VIS
Maison de S. Dell ys.
Puits de S. Paul.
vis dans cette Eglise deux grandes cigoignes de bois doré, et je m’étonnay de ce que les Grecs les tenoient là, puisqu’ils ont tant en horreur, les statues et images en bosse, dont nous nous servons dans nos Eglises, lesquelles ils appellent des Idoles.
L’Arclievéque à son logis sur les anciens fondemens de la maison de S. Denys Areopa * gite, joignant les ruines d’une petite Eglise fort ancienne, dont les mazures et murailles paroissent encore toutes embellies de diverses peintures, et proche de laquelle est un/?mï$,où l’on assure que S. Paul demeura caché 24. heures, dans une persécution que ses ennemis excitèrent contre lu y, après la conver-
sion
de la ville d\ Athènes. 17
sion de ce Sénateur de l’Areopage.
Les Francs qui n’ont à Athènes que la Chapelle des Peres Capucins , comme auparavant ils n’avoient que celle des Peres Iesuites, disent que des massons ayans trouvé sous terre parmy les ruines de cette ancienne Eglise Grecque, une statue de marbre, qui représentoit la sainte Vierge tenant son fils entre les bras, T Archevêque défunt aussitôt qu’il la vist la mit en pièces , de peur que les Latins n’eussent cet Argument contre les Grecs, et ne leur objectassent que S. Denys honoroit les images en bosse, puisqu’on en avoit trouvé une dans les ruines de sa maison qui joint cette Eglise,
De
Temple De cette maison de S . De-
Tke-
nys on voit a quelque 150.
pas de là un ancien Temple d'idoles tout de marbre , qui depuis le régné de The-sée Roy d’ Athènes qui le fit bâtir, est demeuré en son entier. Les Chrétiens le changèrent en une Eglise qu’ils dedierent à S. George : mais Ton m’a assuré que les Turcs, qui ne veulent pas s'en servir, pareequ elle est hors de la ville, et éloignée des maisons, empêchent même les Chrétiens de faire leurs dévotions dans une Eglise si magnifique, dont les portes qui sont de fer, ne s’ouvrent jamais si ce nest peut-estre le jour de S. George avec une clef d'argent que les Grecs peuvent donner aux Turcs pour obtenir cette permission. On
de la ville d* Athènes. 19
On marche autour de ce Temple dans une galerie entre une muraille de marbre blanc, et de grandes colomnes de meme matière, qui suportent sur cette galerie des voûtes plates larges d’environ dix pieds , où l’on voit d’excellentes architecture, de grandes pièces de marbre que l’on prendroit facilement pour de longues poutres. Entre les chapiteaux et la corniche qui régné tout autour il y a une belle frise de basse taille, où sont représentés les exploits de Thesée et particuliérement le combat des Centaures et des LapitheSy * et ce-
luy
* Quoy que Pausanias dise que le Temple bâti par les Athéniens à l’honneur de Thesée, representoit la bataille des Centaures et des La-
pithes
J ay des Athéniens avec les Amazones. La longueur du Temple contient de chaque côté 12. colomnes , et la largeur en comprend cinq. La voûte que les Chrétiens a voient faite , et que l’on aperçoit par un trou de la serrure, n’a rien qui aproche de la magnificence de ce Temple.
A cinquante pas de là il y a sur un grand chemin un Lion de marbre blanc comme
pi/kes; qui luy fut dédié lorsque Cimon fils de Milliades eut vangé sa mort sur les Medes et eut raporté ses os à Athènes, je ne saurois me persuader que ce Temple qui subsiste encore soit le même. Il ne reste rien sur la face de la terre de si ancien , si nous en exceptons les pyramides d’Egypte, outre que Plularche dit que ce Temple étoit au milieu de la ville proche 'des écholes , ce qui ne conviendroit pas à celuy cy ; mais comme les Autheurs font mention de quatre Temples de Tfiesée faits en differens tems, celuy-cy en peut-estre un.
de la ville d’ Athènes. 21
me neige, couché à terre sur ses pieds; il est plus gros et plus long qu’un cheval : on diroit qu’il a servi à quelque fontaine à voir sa gueule ouverte et un grand trou qui traverse sa tête, par où un homme pourroit passer la sienne. [ * Pollux nous parle * ub. s d’un semblable Lion de bron- cap‘ ze qui étoit à Athènes proche d’une fontaine , auquel on donnoit le nom de KpiqvocpuXai*, ou garde fontaine.']
Il y a une autre Eglise dans Athènes qui est assés belle, c’est au grand Monastère des Religieuses de l’ordre de S .
Basile : elle a deux ailes aux côtés de la nef; les piliers et les murs sont embellis de diverses peintures et d’images des Saints. Le devant du sanctuaire
Sanctuaire est orné de quantité de dorures, et de petits tableaux : mais si l’Eglise de ces Calogries est si belle il faut avoüer qu’il n’y a point d’Hôpital plus mal bâti que leur Monastère, que l’on peut appeller le Palais de la misère.
Mais ce qui me semble plus déplorable, c’est l’ignorance de ces pauvres femmes , qui est si grande, que l’on peut bien se persuader qu’aucune d’elles n’est formellement beretique ni schismatique, quoy qu 'Athènes, aussi bien que le mont Athos et que Constantinople , soit le Thrône et comme la forteresse du schisme Grec.
Il y a plusieurs autres Monastères de Religieuses dans Athe
de la ville d’ Athènes. 23
Athènes, et outre eela dans plusieurs familles il y a une fille qui renonce au mariage, et qui demeurant parmy ses parens prend un habit et un voile noir à la façon des Religieuses, entre lesquelles je ne voy pas beaucoup de différence, puis-que ni les unes ni les autres ne gardent point de clôture , et que tout le monde entre dans ces Monastères sous pretexte d’acheter des étoffes ou des ceintures qu’elles font plûtôt pour gaigner leur vie, que pour fuir l’oisiveté.
C’est assés parlé de ces Religieuses et des Eglises; car je ne prétens pas parler de toutes celles d’ Athènes , il me suffit de dire ce que plusieurs m’ont assuré, qu’il reste en-
core
Des Mosquées.
core aux Chrétiens environ trois cent Eglises, tant dans Atlienes qu’à une lieüe à la ronde, ce qui me sembleroit incroyable, si je ne m’étois étonné moy meme en voyant un si grand nombre de petites Eglises, dont quelques unes sont de marbre. le crois que la pluralité des Eglises des Grecs, vient de ce qu’ils n’ont pas coutume de dire deux Messes le même jour dans une même Eglise, et afin que la pluspart des Prestres pussent dire leurs Messes, ils batissoient ainsi diverses Chapelles éloignées les unes des autres.
Après avoir parlé des Eglises des Chrétiens il faut dire quelque chose des Mosquées des Turcs. le n’en say pas le nombre ;
de la ville d’ Athènes. 25
nombre; mais il n’en paroit que huit ou neuf qui ayent des minarets, ou petites tours, d’où un homme ou quelquefois trois ou quatre ensemble crient et chantent en musique à leur façon, quatre ou cinq fois le jour à divers tems réglés, pour appeller les Turcs à la Mosquée. Ces cris servent aussi d'horloges vivans en ces pays, où il n’y en a point d’autres, si ce n’est chez quelques particuliers.
le ne suis entré que dans La gran une des Mosquées d’ Athènes, quJe°S laquelle a été premièrement un Temple bâty par les Gentils à l’honneur de la Deesse Pallas , avant la venue du fils de Dieu, et en suite dédié par les Chrétiens à la Sagesse éternelle, après la prédication des Apôtres. B Ce
Voyés dans la planche (t Athènes.
Savoir à sainte Sophie.
Ce Temple qui paroi t de fort loin, et qui est l’edifice d’ Athènes le plus élevé au milieu de la Citadelle , est un chef d’œuvre des plus excellens Architectes de l’antiquité. Il est long d’environ de cent vingt pieds et large de cinquante. On y void trois rangs de voûtes soutenues de fort hautes colomnes de marbre, savoir la nef et les deux ailes, en quoy il surpasse sainte Sophie bâtie à Constantinople par l’Empereur Iustinian, quoy que d’ailleurs ce soit un miracle du monde :
mais j’ay pris garde que ses murailles par dedans sont seulement encroûtées et couvertes de grandes pièces de marbre, qui sont tombées en quelques endroits dans les gale
de la ville d' Athènes. 27
galeries d’en haut, où l’on void des briques et des pierres, qui étoient couvertes de marbre.
Mais quoy que ce Temple d’ Athènes soit si magnifique pour sa matière, il est encore plus admirable pour sa façon et pour l’artifice qu’on y remarque ; materiam superalat opus. Entre toutes les voûtes qui sont de marbre, il y en a une qui est la plus remarquable, à cause qu’elle est toute ornée d’autant de belles figures gravées sur le marbre qu’elle en peut contenir.
Le vestibule est long de la largeur du Temple, et large environ de quatorze pieds, au dessous duquel il y a une longue voûte plate, qui semble estre un riche plancher , B 2 ou
ou un magnifique lambris; car on y void de longues pièces de marbre, qui semblent de longues et grosses poutres, qui soutiennent d’autres grandes pièces de même matière, ornées de diverses figures, et personnages de marbre avec un artifice merveilleux.
Le Frontispice du Temple qui est fort elevé au dessus de ce vestibule , est tel que j’ay de la peine à croire , qu’il y en ait un si magnifique et si bien travaillé dans toute la France. Les figures et statues du Château de Richelieu, qui est le miracle de la France et le chef d’œuvre des ouvriers de ce tems, n’ont rien d’approchant à ces belles et grandes figures d’hommes, de femmes et de chevaux ,
de la ville a Athènes. 29
qui paroissent environ au nombre de trente, à ce Frontispice, et autant à l’autre côté du Temple, derrière le lieu où étoit le grand Autel du temps des Chrétiens.
Le long du Temple il y a une allée ou galerie de chaque côté, où l’on passe entre les murailles du Temple, et dix sept fort hautes et fort grosses colomnes canelées, qui ne sont pas d’une seule piece; mais de diverses grosses pièces de beau marbre blanc, mises les unes sur les autres. Entre ces beaux piliers, il y a le long de cette galerie une petite muraille , qui laisse entre chaque colomne, un lieu qui seroit assés long et assés large pour y faire un Autel et une Chapelle 3 le,
le, comme Ton en void aux côtés, et proche des murailles des grandes Eglises.
Ces coloinnes servent à soutenir en haut avec des arcsboutans les murailles du Temple , et empêchent par dehors qu’elles ne se démentent par la pesanteur des voûtes. Les murailles de ce Temple sont embellies en haut par dehors d’une belle ceinture de pierres de marbre travaillées en perfection, sur lesquelles sont représentés quantité de triomphes, de sorte qu’on y void en demy relief une infinité d’hommes, de femmes , d’en fans, de chevaux et de chariots représentés sur ces pierres qui sont si élevées , que les yeux ont peine à en découvrir toutes les beau
de la ville d’ Athènes. 31
beautés et à remarquer toute l’industrie des Architectes et des Sculpteurs , qui les ont faites. Y ne de ces grandes pierres , qui composoit cette ceinture s’est détachée de son lieu, et étant tombée a été portée dans la Mosquée derrière la porte, où l’on void avec admiration quantité de personnages qui y sont représentés avec un artifice nompareil.
Toutes les beautés de ce Temple que je viens de décrire, sont des ouvrages des anciens Grecs Payens. Les Athéniens ayant embrassé le Christianisme changèrent ce Temple de Minerve en une Eglise du vray Dieu, et y ajoutèrent un Thrône Episcopal, et une chaire de Pre- B 4 dica
dicateur qui y restent encores, des Autels qui ont été renversés par les Turcs, qui n’offrent point de sacrifices dans leurs Mosquées. L’endroit du grand Autel est encores plus blanc que le reste de la muraille : les degrés pour y monter sont entiers et magnifiques.
On void à la voûte qui est au dessus de ces degrés une image entière de la Vierge, à laquelle quelque Turc tira un coup de mousquet, qui en gâta un peu le visage, qu’on a après recouvert de cbaux.
Les Turcs memes a vo lient que le bras de celuy qui tira ce coup se seclia aussitôt après son peclié : comme ils tiennent par tradition qu’un autre , Turc mourut sur le Champ
pour
de la ville d* Athènes. 33
pour avoir voulu ouvrir une des deux grandes armoires fermées avec de grandes plaques ou pièces de marbre, qui sont au dessus des degrés dans les murailles, pensant y trouver quelque thresor. D’où vient qu’aucun autre Turc, ni meme aucun Grec n’oseroit entreprendre d’ouvrir les armoires de cette Eglise, ni celles qui sont semblables à celle cy dans l’Eglise de sainte Sophie h Constantinople. 11 se peut faire qu’il y ait quelques saintes Reliques , ou quelques livres propres pour l’Eglise, cachés dans ces murailles.
On void aussi au lieu où étoit le grand Autel, du côté Particu de l’Evangile une pierre de S marbre transparente dans la pierre‘ B 5 murai!
muraille, laquelle étant troiiée suffisamment pour mettre un pois, reçoit la lumière et le trou paroit rouge comme une riche escarboucle. Quoy que quelques uns attribuent cela à un miracle de S. Paul, je crois pour mov, que c’est la nature de cette pierre, qui étant opposée aux rayons du Soleil , et probablement peu épaisse paroit ainsi transparente : j’en ay vû une entièrement semblable, dans Sainte Sophie à Constantinople , aux galeries d’enbaut.
Dans le vestibule de ce Temple , il y a une fort grande pierre de marbre, ronde et creuse, et bien qu’on m’asseurât que chaque Chrétien entrant autrefois dans cette Eglise, laissoit là quelque présent
de la ville d* Athènes. 35
sent, je crois [qu’elle servoit plûtôt pour baptiser avec l’immersion à la façon des Grecs , ou peut-être pour faire de l’eau benite , quoy que les Grecs n’en gardent point aux portes des Eglises, et que plusieurs en acheptent maintenant quelque fiole pour porter à leurs maisons , aussi tôt qu’elle est faite.
Apres avoir parlé du Port De la d* Athènes , des bâtimens, des ({e],adel' fontaines , des Eglises, et des Mosquées de cette ville , nous considérerons ses autres antiquités, sans sortir si tôt de la Citadelle 9 qui n’est pas maintenant en état de soûtenir un long siégé, quoyque son assiete soit fort avantageuse.
On y void un ancien Palais fort magnifique tout de marbre
De VA reopage.
marbre , que quelques-uns disent avoir été V Arsenal , avee une tour quarrée extrêmement haute, et fort belle. Sur la porte de la Citadelle au dedans paroit encore une Aigle Romaine gravée sur le marbre.
De dessus les murailles de la citadelle du côté qui regarde la mer, on void sur le panchant de la colline où elle est située , les restes de V Aréopage, qui consistent en quelques murailles et fenêtres, qui ont encore quelque belle apparence.
Quand on sort de la citadelle, on void assés proche de là à main gauche sur une colline, un arc dt triomphe érigé à l’honneur de l’Empereur Hadrian.
de la ville d' Athènes. 37
A la maison qu’ont acheté De la depuis peu les Peres Capu- de De .
cins, il y a une antiquité bien ™°sthe~ remarquable, et qui depuis le tems de Demosthene est demeurée en son entier, on l’appelle ordinairement la lanterne de Demosthene , et les plus habiles Athéniens m’ont dit que c’étoit le lieu, où ce grand Orateur se retira , s’étant fait Valer.
raser la barbe, et les cheveux , Maxwl' pour se contraindre soy-même par ce moyen à garder la solitude, afin d’acquérir par la méditation et dans le silence, les plus belles conoissances et les plus belles lumières de la Philosophie , comme aussi les traits les plus subtils de l’Eloquence.
Cette lanterne ou ce fanal est une petite tour, toute de marbre
marbre blanc, maintenant un peu noircy par dessus, tant par la pluye que par les incendies, qui ont consumé les maisons voisines , et les sales et chambres où ce grand Orateur étoit retiré : car je ne puis me persuader qu’il fût toûjours enfermé comme dans un cachot dans cette petite tour; qui n’est que delà hauteur d’un homme , et qui ne peut contenir que trois personnes.
Ma pensée est quelle luy servoit de Temple, où il adoroi t ses idoles, à l’honneur desquelles il allumoit des lampes qui ont aidé à noircir ce marbre, et à cause desquelles probablement on appelle ce lieu lanterne ou fanal. 11 est vray aussi que sa ligure luy peut
de la ville d* Athènes. 39
peut avoir procuré ce nom; car cette petite tour est faite comme un fanal , * avec six colomnes canelées hautes de huit pieds , qui soutiennent un cercle épais et gros d’un pied , et haut de deux et demy, autour duquel sont des bas reliefs d’une riche sculpture, qui représentent des Dieux marins. Entre ces colomnes il y a de grandes pièces de marbre fort larges et de meme hauteur que les colomnes. Ce cercle est couvert
* Les colomnes canelées, à ce que dit ViL'uve, ne sont en usage que depuis le siecle de Néron , ainsi cette tour n’est pas si ancienne que Demoslhene . Celles qui sont dans la grande Mosquée, qui étoit un temple de Minerve peuvent y avoir été ajoutées par Hadrian , qui à çe que remarquent les Auteurs avoit rebât y presque tous les Temples d'Aihcncs; car les colomnes qui sont entre les murailles de ce Temple, sont .toutes unies.
vert d'une seule p:erre en coquille, qui a un chapiteau de fuei liages , fort bien faits de la hauteur de deux pieds.
Le Tem - Ver s le milieu de la ville
pie des
Vents. d y a un ancien Temple de marbre, tout entier en Octogone : à chaque côté des Angles par déhors il y a une figure humaine fort bien faite en bas relief, couchée et de six pieds de long , avec des fleurs ou semblables choses à la main. Chaque figure est differente , et toutes représentent les huit vents, ausquels * probablement étoit consa
* Apres ce que dit Vitruve, [lib. I. cap. 8.] on ne peut pas en douter. Yoicy le sens de ses paroles. Ceux qui ont recherché plus exactement la nature des vents ont estimé qu’il y en avoit huit : comme Andronicus Cyrrhestes la voulu témoigner , en bâtissant à Athènes une tour à huit
angles
de la ville d* Athènes. 41
consacré ce beau Temple, qui sans ces huit angles ressembleroit à un pigeonnier.
Ce Temple que quelques uns disent estre le tombeau de Socrate, est en quelque façon comme ces anciens Temples des Ægyptiens Idolâtres, qui étoient beaux à l’exterieur, mais l’on ne voioit dedans que des rats, des crocodiles et toutes sortes de serpens : ainsi il peut estre le hieroglypbe des hypocrites, puis qu’il fut consacré aux vents,
et
angles de marbre, et dans chacun des côtés de l'octogone , les représentations des vents, chacun vis à vis de l’endroit d’où il a accoutumé de souder. Au dessus de cette tour, il y fit une petite pyramide de marbre, soutenant un Triton de bronze qui tenoit une baguette à la main , et étoit fait avec cette adresse , qu’il tournoit selon le vent, et tenoit toujours la baguette du côté de celuy qui soufloit.
.4 ulres
Anti
quités.
et qu’il est beau à Texterieur, au lieu que dedans si l’on excepte les murailles et la voûte de marbre en façon de dôme, l’on ne void en bas qu’un cloaque et une infinité d’ordures.
Proche du marché , que l’on appelle du nom Turquesque Bazar , il y a une rüe fort belle et fort large, et assés prés de là on trouve une des plus belles antiquités de cette ville. C’est une des plus magnifiques portes que j’ave vûes : il y en a trois l’une après l’aiître, comme l’on en void à l’entrée des Citadelles. La solidité y est jointe à la magnificence, puisque cette triple porte est bâtie de grosses pierres de marbre bien poly.
loi
de la ville d' Athènes. 43
Ioignant cette superbe porte , il y a une autre reste fort remarquable de cette illustre Ville. C’est une assés longue muraille de beau marbre blanc avec huit ou neuf colomnes de même matière , hautes de 24. pieds , assés éloignées les unes des autres, et qui joignent la muraille de même façon et avec aussi bonne grâce que l’on en void en France aux Autels des plus magnifiques Eglises. le fus surpris en voyant la beauté de cette muraille , qui est de la longueur d’une rue, et voyant qu’elle enferme maintenant un cartier de la ville , dans laquelle on entre de ce côté par cette triple porte, au delà de laquelle on est dans la campagne , je crus d’abord
que
Du Palais I nia drian.
que c’étoit une porte de l’ancienne ville d’ Athènes, et un reste de ses anciennes et superbes murailles , dont on nè découvre point de marques ailleurs, cette ville étant présentement comme un grand village, et les murailles même de la Citadelle, n’approchant pas de la beauté de celle-cy.
Mais apres avoir considéré que ces colomnes n’ont point de rapport avec les murs d’une ville, je me persuade que c’est plutôt la porte et la face du Palais de Themistocles , ou peut-estre un reste de ce superbe Temple de Iupiter Olympien , que l’Empereur Hadrian y fit bâtir.
Ce même Empereur fit faire pour soy un Palais fort magni
de la ville d* Athènes. 45
magnifique, dont on void encore des restes dans un champ entre la ville et une petite rivière. On dit qu’il y avoit autrefois six vingt colomnes de marbre, il en reste encore environ seize , extrêmement hautes, et si grosses que deux hommes ne sauroient en embrasser une, et sur chacune desquelles, on void des restes d’une petite galerie voûtée.
Entre quatre de ces colomnes il y a une petite Chapelle des Grecs toute entière, mais qui n’est j’amais fermée et dont ils ne se servent point.
Fort proche de ces colomnes composées de grosses pierres rondes les unes sur les autres, il y a un grand portail de marbre , sur le frontispice duquel on lit des mots Grecs
Portail de mar bre.
Grecs en gros charactéres qui signifient , CE N’EST PL YS ICY LA VILLE DE THESE E, C’EST CELLE DES H A- D R I A N S. C’est le meme Empereur qui bâtit An drinople , appellée autrefois Hadrianopolis.
On dit qu’une rangée de ces Colomnes alloit de là jusqu’à la Citadelle, proche des murailles de laquelle on en void encore deux sur la colline, qui sont un peu moindres que les autres. On en void 2. autres de meme grosseur que ces deux dernieres, sur Je panchant d’une autre colline , et l’on asseure qu’il y avoit encore une autre galerie ou rangée de colomnes, depuis le Palais jusqu’à cette colline
de la ville d’ Athènes. 47
colline, sur la pointe de laquelle il y avoit autrefois un Temple de Pallas, en la place duquel il y a maintenant une Chapelle des Grecs.
Assés proche de ce Palais et au delà de la petite rivière , il y a sur une eminence une fort belle Eglise toute bâtie de fort beau marbre; mais abandonnée et toute ouverte, les voûtes de laquelle sont embellies de peintures , où je remarqua y même quelque reste d’une image en bosse, contre la coutume des Grecs.
En descendant un peu on trouve environ à 60. ou à 80.
pas delà, sur la riviere un fort beau Pont , qui a par dessous deux longues voûtes bâties de grosses pierres de taille toutes
Pont sur la riviere d'Ilissus.
toutes égalies en largeur et en longueur. Il y a une muraille qui séparé ces deux voûtes , qui sont comme deux grands et larges canaux, par où coule l’eau sur ce pont.
Il est aisé de juger par la beauté, et par la largeur et longueur de ce pont, que Yllissus étoit autrefois plus abondant en eau qu’il n'est présentement , car maintenant l'une de ces voûtes et l’un de ces canaux est plus que suffisant même en hyver, pour toutes les eaux de cette petite rivière.
Dessus ce pont paroissent les ruines d’une Eglise et d’une maison, d’où l’on peut conjecturer que c’étoit un monastère avec son Eglise bâty ainsi sur l’eau , et sur
tout
de la ville d' Athènes. 49
tout puis qu’il ne paroit aucune marque de chemin pour les chariots, ni meme pour les chevaux , et que l’on entre sur ce pont du côté de la ville, seulement par le Portail de cette Eglise, dont quelques murailles restent entières.
De l’autre côté de la rivière l’on void dans une ouverture qui se fait entre deux collines , le reste de V Amphithéâtre, et de la muraille qui le fermoit du côté qui regarde le pont. Les trois autres côtés étans fermés par la colline.
Comme l’on monte plus haut en suivant le lit de la riviere , I on rencontre à demy lieüe de la ville, quantité de jardins plus beaux que ceux qui sont proche de la C ville
Restes d’ Amphithéâtre,
Des lar dins .
ville un peu plus bas que le Palais d’Hadrian, et qui tiennent beaucoup plus d’étendue, d’où vient que Pausanîas fait mention d’un lieu proche d’Athenes appellé les Iardins.
Chacun à une maison pour loger ceux qui en ont soin et plusieurs ont de hautes Tours carrées pour loger leurs maîtres pendant une partie de l’année.
L’on n’y voit ni cabinets, ni allées : tous les arbres sont sans ordre et en confusion; mais on a de l’adresse pour les arroser durant l’été , l’eau des puits ou des ruisseaux ne leur manquant jamais.
le ne vis point dans ces jardins le Temple de Venus qui y étoit du tems de Pausanias , ni la statue de cette Dees
de la ville d’ Athènes. 51
Deesse, que cet Autheur, au livre premier de la description de la Grece, dit estre un ouvrage qui ravissoit en admiration ceux qui la voyoient.
On y voit pourtant encore des restes fort considérables d’une ancienne tour, bâtie de marbre rude , grossier et mal poly : elle est â peu prés comme sont les colombiers en France. La voûte en est tombée , chaque pierre est de même grosseur, elles avancent et sortent toutes en dehors en façon de pointe de diamant.
On m’a assuré que cette ve va- Tour étoit autrefois V Ecole et dena- V Académie de Platon , et cela ton' s’accorde bien avec ce que j’ay lù dans quelques Autheurs , que ce fameux Phi- C 2 loso
Des
Athé-
niens.
losopbe se retira hors d'Athenes à la campagne, et assés proche d’une montagne:
cette Tour est à demv lieüe
de la ville , et n’est éloignée du mont Hymette qu’environ un quart de lieüe.
Apres avoir rapporté ce qui reste des antiquités d'Athenes , et représenté cette ville telle qu’elle est aujourd’huv , il ne sera pas mal à propos d’écrire quelque chose des Athéniens . Si ces peuples joüissoient de la liberté qu’ils avoient autrefois, ils seroient encore tels que les dépeint saint Luc, au cbap.17.
des Actes des Apôtres. Athenienses autem omnes ad nihil aliud vacabant , nisi aut dicere aut andire aliquid novi . Les Athéniens , dit-il, et les étrangers
de la ville d} Athènes. 53
gers qui demeuroient à Athènes , ne passoien l tout leur tems , qu à dire et à entendre quelque chose de nouveau .
Ils montrent encore cette inclination de dire ou d’entendre quelque nouveauté; et ne tiennent pas seulement cette curiosité par héritage de leurs ancêtres; mais encore une grande estime d’eux mêmes , nonobstant leur servitude , leur misere et leur pauvreté sous la domination Turquesque.
Que si Solon disoit autrefois à un de ses amis, en regardant de dessus une montagne cette grande ville, et ce grand nombre de magnifiques Palais de marbre, qu’il considéras!, que ce n’étoit qu’un grand , mais riche hô- C 3 pital
pital remply d’autant de misérables, que cette ville contenoit d'habitans : j’aurois bien plus sujet de parler de la sorte, et dire que cette ville rebâtie des ruines de ces anciens Palais, n’est plus qu’un grand et pauvre hôpital , qui contient autant de misérables que Ton y void de Chrétiens.
Il faut pourtant avoüer qu’il y a encore des marchands Grecs riches de plus de cinquante mille écus. Et pour ce qui est de la science, j’y ay vù un Religieux Grec , qui savoit un peu de Latin. Il y en a d’autres sans parler de l’Archevêque, qui savent le Grec literal.
L’Eloquence ni la philosophie n’en sont pas entièrement
de la ville d’ Athènes. 55
ment bannies , et j’ay parlé au Signor Dimitry Beninzeles, qui ayant appris l’une et l’autre dans l’état de Venise, en faisoit des leçons dans sa patrie, à deux ou trois Auditeurs seulement ; tout le monde s’occupant maintenant à amasser un peu d’argent, qui tombe enfin presque tout dans les mains des Turcs.
Si je voulois prouver qu’il s’y trouve aussi des personnes considérables pour leur vertu et pour leur courage, je ne manquerois pas d’exemples ; et j’en trouverois deux fort beaux et fort recents, l’un dans la personne d’une fille Grecque, qui étant attaquée par des Turcs dans sa maison , aima mieux recevoir plus de soixante coups de C 4 cou
couteaux, que de perdre la fleur de sa Virginité. Monsieur Cas tenter Marseillois Consul de France, et Monsieur Giraud Consul pour les Anglois natif de Lyon , eurent la charité de faire penser ses playes , et de l’envoyer dans une Isle , comme dans une azyle , après luy avoir fait de bonnes aumônes , sans que les Grecs fissent rien en sa faveur.
L’autre Exemple fut dans la personne d’un jeune enfant, lequel aima mieux perdre la vie, que de faire banqueroute à la Religion Chédenne, pour laquelle il eut le courage de souffrir dans sa propre maison une courageuse mort, qui le mit au rang des Martyrs de la Grece.
Ce
de la ville d! Athènes. 57
Ce sont deux histoires qui meriteroient detre racontées au long avec toutes leurs circonstances et particularités; mais ce peu que j’en écris suffit pour faire voir, que dans Athènes il se rencontre encore des personnes courageuses et remarquables par leur vertu.
On voit encore de teins en tems des prodiges et des Monstres dans cette ville, aussi bien qu’auparavant. L’an 1665.au mois d’Octobre , une femme Turque enfanta à la Citadelle d' Athènes, un épouvantable monstre qu’elle a voit conceu depuis neuf mois. Quand il vint au monde, il sauta aussitôt en terre et commença à marcher , à crier, et à marmoter certains mots qui ap- C 5 pro
Monstre né à A thenes .
prochoient de l’abbayement d’un chien. Il avoit les oreilles de lievre et droites, son museau ressembloit à celuy d’un Lion , ses yeux etinceloient, deux grosses dents luy sortoient de la bouche, ses pieds paroissoient comme ceux d’un enfant, et ses mains étoient comme celles d’un grifon : à peine pou voit-on discerner son sexe.
Le Vaivode et le Cadis , c’est à dire le Gouverneur et le juge de la Ville, allèrent le voir trois jours apres sa naissance, et portèrent sentence de mort contre luy, ordonnant qu’on feroit une grande fosse, et qu’aprés y avoir été jette on la rempliroit de pierres. Ce qui fut exécuté le 8.
d’Octobre.
Mon
de la ville d' Athènes. 59
Monsieur Fouchon Chirurgien François demeurant pour Jors à Athènes , pria ces Messieurs de luy laisser embaumer ce corps monstreux, afin de l’envoyer en France, ce qu’ils luy refusèrent disant que c’étoit un diable, et qu’il n’en faloit pas conserver la mémoire, ni même s’approcher de la fosse où il étoit, de laquelle tous les Turcs fuyoient comme d’un écueil dangereux.
Voila, Monsieur , ce que j’ay à vous écrire d’ Athènes, pour vous la représenter telle qu’elle est de nos jours : en quoy vous voyés qu’elle est bien differente de ce qu’elle étoit autrefois; puis qu’on n’y voit plus tous ces Temples, tous ces mausolées, et toutes ces statues
statues dont parlent les Historiens. On ne sçait pas meme en quel endroit étoient les Temples de Iunon et de Ceres, ny les magnifiques sepulcbres de Menandre, d’Euripide , de Pericles et de Phormion • ni les statues de Cecrops , de Pandion , de Philippe de Maeedoine, d'Alexandre le grand son fils, de Brutus, et de Cassius, et de plusieurs autres grands personnages : ni le College que fit bâtir Ptolomée où étoit sa statue, ni les Autels de la miséricorde, de la pudeur, de la renommée et de la joye.
Il ne reste pas meme aucune marque de ce fameux Autel, doù Saint Paul tira le sujet de la première prédication qu'il fit dans cette ville, qui étoit
de la ville d* Athènes. 61
étoit consacré au Dieu inconnu.
Il est tems de finir. I’espere que vous aurés la bonté d’excuser la longueur de cette lettre , puis que je ne l’ay fait que pour m’acquiter de ma promesse et vous donner satisfaction, vous priant en échange si vous avés quelque piece nouvelle touchant les Hollandois , et les victoires de nôtre Illustre Monarque, de m’en faire part , et vous obligerés sensiblement celuy qui est avec sincérité de cœur,