‹ Relation de l'état présent de la ville d'Athènes, ancienne capitale de Grèce, bâtie depuis 3400. ans (volume 3)Chapitre 4 sur 4 · MONSIEVR · texte numérisé non relu

MONSIEVR

Vôtre tres-humble et tres-obeïssant Serviteur laques Paul Babin .

à Smyrnc ce 8. Octobre 1672.

COMMENTAIRE

Je reproduis , à un petit nombre d’exemplaires, la relation du Père Babin après Spon et après M Ross, en conservant quelques unes des annotations de ces savants et les augmentant de mes remarques. La raretéde ce petit livre, le vil prix de 50 sons auquel il a été estimé à la vente récente des livres de M. Coste, vente importante faite, à Paris, au mois d’avril 1854, dans les meilleures conditions de publicité, et quoique le volume eût conservé son ancienne et jolie reliure, sont deux faits extrêmement curieux; car si

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l’un prouve que des livres , presque modernes, se perdent et se consomment pour ainsi dire par l’usage, l’autre démontre combien nos bibliothécaires, plongés dans les études qui les illustrent, apportent de négligence dans l’étude plus modeste, plus utile aussi des catalogues de vente , mine féconde autant qu’économique de précieuses acquisitions. M. Ross a vainement cherché la relation de Babin dans les bibliothèques publiques de Rome, de Modène, de Venise, de Milan, de Goettingue, de Berlin , * de Vienne. M. le baron Jules de Saint-Génois, bibliothécaire de la ville de Gand, m’écrit : « Je » suis allé à Bruxelles. J’ai fait » des recherches dans la bibliothè- » que royale. La relation du Père » Babin , publiée par Spon , ne se » trouve dans aucun des trois fonds » dont se compose cette riche collec- » tion : 1° le fonds van Hulthem ;

COMMENTAIRE. Go

» 2° le fonds de la ville, et 3° les ac- » croissements. Revenu ici, j’âi con- » suite un assez bon nombre de cata- » logues d’anciennes ventes faites en » Belgique depuis cinquante à qua- » tre-vingts ans, même résultat né- » gatif. Nos bibliothèques publiques » de Liège, Gand , Anvers, Mous, » Bruges et Louvain ne la possèdent » pas. » J’ai fait de mon côté quelques recherches en Suisse; et, après avoir vainement demandé le petit volume à Genève, Lausanne, Berne et Lucerne, j’allais écrire que la Suisse ne le possédait pas, quand je l’ai trouvé, habillé encore de sa jolie reliure lyonnaise, dans la bibliothèque de Zurich. A Paris , la ville qui met à la disposition des lecteurs près de trois millions de volumes, pas une seule de ses grandes bibliothèques n’a ce précieux livre. J’ai fait de vaines recherches dans les biblio-

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thèques de l’Arsenal, de l’Institut, du college Mazarin, de Sainte-Geneviève, de la Sorbonne, des Arts et Métiers , de l’hôtel de ville, du corps législatif et du sénat au Luxembourg.

A la Bibliothèque impériale de la rue de Richelieu, l’ouvrage est porté an catalogue sous le nom de Spon, mais il ne se trouve ni en place ni dans la réserve, cela veut dire qu’il a été volé, et depuis longtemps déjà. J’ai poursuivi encore plus loin l’insaisissable relation d’Athènes; je l’ai demandée à M. Etienne Quatremère, qui complète depuis quarante années une bibliothèque spéciale de voyages en Grèce et en Orient , à M. Brunet de Presle, dont la riche collection de livres est plus particulièrement consacrée aux auteurs modernes qui ont écrit sur la Grèce, à M. de l’Escalopier, qui a formé la plus curieuse bibliothèque liturgique,

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et par extension la meilleure collection de livres de voyages en Grèce et de pèlerinages en terre sainte; partout meme réponse : fai tous les ou vrages de Spon et de Guillet, excepté la Relation d’Athènes de 1674.

Ce livre , document précieux , guide indispensable dans la ville d’Athènes, est donc, pour ainsi dire, introuvable1 * * 4. Je le reproduis exactement, en respectant la justification des pages et jusqu’à la disposition irrégulière des annotations de Spon. J’ai conservé quelques-unes des notes de M. Ross, mais j’ai re-

1 Au dernier moment deux informations p^us favorables me parviennent: M. Panizzi, l’habile directeur de la bibliothèque du Musée britannique, me répond de Londres : « Nous avons la relation de Babin de 1674 , je sui3 fier qu’on me demande un livre français qu’on ne possède pas en France. » M. Montfalcon, bibliothécaire de la ville de Lyon,

m’écrit de son côté que la cité qui donna le jour

à ce petit volume a le bonheur de le posséder,

seulement j’apprends en même temps qu’il est catalogué sous le nom de Spon. C’est une injustice faite au Père Babin qu’on s’empressera de réparer.

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tranché les inscriptions que Spon avait placées à la fin et en appendice. Elles n’ont plus d’intérêt. Je renvoie à mon ouvrage sur Athènes aux XVe, XVIe et XVIIe siècles , les personnes qui désireraient connaître sous quelle influence et dans quelles circonstances le Père Rabin a écrit cette curieuse relation.

NOTES

Page 1. Cette lettre, ou ce mémoire, est daté de Smyrne et du 8 octobre 1672. Ce n’est pas la dernière communication que le révérend Père Babin fit à l’abbé Pécoil. Spon a publié des remarques sur le flux et le reflux de l’Euripe, qui ont été confirmées par la science. (Voir le Voyage de V expédition de la Morée, partie géologique.) Elles étaient également adressées à M. l’abbé Pécoil.

Page 4, ligne 13. En effet aucune description d’Athènes n’avait encore paru lorsque le Père Babin écrivait sa relation.

Page 7, ligne 8 II est difficile de saisir l’intention du Père Babin dans les deux paragraphes où il parle de la colline du Cheval; de quelle colline s’agit-il 1

Page 7, ligne 11. C’est un mérite vanté également par Zygomalas.

Page 7, ligne 21. Le Père Babin trouva dans la ville d’Athènes une tradition qui désignait cette colline sous le nom d’Anchesmus; Spon (Yoy. II, 93) et Wheler (page 345) l’admirent comme lui, et il fallut attendre M, Forschhammer et l’année 1832 pour associer ce nom à celui de Lycabette.

NOTES

Page 9, ligne 12. Sous les mots de fondements d’un quai et d’une citadelle, il entend les restes et les ruines de murailles sur le bord et à la partie la plus saillante de l’étroit promontoire Cetioneia (Thucyd. , VIII, 90) , au nord de l’entrée du Piré*, tn’re le port principal et le port nommé îe Sourd, (Xénoph. , Hell. II, 4, 21.)

(Note de M. Ross.)

Page 9, ligne 21 Ce lion est à Venise, c’est celui qui porte des inscriptions sur les deux épaules. On fera attention à la position que lui assigne le Père Rabin , au fond du port regardant l’entrée. C’est ainsi que le décrivent aussi les missionnaires, Spon et Wheler, et que le représente le plan c’u port relevé en 1685 par l'ingénieur qui accompagnait M. d’Otières. Voyez une carte du Pirée dan* le volume in-folio, supplément françois, i.° 19, de la Bibliothèque impériale, et une reproduction de cette carte, tome IT, page 61, d'Athènes aux ir«, XV h et XVII « siècle*.

Page 10, ligne 17. Ces longs murs étaient déjà en bien mauvais état lorsque Spon les décrivit. Les Vénitiens en ruinèrent une partie pour construire leurs relou tes, et la nouvelle ro< te du Pirée à Athènes, établie depuis 1835 , les a plus bouleversés encore.

Page 14, ligne 4. Lisez Cérès.

Page 14, ligne 9. L’auteur prend pour l’Enneacrunos une fontaine turque que^onque, construite au nord de l’Acropole, car il dit un peu plus loin que la demeure du consul français se trouvait auprès de cette fontaine. Or ce consul , nommé Giraud, habitait, suivant Spon (II, 168, 221), près de l’église de Saint-Démétrius. (Ross.)

Page 15, ligne 23. C’est encore l'église métropolitaine et une des plus intéressantes églises byzantines qui se soit conservée. Elle est isolée sur une petite place.

NOTES

Page 17, ligne 13. Peut-être un groupe de Pemeter et lakchos , ou tout autre monument de ce genre. On pourrait même penser., dans cette partie de la ville non loin des Eponymes, à l’ouvrage célèbre de Keplu'sodotos , Cyrène portant Plutos dans ses bra*, suivant Pausanias, I, 8, 3; IX, 16, 1. (Ross.)

Page 18, ligne 6. Le temple de Thésée avait déjà son nom dans les traditions locales. Il est vrai que ni l'anonyme de 1460 ni les correspondants de Crusius ne le lui donnent, et que Cyrî,aque d’Ancône le nomme le temp’e d’Arès. (Epigr., p. 43, n° 96.) Babin a suivi i’opinion commune , qui se trouve également consignée dans toutes les relations des missionnaires de cette époque. On sait que M. Ross, adoptant l’opinion de Cyriaque d’Ancône, a publié une dissertation, écrite en giec et imprimée à Athènes en lfc£8, pour combattre l’opinion qu’avait acceptée l’érudition, Il annonce une traduction allemande de ce premier travail avec des additions qui maintiennent sa conviction et doivent corroborer ses arguments.

Page 20, ligne dernière de la rote. Telle était l'opinion de Spon en 1674, à une époque où la médecine avait plus de place dans sa pensée que l’antiquité; mais lorsque ses études et son voyage l’eurent entièrement porté vers l’archéologie, il revint sur cette opinion et se rétracta ainsi dans le récit de son voyage, tome II, page 189 : Je me retracte de ce que j’ay autrefois dit qu'il n’y avcit pas d’apparence, que ce temple lût celny-là même qui avoit été bâti après la bataille de Marathon à l’honneur de ce héros. Le raisonnement le doit céder à la vûe, quoyque la vûe ne serve de rien sans luy. 11 est bâti de marbré de Pentéli, et est de même fabrique que celuy de Minerve. J’oserois même assurer qu’ils n’ont eu l’un et l’autre qu’un même architecte. La bataille des Centaures et des Lapithes, dont Pausanias fait

XOTES.

mention, est représentée sur la frise de la façade et du derrière, au dedans du portique qui l’en vironne, et aux côtés il semble que le sculpteur ait laissé imparfait les petits quarrez, où doivent être les principales actions de Thésée comme le même Auteur le remarque. On en void un, où il précipite dans la mer le voleur Sciron.

Page 20, ligne 14. Guillet savait l’existence de ce lion par les relations des missionnaires ( Athènes ancienne et mod ., p. 254), mais il se trompe sur sa position, qui est exactement marquée dans le plan des Capucins. Sponlevit et le décrit (Vov. II, 190). Morosini le transporta à Venise, et il en parle dans ses dépêches, qu’on trouve dans le second volume d’Athènes aux XVe, XVIe et XVIIe siècles.

Page 24, ligne 19. Beaucoup de villes ont eu la prétention de posséder autant d’églises que l’année a de jours. La seule ville d’Athènes a pu réaliser cette ambition. Encore aujourd'hui on en compterait facilement 365, en étendant les recherches aux environs de la ville. Ce sont d’ailleurs plutôt des chapelles que des églises.

Page 26, ligne 9. Cette mesure, qui n’est qu’approximative , se rapproche cependant de l’exactitude, parce que lp. cella et l’opisthodome étaient alors réunis par une grande porte pratiquée violemment dans le mur de séparation.

Page 26, ligne 13. Il me serait impossible de discuter ici cette description, dont les mots doivent être pesés, parce qu’ils ont leur importance dans la question si délicate de la couverture primitive du Parthénon.

Page 27, ligne 17. Plus d'un passage de cetie description demande à être longuement étudié et offre encore une énigme.

Tage 27, ligne 18. Ce vestibule est le pronaos oc-

NOTES

cidental. Il faut avoir toujours présent à l’esprit que depuis la transformation du Parthénon en église chrétienne, l’entrée du temple étant à l’ouest, aucun voyageur, jusqu’à la fin du xvme siècle, n’eut l’idée de se demander s'il en avait bien été ainsi dans la disposition primitive.

Page 28, ligne 9. Ces figures et ces personnages de marbre ne sont autre chose que la frise au haut du mur occidental de l’opisthodome.

Page 28 . ligne 18. Cette comparaison de l’œuvre de Phidias , avec la décoration du château de Richelieu, choque, tant elle est inattendue. Elle provoque ensuite le sourire. Elle n’est pourtant pas aussi déplacée qu’elle le paraît au premier abord. Le Père Babin avait vu ce miracle des arts en France, construction toute nouvelle et dans tout l’éclat de sa fraîcheur. Il avait pu admirer sur ses façades une collection remarquable de statues antiques que ne déparaient pas quelques statues modernes, telles que les deux prisonniers de Michel-Ange. Il comparait donc les plus belles statues qu’on eût jusqu’alors appliquées à la décoration monumentale, avec les statues du Parthénon, et il ajoutait comme correctif : « Les figures et n statues du château de Richelieu n’ont rien » d’approchant à ces belles et grandes figures. »

Page 29, ligne 19. Il y a là une disposition que je ne comprends pas et qu’il faut étudier.

Page 30, ligne 14. C’est la frise.

Page 31, ligne 13. Ce respect des Turcs pour des figures sculptées est à noter. Au reste il s’étendit à toutes les parties du Parthénon, puisqu’ils conservèrent même dans l’intérieur les dispositions introduites par les chrétiens , et jusqu’à leur maître-autel, que Spon trouva encore intact.

Page 31, ligne 23. On a retrouvé, en 1836, ce

NOTES

siège antique , sculpté en marbre , dont tous les voyageurs ont parlé après Babin.

Page 33, ligne 19. Ces légendes sont dans l’esprit grec et circulaient depuis longtemps. M. le baron de Saint-Blancard passant à Corfou , en 1537, fit ses dévotions à Notre-Dame de Casope. Il trouva l’église dévastée, les peintures souillées : fors Vymaige Nostre-Dame qui estoit au costé dextre de la voulte de Vaultel auquel ung Turc voulut arracher ung petite ymage d'argent que selon les coustumes du pays les pellerins y apportent et font affixer audict ymaige, subitement devint aveugle qui fut cause que nul des autres Turcs osa toucher ne oultrager ledict ymage.

( Voyage raconté par Jean de Véga.)

Page 35, ligne 11. Pour tous ces détails, je renvoie aux Voyages de Spon et Wh^ler.

Page 36 , ligne 2. Lycurgue , selon Plutarque , aurait entassé des provisions d’armes et de munitions de guerre dans l’Acropole. On voit dans la topographie, écrite par l'anonyme de 1460, que ce fut la manie des beaux esprits d'Athènes , au moyen âge, de donner des noms célèbres à tous les édifices de la ville. Plusieurs de ces noms ont été recueillis par Babin et par les autres voyageurs. L’arsenal de Lycurgue , substitué aux Propylées , est de ce nombre.

Page 36, ligne 8. Babin a oublié, à Smyrne , le temple de la Victoire Aptère qu’il avait certainement vu à Athènes.

Page 36, ligne 14. Comme il n’y a pas d’édifice pareil sur la colline de l’Aréopage , il faut croire que Babin désigne ainsi le théâtre d’Hérode Atticus.

Page 36, ligne 23. Le monument de Philopappus sur la colline du Musée.

NOTES

Page 37, ligne 8. Cette description du monument choragique de Lysicrates et les conjectures qu’il suggère au Père Babin ne font point honneur à sa sagacité, mais elles expliquent comment une aussi sotte désignation , recueillie et acceptée déjà par l’anonyme de 1460, a pu se maintenir si longtemps.

Page 41, dernière ligne de la note. Cette judicieuse attribution fait honneur à Spon. Guillet partage ce mérite avec lui.

Page 44 , ligne *21. Le Père Babin consacre ces trois paragraphes à la description du gymnase d’Hadrien, vaste et imposant édifice romain, dont les beaux restes se voient encore près du bazar, mais qui semble avoir eu alors une bien plus grande étendue. Le nom de palais de Thémistocle lui a été donné par les Athéniens du moyen âge, et l’anonyme de 1460 l’avait déjà recueilli.

Page 45, ligne 17. L’Olympiéion ou temple de Jupiter Olympien s’élève près de l’Ilissus, au sud de la ville d’Athènes.

Page 47, ligne 1. Le Père jésuite accepte, avec une facilité par trop candide, les légendes populaires qui, en Grèce, rêvent des colonnades sans fin, comme dans nos campagnes elles annoncent des communications souterraines indéfinies. Les deux colonnes proche des murailles de l’Acropole sont des monuments choragiques isolés, et les deux autres appartenaient à l’aqueduc d’Hadrian,

Page 47, ligne 5. La chapelle de Saint-Georges sur le Lycabette.

Page 47, ligne 17. Les chrétiens avaient changé en église ce petit temple ionique qui s’élevait sur la rive gauche de l’Ilissus du côté du Stade. Il fut détruit en 1771.

NOTES

Page 49, ligne 8. L’anonyme de 1460 avait omis de parler de ce pont, il citait seulement cette porte voûtée que le Père Babin transforme en dépendance de monastère. Il y a plus d’une obscurité sur ce point de la topographie athénienne, mais ce n’est pas ici le lieu pour s’en occuper.

Page 49, ligne 17. L’assiette du Stade est bien marquée, mais on devait s’attendre à plus de détails.

Page 51, ligne 25. Il faut chercher ces jardins dans les environs d’Ampelokepi , au sud-est d’Athènes.

Page 51, ligne 8. Il n’y a plus de traces de ce monument.

Page 51, ligne 20. L’anonyme de 1460 marque aussi de ce côté des écoles de célèbres philosophes.

Page 57, ligne 10. Tous ces détails sur la population athénienne sentent un peu le Latin parlant du Grec, mais on ne peut refuser à Babin une certaine finesse dans ses jugements.

Page 59, ligne 14. Spon raconte de nouveau ce commérage, seulement il rapporte que quelquesuns attribuent à l'imagination frappée de ces lions (les différents lions sculptés en marbre) le monstre dont une femme turque accoucha à Athènes. Il n’ajoute aucun détail de nature à donner plus de consistance à ce conte.

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