PRÉSENTÉ À L'EMPEREUR PAR TS VO-YANG-YNG
CENSEUR DE LA PROVINCE DE KOL-kOUANC,
LE 98° JOl!R DE LA 7° LOSK
(i3 scpti'iiibrc 1 S()0).
Votre ministre, Tsao-yang-yiig, présente à genoux ce ménioue à l'Empereur.
Les Barbares continuant leur marche en avant, et la paix n'ayant pu se conclure, je supplie Votre Majesté de rentrer dans sa capitale pour combler les désirs de la population, maintenir la dignité du trône, et assurer la paix aux esprits de vos ancêtres, ainsi cju'aux divinités tutélaires.
Depuis l'occupation à main armée de Tien-tsin par les Barbares, les membres des conseils se sont plusieurs l'ois réunis, et le secret de leurs délibérations a été scrupuleusement gardé; malgré cela, cependant, des bruits inc[uiétants se sont propagés en tout lieu et ont causé une grande agitation. Dernièrement la gazette nous apprenait que San-ko-li-tsin avait rétrogradé jusqu'à Yang-tsum et Nantsai-lsum, qu'il avait été dégradé en conséc[uence ; après quoi Sa Majesté avait nommé Kwe-liang et Haiig-iou hauts commissaires pour régler ces affaires. Depuis lors, des courriers à grande vitesse
— I,s<.» — arrivaient incessaminciil : les uns disaifiil (jue la paix devail èlrc signée à (juelque prix que ce lui; les autres, que 90 millions de laëls avaient (Hé promis, sur lesquels 2 millions devaient être payés comptant, mais que celle dernière condition n'était pas vidée; d'autres enlin, que 10, 000 soldats mongols avaient été réunis, el qu'ainsi la guerre était résolue. Le dessein formé par l'Euqx'reur de prendre le commandement de son armée renconirerail aussi, au dire de quelques personnes, une sérieuse opposition. La terreur et le désordre étaient au comble; mais rien encore n'avait produit une impression aussi fâcheuse que le bruit en circulation aujourd'hui, d'après lequel Votre Majesté se proposerait de se rendre à .léhol. Cette terreur, à laquelle nul ne peut se soustraire, règne chez tous. Si l'Empereur s'éloigne réellement, l'eflet produit ])ar ce départ ressemblera à une convulsion de la nature, et les malheurs qui en résulteront seront irréparables. De quel œil votre Majesté considère-t-elle donc son peuple? Quel prix attache-t-elle donc aux cendres de ses ancêtres et aux autels de ses dieux tutélaires? Abandonnerez-vous l'héritage de vos aïeux comme une paire de souliers usés? Que dirait l'histoire, dans les siècles à venir? .lamais encore on n'a vu un souverain choisir le moment du danger et de la détresse pour se rendre à la chasse, sous prétexte que son départ préviendra toute complication. Si la capitale est menacée d'un bouleversement fatal, qui donc éloignera ces maux de Jéhol? Que Votre Majesté se laisse donc convaincre, et revienne sans délai résider dans son palais, pour ramener la confiance dans la population.
La capitale est vigoureusement gardée; l'esprit de ses défenseurs est solidement trempé; femmes et enfants, tous sont résolus à combattre jusqu'à la mort. En outre, San-ko-li-tsin est aujourd'hui à la tète d'une nombreuse armée mongole, qui s'est elle-même approvisionnée , et pour laquelle il n'est pas besoin de puiser quoi que
ce soit dans le trésor impérial. De cette manièie, le seng-\\iui<; ;i bien prouvé que sa fidélité et sa valeur étaient inébranlables. Si. dès la première apparition des Barbares, Ta-koii ot Peb-tan{; avaient été défendus avec la même énergie, si les navires barbares avaient été attaqués au moment où ils s'avançaient pour débarquer leurs bandes, ils auraient ])u être coulés et échoués. Ce sont, du reste, les partisans de la paix à tout prix qui ont été un obstacle à la mise à exécution de ce plan, et qui ont amené l'occupation de Tien-tsin ; eux seuls en sont responsables. Du temps de la dynastie des Song, les Mongols envahirent l'Empire; \o-fu recommandait la guerre, Tsin-wei lui fit de l'opposition et devint ainsi la cause des désastres qui survinrent. Si quelques courtisans semblables à Tsinwei se trouvaient aujourd'hui près de la personne de Votre Majesté, il serait juste de punir du dernier supplice leurs perfides et lâclies conseils. Votre Majesté pourrait l)ien faire une confession publique de ses erreurs, et fortifier ainsi le mouvement national; toutefois la conduite de la guerre devrait être exclusivement entre les mains de San-ko-li-tsin. Yc-tsong, de la dynastie des Tang, fit une confession publique de ses fautes, et aussitôt les soldats révoltés du Chang-toung revinrent à l'obéissance et à la subordination.
11 serait bon aussi d'enrôler les volontaires du district de Tientsin ; cette mesure a été expérimentée avec succès, lors de l'invasion des brigands du Kouang-toung en i85.3, et de celle des Barbares dans le même district l'année dernière. Par ordre de Votre Majesté, ils ne devaient être que les auxdiaires des troupes régulières de San-ko-li-tsin. L'armée barbare ne s'élève qu'à quelques milliers d'hommes, dont une notable portion est composée de Chinois révoltés.
Si des récompenses pécuniaires étaient judicieusement distribuées, on pourrait aisément disperser ces hordes maudites, sans qu'il fut nécessaire de recourir aux armes. Je ne puis comprendre
pour ([iielle raison ce iiioycn n'a pas été tenté, moyen pour la rénssite (ln(|ncl on n'oùt pas deinaiidé une somme aussi énorme <[iic celle (1(! 2 0 millions de taëls, proposée pour assurer le rétablisseinciil (le la jiaix, mais simplement les 9. millions de lai-ls (pii étaient exigés comptant; si la politique pacifique prévalait une fois, chaque année ce seraient de nouvelles exigences, pour les(|uelles les Barbares sauraient toujours trouver des prétextes. ()uand Souchan et Heng-tchao demandèrent, cette année, plusieurs millions ditaëls au trésor public pour l'anéantissement des rebelles, les sacrifices pécuniaires des particuliers furent incalculables. Votre Majesté autorisa cette demande et ces sacrifices, promettant de restituer au rétal)lissement de la paix.
Il est certain aujourd'hui que la paix ne peut être rétablie tant que les Barbares n'auront pas été défaits dans une ])a(aille. Le prédécesseur de Votre Majesté parle avec contrition dans son testament de la honte qu'il a eue d'avoir fait la paix avec les Barbares anglais.