MINISTHE D'ÉTAT, ET SIGNÉ DE VINGT-TROIS AUTRES FONCTIOJJNAIRES
LE 28° JOUIl DK H 7° LlJ^E
(i3 soptomhi'o 1860).
Moi, Tsiouen-kiiig, ministre d'État, et autres, présentons avec respect ce mémoire à Votre Majesté , et osons lui représenter encore une fois que son départ pour le nord causera la plus désastreuse agitation dans la ca])itale, et ([ue tous les gens qui désirent voii' la tranquillité se rétablir, et la fidélité comme le courage rester inébranlables dans l'armée, appellent de tous leurs vœux le retour de l'Empereur à Pékin.
Dans les moments de détresse publique, un serviteur dévoué doit être prêt à mourir à son poste à tout événement, pour le plus grand intérêt de la cause qu'il représente et pour inspirer d'autant plus de confiance en elle. Nous avons lu avec respect aujourd'bui le décret par lequel Votre Majesté nous fait connaître les arrangements qu'elle va prendre pour le tour de chasse qu'elle projette, de même que l'intention où elle est de se mettre en personne à la tête de l'armée, et, dans le cas où l'ennemi ne serait plus dans le
— 18G — voisinage de Malao et de Tun<>-chao, de se retirer avec des forces considérables dans le nord de Pékin, et d'y prendre position. Nous admirons l'habileté de ce plan et la grandeur de ces mesures; mais le peuple est d'une intelligence assez bornée, sa défiance est facilement éveillée et ses appréciations erronées. Dès qu'il connaîtra la présence des Barbares dans le sud-est de la capitale, il ne croira plus du tout au changement de résolution de Votre Majesté, de se mettre à la tête de son armée et de prendre position dans le nord de Pékin, dans le but de soutenir San-ko-li-tsin, resté à Tiuigcliao; il ne verra dans ce départ qu'un prétexte pour s'éloigner du théâtre de la guerre et de se rendre en réalité aux expéditions de chasse. La perturbation se répandra aussitôt dans le peuple et dans l'armée.
Si d'aussi graves intérêts n'étaient pas en présence, nous n'oserions rappeler à Votre Majesté ([ue le temple de ses ancêtres et celui des dieux tutélaires seront ainsi abandonnés et l'Empire perdu sans retour, et vous demander dans quel lieu Votre Majesté sera plus en sûreté que dans sa capitale.
En outre, Hao-se-kheou, près de la grande muraille, est habité par un grand nombre de Russes, qui ont constamment prétendu entrer en communication avec le gouvernement de Pékin pour l'accomplissement de desseins perfides. Ce pays est fréquenté aussi par des bandes assez nombreuses de brigands qui descendent des montagnes et pillent indifféremment marchands et mandarins, tandis que la capitale, munie de fortifications redoutables et d'une garnison nombreuse, pourrait toujours offrir à Votre Majesté un asile assuré dans le cas même où les Barbares s'en approcheraient. Quand on dit que le départ de Votre Majesté couvrira les Barbares de honte, il ne faut pas oublier que, si le contraire arrivait, les premiers auteurs de nos désastres ne seraient pas les Barbares, mais nous-mêmes.
Il peut se lioiivor que des persoiiiios de l'enloiirage de Votre Majesté vous diront que nous ne faisons autant de tentatives pour détourner Votre Majesté de se rendre aux cliasses, que dans des vues personnelks, ])our écarter tout danger de nos têtes. On |)(»iirrait répondre à ces accusations que, de mémoire d'homme, jamais excursion n'a causé une aussi {jrande agitation chez tous les i'onctionnaires ; et (jue, loin de leur nuire, ce projet leur a fourni les moyens de fuii- le danger. Trois questions se présentent d'ellesmêmes :
Que ferait Votre Majesté, dans le cas où elle serait enfermée à Jéhol, sans retraite possible?
Que ferait Votre Majesté, dans le cas où son départ amènerait un bouleversement dans la capitale?
Que ferait Votre Majesté, dans le cas où elle se trouverait exposée à des dangers beaucoup plus grands (|u'à Pékin?
Votre Majesté est très pénétrée de cette maxime, qu'nn prince doit être prêt à se sacrifier à son pays; mais qu'une telle pensée est loin de la pensée de vos ministres, qui n'ont en vue que d'écarter de vous tout danger! et la crise n'est pas. Dieu merci, aussi grave que cela. Le plus grand danger (]ue nous ayons à conjurer maintenant est l'agitation actuelle, qu'il importe de faire cesser. Vos ministres vous exposent en toute franchise, à leurs risques et périls, leurs sentiments sur ces aflaires, et attendent les ordres de Votre Majesté.
MEMOIUK