriental de la ville, et se
découvre de très loin en mer.
les attendant dans le divan-khané, ou salle du conseil du ministre de la marine. Cette pièce, construite récemment dans le goût mauresque, avec des bassins en marbre d’où: s'élaricent' des jets d’eau, est fort belle; on y respire une fraîcheur douce et agréable. À l'entrée de cette salle L2 se trouve un kiosk élevé, où nous nous arrêtames aussi quelques instans , et d’où la vue s'étend sur le port et sur toute la longueur du môle.
Dans le trajet du port au kiosk, la vue d’un spectacle bien affligeant pour des Français nous avait été ménagée avec une raffinement de cruauté bien digne du caractère de nos hôtes : les trois chaloupes des frégates françaises l’Iphigénie et la Duchesse de Berri, tristes débris de la malheureuse entreprise du 17 juin 1829, avaient été
rangées sur notre passage de manière à ne pas
échapper à nos regards (1). De jeunes Algériens,
(1) Le 17 juin 1829, six chaloupes des frégates /’Iphigénie et la Duchesse de Berri furent envoyées, entre les caps Déli et Morisson , à la poursuite d’un corsaire algérien mouillé près de la côte. Malheureuse-
instruits sans doute d'avance à cette manœuvre ; frappaient dessus et s’efforçaient par leurs gestes d'attirer notre attention sur ces objets, qu'ils considéraient, ainsi que toute la population d'Alger, comme des trophées d’une victoire signalée. Nous vimes même plusieurs Algériens portant sur eux e
les vestes ou paltaux de nos marins tués dans cette circonstance.
Le consul de Sardaigne et le drogman du dey nous ayant rejoints, nous nous acheminâmes, précédés du capitaine du port et de nos gardes, vers le palais du dey,situé à l'extrémité ouest et sur le point le plus élevé de la ville. Nous traversâmées la longueur du môle, qui peut avoir cinq cènts ment trois de ces chaloupes, poussées à terre par la lame, ne purent être remises à flot, et tombèrent, ainsi qu'une partie des hommes qui les montaient, au pouvoir des Bédouins. Deux élèves de marine, MM. Gassius et Bargignac, ainsi que vingt-deux marins, après s'être défendus long-temps héroïquement contre plus de mille Arabes, payèrent de leur vie l'impétuosité de leur courage. Un seul de nos marins fut sauvé, et conduit comme prisonnier de guerre à Alger. Nous aurons occasion
d’en parler plus tard. ( Voyez, pour plus de détails sur cet évènement,
les Annales maritimes, cahier de juillet 1829, page 74. )
pas de long , et nous passâmes par la porte de la Marine , où l'on conservait encore il y a plusieurs années, comme un trophée de victoire , cinq cloches prises dans la ville d'Oran en 1708.
Pendant pres de trois quarts d’heure que nous mîmes à faire le trajet du port à la Cassaba, il nous fallut parcourir des rues extrêmement étroites , mal pavées , sales , obscures , non acrées , et souvent d’une pente très rapide. Dans plusieurs de ces rues les maisons étâient étayées l'une par l'autre au moyen de poutres posées transversalement. Ces mesures de précautions datent de l’année 1717, époque où Alger éprouva, pendant neuf mois de suite, des secousses de tremblement de terre si violentes que presque tous les habitans abandonnèrent la ville et campèrent dans les campagnes environnantes. La chaleur excessive et la fatigue que nous éprouvions nous forcérent plusieurs fois de nous arrêter pour reprendre haleine. Excepté quelques
Turcs ou Maures de distinction , les nombreux
habitans que nous rencontrâmes avaient en général un air de misère et de malpropreté. De temps en temps, quelques fantômes blancs, dont on apercevait à peine les yeux, s'arrêtaient avec curiosité sur notre passage , et nous rappelaient par leur présence qu'il existait aussi des femmes dans cette ville. Nous ne trouvâmes sur notre chemin aucun édifice ou monument ancien digne de fixer un seul instant notre attention (1). L'absence de fenêtres donnant sur la rue, quelques ouvertures garnies de grilles en fer, et les petites portes surmontés d’auvens, donnent en général à ces maisons le triste aspect de prisons. Mais dans l'intérieur ces habitations offrent un coup d'œil très agréable ; nous aurons occasion d'en parler
plus tard. Dans cette partie de la ville, excepté
(1) Sous le rapport des antiquités, 1l y a déjà plus d’un siècle qu'Alger n'offre rien aux voyageurs qui soit digne dé fixer leur attention. Vers 1730, le docteur Shaw y vit encore quelques inscriptions tronquées; mais les lettres en étaient tellement couvertes de chaux, qu'il ne put les
déchiffrer.
quelques échopes de marchands de tabac ou d’épiciers, nous ne vimes ni boutiques ni magasins de quelque apparence. Nous apprîmes que les plus considérables se trouvaient , ainsi que les cafés les plus fréquentés , dans la grande rue d’Alger qui traverse cette ville du nord au sud. Parvenus à peu de. distance de la Cassaba, nous vimes sur une petite place à notre droite une belle fontaine en marbre, formant un massif carré surmonté d’une coupole , autour de laquelle s’avançait horizontalement un toit en auvent, destiné à abriter les approches de la fontaine. Les quatre faces du massif étaient couvertes de sculptures dorées, d’arabesques et de versets du Coran; autour de ce monument plusieurs Turcs assez bien mis étaient assis et fumaient gravement
la pipe (1). À notre entrée dans la première cour
(1) Jusqu'en 1611 Alger n’avait d'autre eau que celle des citernes; mais , à celte époque, un Maure indiqua le moyen d'y conduire celles d'une source située à un quart de lieue de la ville, dans le voisinage du
château de l'Empereur. C’est à ce projet, mis à exécution, qu'on Goit
du palais, on nous fit attendre quelques instaus le retour d’un officier qui était allé prévenir Son ÂAltesse de notre arrivée. C’est dans cette cour, qui a la forme d’un carré long, que le dey donne ordinairement ses audiences publiques. Le trône, que nous aperçûmes sous une galerie au fond de la cour, consistait en un sofa dressé sur une petite estrade en bois, et couvert de drap rouge. Derrière le sofa était un grand miroir de Venise, encadré d’une large bordure qui conservait à peine quelques restes de son ancienne dorure. On vint enfin nous prévenir que Son Altesse daignait nous admettre en sa présence. Précédés de nos gardes, nous montàmes un escalier assez large , et parvinmes aune galerie
longue et étroite, à l’extrémité de laquelle nous
la grande quantité de fontaines qui se trouvent aujourd'hui dans cette place. Si l’armée envahissante, en s’emparant de cette source, parvenait à en détourner les eaux, cette capitale si orgueilleuse se trouverait , par cette seule opération , dans la position la plus critique, ou, pour mieux.
dire, à la merci des assiégeans.
apercûmes le dey assis sur un fauteuil, entouré de ses grands officiers et des principaux chefs de sa garde.
L'ancienne étiquette obligeait autrefois, dans ces circonstances , les consuls et les commandans des armemens européens à baiser la main du dey; aujourd’hui ils se bornent à une simple salutation, et portent la main sur celle que le pacha leur présente en signe d'amitié ; mais, dans aucun cas, les consuls ne peuvent se présenter devant le dey avec leur épée ; quelques observations faites à ce sujet à M. le comte de La Bretonnière par le drogman du dey ayant été vivement repoussées , nous conservâmes les nôtres. Le consul de Sardaigne salua le dey le premier, puis M. le comte de La Bretonnière , et successivement toutes les personnes qui l’accompagnaient.
De même que devant les têtes couronnées de Europe, il n’est jamais permis dans les audiences publiques de s’asseoir en présence du dey,
quelque longue que soit l'audience, et quelque
soit le rang du personnage auquel elle est accordée. Cette première conféreace dura plus de trois heures, pendant lesquelles il nous fallut rester débout.
Hussein Pacha, dey actuel d'Alger, était ministre de l’intérieur lorsqu'il succéda , le 1° mars 1818 , à Aly Khodja , son prédécesseur. Il avait alors quarante-cinqans, et jouissait d’une bonne réputation; mais, doué de peu d'énergie, ilpassait pour avoirun caractère facile à être influencé par tout ce qui l'approchait. Ce prince, qui a aujourd’hui cinquantesept ans, est replet et d’une taille moyenne ; ses traits n’ont rién de cette régularité et de cette dignité quiserémarquent généralement dansles physionomies ottomanes. Sa figure, empreinte d’une sombre agitation , paraissait triste et sévère ; peutêtre aussi le caractère de nos différends avec lui et le sujet de nos conférences contribuaient-ils beaucoup à cette teinte extérieure qui nous frappa. Nous ne pouvons donc rien dire des manières habituelles de ce prince dans sa vie privée: S'il
faut en croire les rapports qui nous ont été faits
dans la ville, Hussein Pacha, dont son élévation au pouvoir suprème, n’est parvenu qu'à force de crimes et d'intrigues à se maintenir dans le poste éminent qu'il occupe encore aujourd'hui.
Vivant isolé au milieu de ses sujets, il a considérablement augmenté les fortifications de la Cassaba, et n’admet dans cette citadelle, avec les plus grandes précautions, que ses ministreset ses favoris.
Dans la crainte très fondée où il est que les Algériens n’attendent qu’une occasion favorable de se défaire de sa personne , il ne sort jamais de cette forteresse. Lors d’une seule tentative qu'il fit pour aller inspecter des travaux de fortification , il faillit être assassiné, et n’échappa au danger qu’en rentrant précipitamment dans son palais.
Il y a dix-huit mois environ que Hussein pacha, jouant aux échecs avec l’agha son parent , alors chef de la force militaire d'Alger , le fit impitoyablement étrangler. Cet officier , par la régularité
de sa conduite, était généralement estimé dans le
pays , mais Hussein le soupçonnait sans doute de conspirer contre sa vie. ; Malgré de tels actes de cruauté, dictés par une
politique ombrageuse ou par le sentiment de sa propre conservation, ce pacha est encore loin d’avoir mérité au même degré la qualification de tyran, acquise à si Juste titre à son prédécesseur Aly Khodja (1).
Hussein jouit même parmi les grands et le peuple d'une certaine réputation d'équité pour tout ce qui se rapporte à administration de la justice et aux actes de son gouvernement.
La mème impartialité qui nous a porté à faire connaître ce que la justice et l'humanité reprochent à ce prince, nous impose également le devoir de rapporter des faits qui lui font d'autant plus d'honneur qu'ils sont peut-êtreles seuls de ce genre
que l’on puisse citer dans les fastes de l’islamisme.
(1) La mémoire d'Ali Khodja, mort de la peste au commencement de 1818, est encore en horreur aux Algériens par le souvenir de ses
cruautés et de son odieuse tyrannie,
op)
Jusqu'à ce jour tout individu admis de gré ou de force dans la religion mahométane , ne pouvait plus l’abjurer , et même la plus légère tentative à cet égard était immédiatement punie de mort. Cependant le sieur Bensamon , juif algérien, protégé Anglais, premier drogman actuel de la régence , le même qui nous accompagnait dans nos conférences auprès de Son Altesse, le sieur Bensamon , dis-je , que le dey Aly Khodja avait forcé de se faire mahométan, fut, le 29 mars 1818, rendu par Hussein dey à sa liberté de conscience. Le mème jour, en vertu d’une décision du pacha , appuyée de l'opinion des cadis turcs et maures, portant que nul ne pouvait être contraint à embrasser le mahométisme, trois jeunes garçons, huit filles juives et une chrétienne ravis à leurs parens par Aly Khodja, furent également rendus à leur famille et à la religion de leurs pères. L'une des jeunes filles juives, et Rose Ponsinibio, fille d’un aubergiste piémontais , re-
curent même chacune du pacha , en rentrant chez
leurs parens, une dot de 5,000 piastresfortes d’Espagne, environ 27,000 francs de notre monnaie. Notre première conférence, qui dura plus de deux heures, fut employée aux complimens d’usage, à des explications préalables relatives à l’ob- ® e e A LL e jet de notre mission, et à la vérification des . e A e e KA e pleins pouvoirs. Après une discussion très animée, le dey ajourna au surlendemain (2 août) son ultimatum, ou sa dernière réponse aux propositions qui lui avaient été faites. Pendant cette 14 à 0 ° 0 ?
conférence et celle qui la suivit, le dey s’est toujours exprimé en turc; ses paroles ainsi que celles de M. le comte de La Bretonnière étaient interprétées par l’auteur de cette Relation, et pouvaient être contrôlées par le drogman du dey; mais ce dernier, intimidé par la nature même des discussions, prit rarement la parole. Hussein Pacha parle et écrit correctement le turc et s'exprime même en arabe avec beaucoup de facilité. Le surnom de Khodja ( maître , pro-
fesseur, } ajouté primitivement à son nom ,1n-