‹ Relation de l'expedition de Chine en 1860Chapitre 22 sur 30 · AUTRES DIGNITAIRES DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

AUTRES DIGNITAIRES DE L'EMPIRE

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(12 septembre 1860).

Nous estimons que la mise à exécution du projet formé par l'Empereur de se rendre à la chasse compromettra de la manière la plus grave, selon toute probabilité, la stabilité du gouvernement, et nous ne pouvons en conséquence que supplier Votre Majesté de revenir à la capitale. Nous avons appris avec la plus grande surprise et le plus grand effroi que, dans le but de favoriser autant que possible les tentatives qui vont être faites pour anéantir les Barbares, Votre Majesté avait résolu de jîartir pour Jéhol, et que des ordres avaient été envoyés aux différents corps d'armée de l'Empire de faire leurs préparatifs en conséquence. Comme le salut de l'Empire dépend de l'adoption de ces mesures , nous demandons à Votre Majesté, en présence de la terrible responsabilité qui nous incombe, de lui soumettre les diverses raisons qui. dans notre conviction, doivent déterminer le rejet de ce dessein.

Depuis plus de deux cents ans que votre dynastie occupe le trône de Chine et que le temple de vos ancêtres est fondé , jamais

— 17'.) — circonstances plus graves et plus difficiles que les circonstances actuelles ne se sont présentées; il est donc de la plus haute importance que le calme et la sécurité soient maintenus dans la population. Le voyage si incompréhensible de Votre Majesté, au moment où l'arrivée des Barbares est imminente, causera infailliblement une terreur profonde et d'immenses désordres. Déjà le dé[)art des bagages et des voitures d'été de l'Empereur a amené une grande agitation chez le peuple. Ouand Votre Majesté elle-même sera partie, alors il surgira de grands désastres, dont le temple de vos ancêtres et vos divinités tutélaires ne seront pas elles-mêmes à l'abri. Ces dangers, que vous aurez appelés volontairement, seront, sans contredit, plus tard, une source de regrets aussi tardifs qu'impuissants pour Votre Majesté, et c'est là une des principales objections que nous élevons contre ce voyage.

Les chasses d'automne, d'autre part, n'ont jamais été entreprises que lorsque le moment a été jugé convenable, et toujours en temps de paix. C'est dans cet esprit qu'elles ont été fondées par votre auguste dynastie; mais aujourd'hui que les Barbares s'avancent, que les rebelles désolent le pays, les peuples des provinces et de la capitale regardent la présence de Votre Majesté à la tête du gouvernement comme la seule chance de salut qui leur reste; pour eux, en effet, c'est le centre d'où émanent tous les plans du gouvernement, tous les secours à expédier, tous les ordres à adresser.

Ce départ soudain, que rien ne justifie, sera, bien que désigné sous le nom de partie de chasse, considéré comme une fuite: et non-seulement il peut amener une révolution dans l'armée, dirigée aux environs de la capitale , mais les commandants des divers corjis d'armée disséminés à distance verront aussi la terreur se répandre dans leurs troupes. Ou ne pourrait guère affirmer non plus que ces incidents n'exalteront pas grandement le courage des rebelles,

cl ainsi les plus grands intérêts de l'Elat peuvent être exposés à une perte irrémédiable; et c'est là le second motif pour lequel nous nous élevons contre ce voyage.

La résidence impériale de Pékin est solidement gardée, et, dans les circonstances critiques où nous nous trouvons, c'est la place la plus honorable pour Votre Majesli'-. et. nous ajouterons, la seule con- \enable pour le souverain. Ce n'est pas le moment de proposer une excursion soudaine de chasse ; à cette é|)oque la police des routes ne ])eut que laisser beaucoup à désirer. Depuis plus de quarante ans, Jéhol n'a pas reçu la visite de ses souverains, et cette longne suite de chars et de clievaux terrifiera les habitants. On dit en outre que le peuple de .léhol n'est plus ce qu'il était autrefois. Les voleurs elles bandits sont devenus extrêmement nombreux. Us descendent par bandes de centaines et de mille et ravagent tout le pays; ils pourraient attaquer Votre Majesté elle-même, ou bieti les Barbares pourraient, connaissant votre départ, rombiner ({uelque nouvelle entreprise. Si, d'un autre côté, les négociations concernant l'échange de nouveaux traités avaient chance d'être amenées à une conclusion satisfaisante, l'absence de Votre Majesté et la nécessité d'attendre vos ordres créeraient de nouvelles et graves difficultés. Telle est la troisième raison pour laquelle nous combattons ce ])rojet de voyage.

Depuis le commencement de la rébellion , le trésor a été de plus en plus embarrassé, tellement qu'il est difficile de subvenir aujourd'liui aux dépenses de la capitale, .léhol est dépendant de la Mongolie, et nous savons que, lorsque les empereurs Kien-long et Kin-king allèrent y résider, ils durent y dépenser plusieurs dizaines de millions de taëls pour le mettre en état. L'état des finances ne permet pas aujourd'hui de faire face à tant de dé])enses; nous ne pouvons guère non plus demander aux tributaires de le faire. Enfin le nombre de soldats et d'officiers qui doivent accompagner Votre

Majesté s'élève à plus de m.oou lioiiimes, (jui, s'ils nianquenl de la moindre chose, déserteront inévitablement dans le voyage et iront grossir peut-être les forces des bandits et médiler quelques attaques contre vous-même; ce qui constitue le quatrième motif |)Our lequel nous sommes opposés à ce voyage.

Que Votre Majesté ne songe pas un instant que nous exagérons les dangers auxquels elle est exposée, uniquemenl |)oiir la détourner d'un voyage pacifique qui a toujours été fait dans ces derniers temps. Nous nous plaçons à un point de vue plus élevé; nous ne pouvons comprendre en aucune façon un départ aussi précipité. Étant assurés que les forces des Barbares ne s'élèvent pas à plus de 10,000 hommes, et que San-ko-li-tsin eu a plus de 00,000 sous ses ordres, nous ne mettons pas im seul instani en doute que le grand nombre écrasera le petit; mais nous désirons seulement représenter que ces Barba les viennent de traverser les mers dans l'unique but de faire du commerce. Il leur est nécessaire de s'établir à Canton, à Ning-po, à Shang-liai et dans les autres ports; et ils n'ont pas eu un moment l'intention de faire la conquête du pays. Aujourd'hui même , cette idée n'est pas entrée dans leur esprit; leur désir d'entrer à Pékin est une demande de satisfaction d'amour-propre plus que toute autre cliose; il n'y a donc aucune catastrophe à redouter.

Mais, si l'Empereur prend la fuite devant les Barbares, alors il est impossible de dire jusqu'où peuvent aller les désordres et les révolutions.

Une autre considération est que Votre Majesté est dans un état de santé tel, qu'il serait regrettable de l'exposer aux fatigues et aux

danp;ers d'un semblable vova'{e.

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