JUSQU A LA CONQUETE F&ANÇAISE
La contrée de T Afrique septenuionale que nous appelons TAlgérie est, telle que la France la possède aujourd liui, bornée au nord par la Méditerranée, qui en baigne les côtes sur une étendue de mille kilomètres; à Test par TÉtat de Tunis, suivant une ligne arrêtée entre le gouvernement de cet État et le gouvernement français, en 1846, et k l'ouest par l'empire de Maroc, d'après une ligne fixée par un traité, en 1845. Au sud, l'Algérie est, sans aucune limite tracée, séparée du grand désert par une ceinture d'oasis. Deux chaînes de montagnes, dont réTévation décroît de Touest k Test, sillonnent longitudiualement le territoire algérien de la frontière du Maroc à celle de TËtat de Tunis.
INTRODUCTION
La chaiue méridionale, qui est la chaîne prindpale, est désignée sons le nom de Grand- ÂLlas. La seconde cliaine, appelée Petlt-AUas, se développe, plus rapprochée de la côte, parallèlement et au nord de la première. Entre les deu chaînes s'étendent de vastes plateaux.
Les Libyens (i), les Gétoles, les Phéniciens (2), les Carthaginois, les Grecs de la Gyrénaïque (â), les Berbères, les Numides (4),
(1) La Libye, AiAii),e8t mentiomiée par Homère dans VOdyaée.
(3) Les Phènidens abordèrenl en Afrique plusienrs aiè*
des avant qu'une colonie tyrienne y vînt fonder Carthage, vers Tan 880 avaiii Jésas-Clii ist. Célèbre dans l'histoire par sa rivalité et par sa lutte avec la république romaine, l'État de Carlhaf^e subsista de Tan 880 à l'an 146 avant Jèsus-Christ, date de la prise et de la destruction de Carthage par Scipion Emilien.
(3) Les Grecs qui bâtirent la Tille de Gyrène, Tan 63i avant Jésus-Christ, étaient venus en Afriipie de rile de Théra, l'une des Sporades«
(4) Les Numides, issus de peuples arrivés par mer d'Asie en Afrique, et mêlés ami Gétules par des mariages, au rap[)ortde Sallusle, liraient leur nom du grec vofxaSsç, c'est-à-dire pasteurs et errants, nomades en Irançais. Us s'appelèrent eux-môm(îs yumldà', parce qu'ils chan<^eaient souvent de demeures, ajoute riiistorien latin qui a raconté {de beUo JugurtlUno) leur grande et terrible lutte contre les Romains sons leur roi Jugurtha, bélUm magmm et (Ufùm* Cétident les Uby^ nomades, vo^Seç Affiutç d'Hérodote (iV, 186).
INTRODUCTION
les Maures, les Romains (l), les Vandales (2)
avec les Alains,etles Grecs de Tempire d'Orient ont suGcessivemeni occupé cette coutrée de TAfri* que septentrionale qui est maintenant la possession de la France. Les Arabes y apportèrent rislamisme dans la seconde moitié du vii* siècle de l'ère chréiieuiic. Peuple sémitique, les Arabes descendent de deux souches, de Jectan, second filsd Uéber,etd ismaël, fils d'Abraham et d'Agar. Pasteurs et nomades dès leur origine, ils devinrent commei'çauts au témoignage de Tlinc (3),
(4) Liuluininaiion dos Rom.iios établie dans l AiViquc car:hagiîioiso>'^ l'issue de la troisième ^erre punique ^lue Seipiuu Einilieii termina par la prise et la raine de Car- Ihaf^e, l'an 146 avant Jésus-Christ, s'étendit quarante ans plus tard sur la If mnidie èt la Uauritanie, apurés la dè£ûle de Jugurtba.
(5) Les Vandales» ran des quatre peuples germaniques qnieuvahirentrEspagne, an commencement du v* siècle de l'ère chrétienne» toent atUrés dans TAIIrique romainei en m, par le comte Boniface, qui en était gouvemeuTt
et qui voulait se venger d avoir été injustement desservi auprès de Timpératrice Placidie. Ils y fondèrent, sous leur roi Genseric, avec les Alains, un royaume ([ui eut Cartha^c pour capitale. Ils étaient ariens fanatiriues, et ils firent prévaloir parla violence leur hérésie en Afri((ue, où le catholicisme avait été florissant dés. les premiers nèdes chrétiens» et notamment au temps de saint Augustin» mais d*où U ayait présque entièrement disparu lorsque les Arabesy arrivèrenu La d<Hnination des Vanàitos fot anéantie par MIsaireTan fSèJk &} UUtoria naturalU (Lii>. Vil, cap. xxviii).
INTRODUCTION
et leura caravanes parcourureo îles vastes plaines de la presqu'île arabique. Ils commeneèrenL à s'aguerrir dans leur contact avec les Parthes et avec les Romains, et plus tard Tenthoasiasme nuihoméian les rcDdit conquérants (1). Œuvre de sang et de volupté, la fausse religion dont Mahomet fut Tinventour et Tapôtre enilamma leurs passions sensuelles, en autorisant la poly-garnie, et leur mit le glaive de la destruction à la main^ en leur persuadant que la foi au Coran ne
pouvait être établie que par 1 épée, et que tous les musulmans tués en combattant pour la propagation armée de leur croyance entrent immédiatement dans un paradis de félicité matérielle. a Si Ton considère les résultats de Vœuvre de a Mahomet, les dangers qu elle a fait courir à la < civilisation chrétienne, le mal qu'elle a fait aux « peuples, l'abaissement moral et politique au- « quel elle les a conduits, Tislamisme appâte rait comme un fléau, et son toadateur comme « un homme dont on aurait pu dire : mieux eût
(l) Frédéric de Schlccrol, dans sa Philosophie de rhistùifê (Philosophie der Geschichte)^ fait observer avec raison que les Arabes étaient fiers de leur origine, et que leur caractère national, dont, au témoignage des plus anciens monuments de leur poÀiie, Torgueil, la haine, Temportement et la vengeance étaient les principaux traits» a en une influence essenlieUe sur la nature et le défeloppâment de la religion mahométane.
c valu qu'il n'eût jamais exislé(l}.» Poneai esi etàTonest de l'Arabie, k la pointe da fer, par ses
bouillaiiis seclateursjéajaliuiûélisme, d-'iiirère date de la fuite (2) de son fondateur de la Mecque àMédiiie, Tau 622 de Jésus-Christ, pénétra rapidement en Asie jusqu^kllndus et delà jusqu'au
Gange, et, en Alïiquc, des rives du \i\ aux
bords de rOeéan, à l'extrémité occidentale de
cette [lai lie du monde. Les Arabes sont divisés par tribus, dont chacune est soumise à Tautorité d'an chef, appelé cheik, c'est-à-dire vîetlfard. Les Berbères (3), les plus aucieus habitants
(i) C/est unémincnt archculugue, qui avisiK^ phiM' ms fois rOrient, qui a vu de ses yeux ce qu'est l'islamiânie, M. le comte Meicbior de Vogûé, qui Tappréeie irès-justemeni en ees termes, dans un remarquable article du Carrupmdani da 35 novembre 1S65 consacré à Texamen ertUque de rouvraga inUlulé Mahomu el U Coran^ où M. Barthélemy-Saint-Hilaire formule son admiration pour le ftmx prophète en le proclamant « un des hommes les plus extraordinaires et les plus grands qui se soient mon- « très sur la terre. » Auteur d'un précieux et intéressant ouvrage, le Temple de Jérusalem, le comte Melcliior de Vogiié, membre libre de l Académic des inscriptions et belles-lettres, est le lilsaîné de M. le marquis de Yogiié, qui a fait avec distinction, conune officier d ordonnance du général de Damrémont, la campagne de la f onquôte d'Alger en 1830, et a renoncé, après la révolution de joiUet, à poursoivre sa carrièfe militaire par fidélité à «es principes politiques* (% Bégire en arabe.
(3) VBUioire des Berl/ères^ écrite eu arabe par Ibn
IWTRODLCilOiX.
indigènes, après les Libyens et les Gélules, de la partie de l'Afrique septeuuionaie, vai$iae de la Méditerranée, qui comprend aujourd'hui les États de Tripoli, de Tunis, F Algérie et le Maroc^ se sont toujours montrés fortement attachés à leur indépendance. Ils sont, comme les Arabes, divisés par tribus. Adonnés à la culture de la terre, laborieux et industrieux, ils se sont réfugiés dans les montagnes et dans les vallées de l'Atlas, qu'ils occupent encore maiaienant sous le nom de Kabyles (1), pour se soustraire successivement au joug des Romains, des Vandales et des Ai^abes, et à la domination turque. Ils se sont accrus, à diverses époques, des débris des peuples vaincus par les conquérants survenus dans cette partie de l'Afrique. Ils n'ont pas embrassé le ma* homéiisme dans sa complète monstruosité, et ils ont conservé leur langue propre, qui est différente de lâ langue arabe, et que des découvertes récentes font remonter à la langue des Libyens.
Issus du mélange des Libyens avec des peuples venus par mer d'Asie en Afrique, les Maures ou Mauritaniens, Maupoudtot de Strabon, Mauri et Mauritani des Latins, anciens habitants de la Mauritanie, située à l'ouest de la Numidie, furent
Khaldoun, a été traduite en français par M. le liaron Mac-Gucldn de Slane.
(l)Derarahe to5ito,c*eslràrdire tritm^ kabakl au pluriel
IMfEODUGTlOM.
appelés Maures^ au lieu de Mèdes dans la laague btrbire des Libyens^ dit StUoste, de qui iioas apprcuûus qu'ils euicui bientôt des Yilles« et qu'ils disaient le eommerce a?ee l'Espagne. Us se laissèrent facilemeut inoculer Tislamisme par les Arabes^ et s'unirent à eux. Cette nnion se cimenta dans la p:ii ( qu'ils pi iienl avec eux à riB?asion de l'Espagne^ et produisit les Mores ou Maures, Moros des Espagnols, dont les derniers restes sont les llaures de l'Algérie de nos jours, qui ont encore les goûts, les habitudes et leso€Cupations de leurs primitifs ancétresderandenne Mauritanie. Ils ont la peau plus blanche, le nez moins aigu, le protii moins anguleux que les Arabes.
Après s'être assimilés les Maures, en les confertissant an mahométisme, les Arabes établis
dans le Maghreb (1), mm qu'ils donnèrent à la partie septentrionale de TAfriqne à Touest de 1 Egypte, s'étendaut de la frontière orientali^ de l'État de Trip(di jusqu'à TOeéan, entendirent vanier la beauté du climat et la fécondité du sol de la péninsule ibérique. La description encban-teresse qu'on leur en faisait la leur peignait, racontent les historiens, comparable aux plus b(dles contrées du monde pour le charme de son
(l) C'est-k-dire Occident en arabe.
lI^TAODUGTlOlf.
ciel et pour la saveur de ses fruits, pour la &éi*énité de son air et pour la fertilité de ses champs, pour le parfum de ses fleurs et pour la précieuse abondance de ses mines. L'auteur du Coran avait promis la vicloire à ses adeptes jusque dans les régions les plus lointaines, et le calife Ommiade Walid autorisa Mousa-ben-Nasser, gouverneur de la Mauritanie, à entreprendre la conque tu Je rEspagne.
Tarik, lieutenant de Mousa, envoyé d'abord pour reconnaître les côtes d'Espagne, y aborda en 110, avec cinq cents cavaliers. Chargé ensuite du commandement de Texpédition destinée à exécuter Tentreprise projetée, il débarqua vers rendrait où il avait pris terre la première fois, près du lieu où fut bâtie plus tard la ville d'Algezlras. On lit dans un historien arabe qu'il brûla les navires qui Tavaient apporté pour ôter à ses troupes toute pensée de retour en Atrique. Il élaLlit son camp au pied du mont Calpé, qui fut appelé Djebel Tarik, c'est-à-dire en arabe montagne de Tarik, d'où on a fait CHbraltar. Rodrigue, dernier roi de la monarchie des Goths, marcha à la rencontre des envahisseurs, à la téte de toute la noblesse de son royaume suivie d'une armée considérable. Mais les Arabes, inférieurs en nombre auxGotbs, leur étaient très-supérieurs dans Tart de la guerre, auquel ils s'exerçaient
INTROOUGTiOR.
avec des saccès continuels depuis bientôt un siècle. La monarchie des Wisigoths suceoinba soQsleurs coupsen 1 tS^.dansunegrande balaillet
livrée sur les bords du Guadalèle, près de Xérez de la Frotttera, oii la victoire fut néanmoins disputée pendant plusieurs jours. ïarik s'était emparé de Tolède, capitale du royaume des Gotbs, lorsque Mousa, jaloux de la gloire de son lieutenant, passa lui-même eu Espagne avec de nouvelles forces et accompagné de son fils, Âbd-el- Aziz. En moins de deuxansles trois chefs arabes achevèrent de conquérir la péninsule ibérique.
Mais la loi chrétienne, lorsqu'elle subsiste au sein d*un peuple, est toujours un principe de salut. Les débris de larmée vaincue près des rives du Guadalète, réfugiés, sous leurs plus courageuxchefs, dans les montagnes et dans les cavernes des Âsturies, résolurent de verser jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour la défense de leur religion et pour Taffranchissement de leur patrie. Don Pélage, qu'ils élurent roi, en 718, pour consuiuer parmi eux Tunité d'action, inaugura par une victoire ces huit siècles de vaillants combats, immortel lionneur de la catholique Espagne, que couronna le triomphe de rÉvangile sur le Coran. La vie héroïque, dont la chevalerie à réalisé Tidéal chrétien, s'est manilestée, a dit uu écrivain catholique alle-
10 IfiTAODUCTiOK.
rnand (1), a dans deux phénomènes de Tbistoire <c du monde, dans les croisades et dans les a ordres de chevalerie religieuse, et de la mail nière la plus brillante et la plus durable en « Espagne^roù, dans la luue persévérante contre « les Maures, la nation tout entière a été proie prcnieni un oidre de chevalerie religieuse. »
La gloire de mettre fin à la domination mahomélane en Espagne était réservée à Tillustre couple royal dont le mariage à constitué la mo^ narchie espagnole. Ferdinand d'Aragon, qui mérita de recevoir du pape Innocent VllI le titre de roi catholique, entrej>rit le siège de Grenade le 23 avril 1491, avec la résolution de ne pas le lever sans se rendre maître de la ville, et la grande et pieuse Isabelle de Gastille vint, avec ses enfants, se réunir à son époux. Battus dans toutes les sorties qu'ils tentèrent, les iiiiiJèles reconnurent enfin qu'une capitulation était tout
ce qu'ils devaient se résigner à obtenir Je la générosité de leur vainqueur. Ferdinand prit possession de sa conquête, à la tête de son armée, le 9 janvier 1492. 11 reçut les clefs de TAlhambra ( 2) de la main du dernier roi de Grenade,
(i) GeschicfUe der poelischen Literaiur DenUchiands^ von J. Freiherm von EtcbeDdorlT,
{% Un des plus remarquables monuments de l^archilecture arabe, b4ti de 1213 à 1338, est en même temps
llfTRODUCTlOll.
Mahammed-'Aboa-AbdâUak , volgairemeAi appelé Boalitlil. Le signe sacréde notre rédemption, arboré sar k plus liaute tour de l Alkaoïbra, avec réiendard royal et celai de Saiot-Jaeqnes, annonça que le jour de la délivrance du joug de l islamisme avait loi pourla péninaiile hispanique.
Expulsés de i Espagne, et rejetés en Miii^ue, les Maures et les Arabes y portèrent le souvenir et le regret de Grenade perdue. « paradis de « Grenade , a dit poétiquement Gbateaa* « briand(l), vivait toujours dans leur mémoire; « les mères en redisaient le nom aux enfants qui « suçaient encore la mamelle. Elles les berçaient « avee les romances des Zégris et des Abencera ni;^c s. Tous les cinq jours on priait dans les « mosquées en se tournant Grenade. On it invoquait Allah, afin qnH rendit à ses élus
cette terre de délices. En vain le pays des « Lotopbages offrait aux exilés ses fruits, ses « eaux, sa verdure, son brillant soleil : loin des « Tours wrmeiUes (tours d'un palais de Grea nade), il n'y «avait ni fruits agréables, ni fon- « taine limpide, ni fraîche verduroi ni soleil « digne d'être regardé. »
une forteresse et un palais, ancienne demeure des rois
musulmans, appelée la Rougey en arabe AUiambra, à cause de la couleur des matériaux (lui y furent employés. (1) Aventures du dei nier Ààmcerrage*
IliTRODUCTiOn.
C'est de ce souvenir de la possession regrettée
ciel Espagne, resté ineffaçable chez les Arabes et les Maures, que la piraterie naquit, sur la c6te septentrionale d'Afrique, dès la fin du xv® siècle et le commeucemeùt du xvi*. Le littoral de VAndalousie fut incessamment assailli par les incursions des corsaires musulmans, et les parages de la Méditerranée voisins des côtes africaines et espagDoies deviureot dangereux à fréquenter«Ceutaet plusieurs autres points de la côte septenlnouale d'Afrique furent occupés par les Portugais sans qu'un remède efficace fût apporté à cette situation.
Le plus éminent conseiller de Ferdinand le Catholiiiue, le grand cardinal Ximenès, arclievèque de Tolède, aussi illustre comme homme d'État, que par sa science et par sa piété, reconnut bientôt qu'il fallait s'emparer des principaux ports d'où sortaient ces continuelles attaques des pirates. Le trésor royal était alors épuisé; mais Ximenès, qui, avec les revenus d'un prince, n'avait quelesbescius d un luuiiic, av ança l'argent nécessaire pour entreprendre une expédition contre Mers-el-Kebir (1). Diego Fei nandez de Gordoue, à qui fut confié le commandement du corps expéditionnaii e, s empara de la place, après
(i) C'est à dire le grand port en arabe, Porlus magnus des Homaiob, à 8 kUometres d'Orau.
OTRODUCTIO!!. IS
noe me résisUiiioe, m mm d'oetobre 4808.
Mais dans une sortie qu il lii, en 1507, à la tête de trois mifle hommes, il se liiss» sarprendre, ei éprouva unecliec lei que Ximenès résolut d en tirer vengeaiiee an pins tôt.
Le cardiuai pourvut encore aux irais de ceiie noaveUeentreprise^ et partit loHméme, en 1509, avec rexpédjiiOii cuiuinandéc par Pierre de Na- Târre, comte de Olivelo. Les mors d'Oran forent facilement escaladés, ei Ximenès, que les supplications de toute Tarmée avaient seules empèebé de s^assoeier an péril de Tattaque, entra le lendemain dans la ville (1). Son premier soin fut de mettre en liberté trois centsesdaves chrétiens, et d'appeler des missionnaires à porter la bonne noovelle aux peuples de TAfrique. A son retour eu Espagne, malgré ses insiauces auprès de Ferdinand ponr rengager à poursuivre la conquête de toute la côte d'Afrique, dont il lui avait ouvert la voie» il ne le détermina qu'avec peine à
faire atlaiiuir Bougie. Pierre de Navarre s*empara iacilemeut de cette ville en lâlO. Les Algériens devaient au souverain de Bougie un tribut (lu'ils s'engagèrent à payer au roi d'£spagne. Les Espagnols construisirent alors, sur un rocher situé dans la mer, en face d'Alger, un fort qui
(1) Àlv. Gomez, iU Reàus ge$tU FrancUci Ximmiù
INTRODUCTION
commandait la ville , et qu'ils appelèrent le Pehùn d'Alger (1). Pierre de Navarre fit voile ensuite vers Tripoli, qu'il enleva d'assaut. Ce fut le dernier de ses succès, et il n'éprouva plus que des échecs dans ses entreprises couUe les pirates qui désolaient la Méditerranée.
Aioudj, rainé des deux frères qui se sont rendus si célèbres sous le nom de Barberoosse, commença à se signaler parmi ces pirates. Sandoval (2) rapporte que le surnom Barberaime lui fut donné à cause de la couleur de ses cheveux et de sa barbe, lorsqu'ayant été pris en mer par les chevaliers de Rhodes, il ramait à la chiourme d'une de leurs galères. Mais la qualification de Bai>a attribuée aux Turcs par les Arabes, a pu faire que le nom de Baba-Aroudj^ altéré par la prononciation européenne, se soit transformé en celui de Barberousse, Fils d'un renégat albanais et d*une mère chrétienne du schisme grec (3), cet aventurier, né a Mételin en 1482, débuta dans la carrière maritime sur une barque de cette île. Il passa de là à Constantinopie, et obtint un emploi (4) à bord d'une
(1) Penon signifie grand rocher en espagnol.
(2) EUtoria de vida y hechos del imperador CarU» F.
(3) SandovaU id*
(4) Il était» dit Sandoval, cômilref c'esl4-dire chef de la manœuvre et des rameurs à bord de .cette galère.
lf4TJiOJ>UCT10ff«
galère turque qui fut capturée daus une reocontre avec les chevaliers de Rhodes. Étant parvenu à s échapper, après deux ans de capiiviié, il . retourna à Gonstantinople, oii il fut successivement portefaix, juumalier et batelier. Il était timonier à bord d'une galère, armée en corsaire avec uu briganlin, lorsqu'il s'empara de ces deux bâtiments après en avoir assassiné le maître. S'éloignant alors des parages de Tempirc oiloman, il passa en 1504 par Mételin, d'oii il emmena avec lui son frère Khaïr-cd-Din, à qui il donna le commandement de son brigantin. 11 captara ensuite une galiote turque, et arriva avec trois voiles vers rUe de Lipari. Il attaqua près de cette tle un navire espagnol qui portait à Naples des passagers de distinction, ei s eu rendit maître, malgré la vaillante résistance qui lui fut opposée. Il prit aussitôt la route de Tunis, dont il voulait se concilier le souverain en lui offrant une partie de son buiin. En échange des esclaves, des chevaux et de rartillerie dont il lui fit solennellement lionimage, il reçut une fuste en présent.
Barberousse continua à se signaler par des exploits de piraterie, oii il déployait la plus intrépide audace, et qui lui valurent de riches prises. II obtint du souverain de luais des secours avec lesquels il tenta, en de pren-
IKTRODUCTION.
dre Bougie. Mais il échoua dans cette entreprise,
oîi il perdit un bras. Les Espagnols rappelèrent dès lors Barbarasa el del brazo cortado^ Barberouè>6e au bras coupé. Une seconde expcdilion contre Bougie, que le souverain de Tunis Favait aussi aidé à préparer, échoua encore, eu 1515, malgré le courage avec lequel il attaqua la place.
Après ces mécomptes, la fortune revint sourire à Barberousse, qui avait trouvé un asile k
Djigelii (1), près d'un cheik arabe, au ra()port de Sandoval (2). Âlger, que les Arabes de Tintérieur du pays appelaient la ville des Bcni-Mezeghmna^ et les corsaires AlrDjezaîr^ c'est*à-dire les tles^ s étant soustrait à la dépendance de l'Etat de Tlemcen, s'était donné un chef de son choix. Ce chef était un puissant cheik arabe de la Métidja, appelé Sélim Ëutemi. A la nouvelle de la mort du roi Ferdinand le Catholique, les Algériens pensèrent à s'affranchir du tribut qu'ils payaient à TEspagne. Ils envoyèrent alors des
(1) DjigeUi, GigeUi^ ou Gige], fondation carthaginoise, devint une colODie romaine sous le nom ûUgilgilU^ et fut ensuite le siège d'un évêché. Le refuge que Barberousse y trouva en a fait le point de départ de la domination tyrque dans l'Algérie. C'est un petit port à environ \'2 lieues à réside Bougie.
lihiot ia de la vida y heciiOi> del imper ador Carlos Y.
INTRODUCTION
marabouts (1) porter à fiarberousse la propositioD de venir les aider k accomplir leur projet, ^audacieux aventurier s empressa de répondre i cet appel. AceaeiUi à Alger comme un UbénH leur par les Arabes et par les Slaurcs, il y attira an certain nombre de Turcs, qu'il s'attadia loot particulièrement, ea vue de ses dcbscins^ pai* la haute paye qu'il leur accorda. Ce fut à eux qnll confia la i^ai Jetle la Casba (2), dont il augmenta les fortificatioDs. Il donna d'abord satisfacUon aux habitants d'Alger en faisaul caiioiiner, bien que sans succès, le fori du Penon, occupé par les Espagnols. Il unissait la perfidie et la cruauté à rbabiieié et au courage, et il n'hésita pas à étrangler dans son bain le cheik d'Alger, pour s'emparer du pouvoir. Ce fut aux cris étranges de liberté I Akoranl qa*il se fit proclamer souvciaiii, en 1516, et qu'il établit I horri-
(i) liarabooly c^esl-è-^Ure en arabe reUgieux^ dans le sens de lié, attaché, nom qui, ehez les musulmans d*A(rï<>
que, est celui d'un homme dibiingué par sa science et par ses vertus. Dans les familles où le tilre de marabuul est héréditaire la considération aLlachée à ce litre n'est accordée que si elle est me niée. Les marabouts par i"ascendanl qu ils exercent sur les masses, chez les musulmans d'Afrique, y font et dirigent l'opinion»
(S) Casaba^ vulgairement Casba^ est le nom par lequel on désigne» chez les musulmans d^Afrîque, une forteresse qui défend une ville et renferme le trésor de TStat et la demeure du souverain ou du ciief de la provinoe.
LNIliODUCnOIf,
Me despotisme turc auquel notre conquête a mis
Le moyen efficacement crael qu'employa le fondateur de la puissance turque à Âlger, afin de coDsoUder sa tyrannie naissante, fut de se servir des Turcs, dont il s'était assuré le dévouement par ses libéralités, pour trancher les tètes des Àralics et des Maures qui conspiraient couli c . le joug qu'il leur imposait.
Le cardinal Ximenès qui, apiès la mort de Ferdinand le Catholique, gouverna T Espagne, comme régent du royaume, se hâta, dès qifil apprit que Barberousse s'était rendu nuaitre d'Âlger, de diriger une expédition vers la côte d'Afrique. Diego de Vera, à qui il avait coniié le commandement de ce corps de huit mille hommes, qui lut embarqué sur une ilotte de quatre-vingts bâtiments, s'obstina, malgré les justes observations des officiers placés sous ses ordres, à diviser ses forces, et tenta l'assaut de la ville d'Alger de quatre côtés à la fois, le 30 septembre 1516. Cette quadruple attaque fut facilement repoussée par Aroudj. Les Espagnols, mis eu fuite, avec leur imprudent général, perdirent, dans cette défaite , environ trois mille hommes , sans compter les prisonniers. Cette victoire frappa tellement Timagination des Maures que Barberousse leur sembla désormais plus qu'un homme,
suivant Texpressiou d'au liistorieD espagnol (l).
L'heareu aventarier pour8iu?it« avec Yum^ tance de son fière Khair-ed-Din, ses succès sur lerre et sur mer. La petite artillerie et les arquebuses dont ses Turcs ciaienl armés lui assuraient la supériorité militaire aur k& Arabea et lea Maures. Un combat, où avec mille Turcs et cinq eeata Maures de Grenade, il battit dix mille ilrabes, le rendit maître, en 4617, de la ville et du pays de Tenez (2), dont il renversa le souverain, et qu'il réunit au territoire d'Alger. Il tourna ensuite ses vues ambitieuses vers Tlemeen (3), qui était en proie aux divisions intestines. Une nouvelle et facile victoire lui ouvrit les portes de cette >ille. A la demande des habi-
tanls, il rétablit d abord le souverain qui avait
été détrôné par sou neveu ; mais il le lit pendre le même Jour, avec sept de ses fils, et noya toute sa famille dans un étang, où il jeta lui-même ces malheureux. Feignant plus tard de vouloir re*tourner à Alger, il fit massacrer devant lui les principaux babitants de Tlemcen, sous le pré-
(1) Los Moros estimat tm en tanlo aqueUaviciona que lo tuvieron par mas que hornbre. Sandoval, Uistoria de kl vida y hechos dd imptrador Carias V,
(S) La viUe de Tenez a un port aur une rade à Sé lieues marines à Touest d*Alger.
(30 Tlemcen occupe un des sommets du bassin de la Taltaa à lie Ulonètres sud-ouest d*0ran.
IKTBUDUCïlOn.
texte qu*il craignait d étic trahi par eux, comme Tavait été leur souverain.
Ces excès de cruauté exaspérèrent les Arabes contre leur trop sanguinaire oppresseur. Le souverain de Tlemcen qu'il avait dépossédé se réfugia auprès des Espagnols à Orau, doù il se rendit en Espagne pour supplier Gharles-Quint, parvenu au trône après la mort de Ferdinand le Catholique en 4516, d'intervenir en sa feveur* Un puissant cheik arabe s'unit aussi aux Espagnols. Réduit alors à Textrémité, Barberousse s enfuit secrètement de Tlemcen avec ses trésors et accompagné d'une partie de ses Turcs. Poursuivi par les Espagnols, il fut atteint h une vingtaine de lieues de Tlemcen « et succomba après avoir inlrépidcaient défendu sa vie. Sa tête fut portée à Oran^oii elle lutpromenéetiiomphar lement au bout d'une lance. Telle fut, en 1818, la fin de Taudacieux fondateur de la régence d'Alger, qui, bien que naturellement doué de qualités extraordinaires, fut ce que rislamisme fait des hommes, un barbare.
kliaïr-ed-Din,qui apprit k Alger la mort de son frère, en fut d'abord atterré, mais, revenu bien-* tôt de cette première impression, il déploya, pour s'assurer sa succession, une adroite souplesse, jointe à une grande éneri^ie, rnêlée de cruauté. Il eut la pensée véritablement politique de
INTRUDUCTIOIS.
donner une base solide à rÉiai créé [uu* sou fifère, en le plaçant sous la proteaion ei la
suzeraineté de Fempire ottoman. Confirmé dans le titre de souverain d'Âlger par le&ultant il reçut, en réponse à une ambassade qu'il avait envoyée à Gonstantiaople, un secours de deux mille Tares, et nofinnan qui permettait à tonales Turcs de passer librement dans le nouvel État, etaeeordaitàeeox qui s'y engageraient au service milil^ire les privilèges dont jouissaient les janissaires dans tonte la Turquie (i). C'est ainsi que rhabileié du second Barberousse acheva deconstituer la régence d*Alger telle qu'elle subsista,
avec quelques modifications, jusqu'au jour où les armes de la France en firent justice.
Dès le mois d'avril de cette même année 48 1 8, une ilotte espagnole , envoyée par Charles- Quint, et portant nn corps d'environ sept mille vieux soldats sous le commandemeui de dou Hugo de Moncade, vice-roi de Sicile, se présenta de^ vaut Alger. Kiiaïr-ed-Din, sommé de se rendre, répondit par un courageux refus. Une portion du corps expéditionnaire débarqua, et la ville fut cernée par terre et par mer. Mais, au lieu de Taliaquer immédiatement, Moiicade, sur Tavis de son conseil, et contre le sien propre, perdit .
(1> Haâdo, TapagrapMa e hi$Unia dê Àrgelé
I?iTRODLCTIOi>.
plusieurs jours à atlendi c les Arabes que le souverain de Tlemeca, [«ivorable à l'Espagne, avait promis d'envoyer. Pendant ce temps une horrible tempête assaillit la flotte espagnole, et engloutit quatre mille hommes dans le naufrage de vingtsix navires, près du cap Gaxine. Les troupes débarquées eurent besoin de tout leur courage et de toute Texpérience militaire de Moncade pour opérer lenr rembarquement, en résistant aux attaques dirigées coaire elles par Khaïr-ed-Din. Les épaves du désastre maritime des Espagnols procuièreiit au nouveau souverain d'Alger des galiotes qu'il trouva ensablées, des canons et des munitions de guerre. Il lli exterminer par ses Turcs environ trois mille des esclaves chrétiens qui étaient tombés en son pouvoir, et dont la multitude Tembarrassait. C'est à la suite de cette tentative des Espagnols pour s^emparer de la ville d Alger qu'il la fit entourer de remparts,, et dès lors elle fut appelée la bien gardée.
Les Arabes voyaient cependant dans les Turcs des dominateurs odieux, et un cheik puissant, Hamed-ben-el-Cadi, qui avait abandonné le premier Barberousse, au moment suprême, n'eut pas de peine à soulever contre le sepond les populations de la plaine et des montagnes. Il agis* sait d'ailleurs à Tinstigation du souverain de Tunis. Forcé de se renfermer dans Alger,
INTRODUCTION
Kbaïr-ed-ûiû iut trabi par le ckel d' une troupe de ' Tares etd*Arabe$ qu'il fit nafdier contre Hamed- ; Ben-el-Cadi. 11 eut licanmoins Thabileté de dé- I joQcr une conspiration tramée pour sa perte par : les menées que ce cheik entretenait daiis Alger, et il réprima avec énergie, par ledmeterre de ses Turcs, une révolte qu'il noya dans le sang de ses auteurs. Hais la diminution de ses ressources
pécuniaires ravaiil oblige de restreindre les li})é-
ralités par lesquelles il s'attachait ses soldats mercenaires, il vit un grand nombre de Turcs reprendre la route de la Turquie. 11 dut eulin cfnitter Âlger, qu'il laissa en proie à la ûimine,
! et ou Hamedrben-el-Cadi ne tarda pas à entrer. Souverain détrôné, Khmr-ed-Din reprit le métier depirate avec quelques bâtiments qui lui restaient, et fit de Djigeili le centre de ses expéditions. L'audace extraordinaire et le courage intrépide
I qu'il montra dans ses courses, où il prenait à l'abordage les naviresqu'iheucontraÎL, lui procurèrent les moyens de déterminer plusieurs autres
I pirates, qui écumaient comme lui la Méditer^
I ranée, à unir leurs forces aux siennes. 11 tenta alors avec quarante bâtiments de s^emparer de Bone ; mais il ne réussit pas dans cette attaque. Plus heureux dans celle quil dirigea contre
I Àlger , après avoir pris terre à Sidi-Ferruch, il dut un premier succès, obtenu sur les champs de ba-
INTRODUCTION
taille futurs des Français, à la vaillance de quelques Espagnol» demeurés ses prisoumers après la défaite de Moncade, et un second à une trahison des Arabes, achetée à prix d'argent, et dont un des complices porta on coup mortel à Hamed-ben-el-Cadi. Entré le même jour dans Alger, il partit le lendemain, avec sa eavalerieet les soixante Espagnols qui lui avaient valu la victoire de la veille, pour Gherchell (1), oii résidait le chef qui l'avait trahi lorsqu'il l'avait envoyé contre Hamed-Ben-el-Gadi. Trahi à son tour, ce
chef fut livré à Khaïr-ed-Din, qui lui fit trancher la téte ainsi qu'aux compagnons de sa défection.
Rentré vainqueur dans Alger, £haïr-*ed-Din rétablit promptement son autorité sur tout le pays, à Texception des montagnes où les Berbères ne se la laissèrent pas imposer. Il fit en même temps de la capitale de son État le centre redoutable de la piraterie qui désolait la Méditerranée et les côtes d'Espagne. 11 résolut aussi de s eiuparer du Penon d'Alger. Défendue par cent cinquante braves Espagnols, sous le commandement du vaillant Martin de Vargas, cette forteresse lui opposa la plus vigoureuse résistance, jusqu'à ce
(i) Cherciiell, Julia Cœsarea^ ancienne capitale de la Mauritanie césarienne^ a un port à iU kilomètres à rouest <l*Alger.
INTRODUCTION
qu un irausfuge lui apprit qu'elle manquait de poudre* A l'offre qu'il lit aux Espagnols d'une capitulation honorable, en vertu de laquelle ils seraient reconduits en JbiSpagne avec leurs armes et leurs b a^es, Vargas répondit quil ne rendrait jamais uue place que son roi Tavaii cliargé de défendre. Battue alors en brèche, la forteresse fut emportée d assaut par cinq uiiiic ujusuluians centre cent cinquante chrétiens, qui se firent tuer héroïquement, à rexception Je vingt-cinij tjui tombèrent vivants aux mains de rennemi^ mais horriblement blessés. L'intrépide Vargas était au nombre de ces derniers, et, sur le refus de renier sa foi, il fut pins tard mis cruellement à mort par ordre de Kliaïr-ed-Din, qui fit couper son corps par morceaux (1). Le courageux martyr ne prononça, durant son loag supplice, que ces deux mots; Jésus! Marie 1
Cest ainsi que le Penon d'Alger devint la proie des infidèles, le 21 mai 1829. Le fort fut détruit, et la jetée destinée à relier à la ville le rocher sur lequel il s'élevait fut commencée par Shaîr-ed-Din. Cette conquête était d'autant plus précieuse pour lui, qu elle lui permit de faire construire un port à Alger, qui n*en avait point eu jusqu'alors. 11 employa à i'exécuiion
(t) Cortandole cada miembro por su parte. Saudoval,
S6 INTRODUCTION
de ce travail des milliers de captifs chrétiens (1).
Devenu le chef puissant de tous les corsaires africains, le second Barberonsse les dirigea vers les côtes d'Espagne, où ils poi lèient le ravage et la terreur. Leurs déprédations y étaient favorisées par les intelligences secrètes qu'ils entretenaient avec les Maures, qui, sous une apparence de conversion au christianisme , avaient été autorisés à rester dans la péninsule hispanique, et qui furent appelés Morisques, Moriscos en espagnol. Les continuelles apparitions des pirates snr les côtes d'Espagne oflraieiit à ces Morisques, qui les y aUiraient, les moyens de se réfugier en Afrique, ou Khaircd-Din les accueillait à Alger en vue de s'y créer une population dévouée. Possesseur de soixante
bâtiments, il projetai! de franchir le détroit de Gibraltar, et d'aller prendre Cadix, lorsqu'une partie de sa flotte fut surprise dans le port de Cherchell par 1 illustre André Doria, qui, de son côté, vit les Turcs massacrer les troupes italiennes qu il avait débarquées, dans le désordre où elles se livrèrent pour piller la ville. Contrarié dans ses desseins, Khaï^-ed-Diu ût périr, aveq toute la barbarie musulmane, et
(I) HaêdOy Topographia 0 MUoria d$ Argèl.
INTRODUCTION. 91
àm les plus affreux supplices, uu grand uoui-
bre de prisonniers chrétiens.
Sur sa réputatioû d'homme de mer d'uoe grande expérience et d*une bravoure h toule épreuvei le second Barbeious^e lui appelé à Constantinople par le sultan Soliman le Grand, qui avait résolu de le meure à la tête des Hottes ottomanes, et de l'opposer à André Doria. Il confia le gouvernement d'Âlger et la garde de son jeune fils Hassan à deux hommes dont il connaissait la fidélité, et partit en looô avec une flotte de dix*huit bâtiments* 11 emmenait avec
lui, dans des intentions qu'il dévoila plus lard, Mulei-al-Raschid, souverain de ïunis, détrôné par son frère Mulei-Hassan. Les captures qu'il fit dans le voisinage des cotes dltalie portèrent à quarante le nombre des bfttiments avec les* quels il arriva à Coastantinople, où il offrit en présent au sultan une partie de ses riches prises et un clioix déjeunes filles et de jeuues garçons, 11 y fat magnifiquement accueilli, et sut déjouer les manœuvres d'un parti qui s'était formé contre lui, et qui faisait observer à Soliman que
c'élaii dci'oycr à la dignilc Je l'empire que de donner le commandement de la marine ottomane au fils d'un renégat, à un homme sans foi eu aucun Dieu, à un misérable pirate.
Nommé pacha en 1534, et investi d'une
28 ir^TAODUCTion.
autorité absolue sur toute la marine de 1 empire turCf le vieux Barberousse partit de Gonstanti*-
nople à la tête d'une flolle d environ cent bâtimeuis, avec huit mille hommes de débarquement, et se dirigea vers les côtes de la Sicile et de rilalie, où il porta le ravage, la , désolation et répouvante. Il parut ensuite tout à coup sur la côte d'Afrique, et s'empara de Bizei le et du fort de la Goulette au nom .de Mulei-al-Raschid, qu'il avait cependant laissé prisonnier à Gonstantinople. Il se fit aussi livrer Tunis, en anaonçanl que ce prince allait paraître. Mais lorsque lesTunisienss'apercurent qu'iisavaientété trompés, ils coururent aux armes et reprirent la défense de leur roi Mulei-tiassan. Dans le combat acharné qui s'engagea alors, trois mille Tunisiens tombèrent sous les coups de fiarbe* rousse et de ses Turcs. Mulei-Hassan s^enfuit, et les Tunisieus se laissèrent persuader qu'ils n'avaient rien de mieux à faire que de se ranger sous l'autorité du puissaul souveram de l'empire ottoman. Khaïr-ed-Din compléta laconquêtequ'il devait à riiabile duplicité avec laquelle il avait tiré parti des dissensions intestines des Tunisiens, en soumettant à la domination nominale du sultan tout le pays dont leur ville était la capitale.
11 entra alors dans les combinaisons de la
IISTRODUGTION. 29
politique de Charles-Quint, inc^uiet des dispositions de François V' à son égard» de prêter l'oreille h la proposition que Mulei-Hassan lui fit &ire de payer un tribut à VËspagne, si Tem^ pereur le remettait en possession de Tunis. LËurope, menacée de divers côtés par les Ottomans, applaudit au projet de Gharles-Quint de porter un coup décisif à la puissance maho.m^ tane. L'Allemagne, la Flandre, Tltalie, à Texceptien de Venise, TEspagne, le Portugal et Malte * fournirent des troupes, des navires et des volontaires de nobles familles» désireux de participer à leurs frais à une campagne qui leur rappelait les croisades, où s'étaient illustrés leurs pères. Le commandement de Tannée, qui était d'une trentaine de mille hommes, fut confié à un général renommé, le marquis du Guast, et celui de la flotte, formée d'environ quatre cents bâtiments, à André Doria, le plus grand homme de mer de son temps* Le Pape Paul III s'associa à Texpédition par un contingent de plusieurs galères, fit don à l'illustre Doria d'une riche épée consacrée et bénit du haut d'une des tours de Givita--Vecchia la flotte italienne à son départ, au mois d'avril 1335. Parti lui-même de Barcelone au mois de mai, Gharles-Quint, qui exploitait au profit de ses froids calculs cet enthousiasme religieux et chevaleresque, arriva
INTRODUCTION
en juin, avec toutes ses forces ralliées, à la côte d^Afrique.
Soliman II, occupé d'une guerre en Asie, se trouva dans Fimpossibilîté d'envoyer à Tunis les secours que Khaïr-ed-Diului avait demandés, dès qu'il avait eu connaissance de Forage qui venait foudre sur lui. Sans se décourager, le secoud Barberottsse prit toutes les dispositions possibles de défense.
L'armée chrétienne débarqua sur les ruines
de Cartilage, et mit le siège devant la Goulette. Mulei-Uassan arriva alors au camp de Charles- Quint, qui lui fit un honorable accueil, et lai ' promit de le rétablir dans sa souveraineté, mais à la condition d'une inviolable reconnaissance de la part du prince maure. Les chrétiens em^ portèrent d'assaut le fort de la Goulette, que leur artillerie avait battu en brèche. Ce succès ne leur coûta que trente hommes, et leur valut plus de trois cents pièces de cauou, et une trentaine de bâtiments.
Charles-Quint résolut, lualgré ropinion contraire de son conseil, fondée sur le défaut de cavalerie et de clievaiix pour traîner Tartillerie, de marcher immédiatement vers Tunis. Barberousse réunit les chefs de ses troupes pour leur communiquer les dispositions qu'il voulait prendre. La première, à son avis, était de mettre
LMfiODLCTlOÎI. al
à mort les milliers d'esclaves chrétiens qui étaient enfermés dans la citadelle de la ville, et doDt il craignait une révolte. Mais Ton des chefs qu'il avait appelés k délibérer, Sinan, juif de Smyme, le dissuada, non sans difficulté, d exécuter cet abominable dessein, en lui Taisant observer qae l»i esclaTes étaient une richesse trop importante puai s'en priver ainsi. Barberousse, vètQ, dit Sandoval (1), d'an burnous de soie, s'avança à la rencontre de l'armée chrétienne à la téte de quatre-vingt-dix miUe Turcs, Haares et Arabes, raeonte-t-on. La valeur discipiiDée des chrétiens triompha de celte multitude d'infidèles, sans que les vainqueurs, acca* blés par la chaleur et dévorés par la soif, pussent poursuivre les vaincus. Il fallut même que Tempereur iiUcrvint personnellement pour empêcher le désordre, occasionné par la préci*
piiaiion des soldats à courir aux citciues, de compromettre le sort de cette journée. La perte des chrétiens ne fut que de dix-huit hommes, et celle des musulmans fut de trois à quatre cents.
Rentré dans la citadelle de Tunis, Barberousse fit charger ses trésors sur des mulets, et placer des barils de poudre sous les cachots oit étaient enfermés les esckves chiciicns. La fuite d'un
(1) UisU/viadeUividayh^chosdelùnpei'adQrCarios V.
IMAOaUGTlUiM.
graod uûuibi'e de Maures avait précédé la sienne, et les Turcs qu'il avait laissés à la garde de la citadelle le rejoignirent lorsqu'il s'éloignait de la ville* il retourna alors vers la forteresse ; mais il en trouva les portes fermées, et il ne put oljtenir qu'elles lui fussent ouvertes par les renégats qui avaieut été chargés démettre le feu aux poudres. Les esclaves, mis en liberté par ces renégats, touchés de compassion sur le sort de leurs anciens coreligionnaires, se rendirent maîtres de la citadelle, d'oii ils appelèrent à leur délivrance larmée chrétieiiiic par des signaux qui ne furent pas compris d'abord. Le marquis du Guast ne tarda pas cependant à occuper la citadelle, et les Tunisiens vinrent offrir les clefs de leur ville à Cliarles-Quint, qui en prit possession le 21 juillet 1333, mais sans pouvoir empêcher ses troupes de la saccager , suivant Tusage de la guerre à celte époque. Le pillage des maisons et des mosquées et le massacre des habitants, hommes, femmes et enfants, se prulungèrent pendant trois jours et trois nuits. Les Tunisiens de l'un et de 1 autre sexe qui eurent recours à la fuite, pour échapper au glaive exterminateur, moururent dans la campai-ne sous le poids de la chaleur et en proie à la soif. Gliarles-Quint rendit la liberté aux esclaves chrétiens qu'il trouva dans la citadelle, et accorda à chacun d'eux un
LMRODUCTIO?».
secours en argent et les moyens de transport pour retourner dans leur patne.
Poursuivi par les Arabes, à rinstigation de Mulei-ilassan, Barberousse a^ura.sa retraite par le courage et la eonfianee qu'il sut inspirer à ses fidèles Turcs. Arrivé à Boue, il remit prouiptement à la mer quinze bâtiments, qu'une esca* dre envoyée par Cliarles-Quint n'osa pas attaquer, et qui atteignirent ensuite Alger* Une flotte conduite par Doria lai-même trouva le port deBone abandonné et la ville déserte. Khaïred-Din s'était dirigé vers Alger à la téte de sa cavalerie.
Par le traité imposé à Mulei-Hassan rétabli
dans sa souveraineté de Tunis, Cbarles-Uaioi stipula, avant de quitter l'Afrique, que le fort de la Goulette demeurerait en son pouvoir.
Dès l'automne de cette même année Barberousse eutra par surprise dans le port de Mahon, et emmena captifs tous les habitants de la ville , qu un lâche gouverneur lui avaii livrée par capitulation. Il repassa par Alger, ât voile de là vers Constantinople, et eut un commandement maritime dans la guerre qui suivit le traité conclu en 1536 entre le sultan Soliman II et François P% roi de France. Il fit éprouver une défaite, près du golfe d'Arta, à André Doria, qui sauva sa flotte du désastre de cette journée
34 HNTRODUCTION.
par une fuite nocturne. U s'empara en 1839, après ane résistance dans laquelle les Espagnols périrent tous, les ai aies à la main, de. la place de i Gastel-Nuovo, située à Teatrée do golfe de Galrtaro, et qui venait (Felre enlevée a la Tun[Liie. Rentré à Gonstantinople, il apprit que Dragut, | qui avait mérité, par son courage et par son ha- i bileté, de devenir le chef des corsaires d'Alger, et qu'il avait chargé de ravager les côtes d'Italie, avait été lait prisonnier par Jeanuetiu Doria, neveu de TamiraL
La rivalité de François l"ei deCharles-Uuint est entachée de l'union des forces de la nation iille aînée de FÉglise avec celles du sultan, chef de rislamisme. Mais, dans la balance de la justice
historique, la responsabilité de ce grand scandale religieux ne pèse pas tout entière sur la mémoire du roi de France. Ce prince fut en quelque sorte réduit, dans sa lutte inégale contre le génie déroésurément ambitieux de son adversaire, à recourir, pour sapropre défense, à cette regreuable extrémité. U entra encore une fois, en 1541, dans les calculs de Tempereur, alléché par la prise de Tunis, d'entreprendre une expédition contre la puissance musulmane en Afrique. Ce fut vers Alger que Charles-Quint dirigea alors ses vues. André Doria cL le marquis du Guast
s!efforcèrent en vain de le dissuader de courir les
! INTRODUCTION. iti
hasards d'une mer difficile à Tépoque très-avan- I cée de rannée où Fou était paireno. Le vieillard qui occupait le siège pontificaU Paul III lui* même, le supplia vainement aussi, dans une conférence à Lueques, de marcher au secours de TEarope menacée par Soliman II, qni envahissait la Hongrie, au lieu de porter la guerre au delà de la Méditerranée. Les combinaisons politi-
! ques pn'valaientsurles considéralions religieuses
I dans les vues de Charles-Quint, et il en donna la preuve en laissant les Turcs s'avancer en Europe, pour tourner ses armes contre l'Afrique, dsms une entreprise dont il se flattait que les
j résultats réprimeraient ce qull appelait Taudace des Français.
L'entiiousiasme reliij;i( ux, qui avait été Fâme
I des croisades , s'affaiblissait chaque jour en Europe dans le siècle qui vit naître le rationalisme moderne, avec le protestantisme, et Texpé-
i dition d'Àlger ne suscita plus Tentrainement dialeurenx qui avait répondu à Fappel fait à la chrétienté contre Tunis.
i Parti lui**mème avec la flotte italienne, Charles-
I Quint éprouva une tempête avant (Varriver, vers la mi-septembre 1541, à Tile Majorque, point de ralliement de ses forces, composées de trois cent soixante bâtiments de diverses dimensions, sous le commandement d'André Doria, et portant
INTRODUCTION
une armée de vingt-cinq mille hommes, dont dnq eeals dievaliersde Sainl-Jean de Jérusalem. Parvenu le 20 ociobre devant Alger, d où Barberousse était absent pour le service du suitau, et
où commaiidait son lieutenant, Teunuque Hassan- Aga, renégat de Tile de Sardaigne» il fit sommer la ville (le se rendre. Après quelques hésitations, provoquées par les oûres séduisantes du parlementaire impérial , Taga répondit qu'il était résolu à se déiendre, et prit à cet eliet les meilleures mesures possibles avec les faibles moyens de résistance qui étaient à sa disposition.
Gharles-Quint perdit deux jours précieux à attendre la réunion de toutes ses forces ayant de commencer son débarquement, qu'il opéra, le 23 octobre (1), entre Alger et Fembouchure de rArach, située k deux lieues à Test de la ville. Le lendemain, sans s'assurer sur la cote un point
solide de contact avec sa flotte, il s'avança vers Alger, après avoir partagé son armée en trois corps, le premier composé des Italiens et des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, leseeond des vieilles bandes espagnoles et le troisième des Allemands, du contingent de la Franche^omté et des volontaires, dont plusieurs étaient ou devinrent des hommes illustres. Il avfiit occupé les
(i) Sanâoval, Bittariade la vida y heekoidd -imper aéor Carbi r. .
INTHODUCTION
biteiifs qui domioeot Alger, et eommeoeé à
caiiûiiiicr la place, lorsqu uue pluie accablante el une tempête affreuse sorvinrent dans la nuit
' du 24 au 2'). Des bandes de Turcs, de Maures el
I d'Arabes proûièreat de la situalioa pénible des chrétiens pour se précipiter sur le camp des Ita^ liens. Mais celle attaque iui vivemeiu repousfiée jusqu'à la porte de la ville (1), dans laquelle un chevalier iVançais de Saint-Jean de Jérusalem,
I de Savignac, qui fut tué bientôt après, planta soa poignard (S). Dès le malin, une sonie, commandée par Uassan-Aga, força les agresseurs k reculer, et cette retraite meui irière serait devenue une déroute complète, si elle n'avait pas été protégée coiilre i'impétuosilé des infidèles par l'inébranlable bravoure des chevaliers de Saint-
, Jean de Jérusalem , parmi lesquels se signala particulièrement Nicolas de Villegagnon, qui fut blessé au bras. La pluie abondante qui ne cessa de tomber, durant toute celte journée, empêchait les chrétiens de faire usage de leurs arquebuses, tandis que leurs eiiiiemis, qui avaient en ouue sur eux l'avantage de la connaissanee des lieux, pouvaient se servir de leurs ai*cs el de leurs iiuii-
1 des* àu milieu de son armée découragée^ et
j (1) La porte Bab-Azouu, c'est-à-dire porte d'Awun. (2) nistoire de Barbarie et de ses cormiresti^r
INTRODUCTION
maiiquaut de muûilioûs et de vivres, Charles» Quint conserva le sang-froid impertarbable d'one âme supérieure à Tadversité. Veillant lui-même à tout, il continua son mouvement de retraite le long de la plage le 26 octobre.
Doria, de son côté, lutta avec la plus courageuse habileté contre la fureur de la tempête. Ses efforts néanmoins furent impuissants à sauver du naufrage une partie de la flotte, et il a^ait perdu environ cent quarante bâtiments lorsqu'il fit savoir à Fempereur, le 27 octobre, que ceux qui lui restaient suffiraient au rembarquement de Tannée, lui annonçant en même temps qu'il protiiait de la diminution du ventpourles diriger vers le cap Matifou. Gharles-Quint n'était éloigné que de six lieues de ce cap, vers lequel il s'achemina* Il arriva le 28 aux bords de rArach, dont la pluie avait grossi les eaux. Ses troupes , réduites à se nourrir de viande de cheval et de racines sauvages, passèrent cette rivière, le lendemain, partie sur un pont improvisé avec les débris des navires naufragés, et partie à gué. Hassau-Àga cessa de poursuivre les chrétiens avec ses Turcs au delà de FArach; mais les Maures et les Arabes contiouèrent à tiarceler Farmée, massacrant les traînards, les blessés et les malades qu'elle abandonnait dans sa fuite.
Cette malheureuse armée franchit le 29 le &ha-
iNTRODtJGTiON. 39
mis on Hamis, près de son embouchare, sar an
pont construit encore avec les épaves du nau- I frage de la flotte. Parvenue le 30 au cap Matifou, I qui ferme à Test la baie J'Alger, elle entra en eommunicatioQ avec les bâtiments échappés à la fureur des flots, qui lui procurèrent des vivres. Au milieu du découragement général, Fernand Cortez, le conquérant du Mexique, qui se signala, I dans cette expédition, et notamment dans la retraite, par une inébranlable fermeté de ca** ractère, fit la proposition de reprendre le chemin d*Alger, en manifestant une pleine confiance dans la réussite d'une nouvelle attaque qu'il dirigerait luiHoaéme contre cette ville. Mais on ne voulut pas l'entendre, et on se moqua mcme de lui, au rapport de Sandoval (1).
I L'embarquement de Tarmée commença le I 1^ novembre et fut contrarié par une nouvelle I et forte tempête. L'empereur surveilla lui-même ! cette difficile opération, et s'éloigna le dernier du théâtre de ce grand revers. Parti le 3 novem* ! bredu cap Matitou, il fut forcé par le mauvais iemps de relâcher le 4 à Bougie, et ne put reprendre la mer que le 17. La tempête l'obligea encore une fois de rentrer à Bougie, d*où il prit le 23 la route de l'ile Majorque. Après avoir Umehé à Iviça, il atteignit enfin Garthagëue en
(ft) lfl«(arNide(ft vtday hechosdel imper adar Carks K.
INTRODUCTION
Espagne le 1*' décembre. Il ne pouvait s^en
prendre qu a lai seul de cet horrible désastre^ où il perdil un tiers de son armée et plus d^un tiers de sa flotte. 11 avait faitprévaloir sa volonté souveraine sur les sages conseils d'un amiral expérimeûté, et les couséqucuces de lai'aute qu il commit en entreprenant, dans une saison inopportune, une expéditiou aveutuieuse, où la marine devait jouer un grand rôle, lui prouvèrent quelambitiou humaine ne brave pas impunément les éléments dont Dieu dispose.
Les corsaires algérien ^ envisagèrent Téchec de Gharles-Quint k un autre point de vue : dans l'orgueil qu'il leur inspira, dans la présomption qu'ils en conçurent en leurs propres forces, dans leur aveugle ingratitude envers les tempêtes protectrices de leurs côtes et de leur repaire, ils crurent avoir vaincu le plus puissant monarque de la chrétienté, le maudit de Dieu, comme ils rappelaient. Ils s'imaginèrent que leur ville était imprenable, et, dans leurs chants de triomphe, ils la décorèrent du titre de Victorieuse. Per* suades qu ils étaient invincibles, ils devinrent plus audacieux dans leurs pirateries, et furent les fléaux de ia Méditerranée. Fondée par deux écumeurs de mer, la régence dont la destruction est un bienfait que la civilisation doit k la France fut fidèle à son origine. Le défenseur
lUTlOKCnM
d'Alger, Hassan-Aga, es fat nommé ^ sr^^
neur titulaire, ei reçat le tare de lizir, tii témoignage de la satisbctioB dm sG!!an. *
fiarberousse fut placé, ea ioié. â \k ic;e d'une armée navale de cent cinqaaDie h&:imefits« fournie par Soliman 11, agissâDî côsroe cVJé de François contre CharlcMhînU Parti de Conslantinople le 28 mai, il s eoipâra de Re^rgia suriaoôte de Calabre, daas k détroit de Messine, saccagea ei brùk c<:;îe ville, e^lrva h t!> du gouveroeur, dont la beanié avait excité sa vieille convoitise, et la fit conduire sur la galère capitane, oii elle fat forcée d enbrasser le nabométisme pour derenir sa frarme. La terreur $e répandit à flome, lorsqu'on y sut que k déf a&latenr de Reggio était i renbowftwe di Tibre, où il s'était arrêté pour faire de 1 eau.
Arrivé à Marseille, Barberaisse s^amdui la barbe de dépit^ dit un historien (1), eu voyant qu'on n*y avait pris aoeone disposition ponr la guerre projetée, parce que François I*" semblait épronver one tardive répugnance i unir ses armes a telles des barbares oiusulmans. La flotte française, commandée par le jeane comte d Engbien, reçut cependant Tordre de se diriger snr Nice, avec la flotte ottomane* La
(t) Stndofal, Buloria delavida y hediasddimfenh
I 42 INTRODUCTION
; ville fui attaqaée et capitula. La citadelle fut
eosaite assiégée ; mais les Français et les Tttrcs^ sur le bruit de rapproche d une armée conduite par le marquis du Guast, dans la défiance où ils élaient les uns des autres, furent pris d'une frayeur panique, et s'enfuirent nuitamment vers la mer, pour se rembarquer. Dans ce désordre, ils pillèrent et brûlèrent la ville. Barberousse se retira (Fabord dans le port d'Antibes, puis dans la rade de Toulon. Les relations ou il entra alors avec Doria, venu au secours de Nice avec da Guast, eurent pour résultat la délivrance sans
rançon de Dragut, qui avait été fait prisonnier, comme on la vu, par Jeannetin Uoria. Replacé par Barberousse à la téte de tous les pirates turcs et maures de la Méditerranée, et maintenu ensuite à ce poste par Soliman II, Dragut devint la terreur de cette mer et des côtes qu'elle baigne. Après avoir rendu son nom fameux dans une longue lutte de courageuse habileté avec André Doria et avec les valeureux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, il reçut une blessure mortelle au siège de Malte en 156K.
La paix fut signée à Crespy, en septembre 1844, entre Charles-Quint et François I", Barberousse avait nianifesié son méconlentement de l inaction dans laquelle on le retenait à Toulon en laissant ses Turcs commettre les plus criant$
IMTBODCCTION* 43
excès dans lâ ville et dans les environs. Françms 1% de son côté, n^aspirait qn'à M débarrasser d'nn auxiliaire onéreux, et dont le séjour dans un port de France était une honte pûiu* la chrétienté. Il s'efforça donc, malgré la pénurie de ses finances, de rassembler an plus tôt les sommes considérables que la flotte tonpie réclamait pour prix des services qu'elle : lui avait rendus.
Parti de Toulout Barberousse se présenta
devant Gènes, et obtint un riche présent du ; sénat* 11 porta de là le ravage et la dévastation I dans nie d'Elbe, sur les côtes de la Toscane, j dansTile d'Ischia, dans le golfe de Pouzzoies, m le littoral de la Calabre et dans 111e de I Iiipari. C'est ainsi qu'il arriva à Gonstantinopie avec ses navires surchargés de butin et encombrés de milliers d'esclaves. Il mourut dans la capitale de l'empire ottoman, an mois de mai 1547, à Tàge de quatre-vingts ans passés, et nsé par les excès du harem. Kbaïr-ed-Din a rendu le nom de Barberousse plus fameux que son frère ne le lui avait légué, parce qu'il a eu
^ occasion de déployer, sur un plus grand théâtrCi son incontestable capacité comme homme de
1 mer, et son audacieuse intrépidité comme corsaire. Il a £ait preuve d'une astucieuse habileté dans toutes les péripéties de son ayentureuse
INTRODUCTION
et étrange carrière, sans se laisser jamais abattre par les revers. Le zèle religieux quil affectait de montrer n était qu un moyen d airiver à ses fins : il se servait de rislamisme, auquel il croyait peu^ dans son propre intérêt, et pour légitimer son aotorité aux yeox des Maures et des Arabes. 11 était digne d'ailleurs d'être musulman par sa cruauté et par TiniElme dépravation de ses mœurs.
Le second Barberousse laissait un seul fils, Hassan, né d'une mère mauresque. Hassan-Ag^a, illustré par le désastre de Charles-Quint, avait continué à gouverner Alger jusqu a sa mort, en 1543. La milice algérienne, aspirant à secouer le joug de la dépendance du sultan, lui avait alors donné pour successeur un Turc de son choix. Mais le fils de Kha!r-ed-Din, envoyé de Gonstantinople avec une tloite chargée d infanterie turque, arriva à Alger en juin 1844, et déposséda cetintrus. Installé à la téte du gouvernement d'Alger, sous la suzeraineté de la Porte ottomane, Hassan-Pacha avait songé à laucdes conquêtes. C'était vers Tlemcen qu'il avait tourné ses vues en 1347, et il s'était rendu maître de cette ville lorsqu'il apprit la mort de son père. A celle nouvelle, il s'empressa de traiter de la reddition de Tlemcen avec les Espagnols, qui marchaient contre lui, parce
IMTRODliCTlOIf. 45
que le souverain de ce petit État s'était réfugié auprès ffeux k Oran, et avait obtenu leur proteciioD. Avec les troupes qu'il retira de Tlemcen et les Arabes qui accoururent k son appel, il força les Espagnols de lever le siège qu ils avaient mis devant Mostaganem.
Hassan-Pacha s allacha à consolider la puissance fondée par son oncle et par son père, et un des principaux moyens qu'il employa avec •succès pour atteindre ce but fut de susciter des divisioDs parmi les Arabes et chez les Berbères, ' afin de se créer des appuis e t des soutiens au sein de ces populaiions. Avec raided uii choik berbère, ii déjoua les desseins du chérif de Fez sur l'Etat de Tlemcen, dont une victoire, due surtout à la valeur de ses auxiliaires, le rendit, maître en 1550. Il réunit cet État à celui d'Alger. Appelé l'année suivante à Constantinople par des intérêts relatifs à l'héritage de son père, il laissa le gouvernement d'Alger à un lieutenant, qu'un pacba envoyé de la capitale de Tempire oiioman vint remplacer en 1552.
Le successeur qu'une intrigue de sérail avait donné à Hassan-Pacha, injustement disgracié, était Salah-Reis (1), qui, après s'être signalé comme corsaire sous Barberousse, était parvenu
(1) Reîs signifia eommandani d'un bàlimenl.
46 INTRODUCTION
au poste important de timoaier du sultan* Le
nouveau pacha, se servant, à l'exemple de son prédécesseur, des indigènes contre les indigènes, porta la guerre jusqu'aux confins du Sahara, avec une armée où les Turcs n'étaient qu'en petit nombre, et revint de cette expédition chargé d'un riche bulio. Les Arabes lui furent encore d'un grand secours dansun échec que ses troupes éprouvcreut contre une insurrection des Berbères. Pour se débarrasser des tribus arabes et berbères qui lui étaient hostiles, fl les fit entrer dans la formation d'une armée avec laquelle il entreprit, en 1554, de rétablir Bou- Hassan dans la souveraineté du royaume de Fez, dont il avait été dépossédé. Une victoire lui ouvrit les portes de la capitale de cet Etat, qu'il livra au pillage. Il se fit payer le prix du succès de sa campagne, et retourna à Alger. 11 enleva Bougie en 185Saux Espagnols, qui, après une résistance prolongée, furent réduits à lui abandonner la place par une capitulation qu'il ¥iola« Le sulian Soliman II applaudit h celte couquèie, et envoya un secours de quarante galères, portant six mille Turcs, pour une expédition que Salah- Reis avait préparée et entreprise contre Oran, dV)!i il voulait expulser aussi les Espagnols, lorsqu'il mourut subitement de la peste en 1S56« Le gouverneur de la Gasba, Hassan, renégat
IHTlMCGfiOll. 41
corse, qui s'était signalé sous HassftM-Pafiia^ se
fit attribuer Faulorilé par la milice algérienne, après la mort de Salab-Beîs, et ûti eofi&naé par le sultan dans le poirroir dont il s*élait emparé» U dirigea vers Oran rttpédiûoo préparée contre cette Tille, La ptaee ifaH été inyesUe par terre et par mer, et le siège était commencé, lorsque h» AlgérieBs fineat eMigéi d*y renoncer, parce que le sultan rappela ses ses galères*
Les deux éléments principaux de la puissance algérienne, l'élément de sa foret ei rélénMH de sa richesse, les soldats de la milice et les corsaires, avaient des intérêts diffiraito et des prête»lions opposées. Il s'ensuivit à Alger des troubles et des ?iolenees« dont le renégat eone Hassan périt viclime. Le fils de Khaïr-ed-Din fut alors replacé par ie sultan à la téte da gonvemeoient de la régence.
Arrivé à Alger en 1537, UassaD-Paclia aareka contre le roi de Fez, qu assiégeait Tlenacen, et le força àlareiraite. 11 éprouva ensuite un échec en ponrsnivant le roi mante; mais il déjoua une entreprise des Espagnols contre Mostagaoem (1), et tailla en pièces lenr armée, près
(I) MostAiraTîom, ancienne cité romaine et ensuite viUe arabe, est mLu. , avec son port, sorlac^te i 76 kilomètres a i est d Oran«
INTRODUCTION
de Mazagran (1), en 1358. Le gouverneur d'Oran, le vaillant et vieux comte de Aleaadete, péril dans celte sanglante défaite, el son fils fut fait prisoDDier. Dans les embarras qae lui suscitaient les révoltes couiiniHUes des Berbères, Hassao-Pacba semait habilement la division parmi les cheiks de ces fiers montagnards, pour les opposer les uns aux autres. Mais les alliances qu'il contracta h cet effet le rendirent suspect aux soldais de la milice, qui, animés d un esprit dindëpendance chaque jour croissant, méconnurent son autorité, le chargèrent de chaînes, et le renvoyèrent à Gonstantinople, en 4661. Un pacha, expédié aussitôt à Alger par le sultan, ramena à Gonstantinople Taga de la milice, avec son principal complice, el SoliQian II leur fit trancher la téte.
Rentré encore une fois à Alger en 156^, Ilassan-Pacha, dissimulant ses projets de vengeance, prépara une expédition contre Oran dans Tespoir de conquérir cette ville au prix du sang des soldats de la milice. 11 les mit donc en première ligne dans Tarmée réunie en lâ6â pour marcher
(i) Mazagran, célèbre par la défense de cent vingt-deux soldats fhmçais, sous les ordres du capitaine LeUèvre, contre des mukitudes d'Arabes, en 1838, est devenue un bourg sur la route d'Oran à Mostaganem, k 72 kilomètres à Test de la première de ces deux villes, et à 4 kilomètres de la seconde.
iimioDDcnoii. 49
S008 868 ordres, tandis que sa flotte fiiisait voile
vers Mers-el-Kebir. Il tenta d'abord d'emportei' dassaut le fort Saiot-Michel ; mais, avant de Tétraeuer, les Espagnols opposèrent une intrépide résistance à latiaque impétueuse des soldats de h milice. Hassan-Pacha ]ni--m6me fnt blessé. L'héroïque garnison de Merâ-el^kebir, uès-inférieure en nombre à ses ennemis, repoussa en-suucleciiac terrible de deux assauts, dans le second desquels le pacha se précipita sur la brèche Tépée à la uiaiii, avec un courage furieux. L'apparition subite d'une flotte chrétienne obligea celle des iulidèles à prendre la fuite et Ha^sao-Pacba à battre en retraite. Arrivé à Alger, line dissimula pas, dit Haëdo(4), la satisfaction qu'il ressentait de n y pas ramener les soldats de la milice qu'il avait condaits à la mort, en punition de leur révolte contre son antorité.
L'affaiblissement numérique delà milice turque obligea alors Hassan-Pacha à recourir, pour maintenir sa domination, aux populations indigènes, dont il s'attacha diverses tribus, sous le nom de maghzens (2). Les iribus niaglizens étaient chargées de lever les impôts que devaient
(1) Topographia e liisloria de ArgeL (î) Ma(jhun u pour racine gluiMia, ;qui signiiio lrcsoi\ en arabe.
1NTIIO0UCTION.
payer les raïas (1) formant les autres tribus, ei une part de ces impôts leur était attribuée. Des garnisons turques, sous le nom de noubas (2), occupaient, eu outre, plusieurs villes et certaiaes positions importantes.
Avant de s'éloigner d'Oran, Hassan-Pacha avait laissé dans le pays un soldat actif et intelligent de la milice, nommé Bou-Kredidja, avec dix-huit cent quarante Tares, pour y représenter la puissance turque au milieu des populations indigènes, et pour y organiser radministration, principalement sous le rapport de la rentrée des redevances. C'est ainsi que fut créé, dans la pro- - vince d Oran, le premier beylik, et le siège en fut établi à Uazouna, petite ville voisine et aa nord du Cliélif. Le chef de ce beylik fut d abord appelé bey du commandement de TUuest, puis bey de Mascara (3), lorsque cette ville devint le siège du beylik, et enfin bey d'Oran, après l'entrée en possession de cette ville par les Algériens en 1792.
(1) Ce mot, qui signifie en arabe troupeau, sujet, était employé par les Turcs pour désigner les Arabes payant riinpôt, c esi-à dire les Arabes des tribus qui n'étaient point maghzeus.
(2) Nouba sîp^nifîe en arabe tour de rôle.
(3) Située à 96 kilomètres au sud-est d'Oraa, la viUe de Hascara» patrie d*Abd-el-Kader, a été le boulevard de sa puissance.
l?iliiODUCT10K.
L'iosluuûondesbêyliks fui étendue plus tard anx autres parties de la régence. Les chefs des deux beyliks, posLéricurcmeut établis, furcat appelés, l'on bey dii Levant résidant à Gonstantine (1), et lauiie bey du Midi, et plus tard bey de Titery^ résidant à Médéab. Les beys étaient tenus de se rendre, au moins tous les trois ans, à Alger, et d'y envoyer leurs kbalifats tous les six mois, au printemps et h Tautomne, pour y porter les redevances eu or, eu argent et en nature, dont la perception était le principal devoir de de leur charge. Mais, comme le dey leur faisait quelquefois trancher la téte à leur arrivée dans la ville, ils redoulaienl de s'acquitter persoonellement de cette obligation. Lorsqu'ils se rendaient à Alger, ou quand ils y envoyaient leurs kbalifats, les beys étaient obligés défaire de riches cadeaux et de nombreux présents, quHs n auraient pu omettre impunément, à tous les agents du gouvernement et à tous les employésqui entouraient le dey. Trois corps turcs, d'environ deux mille hoiïtmes chacun, parlaient chaque année d Alger poar aller prêter main forte, dans chaque beylik,
au recouvrement des impûis. a Mais c'est dans
(() Aneienne capitale de la Nnmidie, sous le nom de
Cil la, Coiislanline, sitiice sur leRummel, s'élève enamphilhéàiro sur un l ocher qui domine le pays, à 422 kllomèires a 1 est ci Alger.
52 INTRODUCTION
rétablissemeut à^smaghzens, daas cette force tirée du pays pour subjuguer le pays, que résidait la véritable puissance des Turcs. » Cette vérité est constatée en ces termes par le général Walsin Esterhazy, dans son livre de la Domination turque dans Vancienne régence d'Alger. Les tribus maghzens devaient fournir aux beys, lorsqu'ils faisaient une expédition, un contingent de cavaliers armés, appelé goum.
Le mémorablesiége de Malte par lesforces ottomanesdurail depuis le mois de mai lu6S, lorsque Hassan-Pacfaa vint y prendre part» le 8 juillet suivant, avec vingt-linit bàliments, portant deux mille soldats aguerris. Le fort Saint-Ëlme avait été pris par les Turcs, et, sur Tavis du pacha d'Alger, une double attaque fut résolue contre la presqu*Ue Saint-Michel, Tune par mer, et Tautre par une brèche déjà faite. La première fut conduite par Aluch-Alî, renégat grec, lieutenant de Hassan-Pacha, et la seconde par Hassan lui-même. Dans cette sanglante journée du 15 Juillet, les assaillants et les assiégés rivalisèrent décourage avec le plus terrible acharnement, et le c .rnage fut affreux de part et d'autre : l'indomptable résistance des chrétiens triompha, au prix de la vie de quarante chevaliers et de deux cents soldats, de la bravoure que les Turcs déployèrent dans ces deux attaques^ oii deux mille
iimoDOcnoii. ft3
doq eeats des leurs suecombèreot. C'est à h
sagesse des mesures, à rinél)nin1able intrépidilé, à rinvindhle persévérance, à U force dlœe, en deux mots, du grand-maîire de l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem, Parisot de la Valeite, qu'est dû le suceès de cette glorieuse défense de Malte contre la redoutable expédiliou eavoyée par So« limaa IL Une résistance énergiquement prolon* gée laissa le temps à une flotte ciiieiieDiK^ d'amener, au mois de septembre, un secours de huit mille hommes, avec des vivres* Eu vain Hassan - Pacha offirit-il de conduire encore une fois à l'assâutses vieux soldats, en vain fit-il preuve de courage et de connaissance de la gnerre^ dans le dernier combat que les Turcs livrèrent avant de se rembarquer, et oit les chrétiens leur tuèrent iiuis mille liominos. Plus de la moiiié des cinq eeûts chevaliers de Saint-Jeau de Jérusalem qui prirent pari à celle héroïque défense payèrent de leur vie la gloire dont se couvrit leur ordre, et les Turcs avaient perdu vingt mille soldats et matelots, lorsque la flotte ottomane reprit la route de Gonstantinople et Hassan-Pacha celle d'Alger.
On a vu précédemment que les Maures, plus ou moins bien convertis au christianisme, qui étaient restés dans la péninsule hispanique, et qui forent appelés Morisques, Moriscos en espagnol, eu i retenaient constamment des intelligences
54 INTRODUCTION
secrètes avec les musulmans d'Afrique* Ils ne reçurent toutefois d*Alnch«Ali, gouverneur de la régence d'Alger, âvecle tiire desangiac, que des encouragements à la révolte lors de celle quHis tentèrent contre la monarchie espagnole, sous Philippe IL Gomme leur expulsion de FEspagne, dont ce soulèvement démontra la nécessité, a été présentée par plusieurs historiens à un point de vue évidemment erroné, je demande la permission de reproduire ici quelques lignes du récit de la lutte du christianisme et du mahométisme en Ëspagne, où j'ai eu occasion d'exposer ce fait, dans Y Introduction au Dictionnaire historique^ géographique et biographique des croisades^ que j*ai publié dans la Bibliothèque universelle du clergé (1), dont M. Tabbé Migne est réditeur.
« Les Morisques conservaient encore^ dans la a seconde moitié du xvi^ siècle, des coutumes, c des usages et des superstitions qui perpé^ tt tuaient chez eux Tesprit musulman. Leur « fusion définitive dans Funité nationale du « peuple espagnol dépendait de labolition « de ces dangereuses traditions* L'œil vigi- « lant de Philippe II ne manqua pas de t reconnaître la nécessité d'eftacer les derniers « vestiges de lempreinLe mahométane. L'inter*
i j 1 Vol. gr. in-es 1S32.
INTHODUCTIOll. 5tt
« diction de toutes les pratiques qui entretenaient
« les Morisques dans les liabiludes dont il ira-
« portait de déraciner les principes de leurs
« esprits ei de leurs cœurs leur fut imposée.
« Blessés dans les préjugés qu ils avaient sucés
€ avec le lait dont leur mère les avaient nourris,
« ils se révoltèrent en 1568, et se donnèrent un
« chef qu'ils proclamèrent roi de Grenade et de
€ Cordoue. Mais le marquis de Moudejar, gou-
« vernenr de la pro?ince , d é] o ua leurs audacieux
n projets, et leur fit éprouver sept délai ii s. Ke-
« foulés dans les Ali njarras, ils attribuèrent
ce leurs revers à l'incapacité de leur cbef, et ils
« Tégorgèrent. La révolte se prolongea pendant
« deux aus. Mulei, nouveau chef de l'insurrec-
« tion, sollicita secrètement Tassistance des
« niusulmansirAfriqueetcelledes TurcsdeCons-
« tantinople. Don iuan d'Autriche, fils naturel
« de Charles-Quint, qui avait ùiv investi de pou- « voirs illimités pour pacifier la contrée insurgée, « eut connaissance de ces menées, et il y mit « un terme en écrasant la rébellion ; pour Tem^ pécher de renaître, les Morisques furent dis-» « persés dans ditlérentes parties de l Ëspagne* t Mais leur incurable attachement aux pratiques « superstitieuses de leurs pères, leur invincible c penchant à incliner vers rishunisme» et les in« « teUigenceb occultes qu ils ne cessaient d entre-
irtrodugtior.
cr tenir avec les musalmans d'Afrique, et même
« d'Asie , les rendaient justement suspects au « gouvernement du roi d'Ëspagne, dont la vigi- « lance s'était imposé pour premier devoir la a conservation de la pureté intacte de la religiou « catholique. Le duc de Lerme, ministre de « Philippe 111, jugea, d'accord avecles archevê- « ques de Tolède et de Valence, que ce notait « que par Texpulsion déiiuilive des derniers « débris de 1 islamisme que le germe en pouvait a être extirpé du sol espagnol, et que cette me- « sure seule pouvait débarrasser le royaume de a la dangereuse présence de chrétiens douteux ff et de sujets antipathiques à toutes les institua tions nationales. Le roi partagea cette opinion, ce qui avait été le résultat d'un mâr examen de « la situation des choses, et I YVlit d'expulsion « fut prononcé le il septembre 1609* Il auto- « risait les Morisciues à vendre tout ce qu'ils « possédaient, et ken emporter la valeur. »
La piraterie, née sur la côte septentrionale d'Afrique lorsque les Maures et les Arabes s'y réfugièrent après la prise de Grenade par Ferdinand le Catholique et la grande Isabelle en 1492, reçut un nouvel accroissement à la suite de cette mesure politique d une sagesse d'ailleurs lucoûtestable, puisque le roi d'Espagne n'a pas craint de sacrifier un intérêt matériel aux intérêts
INTIODLCTIO.N. 37
religieux et momu, véritables foodements de
la société.
Si Aluch-Ali nVait pas prêié mx Morisqoes révoltés Tappui qu ils avaieai rédamé de lui, e*est qoe ses vaes étaient alors tooniées
d'un autre côté. Il projetait de semparer de Tuais, et les iotelUgences par lesquelles il s était âplaoi la voie de cette coDquète la lui mndirttkt facile* 11 soamit à Tautorité du sultan
Seliiu II, qui avait succédé en 1560 à sua père
Solimau II, TEtat de Tunis tout entier, à
lexception du fort de la Goulette, qui, valeu- Feosement défendu, demeura au pouvoir des Espagnols. Parû de Bizcrle, avec dix-ucul iiàtimeats, dans la même année 11(70 où il s'était rendu maître de Tunis, il remporta sur une flottille de Tordre de Saiat-Jean de Jérosalem un avantage naval d'autaut plus glorieux, que lune des galioles chrétiennes ne succomba qu*après la plus vaillante Té&\$^
Rentré à Alger, après ces succès, Âluch*Âli
fie tarda pas à reiacUre à la voile, et rallia la flotte ottomane devant Famagouste, Tune des deux principales villes de Tîle de Clivpre, que laiamine réduisit, en 1S71, à devenir la proie des Turcs, après un siège mémoiable. Coiitiaaateur de Tceuvre des grands papes, promo^
INTKOULCnON.
teai's et soutiens des croisades, saint Pie V délivra encore uue iois i iilurope de la menace d*un débordement de Hslamisme sur la chrétienté, en formant contre les infidèles une sainte ligue, dans laquelle entrèrent Venise et Philippe II, roi d'Espagne. Ce fut le 7 octo* bre 1571 qae les deux armées navales de la croix et du croissant se rencontrèrent, à rentrée du golfe de Lépante* La flotte chrétienne^ composée de cent soixante-six galères, s'avan— çait sous les ordres de don Juan d'Aotri6he« qui avait arboré Tétendard de Saint-Pierre sur sa capitane. Plus nombreuse encore, la flotte musulmane présenlaiL la réunion de toute la marine turque. Hassan-Pacha, fils de Kbaïred-Din, y avait un commandement, et Alucb-Ali« sangiac d'Alger, en dirigeait 1 aile gauche. La défaite des infidèles fut complète, et leur flotte fut détruite, à l'exception de cinquante galères, qu*Aluch-Ali sauva de ce désastre par son 'courage et son habileté. Les Turcs perdirent plus de vingt-cinq mille hommes dans cette célèbre journée, ou la flamme de reotiiousiasme religieux des premiers croisés, conquérants de Jérusalem, s'était rallumée aux cœurs des soldats du Christ. Un long cri d'allégresse retentit d'un bout de FEurope à Tauire, à la nouvelle de cette glorieuse et décisive victoire, qui porta à la
LMHODl}CTiOI>i« 59
' puiiisaDce ottomaae un coup doui elle ne se rekm jamais.
I Arrivé à Constaatinople, AIuch-Ali, qui avait mérité le surnom de KiUdje (1), et qae 1^
musulaïaiis regardaient alors comme leur plus grand homme de mer« lut placé par le sulun Sélim II à la téte de la marine ollomane. Il s'occupa activement d'en réparer les mines, et il pat réunir, en 1B74, une flotte de deux cent j quatre-vingt-dix bàiimeats, portant quarante I mille hommes, pour mettre le siège devant la I Goulette et devant Tunis, d'oii don Juan I d'Autriche avait chassé les Turcs, après la ' bataille de Lépanie. Les Espagnols détendirent
finblement la ville, et le fort de la Goulette leur fiil enlevé d'assaut.
L'expédition des Morisques, bannis de TEs^
pagne eu ië09, eut pour résultat, comme on la vu, d*angmenter le nomhre des corsaires sur la eôte d'xVfiique. Mais après Hassan-Pacha et Alttdi-Ali, aucun des che& de la régence d'Alger
ne s est fait sur mer un nom digne de figurer dans rhistoire. La constitution de cet étrange
Éiai, où il n y avait d'autre droil que celui de la force, serait inconcevable, si elle n'avait pas ttisté. C clalL une monstruosité gouveruemen-
60 INTRODUCTION
taie qui n'a pu naître qu'au sein de la barbarie '
musulmane. Un ramassis de fugitifs de la Turquie, de renégats, rdl>uts de la chrétienté, et de juifs apostats, lioinmes sans foi sous le masque de rislamisme, abominablement dépravés dans leurs mœurs, et bannis la plupail pour leurs crimes des pays d'où ils venaient, formaient, au nombre d'environ douze mille, la milice d'Âlger, et en étaient rarisiocraiie souveraine. Originairement les fils des Turcs, nés de femmes indigènes, et appelés Koulougiis, et même les Maures, étaient admis dans cette milice. Mais renlrée en fut interdite à ces derniers et aux Juifs renégats en 16S9. Elle resta faculiulive pour les Koulouglis, qui pouvaient parvenir aux emplois de bey et d'aga, mais non aux hautes cliarges du gouvernement, privilège exclusif de la milice recrutée hors du pays. Dans leur orgueilleuse jalousie du pouvoir, dont ils prétendaient conserver la possession, les Turcs avaient vu avec défiance les étroites relations que leurs bis, dont les mères étaient des femmes du pays, entretenaient avec les Maures, et le prétexte d'un complot tramé contre leur omnipotence leur suffit pour condamner tous les Koulouglis au bannissement sous peine de mort, avec injonction de sortir de la ville et de TÉtat d'Alger dans le délai d'un mois. La iamiiie,
HITRODIlCnON.
sipée dans sa base par le maliométiame, qat
aatorise la polygamie, u existait pas, ou le voit, |)ourles aventuriers turcs de la milice algérienne
qui proDûiicèieut cette expulsion contre nature.
Force fut aux Koulouglis d'obéir à Tordre baiiiaie de leurs pères. Ceux qui cherchèrent à s'y soustraire, en se cachant dans Alger ou dans
lesenvirons, furent découverts, enfermés dans des
sacs et jetés à la mer. Mais d'autres, du nombre
de ceux qui avaient pris le chemin de l'exil, rtuis-
sireut, deux ans plus tard, à s'introduire secrètement dans la ville, et à s'emparer de la Casba, d où ils demandèrent la révocation de l'ordre qui les bannissait. Assaillis, pour toute réponse, par des forces sous lesquelles Us virent bientôt qu'ils allaient succomber, car ils n'étaient qu'au nombre de cinquante environ, ils mirent le feu aux poudres amassées dans les caves de la forteresse, dont les ruines les ensevelirent avec les assiéi géants. Cette explosion, qui coûta la vie à plus I de six mille hommes, teuimes et enfants, renversa aussi environ cinq cents maisons. Les Turcs exaspérés firent périr dans les plub atroces supplices quelques Koulouglis, qui étaient tombés vivants entre leurs mains, et c'est alors que les iu^ulouglis furent déclarés inadmissibles aux I fcaates charges du Gouvernement. La Casba fut aciivemeut reconstruite.
Toutes les affaires d'intérêt public et particulier étaient discutées et réglées dans un divan, c est-à-dire dans uu conseil, composé de tous les officiers de la milice, et présidé par i'aga, commandant de ce corps. Ces assemblées, où ont siégé jusqu'à quinze cents hommes, étaient souvent très-orageuses, et devinrent si redoutables aui chefs de TÉtat, qu'ils s'attachèrent à les rendre successivement moins nomliieuses. Les contributions exigées k main ai^mée des populations indigènes formaient, avec les prises des corsaires, le revenu de 1 Etat. Le principal produit de la piraterie consistait dans la venie des esclaves capturés en mer ou sur les côtes de la chrétienté, et qui, amenés à Alger, y devevenaient la propriété ou des particuliers ou du dey. Ces derniers étaient entassés dans les bagnes. On compta jusqu'à trente mille esclaves chrétiens dans toute la régence.
On sait que la charité catholique, aussi ardente à soulager les misères humaines que la barbarie musulmane est acharnée à les multiplier, inspira à saint Jean de Matha et à saint Félix de Valois l'ailaiirable pciiscc de fonder, dès 1198^ pour la rédemption des captifs tombés entre les mains des infidcles, Fordre religieux de la très- Sainte Trinité, dit aussi des ïrinitaires et des Mathurins. L'ordre religieux et militaire
INTRODUCTlOiN.
de Notre-Dame delà Merci, institué en 1223, par saint Pierre «-Nolasqne, était consaeré
au même dévouement. Les iclii^ieux qui se rendaient à Alger, pour y racheter lesmalheareux esclaves chrétiens, prodii^iiaienL aussi les consolations de la religion à ceux que riosutli* sance des aumônes recueillies ne leur permettait pas de délivrer, et ks fortifiaient dans leur foi. Leur zèle ingénieux parvint même à créer un hôpital, où les malades trouvaient des adoucissements à leurs souffrances et les vieillards à leurs infirmités. A bout de ressources, ils demeurèrent quelquefois les héroïques compagnons d^esclavage des captifs qu'ils n'avaient pu reconquérir à la liberté. Plus tard les lazaristes participèrent aussi au soulagement spirituel cl au rachat des esclaves chrétiens à Alger, dont environ douze mille durent leur alTianchissement à cette congrégation durant la vie de son fondateur, le charitable saint Vincent de PauL C'était à celte même congrégation qu'appart^ naient les vicaires apostoliques à Alger.
Lamiliced'Âlgeravaitconstammentmanilesté, comme on Ta vujasqu'ici, une tendance pro~ giessive à s'affrauchir de la suzeraineté du snltan ottoman, sous laquelle le second Barberousse l'avait placée. L'attaibljssement de Tempire turc, à la suite du grand désastre
64 INTRODUCTION
mai iiime de Lépante, facilita les progrès de ces aspiratioDs à rindépendance, et la milice parvînt successivemeiil à subslUuer son pouvoir à Fautorité du pacha envoyé de ConstaDUoople, auquel elle ne laissa que de Vcuns honneurs. Cette révolution dans le gouvernement algérieu fut consommée vers la fin du xvi* siècle. Dans la seconde moitié de ce même siècle, la prépondérance obtenue par la milice sur mer eomme sur terre avait mis fin à la rivalité entre ce corps et celui des corsaires, jalousie qui avait entretenu Jusque - là dans l'Etat la lutte de deux forces opposées. Plus tard, dans le cours du xvii^ siècle, Taga, chef de la milice, dont la charge était auparavant temporaire, fat élu à vie, et prit le titre de dey, titre qui signifie en turc oncle ou patron (1).
L'existence des établissements français sur la côte algérienne remonte au xv» siècle. Us durent leur fondation à deux marchands de Marseille. Un fort, construit à Test de Bone, et qui fut appelé Bastion de France, assurait aux Français la protection de leur commerce et de la pèche du
(1) Ce titre fût attribué , au commandant de la miUce dans un sens analogue aux qualifications de duc ou de doge, suivant Fauteur de rarticle Dey^ dans rfincyclopédie aUemande d'Ersch etGniber, AUgemeine Enq^klopâ--
dtc der WUscnscliaflen und Kumle,
iitmoDucnoN, OS i corail sor celte cAte. Le centre conniereial de
' ces établissements deviul plus inipuriani, lorsqu'il fut IraDsféré plas tard à la Galle, petite ville manie de bastions, pareiliciuciii située à Test de Bone, et dont le port fui aussi forrifié.
Maiscesétablissemenls forent déti uiis parlescor-
saira algériens Fan 1600. Le rétablissement en
ht stipulé, au moyeu d'une paix achetée avec l'argent fourni par la ville de Marseille et les autres villes du littoral méridional de la France, et par un traité conclu entre un envoyé du roi Louis XIII et le divan d Alger, en 1628. Il fat convenu en même temps que tous les esclaves seraient rendus de part et d'autre, qu'il n'en serait plus fait à Tavenir, que les corsaires algériens respecteraient les navires français qu lis rencontreraient en mer, que les Français jouiraient librement du droit de pécher le corail sur toute la côte algérienne, qu un consul français résiderait à Âlger, et qu'il y serait inviolable. Ce traité avait déjà subi diverses infractions lorsqu'il fut entièrement violé en 1637 par les Algériens, qui ruinèrent encore une luis les établissements français. Mais les Maures et les Berbères, à qui le commerce avec ces établissements était avantageux, refusèrent à main armée, en 1638, dépaver aux Turcs le tiiljuL annuel, et leur tirent même éprouver une défaite, à la suite
IRTROIIUCTIOII.
de laquelle ils exigèrent le rétablissement da Bastion de France, qui fut reconstruit en 1C40.
Louis XIV pensa qae la fondation d'un établissement imposant, sur un point de la cote d'Afrique entre Alger et Tunis, les deux principaux repaires de la piralcrie qui ne cessait d'infester la Méditerranée, serait un moyen efficace de la contenir. Par ses ordres, une flotte, commandée par le duc de Beaufort, et portant cinq mille cinq cents hommes de débarquement, s'empara de Djigelli en 1664, sans coup férir. On déclara en vain aux Arabes du Toisinage qu'on leur apportait la paix, et qu'on venait les affranchir de Foppression des Turcs. Heoforcés par trois mille Turcs, qui arrivèrent avec des canons, ils attaquèrent le corps expéditionnaire français, aflaibli par les maladies, et avant qu'il eût eu le temps de se retrancher suffisamment. Découragé, et forcé de battre en retraite, ce corps se rembarqua à la hâte, trois mois après son entrée dans Djigelli, et après ^voir perdu plus de deux mille hommes. Enhardis pai ce succès, les pirates algériens redoublèrent d'audace dans leurs courses. Mais le duc de Beaufort leur donna activement la chasse, et délit complètement leur flotte, malgré l'acharnement de leur résistance, devant le fort de la Goulette, en 1665. 11 poursuivit ensuite, brûla
INTROOUGTIOir.
on prit leur navires jusque devant Alger. Contraints d'accepter la paix qui leur fut imposée en 1670, les Algériens rendirent tons les esclaves
et tous les bâtiments français qu'ils avaient capturés.
Les Turcs d'Alger, étrangers, dans leur slupide barbarie^ à tous les procédés queles nations civilisées observent dans leurs relations, rompîrenten 4681, sans aucun motif, et sans alléguer ancnn prétexte, la paix conclue avec la Fiance en 1670. Dans leur oi^ueiUeuse confiance, ils secroyaient à Fabri de tout danî:^er derrière les ferlifications et les canons qu ils avaient accunwlés pour la défense du port de leur ville. Louis XIV résolut d'employer à la répression de leur insolence les galiotes à bombes, dues au génie inventif de Renaud d'Eliçagarray. Une escadre qui comptait onze vaisseaux de guerre et cinq de ces galiotes arriva à la côte d'Afrique, sons le commandement de Duquesne, vers la fin de juillet 168"2. Retardé dans ses opérations par la violence des vents et par l'agitation de la I raer, elle ne put commencer à agir que dans la
nuit du 30 au 31 août. Un second bombardement, exécuté dans. une des premières nuits du mois de septembre, acheva de porter, avec la 1 dévastation et la mort, répouvanle dans la ville. Les Algériens demandèrent à traiter de la paix
68 iriTAODUCTlOiM.
par rentremise du vicaire aposioli ine, faisant fonclion de consul de France. Mais Duquesne répondit que c'était à eux à venir faire leur soumission devant lui, et il fit bombarder le port, la nuit suivante, pour brûler leurs navires. L'incoiisiaiice dutemps, redoutable sur la côte d* Afrique dans la saison oii Ton était arrivé, obligea tout à coup l'escadre française de reprendre la mer. Elle laissa, en s'éloigaant, quelques vaisseaux devant Alger.
Le succès, obtenu en dans le châtiment exercé conire les Algériens par remploi des galiotes à bombes, engagea Louis XIV à renoa- ; vêler la même tentative Tannée suivante. Les , perfectionnements indiqués par rexpérience | furent apportés aux galiotes à Toulon, et Duquesne reparut devant Alger, le 20 juin 1683, à la lêle d'une escadre. Le bombardement commença dans la nuit du 26 au 27 juin, et les Algériens, saisis d'effroi h la vue des cadavres entassés sous les ruines de leurs maisons, firent des propositions de paix, que Dusquesne refusa d'entendre. Il exigea préalablement et obtint que tous les esclaves capturés à bord des bâtiments français lui fussent rendus.
Mais les Algériens, exaspérés davoir été ' obligés de livrer leurs esclaves sans aucune indemnité de cette perte, se soulevèrent contre le
INTliODUGTlOIi. 69
dey, qui fut assassiné, et remplacé par le chef de la flotte. Le bombardement recommença et FêiTet eu fut si désastreux pour la ville, que les habitants s'enfuyaient dans la campagne pendant la nuit. Le nouveau dey, dans un accès de foreur fanatique, somma le père le Vacher, vicaire apostolique et consul, de choisir entre l'apostasie et la mort, et le courageux martyr fut lié à la bouche d'un canon, dont l explosion broya son corps. Cette acte d'abominable cruauté fut suivi d'un grand nombre d'autres su^mblables.Duquesne continua jusqu'au 18 août de lancer sur la ville des l)oinbes qui la ruinèrent en partie, et se retira, faute de munitions, en laissant une croisière devant le port. Le dey avait refusé obstinément d'accorder les satisfactions demandées.
Une paix trop indulgente* conclue avec les Algériens au mois d'avril 1684, leur fit croire que la France les craignait, et Tourville, qui avait sipé le traité, reçut de Louis XIV, en septembre 168S, la mission de reparaître devant Alger, pour y demander compte des infractions aux conveijiions stipulées. Les corsaires de Tripoli et de Tunis avaient été châtiés, et Louis XIV ne vou-lut pas laisser impunie l'insolence de ceux d'Alger. A la fin de juin 1688, le maréchal d'Ë^ trées arriva devant leur ville, sur laquelle il fit
ir^TEODUCTlOIV.
pleuvoir, du l'^'au 16 juillet, une telle quantité de bombes qu'elles y firent les plus épouvan* tables ravages. Dans leur rage, les Algériens, renouvelant les horreurs de 1683, firent périr,
en les atlachant Fun après lautre à la Louche d'un canon, le vicaire apostolique, le consul de France, et quarante Français. Le maréchal d'Ëstrées dut cependant se retirer sans avoir reçu leur soumission. Ils la firent dans le traité paix qui leur Cut imposé le 25 septembre 1669, et dont an envoyé du divan et du dey reçat la confirmation à Versailles, prosterné devant le tréne de Louis XIV, le 26 juillet 1690. La sécurité de le navigation fui ainsi assurée au commerce français dans la Méditerranée, ou les navires des autres puissances ne pouvaient se ^ hasarder qu'au risque d*étre capturés. |
On a vu que Vaga de la milice algérienne, devenu chef de TËtat^ et élu à vie, avait pris | au xvii^ siècle le titre de dey, ne laissant au pacha envoyé par le sultan ottoman qu'une position uniquement honorifique, mais sourdement hostile à la sienne. L'emploi de commandant de la milice, sous le nom d'aga, était en même temps redevenu temporaire. La révolution successivement opérée dans le gouvernement d'Alger reçut son complément en ITlû, à Tavénement au pouvoir du dey Baba-Ali-Bou-
INTRODUCTION. 71
Seba. Fermement résolu de se débarrasser àeê intrigues dont plusieurs de ses prédécesseurs j avaient été victimes, cet homme énergique fit ! embarquer le pacha sur uq bâtiment qui le conduisit à GoQStantinopIe, où il avait été pré» cédé par un négociateur cliargé d exposer au sultan que le respeet dû à sa sublime autorité éuit inconciliable avec la présence à Alger d'un paeha envoyé par la Porte, et que la milice serait satisfaite et reconnaissante de voir le dey de son choix investi du titre de paeha. Impuissant à refuser ce litre, le sultan raccorda à lambitieux Baba-Âli qui, après avoir inauguré 1 son règne dans le sang, parvint h terminer paisiblement sa vie, et à échapper ainsi au sort tragique de la plupart des deys, qui périrent de mort violente.
En faisant de son aga le chef du gouvernement, la milice algérienne s'était donné un maître quih dépouilla bientôt de toute participation au pouvoir, et qui réduisit le divan à un petit nombre d'hommes servilement dévoués à la volonté absolue de Tombrageux souverain. Contre Toppression la plus brutale qui ait ja- ; mais existé, même dans les Etats musulmans, ! oà le despotisme est le produit naturel du Go- I raii, code politique en même temps que reli- I gieox^ il ne restait à la milice que le seul mode
T2 INTRODUCTION
d'opposition usité dans ces Etats, Tassassinat
du despote, et elle y eut recours fréquemment. A un dey qu'elle venait d^immoler à sa fureur vengeresse, cette farouche miUce élisait un suocesseur qu'elle immolait souvent encore, séance tenante, et le massacre successif de six deys ensanglanta une de ces horribles élections. Le dey élu, avant de recevoir le serment de ï invincible milice, comme elle s'appelait, entendait le cadi luî rappeler que le payement de la solde était un de ses premiers devoirs.
Le joug turc pesait trop lourdement sur les Maures et sur les Arabes pour ne pas leur inspirer le désir de s'affranchir d'une soumission dans laquelle la crainte seule les retenait. Les Maures dte Tunis s'entendirent avec ceux da Maroc pour revendiquer, les armes h la main, la liberté des indigènes. Le dey de Tunis avait réuni une armée de vingt mille hommes, que le dey d'Alger n'hésita pas à attaquer avec trois mille cinq cents. Turcs et quinze cents Maurtis. Les Tunisiens furent taillés en pièces, et leur ville fut assiégée, prise et iiorriblement saccagée par les Turcs, qui leur imposèrent un bey de leur choix. L'armée du Maroc, que le dey avait fait observer, tandis qu'il marchait contre lesTunisiens, éprouva à son tour une défaite qui altesia encore une fois la supériorité militaires des Turcs.
Oigitized by Coogi
Ciial>aa, de la province d'Uraii, iiit iué Am «ne (ratatif e qoll fit pour enleyer la ville ce aom aux Espagnols. Son successeur Mustdplia, qn\ fut sumomné Bou-Gbelagram (1), éuii u& homme entrepreoaot qui louda la ville ée Maseara pour eo ftûre un poste militaire aa centre de sa provioce». Ajaut mis eusuiie le 1^ devant Oran, il œeapa eette plaee qaelea Espagnols abandouiièi'cat en 1708. Mais lorsque Philippe V, premier roi d'Espape de la maison de Couiboii, se vit solidement établi snr le trAae dont la posaeaaion lui avait été die* pulée, le désir lui viiu de recon(|ucrir une place doat la perte était un souvenir importun à la fierté castillane. Une armée de vingt-cinq mille hommes d mtanterie et de trois nulle hommes de cavalerie débarqua dans la baie du eap Fatcou (^), culbuta les Maures et les Arabes, accou^ nis h sa rmeontre« an nombre de dix à douze mille, et entra, le 30 juin 1732, dansOraa, qoe hs Turcs âoitratnés dans la fiiite des habitants, saisis d'eifroi, abandon uèrent a leur tour. Le fort de Mers--€i^Kekir fut foreé de se rendre, après uue défense de quelques jours.
La piraterie étant la principale source des • revenus de l'État d'Alger, et lui tenant lieu de
(1) C'esîrà-dirc en arabe père de la mouslache* @) Gecapfeime à i ouest le golfe U Oran.
74 IKTRODUCTION.
mmmerce, U avait uu ixitéièt viial à être continueUement en guerre avec les nations elirétiennes, et il } parvenait en exigeant d'elles dea tributs qui ne lui étaient jamais refiisés sans qu'il s en vengeai. G est ainsi qu ayant déclaré la guerre au Danemaric, pour en obtenir une contiibution, il se fit payer la paix qu il coadot ayec cette puissance, qui avait échoué dans une tentative de bambardement contre k ville tfAlgerenl770.
Cinq ans pluj» tard^ TËspagne, qui souffrait plus qu'aucune autre nation de la chrétienté des déprédations de la piraleiie africaine, éprouva un désastre dans la dernière expédition qu'elle entreprit contre Alger. Le commandement en avait été confié an général O'Reilly, qui, arrivé dans h rade d Alger le 1'' juillet lîTâ, avec une flotte d'environ quatre cents bâtiments de guerre et de transport, portant une armée de vingt-deux mille hommes, au lieu d'agir avec une prompte et décisive résolution, Imsa^ pa^ serbuit jours avant de mettre ses troupes à terre. Ce ne lut que le 8 Juillet qu'il dOfectua son débarquement, près delà rive gauche de rAracli, avec quelque dilbcultét ^ <2ause de Tagitataon de la mer, mais sans opposition de h p^rt de 1 ennemi. Le retard qu'il avait mis à exécuter cette opération I après son apparition en v ue de
lNTllO0iK;TIOH »
lacète, avait laissé le temps au eontingeiila des
beyliks (rairiver au secours d Ali>ei menacé, lahabileà tirer parti de ravaatage qoeTorfamsation militaire de son armée mettait à sa disposition contre les bandes désordonnées aceoih lues à sa rencontre, O'Reilly, renouvelant la &ate eonuBoise par Charles^oin^ et sans avdr établi ua camp retranché à la l;a$e de s^i ii^ae d*(^raUoo6, fit d'abord avaneer son waa(garde seule, et ne sut pas ensuite maiiu^uvier eonvenablment sor on terrain cotavert de broussailles et coupé de ravius. Yietime de son impé^
! ritie, il fut rédttit à battre en retraite, et son année, acculée à la plage, se rembaïqua avec aneeenfase précipitation, qni la lorça d'aban* doaaer la majeure partie de son maténei de Kttem, et qui coûta la vie à nn grand nombre d'hommes. Les Algériens virent dans les dépouilles qu'ils recaeillireni de ce grand échec
' des Espagnols des trophées qui, en ej^tant leur orgueil, achevèrent de leur persuader que leur Tille était imprenable, comme ils se TimagH naieni depuis Fissue si désastreuse de la formidable expédition de Gbarles-ûuint« lis redou^ blèrciii d'audace dans les excès de leur piraterie, auxquels TÊspagne, après avoir bombardé Alger infructueusemeiu en 1788 et en 1784,
Be parvint même pas à se soustraire par nne paix
IRTROOUCnOM.
hamiliaQte^ dont elle leur paya le prix en ilS&.
Le dey d'Alger ayant su que TEspague songeait à abandonner Oran, à la suite d*on tremblement de terre qui avait ruiné la pai tie basse de la ville, envoya Tordre an bey de cette province, Mohammed-el-Kebir, d investir la place, quoiqu'elle fàt trop bien fortifiée pour être assiégée avec succès par une armée tui t^ue. L investissement trois fois répété; pendant trois années consécutives, amena les Espagnols à traiter de la reddition de la place, qui fut cédée au dey d Alger eu 1792. Tous les habitants ehrétiens de la ville en sortirent, et furent remplacés par des musulmans. 11 avait été stipulé que les fortifications construites par les Espagnols demeurei^aient intactes; mais le dey en fit détruire une partie, poor ne pas laisser le bey d'ûran en possession d'une place trop forte.
La domination turque fut sérieusement me« nacée au commencement du siècle présent par une insurrection des Kabyles, qui éclata dans les montagnes de la province de Constautine. Elle lut suscitée par un marabout, nommé Ben-Arach, qui avait amassé eu Egypte, à répoque de Texpédition française, les moyens de faire des largesses et d'acheter de nombreux partisans* Il appartenait à la secte des Der^
IHTROMCnOR,
eodtia, <yrigiiiaire de Derca, dans le royaaae de
I Fez. Toujours hoslilc aux lurcs, cette secte, sous le prétexte d'observer rigoureosemeot toos les préceptes du Coran, prétendait que Dieu eommande de rejeter toute autorité temporelle qui D'emploie pas sa |iuissaace à la propagaliuu de rislafflisme. A la nouvelle de eette révolte, en 1808, Mustapha-Pacha, dey d'Alger, adressa à Osman, bey de Gonstantine, eetle lettre d*an lacoDisrae turc: « Ta tête ou celle de Ben- Aracb* » Parti aussitôt de GonstantiDe,avee «ne petite troupe réunie à la hâte, le bey se laissa attirer dans une pleine bourbeuse que les Kab)les avaient précédemuieui iuuadée, et fut eomplétement battu. Pris lui-même dans cette défaite, ûii tous les Turcs furent tués, il fut dé* eapité par ordre de Ben^Ara^h.
Un autre marabout, Ben-Chérif» qui avait été le lieutenant de Ben-Arach dans son insurreetioD, passa dans la province d'ûran^ et y appela avec succès un grand nombre de tribus à la guerre sainte contre les Turcs. Yaïaqucur du bey de cette province, il le força ï s'enfermer dans Oran, dont il ne put toutefois s'emparer, bute de canons. Mais la possession de Mascara et de Tlemcen le rendait maître de i intérieur de la province, et il tenait les Turcs bloqués dans les villes du littoral. Le dey donna alors au
iimoiiDcnoii.
hihld bey d*Oru an saeeesseiir énergique dîne
la pursoaue de Moliamaicd-Mckaiiccli^ frère d'Osmai), bey de Gonstâ&tine.
Arrivé à Orau par mer, le nouveau bey mai*cha safis retard contre les rebelles, et les battit dans toutes les rencontres où il les atieignit. Mille tètes envoyées à Alger apprirentan dey les défaites de riosurrection, et les tribus qù y avaient pris part Atrent ramenées à la sonmi»** sioD par la fermeté sévère du langage de Mobammed-M^allec^ en même temps qoe par la vigueur avec laquelle il agissait. Un nouveau soulèvement , suscité par Ben-Chérif réuni à Ben*Aracli,|iut encore écrasé, avec prompliludet par le bey dont la courageuse activité rétablit raulorité turque dans la province d Oran. L'es^ prit de révolte contre cette oppression, toujours subsistant néanmoins cbez les mai^abouts, repa* rut dans quelques nouvelles manifestations, que les Turcs surent réprimer. Cet esprit, que Forigine arabe de l islamisnie rendait liostile aux Turcs, a survécu à la chute de leur domination, et, plus hostile encore aux cliiétiens, a eu de nos jours sa plus célèbre personnification dans Abd-el-Kader.
Depuis la paix imposée anx Algériens par Louis XIY, lu France, seule de toutes les puissances chrétiennes, ne leur payait pas le tribut
omuMioGiim. la
qi'fls edgeueni des Mtm Hâtions* Mâk la
Révolu uoii, qui renversa lout ce qui eiuslaii m France, anéantit anasî notre narine^ et^ comme
U triéteat te Kqiame est le floeptre du
rAûgieterre, débarrassée de notre conenr^ renoe et souveraine de l'empire des mers, en profita pour fonder sa grandeur commerciale. Lors de l'expédition d'Egypte, Alger reçut de la Porte otic»siaûe, agissant sons riûUuenee britannique, rinjonction de rompre ses relations avec la franco républicaine, et les élabUssements français sur la côte d'Afrique furent détruits. Bonaparte néanmoins conclut, sous le consulat, un traité avec les Algériens,le 17 décembre ISOl . Maié la prépondérance maritime de TAngleterf e prévalant partout, la France perdit ses établissements sur la céte d'Afrique, dont sa rivale s'empara en même temps que de la pèche du cofsil dans ces parages. Un projet de débarquemcat sur la côte algérienne entra momentanément dans les vues de Napoléon I^. Un o&cm du génie, très-capable de remplir cette mission seeiète, Bontin, fut alors diargé d'eiplorer les abords d* Alger, et les résultats de la reconnaissaneequ'il en fit, en i80« et 1807^ forent d'une
IMUOUUCTION.
précieuse utilité lors des prépaialils de notre expédition de 1830.
. Les dommages causés au commerce maritime des États-Unis de rÂmérîqiie du Nord par la piraterie algéi^enne provoquèrent la résolutioa que prit cette république d'en tirer vengeance en 1815. L'appaiition soudaine d'une escadre américaine èsvant Alger^ le 28 juin de cette même année, y produisit une telle teireur que les corsaires se laissèrent imposer la paix qni leur fut dictée.
L'Angleterre, malgré ledésir qne loi inspiraient ses intérêts commerciaux d'entretenir de bonnes relations avec les Algériens, ne pnt pas s'abstenir, comme grande puissance maritime, d intet venir dans la répression de la piraterie. Mais lord Ëxmouiii qui, au conmdencement de 1810, parut successivement devant Alger et devant Tunis, à la tete d'une flotte, ne se montra pas exigeant dans ses premières stipulations avec les corsaires* Revenu à Âlger, il voulut imposer au dey la renonciation àresclavagedesdiréttens. Le chef de la régence, Omar, surnommé le Terrible, argua de sa position de vassal du sultan ottoman , pour ne pas répondre à cette demande avant de l'avoir soumise à la décision de son suzerain. En sortant de chez le dey pour retourner à son bord, Tamiral anglais fut insulté par
Si
les corsaires, qui outragèreat aussi le coosal
(l'Angleterre et sa faiaillc. Des excès furent, en outre, commis à Oraoet à Boae sur les Anglais
qui se trouvaient dans ces villes.
La Grande-Bretagne ne pouvait pas laisser
impunies les insultes faites à sou liouueur natio- DaL Une floUe anglaise, commandée par tord Exmouih, et à la<iuelle s était réunie une division de la marine des Pays-Bas, sous les ordres du vice-amiral van der Capellen, se présenta devant Alger, le 26 août ISIU. Le lendemain, Famiral anglais lit sigailier au de), par une frégate envoyée sous pavillon parlementaire, qu'il venait lui demander la délivrance sans rançon de tous les esclaves ehréUens, exiger Tabolition de Tesclavage, et stipuler les condiiions de la paix au nom de l'Angleterre et des Pays-Bas.
Plein d'une aveuyle coutiance dans les fortifications d'Alger, qu'il croyait inexpugnables, le dey Omar refusa de répondre à la sommation de lord Ëxmouth, qui, pendant les négociations, s'avança jusqu'à rentrée du port, et vint s cmbosser devant la ville avec le vaisseau la Reinê Charlotte^ oii flottait sou pavillon, et que suivaient trois autres bâtiments. Les Anglais avalen t ainsi pris position, lorsque l'amiral lit amener le pavillon parlementaire vers deux lieares et demie de Taprè^midi. Un coup de canon, tiré du mok
par les Algériens, engagea le combat, La population de la ville, qui se pressait sur le port» dans Tespoir de jouir du spectacle de la destruo tioQ de la flotte enDomie, fut horriblemeut décimée par les premières bordées du vaisseau amiral anglais. Malgré 14nfériorité de leur artillerie, les Turcs firent preuve d'un catirage intrépide dans le service de leurs battmes, auquel le dey lui-même prit part. Us ne succom* bèrent dans eette terrible lutte que par leur ignorance de Tart periectionné de la guerre^ dont lord Exmoutb et les marins placés sons ses ordres surent profiter, avec autant d'babileté que d'audace, pour écraser les fortificatiOBS algériennes sous une grêle de projectiles. Un vaste incendie, allumé par les bombes anglaises et par les fusées à la Gongrève, dévorait, à sept heures du soir, les navires renfermés dans le port, l'arsenal et son magasin. Au mo* ment de se retirer, les assaillants couiuioiu un grand danger : plusieurs bâtiments algériens enflammés, ayant rompu leurs amarres, s'avançaient vers la flotte anglaise, lorsqu'à la faveur du vent qui poussait ces bâtiments, elle put échapper au péril, après avoir appareillé àla hâte.
La Hotte anglaise s'éloigna du théâtre de ce mémorable combat à minuit, au bruit du tonma t et à laclartédeséclaubd un violcal orage.
U parait eeruûii, sans que l oû puisfie précker
tjuel fut, de part et cVauire, le nombre des pertes ôû hommes, queia ciii£tre des morts fut plus considérable da côté des Anglais que chez les Algérians. Les bâtiments anglais étaient, en outre, irès-eiidooimagés. Mais les coi^aires étaient rainés par l'incendie de leurs navires. Le lendemain de cette journée du 27 août 1816, lord &moQth reçut un parlemeniaire du dey, que les officiers de la milice avaient déterminé à accéder aui ^agences de rendrai anglais. \3nepaix avantageuse pour TAngleterre et pour les Paysp-Bas fut donc conclue^ et Tabolition de Fesdavage des chrétiens fui stipulée avec la régence algérienne. Des additions à ce traité, demandées plus tard par TAngleterre, furent toujours refusées par les Algériens, et ce fut sans succès que la marine britannique essaya plusieurs fois de bombarder leur yiHe en 1834.
Onaar s occupa avec activité de la réparation ei de raccroissement des fortifications d*Alger, du rétablissement du port et de requipemeut Ae nouveaux navires. La milice lui faisait néanmoins un crime du grand désastre arrivé sous son règne, et des complots ne cessaient de meaacer sa vie. Il fut euhn étranglé en 1817. Son suecesseur, Ali-Khodjia, se sipala par sa sanguiaaire cruauté et par sa violence à satisfaiie
IMTIiODUCTlôrS
ses passions sur toutes les iemmes qu'il convoitait. Renfermé daos la Casba, oh il avait établi sa résidence, et transporté le trésor de la régence, il s'eetdiira d'une garde de Maures qu^il s'était attachés, et lit mettre à mort plus de quinze cents soldats de la milice. Il paraissait projeter le&termiaatiou complète de ce corps, lorsqu'il mournf an eommeneemrat de 1818. 11 lut remplacé le 1'"^ mars par Hussein-Pacha.
Ce dernier dey d'Alger fiit un des moins barbares parmi les souverains de la régence. Il ne fut pas cependant sans faire trancher quelques tètes, et il fit étrangler un jour Taga de la milice, son parent, tandis qu'il jouait aux échecs avec lui. L'aveugle conhance quil avait dans les fortifications d'Alger lui inspirait un stnpide orgueil et cette insolence tuique dont il a donné la preuve brutale qui lui a été si fatale. Dans son Histoire d'Alger (1), H. de Rotalier
(1) Deux volumes in-8o, 1841, dans lesquels Tauteur, changeaDt, comme il le dit dans sa Préface^ contre le burin de Thistoirc l'épéc qu il avait au^si portée, a exposé? avec un véritable talent et avec une exactitude fruit de sciieuses recherches, ce que tui la régence d'Alger, « amas honteux de brigands, » ainsi qu'il la cai acLerise très-justement. Familier, depuis de longues années, avec la littéralureespagnole,j'ai puisé aux sources originales qu^elIe m'offrait une i)artie des documents mis en œuvre dans cette Introduction ; mais je me suis servi aussi avec profit de ceux que M. de iloidiier a recueillis avec tant de soin dans son ouvrage.
INTEOOlIGTiON^
a très-bien dit : « Alger périt alors par sa propre faute; l'audace qui Tavait fait vivre pendant
trois siècles cesi>a d'être du boulieui, et déviai de la folie. »
DB
CIUÂPITRË i
Causes de la rupture de la Franco avec le dey d'Alger. — Blocus maritime de 1827 à 1830. — ExpédUioa courue ei proposée par le comte de Bourmont, ministre de la guerre, et adoptée par le roi Gbaries X. — Préporatîfii de l'expédition. Ck>mpositlon de la flotte et de l'tanée expédifionnafre. Le Gentenant- général comte de Bouraïuul uommé commandaul en ciiei de TexpédilioD.
Il faudrait remonter jusqu'à ravénemeot de
Uussein-Pacha au pouvoir pour assigner Tori-gine des griefs dont la France a dû tirer une vengeance qui a été, au protit du monde ciirétien, une glorieuse victoire de la civilisation sur k barbarie. Diverses violations de nos transactions avec la régence avaient eu lieu, lor&*
MELATIOM 0Ë
qu'eu 1826 an attentat plus grave fut commis par la piraterie algérienne. Quoique couvcrls du pavillon et de Tégide de la France^ des navires appartenant à des sujets du pore de la ehrétienté furent eapturés« et les corsaires refu-sèrent de les restituer. Notre souveraineté, acquise depuis bîentdt quatre siècles, sur une petite pai lie de la côte septentrionale d'Afrique, ne fut plus respectée. Au mois d'avril 1827, le dey lui-même fit un outrage inexcusable au consul général de France.
Des iouniitures considérables de grains avaient été faites an gouvernement républicain, peu de temps après rétablisseinent de ce régime en France, par deux négociants juife d'Âl* ger, Jacob Bacri et Michel Busnacb. Le règlement des sommes dues à ces deux négociants
fut stipulé daus le traité conclu, sous le Consulat, entre la France et la régence d'Alger, le 17 décembre 1801. Le dey d'Alger, à qui appartenait, à titre de créancier de Baeri et de Busnacb, une partie de cette dette de la France, en réclama le payement dans une Icltre qu'il écrivit au premier consul Bonaparte, le 13 août,
La Restauration, qui avait trouvé la France
dépouillée de ses établissements en même temps que de son commerce sur la céte d'Afrique, et
privée de la jouissaûfie ét ia fttm èm iM%Z^ négocia avec la régence le réuliiwffiff « DOS andens droits^ et éonaa, éafts «iie «i^ja-
ration faite par le consul de FhîM!- I A!r*». le 2d février 1816» rascanaor f«e m dues à Bacri et à Busnach serai^Lî i<sjém. Imosaction arrêtée le Msàmt î4ifÊ mijti que la France, pour salisfalîT à se» oi-^^-i- •vlipayeraii aux sieurs Bacri ei Umnmk^ tiLirt m mains (le k'ur fondé de pou*^ : -:, la ^.rLZjK sept milliaa& de ihum. kî èt iusicn. votée le 24 juillet 1820, ponrf^: -.il^i: de cette âOJDunie. Mw ilâvauélé Mi»wt«i <ïbfc le montant des opposiiic/iii k tt [Wi;*'ii>ct, iaitet^par les eréaMÎen fna/çà^ à»
algériens serai L versé ah c^i-s^ des ^^^'-.t coQ&igoatioûa. Le ekiffce 4e ce» oppo%»:/,-t* s'élevant à deux miUions el deiLl, Bi.cn L-*oaeh ne dureoi reeet eir qntie ttii^iou et demi. Les cours royales de P^ris et d'Aix étvaient statuer nr les ^ponikms.
Le dey, qui ne coinpreiî«iii rîeo a^i délais oeeaakttiiés par la manhe de b jostiee fhiBçsiise, s'en irriu. Il écrivii, en 1826, direcie- Bient an im Charles X lue fetiie locooTeDante de réclaiualions contraires aux diipul^iions. Cette lettre devait rester, et resta sans réponse, dey s'en plaignit amèrement au con&al gé-
90 REUTlOIf m
néral de France, M. Deval, qui s'était présenté devant lui dans la Gasba, pour lecomiilimemer, selon Tusage, la veille d'une fête musulmane, le 30 avril 18S7« La diacuasion qui s'eagagaa alors entre le dey et le consul, à qui le turc et Tarabe étaient familierai s'anima et amena M. Devâl à dire à Ilussein-Pacha que les convenanees ne permettaient pas au roi de Fiance de lui répondre. Le dey avait à la main un de eea éventoila en plumes de paon dont on se sert en Afrique pour chasser les mouches, et il en frappa le consul an visage^ « Ce n'est pas à « moi, dit M. Deval, c'est au roi de F rance que « Tinsulte a été faite. » Le déy répondit qui! ne craignait pas plus le roi que son représentant.
Le consul de France reçut ordre de son goovernement de quitter Alger, s'il n'obtenait pas une satisfaction immédiate et suffisante* La demande de cette satisfaction fut portée à Alger, dès les premiers jours de juin, {^r le capitaine de vaisseau Collet, k la téte d'une division navale. Mais il n'y fiit pas &it droit. Le consul de France partit donc, et l'établissement français de la Galle (i) fut incendié et ruiné par les Arabes» le 18 juin.
(1) La petite viUe de la CaUe, située a 18 lieues marines àl'est deJione, sur un rocher entouré par la mer, est voisine des l>ancs de corail les plus tieh^ de la Médiienranèe*
L EXPÉÛiTlON D'AFaiièUfi. 91
Une croisière devant Alg^ dut être la première mesure a laquelle on eut recours. Le
commandement en fut confié an capitaine de
vaisseau Collet, mai iu d uuc luiiyuc expérience, qui, consulté par le gonvemement, donna, dans ses dépêches, coin me le consul général Deval, dans nn Mémoire adressé an ministre des aitaires étrangères, des reusei^^nemeuts positifs oOBcemant les moyens d*âgir efficacement contre Alger. L'un et Faulre démontraient 1 impossibilité de tenter, avec (luelqne espérance de réussite^ une attaque par mer contre le port ou coutre la ville, et indiquaient une attaque par terre comme la seule entreprise qui put conduire au résultat désirable» Pour confirmer les rraseigno* ments iouruis, et pour donner louies les explications que le gouvernement demanderait, le capitaine deù^égate Dupeiii-Thouars fut envoyé par le commandant de la station à Paris, où un auiic jeune capitaine de frégate, M. Gaj de Taradel, avait été aussi appelé par le comte -de Chabrol, ministre de la maune. Le capitaine Dapetit-Tliouars, qui avait une grande connais* sauce de la côte d Afrique, des abords d'Alger, el de la ville elleHotaie, exposa de vive voix, et dans un Rapport au ministre de la maiiue du 20 septembre 1827, qu*un blocus maritime, quelque rigoureux qu U put être, serait toujours
BBUTIOn DE
sans effet contre les Algériens, et que lear ville
ne pouvait être attaquée par mer avec succès. Hais il développa en même temps les moti& qai devaient détermiaer le gouveroement h diriger avec confiance contre ce repaire de la piraterie une expédition combinée de terre et de mer.
S'appuyant sur ces documents, et sur ceux qu'il avait recueillis d ailleurs, le marquis, plus tard duc de Glermont^Tonnerre, alors ministre de la guerre, présenta au roi, le 14 octobre 1827, un Rafypart (i) où il énumérait parfaitement toutes les considérations qui devaient engager Charles X à prendre, sans différer, la résolution de tirer, par la prise d'Alger, une éclatante vengeance de rinsnlte faite à la France, et de ^'assurer en même temps la reconnaissance de la chrétienté par la destruction de ses plus cruels ennemis.
Dans ce Rapport, où est esquissé le premier plan de Texpédition que le comte de Bourmont a si habilement organisée et si glorieusement oonduite a bonne fin en 1830, le marquis de Glermont-^Tonnerre disait au roi : « Sire, vous ayez a entrepris contre Alger une guerre juste; vous
(i) Je liens la communication de ce Happot i et de fïiasieurs autres docuinenls importants de robligeance de madame ia duchesse de Glermont-Tonaerre, par Tentremlse de mon bon camarade et excellent ami le comte de la Myre-Eory.
L^BlPfoinON D'AFRIQUE. 93
«i Tarez entreprise seul : Tintérêt de votre pays, •t celui de vôtre propre gloire, duivuiu par con- « séquent marqaer seals la limite de la satis&o « lion que vous exigerez. La Providence a « permis qoe Votre Majesté fût bratalement « provoquée, dans la personne de son consul, « par le plus déloyal des ennemis du nom ebréa tien ; ce n'est peut-être pas, Sire, suus des « vues particulières qu'elle appelle ainiri le fils
« de saint Louis à venger à la fois la religion,
« rhumanité et ses propres injures Il n'est
« pas de puissance au monde qui ail le droit de ! « dicter au roi de France Tusage qu'il devra I <( faire de sa victoire sur le dey d'Alger, si la « Providence la lui accorde, ou de régler le « dédommagement auquel il peut prétendre « pour les sacrifices que lui occasionnera une « expédition qui, après tout, n'est pas moins « dans Fintérét de l'Europe entière que dans
« ceiui de la France elle-même Il £aut
t bien se le dire, il n'y a de sécurité avec le « gouvernement d'Alger que dans sa destruction ^ entière, et il n*y a, Sire, pour arriver à ce but, t d'autre moyen qu'une expédition par terre, * dont le succès est assuré, si elle est faite avec « des moyens suffisants et dans la saison conve- «nable. Mais, Sire, je le répète, il faut faire « cette expédition promptement ; car si, après
a l'édat de l'iosuUe, aprèë la publiôié de la « demande en réparation, les circonstances « générales de TEurope nou& formaient à y « renoncer; s'il fallait (iifui lever le blocus « d'Alger sans avoir obtenu une salisfaciion « complète, et si, plus tard, d autres venaient à <x ae charger da soin de notre vengeance, si les « Anglais faisaient ua jour ce que nous n aurions ce pas osé faire, quels ne seraient pas dos re« « grets et l'indigna Lion de la France? »
Après avoir montré au roi qa*il ferait une chose politiquement sage, en profitant des cîr* constances fiivorables où la Providence le plaçait, pour établir eu Afrique la puissance française par la conquête de la régence d'Alger, et pour en aiïranchir les habitants indigènes de la tyrannie des Turcs, le marquis de Oermont- Tonnerre exprimait cette pensée digue de ràme d*un ministre du Roi très-Gfarétien : « Peut-être u môm<^, avec le temps, aurons-uous le bonheur, « en les civilisant, de les rendre chrétiens; et» « si celte considération ne peut pas être pré- « sentée comme un motif pour entreprendre « une guerre, du moins est-ce une raison, « quand la guerre est commencée, ponr mar^ d cher av ec plus de conliaiice à une gloiie que « la Providence semble avoir préparée* »
Avant de t^erminer son Ra^port^ le ministre
de la guerre exposait ea ee& termes ce qu li mfût être tmn de dira an mi da ctoix dn coiiJuiaQdaut en diel derexpédition qui! prapolait d'entreprendre ? • Je dois maintemm entre* « imr Votre Maje&ié des quuUié^ néceaftairas « anebef d'une anset importante expédition, « afin qu eiie puisse mieux juger quel est celui des iféftéraiii: de son armée auquel elle vou* dra eu cûulier le oommandemeut. il ne doit « pas seulement être un bon militaire, un t général liahile ; il doit encoce être un iu^mme « doué d'an caractère fort ; un homme capable de prendre son parti dans des circon stances ir dâicates; il doit être doué d'une grande téna- ^ cité, pai^ce qu il aura aiïaire à des hommes « qui, derrière des murailles^ se défendent en désespérés ; il doil avoir une grande prudence pour ne rien risquer légèraneni, et profiter (( cependant de toutes les circonstances iavora*- « Uês pour marcher à son bat. )»
Telle était Tidée que le marquis deClermoni- Tonnerre se faisait du général qu'il convenait de I placer a la téte del expédition, sik projet en était i ^pté, lorsquMI annonça au lieutenant gàiéral ^mte de Bourmont que son intention était de le proposer an roi pour ee commandement (1)*
(1) A la veille de quitter Paris, au mois d'avril 1830,' pour aller s emtiarquer à Toulon, avec Tannée qa'i
9d &El«AT10h DR
Mais La nécessité de prendre une prompie détermination contre Alger ne prévalut pas dans le conseil du roi. Partisan exagéi^é de la paix, le chef du ministère, le comte de ViUèle, dontte vues étai^t plus habilement linaneières que hau^ tement politiques, s'opposa àjradoplion du projet proposé par le ministre de la guerre, comme il s'était montré opposé à riatervciitioii armée de la France en Ë^ape en 18fi3« Le roi se prononça dans le môme sens.
L'inefficacité du blocus maritime devant la côte algérienne, qui absorbait saws résultat plus de sept millions de francs par an, devint cependant chaque jour plus évidente. Cette mesure n'atteignait d'autre but que de tenir les corsaires renfermés dans leurs ports. Le capitaine de vaisseau GoUet, promu contre-amiral à la suite d un combat oii il avait châtié, le 4 octobre 1827, Taudace de onze bfttiments algériens, qui avaient tenté de forcer le blocus, était mort à Toulon an mois d'octobre 4838^ et avait été remplacé dans le commandement de la station par le capitaine de vaisseau de la Bretonnière, lorsqu on voulut enfin essayer d'une dernière
devait conduire en Afrique, ie comlc de BounnuiU ùU au marquib de ClerniOiil-Tonnerrc, dont il recevait les adieux, au ministère de la guerre : «le pars pour Alger, votre Uofiporlk la main. »
(léuiârdie. Le nuavéaa eammandarii de k croi* fiktt eat ffliflsioD de portv » dey la lédm* lions de la France. IMut it^ix deux fois daa^ k Gaabi, le 31 jiiiUel ei le S aoèl Itt», per Hussein Pacha, qui refusa obsiin^meiit de faire droità ses légitimes deneades. Le Iradfiii, lorsque le vaisseau parlementaire français sorui de k bsie d'i^ga*, il essaji le fM des belteries de h ville et du mûle« à k vue d'une Toik anglaise et d'une voile espagnde.
L'exisience de k pui&sauce algérienne, leue q«e le monde duétien nvait permis qn'dle 8*établU, était un crime permaneui de lëse-civifissiîon* Remereions Dien des'élresemdn bras de k France pour kire justice de ce long atteu*tat contre la soeiété. Grêlait nmt gloire dont QOtre pat&ie était digne; Torgueil de cet aven nous est permis après le triomphe qie non avons obtenu d'une occasion ù Intime de le îeadiqner les droits trop longtemps ontragés de rhnmanité » de restituer au commue de la Méditerranée sa séearité, de letrandi^ la soarce de tant d'avanies, d'affranchir TEurope des plus honteux tributs, et enfin de repknt^ b croix sur cette belle côte» oit k barbarie témoignait de son absence.
Sans doute si k fiance n'eût pas été préoccupée de llmminence d'une révolution inté-
rieuie^ elle se serait écriée comme un seul homme : C'est à moi que s'est attaqué Veuiàemi
de la civilisation chrétienne ; c est à moi est
réservé rkonneor du joar piédestiaé au <diàti*
ment d'une barbarie trop longtemps soufferte. U u'y a plus qu'à invoquer le Dieu des armées^ et à mettre à la voile. Mais il s'est reocontré que Fhemre était veaue ou la royauté se Tit en butte aux attaques les plus violeutes et les plus perfides des partis qui conspiraient sa ruine.
La Restaui'atiou trouva la France envaiiie parles armées de rEurope, émuiéesousle poids des revers qui, provoqués par Tambition de Napoléon I^, amenèrent deux fins les étrangm à Paris, eu deux années consécutives, épuisée enfin dliommes et d'argent. EUe la sauva A» la menace d'un déa^mbrementt la libéra des énormes contributions de guerre qui lui avaient été imposées, la releva de son abaissement, à fit respecter de toutes les puissances étrangères par l'inébranlable lermeié de sa politique extérieure, la dota d'une organisation financièie irréproehablCt et d'une prospérité publique, qui disparut en 4830 avec le principe de la monarcbie traditionnelle, qu'elle nous avait rendu. Mais un invariable dévouement à la mémoire du seul gouvernement que j'aie voolu servir uc m'aveugle pas sur les fautes que
rhistûire est autorisée à lui reprocher. La &ate primitive, et dont les omséquencea ont été irréparables, fut Tordomiaiice rotule du ô septembre 1816, qui prononça h dissoiation de la Chambre des députés. La charte, subie plutôt qu'octroyée par Louis XVIII, « était sortie des entrailles mêmes de la Révolution^ » a dit M. Thiers (1) avec vérité, etaveenne intention laudalive. La Chambre des députés élue en 1815 avait très^bien compris que, pour restaurer vé* ritablemeut la monarchie, il fallait remédier et suppléer anx défectuosités delà charte, reconstituer Tordre politique sui la conciliatiou de Tautorité royale avec les libertés publiques, et établir entre le gouvernement et la nation, sur la base des franchises provinciales et municipales, les liens propres à assurer la force et la stabilité des tnstitations. La ftmeste insistance de M. Becazes, ministre de la police, triompha des hésitations de Louis XVIII à signer cette regrettable ordonnance du 5 septembre 18id, qui brisa rassemblée la plus sincèrement dévouée au trône, la plus indépendante et la plus intelligente que la France ait jamais eue, la Chambre Ajustement qualifiée par Louis XVIIi lui-même,
daas la séance du Corps légisIaUf du M février i8Wque M. Thiers a expriaic ccUe juste appréciation de la uiarle de 1814.
100 AfiLATlOn D£
qui l'avait pi oclauiée introuvable, La Révolu lion, délivrée de la craiate d'être domptée, se remit à l'œuvre, et, sous le pseudonyme départi libèrcU^ se forma la grafide conjuration des tartufes du culte de la liberté contre le régime qui seul pouvait et voulait frauehemeut la fonder en France. Assemblage hétérogène de passions irréligieuses^ de haines républicaines, de raneiH nés et d^espérances bonapartistes, d'aspiiaiioas el d'intrigues orléanistes^ cette conjoratiout I avecTaide des menées souterraines des sociétés ' secrètes, et au moyen de Taction quotidienne des journaux sur Topinion publique égarée et fiuissée» sut habilement profiter des divisions des royalistes, et, enhardie par les imprudentes concessions du pouvoir, marcha au renverse* ment de la royauté par la voie de l abus du ijouvernement parlementaire. Ainsi fut jouée, comme Font avoué plus lard les propres organes de la conspiration, sous le masque d*un hypocrite amour de la charte, la comédie de qtiinze ans, qui, terminée par la tragédie de 1830, révéla^ dans son dernier acte, le principal acteur du drame.
Un ministère nouveau avait été appelé, le 8 août 1829, à la direction des affaires , lorsque le dey d'Alger, refusant d admettre les justes réclamations portées par H. de la Bretonnière,
L'BXPtoiTian D'AFBiftini. 101
venait de faire au vaisseau parlementaire fran*
çais rinsulte la plus solennelle. Si J'insiste ici sur la eoîBcideaee des emtNurras que suscitait au gouvernement rétat intérieur de la France âToe la nécessité de prendre un parti envers la régence algérienne, c'est que j'ai été en posiiiou devoir qu'entreprendre r^Lpédition d'Afrique ne fut pas la moindre des difficultés qu'elle présenta. Qui a donc conçu la pensée d*une solution péreuipiuire? Qui a i assemblé et réuni en corps de projet les âémenls d'une entreprise digne de la France? Qui a luué seul d'abord contre nneprévention universelle, spédeusement appuyée sur une base historique? Qui n'a cessé de proposer, en face d'une opposition passion^ née, et qui a fini par persuader de se mettre enfin à l'œuvre? L'histoire doit dire que ce fut celui-là même qui eut la mission de féconder cette grande pensée sur la terre d'Afrique. Il ne fut certainement pas moins diiiioiie d'emporter ce premier succès que de foudroyer Âlger. La justice dont je n'hésite j^as à être Torgane n'est que l'expression d'un fait incontestable.
Un des premiers soins du comte de Bourmont, en prenant possession du ministère de la guerre, le 8 août 1829, fut de se irjc ttre en mesure de pouvoir proposer au conseil du roi de poriei* au dey d'Alger le coup décisif qui ne
ii£LATiOII D£
devait plus èlre retardé. Le comte de Ri|;iiy,
nommé ministre de la marine lors de la forma- ^tioD du miûistëret n'accepta pas ce porieteuilie, qui fut confié le 23 août au baron d'Haussé homme d'une active énergie et d'une ferme volonté. Il était alors préfet du département de la Gironde, après avoir été suecesaivemeDt pré^ fet des départements des Landes, du Gard et de risère. C'est le devoir d'un témoin des prépann tifs de TexpédilioM d'Afrique, en 1830, de redire les titres que le ministre qui venait d^étre chargé de la direction des affaires de la marine s'est acquis à la reconnaissanee de la France^ par le zèle avec lequel il a si bien coopéré au succès de Tentreprise. Administrateur capable et distingué, étranger toutefois à la marine, le barou d'Haussez a dû tenir compte d'abord, jusqu'à un certain point, de Favis dominant dans le corps à la téte duquel il se trouvait placé ; mais une fois convaincu de la possibilité de réussir, il imprima à tout son département une impulsion qui produisit des résultats presque inespérés. Le comte de Bourmont trouva en lui m ministre de la marine franchement décidé à te seconder.
Maison perdit un temps précieux à attendre le résultat des négociations relatives h deux projets, qui n'étaient que des expédients inexé-
L*fi»toiXio» o AfAïauji. 103
entablea. Le premier, qui avait été admis par
le roi, sur la proposition du prince de Poligiiae, ministre des affaires étrangères et qui devînt président du conseil le 17 nevemhtt 1820, eofisistait à traiter a?ee la Porte otio-
! niane, pour qu'elle contraignit le dey d'Alger , k doDiier satisfaction à la France. Le second, qui fut aussi proposé par le prince de Polignac^ et agréé par le roi, avait ponr bat de charger Méhémet-Ali, pacha d Egypte, de tirer ven-
I gesncedn dey, en s'emparant de Tripoli, de ïums et d'Alger. Désapprouvé par le comte de Boonnont et par le baron dUaussez le reeonrs à ces deux moyens indirects d'agir contre le dey, qui forent successivement tentés, demeura infruetaenx. L'inlluence de la politique anglaisée eoiitribuâ à détourner le pacha d'Egypte de la eondusion de la seconde de ces négociations. La Providence voulut que l'insulte faite a la France lut vengée par les armes françaises.
Les répugnances et les obstacles de toute espèce, dont il fallut triompher pour conquérir l'adoption d'un projet définitif, opposèrent, on le voit, une résistance difficile à vaincre. La
I résoluiioa d'en finir enfin avec le dey, par la prise d'Alger, lorsqu'elle avait été proposée par le comte de Bourmont, avait été
I écartée d'abord par le roi Charles X, par le
1U4 a£UïiOjM a£
Dauphiû , par le priuce de Poligoac et par le caik- \ seil des miiiiBtfes. Leur adhésion à cette entreprise provoqua ensuite une explosion de résistance à la décision adoptée par le gouvernement, dont Tesprit de parti etTignorance firent les frais. La tribune, la presse, les salons retentirent des cris de cette opposition. Un sent^ bla s'entendre à droite et k gauche pour protester contre une pemée chevcUeresque^ contre une entreprise impossihk. Dans les derniers
ndois de Tannée 1829^ le gouvernement avait été
plus <runefois délié par ses adversaires J'obienir satisfaction du dey d'Alger, en conservant intact le dépôt de Ibouneur national. À les entendre, eux seuls avaient le sentiment de la dignité du pays, eux seuls en étaient jaloux. La palinodie qu'ils chantèrent ensuite, la violence avec laquelle ils accueillireat la résolution décisive du gouvernement, dès qull Tout manifestée, prouvèrent combien étaient délovales les aiuques de Topposition qui assaillait alors le ministère.
On était arrivé à la fin du mois de jao*
vier 1830, lorsque rexpédiliou fui dcHaitivement résolue, dans le conseil du roi du 31 de ce mois. Quand vint le mois de février, la perte de temps occasionnée par les retards qui ont été mentionnés fui d autant plus regrettable, qu une immeo-
àli de prépmiti& de toute aatare était à faire
et devait être terminée avant Tépoque du départ, qui\ une fois le moment opportun arrivé, ne pouvait plus être difléré d'un jour, si ee n'est par les vents. C'était l'époque du eommen* cernent de mai à la fin de juin qui était indi iuée cmnnue la plus fiivorable pour opérer un débarquement sur la côte d'Alrique par les juges canoh pétents de cette importante question. Poree étail donc d être en mesure de faire voile vers la m-mi ; il y allait du sort de l'expédition.
L'histoire avait été interrogée, et ses réponsest que les adversaires du projet alléguaient sans cesse pour propliétiser l'anéantissement inévi'* table de la flotte et de l'armée expéditionnaire, offraient, à qui savait les y voir, les plus précieuses instructions et toutes les garanties de sttceës moralement désirables. Le désastre de Gharles-QuiiU et la défaite d'O'Reilly enseipaient assez que lecboixd'unesaison opportune
celui d'un point favorable de débarquement étaient les premières conditions essentieiies d'une réussite probable, et qu'elles devaient avoir pour complément indispensable le concert des volontés combinées pour agir sur mer et sur terre, la précaution d'éviter un débarquement morcelé, et le soin de se retrancher et de s'étabUr militairement avant de commencer à opérer^
RELATlOrs^ DE
Les caprices connus de la mer d'Afrique, les incertiCttdeft iBhérentes à la naTigatioii, llndémence alors exagérée des éléments dans ces parages, le défiâment de mmmm d'un pays que la barbarie musulmane avait rendu stérile, tout faisait iiii devoir des prévisions administra^ tives les plus minutieuses et les plus étendues; le soceèsa déodoutré qu'aucunede ces précautioiis n'avait été négligée (1).
Ainsi les exemples historiées pouvaient éclairer la combinaison d'un plan général. Mais quand de la considération do eet ensemble on passait aux détails pràtiques qui entrent nécesssirement dans le projet d'une entreprise complexe, où les rôles différents de la flotte et dorarmée doivent tendre au mémo dénouement, une difficulté réelle résultait du défaut de renseignements précis. Protégée, depuislespremiers progrès de Tislamisme, par la piraterie barbaresque, contre les investigations européennes, la partie de la côte d'Afrique que la flotte devait aborder était demeurée àpcinc counuc. Oa savait
(1) « Jamais, dit M. Rozet dans sa RdatiM de la guerre ^ g Afrique y iliistoire n*a parlé d*ane entreprise plus < gîsanlesque, exéeutèe en sfi .peu de temps et svee « autant de soin ; quand mène ce serait là le seolinMte
« de celui qui l'a cnlieprise et dirigée, l;i Truace lui
<c devrait encore une rec<mnaissance élciueiie. m
L'SXPtDITIOH D'AFAtQ0K. 401
mlemeBt qae nos vaisseaiixdefaieBtdétiirqMr
l amée sur une ierremciUiê^iohabilée^ sauvage, où, 8005 pcdne de manquer de tont, toot devait éire apporté de France. On étaii doue bien lom j de posséder^ an degré d'exactitude désirable, la masse suliisante de aoUoiis nautiques et mûir taùree sur le littoral, oà il fallait toutefois déterjuinerua point de mouillage et dedéi>arquement, et s'assurer la base d'une Ugiie d'opération. La côie que la flotte devait aborder uavait éié que sapofieieUwirat soudée et reeounue. U suffît, pour en être convaincu, de se souvenir qu'on iporait ce qu'était rédlemest la grande iide de Touest de Sidi-Ferrueh» et qu on ne savait pas aéflie, avant d'en approcher, que Torre-Gliica et la batterie neuve, établie pour défendre les abords de la presqu'île du eèté de cette baie, ne fosseut pas armées. Le fait que je signale ià était trop important dans Tbi^rique de celte campa* gae pool que je pusse m'absiemr de le menùon*
Dès tôSOi le ministre de la guen^ fit reoberdier tous les documents historiques et statistiques qu'où put trouver dans nos dépôts d'arehives et dans nos bibliothèques. Celui qui rapporte ici ce lait a été employé à ce travail* L'ouvrage de l'Anglais Shaw et celui du consul américain Shaier iournirent des notions qui
KJbLAllOiN DE
Bkéritaient d'être recueillies. Mais la stratégie o'avait de guide qae la \Rmxmmis8mce j^nérah de la viUe^ des forts et batteries d'Alger, présentée au ministre de la marine Décris, en 1808, par le chef de bataiUoa du génie Boulin. L'exaetitode qni distingue le travail de cet officier intelligent et la sagacité de ses explentioBS, Alites en 1806 et 1807, ont été nUIes. n fndiquail la presqu Ue de Sidi-Ferrucii comuie le fN>înt ob èsvait ètm opéré le débarquement* a Ou suivrait de liu disait-il, un chemin il une « pente presque imperceptible, tout à la fois «( éloigné de la vue des forts et de la plaine, où « la eayalerîe est à craindre, et qui emdait a dl'oit k remplacement du caitip et du point « qu'il faut attaquer le premier. La raison do te HL nouveauté est encore à meiue en ligne de « compte. Plusieurs tentatives oat été fiutes ei « ont échoué dan& la rade; il faut donc s'adrestr sor ailleurs. Les Titres sont rontiiien et « i&uperstitieux ; ils ne manqueraient pas de « dirt : on voit bien que ce sont des FranfsiSf <( ils ne s^y imnneni pas comme les autres* » Il ajoutait : « Le château de TEmpereur est te « point dominant de toutes les fortificatioii^. « 6*est donc le ehftteau de TEmpereur qu'il finit a attaquer ie pr^oaier ; on pourra de là battre k ville..«.. Il est de la plus haute importance
L^BXPÉDITIOK d'aPBIQCS. 109
Cl que s préparatife soient secrets, et d'imyer
il le plus possible à rimproviiite. 61 iou sur- « prend les Algériens, tout promet le succès le
(n plus prompt et le plus complci Il ne parait
ff pas qu^on puisse s'embarquer avec moins de « trente-cinq à quarante mille bomuies. La cava- « lerie est embarrassante à transporter; les «( environs d Alger ne lui permeitiaient guère « de donner, sauf dans TintervaUe de Sidi- « FeiTucU au camp..... Célérité et vigueur t doivent être la devise de Texpédilion. L^unité « de commaademeiiL esi indispensable. Il faut « aussi être pourvu, avec une certaine abona dance, des ctioses nécessaires. »
Les autres documents qu'offraient les archives du miuisière de la guerre, ou qui lurent présentés au ministre comte de Bourmont, furent d'une moindre uuiilé que la Reconnaissance de Boutin, scrupuleusement faite sur les lieux mêmes. Le chef de bataillon d état-major Prétot, employé au dépôt de la guerre, et qui fut attaché àTéiai-major de la troisième division de 1 armée, coopéra aux travaux préparatoires de TexpéditiOD. Un Aperçu historique, statistique et tapagraphique sur VÉiat d Alger, rédigé au dépôt <1e la guerre par le colonel marquis de Cari ion Nisas, ne fut terminé que pour être adressé a rétatrmajor général de larmée à Toulon, et on
reconnut qu*il contenait, sur les fortifications des
forls et de la ville d Alger, des iadicalions et des détails dont il était prudent de restreindre la publicité. MM. Deval et Thierry, qui avaient résidé à Alger avec le consul général de France, oncle du premier, pouvaient être consultés avec fruit, et ils le furent. L'un et Tautre accompagnèrcnt l'expediiioû, le premier avec le titre de consul de France^ et le second pour donner les renseignements que l'on attendait et que Ton obtint de sa connaissance du pays.
L'examen des questions préparatoires relar tives à une expédition de terre et de mer contre Alger lut soumis à des comuiissions réunies au ministère de la guerre, au ministère de la marine et au miuistère des affaiies étrangères. Les recherches de Tune de ces commissions, présidée par le lieutenant général comte Loverdo, dont les connaissances s'étendaient aux diverses parties de Tartde la guerre, fournirent des notions utiles sur plusieurs points importants. Des conférences, où siégeaient, avec les miiiistres, des officiers généraux et supérieurs de Tarmée de terre et de Tarmée de mer, furent tenues ensuite au ministère des affaires étrangères, sous la présidence du prince de Polignac.
C'était une opinion généralement professée alors dans le corps de notre marine, et particu-
l'expédition D AFRIQUE. lil
Uèremen t par les ofticiers géaéraiix et supérieurs,
que la côte d'Afrique était à peu près inabo^ dable à une flotte considérable» chargée de débaïquer une armée nombreuse. Les exceptions à cette prévention générale, dont le vice-amiral Verhuel fut Forgane passionné à la tribune de la Chambre des pairs, sout d'autant plus flattjfuses pour ceux qui ) ont donné lieu, que I evé- Dément n'a pas justifié 1 opinion presque universellemeal soutenue. Aux objections dont s'armaient les amiraux, et particulièrement le vice* auiiiai jjarou Duperré, pour combattre, dans les conférences, Fentreprise projetée, le comte de Bourmont opposait une réponse péremptoire. 11 n'est pas admissible, disait-U avec le sang-froid et le calme inaltérable qu'il conservait partout, dans les conseils comme sur le champ de bataille, il n'est pas recevabie que la marine française ne puisse pas faire, au xix* siècle, sur la côte d'Aiiique, ce qu'elle y a fait au xiii^ et à la fin do xvfii«, lorsque saint Louis et Bonaparte y ont débarqué. Accusée d'impuissance par les amiraux, la marine eut ainsi, dans le ministre de la guerre, un défenseur qui, chargé ensuite do commandement en chef de l'expédition, ga« goa, par la prise d'Alger, la cause de notre aptitude maritime aux grandes entreprises. Le baron d Haussez avait appelé de la station
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Q^kfs, le ministre de la pareînement les faits et les TOÎr que les difficultés qa on ein tr<{uemeat n'étaioit point acc^ î par hi dans une des conféreOL • le prisée de Poli^ac, et mù^i:
ministres, le capital ne de frégate T exposa et soutint, devant les saires du projet du Gouvernemo péditioD qu'il proposait, et qu'il dans un Rapport au ministre d plan consistait, conformément de Boutin, à débarquer et à se i.
la presqu'île de Sidi-Ferruch, j»
base des opérations de larmée taque dWlger.
Le maréchal de camp du géni« se senil aussi des enseigneme ptar démontrer que le désastr Jiiiat et la défaite d'O'Reilly ne ^qnlésqu'h rimprur^ m nduile de ces d(
> arguments
112 RBUTION DE
devant Alger, et fait venir à Paris les capitaines
de frégate DupelU-Tliouars el Gay de Taradel, dont la connaissance pratique de la côte d'Afrique avait été déjà cousultée avec fruit, en 18^7. Fort des renseignements que lui apportèrent ces deux officiers, le ministre de la marine iuvoquait pareillement les faits et les exemples pour faire voir que les difikullés qu'on exagérait sysiciuatiquement n'étaient point acceptables. Introduit par lui dans une des conférences présidées par le prince de Polignac, et où siégeaient tous les minisires, le capitainede frégate Dupetit-Thonars exposa et soutint, devant les amiraux adver* saires du projet du Gouverucmeni, le plan d'expédition qu'il proposait, et qu'il avait consigné dans un Rapport au ministre de la marine. Ce plan consistait, conformément aux indications de Boulin, à débarquer et à se retrancher daus la presqu'île de Sidi*-Ferruch, pour en faire la | liase des opérations de Tarrnée destinée k l'attaque d'Alger.
Le maréchal de camp du génie baron Valâzé ; se servit aussi des enseignements de l'histoire > pour démontrer que le désastre de Charles- Quint et la défaite d'O'Reilly ne pouvaient être | imputés qu'à Timprudence qui avait présidé à la conduite de ces deux entreprises, et n'étaient point des arguments à alUguer contre une expé-
LEXPÉDITIOIN d'aFIUQUE. ti3
Jiiion sagement conçue et habilcmeni dirigée.
Le choix du vice-amiral qui devait ôlre appelé au commandement de la flotte expédiUoQnaire ne laissait pas que d'être enîl).iriaxsa!il pour le Gouvernement, à cause du nombre re^ Ircint des officiers généraux de ce grade aptes alors à remplir une mission aussi impor-* laate.
Le vice-amiral comte de Rigny, que recom-
mandait sa participation à la vicioire de Navarin, ne pouvait pas être proposé au roi pour ce corn* mandement, après avoir refusé le portefeuille de la marine lors de la formation du ministère du 8 août. Quand le ministre de la marine, aj aiii acquis la cerîitude que Texpédition était exécu table, avait pris la résoluuun de prêter un actif concours au ministre de la guerre, il lui avait promis que la flotte pariiraii, a dût-elle être « commandée par un lieutenant de vaisseau. » HonoK' de l'amitié du baron d'ilaussez, j'étais en relation intime avec lui depuis 4823, et je tiens de sa bouche que le contre-amiral baron RoQssin, ayant persisté, dans une des conférences, à repousser le projet du Gouvernement, fut nn peu déconcerté en entendant le ministre lui dire : a J'allais présenter à la sigualure du « roi deux ordonnances, dont l'une vous élevait
« au grade de vice-amiral, et l'autre vous con- « fiait le commaodement de la flotte ; je les « anuulc.
Le vice-amiral baron Duperré avait prêté tout particulièrement, comme on vient de ie voir, dans les conférences qui avaient été tenues, Tappui de son autorité d homme de mer aux adversaires de Texpédition, en développant toutes les suggestions d*une prudence illimitée. Il avait, en outre, dans une lettre au ministre de la ma* rine, écrite plus tard de Brest, où il était préfet maritime, longuement exposé, dans tous leurs détails, les ditticultés que Tentreprise lui semblait présenter pour être exécutée dans Tannée 1830, et il concluait en déclarant qu'il ne pouvait (( s'empêcher de les considérer comme ((insurmontables (1). » Les états de service de cet officier général attestaient d'ailleurs qu'il s'était glorieusement signalé en combattant les Anglais dans les mers de Tlnde, sous Napoléon ^^ Le comte de Bourmont se souvint qu'il avait été embarqué, avec les troupes destinées àFattaque de Tile de Léon, et placées sous ses ordres, dans la campaijiic d'Espagne en 1823, sur Tescadre dirigée alors par le contre-amiral Duperré, et il engagea le ministre de la marine
(1) On peut lire celte lettre dans la Vie de l amired Duperré par M. Chas$eriau,
à le proposer pour le commandemeuideiatlotie.
Ce fut donc le vice-amiral Duperré qui fut nomme, le 12 mars 1830, commandant eo chef de Tannée navale, et le roi Charles X, ne
I considérant que les anciens services de ce brave officier général, prouva une fois de pluf^ que ta Restauration n excluait pas des plus hauts emplois les hommes de l'opinion politique qui loi
I était opposée. L'histoire ne sera pas sans s bétonner toutefois, d'abord que le Gouvernement
' ait confié le commandement de la flotte à un amiral qui jugeait impraticable l'opération qu'il devait exécuter, et ensuite que cet amiral ait accepté ce commandement.
I Le ministre de la marine avait pu promettre auGouveniemciu, au commencement de février, que la IloUe serait prête à prendre la mer le
j lo mai. Le minisire de la guerre, qui n'avait pas rencontré dans son administration les obstacles que le baion d'IIaussez avait eu à combattre et à vaincre dans celle de la marine, avait déjà donné auparavant au roi Tassurance que tout était prêt dans son département. L'amiral Duperré, arrivé à Toulon le 1®^ avril,
I s'occupa de Torganisation des forces navales placées sous ses ordres. La plus ijrande partie du corps de la marine française avait été appelée aux divers commandements de la flotte. Une
féconde théorie alliée à une habile expérience caractérisait cette imposante réunion d'olliciers distingués. L'armée navale avait pour commandani en second le contre-amirai de Rosamel, et pour major-général le contre-amiral Mallet. La conduite du convoi , nom que l'on donna aux navires de commerce répartis en trois sections et escûi lés par quelques bâtiments de guerre, fut confiée au capitaine de vaisseau baron HugOD, officier supérieur d'une éminente capacité. Le nombre des bâtiments de la marine royale, armés en guerre et ai niés en flûtes, qui tut jugé nécessaire, avait été dirigé de tous les ports de France vers l oulou par le mimsue de la marine. Là, dans la rade spacieuse qui avait reçu tous ces éléments, lamiral ûuperré en composa une flotte, qu'il divisa en trois escadres, appelées escadre de bataille, escadre de débarquement et escadre de réserve, et qui, avec les sept bâtimeutsà vapeur qui avaient pu être mis àsa disposition, et avec les bâtiments de la croisière devant Alger, et les bâtiments envoies en mission dans différents ports d'Espagne et des États barbaresques, forma un total de cent trois bâtiments de la marine royale employés à Texpédi-tion d'Afrique. Le convoi, partagé, comme il vient d'être dit, en trois sections, la première de cinquante-cinq voiles, la seconde de cent
l'expédition d'Afrique. 117
cinquante voiles, et la troisième de cent quarante deux voiles, comptait ainsi trois cenis qiiaraule-sept bàtimenls de commeiTC, iiolisés parla marine dans les ports de France, d'Italie et (le Catalogne, et non compris ceux affrétés par M* Seillière, munitionnaire général de Tex*
i pédition. Une flotlille, dite de débarquement, se composait de deux cent vingt-cinq petits bâti-
■ meiiis, àoni soixiinic bateaux-bœufs y Làliaienls propres au cabotage et au transport des animaux, que la marine avait fait pouler, afin qu'ils passent traverser la mer sans danger ; quarante bateaux d'une dimensiou encore moindre, dits bateaux de Uk^ que la marine avait aussi nolisés; cinquante-cinq chalands construits à Toulon; quarante grandes chaloupes, et trente bateaux plats ou radeaux. Cette immense flotte,
I improvisée en moins de trois mois, présentait donc un effectif de six cent soixauic-quinze bâtiments de guerre et de commerce, et le personnel des équipages sélevait à vingt et un mille cinq cents hommes. Le vice-amiral Duperré, qui avait sous ses ordres toute cette force navale, avait arboré son pavillon sur le vaisseau h Provence, qui fut appelé ï Alger aprks le succès de Texpédition, et que commandait M. Villaret de Joyeuse, capitaine de vaisseau d une grande distinction et homme de principes poli- •
BBLATIO!! BE
tiques invariables. Le [)avillon du contre-amiral de Rûsamei, commaudant en second de la flotte, flottait sur le vaisseau le Trident.
Les bàiimeuis de commeree furent réunis en partie dans le port de Toulon, et en partie dans le porl de Marseille, pour recevoir en chargeinent le matériel de Tarmée, à rexception de celui de rartillerie de siège et de campagne, et d'une partie de celui du génie, qui furent embarqués sur les trois escadres. M. Dubreuil, lieuieuani de vaisseau, mouira une acuviié infatigable dans la pénible opération de rembarquement du nijtérielde radmiaisiiaiiou h Marseille. Cet officier distingué rendit, dans toute cette campagne, des services qu'on ne saurait trop louer. A Marseille, comme à Toulon, la marine lit merveille. Elle s'élaii cerlaiiieuicnl exagéré d'abord les difficultés dont elle croyait lexpédiiion enibanassce. On ne doit doue qu applaudir davantage à Tardeur avec laquelle les officiers de ce corps instruit ambitionnèrent de déployer leur expérience et leur intrépidité sur une mer dont ils avaient prévu les orages.
Le ministre de la guerre complétait en même temps la formation de i armée, et mettait les troupes en mouvement pour les concentrer en Provence. La direction de l'administration fut confiée au baron Denniée, qu^une longue expé*
t'EXFtDITlOH d'AFRIOUB. 119
rience et une capacité reconnoe avaient recoin
mandé au choix du ministre. Nommé iiilendaut en chef de Tannée, il fit preuve de la plus grande acti vile, et de 1 habileté la plus mtelligénie dans l'organisation de tous les services adujiuisu utils. Tout lui prévu, et il fut pourvu à tout. Les sous-intendants militaires qui, placés sous ses ordres, coucounnvni avec zèle à obtenir ces résultats, furent MM. le baron de Sermet, Bruguière, Lambert, d'Arnaud, Chaipentier, de Saligny, Sei^ent de Ghampigny, Froslé, de Fontcmay, Evrard de Saint-Jean, Behaghelet Orville, et les adjointsà rintendance, de Limoges, Barbier, Dubois, de Raynal et Merle. On adopta pour lés approvisionnements nécessaires à l'expédition, en vertu d'une décision ministérielle prise par le comte de Bourmont, le mode d*acfaat par eoamiisbiuu, comme offrant le plus de garanties et d'avantages, et la maison Seillière en accepta la charge.
La santé des hommes que la terrible nécessité de la guerre expose aux chances qu'elle implique doit être le premier objet des précautions d'un gouvernement. On peut aliirmer que rien ne fut négligé ici pour que le soldat, vengeur futur des longs gnetsde la chrétienté, pût lutter avec avantage contre Finclémence d'un climat ennemi. On salisiit à toutes les exigences de
120 EElATiOM DE
rhygièoe, et l'armée sembarqua cuirassée contre rinfluence des éléments. Il n'y a point de détails mioulieux lorsqu'il s'agit de la conservation de la vie de lliomine qui se sacrifie pour sa patrie, et il me sera permis de signaler la distribution de ceintures de laine abx troupes, comme une mesure dont on recueillit des résultats précieux. Car c'était surtout des pernicieux effets de la iroide iiumidiié des nuits, après des jours brûlants, qu'il importait que les soldats fussent préservés.
On organisa pour le service des transports de Tadministration deux compagnies de voitures d'équipage, comprenant Tune cent vingt-huit caissons à quatre roues et Taulre cent vingts huit caissons à deux roues. Ces derniers furent construits sur un nouveau modèle donné par rintendant eu chef baron Denniée. Le matériel de Tadministration comprenait des tentes pour quarante mille lioaunes, des fours en tôle, trois mille lits en fer, avec matelas et draps pour les niciladcs et les blessés, des hangars formés de planches de grande dimension, et destinés à être couverts de toiles imperméables, une imprimerie, une presse lithographique, des télégraphes de jour et de nuit, et un aérostat, dont on ne fit pas usage..
On embarqua un approvisionnement de deux
mois de vivres et de fourrages pour toule l'armée, et un approvisionneineni d uu mois pour la traversée.
11 j avait dans rexpédilion projetée quelque chose d'aventureux qui sympathisait uatureUe*^ ment avec le caractère français. Un éclair de la splendeur des croisades apparaissait à Thorizon. Aussi, iHàl^ré les cris d'une haine politique qui s'entachait d'hostiiité contre une entreprise nationale, et en dépit d'une opposition à laquelle aucun parti ne resta étranger, à peine cette lice chrétienne fut-elle ouverte qu une jeunesse ardente brigua rhonneur de s'y précipiter. Le ministère de la guerre était comme assiégé par les officiers qui accouraient de toutes parts pour solliciter de l'emploi dans 1 aiuiée expéditionnaire ; et ce n'était pas de ravancement qu'ils venaient demander, puisqu'un grand nombre de ces généreux officiers offraient de faire la campagne dans des rangs bien inférieurs aux grades qu'ils po5;sédaient dans Tarmée, et déclaraient franchement qu ils n'avaient d autre prétention que d'aller combattre la barbarie musulmane en Afrique. C'étaient, j en ai été témoin aa cabinet particulier du ministre de la guerre, auquel j étais adjoint, des colonels qui demandaient à partir comme capitaines, des officiers qui ambitionnaient k faveur de se démettre de
RELAT10r« DE
leurs grades pour entrer dans les rangs de l'armée expédilionoaire. Des officiers généraux offraient même de mai dur comme simples volontaires, il u y a pas de sacrifice dont le dévouement français ne suit capable : on vit des jeunes gens, riches du plus bel avenir social, s arracher aux sollicitudes du l 'amour maternel et aux tendresses de la iamillepour s'enrôler sous la bannièredes libérateurs d'Alger. On les vit, modestes fantassins^ cheminer bravement le sac au dos.
Le lieutenant-général Desprez, par un choix particulièrement agréable à M. le Dauphin, fut nommé chef d'état-major général, et eut pour aides de camp le chef de bataillon de Montcarville, et le capitaine Minangoy, et pour offlcier d'ordonnance le lieutenant de ïréio. Le maréchal de camp baron Tholosé, sous-chef d'état-major générai de i armée, eut pour aides de camp le capitaine Sol et le lieutenant Bernard. Douze otficiers formaient Tétat-major général, le colonel Juchereau de Saint-Denvs, le lieulenant colonel Âuvray, les chefs de bataillon Lerminier, de Montlivault, Fernelet Perrin, et les capitaines de Ligniville, Boyer, Chapelié, Pélissier (1), Berger de Castelan et de Maussion,
(i) Le futur vainqueur de Sébastopol, Ait nommé cbef d'escadron en octobre 1830, et resta en Afrique jusqu*ea 18H2, OÙ il fut appelé au dépôt de la guerre. Il retourna
L'EXPÉDi ilO.N D AtHlQUË. 123
dont lecapilaiiie ilauiiicl, allaché a Tambassade de France à Constantinople, fat appelé à partager le service. Le colonel iDarquis tle Bailillal fut attaché à rétat-major général^ avec le titre de commandant du quartier général, et le chef de bataillon de Camé lui fut adjoint.
en Aljîérie en décembre 1839, y fat blessé deux fois en 1810 et 1842, fut promu colond dans cotte thTnière année, et employ*'» coniinc sous-clief dVlal-uiajor de riirmée. ÎI commancia une l)rigade contre îes tribus du Sabara en 1843, et se signala à la l>alaille de Tlaly en lail. Il dirigea en 1845 uue eolomie,d*expédilion avec «ne teUe vigueur que son nom devînt la (erreur des Arabes. Parvenu au grade de marècbal de camp en 184e, îl cul le gouvernement provisoire de TAlgèrie en 1850, et fut fait £r<'*n6ral d(; division dans cette méaic année. Il reprit en is:)l le gouvernomcnl ju cvisoire de rÂlp:(*»rie, et passa au comniandemcni de la province d'Oran le l" janvier 1^. Arrivé en 1855 en Crimée, où il avait été envoyé pour prendre le commandement du 1*^ corps de Tannée d'Orient, Il fût appelé au mois de mai au eommandementen chef de l'armée, à la suite de la démission volontaire du général Canrobert. 11 dirigea avec une ardente énergie le siège de Sébcistopol, s'empara do 1h place le 8 septembre, fut créé maréchal de France \r 12 du même mois, et duc do Maialiorf Tannée suivante, il fut ambassadeur de France en Angleterre de 1858 à 1889, et eut, dans cette dernière aunée, le commandement de Tarmée d'observation de TEst, pendant la guerre d'Italie. Il était grand-chancelier de la Légion d'bonneur depuis i^oO, lorsqu'il fut nommé gouverneur généra' (le TAl^^^rie en U;60. Il mourut à son poste en 1861, ei légua sa glorieuse épée au sanctuaire de Notre-Dame d'Afrique, fondé par Mgr Pavy, second évéque d*Alger«
RELATION m
Le personnel de rétat-major général compre-
ûait, en ouire, celui des iogéDieurs géographes, composé du capitaine Filbon, et des lieutenants Levret, RozeL et OlUvier, celui de la trésorerie, dont M. Firino, payeur général de l'armée, élait le chef, celui des subsistances militaires, de rbabillement et du campement, celui do service de sanlé, avec M. Roux pour médecia en ebef, et M. Maurichau pour chirurgien en chef, celui des postes de l'armée, et enfin celui des interprètes, sachant le turc ou l'arabe, qui avaient été choisis pour accompagner lexpédition. Deux de ces intcr|)rètes furent attachés à chaque lieutenant général, un à chaque maré* chai de camp, et di.v h douze au (luartier général. Le total de ce personnel, y compris le gé* rit'ral eu chef et son état - major particulier, et avec le personnel de Tintendance, s'élevait à 577 lionimes.
La force publique fut placée sous les ordres du lieuteDant-coluiieldc gendannorie de Ncuilly, prévôt de Tarmée, et présentait un effectif de 1^7 hommes.
L'artillerie était commandée par le maréchal de camp vicomte de la Hitte, avec le colonel comte d Ësclaibes d'Uust, pour chef d'état-ma-jor, lelieutcnaïa-colunel Eggerlé pour directeur de réquipage de siège, le capitaine Malécbard
l'expédition DÂFRiaUE. 125
pour aide de camp, et le lieutenant de Salles (1) pour officier d'ordounance. Le persoonel de rartillerie était de 2,327 hommes, et le matériel compreuait quatre batteries de campagne, une batterie dobusiers de montagne, et uii équipage de siège de quatre-viûgi<-deux bouclies à feu, dont trente pièces de vingt-quaire, vingt de seize, douze de douze, douze obusiers de huit pouces, et liuil morliers de dix pouces. Pour rartillerie de siège comme pour rartillerie de campagne, on avait adopté le nouveau modèle,
dû priocipalemeut au général Valée. On avait
pensé avec raison que la rapide mobilité de
notre artillerie de campagne causerait un grand
effroi aux Turcs et aux Arabes. Cent cinquante nouveaux fusils de rempart et un assez grand nombre de fusées à la Congréve furent aussi compris dans le matériel de rartillerie.
Le génie était commande par le maréchal de eamp baron Valazé, avec le lieutenantrcolonel baiôi] Dupau (2) pour chef d'état-majur, le chef
(1) Cetolïicier d'élal-major, qui réunissait la capacité et l'instruclion, poursuivit sa carrière militaire en Afrique, devint gendre du maréchal Vali e, vl s'éleva de grade en grade jusqu'à celui de lieutenant général. Il oommanda un des corps de Tannée de Grimée, et mon-
(2) Cet offider supérieur, aussi modeste qu^înstruit, ttait aide de camp titulaire de M. le Dauphin.
126 RELAllO.N UË
de bataillon Lemercicr pour directeur du parc, et le capitaine Gay pour aide de camp. Cette arme présentait un personnel de 1 ,310honiuies, et UD matériel de vingt voitures, avec un approvisionnement très-considérable d'outils de toute espèce et de sacs à terre, et dix blockhaas, destinés à protéger la marche des convois sur la ligne d'opération depuis le point de débarque* ment jusqu'au ciuip devant Alger. On avait aussi compris dans le matériel du génie six mille lances, que l'on se proposait d'employer a faire des hérissons, en les plantant, assemblées trois à trois, pour couvrir le front et les flancs de notre infanterie contre les împétueases attaques delà cavalerie africaine. Mais, sur le terrain, on reconnut que le feu et la baïonnette suffisaient h repousser les charges désordonnées des bandes de cavaliers Arabes.
Seize régiments de ligne fouinirenl chacun deux bataillons pour la formation de llnfanlerie de 1 armée expéditionnaire, et on organisa, en outre, deux régiments de marche avec quatre
bataillons tirés des 1^% 2% 4' et 9"' réguuenl^ d'infanterie légère. Chaque bataillon présentait au moins sept cent cinquante baïonnettes. Cette forced'infanterie, d'un effectif de30,006hommes, fut partagée en trois divisions, chacune de i 0,302 hommes, et de trois brigades.
L EXPÉDITION D AFEiaUE. 127
La première divisioQ élail commaudée par le lieutenant général baron Berthezène, avec le colonel de Brossard pour chef d étal-major, les capitaines Lelier et Barchou de Penlioën pour aides de camp, et le capitaine Crevel pour officier dorilonnance. Les officiers d*état-niajor attachés à cette division étaient le chef de bataillon Reveux, les capitaines Rivière, de Slabenrath et Guillot. La première brigade, commandée par le maréclial de camp baron Porel de Morvan, avec le capitaine Beauquet pour aide de camp, et le sous-lieutenant Cerfberr pour officier d'ordonnance, était formée du 1""^ régiment de marche, colonel de Frescheville, et lieulenanteolonel Dorsanne, et du y régiment de ligne, colonel Roussel, et lieutenant-colonel de TAubepio. La deuxième brigade, commandée par le maréchal de camp baron Achard, avec le capit^ne de Rospiec et le lieutenant de Laplace pour aides de camp, était iorméedu 14* régiment de ligne, colonel vicomte d'Armaillé, et lieutenant-colonel Petit d'Hauterive, et dû 37^ régiment de ligne, colonel baron de Feuchères et lieuteuaut-colonel Lamarque. La troisième brigade, commandée par le général baron Giouet, avec le capitaine Seuilhes pour aide de camp, et les sous-lleutenants de Béarn et de Sesmaisons pour officiers d'ordonnance, était formée
du 20"^ régiment de ligne, colonel Uorric de la Motte cl lieiitenant-coloncl Iloriic de Rcaucaire, el du 28^ régiment de ligne, colonel Mounier et lieutenant colonel de Muii écv.
La deuxième division était commandée par le lieutenant général comte Loverdo, avecle colonel Jacobi pour chef d'état-major, le chef de bataillon Courcenet el le capitaine Dubrelon pour aides de camp, et le capitaine de Saint- Mars pour officier d'ordonnance. Les officiers d'état-major attachés à cette division étaient le chef de bataillon Aupick, ci les capital nés Perrot, Conrad et Ëynard. La première brigade, com^ mandée par le maréchal de camp comic de Damrémont, avec le capitaine Foy pour aide de camp, et le sous lieutenant de Vogiié pour officier d'ordonnance, était formée du 6" régiment de ligne, colonel de la Villegille, et lieutenantcolonel BouUé, et du 49'' régiment de ligne, colonel Magnan, et lieutenant-colonel Ferrand de Sendricourt. La deuxième brigade, comman* déc par le maréchal de camp vicomte Munck d'Uzer, avec le lieutenant Sicard pour aide de cauip, et le capitaine Ribai] pour officier d'ordonnance, était formée du 15" régiment de ligne, colonel Mangin, et lieutenant-colonel Duris, et du 48® régiment de ligne, colonel Léridant et lieutenant-colonel Lefol. La troisième brigade,
comiuaudée par le marécliâl de camp Gollomb d'Arcioe, avee le capitaine GottschîdL pour aide de camp, et lesous-lieulenaDt de Fezensac pour officier d'ordonnance, était formée da %V régiment de ligne, colouel de Uoutefrey, et lieutenant-colonel Anxconsteani, et dn régiment de ligne, colonel de Lachau, et lieutenant-colû* nel vicomte du Pny MelffneiL
La troisième divibion éiait commandée par le lientenant général duc des Cars, avec le colonel tuiroû Petiet pour chef d'état-major, le chef de bataîDon Borne et le capitaine de Sorineau ( 1 ) pour aides de camp, et le capitaine de Lorge et le sons-lieutenant de Tonrzel pour offiders d^ordonnance.Lesoffîciers d eut^major attachés à cette division étaient le chefde bataillon Prétot, les capitaiûes de Tamuay ,de Labouère et de Lav edrine. La première brigade, commandée par le maréchal de camp vicomte de Bertier de Sauvigny, avec le capitaine de Fleury pour aide de camp, et le lieutenaut de Bertier pour officier d'ordonnance, était formée du 2'' régimeiu de marche, colonel marquis de Neuchèze, et lieutenant«colouel comte Baraguey d'Hilliers, et du 33" régiment de ligne, colonel RuUière, et lieutenant-
(1) OfRder d^état-major Û^nn mérilo justement apprécié
par le duc de^ Cars, et pare Qtdn maréchal deBoui uior
lâô
colouel deUoslûlâD. La deuxième brigade, commandée par le maréchal de camp baron Hurel, avec lecapilaiue DelmoUepour aide de camp et le sous-lieutenant Gurial pour officier d'ordonnance, était formée du 17" régiment de ligne, colonel Duprat, et lieutenant-colonel Hermano, et du Sû*" régiment, roloûeiUcher de Beaupré, et lieutenant-colonel d'Albenas. jLa troisième brigade, commandée par le maréchal de camp comte de Montlivault, avec le capitaine le Barbier de Tinan pour aide de camp, et le sous iieuteuaut de Rougé pour officier d'ordonnance, était formée du régiment de ligne, coioiiei comte de Montboissier Beaufort de Ganillac, et lieote* nant-colonei Guillemeau de Fréval, et du , 34^ régiment de ligne, colonel comte de Roucj, ei lieutenant-colonel llurault de Sorbée.
Dans une expédition dont le siège d*ÂIger devait être la principale opération, et oii on ne pouvait compter que sur les fourrages apportés de France, on jugea que trois escadrons de cavalerie, formant un régiment qui prit le nom de Régiment des chasseurs d'Afrique^ seraient suffisants. Deux de ces escadrons furent tirés du 17' régiment de chasseurs à cheval, et un du 13^ Le colonel Bontems-Dubarry eut le commaudeuieut de ce régiment, fort de ' K34 hommes.
l'expédition d*afbiqce» iZi
Les troupes de radmiDîstraiioD formaient no
effectif de 4,724 lioiumes.
La situation de Tarmée expéditionnaire, à lépoque de son eiubarquemeal, présentait au effectif de 31 ,577 hommes, et de 3,988 cheranx. Dans celle armée brlUante de jeunesse, de vigueur et de tenue, la capacité des généraux, riDstructioxi des oiliciers et Tarde ur des&aklau ébiient manifestes et incontestables.
Uûe division de réserve, quune prudente prévoyance commandait de former, se réonit en Provence, après le départ de I cxpédiLion. Composée de quatre régiments d*infanterie et d'une batterie d arùllerie montée, elle lut placée sons les ordres du lieutenant général vicomte deFezensac.
Comme ministre de la guerre, le comte de Bourmout devait faire connaître au roi son opinion sur le choix du commandant en chef de l'armée expéditionnaire. U remit donc au Dauphin une liste de trois maréchaux de France et de trois lieutenants généraux, destinée à être présentée an rot. Le trois marédiaux étaient le duc de fiaguse, le marquis Gouvion-2>aini-Cyr et le comte Molitor, et les trois lieutenants généraux les comtes Gérard, Reiiie et UauzeL Qnelque temps après, le Dauphin dit an minisire de la guerre ; « Je remettrai votre liste au
(( roi ; je ii eu reiraoclierai aucun nom ; mais j'y ce en ajouterai uq. » Le duc de Raguse ambitiûûuait vivement ce commandement, et on pensa jusqu'au dernier moment que ce serait lui qui y serait appelé. 11 croyait lui-méaie pouvoir l'espérer par la connaissance que le ministre de la guerre lui avait donnée de la liste de proposition. Mais Charles X voulut, avec le prince son fils, que celui qui avait fait adopter le projet, conçu le plan et préparé Texécution de cette expédition, que l'opinion publique proclamait impraticable, fût chargé d'assurer lui-même le succès de son oeuvre, et le lieutenant général comte de Bourmont fut nommé commandant en chef de Tarmée le 1 1 avril, il apprit sa nomination de la bouche même du roi qui, le voyant entrer au conseil des ministresi lui dit : ce Je c( vous salue, Monsieur le commandant en chef « de Tarmée d'Afrique.
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